CHAPITRE XIX
Le Couvent et l'Église des Cordellers.
5 I«'. Construction de l'église des Cordeliers, — Consécration en i^Sj. — Affection de René II pour les Cordeliers, — Description du couvent. — Reconstruction du cloftre en ijSi, — Monuments funèbres qu'il contenait. — Une copie de la Cène de Léonard de Vinci au réfectoire. — Cordeliers de Nancy devenus célèbres. — Description de l'église. — Les boiseries de Salivai. — Le portail. — La rue des Cordeliers et la rue Jacquot. — L'église des Cordeliers sous la Révolution et au xix« siècle.
S IF. Les fresques de l'église. — Les tableauœ. — Le peintre Claude Charles. — Princes lorrains enterrés dans V église. — Le tombeau de René IL — L'inscription.
— Description du monument. — Le tombeau du cardinal de Vaudémont et les quatre docteurs de l'Église. — Autres tombeaux détruits en ijg2. — Les tombeaux trans^ portés au XIX* siècle aux Cordeliers. — Les tombeaux provenant de Bel val. — Le groupe de Gérard /«' de Vaudémont et d'Hadwige de Dagsbourg. — Le tombeau de Philippe de Gueldre, par Ligier Richier. — Le monument de Callot. — La statue de Charles V. — Le monument de Léopold.
§111. La chapelle ducale. — Date de la construction. — Le dôme de Siméon Drouin.
— Description de la chapelle à l'origine et en 1^4^. — Sa restauration en i8i8. — L'autel et le Christ attribué à Chassel. — Les princes lorrains enterrés dans le caveau. — On y amène le corps de Charles V et les corps enterrés à Saint^Georges.
— Visite du caveau du i^ mars jyôs. — Transfert des comtes de Vaudémont enterrés à Vaudémont. — Transfert des cœurs des princes déposés au noviciat des Jésuites. — Mort de la princesse Anne~Charlotte. — Recherches des reliques des princes lorrains aux environs de Nancy en i'jg2. — Violation des sépultures (Jin ijgS). — Le cimetière des Trois-Maisons. — La cérémonie du g novembre 1826. — Le caveau ouvert en i856, i86j et i885. — Visites princières.
Conclusion.
L'église de Bonsecours, située à l'extrémité d'un faubourg de la ville, nous dit en quel endroit étaient tombés les Bourguignons le 5 janvier 1477; l'^g'îse des Cordeliers, au cœur de la Ville-Vieille, fut élevée par René II pour remercier Dieu de sa victoire. AussitAt après son triomphe, il songea, en action de grâces, à élever dans la cité une maison religieuse et à la confier aux disciples de saint François d'Assise, désignés souvent sous le nom de Cordeliers, à cause de la corde qui entourait leurs reins'. Il résolut, aux termes d'un ancien document, de placer quatre Cordeliers « en ung oratoire,
1. L'abbë Guillaume, Cordeliers et chapelle ducale de Nancy ^ Nancy, Peiffer, i85i, tirage à pari des M. S. A. L., p. 8. Nous suivrons d'assez près ceUe excellente élude. Cf. Lkpage, Nancy. L'église des Cordeliers et la chapelle ducale dans le Littérateur lorrain, Nancy, 1837.
6l2 HISTOIRE DE NANCY.
soubz la provision des frères dis de l'observance et l'obédience des vicaires généraulx et provinciaulx de la dicte observance présens et advenir, comme sont les frères des couvents de Vy, Ravon et Mirecourt' ». La princesse Yolande, mère de René II, fut chargée d'exécuter ce dessein, en Tabsence du duc qui allait guerroyer en Italie. Par acte du 12 avril 1^82, elle livra aux Cordeliersla clef d'une maison, appartenant à Jean Symier, autrefois argentier, et sise dans la rue de la Monnaie*. Mais la demeure, placée derrière le palais, presque contre les remparts ', parut peu propre à l'installation d'un couvent ; Yolande résolut d'en élever une nouvelle, à quelque distance de là, sur l'emplacement des écuries du palais ducal et en bordure de la Grande- Rue. Elle acheta de plus, en i486 et 1487, un grand nombre de maisons autour de ces écuries, à divers particuliers : le prévôt Frichement, Jean Georges, Gérardin Lourguenet, Jean Perrin, Richard Quatre-Brasses, Jean- Georges Parmentier^. L'une de ces maisons était une auberge qui avait pour enseigne La Licorne^. Toutes ces constructions disparurent et le monastère s'éleva assez vite ; l'église fut consacrée dès Tannée 1487^.
Les anciens établissements religieux de Nancy, le prieuré Notre-Dame, la collégiale Saint-Georges, essayèrent de soulever des difficultés et d'empêcher cette fondation nouvelle. Le Père Samson, général de l'Ordre, lui-même fit quelques objections, alléguant qu'il ne disposait pas d'un assez grand nombre de sujets pour les monastères déjà existants 7. Néanmoins, le Pape Sixte IV, par bulle du 3 août 1482, permit de créer ce couvent à Nancy avec église, petit cimetière, clocher et cloches, cloître, réfectoire, dortoir, jardins et autres dépendances nécessaires^; et la bulle fut fulminée deux années plus tard, le 9 avril 1484» pstr Tofficial de Toul'. Les anciens mona^ tères durent cesser leur opposition ; seuls les Dominicains de Toul, au nom du prieuré des Dames prêcheresses de Nancy, continuèrent la résistance '**. La lutte entre Dominicains et Franciscains était du reste partout très vive ; les deux ordres étaient en tous lieux rivaux. Le Père Samson lui-même s'ap-
1. Acte de prise de possession cité dans la note suivante. Les Fratres reguiarit observatUix s'étaient sépares de l'ordre des Franciscains au xiv« siècle ; ils avaient été recoanus p ar le concile de Constance en i4i5. Vy est Vie, Lorraine annexée; Ravon est Raon-rEta|>e, dans les Vosges.
2. L'acte de prise de possession de cette maison est imprimé par Tabbé Guillaume, Cordeliers et chapelle ducale de Nancy, note 6, p. II. Original et copies, A. D., H, 838.
3. La rue de la Monnaie, dont il est question dans l'acte de 1482, n'est pas la rue de la Monnaie actuelle ; elle répondait à peu près à ce qui est aujourd'hui la rue de la Gendarmerie. Cf. Couimc, Le* Rues de Nancy, t. I, p. a58.
4. Comptes du receveur général de Lorraine pour 1486-1487. Guillaume, o. /., n. 12.
5. Ce détail nous est fourni par Lion.nois, t. I, p. loO. Nous savons par la Chro/ùqae de Lorrmtu, pp. 61 et 324, que Jean Perrin tenait une auberge. En l'an i46i ou i46a, nous dit-elle, peu de temps après le sacre de Louis XI, une troupe de cavaliers français vint de Vaucouleurs pour jouter à Nancy et « lousgircnt en la maison de Jehan Perrin, où les Pieds deschaulx sont à présent •. Cf. supra, p. 334>
6. Nous voyons qu'on donne cette année à frère Jacipies Divoix, suffiragant, la somoie de ao 1> 16 s. « pour avoir dédie l'église des frères mineurs de Nancy ». Guillaume, o. /., n. 16.
7. Hugo, Histoire de René II, Bibl. de Nancy, ms. 792 (88), p. 268.
8. La bulle publiée par l'abbé Guillaume, o. /., n. 8. Original, A. D., H, 828.