‹ Histoire de NancyChapitre 532 sur 642 · LE TOMBEAU DE PHILIPPE DE GUELDRE · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE PHILIPPE DE GUELDRE

voulurent pas reconnattre et qui, retranché en sa citadelle de Chfltel, fit une guerre terrible aux Lorrains ? On Ta cru longtemps, et, sur le mur, contre le sarcophage, on a corrigé l'inscription ancienne de la façon suivante : Theo' baldi Novi'Castrensis, Burgundiœ marescalli sarcophagus ; Tullensis Art" foniÎLxx prœsulis geniior, obutannum arca mcdlxxx*. MaisThiébaut IX, avec sa femme Anne de Château\îllain, fut enterré à Tabbaye cistercienne de Lieu- Croissant, où lui fut élevé un magnifique tombeau*. Dès lors, il faut croire qu'il s'agit de Thiébaut, fils aîné de Thiébaut IX, seigneur d'Héricourt, et mort avant son père ; à moins qu'on ne préfère voir dans la pierre des Cordeliers non un tombeau proprement dit, mais un simple cénotaphe qui ne couvrait point le corps, un monument élevé en souvenir du maréchal de Bourgogne en cette Lorraine où il avait frappé de si rudes coups, tandis que les restes funéraires reposaient en une al)baye lointaine de la Comtés

En 1822, l'église des Cordeliers allait s'enrichir d'un des plus précieux chefs-d'œuvre de la sculpture lorraine. Nous voulons parler du mausolée de Philippe de Gueldrc, seconde femme de René II. Elle survécut de longues années à son mari et mena une vie pleine d'austérités au couvent des Clarisses de Pont-à-Mousson. Elle y décéda a l'âge de 85 ans, le 28 février i547, et Ligier Richier fut chargé de lui élever un tombeau. Le monument disparut lors de la Révolution. L'acquéreur du couvent, devenu bien national, le plaça dans son grenier, en un village voisin de Pont-à-Mousson, sans doute Vilceysur-Trey. Là, le docteur Lamoureux le découvrit et le fit transporter aux Cordeliers •». Le monument de cette reine, devenue disciple de sainte Claire, est bien à sa place dans une église consacrée à saint François.

Ligier Richier venait de terminer la statue de René de Chalon, en d'autres termes le squelette de Bar, lorsqu'il fut chargé de sculpter le tombeau de Philippe de Gueidre. Cette dernière œuvre est peut-être aussi saisissante (|ue la première. Sœur Philippe est couchée là, telle qu'elle fut exposée sur son lit de mort. Elle vient de décéder, et sa figure ridée exprime un calme parfait. La tête et les mains jointes sont exsangues : leur couleur blanche, comme celle de la guimpe, tranche avec la robe noire de l'ordre. A ses pieds, une petite Clarisse agenouillée tient la couronne royale. Nous sentons mieux ainsi le contraste entre les dignités de cette princesse et l'humble vie qu'elle mena 5.

A quelques pas du tombeau de Philippe de Gueidre, dans un enfoncement — jadis une porte qui menait de l'église au cloître — se trouve un médaillon de Callot. Le grand graveur nancéien était mort le 24 mars i635; on l'enterra

I. Décidément, on joue de malheur pour les inscriptions des Cordeliers. Thiébaut IX est mort exactement le 4 décembre 1 469.

a. J. Gauthier, l^s Inscriptions des abbayes cisterciennes du diocèse de Besançon dans les Mémoires de l'Académie de Besançon, i883, p. 38i. Sur le fils de Thiébaut IX, Henri, fait prisonnier à la bataille de Nancy, cf. supra, p. 5o8, n. 10.

3. M. Paul Fournif.r, dans V Histoire de Chaligny, qu'il prépare, doit reprendre cette question.

4. Il se trouve dans la troisième chapelle à gauche. Cf. VAppendice à la fin de ce chapitre.

6. Voir sur ce tombeau : C.-A. Dauban, Ligier Richier, Paris, i84i, pp. 3a-33; Ch. Cournault, Ligier Richier, sculpteur lorrain, p. 57, dans la collection des Artistes célèbres.

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dans le clottre des Cordeliers et on lui éleva un monument. Sur un médaillon de marbre noir, on peignit en buste son portrait. Mais, comme il a été dit plus haut, ce monument fut détruit, quand le 5 mai lySi s'écroula une partie du cloître. Tous les artistes lorrains se réunirent alors pour élever à Callot un autre tombeau, plus digne de lui; Girardet en fit le dessin; mais le projet ne fut pas exécuté; le Père Husson se borna à rétablir tant bien que mal l'œuvre primitive'. Le monument ne fut pas épargné en 1798, au moment où furent violés les tombeaux des ducs lorrains; il disparut'. Lors de la restauration de l'église, on rechercha avec soin les ossements de Callot, et on les transporta dans le sanctuaire, première chapelle à gauche'. Quelques années plus tard, en i83o, le sculpteur Lépy essaya, d'après la description de Lionnois, de reconstituer l'ancien mausolée. Mais ici non plus il n'eut pas la main heureuse. Sur une pyramide il a placé, dans un cartouche ovale, le médaillon en pierre de Callot que soutient un génie d'une facture fort médiocre, et après lequel pendent les armoiries du graveur. Comme écrit Meaume, « le monument fait plus d'honneur aux bonnes intentions qu'au goût de ceux qui ont présidé à son érection^ ». Depuis quelques années, il a été déplacé et amené à l'endroit où il se trouve actuellement, au milieu de l'église, contre le nmr de gauche. Sur le socle de la pyramide, Miller-Thiri a reproduit l'ancienne épitaphe^ :

Viator, Si legis, habes quod mirer/s et imiiari conerts, Jacobus CALLOT, nobilis Nanceianus, calcographiœ periiiâ, proprio marte nuUoque docente magisfro, sic — clorait, ut dum ejus gloria Morentiœ jloreret, eà in arte princeps sui temporis, nemine reclamante — habitas ne a snmmo Pontifîce, ImpercUore nec non Regibus advocatus fuerit, quibus serenissimos — Principes snos anteponens, patriam repetiit ubi Henrico III^^, Francisco 11^, Carolo /Fo dacibas, calcographus — sine pari, maxime cordi, patriœ ornamento, urbi decori, parentibas solatio, concivibns deliciis, uœori — suaoitati fuit, do nec œtatis xlui, animam cœlo maturam mors immu' tara dimittens xxiv — Martii mdcxxxv? corpus charissimse uxori Caiharinœ Kutlinger fratrique mœrentibas, hoc — nobilium niajorum sepalchro donandam relinqaens principem quidem subdito Jideli, patriam ulumno — amabili, arbem cive optimo, parentes fitio obedienti, uxorem marito suavissimo, fratrem — fratre dilecto prioavit, cU nominis et artis splendori non invidit.

On aurait peut-être dû ajouter à cette verbeuse légende, à cette période

1. Voir Meaume, Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot. Nancy, i853, p. ia8 et ss.

2. L'ancienne inscription et des débris du médaillon de Callot ont été conservés longtemps à la bibliothèque de la ville ; ils ont ensuite été cédés au Musée lorrain et ont péri dans l*incendie de 1871. Ils nous paraissent être provcnus, non du monument primitif, mais de celui qu*a rétabli le P. Husson.

3. Sous le tombeau, dans la première chapelle de gauche, on a retrouvé une grande quantité d'ossements et plus de quinze tètes. C'étaient les ossements recueillis avec ceux de Callot dans le cloître des Cordeliers. (/. S. A. L., i865, p. 21 3.)

l\. Meaume, o. /., p. i33. Primitivement, le buste de Callot était i>eint; Lépy l'a sculpté.

5. Cette inscription a été donnée par Meadmk qui a reproduit l'épitaphe conservée de sou temps à la bibliothèque ; l'inscription actuelle est conforme au texte de Meaume. Le texte de LionifOis, L I, p. i36, donne : Maœimis cordi au lieu de maxime cordi, et d'autres variantes.

6. Ceci est une erreur évidente de l'ancienne inscription. Il faut lire : Henrico 11^

7. Lio?iMOis donne, par suite d'une faute d'impression, i63i.

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