‹ Histoire de NancyChapitre 586 sur 642 · A Berne on ne conserve plus aucun drapeau bourguignon · texte numérisé non relu

A Berne on ne conserve plus aucun drapeau bourguignon

ADDITIONS ET RECTIFICATIONS. «yOO

sont analogues à celui que nous avons représenté page 5ii ; un troisième porte la devise : Je Vay emprins et l'image de saint Georges luttant contre le dragon. (Cf. J.-J. Amiet, Die Bargundenfahnen des Solotharmer Zeaghaases.) Au Musée de Bàle, un magnifique canon en bronze, bien différent des bombardes en fer qu'on montre à Neuveville, sur les bords du lac de Bienne, porte Técusson complet de Bourgogne entre deux briquets, avec l'inscription : <r Jean de Malisne m'a fait i473. » 11 provient, dit-on, du butin de Nancy et reste le seul des sept canons bourguignons que possédait autrefois l'Arsenal de Bâie. (Cf. Wackernagel, Der Antheil Basels cm der Burgunderbeule dans les Basler Nachrichten, 1888, n"» 42 et 43.) La ville de Liestall, au canton de Bâle, possède une coupe qu'elle acquit k la fin du xvm* siècle de la famille Strûbin. Henri Strûbin l'aurait rapportée de Nancy, d'après l'inscription gravée après coup sur les flancs :

Heinrich Strûbin gon Lieschtall bracht

Dise Schahleo us Nanse Schlacht.

Fluch, Hochmuth, Forch Gott, sins Worts Acht

Im 1477 jar es geschach.

ce Henri Strûbin a apporté cette coupe de la bataille de Nancy k Liestall ; la malédiction, l'orgueil, la crainte de Dieu, le respect de sa parole ont amené défaite et victoire en l'année i477' »

Ce sont Ik les objets qui, k ce qu'on prétend, viennent de Nancy. Mais quelle est la provenance exacte des neuf drapeaux bourguignons qu'on montre k Saint- Gall ? des chasubles, des dalmatiques, des pluvials qu'on expose k Berne, k Soleure, k Fribourg? de cette robe rouge qu'on montre au Musée historique de Berne et qui passe pour avoir été le costume de Toison d'Or? (/. S, A. L., 1888, p. 16.) Il serait bien téméraire de préciser. On consultera sur tous ces objets le beau travail d*ËDUARD VON RoDT, Histopische Alterthùmer der Schweiz, i*' fasc, texte et planches.

P. 523. — Nous avons retrouvé ce récit populaire en vers allemands dans un manuscrit de la bibliothèque de Berne, fonds Bongars, A 45, p. 270-288. Le manuscrit en papier est de la fin du xv^ siècle ; il débute par la chronique autrichienne de Grégoire Hagen (Cf. Pez, Scriptores rerum austriacarum, I, col. io43-ii58) et contient diverses variétés sur le règne de Frédéric III, puis notre poème allemand sur Charles le Téméraire. Il se termine par des images représentant quelques héros de l'antiquité avec des vers qui leur sont consacrés (très ancien imprimé).

P. 525. — Ph. Ruppert dans les Konstanzer Beitràge zur badischen Geschichte, I, Konstanz, 1888, p. 96, a publié une chronique du x\^ siècle, due k un bourgeois de la ville d'Ueberlingen, sur les bords du lac de Constance, actuellement dans le grand-duché de Bade. Ce bourgeois avait nom Lienhard Wintersulger. Dans cette chronique se trouve un récit assez détaillé de la bataille de Nancy, dont nous donnons ici une traduction française :

« En l'année ilv]^, le duc Charles de Bourgogne campa devant Nancy, qui était au duc de Lorraine. Et k un certain moment les villes de Strasbourg, Bâle et autres, et aussi les Suisses pénétrèrent dans ses retranchements ; mais le duc les bou.scula et en tua quelques-uns, non un grand nombre ; il leur prit environ 35o voitures, chevaux et provisions, ce qu'il trouva» et il se retira.

I. Cet événement ne nous est pas connu d'ailleurs; peut-être y a-t-il une confusion chez Wintersulger. Mais il n'est pas impossible qu'il y ait eu, avant janvier i477» quelques tentatives pour secourir les Nancéiens.

« Peu de temps après, la même année, quelques Bourguignons se trouvaient a Saint-Nicolas-du-Port ; ce n'est pas une ville, mais un marché ; et ils avaient déjà sellé leurs chevaux, et ils voulaient encore entendre la messe, avant de retourner à Nancy. Sur ces entrefaites, des compagnons de la Suisse ou des villes alliées fondirent sur Saint-Nicolas et prirent aux Welsches 900 chevaux, quelques-uns disent 800, mais la plupart 916. Et ils tuèrent un certain nombre de Welsches; eux-mêmes eurent quelques blessés et tués'. Les Suisses et leurs alliés ne purent pourtant s'attarder ; car Tannée bourguignonne était trop proche.

« Eln cette même année, le duc de Lorraine, nommé René, demanda secours aux Suisses, car il en avait bien besoin, puisque le duc de Bourgogne lui avait pris beaucoup de pays. Et il leur rappela que lui aussi était venu à leur aide, qu'il avait été le premier aux batailles'. II offrit d'entretenir l'armée de secours k ses frais. Mais cela fut refusé, k cause des grands froids qui précédèrent Noël. Toutefois, on laissa partir les guerriers qui voulaient, contre la solde que leur offrait le duc. Ils se réunirent k Bàle, et un jour, tout équipés, ils voulurent descendre le Rhin et près de 4oo lansquenets montèrent sur un vaisseau. Le pilote eut peur, mais pourtant commença la navigation. Alors le vaisseau se rompit et près de i3o lansquenets furent noyés; on put secourir les autres. Gela arriva le jeudi avant Noël de l'année 14763...

« En 14779 après que le duc de Lorraine eut réuni son armée et que les villes d'Alsace y Strasbourg, Bàle et les autres lui furent venues k secours, encore qu'il fût effrayé d'avoir perdu tant de bons serviteurs, il n'en marcha pas moins vers Nancy. La ville lui appartenait et elle était assiégée par le duc de Bourgogne, si bien que ni vivres ni boissons ne pouvaient arriver aux habitants, et René voulait les délivrer, comme c'était son devoir. Et le samedi avant les Trois-Rois, ils arrivèrent k Saint-Nicolas-du-Port et y tuèrent quelques Welsches. Et k ce moment le duc de Bourgogne fut informé que le duc de Lorraine approchait et voulait délivrer les siens. Il savait aussi que Strasbourg, Bàle et les villes arrivaient de nouveau, comme elles étaient déjk arrivées, lorsqu'il leur avait pris 35o voitures et tué quelques-uns des leurs, comme il a été dit plus haut; et il pensait que les choses se passeraient de cette même façon. Il s'avança au-devant d'eux hors de son camp, prit une position avantageuse et fît observer l'ennemi. Donc, la veille des Trois-Rois — c'était un dimanche — les mercenaires du duc de Lorraine, Suisses et autres, quittèrent Saint-Nicolas-du-Port dans la direction de Nancy. Quand les troupes du duc de Bourgogne les virent en marche, cette armée leur parut plus nombreuse qu'elle n*était. Les Bourguignons vinrent près du duc et l'informèrent. Alors ce duc tint conseil avec les princes et seigneurs sur ce qu'on devait faire. Et l'avis prévalut qu'il devait se retirer en ses châteaux^ où il serait en sûreté ; car, s'il succombait, la guerre serait terminée. Qu'il se soumette donc k son destin. Aussitôt les Suisses retirés, il pourrait revenir ; en tous cas, comme le pays était épuisé, les ennemis auraient beaucoup de peine k approvisionner la ville. La majorité se rallia k cette opinion; mais il y avait un chevalier qu'avait envoyé le comte palatin^, et qui était un seigneur avisé et hardi. Celui-ci parla avec beaucoup d'éloquence, montrant que les choses se passeraient mieux, si le duc était présent, que ce serait une honte éternelle pour la race de Bourgogne, s'il n'était pas lui-même Ik où se trouvaient tant de braves gens. Et il décida ainsi le duc k rester. Ils préparèrent tout pour leur avantage, et ils attendirent les Suisses k un endroit, k deux milles ou deux milles

I. Celle scène se passe le n décembre i47t>* Cf. supra, p. ^A^* a. A la balaille de Moral, le aa juin.

3. Cf. supra, p. 4^j. Les chiflres de Wintersulger paraissent ici exagérés.

Page 1