DOUZIÈME SIÈCLE
Ar B5DÀNT que les Français et les Normands laissèrent la Bretagne en repos, ce royaume n'eut pas d'unité. Les comtes, et surtout ceux de Rennes et de Nantes, se disputèrent la souveraineté du pays; mala It conquête de l'Angleterre par les Normands ayant donné une grande
(1) Ifoos tvoos écrit toat ce qni précède , d*tprès des docomenis tuthentiqoes et des copies de peiotares do temps. Cependant noos craignons qae ces copies ne soient dn XV .« siècle et niaient snhi des corrections dans les costnmes.
76 XII.o SIÈCLE.
pnissance aa dnc de Normandie , et la France s'étant releyée de son état d'abaissement , la Bretagne , comme entraînée par leor élan , revint à son unité première , mettant sa politique à s'unir selon ses intérêts , tantôt avec TAngleterre , tantôt avec la France. La ville de Nantes qui était , nous Pavons déjà dit , plus française que bretonne , et qui avait, comme capitale^ une grande influence sur le duché , continua , comme par le passé , à faire pencher la balance en favenr de ses compatriotes à venir. C'est au point de vue de cette politique extérieure que nous devons nous placer pour bien comprendre les faits accomplis dans notre cité depuis 1100 jusqu'à Tépoque oii Ut duchesse Anne réunit notre province à une contrée dont nous avons partagé depuis la gloire militaire, les réformes sociales et cette initiative philosophique qui fait aujourd'hui de la France le centre intellectuel et moral du monde entier.
La ville de Nantes avait été gouvernée jusqu'au XT!.^ siècle par des comtes ; mais , à la mort de, Mathias , prince bien inconnu et dont l'histoire n*a rien à dire , le duc dé Bretagne , auquel le comté Nantais revenait par succession, y établit un sénéchal ou grand justicier» avec appel aux États pour ceux qui auraient à se plaindre de sa juridiction. Cette mesure habile lui permit d'avoir un vaste domaine personnel , de diminuer le nombre de ses grands vassaux , et d'acquérir une incontestable supériorité de puissance à leur égard ; elle tendait directement à l'unité , et contribua sans doute à prolonger 11 vie individuelle de notre province. Cependant l'abaissement des grands vassaux ne profita point au peuple. Si des mesures propres à le flatter suivent immédiatement la création d'un sénéchal , si le cimetière de la Cathédrale est transformé en minihî de privilégié qu'il était pour les enterrements (1), si le peuple figure dans l'acte qui accordait remise du 7.' de leur pénitence h ceux qui visiteraient l'église de Doulon le jour de la Dédicace (1106) , si un concile ne permet à l'évéque de donner les indulgences que du consentement du clergé , des nobles et du peuple ; si les doctrines d'égalité percent ça ef là dans les faits généraux, ce n^est point l'œuvre du duc, mais celle dîF
(l"; Les lieax d*«sile , ou mioihi , étaient alors très-commans en Bretagne: la ville de Saint-IWalo tout entière était on lien d'asile. Le dmetière dont i! est ici question . s'étendait depuis la cathédrale jusqu'à la rue de Saint-Laorent
clergé qai comprenait bien que son influence sur les masses le rendait tout puissant , et dont les membres vraiment religieux , tels que Robert d'Arbrissel, Guillaume de Mortain, Engelger, Raoul de la Fustaie, Girand de Salles , Robert de Locrenan , Vital , Bernard de Tyron et antres , contribuèrent à toutes les réformes religieuses , morales et politiques qui eurent lien de leur temps dans TOuest de la France , de manière à mériter la reconnaissance de la postérité.
Albert de Morlaix attribue an duc Alain Fergent la réorganisation des états de Bretagne , qui aurait eu lieu , d'après lui , à la prière de son épouse Hermengarde.
« Il rétablit , dit-il , le grand parlement de Bretagne , qui anoit esté long-temps interrompu par le moyen des guerres , où il s'assit en son Estât Royal ; à sa dextre yn peu plus bas le prince Gonan comte de Nantes , Ge£froy , comte de Penthièvre , et Estienne son frère ; aux pieds du duc le cbancellier , à costé le seigneur du Guémené tenant vn coëssin de drap d'or, et sur iceluy la couronne ducale à bauts d'or, et de l'autre costé le grand escuyer de Bretagne , le seigneur Blossac portant Fespée ducalle ; après les seigneurs du sang, Baidric, arcbe- Tesqne de Dol, suivy des évesqnes de Rennes, Nantes , Saint-Malo, Gomoiiaille , Venues , Saint-Brienc , Léon , Xreguer , 22 abbez , les neuf barons de Bretagne à main senestre , les bannerets et députez des chapitres et bonnes rilles ; et en cette assemblée il fit des loix , ordonnances et edicts tres-ytiles pour le bien de son Estât. »
Malgré les ordres des conciles et les prédications de Robert d'Arbrissel, les églises continuaient à être considérées comme des usines : on les achetait , on les vendait sans s'inquiéter d'autre chose que de faire une bonne spéculation. En 1102, celles de Sainte-Croix et de Saint-Saturnin , à Nantes , furent achetées à leurs propriétaires moyennant trois sommes d'argent : la première leur fut accordée comme paiement on indemnité; les deux autres furent données l'une au duc , l'autre à son épouse et h son fils , dans le but d'aplanir les difficultés que cet acquêt illégal pouvait susciter. Cependant, chaque jour, l'esprit de charité plus ou moins bien compris , faisait des progrès ; aussi voyons-nous que les évéques , avant de faire leur entrée publique à Nantes, descendaient , dès cette époque , à un hôpital , près de Saint-Clément , oîi ils passaient la nuit, comme pour déclarer par un acte public qu'ils devaient aux pauvres leurs premiers soins.
n XII.« SIÈCLE.
En 1112, Alain Fergent se retira dans un monastère» et la dacheite, son épouse, au couvent de Fontevraut , fondé par Robert d^Arbrissel. Cinq années plus tard , la ville souffrit beaucoup d'un incendie. « Bo » celui an (1117), au mois de décembre, selon Robert- du -Montl» » furent tonnerre, grêles et tempestes, et le soleil rouge comme s*il » ardit, puis la vigile de IVoël fit un vent si très véhément qii*il » arracha les forêts et abattit les maisons et souffrit la lune éclipse. » Aussi , disent les chroniques Anneaux, que Tan ensuivant fut grand » tremblement do terre qui subvertit les édifices et les arbres naturel- » lement fichés et que la cité de IVantes fut misérablement brûlée. » (Le Bauo, Histoire de Bretagne,) »
Cet incendie fit changer Taspect de la ville : les murailles d'enceinte qui passaient auparavant sur la place actuelle du Pilori, comme Font prouvé des fouilles faites en 1834 , furent reportées plus loin , probablement jusqu'à TErdre; on pratiqua > dans leurs fondations, on aqueduc en pierres de taille destiné à conduire Veau de la rivière dans les fossés.
Le successeur d'Alain Fergent, qui se nommait Gonan, donna le prieuré de la Madeleine en 1119 aux chanoines réguliers de Toussaint d'Angers. Ce prince quitta bientôt l'alliance de l'Angleterre povr s'attachera la France. A peine l'alliance nouvelle était-elle concloe, que l'évéque de IVantes, donl le diocèse avait toujours préféré la domination française à toute autre, et surtout à la domination bretonne, fit hommage de son église et de son temporel à Louia>le- Gros, qui ne se fit aucun scrupule d'en devenir le suzerain, prévojranly sans doute , que ce serait un moyen pour lui et ses successeurs de s'emparer plus aisément, à l'occasion, du comté Nantais et de la Bretagne.
L'Archevêque de Tours vint à Tuantes , en 1127, pour présider nn concile. Le clergé, dans cette réunion, se montra fidèle à cet esprit de charité pour les classes pauvres, qui est la conséquence de la doctrine chrétienne. U y fut décidé que les débris de naufrages ne seraient plus conQsqués au profit du duc , et que les seigneors, à la mort d'un mari ou de sa femme , ne pourraient à l'avenir s'emparer des meuble^ du défunt; on y décréta encore que les enfants, issss d'un mariage incestueux, n'hériteraient plus de leurs parents, et qoe ceux des prêtres ne succéderaient pas aux bénéfices de leurs pères. Le duc, qui assistait au concile, s'exécuta de bonne grâce, etfutle premier à
sacrifier Tan de ses privilèges les plus lucratifs ; mais il demanda que les nobles en fissent autant. Ainsi furent prohibés par une assemblée digne de la reconnaissance du pays, des abus extrêmement nuisibles à tous et surtout au peuple.
Le reyenu considérable que produisait chaque église tentait vivement Tavidité des moines du temps ; tous ces pieux fainéants trouvaient très-commode d'avoir de pauvres prêtres à leurs gages , et de faire desservir > par eux, les cures dont ils étaient propriétaires. Ceux de IVoirmoutier (1134), voyant Gonan-le-Gros aussi facile à leur égard que Pavaient été son père et sa mère, s^emparèrent de plusieurs églises paroissiales de Nantes; il ne leur restait plus à acquérir que Saint- Jean, Saint-Laurent et Saint-Denis pour être propriétaires de huit paroisses de la ville, lorsque Tévêque se prononça vivement contre leurs envahissements.
Jusqu'alors, les curés de Nantes avaient été choisis par le peuple ; les moines ayant mis au rabais le service des églises dont ils étaient propriétaires, il en résulta de grands abus: des prêtres tout-à-fait incapables ou immoraux se trouvèrent chargés de présider à Téducation religieuse de leurs paroissiens; ceux-ci se plaignirent, et Tévêque, en 1140, fit un acte très-populaire en exigeant qu'à l'avenir lui , ou ses successeurs, ratifiassent les choix des habitants. De cette ordonnance à la suppression complète des élections paroissiales , il n'y avait qu'un pas qui fut bientôt franchi. Cest ainsi que notre ville perdit, sans y prendre garde , l'une de ses libertés les plus précieuses.
Abeilard se trouvait à Nantes au mois de mars 1128, il avait quitté son abbaye de Rhuis pour venir assister à la restitution au Roncerai de l'église de Saint-Léonard, bâtie, dans le siècle précédent, par Budic, et enrichie depuis par l'épouse et le fils de ce prince. Son adversaire, Saint-Bernard, y vint douze ans plus tard accepter la fondation de l'abbaye de Buzé (ordre de Citeaux), qui est devenue, depuis, la plus riche de Bretagne. « La grâce des miracles, qui » accompagnait partout le saint abbé de Clairvaux, le suivit à Nantes; » il y délivra, dit Travers auquel nous empruntons ce récit, une » femme de qualité d'un démon qui l'aimait depuis six ans. Il » excommunia l'esprit impur et lui commanda > au nom de Jésus- » Christ, de n'approcher jamais de celte femme, ni d'une autre. La » cérémonie de cette excommunication se fit à l'église, du consente- » ment du clergé et du peuple , comme cela se pratiquait alors, et en
i> jettant à terre des bougies allamées. — On ne peut dire la naioie » de cette excommunication , de quels biens spiritaels à rintérieiir » et à rextérieur elle prira un esprit invisible, et si elle eut d'antre » effet que de lier le démon dans quelque désert de la même manière » que range Gabriel lia le démon Asmodée dans le désert de la )» Haute-Egypte. »
Ce fait ne demande point de commentaires ; ceux quMls pourraient faire naître se retrouveront plus tard à Tarticle de la sorcellerie.
IS'os annales attribuent à Tévôque Brice le premier palais épiscopal que nous ayons eu, palais dont il ne reste aucun vestige. Elles rapportent à la même époque (1136 à 1142) , la restitution aux moines de Yertou , par Marcis de Goulaine , des églises de la Ghapelle-Henlm et de Sainle-Radegonde de Goulaine , à condition quUls recevraient parmi eux deux de ses fils : la donation de Téglise d'Oudon à Saint- Aubin d'Angers , en échange de 400 sous d'or et d'un superbe cheval : la démolition des fortifications de Ghantoceau , la mort de l'évâque Brice , rétablissement des Templiers au quartier de Sainte-Catherine, la mort de Pierre Abeilard , né au Palet à quatre lieues de Nantes ; enfin , celle du duc Gonan , dit le Gros , auquel le comte de Porhoet» son gendre, voulut succéder.
Chaque fois qu'un duc de Bretagne venait à succomber, son héritage entraînait toujours des guerres civiles tout à fait ruineuses pour le pays. Cette fois , les premières hostilités eurent lieu entre le comte de Porhoct et son beau-frère Hoël qui s'était fait reconnaître comte de Nantes. La duchesse Berthe parvint à les reconcilier; mais bientôt le fils de son premier lit , Conan , dit (e Petit , comte de Richemont, revendiqua ses droits au duché de Bretagne. Ce prince, appuyé par le roi d'Angleterre et par un grand nombre de seigneurs bretons, s'empara du comté de Rennes et chassa le comte de Porhoet qui se réfugia près du roi de France. Mais les Nantais , qui ne désiraient point l'unité bretonne , renvoyèrent Hoël qu'ils regardaient comme incapable de défendre leur pays , et réclamèrent la protection du comte d'Anjou qu'ils appelèrent à les gouverner. Celui-ci mourut dans l'année même , et Conan allait réunir la Bretagne entière sous sa dominati<m» lorsque le roi d'Angleterre , frère du comte d'Anjou , vint lui disputer le comté de Nantes. Henry II était un compétiteur trop puissant povr que Conan pût lutter avec avantage contre lui ; aussi bien ne l'essajat-il pas , et sans respect pour le renom de courage et de fermeté de
la nation bretonne^ ce prince, indice de Ini commander^ alla au^ derant du roi d* Angleterre, et lai céda le territoire nantais.
En Tannée 1161, régna une si horrible famine, que des mères égorgèrent leurs enfants , et que Ton yiola des tombeaux pour se nourrir de cadarres fraîchement enterrés. Mais ce fléau ne fut pas le seol à ravager la Bretagne. Bientôt le roi d* Angleterre contraignit le duc à fiancer Constance, sa fille ^unique , à Creofiroy, son troisième fils , qui devait , en conséquence , porter le titre de comte de Nantes , et succéder au duché de Bretagne , àla mortdeConan: puis il vint prendre possession du comté de Nantes f qui donnait alors quarante mille sous de revenu ; mais la noblesse bretonne se révolta . Le comte de Porhoet vint , lui-même , prendre part à la lutte , et Gonan fut vaincu. Le roi d'Angleterre , inquiet sur la réussite de ses projets , fit marcher une armée en Bretagne ; elle ravagea le pays et le soumit en partie. Cependant une nouvelle insurrection rendit une seconde expédition nécessaire : Henry , en personne, en prit le commandement. Les excès les plus atroces signalèrent partout son passage. Devenu maître du duché , il relégua Conan dans la petite ville de Guingamp , déclara son fils comte de Nantes et duc de Bretagne, lui fit prêter hommage par les seigneurs, et travailla Télection épiscopale de Nantes , où il fit nommer évéque un de ses partisans. Bientôt il exigea que son fils lui prêtât hommage. Cette nouvelle humiliation réveilla les haines des seigneurs bretons qui se révoltèrent pour la troisième fois. Les brabançons du roi Henry voulurent pénétrer en Bretagne , mais ils furent vaincus par le comte de Porhoet et Raoul de Fougères. Ce prince alors revint en Bretagne à la tête de son armée, et cette fois encore il fut vainqueur. Les routiers ou brabançons se répandirent dans toute la haute Bretagne , brûlant les châteaux et les chaumières. Pendant deux années consécutives , la famine désola notre malheureuse province , que les laboureurs ne pouvaient plus cultiver en paix ; une maladie contagieuse lui succéda , et vint emporter un bon nombre de ceux que la guerre et la misère avaient épargnés.
Le nouvel évêque fit , en 1178 , quelques règlements pour terminer les procès entre les curés et les moines qui possédaient un grand nombre des églises du diocèse. Quelques années de paix permirent de s'occuper d'améliorations ; mais, en 1181 , Geoffroy, qui se trouvait en âge de régner, épousa sa fiancée , la duchesse Constance, et se ligua avec son frère contre son père. Henry revint en Bretagne , assiégea
82 Xn.« SIÈCLE.
et prit Bennes , qne Geoffroy reprit peu après et brûla en partie. Une réconciliation ent lien entre le père et le fils , mais elle fiit pen sincère. En 1186, Geoffroy s'apprêtait à recommencer la guerre , de concert avec son allié le roi do France , lorsqu'il fut tué h Paris dans un tournoi. Il laissait deux filles , et son épouse enceinte ne tirda pas à donner le jour à un fils , qui fut baptisé sous le nom d'Artfainr. Henry, aussitôt la mort de son fils, accourut à Nantes , demandant la tutelle de son petit-fils ; mais les Bretons qui le haïssaient, s'jr refusèrent. Battu de ce côté , Henry parvint à faire épouser à sa bellefille , Bannulfe , comte de Ghester.
Ce fut à cette époque que la duchesse vendit à la yiUe de Nantes pour cinq mille sous ou deux cent cinquante livres , on environ cent marcs d'argent , le ban du vin , c'est-à-dire le droit qu'elle prélevait sur la vente en détail des boissons spiritueuses.
On doit conclure de ce fait :
1.0 Que la ville avait une organisation communale ou quelque chose qui lui tenait lieu de Mairie ; %^ que la perception sur la vente dn vin équivalait à un revenu de plus de 20 marcs d'argent ; car l'intérêt était alors bien au-dessus de 20 p. 70.
On peut admettre, avec beaucoup d'économistes, que la quantité de travail nécessaire pour produire un hectolitre de* blé a peu varié depuis que la charrue est en usage. La valeur du blé est donc en quelque sorte une moyenne à laquelle il faut rapporter la valeur de l'argent, pour la connaître au moins d'une manière approximative; d'après cela , lorsque le setier de blé était à six sous six deniers , 1000 sous de revenu en pouvaient acheter 154, et correspondaient à 5390 francs de notre monnaie , somme nécessaire aujourd'hui ponr payer 154 setiers de froment.
Ce mode d'estimation, dont l'exactitude est très -suffisante ponr apprécier la valeur des. sommes dont parle l'histoire, porte à 36 mille livres , valeur actuelle , les cinq mille sous reçus par Constance 1 et à 215 mille 600 livres la valeur du revenu du comté Nantais.
Dans l'année 1188, Constance confirma ou octroya aux religieux de la Madeleine la possession des Ponts, depuis Pirmil jusqu'à la ville « avec ordre, dit l'acte , d'entretenir cette dannaUan^ ou autrement tfuiie soient damnés à tous les diables et qu'ils endurent la peineavec le UMiU Judas, Cette princesse , que la violence avait seule contrainte à se remarier, s'unit aux barons et seigneurs de la province , pour €fa(
répoux que le roi d'Angleterre lai avait donné. Sor les entrefaites , Henry vint à mourir, et les Etats de Bretagne, rassemblés à Rennes, reconnurent solennellement Arthur, fils de Creofiroy et de Constance , pour leur souverain, et Constance, pour tutrice du jeune duc.
Revenu de la Terre-Sainte et de sa captivité d'Allemagne , en 1196 , Richard Cœur-de-Lion résolut de s'emparer de la Bretagne ; prévoyant que la force ne serait pas le meilleur moyen , il eut recours à la ruse ; sous prétexte de discuter les intérêts communs , il appelle sa bellesœnr en Normandie; mais, à peine a-t-elle quitté le duché, qu'elle est arrêtée et renfermée dans le château de Beuvron. A la nouvelle de cette odieuse perfidie, l'évêque de liantes et les principaux seigneurs se consultèrent sur les moyens de délivrer la femme qni avait dirigé avec tant d'habileté les affaires du pays, et ils lui envoyèrent des députés , auxquels cette princesse recommanda de Tabandonner à son sort et de veiller avec sollicitude sur son fils. Aussitôt, les Bretons s^armèrent et réclamèrent l'appui du roi de France. Richard ravagea la partie Gallo-Bretonne du duché , mais Philippe-Auguste pénétra dans la Normandie , assiégea la ville d'Aumale , et força Richard à quitter la Bretagne. A peine le roi d'Angleterre avait-il quitté le duché , que les Bretons s'aperçurent que Philippe- Auguste menaçait Tindépendance de leur pays. C'était un voisin plus dangereux encore que Richard ; aussi s'empressèrent' ils de s'allier à leur ancien ennemi pour le combattre , mais les hostilités durèrent peu.
A la mort de Richard , qui fut tué dans l'attaque du château de Chalus , la duchesse Constance fit casser son second mariage et prit pour époux Guy de Thouars , allié de la maison de France. Philippe- Auguste , qui convoitait toujours la Bretagne ef qui sentait qu'elle se rapprochait de la France , pressa la décision du Saint-Siège et contribua beaucoup, pour sa part, à faire supprimer l'archevêché de Dol et à rétablir la suffiragance de Tours , qui lui donnait une influence indirecte sur le duché. — Mais la mort de Richard lui offrait une bien meilleure occasion de s'immiscer dans les affaires des Bretons et de ruiner de son mieux la puissance de l'Angleterre ; aussi ne la laissa-t-il pas échapper. Arthur était fils du frère aine de Jean« Sans-Terre , et par suite il avait droit à la couronne de la Grande-* Bretagne. Tontes les provinces anglaises de la France, excepté la Normandie, reconnaissaient son autorité. Le Roi de France somma donc Jean de restituer la couronne à son neveu ou au moins de
lui abandonner les provinces de France ; et , sur son refus > il Tittaqua et le vainquit. Ainsi ballotté entre la France et rAngleterre , la Bretagne vit se terminer le Xn."« siècle par une guenre dont rissue heureuse ou défavorable ne pouvait que menacer sa nationalitë. Quant à notre ville, elle voyait insensiblement s*accroitre Piiifluence de ses bourgeois qu'enrichissaient le commerce maritime et le commerce de la Loire.
Le XII. ">« siècle nous rappelle l'affranchissement des commonet» qui eut lieu à peu près à la même époque en Allemagne , en France, et aussi dans quelques parties de la Bretagne. Les bourgeois obtinrail alors , en le pajant , le droit d'avoir une administration municipale. Les historiens ont donné plusieurs explications de ce fait impcw^ tant. Les uns Font rattaché aux croisades : les nobles , disent-ils , ruinés par leurs vojagcs de la Terre-Sainte , avaient besoin d'argent et ne trouvèrent rien de mieux pour s'en procurer, que de vendre des droits aux habitants des villes ; d'autres n'j ont vu que le déair des grands seigneurs de se faire des clients , qui s'élevassent comme une barrière entre eux et les autres nobles, et qui leur permissent de se soustraire à la domination de leurs grands vassaux. IS'ul doute que ces deux causes n'aient agi puissamment ; mais il est vrai d'ajouter qu'un progrès dans la situation du peuple , a toujours lieu , lorsque l'intelligence du peuple est mûre pour le comprendre. La nécessité commandait l'affranchissement des communes , et les nobles se résignèrent à y souscrire en envisageant cette révolution sous le point de vue qui leur était favorable; ainsi la plupart y virent une source de fortune , et quelqoes-uns> leur élévation particulière. Probablement , notre cité obtint dans le môme temps quelques franchises ; mais ce ne fut que beaucoup plus tard qu'elle posséda une municipalité élective. Ce fut encore au Xn.i^e siècle que s'introduisit en Bretagne l'usage des surnoms , bien qu'on puisse le faire remonter plus haut. Cette coutume et celle de porter des armoiries , consacrèrent la noblesse et achevèrent de lui soumettre les autres classes de la société.
La première était née de la nécessité de distinguer entre eai par les noms de leurs propriétés , les enfants d'une môme famille ; quant aux armoiries dont les tournois et surtout les croisades décidèrent l'adoption , comme nous l'avons déjà dit; elles durent se transmettre héréditairement. Il était naturel en effet que le fils d'un guerrier
qui s'était distingaé par sa valeur, adoptât la devise de son père, s'en parât à son tour et la transmît â ses enfants. Mais lorsqne,par suite de ces deux habitudes , la noblesse fut devenue susceptible de preuves, une ligne de démarcation, plus puissante que jamais, s'établit entre les nobles et les roturiers; la société se trouva séparée en deux camps, et l'orgueil de la naissance prépara dans l'avenir d'amères douleurs aux héritiers des noms illustres.
Si, de l'organisation sociale et des coutumes du temps, nous passons â l'étude de ses opinions et de ses doctrines, nous trouvons dans Abeilard , le représentant de la philosophie la plus avancée de son époque, dans Abeilard que Nantes pourrait revendiquer , si cette ville avait su le comprendre , s'il j avait dans son sein un monument , une statue destinés à consacrer son souvenir, ou même un pont, une me , une pierre , quelque chose enfin qui portât son nom et qui pût servir â prouver qu'elle est glorieuse d'avoir vu naître au Pallet , tout proche de ses murs, l'une des plus grandes lumières du moyen-âge.
La vie de Pierre Abeilard se divise en trois périodes , l'une de scolastique et de philosophie ; la seconde d'amour et de littérature ; la troisième de théologie. A peine ses études terminées, laissant à ses frères et l'héritage paternel et son droit d'aînesse , dédaigneux de la gloire des armes , il se met â courir les écoles en véritable chevalier de dialectique, discutant partout où il trouve quelqu'un pour lui tenir tôte. Ce fut â cette époque qu'il suivit les leçons de Guillaume de Champeaux ; mais le disciple devint bientôt plus habile que le maître. Leur controverse roulait principalement sur les universaux , question qui avait divisé les scolastiques en réaux et nominaux, Abeilard , dans cette lettre â un ami , que l'on peut regarder comme l'histoire de sea malheurs , nous apprend lui-même comment était posée la question. — Guillaume de Champeaux , dit-il , croyait , au sujet de la communauté des universaux, qu'il n'y avait aucune diversité dans l'essence des choses , que la variété tenait à la multiplicité infinie des accidents qui en modifient l'aspect , et il fut amené par ma controverse à poser la question sous une forme tout-à-fait contraire. — Nous aurions tort de faire fi de la scolastique du moyen-âge. Le débat qui divisait Abeilard et son maître , se continue encore parmi nous ; le fond est resté le même , la forme seule a changé.
L'on ne parle plus de réaux et de nominaux, mais de panthéisme et de spiritualisme , et Ton recherche s'il y a unité dans les langues ,
86 XII.« SIÈGLB.
dans les races humaines , dans le plan de constniction des ètr«t; quelques-uns même vont jusc[u*à se demander si une seule et même loi ne suffît pas pour expliquer le monde entier ayec son immente et infinie variété; ainsi Abeiiard avait fort bien compris , comme il le dit positivement, que la question des universaux dominait tonte la scolastique. Partisan de Tindividualité , il professa d'abord ses doctrines avec une habileté très-grande ; puis il quitta cet enseignemeot, où la dévorante activité de son esprit ne trouvait plus rien, car elle avait tout épuisé ; et d'ailleurs une passion nouvelle rabsorbatt entièrement : les écrits qu'elle a fait naître eussent suffi pour léguer à la postérité les noms et les malheurs d'Héloise et d'Àbeilard ; car ils sont des plus remarquables et bien supérieurs^ dans Foriginal, aox mauvaises traductions qui en ont paru : mais sa vie n'était pas terminée. Entré dans le monde des penseurs par la dialectique et l'étude 4'Aristote et des anciens, conduit par ses travaux habituels vers la science théologique qui embrassait et dominait alors toutes les autres, Abeiiard chercha dans les questions religieuses , les consolations dont son Âme avait besoin et les études nouvelles que réclamait une intelligence qui voulait tout apprendre ; mais comment soumettre ses élèves , comment se soumettre lui-même à l'enseignement religieux de l'époque , lorsqu'ils avaient les uns et les autres l'habitude de tout discuter, de tout éclaircir? Gomment aussi dépouiller entièrement les doctrines philosophiques dont la lecture des auteurs grecs et romains les avait saturés? — Ce fut donc une nécessité déposition qui leur commanda de se rendre compte de tous les mystères. Celui de h Trinité fut le premier qu' Abeiiard examina. L'exemple du syllogisae où les trois parties forment un seul tout, lui servit à l'expliquer; bientôt il étudia la divinité du Christ , la grâce , le péché , la chute , la rédemption^ et tous les autres sujets que le Christianisme pr^ sente ; mais il ne fut pas orthodoxe : ses explications tontp-à^ail ingénieuses , et qui semblent la source où les néo-catholiques de noire époque ont puisé l'interprétation de leurs dogmes, ébranlèrent u moment l'église tout entière ; les principaux prélats et Saint-Bemard s'élevèrent alors contre lui. Ce dernier qualifia ses doctrines en trois mots: sur la Trinité, dit-il, c'est Arius; sur la grâce, c'est Pélasge; sur la personne du Christ, Nestorius, Abeiiard, sans être aussi hérétique qu'on le prétendait, professait cependant que les anciens sages de la Grèce et de l'Inde étaient inspirés de la grâce et que nous ne
Xni.« SIÈCLE. 87
sommes les héritiers d'Adam qae pour la peine et nullement pour la faute de son péché ; ce qui établissait Texpiation telle que Ballanche et d'autres la comprennent aujourd'hui , tout en détruisant la croyance à une rédemption nécessaire. Il enseignait encore au sujet du Christ , une opinion si rapprochée de celle des déistes, qu'on l'accusa de nier sa Diyinité et de réduire son rôle sur la terre à celui d'un grand philosophe. Pïous n'avons rien à dire , ni des problèmes religieux que lui soumit Héloîse, ni de ses sermons à lire pendant le cours de l'année. Mais nous devons faire remarquer qu'Abeilard , qui avait été en dialectique le champion de l'individualité , lutta courageusement lorsqu'il fut persécuté pour des opinions qu'il croyait vraies^ et ne se laissa pas absorber par la force , qui retenait l'église dans l'immobilité. On lui doit cette justice, que ses écrits et sa courageuse fermeté popularisèrent en un instant parmi ses écoliers sans nombre , et par suite dans toute l'Europe , l'esprit d'examen et la foi dans la raison individuelle, comme moyen d'apprécier des faits et des croyances qu'il n'était point permis de discuter auparavant.
TBEIZIÈHE SIÈCLE.
Mja duchesse Constance mourut en 1201 , laissant , outre son fils Arthur, deux filles nommées Alix et Catherine. Aussitôt sa mort , Philippe-Auguste exigea que le jeune duc lui prêtât hommage. Bientôt ce prince , armé chevalier par le roi de France , marcha sur le Poitou qui appartenait à Jean Sans-terre , son oncle , roi d'Angleterre ; mais il fut fait prisonnier et jeté dans une tour à Rouen, d'où il ne sortit que pour être assassiné par ordre de son oncle.
Aussitôt la mort d'Arthur connue en Bretagne , Guy de Thouars fut déclaré duc de la province et comte de Nantes , la princesse Eléonore , qui devait hériter d'Arthur , se trouvant alors en Angleterre à la disorétion du roi Jean. — L'odieux assassinat du jeune duc de Bretagne servait trop bien les intérêts de la politique française pour que Philippe- Auguste n'en tirât pas un grand parti ; aussi fit-il citer Jean Sans- Terre à la Cour des Pairs, qui le condamna par défaut et confisqua.
tous SCS biens situés en France. Cet arrêt prononcé , Philippe- Augaste attaqua les diverses provinces que Jean possédait sur le continent. Les Bretons l'aidèrent à conquérir la IVormandie qui tomba en son pouroir, ainsi que TAnjou , le Maine et la Tourraine. Mais cet agrandissement de territoire ne lui suffisait pas , et il réclama de Guy de Thooars le comté nantais dont il commença par s'emparer. Pendant qn'il était ft IVantes , eut lieu une enquête sur les droits de révôché, qui intéresie trop fortement notre ville pour que nous n'en citions pas les passagei les plus curieux :
Le premier témoin interrogé fut un vieil abbé de Sainte-Marie de Pornit, qui se nommait André; il était âgé de 80 ans et avait tu successivement , pendant sa longue carrière, six évoques et dix comtes se succéder au gouvernement de la ville. Il déclara que les six évéques n'avaient jamais prêté serment aux comtes de INantes, ni plaidé à lenr cour ; que les hommes du comte avaient toujours eu la liberté de passer sur les terres de l'évêque , et les hommes de l'évêque d'aller demeurer sur les fiefs du comte ; celui des deux sur les fiefs duquel ils s'établissaient les ayant sous sa sauve-garde , eux et leurs meubles ; que révê([ue Bernard avait reconnu que ses hommes pouvaient faire l'aveu et le serment aux nouveaux comtes , sans préjudice de ce quMk de> aient à l'évêque, et qu'on l'avait observé depuis à tous les changements ; que l'on disait aller à Cannée lorsque le comte mandait les troupes de l'évêque , et que l'on disait aller à la harelle lorsque l'évêque mandait les troupes du comte ; que les défaillants , à l^armée ou à la harelle, payaient l'amende , les hommes du comte au comte, et ceux de l'évêque à l'évêque ; que l'évêque avait le ban du vin pendant quinze jours dans la ville de IXantes ; que le comte Tavait le surplus de l'année , avant que la comtesse Constance eût vendu son droit aux habitants ; que l'évêque a , pendant quinze jours , le droit de crédit sur ses hommes et sur ceux du comte , et de même le comte sur les siens et sur ceux de l'évêque; que quand l'homme de l'évêque fait mêlée ou batterie sur la terre du comte et y est arrêté t la justice en est au comte , et de même des gens du comte forfid'sant et pris sur la terre de l'évêque. Le vieil abbé dit encore que les assises ou ordonnances qui étaient communes à tonte la ville , se faisaient du consentement de l'évêque ; que l'évêque et le comte assignaient ensemble les foires du Marchil.
Lo sénéchal de la Mée , l'archidiacre de Nantes et un nommé Gefioy,
XUr.« SIÈCLE. 89
firent une déposition semblable, en ajoutant que , pendant la vacance da Siège , le comte a la régie du temporel de Tévôque , sans pouvoir faire de taxe ni de nourelles levées , et que le Siège rempli , le chapitre pouvait le requérir de rendre tous les fruits perçus.
Le roi de France qui, pendant son séjour à Nantes, avait vu qu'il valait mieux attendre que de chercher immédiatement h s'emparer du comté de Nantes et de la Bretagne , accorda aussitôt Tenquéle des lettres-patentes à Tévdque et aux habitants de Nantes , dans lesquelles il leur concédait leurs droits : puis il partit , laissant à Guy de Thouars le gouvernement de la Bretagne et du comté. A peine Jean eut-il connaissance de son départ, qu'il fit une irruption en Bretagne, et vint mettre le siège devant Nantes ; mais Guy de Thouars lui opposa la plus vive résistance. L'approche d'une armée française , commandée par Philippe-Auguste, contraignit le roi d'Angleterre à la retraite. Mais Jean-Sans-Terre laissa partout , en se retirant , des traces sanglantes de son passage.
Guy de Thouars profita du calme qui suivit pour faire fortifier le château de la Tour-Neuve et les murs de ville qui conduisaient du château h Notre-Dame. Malheureusement il fut obligé de prendre une étendue de terrain assez considérable qui appartenait à Tévôque. Un procès s'en suivit dans lequel le prélat n'oublia pas d'excommunier son adversaire, suivant la coutume du temps. Une rente de 7 livres , susceptible d'acheter à cette époque 21 setiers de blé , ce qui correspond à 735 firancs valeur actuelle , lui fut accordée en dédommagement , et il retira son excommunication. Cet arrangement permit à Guy de Thouars de continuer les fortifications de la ville. Ce fat ce prince qui fit fermer la porte charrière placée à l'entrée d'ane rue qui se rendait en droite ligne à Notre-Dame, et une autre porte qui donnait issue sur la Motte-Saint- André , pour les remplacer par la porte Saint-Pierre.
Nos chroniques rapportent à Tannée 1208 l'achèvement du clocher de la cathédrale , et elles indiquent , comme existant à la même époque un peu au-delà des ponts, un prieuré de Pirmil , auquel appartenait l'église actuelle de la paroisse de Saint-Jacques.
L'ancien clocher de la cathédrale existe encore en partie. L'une des vues que nous en donnons a été prise de la chapelle de la cathédrale od se trouve le tombeau du duc François II. L ogive de cette chapelle cache le reste du vieux clocher, qui est en partie
démoli. Des saints informes et mutilés , dont la sculpture était trèsmédiocre et une feuélro (:;éminée de très-bon goût, voilà tout ce que Ton jkmiI apercevoir de ce côté. Bâti à la fin du XII."< siècle et au commencement du Xin.<' sur les fondations d'un clocher beaucoup plus anci(*n , le clocher de Saint-Pierre consistait en une tour carrée , percée de ([uatre fenêtres et surmontée d'une p.vramide an pied de laquelle on voyait des clochetons. La pyramide et les clochetons ont disjiaru en 1415, éjioque à laquelle ils furent rainés par un incendie; mais la masse du clocher ne fut pas détruite. Aussi avons-nous pu , d'après ce qui en reste et les indications de nos annales , reproduire assez exactement dans une autre gravure ce qa^il oflrait de plus intéressant.
L*on ne sait au juste h quelle époque a été fondée l'église de Saint- Jacques. Tue inscription qui existait avant la révolution et qae Travers et Fournier nous ont conservée , nous apprend que Thomas^ i'vi'ijiui de Jhl , prieur perpctuei et commanditaire de Saint-Jacques^ apôlre, avait reconstruit depuis les fondements j avec une grande diligence et dépense , cette église qui de jour à autre menaçait de tomber^ fan du salut mille quatre cent quatre-vingt-quatre. Les mômes auteurs nous apprennent aussi t{u'oulre cette inscription , l'évéque de Dol avait fait placer ses armes au-dessus de la porte ; mais ils ne disent rien de la fondation première. — Cependant celte église, l'une des plos régulières et la plus remarquable de toutes celles que possède anjourd'liui notre ville, méritait une mention spéciale. L'on y voyait encore avant la révolution plusieurs statues qui ont été détruites. Des deux côtés de la porte se trouvaient doux saints en pierre représirntant. Tun Saint-.i liant ; Taulre Saint- Tenant. Quelques chapiteaux des colonnes sont symboliques et se rapportent à une époque beaucoup pins reculée que 1184. Aussi, croyons-nous que Té véqne de Dol ne (il point relever entièrement cette église comme l'annonce un jien fastueusement l'inscription que nous venons de citer. Il est plus probable t[u'il se contenta de faire reconstruire les parties qui menavaient ruine , et qu'il conserva ainsi des sculptures et des cidiMines qui ne sont pas dans le goitt du XV.>"«^ siècle, et qui nons paraissent appartenir à une épo([ue antérieure.
Toujours préocru]>é par le désir de réunir un jour la Bretagne à la France, Philippe-Auguste maria l'héritière du duché, la jeune 41ix , l\ son parent Pierre-de-Dreux , qui , par son courage et son
lui abandonner les provinces de France ; et , sur son refns > il l*attaqua et le vainquit. Ainsi ballotté entre la France et TAngleterre , la Bretagne vit se terminer le Xn."« siècle par nne goenre dont Tissoe heorense on défavorable ne pouvait que menacer sa nationalité. Quant à notre ville, elle voyait insensiblement s'accroître Tinflnence de ses bourgeois qu'enrichissaient le commerce maritime et le commerce de la Loire.
Le Xn."« siècle nous rappelle l'affranchissement des commimef, qui eut lieu à peu près à la même époque en Allemagne , en Fnnoe, et aussi dans quelques parties de la Bretagne. Les bourgeois obtinrent alors y en le pajant , le droit d'avoir une administration municipale. Les historiens ont donné plusieurs explications de ce fait impcMr^ tant. Les uns Font rattaché aux croisades : les nobles , disent-ib , ruinés par leurs voyages de la Terre-Sainte, avaient besoin d'argent et ne trouvèrent rien de mieux pour s'en procurer, que de vendre des droits aux habitants des villes ; d'autres n'y ont vu que le dëiir des grands seigneurs de se faire des clients , qui s'élevassent comme une barrière entre eux et les autres nobles, et qui leur permissent de se soustraire à la domination de leurs grands vassaux. Nul doute que ces deux causes n'aient agi puissamment ; mais il est vrai d'ajonter qu'un progrès dans la situation du peuple , a toujours Heu , lorsque l'intelligence du peuple est mûre pour le comprendre. La nécessité commandait l'affranchissement des communes , et les nobles se résignèrent à y souscrire en envisageant cette révolution sous le point de vue qui leur était favorable ; ainsi la plupart y virent une soarce de fortune, et quelqœs-uns^ leur élévation particulière. Probablement , notre cité obtint dans le même temps quelques franchises; mais ce ne fut que beaucoup plus tard qu'elle posséda une municipalité élective. Ce fut encore au XILi^^ siècle que s'introduisit Bretagne l'usage des surnoms , bien qu'on puisse le faire remonter pi haut. Cette coutume et celle de porter des armoiries , consacrèrent la noblesse et achevèrent de lui soumettre les autres classes de la société,
La première était née de la nécessité de distinguer entre eu par les noms de leurs propriétés , les enfants d'une môme famille ; quant aux armoiries dont les tournois et surtout les croisades décidèrent l'adoption , comme nous l'avons déjà dit ; elles durent se transmettre héréditairement. Il était naturel en effet que le fils d'un gaeirier
XU.« SIÈCLE. 85
qui s'était distingaé par sa valeur, adoptât la devise de son père, s'en parât à son tour et la transmit à ses enfants. Mais Iorsqne,par saite de ces deux habitudes , la noblesse fut devenue susceptible de preuves, une ligne de démarcation, plus puissante que jamais, s'établit entre les nobles et les roturiers; la société se trouva séparée en deux camps, et l'orgueil de la naissance prépara dans l'avenir d'amères douleurs aux héritiers des noms illustres.
Si , de l'organisation sociale et des coutumes du temps , nous passons â l'étude de ses opinions et de ses doctrines, nous trouvons dans Abeilard , le représentant de la philosophie la plus avancée de son époque, dans Abeilard que Nantes pourrait revendiquer , si cette ville avait su le comprendre , s'il j avait dans son sein un monument , une statue destinés à consacrer son souvenir, ou même un pont, une rue , une pierre , quelque chose enfin qui portât son nom et qui pût servir â prouver qu'elle est glorieuse d'avoir vu naître au Pallet , tout proche de ses murs, l'une des plus grandes lumières du mojen-âge.
La vie de Pierre Abeilard se divise en trois périodes , l'une de scolastique et de philosophie ; la seconde d'amour et de littérature ; la troisième de théologie. A peine ses études terminées, laissant à ses frères et l'héritage paternel et son droit d'ainesse , dédaigneux de la gloire des armes , il se met à courir les écoles en véritable chevalier de dialectique , discutant partout où il trouve quelqu'un pour lui tenir tète. Ce fut à cette époque qu'il suivit les leçons de Guillaume de Champeaux ; mais le disciple devint bientôt plus habile que le maître. Leur controverse roulait principalement sur les univertauxj question qui avait divisé les scolastiques en réaux et nominaux. Abeilard , dans cette lettre â un ami , que l'on peut regarder comme l'histoire de sea malheurs , nous apprend lui-même comment était posée la question. — Guillaume de Champeaux , dit-il , croyait, au sujet de la communauté des universaux, qu'il n'y avait aucune diversité dans l'essence des choses , que la variété tenait à la multiplicité infinie des accidents qui en modifient l'aspect , et il fut amené par ma controverse à poser la question sous une forme tout-à-fait contraire. — Nous aurions tort de faire fi de la scolastique du moyen-âge. Le débat qui divisait Abeilard et son mattre, se continue encore parmi nous ; le fond est resté le même , la forme seule a changé.
L'on ne parle plus de réaux et de nominaux , mais de panthéisme et de spiritualisme , et l'on recherche s'il y a unité dans les langues ,
86 XII. • SIËGLB.
dans les races humaines, dans le plan de constniction des ètrei; quelqnes-uns même vont jusqu'à se demander si une seule et même loi ne suffît pas pour expliquer le monde entier avec son immente et infinie variété; ainsi Abeilard avait fort bien compris , comme il le dit positivement, que la question des universaux dominait tonte la scolastique. Partisan de Tindividualité , il professa d*abord ses doctrines avec une habileté très-grande ; puis il quitta cet enseignement, où là dévorante activité de son esprit ne trouvait plus rien, car elle avait tout épuisé; et d'ailleurs une passion nouvelle Tabsorbait entièrement: les écrits qu'elle a fait naître eussent suffi pour légoer à la postérité les noms et les malheurs d'Héloise et d' Abeilard ; car ils sont des plus remarquables et bien supérieurs^ dans Toriginal, an mauvaises traductions qui en ont paru : mais sa vie n'était pas terminée. Entré dans le monde des penseurs par la dialectique et l'étiide 4'Aristote et des anciens, conduit par ses travaux habituels vers la science théologique qui embrassait et dominait alors toutes les antres, Abeilard chercha dans les questions religieuses , les consolations dont son Âme avait besoin et les études nouvelles que réclamait nne intelligence qui voulait tout apprendre ; mais comment soumettre set élèves , comment se soumettre lui-même à l'enseignement religieux de l'époque , lorsqu'ils avaient les uns et les autres l'habitude de toot discuter, de tout éclaircir? Gomment aussi dépouiller entièrement les doctrines philosophiques dont la lecture des auteurs grecs et romains les avait saturés? — Ce fut donc une nécessité déposition qui leur commanda de se rendre compte de tous les mystères. Celui de la Trinité fut le premier qu' Abeilard examina. L'exemple du syllogisae où les trois parties forment un seul tout, lui servit à l'expliquer; bientôt il étudia la divinité du Christ, la grâce, le péché, la chute, la rédemption^ et tous les autres sujets que le Christianisme pré* sente ; mais il ne fut pas orthodoxe : ses explications tont-à-fatt ingénieuses , et qui semblent la source où les néo-catholiques de notre époque ont puisé l'interprétation de leurs dogmes, ébranlèrent u moment l'église tout entière ; les principaux prélats et Saint-Bemard s'élevèrent alors contre lui. Ce dernier qualifia ses doctrines en trois mots: sur la Trinité, dit-il , c'est Arius ; sur la grâce, c'est Pélasge; sur la personne du Christ, Pïestorius, Abeilard , sans être aussi hérétique qu'on le prétendait, professait cependant que les anciens sages de la Grèce et de l'Inde étaient inspirés de la grâce et que nous ne
Xni.e SIÈCLE. 87
sommes les héritiers d'Adam que pour la peine et nullement pour la faute de son péché ; ce qui établissait Texpiation telle que Ballanche et d'autres la comprennent aujourd'hui , tout en détruisant la croyance à une rédemption nécessaire. Il enseignait encore au sujet du Christ , une opinion si rapprochée de celle des déistes, qu'on l'accusa de nier sa Divinité et de réduire son rôle sur la terre à celui d'un grand philosophe. Pïous n'avons rien à dire , ni des problèmes religieux que lui soumit Héloîse, ni de ses sermons à lire pendant le cours de l'année. Mais nous devons faire remarquer qu'Abeilard, qui avait été en dialectique le champion de l'individualité , lutta courageusement lorsqu'il fut persécuté pour des opinions qu'il croyait vraies , et ne se laissa pas absorber par la force , qui retenait l'église dans l'immobilité. On lui doit cette justice, que ses écrits et sa courageuse fermeté popularisèrent en un instant parmi ses écoliers sans nombre , et par suite dans toute l'Europe , l'esprit d'examen et la foi dans la raison individuelle, comme moyen d'apprécier des faits et des croyances qu'il n'était point permis de discuter auparavant.
TBEIZIÈHE SIÈCLE.
MJk duchesse Constance mourut en 1201 , laissant , outre son fils Arthur, deux filles nommées Alix et Catherine. Aussitôt sa mort, Philippe-Auguste exigea que le jeune duc lui prêtât hommage. Bientôt ce prince , armé chevalier par le roi de France , marcha sur le Poitou qui appartenait à Jean Sans-terre , son oncle , roi d'Angleterre ; mais il fut fait prisonnier et jeté dans une tour à Rouen , d'où il ne sortit que pour être assassiné par ordre de son oncle.
Aussitôt la mort d'Arthur connue en Bretagne , Guy de Thouars fut déclaré duc de la province et comte de Nantes , la princesse Eléonore , qui devait hériter d'Arthur , se trouvant alors en Angleterre à la dis* orétion du roi Jean. — L'odieux assassinat du jeune duc de Bretagne servait trop bien les intérêts de la politique française pour que Philippe- Auguste n'en tirât pas un grand parti ; aussi fit-il citer Jean Sans- Terre à la Cour des Pairs, qui le condamna par défaut et confisqua.
tous ses biens situés en France. Cet arrêt prononcé , Philippe-Auguste attaqua les diverses provinces que Jean possédait sur le continent. Les Bretons Taidèrent à conquérir la INormandie qui tomba en son ponroirt ainsi que TAnjou , le Maine et la Tourraine. Mais cet agrandissement de territoire ne lui suffisait pas , et il réclama do Guy de Thouars le comté nantais dont il commença par s'emparer. Pendant qu'il était ft IVanles , eut lieu une enquête sur les droits de Févôché, qui intéresse trop fortement notre ville pour que nous n'en citions pas les passages les plus curieux :
Le premier témoin interrogé fut un vieil abbé de Sainte-Marie de Pornit, qui so nommait André; il était âgé de 80 ans et avait tu successivement , pendant sa longue carrière , six évéques et dix comtes se succéder au gouvernement de la ville. Il déclara que les six évèqaes n'avaient jamais prêté serment aux comtes de ISantes, ni plaidé à leur cour; que les hommes du comte avaient toujours eu la liberté de passer sur les terres de Févêque , et les hommes de Tévêque d'aller demeurer sur les fiefs du comte ; celui des deux sur les fiefs duquel ils s^établissaient les ayant sous sa sauve-garde , eux et leurs meubles ; ({ue Tévêque Bernard avait reconnu que ses hommes pouvaient faire l'aveu et le serment aux nouveaux comtes , sans préjudice de ce qu'ils de> aient à Tévêque , et qu'on l'avait observé depuis à tous les changements ; que l'on disait aller à tannée lorsque le comte mandait les troupes de Tévêque , et que l'on disait aller à lu harelle lorsque l'évêque mandait les troupes du comte ; que les défaillants , à l'armée ou à la harelle , payaient l'amende y les hommes du comte au comte , et ceux de l'évêque à l'évêque ; que l'évêque avait le ban du vin pendant quinze jours dans la ville de liantes ; que le comte l'avait le surplus de l'année , avant que la comtesse Constance eût vendu son droit aux habitants; que l'évêque a, pendant quinze jours, le droit de crédit sur ses hommes et sur ceux du comte , et de même le comte sur les siens et sur ceux de l'évêque; que quand l'homme de Tévêque fait mêlée ou batterie sur la terre du comte et y est airâté , la justice en est au comte, et de même des gens du comte forfai* saut et pris sur la terre do l'évêque. Le vieil abbé dît encore que les assises ou ordonnances qui étaient communes à tonte la ville, se faisaient du consentement de l'évêque; que l'évêque et le comte asrignaient ensemble les foires du Marchil,
Le sénéchal de la Mée , Tarchidiacre de Nantes et un nommé Gefioy,
XIIT.<» SIÈCLE. 89
firent une déposition semblable, en ajoutant que, pendant la vacance du Siège , le comte a la régie du temporel de Tévôque , sans pouvoir faire de taxe ni de nouvelles levées , et qne le Siège rempli , le chapitre pouvait le requérir de rendre tous les fruits perçus.
Le roi de Franco qui, pendant son séjour à Nantes, avait vu qu'il valait mieux attendre qne de chercher immédiatement h s'emparer du comté de IVantes et de la Bretagne , accorda aussitôt l'enquôte des lettres-patentes à Tévôque et aux habitants de Nantes , dans lesquelles il leur concédait leurs droits : puis il partit , laissant à Guy de Thouars le gouvernement de la Bretagne et du comté. A peine Jean eut-il connaissance de son départ, qu'il fit une irruption en Bretagne, et vint mettre le siège devant Nantes ; mais Guy de Thouars lui opposa la plus vive résistance. L'approche d'une armée française , commandée par Philippe-Auguste, contraignit le roi d'Angleterre à la retraite. Mais Jean-Sans-Terre laissa partout , en se retirant , des traces sanglantes de son passage.
Guy de Thouars profita du calme qui suivit pour faire fortifier le château de la Tour-Neuve et les murs de ville qui conduisaient du château h Notre-Dame. Malheureusement il fut obligé de prendre une étendue de terrain assez considérable qui appartenait à l'évéque. Un procès s'en suivit dans lequel le prélat n'oublia pas d'excommunier son adversaire , suivant la coutume du temps. Une rente de 7 livres , susceptible d'acheter à cette époque 21 setiers de blé , ce qui correspond à 735 francs valeur actuelle , lui fut accordée en dédommagement , et il retira son excommunication. Cet arrangement permit h Guy de Thouars de continuer les fortifications de la ville. Ce fat ce prince qui fit fermer la porte charrière placée à l'entrée d'une rue qui se rendait en droite ligne à Notre-Dame, et une autre porte qui donnait issue sur la Motte-Saint- André , pour les remplacer par la porte Saint-Pierre.
Nos chroniques rapportent à l'année 1208 l'achèvement du clocher de la cathédrale , et elles indiquent , comme existant à la môme époque un peu au-delà des ponts, un prieuré de Pirmil , auquel appartenait l'église actuelle de la paroisse de Saint-Jacques.
L'ancien clocher de la cathédrale existe encore en partie. L'une des vues que nous en donnons a été prise de la chapelle de la cathédrale où. se trouve le tombeau du duc François IL L ogive de cette chapelle cache le reste du vieux clocher , qui est en partie
démoli. Des saints infurmos et mutilés , dont la sculpture était trèsmédiocre et une fonélre ^'émiuée de très-bon goût, voilà tout ce que Ton jtent apercevoir de ce côté. Bâti à la fin du XIL">« siècle et au commencement du X1II.<' sur les fondations d'un clocher beaucoup plus anci(Mi , le clocher de Saint-Pierre consistait en une tour carrée , percée de (|uatre fenêtres et surmontée d'une pyramide au pied de Iniiuelle on voyait des clochetons. La pyramide et les clochetons ont disparu en 1415, époque à laquelle ils furent ruinés par un incendie ; mais la musse du clocher ne fut pas détruite. Aussi avons-nous pu , d'après ce ([ui en reste et les indications de nos annales , reproduire assez exactement dans une autre gravure ce quMl ofirail de plus intéressant.
L'on ne sait au juste à quelle époque a été fondée Féglise de Saint-Jacques. Une inscription qui existait avant la révolution et que Travers et Fournier nous ont conservée , nous apprend que Thomas^ l'fvrquf} (ff.' J)ol , prieur perpvluvl et commanditaire de Saùit^JacqueSf apôtre, avait rerointrait depuis les fondements , avec une grande diligence t't dépense , cette église qui de jour à autre menaçait de tomber^ fan du salut mille t/uatre cent quatre-vingt-quatre. Les mômes auteurs noos apprennent aussi qu'outre celle inscription , l'évéque de Doi ayaît fait placer ses armes au-dessus de la porto ; mais ils ne disent rien de la fondation première. -- Cependant cette église, l'une des plus régulières et la plus remarquable de toutes celles que possède an* jourd'iuii noire >ille, méritait une mention spéciale. L'on y voyait encore avant la ré\olulion plusieurs statues qui ont été détruites. Des deuv c(Ués de la porte se trouvaient douv saints en pierre représentant, l'un Saint-ÀUant ; l'autre Saint- J enant. Quelques chapiteauv des colonnes sont s>mboli(iues et se rapportent à une époque beaucouj» plus reculée ([ue 1484. Aussi, croyons-nous que Tévéque de Dol ne lit point relever entièrement cette église comme Tannonce un peu fastueusement rinscri[)tion que nous venons de citer. Il est plus probable qu'il se contenta de faire reconstruire les parties (|ui menaçaient ruine, et qu'il conserva ainsi des sculptures et des cnlonnes qui ne sont pas dans le goAl du XV.'"'' siècle, et qui nous paraissent ap])artenir k une épo(|U(ï antérieure.
Toujours préoc<*upé par le désir de réunir un jour la Bretagne à la France, Philippe-Auguste maria l'héritière du duché, la jeune 41i\, à son parent Pierre-de-Da*ux , qui, par son courage et son
86 XII.* SIÈGLB.
dans les races hamaines, dans le plan de construction des êtres; quelques-uns même vont jusqu'à se demander si une seule et même loi ne suffît pas pour expliquer le monde entier arec son immense et infinie variété ; ainsi Àbeilard avait fort bien compris , comme il le dit positivement, que la question des universaux dominait toute Is scolaslique. Partisan de Tindividualité , il professa d'abord ses doctrines avec une habileté très-grande ; puis il quitta cet enseignement, où la dévorante activité de son esprit ne trouvait plus rien, car elle avait tout épuisé ; et d'ailleurs une passion nouvelle Tabsorbait entièrement : les écrits qu'elle a fait naître eussent suffi pour léguer à la postérité les noms et les malheurs d'Héloîse et d' Abeilard ; car ils sont des plus remarquables et bien supérieurs > dans l'original, aux mauvaises traductions qui en ont paru : mais sa vie n'était pas tei^ minée. Entré dans le monde des penseurs par la dialectique et l'étude d'Aristote et des anciens, conduit par ses travaux habituels vers la science théologique qui embrassait et dominait alors toutes les autres, Abeilard chercha dans les questions religieuses , les consolations dont son âme avait besoin et les études nouvelles que réclamait une Intel* ligence qui voulait tout apprendre ; mais comment soumettre ses élèves , comment se soumettre lui-même à renseignement religieux de l'époque , lorsqu'ils avaient les uns et les autres l'habitude de toat discuter, de tout éclaircir? Gomment aussi dépouiller entièrement les doctrines philosophiques dont la lecture des auteurs grecs et romains les avait saturés? — Ce fut donc une nécessité de position qui levr commanda de se rendre compte de tous les mystères. Celui de It Trinité fut le premier qu' Abeilard examina. L'exemple du syllogisoM où les trois parties forment un seul tout, lui servit à l'expliquer; bientôt il étudia la divinité du Christ, la grâce, le péché, la chute, la rédemption^ et tous les autres sujets que le Christianisme pré» sente ; mais il ne fut pas orthodoxe : ses explications tont-à-fait ingénieuses , et qui semblent la source où les néo-catholiques de notre époque ont puisé l'interprétation de leurs dogmes , ébranlèrent im moment l'église tout entière ; les principaux prélats et Saint-Bernard s'élevèrent alors contre lui. Ce dernier qualifia ses doctrines en trois mots: sur la Trinité, dit-il, c'est Arius; sur la grâce, c'est Pélasge; sur la personne du Christ, Nestorius, Abeilard , sans être aussi héré» tique qu'on le prétendait, professait cependant que les anciens sages de la Grèce et de l'Inde étaient inspirés de la grâce et que nous ne
88 XUI.e SIÈGU.
tous ses biens situés en France. Cet arrêt prononcé , Philippe-ÂiigMte' attaqua les diverses prorinces que Jean possédait sur le continent, hm Bretons Taidèrent à conquérir la Normandie qui tomba en sonpoaTOify ainsi que TAnjon , le Maine et la Tourraine. Mais cet agrandkaeiawit de territoire ne lui sufl&sait pas , et il réclama de Guy de Thoiiars hl* comté nantais dont il commença par s'emparer. Pendant qn'il était à liantes , eut lieu une enquête sur les droits de réréchéy qui iwKiwgH trop fortement notre ville pour que nous n'en citions pas les paatag»' les plus curieux :
Le premier témoin interrogé fut un vieil abbé de Sainte-Marie 4» Pornit, qui se nommait André; il était âgé de 80 ans et avait ym successivement , pendant sa longue carrière , m évéqnes et dix oomlm se succéder au gouvernement de la ville. Il déclara que les six évdqmÉ n'avaient jamais prêté serment aux comtes de Nantes , ni plaidé à leiv cour; que les hommes du comte avaient toujours eu la liberté de ptnv sui' les terres de Tévêque , et les hommes de Tévêque d^aller éô^ meurer sur les fiefs du comte ; celui des deux sur les fiefii dafiMl ils s'établissaient les ayant sous sa sauve-garde , eux et leurs meubles ; que l'évêquc Bernard avait reconnu que ses hommes pouvaient fidke l'aveu et le serment aux nouveaux comtes , sans préjudice de ce qa*Us devaient à l'évêque, et qu'on l'avait observé depuis à tous leschiB^ gements ; que l'on disait aller à f armée lorsque le comte mandiil les troupes de l'évêque , et que l'on disait aller à la karelle lonqae l'évêque mandait les troupes du comte ; que les défaillants y à rarmée ou à la harelle , payaient l'amende , les hommes du comte an commi, et ceux de l'évêque à l'évêque ; que l'évêque avait le ban da vin pe^ dant quinze jours dans la ville de Nantes ; que le comte ravait lé surplus de l'année , avant que la comtesse Constance eût vendu seii droit aux habitants ; que l'évêque a , pendant quinze jours » b) dvtil de crédit sur ses hommes et sur ceux du comte , et de méMe le cùêêM sur les siens et sur ceux de l'évêque; que quand l'homme de Té* vêque fait mêlée ou batterie sur la terre du comte et j est anrMé t la justice en est an comte , et de même des gens dn comte iuM* saut et pris sur la terre de l'évêque. Le vieil abbé dit encore q^e Iqi assises ou ordonnances qui étaient communes à tonte la viUst m faisaient dn consentement de l'évêque ; que l'évêque et le eomte wmt^ gnaient ensemble les foires du Marchil,
Le sénéchal de la Mée » rarchidiacre de Nantes et un nonmié GeCn^,
XIIT.<» SIÈCLE. 89
firent une déposition semblable, en ajoutant que , pendant la vacance dtt Siège , le comte a la régie du temporel de Tévôque , sans pouvoir faire de taxe ni de nouvelles levées , et que le Siège rempli , le chapitre pouvait le requérir de rendre tous les fruits perçus.
Le roi de France qui , pendant son séjour à Nantes, avait vu qu'il Ttlait mieux attendre que de chercher immédiatement h s'emparer du oomté de Nantes et de la Bretagne , accorda aussitôt l'enquête des lettres-patentes à Tèvèque et aux habitants de Nantes , dans lesquelles 0 leur concédait leurs droits : puis il partit , laissant à Guy de Thonars le gouvernement de la Bretagne et du comté. A peine Jean eut-il eoilnaissance de son départ, qu'il fit une irruption en Bretagne, et vint mettre le siège devant Nantes ; mais Guy de Thouars lui opposa la plus vive résistance. L'approche d'une armée française, commandée par Philippe-Auguste , contraignit le roi d'Angleterre à la retraite. Mais Jean-Sans-Terre laissa partout , en se retirant , des traces san- ^aBtes de son passage.
Guy de Thouars profita du calme qui suivit pour faire fortifier le diAtean de la Tour-Neuve et les murs de ville qui conduisaient du château à Notre-Dame. Malheureusement il fut obligé de prendre me étendue de terrain assez considérable qui appartenait à l'évéque. Vm procès s'en suivit dans lequel le prélat n'oublia pas d'excommu- ■ier son adversaire , suivant la coutume du temps. Une rente de 7 Urres , susceptible d'acheter à cette époque 21 setiers de blé , ce qui eonrespond à 735 francs valeur actuelle , lui fut accordée en dèdoninagement , et il retira son excommunication. Cet arrangement panait à Guy de Thouars de continuer les fortifications de la ville. Ge fut ce prince qni fit fermer la porte charrière placée à l'entrée é*aBe rue qui se rendait en droite ligne à Notre-Dame, et une autre perte qui donnait issue sur la Motte-Saint- André, pour les remplacer par la porte Saint-Pierre.
..Hos chroniques rapportent à l'année 1208 l'achèvement du clocher i» la cathédrale , et elles indiquent , comme existant à la même éftKpB un peu au-delà des ponts, un prieuré de Pirmil , auquel appartenait l'église actuelle de la paroisse de Saint- Jacques.
L*ancien clocher de la cathédrale existe encore en partie. L'une 4ea rues que nous en donnons a été prise de la chapelle de la cathédrale où se trouve le tombeau du duc François IL L'ogive de celle chapelle cache le reste du vieux clocher , qui est en partie
<J0 Xni.« SIÈCLE.
rlérnoli. Difs saints informes et mutilés , «lont la sculpture était trèsmcMliorre t-t une fenôlrc ^émiuée de très-bon goût, voilà tout ce i|ui; Fim jMMit apercevoir de ce côté. Bâti à la fin du XII. "« siècle et au commencement du XIII. <= sur les fondations d'un clocher beaucoup plus ancien , le clocher de Saint-Pierre consistait en une tour carrée , percée de (juatre fenêtres et surmontée d'une pyramide an pied de laquelle on voyait des clochetons. La pyramide et tes clochetons ont dis])aru en 1415 , épo([uc à laquelle ils furent minés par un incendie ; mais la masse du clocher ne fut pas détruite. Anssi avons-nous pu, d'après ce qui eu reste et les indications de nos annales , reproduire assez evactement dans une autre gravure ce qn^il olTrailde plus intéressant.
L'on ne sait au juste h quelle époque a été fondée Téglise de Saint-Jacqu<.'s. I ne inscription <[ui existait avant la révolution et que Travers et Fournier nous ont conservée , nous apprend que Thomas , 'vn/uv fie /hl , privur pirpcluel et commanditaire de Sainte Jacques, t pâtre, avait reconstruit depuis tes fondements , avec une grande diligence
t dt^pense , cette êtjlise qui dr jour à autre menaçait de tomber, fan dm salut mitb' quatre cent quatre-vimjl -quatre. Les mômes auteurs nous aj>pren lient aussi qu'outre celle inscription , Tévôque de Dol ayaît fait j>lacer ses armes au-dessus de la porte ; mais ils ne disent rien de la fondation première. — Cependant cette église. Tune des plus ré^iulières i.'l la plus remarquahle de toutes celles que possède aujourd'hui notre ville, mérilait une mention spéciale. L'on y voyait «'ucore avant la ré\oluli(»n plusieurs statues qui ont été détruites. Des deux. ciMés de la ]>orte se trouvaient deux saints en pierre représi;ntaiit. Tun Saint-Àltant ; l'autre Saint-fenanl. Quelques chapiteaux des cohHines sont symholiques et se rapportent à une é|K>que heaucouj) plus reculée que 1184. Aussi, croyons-nous que Tévêque de Dol ne lit )M>inl relever entièrement cette église comme Tannonce un peu faslueusement l'inscription que nous venons de citer. H est plus prohahle qu'il se contenta de faire reconstruire les parties qui nienavalent ruine , et qu'il conserva ainsi des sculptures et des colonnes qui ne sont pas dans le goiU du XV.'"*' siècle, et qui noua paraissent appartenir ù une épo(|ue antérieure.
Toujours préoccupé par le désir de réunir un jour la Bretagne à la France, Philippe-Auguste maria l'héritière du duché, la jeune 41i\, il son parent Pierre-de-Dreux , qui, par son courage et son
■fe
Xm.o SIÈCLE. 91
mérite , était tout-à-fait digne de commander aux Bretons ; mais il en exigea Thommage lige au lieu du simple hommage qui lui était dû. En devenant duc de Bretagne , Pierre-de-Dreux brisa ses armes d*un quartier d'hermine, sans doute pour montrer aux Bretons qu'il se regardait désormais comme tout-à-fait des leurs, et il s'occupa immédiatement d'agrandir et de fortifier Nantes. Mais Jean-Sans-Terre , débarqué à La Rochelle , ne lui en laissa point le temps : après avoir pris Ancenis et Oudon , ce prince vint attaquer Nantes par Pirmil. La ville avait reçu un renfort de troupes françaises commandées par Robert-de-Dreux. Le duc Pierre en profita pour faire une sortie. Les Anglais furent battus ; mais Robert-de-Dreux s'étant trop acharné à la poursuite de l'ennemi , fut fait prisonnier avec dix autres chevaliers.
Débarrassé du roi d'Angleterre , Pierre revint à ses projets : fortifier les places qui lui appartenaient en propre, et diminuer, autant que possible, l'influence de Tévêque et des grands vassaux qui étaient presque ses égaux , telle fut la pensée de sa vie ; nous allons voir que la persévérance ne lui fit point faute pour la mettre à exécution : ses premiers actes furent de demander aux comtes et barons la jouissance des biens de leurs enfants mineurs jusqu'à l'âge de 21 ans, et de réclamer des prêtres les droits qu'ils percevaient pour le tierçage et le past nuptial (1), Ces prétentions de Pierre-^ de -Dreux indisposèrent la noblesse et révoltèrent le clergé ; mais Pierre tint bon , et n'hésita pas à s'emparer d'une propriété de l'évoque Etienne, dont il avait besoin pour les fortifications. Le prélat , irrité , somma Pierre de restituer à l'église les biens dont il s*était emparé. Celui-ci refusa : Tévéque, lança aussitôt contre lui une excommunication , et mit en interdit tous ses domaines du comté nantais. Cependant , Pierre continua ses travaux ; l'évoque eut recours
(1) A cette époque , les jeanes mariés étaient obligés , non par une loi^ mais par nue ancienne cootame, de donner à diner an curé, du de racheter ce dîner par une somme d*argent: c'était le past nuptial. Après la mort de Tnn des époux, le tiers du mobilier appartenait à l'église , ce qui constituait le droit de tierçage. Le past nnptial fut porté, en 1399 « à 3 sons pour les personnes aisées (en?iron 6 fr. d*aojonrd'hoi) , et 2 sous pour les antres $ la même année , le droit de tierçage fnt réduit au 9.*
92 Xin.« SIÈCLE.
au Pape , qui fit engager le duc à réparer ses torts. Cette démarche du prélat fut très-sensible à Pierre-de-Dreux , car il comprenait bien qu'il lui était facile de résister h son évéque, mais que sa puissance se briserait contre les armes spirituelles du Saint-Siège. Des courtisans , témoins de ses colères , répondirent à la plainte de Tévéque en brûlant ime partie de son faubourg du Marchix , en arrêtant quelques clercs et en le forçant lui-môme h quitter une rille oti sa sAreté était compromise ; des maisons , qui lui appartenaient , furent démolies, et leurs matériaux employés aux fortifications.
L'évoque, en quittant Nantes, aggrava l'excommunication lancée contre Pierre-de-Dreux , auquel ses luttes avec le clergé firent donner le surnom de IVFauclerc ( mauvais clerc ) ; mais , cette fois , le Pape , qui tenait à ménager les grands , désapprouva sa conduite : il n'entrait point d'ailleurs dans les vues de la cour de Rome d'annuler le pouvoir des excommunications par un trop fréquent usage ; le cbantre et deux chanoines du Mans furent donc nommés pour recevoir de Pierre la promesse de réparer les dommages faits à l'église de IVantes, et pour l'absoudre sous caution. Habile en procédure ecclésiastique, Pierre Mauclerc reçut d'abord l'absolution , et souleva ensuite des difficultés au moyen desquelles il se porta appelant au Saint-Siège afin d'arrêter ainsi toutes les nouvelles excommunications que Ton pourrait lancer contre lui jusqu'à l'issue de son procès. Le cardinal , chargé par le Pape de juger l'affaire , donna gain de cause h l'évéqae , infligea une punition très-sévère aux courtisans de Mauclerc, qui s'étaient portés h des voies de fait, et prescrivit la réparation de tons les dommages causés au prélat , ainsi que la restitution de tout ce qoi lui avait été pris. Mais l'évêque avait affaire h un adversaire trop habile pour accepter une sentence qui lui était si défavorable; aussi renonça-t-il h la punition des courtisans de Mauclerc , et aux dédommagements qui lui étaient dus pour les maisons détruites et incendiées: c'est-à-dire que les clercs arrêtés et battus, que les vassaux , dont les maisons avaient été brûlées ou détruites , durent se trouver satisfaits sans avoir reçu d'indemnité.
Enhardi par ce demi-succès, Pierre-de-Dreux voulut imposer les salines de Guerande, et vendre seul le sel à IVanles, droit dcmt l'évêque était en possession par suite d'une usurpation ; cette fois, Philippe-Auguste fut le médiateur ; mais , cependant , la sentence fnt défavorable à Pierre-de-Dreux , bien qu'il eût en partie raison.
XlU.e SIÈCLE. 93
Fatigué de ses procès , ce prince revint à ses travaux. Il transporta, sur remplacement qu'il occupe aujourd'hui , le lit de TErdre , qui coulait auparavant sur les Changes et dans la rue de la Poissonnerie. Il entoura la ville d'une enceinte de murailles, qui, partant du château pour arriver à la porte Saint-Pierre , passaient à côté de la Motte-Saint-André et suivaient ensuite, en quelque sorte , le cours de TErdre, pour se terminer au Bouffay, en laissant en dehors les rues actuelles des Carmes et de la Poissonnerie. Il entoura aussi d'une enceinte de fortifications le quartier Saint -Nicolas, appelé alors Bourgmain, dont il augmenta la ville. Enfin, il construisit deux ports sur la Loire: l'un, dans la paroisse de Sainte-Radegonde , situé où se trouve aujourd'hui la machine à filtrer (il a été détruit par la reine Anne) ; l'autre, appelé Briand-Maillard , du nom de l'architecte. Ce dernier était défendu par une demi-lune, qui a subsisté jusqu'en 1755. Pour faire face aux dépenses énormes qu'occasionnaient toutes ces constructions, Pierre-de-Dreux ne trouva rien de mieux, une fois sa bourse épuisée, que de s'emparer des biens de Tégiise de Pîantes, et de mettre à contribution les gens de l'évéque Clément, qui venait de mourir peu après être parvenu à i'épiscopat. Il extorqua ainsi 14,000 1., représentant une somme qu'il est difficile d'évaluer exactement, mais dont la valeur approximative se trouve entre un million et un million et demi de notre monnaie. Ferme dans ses résolutions , il brava les foudres apostoliques, et se fit hautement le protecteur des excommuniés, en défendant aux tribunaux d'avoir égard à cette qualification. Les évoques de Rennes, Saint-Malo, et Saint-Brieuc , lui firent des remontrances auxquelles il répondit en assemblant la noblesse à Redon. Dans la réunion qu'il tint dans cette ville , il fit promettre à ceux qui en faisaient partie de ne point accepter le joug des prêtres, de ne plus acquitter le jugement des morts ou droit de tierçage , de ne point prendre garde aux excommunications , enfin de conserver les dîmes inféodées. Les évéques, indignés, excommunièrent l'assemblée de Redon ; l'évéque de Rennes alla même jusqu'à mettre l'interdit sur les domaines du duc. De son côté, Pierre fit saisir leur temporel. Les évoques prirent la fuite, laissant leurs diocèses en interdit; mais le duc, sans être intimidé par cette nouvelle mesure, défendit à ses sujets de faire des legs aux églises , et de plaider hors de leur juridiction seigneuriale.
L'afiTaûre devenait grave ; les privilèges ecclésiastiques se trouvaient
compromis. Le pape Grégoire IX intervint par une ordonnance qoi prescrivit de publier solennellement Texcommunication du doc les dimanches et fêtes ; de mettre l'interdit sur ses domaines et le liea de sa résidence , sans y permettre l'administration des sacrements , à Texception du baptême pour les enfants et de la pénitence pour les mourants ; de déclarer nul le serment fait à Redon; de contraindre , par censures , à se rétracter tous ceux qui l'avaient prêté ; d'obliger les chapelains du duc à le quitter , sous peine d'être excommnniée et de perdre leurs bénéfices ; d'absoudre enfin du serment de fidélité tons les sujets de Pierre - de - Dreux , s'il ne se rétractait dans les quatre mois de l'ordonnance.
Cette déclaration du Saint-Siège mit Pierre Manclerc dans le plos grand embarras. Mal avec le clergé, mal avec les grands vasssax qu'il avait soumis , en les divisant , après leur avoir enlevé quelques privilèges ; mal avec le peuple par suite d'une alliance qu'il vensit de contracter avec l'Angleterre ; mal avec le roi de France qnMl arsit imprudemment défié après s'être révolté contre lui , ce prince n'aTsit plus d'espoir que dans l'armée anglaise , et cet espoir lui fit faute. Le roi d'Angleterre ayant reconnu que sa présence déciderait les seigneus Bretons à se jeter dans les bras de la France , ne voulut lui donner qne quelques chevaliers. Une trêve do trois ans avait permis à Pierre de respirer un peu ; mais , à son expiration , Louis IX marcha sur la Bretagne. Incapable de lui résister dans la position fâcheuse où il se trouvait , le duc se soumit à toutes les humiliations pour conserver ses Etats. Arrivé à Paris , il se présenta devant le roi , la corde an coa et se jeta à ses pieds ; mais Louis IX l'appela mauvais traître » et lui prescrivit de déclarer au roi d'Angleterre qu'il ne le reconnaissait pas pour son suzerain. Après cette réception , Pierre eut encore à prêter hommage au roi de France.
L'évêiiue Henry, successeur de Clément , avait ménagé Pierre-de- Dreux ; mais les commissaires nommés par le pape , s'étant assemblés an Mans , Pierre fut obligé , pendant la trêve que le roi de France Isi avait accordée, d'envoyer des députés au pape. Il montra, cette fois , la même rouerie que la précédente , mettant à traîner Taffaire en longueur, une très-grande habileté.
Malheureusement pour lui, le nouvel évêque Robert III, que le pape nomma seul , attendu que le comté Nantais se trouvait en interdit, ne mit pas à le poursuivre la même négligence que son pré-
XIU.« SIÈCLE. 95
décesseur ; aussi Pierre fut-il contraint de se rendre à Rome , bien qu'il eût laissé la couronne à son fils , alors majeur, auquel elle appartenait comme héritier d'Alix de Bretagne.
Pour construire les fortifications de Nantes, Pierre -de -Dreux avait été forcé d'abattre les églises de Saint-Clément et de Saint- Cyr , et de couper plusieurs cimetières.
Ces faits lui ayaient attiré la baine du clergé , qui n'épargna rien pour le rendre odieux : nous en trouvons la preuve , dans le passage suivant , d'Albert de Morlaix , emprunté sans doute h quelque chronique du temps :
« Le duc Pierre faisoit rage à persécuter le clergé , lequel il » abhoroit tellement , que quand il parloit des prélats et autres gens » d'église , il ne les nommoit que vendeurs de sacrements , ma- » quignons de bénéfices , et autres tels tiltres de mépris ; il dé- » molissoit leurs maisons et presbytaires , envahissoit de force » leurs métairies et jardins , voire mesme faisoit passer des fossez » à travers des cimetières , prenoit les plus belles pierres des tours » et clochers, et démolissoit les églises pour bastir ses maisons par- » ticulières de leurs débris et matériaux , comme il fit à Nantes aux » églises Saint-Clément et Saint-Cyre ès-fauxbourgs de Nantes (dite 9 k présent de Saint-Léonard dans la ville). Il en vint jusqu'à ce >» point de cruauté , qu*un curé de l'éuesché de Nantes ayant refusé » la sépulture ecclésiastique à un usurier public, mort sans pénitence, » il fit prendre ce curé et le lier avec le corps du mort , et les enterrer » tous deux ensemble , cruauté plus grande encore que celle du cruel » Mezentius , remarquée par Virgile au liv. viii desËnéîdes. » — Nous n^ajouterons aucune réflexion à ce passage d'Albert-de-Morlaix, que la comparaison de Pierre Mauclerc au farouche Mézence rend assez curieux , nous ne discuterons même point le fait horrible de l'enterrement d'un curé lié vivant & un cadavre; remarquons, cependant, à quelles calomnies odieuses peut conduire Tesprit de parti.
Il ne nous reste presque rien aujourd'hui des travaux entrepris par Pierre-de-Dreux ; tonte la partie des fortifications située entre la porte Saint - Nicolas ou du Bourgmain , et le pont de la Poissonnerie , qui se nommait alors porte Chalandière , a complètement disparu. Ce fut sous son règne , qu'en 1228 , les dominicains , plus connus sous le nom de jacobins , s'établirent à Nantes , par suite des concessions d'André-de-Vitré. Quatre ans plus tard, Té véque Henry consacrait
Téglisede Sainl-Michel, qai est deyenue depuis l'église des Gordelien. IN'ous l'avons reproduite dans nos gravures , ainsi qu'une partie des fortifications du Bourg-Main.
Quelques autres faits curieux ou caractéristiques de Tépoque, doivent trouver place ici.
La Chambre des Comptes exerçait alors ses fonctions à Aurty el Musillac. Les anciens maîtres des comptes étaient au nombre de faillit» et n'avaient que le nom d'auditeurs.
La pension alimentaire et vestiaire d'un religieux, était de MO sols, représentant 1800 à 2200 francs, valeur actuelle.
Les juifs habitaient tous la même rue , celle qui porte encore aajourd'hui le nom de rue do la Juiverie. Des règlements fixaient les heures auxquelles il leur était permis de sortir de chez eux et d*y rentrer; ils avaient une synagogue et une police privative. La croisade publiée contre eux, par Grégoire IX, fut le prétexte dont lesévéqueset les seigneurs de Bretagne se servirent pour demander leur expulsion en 1236; non-seulement il leur fut défendu de réclamer ce qu'il leur était dû, mais on les contraignit même à rendre les objets qui leor avaient été livrés en nantissement , et beaucoup d'entre eux fuient massacrés. '
En 1225 , un seigneur de Chantoceau pillait les navires qui remontaient et descendaient la Loire. Pierre -de -Dreux le chassa de son château.
En 1235 , la Loire s*éleva de 23 pieds 9 pouces.
Ce fut encore sous le règne de Pierre-de-Dreux (1223) que fnt publié à INantes, par l'évÔque Etienne, le premier code synodal dont le diocèse ait gardé le souvenir. L'on y remarquait , entre antres dispositions , que les curés seraient appelés , à l'avenir , à la rédaction des testaments de tous les laïques de leurs paroisses ; 2.^ qoB les bans de mariages se feraient le dimanche , au nombre de trou , sans dispense d'aucun; 3.<> diverses peines contre les clercs qui se seraient enivrés ; 4.o la punition de 10 jours de pain sec et d'ean^ pour tout mari qui aurait abusé du mariage ; 5.® l'ordre formel de payer la dime , et de ne faire les corvées du seigneur qu'avec l'agrément de l'évéque ; 6.^ la défense aux ecclésiastiques de porter les armes et de plaider devant les tribunaux laïques ; 7.o l'injonction faite aux médecins, sous peine d'excommunication, d'avertir les malades en cas de danger , afin qu'ils pussent se confesser et receroir les
crements. C'est ainsi , comme on le roit , que le clergé envahissait à petit bruit la direction complète de la société et s'immisçait aux choses de ce monde. Cependant, il faut le reconnaître , ces usurpations furent extrêmement utiles en contribuant à faire réformer les habitudes judiciaires. Nous avons tu qu'après la conquête les vainqueurs étaient devenus tout ensemble souverains et propriétaires , avantage immense dont ils abusèrent , en s'arrbgeant le droit de rendre la justice entre les serfs et de régler eux-mêmes leurs contestations avec leurs vassaux ; de telle sorte qu'il n'y avait trop souvent , comme nos Annales nous l'ont transmis, d'autre juge que Dieu entre les nobles et leurs hommes , sans qu'il fût permis à ces derniers d'appeler des sentences qui leur étaient défavorables. Mais , tandis que la noblesse ne connaissait habituellement d'autre règle que son caprice ou les anciennes coutumes du pays, le clergé , qui avait profité des lois romaines et qui possédait un droit canon , des tribunaux ecclésiastiques et divers degrés de juridiction , offrait dans son sein une institution modèle, qui fut bientôt forcément imitée par les seigneurs. Les curés élus par leurs paroissiens , les évêques nommés aussi par élection , les moines qui s'étaient jetés dans les monastères pour s'affranchir de la servitude, témoignaient nécessairement pour le peuple, pour ceux qui soufiraient de l'oppression, plus de compassion et d'indulgence que les privilégiés de la naissance , et leurs jugements avaient au moins les formes de la justice , lorsqu'ils ne la consacraient pas. Aussi, les nobles, pour n'être pas soumis à la puissance spirituelle , dont le peuple aimait les tribunaux , se résignèrent-ils à des concessions qui furent un immense progrès. C'est ainsi que des ambitions rivales , en divisant ceux qui exploitaient l'ignorance et la misère des plébéiens , préparaient providentiellement , et à leur insu, cette révolution de 89 et cette nuit du 4 août, dont l'histoire sera toujours une des belles pages de l'humanité.
Pierre-de-Dreux , après un règne agité, mais pendant lequel il avait fait de grandes choses , s'était démis , en 1235 , de la couronne en faveur de son fils Jean-le^Roux ; rentré dans la vie privée , sous le nom de Pierre-de-Braine^ chevalier, ce prince, au retour d'une croisade , se ligua avec les principaux seigneurs bretons et français, dans le but de s'opposer aux envahissements du clergé. L'acte d'association , dressé par lui-même , accusait les ecclésiastiques de s'être insi-
nues auprès des princes par un extérieur pieux et humble , d'aToir ensuite usé de leur crédit pour former une juridiction qui absoribait toute la juridiction séculière : il prescrivait, en conséquence, qa*à Tayenir , on ne traduirait aux tribunaux des éréques que pour des causes d'hérésie, de mariage ou d'usure, sous peine de mutilation et de perte des biens. Le clergé , alarmé de cette nouTelle coalition suscitée par le plus habile de ses ennemis, s'adressa au Pape, qai commanda d'employer d'abord la douceur à l'égard des barons ; mais de les excommunier, et de résister arec fermeté, s'ils ne cédaient pas. Ces deux moyens furent inutiles. Le Pape, comprenant que les grands étaient aussi avides d'argent que de puissance, détourna l'orage par des sacrifices fort peu chrétiens , mais très-habiles et faits à propos. Des bénéfices accordés aux parents des barons récalcitrants , des dispenses afin qu'ils pussent en posséder plusieurs à-la-fois , des présents, des indulgences, les adoucirent presque tous, et leur ligue se trouva ainsi anéantie ; tel fut le dernier fait de Pierre-de-Breux qni mourut dans les croisades , et fut , sans contredit , le plus habile politique des princes de son temps.
L'année où il monta sur le trône , Jean-le-Ronx s'associa à son père pour prélever la régale sur les terres de l'évéque de riantes. 4ussi fut-il poursuivi pour ce fait devant la cour de Rome. Ce prince, lors de son sacre, refusa de promettre de protéger l'église; c^était annoncer qu'il continuerait la politique de son père , politique qui consistait à détruire les puissances autour de lui , soit en les atta* quant de front , soit en les ruinant les unes par les autres. Sa rie a prouvé, depuis, qu'il avait constamment marché, avec moins d'halnleté peut-être , mais avec autant de persévérance que Pierre-de-Dren , vers le but qu'il s'était proposé.
Les querelles de l'évoque avec Pierre-de-Dreux l'avaient porté II demander le siège de Jérusalem. Aussitôt sa translation connue, Jeanle-Roux s'empara de la régie du temporel de l'évêché, des meubles et des grains déposés à la cathédrale : il préleva les dîmes , exigea des vassaux de l'évéque quinze cents livres , puis ensuite cinq cents autres comme exemption du service de guerre. Mais l'archevêque de Tours, profitant de l'excommunication de Jeau-le-Roux et de l'interdit du diocèse , s'empressa de nommer un évoque pour remplir le siège de IN'antes : ce fut Galeran , doyen de Tours, qu'il choisit. Après bien des subterfuges , Jean-le-Roux fut obligé de se rendre à Lyon pour y en-
tendre prononcer son jugement. Ce prince fut relevé de rabsolotion portée contre lai , après avoir promis de réparer les torts faits à l'église, et donné caution de sa parole. De retour à Nantes, il voulut éluder sa promesse ; mais le Pape chargea Tévéque Othon de juger la question pour le fond ; et, comme l'on pouvait s'y attendre , Jean-le- Roux fut condamné sur presque tous les points.
Pendant ces débats, un hôpital du nom de Saint-Jean fut fondé , l'on ne sait par qui , dans la rue des Carmes , et les Cordeliers s'établirent à Nantes par la libéralité des seigneurs de Dreux , qui leur donnèrent la chapelle de Saint-Michel.
De nouvelles contestations s'élevèrent encore entre le duc et l'évèque. Celui-ci réclama le droit de tierçage , le past nuptial , et tout ce qui pouvait être matière à contestation ; et , malheureusement pour Jean-le-Koux , il gagna tous ses procès , grâce au pouvoir de l'excommunication et à l'appui du Pape.
L'évdque Galeran , qui s'était montré plus actif à étendre les usurpations du clergé que Jean-le-Roux à les restreindre , mourut en 1263. C'était la coutume des évéques de Nantes de faire des legs ; aussi laissa-t-il 40 sous de rente au chapitre et au bas-chœur, et 30 sous pour un anniversaire. Peu avant sa mort il s'était réconcilié avec le duc , et ils avaieht imposé en commun deux deniers sur toutes les ventes , dont un payable par l'acheteur et l'autre par le vendeur.
Pendant la vacance du siège , Ëlie , chantre dignitaire , rétablit dans le diocèse l'uniformité de l'ordinaire des rits. Il n'y avait alors que cinq dignités à la cathédrale ; savoir : les deux archidiacres , le chantre, le trésorier et le scolastique.
Quelques-unes des croyances et coutumes du temps méritent d'être signalées : ainsi l'on pensait que les âmes du purgatoire jouissaient le dimanche d'un repos parfait , et que le lundi leurs peines recommençaient. Pour cette raison , l'on choisissait de préférence le lundi pour la messe des Anges ou des défunts. — Le mercredi des Gendres l'on portait des cierges allumés à la procession , pour rappeler l'épée flamboyante dont l'ange se servit lorsqu'il chassa nos premiers pères du Paradis terrestre. Le jour du Vendredi-Saint l'on communiait avec les hosties du jeudi.
Jacques , successeur de Galeran , signala son entrée à l'épiscopat par des discussions avec Jean-le-Roux. Rientôt l'excommunication s'en suivit , mais l'évéque mourut , et laissa ainsi le duc en repos. Ce
100 XIII.« SIÈGUS.
prélat fut inhumé dans la cathédrale au lieu où se trouvait il 7 a d quante ans le grand autel. On le transféra , en 1622 , dans la chapelle de Salnt-Lazarre. — Guillaume de Yem, qui lui succéda, fat héritier de son procès qu'une transaction termina.
L*on fabriquait à Nantes , à cette époque , la monnaie nomaiée gros nantais > que sa perfection décida Saint-Louis à introduire dans ses états. Le revenu de la prévôté valait alors 1145 livres , d*a^te les comptes de Ri vallon-du -Temple. Le tonneau de vin se vendait 13 sous , et le marc d'argent valait 54 sous 7 deniers.
En paix avec Tévéque dont il n'avait pu triompher , Jean-le-Roux voulut augmenter sa puissance au détriment des barons et antres grands vassaux ; aussi rendit-il , en 1275 , la fameuse ordonnance qui changeait le bail des nobles en rachat. Le bail des nobles introduit dans le duché par Pierre-de-Dreux , était une coutume usitée Angleterre et en Normandie , qui conférait aux seigneurs le d'être usufruitiers des biens de leurs pupilles jusqu'à l'âge de 21 ans, à la charge toutefois de veiller à leur éducation. Le droit de mariage y était réuni , c'est-à-dire qu'une fille mineure était obligée , lorsqu'elle refusait l'époux que son tuteur lui présentait , de solder à ce dernier une amende égale à la somme qu'il eût reçue du prétendant, si le mariage avait eu lieu. Le rachat, beaucoup plus avantageux pour le pupille , ne l'obligeait à donner qu'une année de son revenu. La transformation du bail en rachat fut avantageuse au doc » qui affaiblit ainsi le pouvoir de ses grands vassaux. Il s'y prit trèshabilement pour faire adopter cette mesure ; au lieu de l'imposer, il la conseilla comme une chose juste , et la fit adopter , dans une lénnion composée des principaux seigneurs de la province , comme usage à suivre.
La même année , l'évoque acquit de la veuve d'Aveir , seigneur d'Aindrc , dont il avait tracassé le mari , le ficf de la Fosse. Cette circonstance fut peut-être l'un des motifs qui déterminèrent Jean4e- Roux à violer la coutume qui lui défendait de devenir acqnéiear des fiefs de ses barons.
Le duc était trop habile pour ne pas comprendre que sa position lui permettrait d'acheter successivement les principales terres et les principaux droits de la Bretagne ; mais il trouvait en même temps Tnsage des lots et ventes trop profitable aux suzerains pour être aboli. Aussi profita-t-il d'une circonstance favorable pour acquérir la
jeure partie da comlé de Léon , sans , pour cela , rien changer an reste de la coatnme. Ce fait , pour ôtre bien compris , demande une explication : lorsque la société féodale n'était pas entièrement constituée , tout propriétaire était libre de vendre ce qui lui appartenait ; mais aussitôt que chacun se trouva féal d'un plus puissant que lui , le consentement du seigneur à une mutation de propriété qui changeait ses vassaux, devint nécessaire. De là TimpOt qu'ils établirent, sous le nom de lods et ventes, sur les partages par suite de décès et sur les ventes des fiefs qui leur devaient hommage , avec peine de confiscation et de déshérence pour ceux qui voudraient s'y soustraire. Mais les barons bretons, en acceptant cette coutume française qui leur était si avantageuse , avaient stipulé que le duc ne pourrait devenir acquéreur de leurs fiefs , dans la crainte sans doute qu'il ne remplaçât un jour l'oligarchie des comtes et des barons par une monarchie véritable , en achetant les plus belles terres nobles.
Jean-le-Roux mourut en 1286 , et fut inhumé dans l'abbaye de Prières qu'il avait fondée. Son fils Jean II lui succéda. L'un de ses premiers actes fut de se faire rendre compte des querelles qui divisaient la noblesse et le clergé au sujet du tierçage et du past nuptial , et de supprimer ces impôts comme une abusive usurpation ; mais le clergé en appela au Saint-Père dont la décision tardive eut pour but de satisfaire tous les partis sans blesser personne. Les droits furent conservés , mais considérablement réduits; de plus , les nobles et les pauvres en furent afiranchis. Ainsi, dans la conclusion de cette affaire, le Saint-Siège prit moins conseil de la justice que de la politique.
En 1297, Philippe-le-Bel donna le titre de pair de France au duc de Bretagne , sous prétexte de le récompenser des services qu'il en avait reçus dans la guerre de Flandres ; et , en réalité , pour lier plus que jamais et d'une manière indissoluble le duché de Bretagne à la France. C'était un acte de haute politique , en ce qu'il devait établir des rapprochements plus firéquents et plus directs entre les ducs #1 leurs souverains , et surtout en ce qu'il assimilait complètement le duc de Bretagne aux autres grands vassaux de la couronne. L'histoire ne dit pas que Jean II, prince très-habile et digne de son aïeul et de son père, ait été flatté de cet honneur qui n'ajoutait rien à sa puissance.
Aucun autre événement intéressant, pour notre ville , ne signala la fin du siècle.
Il nous reste à N aotes bien peu de monuments du XI1I.« sièdB ; ceux c[ue nous avons décrits méritaient seuls de fixer rattentira. G^ pendant , ce fut à cette époc[ue que la Bretagne et le comté naaMi Tirent fonder Tabbaye de Villeneuve, le prieuré de Maleslmlt, Fabbaye de Noirmoutier , Téglise collégiale de la Guerche , le yiklé de la Primaudière , Téglise collégiale de Vitré , Saint-AoUn-dB- Cormier et ses plus anciens édifices , Thôpital de Ponscorff, lot Cordeliers de Binan , une chapelle de Bon-Repos , Thôpital de SiM- Malo, Tabbaye de Prières, les Frères*Minemrs de Vannes, les Trinitaires de Chàteaubriant.
Les sculptures du XIIL^ siècle sont en harmonie avee rarcbitectMa du temps. Il existe bien des imagiers , des compagnons maçons, flnit Part n'a pas encore éclairé leur génie ; leurs œuvres ne sont pas MWÊtm étudiées, souvent elles manquent de style, presque toujours eliss pèchent par le dessin. Bora Lobineau nous a conservé dans 8<m oih vrage deux tombeaux , sans doute les plus remarquables du siède^ qui sont loin d'être comparables à ceux dont nous aurons à paitar plus tard.
L'un de ces tombeaux, d'une richesse extraordinaire pour son époqÉb, était placé dans l'abbaye de Villeneuve , et renfermait les ceaâtm d'Alix de Bretagne , femme de Pierre I .'', et d'Yolend, sa fille, comfMW de la Marche. — Sur un massif de marbre se trouvait un second de même forme et de moindre dimension , recouvert en cuivre, quatre coins duc[uel l'on remarquait quatre lions mal dessinés, portai chacun sur la fesse un écusson. Entre ces quatre lions , dont letMto semblaient soutenir une corniche lourde et massive, formée par^ia prisme rectangulaire , l'on voyait des écnssons en cuivre éniiHlét placés sur un fond uni , et séparés par des rosaces. La corniche onée d'arabesques grossières , supportait dix lampes sépulcrales fiséei à distances égales; cette corniche se repliait à l'intérieur et paMit entre les deux statues d'Alix et d'Yolend, de manière à former desz demi^Combes , dans lesquelles les statues se trouvaient placées de long, la tête légèrement soulevée. La disposition générale de oe nument était vicieuse , puisque les statues qai en formaient le principal ne pouvaient être vues convenablement d'aucun des accessibles à ceux qui venaient le visiter. La sculpture en était diocre^ à l'exception des statues qaï avaient le mérite et les de leur temps. Celle d'Alix tenait de la main droite un sceptre, elAe
la gaacbe les plis d'an manteau sans manches , doublé de yair ; sa tête portait une coiffure en forme de couronne, divisée en plis nom* breux comme les bonnets de nos arocats ; ses cheveux plats se partageaient sur le milieu du front dont ils laissaient voir la pureté , et tombaient sans boucles sur ses épaules , à la manière des chevelures de nos premiers rois de France ; sa figure , d'une beauté remarquable, était ravissante d'expression ; ce n'était pas la vie et c'était mieux que la vie : la poésie du sommeil en Dieu , le calme du juste , la sérénité des élus, se trouvaient sur sa physionomie, animant chacun de ses traits. Une longue robe à manches demi-collantes descendait jusque sur ses pieds qui s'appuyaient contre une sorte de bouclier non armorié. La statue entière avait environ dix longueurs de tête. A l'exception des mains , tout le reste semblait sacrifié à la figure, comme pour indiquer la prédominance de Tàme sur le corps.
Yoland était vêtue du même costume qu'Alix de Bretagne , et sa figure ne le cédait en rien pour l'expression à celle de sa mère ; mais sa tête était appuyée sur un oreiller ordinaire , tandis que celle d'Alix était soutenue par deux petits moines couchés de leur long, les mains appuyées contre sa couronne.
De la corniche qui passait entre les deux princesses , sortait un petit ange en surplis , dont les ailes de colombe passaient à travers sa robe. Tourné du côté d'Yolend, le corps penché, les ailes étendues , il semblait prêt à partir pour l'annoncer au Paradis. Ces deux statues, range et les moines étaient en cuivre doré, ainsi que les boucliers placés à leurs pieds.
L'autre tombeau conservé par Dom Lobineau , se trouvait à Saint- Yves-de-Brenne ; c'était celui de Pierre Mauclerc ; mais nous ne devons point nous en occuper , car rien ne prouve qu'il ait été fait en Bretagne ou pour la Bretagne.
Les sceaux de Geffroy, de Chateaubriand (1199), de Beatrix de Machecoul , de Bernard de Machecoul (1214) , de l'évêque Quiriac (1064), d'Alain-Fergent, d'Alix , de Gonan IV , de Jean L«' , d'Yolend , de Gérard de Raiz (1276) , (1220) , (1281) , de Jean II (1287) , etc. , rapportés par Dom Morice dans les preuves de l'Histoire de Bretagne, établissent d'une manière incontestable que l'art de la gravure était très-avancé au XIII.' siècle , et que les graveurs étaient eux-mêmes des dessinateurs habiles , ou se servaient de bons dessins pour les travaux dont ils étaient chargés. Le grand nombre de sceaux faits
au Xîn.« siècle, explique jusqu'à un certain point poarqaoi nous avons de celte époque tant de tombeaux en cuivre.
IVous ne savons rien des costumes du peuple au XIII.' siècle. Ceox des prêtres étaient les mêmes que dans le siècle précédent. Qaant A la noblesse, elle avait rapporté de ses voyages à Romo et en Palestine, le gofit du luxe et dos arts.
Toute comtesse voulait porter la couronne et le manteau. La coaronne laissait pendre par derrière aux jours de fête , une barbe de tissu léger, qu'une pleureuse remplaçait aux jours de deuil. — Le manteau doublé d'hermine, de fourrures du nord ou de vair, était en soie épaisse , presque semblable à celles que, dans le siècle dernier. Ton appelait gros de Tours brodé ou damassé, ou à nos moires actuelles, à cette différence près que les moires anciennes étaient pareilles des deux ct^tés. Le manteau était rond , ressemblant beaucoup h une chasuble , et laissait voir la robe et une partie des épaules. Le plus souvent, il n'avait pas de collet, mais un riche gallon qui en marquait le tour; une simple agrafe servait à le retenir; ce n'est que plus tard que l'on fit usage de cordelières ; sa longueur était habituellement la in(^nic que celle de la robe ; cependant , lorsque la robe était traînante, le manteau se trouvait plus court de deux A trois doigts. Relevé par les bras , il formait des deux cOtés des plis gracieux , dessinait la taille sur un fond chargé d'ombre , et serrait .'i dimner k l'ensemble de la personne cette disposition pyramidale que recherchent les sculpteurs.
Les robes variaient dans leurs formes ; le plus souvent elles étaient rondes, ayant un corsage h la vierge ; quelques-unes au commencement du siècle étaient en cœur. — Les premières ressemblaient beaucoup aux tuniques romaines ; une ceinture plate , dcmt l'extrémité tombait jusqu'au genou, marquait la taille. Leur longueur ne permettait pas de voir les pieds ; souvent aussi la ceinture était cachée par les plis du corsage , car la robe n'était autre chose qu'une ample chemise d'étoffe de prix. Cette ceinture était presque toujours ornée de brillants de pierres travaillées on de métaux précieux, et soutenait le sac ou escarcelle que l'on plaçait du cùié gauche. Le haut de la rolx; était bordé avec richesse , les manches collantes ne dépassaient pas le poignet. Quelquefois une broche ou un ornement du même genre, était placé au haut de la robe, de manière à former quelques plis et h cacher ainsi la gorge: d'autrefois, cet ornement se trouTaît
plus bas. L'on portait aussi des chemisettes, et alors il était de bon goût d'attacher au milieu Fomement dont nous venons de parler. — Les bas ou chausses étaient de soie , les souliers longs et pointus.
Les hommes étaient habillés comme les femmes , mais leurs robes n'araientpas autant de longueur; leur chevel are était demi-longue, aucun ne portait de barbe. Sous les armes , ils avaient un casque tout plat en dessus, ce qui caractérise le siècle de Saint -Louis; une tunique maillée, recouvrant quelquefois et les mains et les pieds, commençait au cou, qu'elle protégeait. Le bouclier était orné des armoiries du guerrier; une tunique fendue par devant cachait en partie le vêtement maillé ; tantôt elle avait de courtes manches , tantôt elle était simplement ouverte pour le passage des bras ; quelquefois, ainsi que les cottes de mailles, elle se repliait sur la tête; car s'il était de mode d'avoir des casques plats, tous les chevaliers étaient loin de se soumettre à l'usage. Jean I.«', Jean n, Gérard de Raiz et beaucoup d'autres , parmi les plus nobles seigneurs de Bretagne du XIII. « siècle, n'ont jamais porté c[ue des casques arrondis en dessus , ou même des casques pointus. — Les chevaux étaient habituellement caparaçonnés d'une étoffe pareille à la tunique des chevaliers qui les montaient. Sur la fin da siècle , les armoiries de l'éca se trouvèrent souvent répétées sur la tunique et sur le caparaçon. Cette mode survint à l'époqae où l'on prit pour habitude de mettre son écusson sur une robe sans manches et même sur la robe d'apparat. Les étriers ne différaient guère de nos étriers actuels; les éperons beaucoup plus grands , ne dépendaient pas de la chaussure ; l'épée était longue et droite, à poignée en forme de croix.
La science du XIII .« siècle était encore tout entière renfermée, comme au Xn.« , dans les études scolastiques qui comprenaient les langues mortes, la dialectique et la théologie; cette dernière , placée au sommet, embrassait et résumait toutes les autres; mais Nantes ne possédait que des enseignements d'un ordre très-inférieur. L'industrie était bornée ; cependant la métallurgie avait fait quelques progrès : il existait deux forges dans le domaine du vicomte de Châteaubriant : elles étaient situées dans ses forêts de Teille et de Juigné. L'agriculture, favorisée par les spéculations des moines, arrachait chaque jour de nouvelles terres aux forêts et aux landes. Les seigneurs établissaient sur les rivières des barrages, improprement appelés écluses,etdes moulins; ils élevaient tous des chevaux de prix. Le testament de Geofiroy de
106 Xiy.« SIÈCLE.
Châteanbriant accordait , en 1262 , aux frères da Temple, un diCTal de 50 livres , somme sapérieure , pour le temps, à 3,000 firancs de notre monnaie. Quant au commerce , jamais il n'avait été pins proféra ; anssi la nécessité de régler tout ce qui le concernait^ imposa-t-elie an dncs Tobligation d^accepter le consulat des lois de la mer, espèce de code maritime dont Torigine se perd dans la nuit des temps , et qai était en usage depuis plusieurs siècles dans la mer Méditerranée, k Marseille, Barcelone, Amalfi, et depuis peu dans les men da Couchant, sous le nom de lois ou coutumes d'Oléron.
La situation des bourgeois s'améliorait lentement ; cependant leor sort était beaucoup plus tolérable que par le passé , surtout dam les bourgs et à IVantes. Heureusement qu*une innovation qaï date en France de 1271 , et qui a passé en quelque sorte inaperçue enBietagne , devait singulièrement diminuer les privilèges de raristocratie: nous voulons parler de Tinstitution des lettres de noblesse, qoiont eu pour résultat de déprécier les titres héréditaires. Une fois leur usage établi , il était impossible qu'elles ne devinssent pas souvent, et même le plus souvent , la récompense de vils courtisans , d*intrigan!s prêts à faire tous les métiers auprès des princes , même celai qw les habitudes de notre langue ne nous permettent pas de nommer ; enfin des hommes de loi que le pouvoir avait trouvés souples et dociles à ses volontés. C'était un grand mal, sans doute, que des faveurs acoordées aux vices et aux flatteries , mais ce mal seul pouvait hiter la destruction des privilèges , et les fils si nombreux des manants dn XIII.c siècle , ne peuvent que s'en applaudir.
QUATOBZIËirE SIÈCLE.
MJjx 1302 , l'évéque de IVantes se trouvait à Rome où il souscrirait la bulle unam sanctam que Philippe-le-Bel et Jean II refusèrent d*a^ cepter^ la trouvant abusive. — Désireux cependant de terminer ses discussions avec le clergé , Jean II se rendit à Lyon en 1305 , afin i^ parler lui-même au Pape; mais une vieille muraille de cette ville qne surchargeait uu grand nombre de spectateurs > s'écroula sur Ini et le
loa. Son testament léguait aux pauvres 1500 paires de souliers , autant de yêtementSy et 6000 livres pour les filles à marier. Cette somme , au prix de 13 sous le setier de froment, devait valoir de 276 à 320 mille francs d'aujourd'hui.
Arthur II devint le successeur de Jean II. Sons ce prince , les Templiers furent chassés de liantes ; Philippe-le-Bel envoya des commissaires à liantes pour s'emparer de leurs propriétés , mais les Nantais s*]r opposèrent, et le duc confisqua leurs propriétés à son profit.
Depuis long-temps la Bretagne était entièrement associée de mœurs et d'nsages à la France ; aussi les vilains de la province eurent-ils des députés, en 1309, aux états de Ploërmel, comme ceux de France en avaient eu en 1302 aux états-généraux; mais la ville de Nantes n'eut pas , cette fois , Thonneur d'y être représentée.
A cette époque, il était d'usage de ne point travailler le samedi , après vêpres; ceux qui violaient cette défense étaient condamnés, dans quelques diocèses, à payer cinq sous à l'église pour l'entretien du luminaire « ou à faire la procession en chemise et en caleçon pendant cinq dimanches consécutifs , ayant au cou l'instrument dont ils s'étaient servis pour travailler.
En 1310 , le parlement du duc prit sur lui de modérer les taxes exorbitantes que l'évèque imposait à ses vassaux. En 1312 , Arthur mourut et fut remplacé par Jean, dit le Bon, fils aîné de sa première femme.
En 1318 , Thibaut de Rochefort , vicomte de Donges , appela les Carmes à Nantes : il les logea d'abord dans son hôtel de Rochefort , devenu depuis la maison des Saintes-Claires, puis, en 1327, dans le local qu'ils ont occupé depuis jusqu'à leur suppression, et qui se trouvait situé rue des Carmes ; mais une violente opposition du curé de Saint -Vincent et de l'évéque fut suivie d'une excommunication en règle, dont le pape les releva moyennant 6 livres de rente pour révoque , 500 sous pour le Chapitre , et un dédommagement pour le curé de Saint-Vincent. — Sept années plus tard , Jean III fonda l'église de Saint-Donatien, et l'évéque Daniel fonda la collégiale de Notre-Dame. Une ordonnance de ce prélat avait prescrit, quelques années auparavant , d'entourer de murs les fossés , les puits , et les fontaines ; c'est la première de ce genre que nous ayons à signaler.
En 1332, le duc tenait ses assises à Guerande , dans une maison do l'évêque , et Tévéque les tenait à Nantes dans une maison au duc , par l'intermédiaire d'un juge prévôt. Cette maison était située
100 XIII.o SIÈCLE.
prélat fat inbainé dans la cathédrale au lieu où se trouvait il y a cû quante ans le grand autel. On le transféra , en 1622 , dans la cluipelle de Saint-Lazarre. -> Guillaume de Vem , qui lui succéda , fot héritier de son procès qu'une transaction termina.
L'on fabriquait à IVantes , à cette époque , la monnaie nommée gros nantais^ que sa perfection décida Saint-Louis à introduire dans ses états. Le revenu de la prévOté valait alors 1145 livres « d'apite les comptes de Ri vallon-du -Temple. Le tonneau de vin se vendait 13 sous , et le marc d'argent valait 54 sous 7 deniers.
En paix avec Tévéque dont il n'avait pu triompher , Jean-l^-Roox voulut augmenter sa puissance au détriment des barons et autres grands vassaux; aussi rendit-il, en 1275, la fameuse ordonnance qui changeait le bail des nobles en rachat. Le bail des nobles introduit dans le duché par Pierre-de-Dreux , était une coutume usitée en Angleterre et en Normandie , qui conférait aux seigneurs le droit d'être usufruitiers des biens de leurs pupilles jusqu'à l'âge de 21 ans, à la charge toutefois de veiller à leur éducation. Le droit de mariage y était réuni , c'est-à-dire qu'une fille mineure était oblif;6e , lorsqu'elle refusait l'époux que son tuteur lui présentait , de scrider à ce dernier une amende égale à la somme qu'il eût reçue du prétendant, si le mariage avait eu lieu. Le rachat, beaucoup plus avantageux pour le pupille , ne l'obligeait à donner qu'une année de son revenu. La transformation du bail en rachat fat avantageuse au doc » qui affaiblit ainsi le pouvoir de ses grands vassaux. Il s'y prit titehabilement pour faire adopter cette mesure ; au lieu de l'imposer» il la conseilla comme une chose juste , et la fit adopter , dans une nion composée des principaux seigneurs de la province , usage à sui'tTc.
La même année, Tévêque acquit de la veuve d'Aveir, seignenr d'Âindre , dont il avait tracassé le mari , le fief de la Fosse. Cette circonstance fut peut-être l'un des motifs qui déterminèrent Jeaii4^ Roux à violer la coutume qui lui défendait de devenir acquérenr des fiefs de ses barons.
Le duc était trop habile pour ne pas comprendre que sa positien lui permettrait d'acheter successivement les principales terres et tas principaux droits de la Bretagne ; mais il trouvait en même temps !*■sage des lots et ventes trop profitable aux suzerains pour être aboli. Aussi profita-t-il d'une circonstance favorable pour acquérir la
jeure partie da comlé de Léon , sans , poar cela , rien changer an reste de la coutume. Ce fait , pour ôtre bien compris , demande une explication : lorsque la société féodale n'était pas entièrement constituée , tout propriétaire était libre de vendre ce qui lui appartenait ; mais aussitôt que chacun se trouva féal d'un plus puissant que lui , le consentement du seigneur à une mutation de propriété qui changeait ses vassaux, devint nécessaire. De là TimpOt qu'ils établirent, sous le nom de lods et ventes, sur les partages par suite de décès et sur les ventes des fiefs qui leur devaient hommage , avec peine de confiscation et de déshérence pour ceux qui voudraient s'y soustraire. Mais les barons bretons, en acceptant cette coutume française qui leur était si avantageuse , avaient stipulé que le duc ne pourrait devenir acquéreur de leurs fiefs , dans la crainte sans doute qu'il ne remplaçât un jour l'oligarchie des comtes et des barons par une monarchie véritable , en achetant les plus belles terres nobles.
Jean-le-Roux mourut en 1286 , et fut inhumé dans l'abbaye de Prières qu'il avait fondée. Son fils Jean II lui succéda. L'un de ses premiers actes fut de se faire rendre compte des querelles qui divisaient la noblesse et le clergé au sujet du tierçage et du past nuptial , et de supprimer ces impôts comme une abusive usurpation ; mais le clergé en appela au Saint-Père dont la décision tardive eut pour but de satisfaire tous les partis sans blesser personne. Les droits furent conservés , mais considérablement réduits; de plus , les nobles et les pauvres en furent afiranchis. Ainsi, dans la conclusion de cette affaire, le Saint-Siège prit moins conseil de la justice que de la politique.
En 1297, Philippe-le-Bel donna le titre de pair de France au duc de Bretagne , sous prétexte de le récompenser des services qu'il en avait reçus dans la guerre de Flandres ; et , eu réalité , pour lier plus que jamais et d'une manière indissoluble le duché de Bretagne à la France. C'était un acte de haute politique, en ce qu'il devait établir des rapprochements plus firéquents et plus directs entre les ducs #1 leurs souverains , et surtout en ce qu'il assimilait complètement le duc de Bretagne aux autres grands vassaux de la couronne. L'histoire ne dit pas que Jean II, prince très-habile et digne de son aïeul et de son père, ait été flatté de cet honneur qui n'ajoutait rien à sa puissance.
Aucun autre événement intéressant, pour notre ville , ne signala la fin du siècle.
Il nous reste à Naotes bien pea de monaments du JUii.« tiède; ceux que nous avons décrits méritaient seuls de fixer Tattention. G^ pendant , ce fot à cette époque que la Bretagne et le comté mateb virent fonder Tabbaye de Villeneuve, le prieuré de Maleatroll, Tabbaye de Noirmoutier , Tégllse collégiale de la Guercbe , le yiklé de la Primaudière , Téglise collégiale de Vitré , Saint-AoUn-dB- Cormier et ses plus anciens édifices , Thôpital de Ponscorffy \m Cordeliers de Binan , une chapelle de Bon-Repos , Thôpital de SftM- Malo, Tabbaye de Prières, les Frères*Mineurs de Vannes, les Trinitaires de Ghàteaubriant.
Les sculptures du XnL« siècle sont en harmonie avee Tarcliitectse du temps. Il existe bien des imagiers , des compagnons maçons , mis Part n'a pas encore éclairé leur génie ; leurs œuvres ne sont pas asiei étudiées, souvent elles manquent de style, presque toujours pèchent par le dessin. Bora Lobineau nous a conservé dans vrage deux tombeaux , sans doute les plus remarquables du siède» qui sont loin d'être comparables à ceux dont nous aurons à ptfkr plus tard.
L'un de ces tombeaux, d'une richesse extraordinaire pour son épofÉe» était placé dans l'abbaye de Villeneuve , et renfermait les d'Alix de Bretagne, femme de Pierre I.<^', etd'Yolend, sa fille, de la Marche. — Sur un massif de marbre se trouvait un second de même forme et de moindre dimension , recouvert en cuivre, quatre coins duquel l'on remarquait quatre lions mal dessinés, portaat chacun sur la fesse un écusson. Entre ces quatre lions , dont lestMbs semblaient soutenir une corniche lourde et massive, formée pir^Hi prisme rectangulaire, l'on voyait des écussons en enivre émiHlét placés sur un fond uni , et séparés par des rosaces. La corniche onée d'arabesques grossières, supportait dix lampes sépulcrales filées à distances égales; cette corniche se repliait à l'intérieur et entre les deux statues d'Alix et d'Yolend, de manière à fonner demi^lombes , dans lesquelles les statues se trouvaient placées de long, la tête légèrement soulevée. La disposition générale de oe nument était vicieuse , puisque les statues qui en formaient le e^fet principal ne pouvaient être vues convenablement d'aucun des peMi accessibles à ceux qui venaient le visiter. La sculpture en éliît diocre , à l'exception des statues qui avaient le mérite et les de leur temps. Celle d'Alix tenait de la main droite un sceptre, et de
XIlI.o SIÈCLE. 103
la gaaebe les plis d'an manteaa sans manches , doublé de vair ; sa tête portait ane coiffure en forme de couronne, divisée en plis nombreux comme les bonnets de nos arocats ; ses cheveux plats se partageaient sur le milieu du front dont ils laissaient voir la pureté , et tombaient sans boucles sur ses épaules , à la manière des chevelures de nos premiers rois de France ; sa figure , d'une beauté remarquable, était ravissante d'expression ; ce n'était pas la vie et c'était mieux que la vie : la poésie du sommeil en Dieu , le calme du juste , la sérénité des élus, se trouvaient sur sa physionomie, animant chacun de ses traits. Une longue robe à manches demi-collantes descendait jusque sur ses pieds qui s'appuyaient contre une sorte de bouclier non armorié. La statue entière avait environ dix longueurs de tête. A l'exception des mains , tout le reste semblait sacrifié à la figure, comme pour indiquer la prédominance de l'âme sur le corps.
Yoland était vêtue du même costume qu'Alix de Bretagne , et sa figure ne le cédait en rien pour l'expression à celle de sa mère ; mais sa tête était appuyée sur un oreiller ordinaire , tandis que celle d'Alix était soutenue par deux petits moines couchés de leur long, les mains appuyées contre sa couronne.
De la corniche qui passait entre les deux princesses , sortait un petit ange en surplis , dont les ailes de colombe passaient à travers sa robe. Tourné du cOté d'Yolend, le corps penché, les ailes étendues , il semblait prêt à partir pour l'annoncer au Paradis. Ces deux statues, l'ange et les moines étaient en cuivre doré, ainsi que les boucliers placés à leurs pieds.
L'autre tombeau conservé par Dom Lobineau , se trouvait à Saint- Yves-de-Brenne ; c'était celui de Pierre Mauclerc ; mais nous ne devons point nous en occuper , car rien ne prouve qu'il ait été fait en Bretagne ou pour la Bretagne.
Les sceaux de Geffroy, de Chateaubriand (1199), de Beatrix de Machecoul , de Bernard de Machecoul (1214) , de l'évêque Quiriac (1064), d'Alain-Fergent, d'Alix , de Conan IV , de Jean I.«^ , d'Yolend , de Gérard de Raiz (1276) , (1220) , (1281) , de Jean II (1287) , etc. , rapportés par Dom Morice dans les preuves de l'Histoire de Bretagne, établissent d'une manière incontestable que l'art de la gravure était très-avancé au XIII.' siècle, et que les graveurs étaient eux-mêmes des dessinateurs habiles , ou se servaient de bons dessins pour les travaux dont ils étaient chargés. Le grand nombre de sceaux faits
au Xni.« siècle, explique jusqu'à un certain point ponrqnoi nous ayons de cette époque tant de tombeaux en enivre.
Nous ne savons rien des costumes du peuple au XIII.» siècle. Ceax des prêtres étaient les mêmes que dans le siècle précédent. Qaant à la noblesse, elle avait rapporté de ses voyages à Rome et en Palestine, le ^otii du luxe et des arts.
Toute comtesse voulait porter la couronne et le manteau. La coaronne laissait pendre par derrière aux jours de fête , une barbe de tissu léger, qu'une pleureuse remplaçait aux jours de deuil. — Le manteau doublé d'hermine, de fourrures du nord on de vair, était en soie épaisse, prescpie semblable h celles que, dans le siècle dernier. Ton appelait gros de Tours brodé on damassé, ou à nos moires actuelles, 2i cette différence près que les moires anciennes étaient pareilles des deux cAtés. Le manteau était rond , ressemblant beaucoup à une chasuble , et laissait voir la robe et une partie des épaaies. Le pins souvent, il n^avait pas de collet, mais un riche galloo qui en marquait le tour ; une simple agrafe sentait à le retenir ; ce n'est que plus tard que l'on fit usage de cordelières; sa longnenr était habituellement la même que celle de la robe ; cependant , lorsque la robe était traînante, le manteau se trouvait pins court de deux à trois doigts. Relevé par les bras, il formait des deux côtés des plis gracieux , dessinait la taille sur un fond chargé d'ombre , et serrait h donner à l'ensemble de la personne cette disposition pyramidale que recherchent les sculpteurs.
Les robes variaient dans leurs formes ; le plus souvent elles étaient rondes , ayant un corsage à la vierge ; quelques-unes an commencement du siècle étaient en cœur. — Les premières ressemblaient beaucoup aux tuniques romaines ; une ceinture plate , dont rextrëmfté tombait jusqu'au genou, marquait la taille. Leur longueur ne permettait pas de voir les pieds ; souvent aussi la ceinture était cachée par les plis du corsage , car la robe n'était autre chose qu'une ample chemise d'étoffe de prix. Cette ceinture était presque toujours ornée de brillants de pierres travaillées ou de métaux précieux, et soutenait le sac ou escarcelle que l'on plaçait du cùté gauche. Le haut de la robe était bordé avec richesse , les manches collantes ne dépassaient pas le poignet. Quelquefois une broche ou un ornement dn même genre, était placé au haut de la robe, de manière à former quelques plis et à cacher ainsi la gorge; d'autrefois, cet ornement se trourait
XIU.« SIÈCLE. 105
pins bas. L'on portait aussi des chemisettes, et alors il était de bon goût d'attacher au milieu Tomcment dont nous venons de parler. — Les bas ou chausses étaient de soie , les souliers longs et pointus.
Les hommes étaient habillés comme les femmes , mais leurs robes n'avaient pas autant de longueur; leur chevelure était demi-longue, aucun ne portait de barbe. Sous les armes , ils avaient un casque tout plat en dessus, ce qui caractérise le siècle de Saint -Louis; une tunique maillée , recouvrant quelquefois et les mains et les pieds , commençait au cou, qu'elle protégeait. Le bouclier était orné des armoiries du guerrier; une tunique fendue par devant cachait en partie le vôtement maillé ; tantôt elle avait de courtes manches , tantôt elle était simplement ouverte pour le passage des bras ; quelquefois , ainsi que les cottes de mailles , elle se repliait sur la tâte ; car s'il était de mode d'avoir des casques plats , tous les chevaliers étaient loin de se soumettre à l'usage. Jean L's Jean H, Gérard de Raiz et beaucoup d'autres , parmi les plus nobles seigneurs de Bretagne du XIII. < siècle, n'ont jamais porté que des casques arrondis en dessus , ou même des casques pointus. — Les chevaux étaient habituellement caparaçonnés d'une étoffe pareille à la tunique des chevaliers qui les montaient. Sur la fin du siècle, les armoiries de Técu se trouvèrent sou vent répétées sur la tunique et sur le caparaçon. Cette mode survint à Fépoque où l'on prit pour habitude de mettre son écusson sur une robe sans manches et môme sur la robe d'apparat. Les étriers ne différaient guère de nos étriers actuels ; les éperons beaucoup plus grands , ne dépendaient pas de la chaussure ; l'épée était longue et droite, à poignée en forme de croix.
La science du Xin.«^ siècle était encore tout entière renfermée, comme au XII. <^ , dans les études scolastiques qui comprenaient les langues mortes, la dialectique et la théologie ; cette dernière , placée au sommet, embrassait et résumait toutes les autres; mais Nantes ne possédait que des enseignements d'un ordre très-inférieur. L'industrie était bornée ; cependant la métallurgie avait fait quelques progrès : il existait deux forges dans le domaine du vicomte de Ghâteaubriant : elles étaient situées dans ses forêts de Teille et de Juigné. L'agriculture, favorisée par les spéculations des moines, arrachait chaque jour de nouvelles terres aux forôts et aux landes. Les seigneurs établissaient sur les rivières des barrages, improprement appelés écluses,etdes moulins; ils élevaient tous des chevaux de prix. Le testament de Geoffroy de
Châteanbriant accordait , en 1 262 , aux frères du Temple , on cheral de 50 livres , somme sapërieure , pour le temps, à 3,000 francs de notie monnaie. Quant au commerce , jamais il n'avait été pins profère ; aussi la nécessité de régler tout ce qui le concernait, imposa-t-elle ma ducs Tobligation d*accepter le consulat des lois de la mer , espèce de code maritime dont Torigine se perd dans la nuit des temps , et qad était en usage depuis plusieurs siècles dans la mer Méditerranée, k Marseille, Barcelone, Amalfi, et depuis peu dans les men àm Couchant, sous le nom de lois ou coutumes d'Oléron.
La situation des bourgeois s'améliorait lentement ; cependant leur sort était beaucoup plus tolérable que par le passé , surtout dans ht bourgs et à Nantes. Heureusement qu'une innovation qui date France de 1271 , et qui a passé en quelque sorte inaperçue en tagne , devait singulièrement diminuer les privilèges de raristocratie: nous voulons parler de Tinstitution des lettres de noblesse, qui ont eu pour résultat de déprécier les titres héréditaires. Une fois lenr usage établi , il était impossible qu'elles ne devinssent pas souvent, et même le plus souvent , la récompense de vils courtisans , d'intrigants prêts à faire tous les métiers auprès des princes , même celui que ht habitudes de notre langue ne nous permettent pas de nommer ; enfin des hommes de loi que le pouvoir avait trouvés souples et dociles k ses volontés. C'était un grand mal , sans doute , que des faveurs aeoordées aux vices et aux flatteries , mais ce mal seul pouvait hiter la de^ truction des privilèges , et les fils si nombreux des manants dn XIU.c siècle , ne peuvent que s'en applaudir.
quàtobzième siècle.
JtiiN 1302, l'évéque de Nantes se trouvait à Rome ob il sonserirait la bulle unam sanctam que Philippe-le-Bel et Jean II refusèrent d*i cepter^ la trouvant abusive. — Désireux cependant de terminer discussions avec le clergé , Jean II se rendit à Lyon en 1305 , afin â*j parler lui-même au Pape ; mais une vieille muraille de cette ville qne surchargeait uu grand nombre de spectateurs , s'écroula sur lui et le
taa. Son testament léguait aux pauvres 1500 paires de souliers , autant de Têtements, et 6000 livres pour les filles à marier. Cette somme , au prix de 13 sous le setier de froment^ devait valoir de 276 k 320 mille francs d'aujourd'hui.
Arthur II devint le successeur de Jean II. Sous ce prince , les Templiers furent chassés de liantes ; Philippe-le-Bel envoya des commissaires à Nantes pour s'emparer de leurs propriétés , mais les Nantais s'y opposèrent , et le duc confisqua leurs propriétés à son profit.
Depuis long-temps la Bretagne était entièrement associée de mœurs et d'usages à la France ; aussi les vilains de la province eurent-ils des députés y en 1309 , aux états de Ploërmel , comme ceux de France en avaient eu en 1302 aux états-généraux ; mais la ville de Nantes n'eut pas 9 cette fois , l'honneur d'y être représentée.
A cette époque, il était d'usage de ne point travailler le samedi , après vêpres; ceux qui violaient cette défense étaient condamnés, dans quelques diocèses , k payer cinq sous à l'église pour l'entretien du luminaire^ ou à faire la procession en chemise et en caleçon pendant cinq dimanches consécutifs , ayant au cou l'instrument dont ils s'étaient servis pour travailler.
En 1310, le parlement du duc prit sur lui de modérer les taxes exorbitantes que l'évêque imposait à ses vassaux. En 1312 , Arthur mourut et fut remplacé par Jean, dit le Bon, fils aine de sa première femme.
En 1318, Thibaut de Rochefort, vicomte de Donges, appela les Carmes à Nantes : il les logea d'abord dans son hôtel de Rochefort , devenu depuis la maison des Saintes-Claires, puis, en 1327, 'dans le local qu'ils ont occupé depuis jusqu'à leur suppression, et qui se trouvait situé rue des Carmes ; mais une violente opposition du curé de Saint -Vincent et de l'évêque fut suivie d'une excommunication en règle, dont le pape les releva moyennant 6 livres de rente pour l'évêque , 500 sous pour le Chapitre , et un dédommagement pour le curé de Saint-Vincent. — Sept années plus tard , Jean III fonda l'église de Saint-Donatien , et l'évêque Daniel fonda la collégiale de Notre-Dame. Une ordonnance de ce prélat avait prescrit, quelques années auparavant, d'entourer de murs les fossés, les puits, et les fontaines ; c'est la première de ce genre que nous ayons à signaler.
En 1332, le duc tenait ses assises à Guerande , dans une maison de l'évêque , et l'évêque les tenait à Nantes dans une maison au duc , par l'intermédiaire d'un juge prévôt. Cette maison était située
100 Xm.« SIÈCLE.
prélat fat inhumé dans la cathédrale au lieu où se trouvait il 7 a do* qnante ans le grand autel. On le transféra , en 1622 , dans la chapelle de Saint-Lazarre. — Guillaume de Vem , qui lui succéda , fat héritier de son procès qu'une transaction termina.
L*on fabriquait à Nantes , à cette époque , la monnaie nommée gros nantais > que sa perfection décida Saint-Louis \ introduire dans ses états. Le revenu de la prévôté valait alors 1145 livres , d'après les comptes de Rivallon-du-Temple. Le tonneau de vin se vendait 13 sous , et le marc d'argent valait 54 sous 7 deniers.
En paix avec Tévéque dont il n'avait pu triompher , Jean-l^-RolIX voulut augmenter sa puissance au détriment dos barons et autres grands vassaux ; aussi rendit-il , en 1275 , la fameuse ordonnanoe qui changeait le bail des nobles en rachat. Le bail des nobles introduit dans le duché par Pierre-de-Dreux , était une coutume usitée en Angleterre et en IN'ormaudie , qui conférait aux seigneurs le droit d'être usufruitiers des biens de leurs pupilles jusqu'à l'âge de 21 ans, à la charge toutefois de veiller à leur éducation. Le droit de ma* riage y était réuni , c'est-à-dire qu'une fille mineure était obligée , lorsqu'elle refusait l'époux que son tuteur lui présentait, de solder à ce dernier une amende égale à la somme qu'il eût reçue du prétendant, si le mariage avait eu lieu. Le rachat, beaucoup plus avantaigeux pour le pupille , ne l'obligeait à donner qu'une année de son revenu. La transformation du bail en rachat fut avantageuse au doc » qui affaiblit ainsi le pouvoir de ses grands vassaux. Il s'y prit trèshabilement pour faire adopter cette mesure ; au lieu de l'imposer , il la conseilla comme une chose juste , et la fit adopter , dans une réunion composée des principaux seigneurs de la province , comme usage à suivre.
La même année , Tévéque acquit de la veuve d'Aveir , seigneur d'Aindre y dont il avait tracassé le mari , le fief de la Fosse. Cette circonstance fut peut-être l'un des motifs qui déterminèrent Jean-le- Roux à violer la coutume qui lui défendait de devenir acquéreor des fiefs de ses barons.
Le duc était trop habile pour ne pas comprendre que sa position lui permettrait d'acheter successivement les principales terres et les principaux droits de la Bretagne ; mais il trouvait en même temps Tnsage des lots et ventes trop profitable aux suzerains pour être aboli. Aussi profita-t-il d'une circonstance favorable pour acquérir la ma-
XlII.e SIÈCLE. 101
jeure partie du comté de Léon , sans , pour cela , rien changer au reste de la coutume. Ce fait , pour être bien compris , demande une explication : lorsque la société féodale n'était pas entièrement constituée , tout propriétaire était libre de vendre ce qui lui appartenait ; mais aussitôt que chacun se trouva féal d'un plus puissant que lui , le consentement du seigaenr à une mutation de propriété qui changeait ses vassaux, devint nécessaire. De là Timpùt qu'ils établirent, sous le nom de lods et ventes, sur les partages par suite de décès et sur les ventes des fiefs qui leur devaient hommage , avec peine de confiscation et de déshérence pour ceux qui voudraient s'y soustraire. Mais les barons bretons, en acceptant cette coutume française qui leur était si avantageuse , avaient stipulé que le duc ne pourrait devenir acquéreur de leurs fiefs , dans la crainte sans doute qu'il ne remplaçât un jour l'oligarchie des comtes et des barons par une monarchie véritable , en achetant les plus belles terres nobles.
Jfean-le-Roux mourut en 1286 , et fut inhumé dans l'abbaye de Prières qu'il avait fondée. Son fils Jean II lui succéda. L'un de ses premiers actes fut de se faire rendre compte des querelles qui divisaient la noblesse et le clergé au sujet du tierçage et du past nuptial , et de supprimer ces impôts comme une abusive usurpation ; mais le clergé en appela au Saint-Père dont la décision tardive eut pour but de satisfaire tous les partis sans blesser personne. Les droits furent conservés , mais considérablement réduits; de plus , les nobles et les pauvres en furent afiranchis. Ainsi, daus la conclusion de cette affaire, le Saint-Siège prit moins conseil de la justice que de la politique.
En 1297, Philippe-le-Bel donna le titre de pair de France au duc de Bretagne , sous prétexte de le récompenser des services qu'il en avait reçus dans la guerre de Flandres ; et , en réalité , pour lier plus que jamais et d'une manière indissoluble le duché de Bretagne à la France. C'était un acte de haute politique , en ce qu'il devait établir des rapprochements plus fréquents et plus directs entre les ducs «lleurs souverains , et surtout en ce qu'il assimilait complètement le duc de Bretagne aux autres grands vassaux de la couronne. L'histoire ne dit pas que Jean II , prince très-habile et digne de son aïeul et de son père, ait été flatté de cet honneur qui n'ajoutait rien à sa puissance.
Aucun autre événement intéressant, pour notre ville, ne signala la fin du siècle.
Il nous reste à riantes bien peu de monuments du JUÏi.* sièdki ; ceux que nous avons décrits méritaient seuls de fixer Tattentimi. Gependant , ce fut à cette époque que la Bretagne et le comté nanttb virent fonder Tabbaye de Villeneuve, le prieuré de Malestroft, Tabbaye de Noirmoutier , Téglise collégiale de la Guerche , le yiiemé de la Primaudière , Téglise collégiale de Vitré , Saint-AaMn-dhH Cormier et ses plus anciens édifices , Thôpital de Ponscorff, let Gordeliers de Dinan , une chapelle de Bon-Repos , Thôpital de SaM- Malo, Tabbaye de Prières, les Frères^Minemrs de Vannes, lesTMnitaires de Ghâteaubriant.
Les sculptures du XnL« siècle sont en harmonie avec TarcldlectiirB du temps. Il existe bien des imagiers , des compagnons maçons , mais Fart n'a pas encore éclairé leur génie ; leurs œuvres ne sont pas aasM étudiées, souvent elles manquent de style, presque toujours eDas pèchent par le dessin. Dom Lobineau nous a conservé dans son ouvrage deux tombeaux , sans doute les plus remarquables du siètle, qui sont loin d'être comparables k ceux dont nous aurons h parier plus tard.
L'un de ces tombeaux, d'une richesse extraordinaire pour son époqéê, était placé dans l'abbaye de Villeneuve , et renfermait les cendres d'Alix de Bretagne , femme de Pierre I.<^% etd'Yolend, sa fille, comtesse de la Marche. — Sur un massif de marbre se trouvait un second de même forme et de moindre dimension , recouvert en enivre, quatre coins duquel l'on remarquait quatre lions mal dessinés, portait chacun sur la fesse un écusson. Entre ces quatre lions , dont les fêlas semblaient soutenir une corniche lourde et massive, formée par !■ prisme rectangulaire , l'on voyait des écussons en enivre émaillé , placés sur un fond uni , et séparés par des rosaces. La onmiche onée d'arabesques grossières, supportait dix lampes sépulcrales fixées à distances égales; cette corniche se repliait à l'intérieur et passait entre les deux statues d'Alix et d'Yolend , de manière à former demi^tombcs , dans lesquelles les statues se trouvaient placées de long, la tête légèrement soulevée. La disposition générale de ce nument était vicieuse , puisque les statues qui en formaient le s^fat principal ne pouvaient être vues convenablement d'aucun des potals accessibles à ceux qui venaient le visiter. La sculpture en était médiocre^ à l'exception des statues qui avaient le mérite et les défimis de leur temps. Celle d'Alix tenait de la main droite un sceptre, H 4»
.iS
la gauche les plis d'an manteau sans manches , doublé de rair; sa tête portait une coiffure en forme de couronne, divisée en plis nombreux comme les bonnets de nos avocats ; ses cheveux plats se partageaient sur le milieu du front dont ils laissaient voir la pureté , et tombaient sans boucles sur ses épaules y à la manière des chevelures de nos premiers rois de France ; sa figure , d'une beauté remarquable, était ravissante d'expression ; ce n'était pas la vie et c'était mieux que la vie : la poésie du sommeil en Dieu , le calme du juste , la sérénité des élus, se trouvaient sur sa physionomie, animant chacun de ses traits. Une longue robe à manches demi-collantes descendait jusque sur ses pieds qui s'appuyaient contre une sorte de bouclier non armorié. La statue entière avait environ dix longueurs de tête. A l'exception des mains , tout le reste semblait sacrifié à la figure, comme
Yoland était vêtue du même costume qu'Alix de Bretagne , et sa figure ne le cédait en rien pour Texpression à celle de sa mère ; mais sa tête était appuyée sur un oreiller ordinaire , tandis que celle d'Alix était soutenue par deux petits moines couchés de leur long, les mains appuyées contre sa couronne.
De la corniche qui passait entre les deux princesses , sortait un petit ange en surplis , dont les ailes de colombe passaient à travers sa robe. Tourné du côté d'Yolend , le corps penché , les ailes étendues , il semblait prêt à partir pour l'annoncer au Paradis. Ces deux statues, l'ange et les moines étaient en cuivre doré, ainsi que les boucliers placés à leurs pieds.
L'autre tombeau conservé par Dom Lobineau , se trouvait à Saint- Yves-de-Brenne ; c'était celui de Pierre Mauclerc ; mais nous ne devons point nous en occuper, car rien ne prouve qu'il ait été fait en Bretagne ou pour la Bretagne.
Les sceaux de Gefiroy, de Chateaubriand (1199), de Beatrix de Machecoul , de Bernard de Machecoul (1214) , de l'évêque Quiriac (1064), d'Alain-Fergent, d'Alix, de ConanlV, de Jean L", d'Yolend, de Gérard de Raiz (1276) , (1220) , (1281) , de Jean II (1287) , etc. , rapportés par Dom Morice dans les preuves de l'Histoire de Bretagne, établissent d'une manière incontestable que l'art de la gravure était très-avancé au XIII.' siècle, et que les graveurs étaient eux-mêmes des dessinateurs habiles , ou se servaient de bons dessins pour les travaux dont ils étaient chargés. Le grand nombre de sceaux faits
104 Xin.« SIÈCLE.
au Xni.« siècle, explique jusqu'à un certain point pourquoi nous avons de cette époque tant de tombeaux en cuivre.
Nous ne savons rien des costumes du peuple au XIII.^ siècle. Ceux des prêtres étaient les mêmes que dans le siècle précédent. Quant à la noblesse, elle avait rapporté de ses voyages à Romo et en Palestine, le go(1t du luxe et des arts.
Toute comtesse voulait porter la couronne et le manteau. La coaronnc laissait pendre par derrière aux jours de fête , une barbe de tissu léger, qu'une pleureuse remplaçait aux jours de deuil. — Le manteau doublé d'hermine, de fourrures du nord ou de vair, était en soie épaisse , prescpie semblable h celles que, dans le siècle dernier. Ton appelait gros de Tours brodé ou damassé, ou k nos moires actuelles, à cette différence près que les moires anciennes étaient pareilles des deux cAtés. Le manteau était rond , ressemblant beaucoup à une chasuble , et laissait voir la robe et une partie des épaules. Le plus souvent, il n'avait pas de collet, mais un riche gallon qui en marquait le tour ; une simple agrafe senait à le retenir ; ce n'est que plus tard que l'on fit usage de cordelières; sa longueur était habituellement la même ({ue celle de la robe ; cependant , lorsque la robe était traînante, le manteau se trouvait plus court de deax à trois doigts. Relevé par les bras , il formait des deux cêtés des plis gracieux , dessinait la taille sur un fond chargé d'ombre , et serrait h donner à l'ensemble de la personne cette disposition pyramidale que recherchent les sculpteurs.
Les robes variaient dans leurs formes ; le plus souvent elles étaient rondes , ayant un corsage à la vierge ; quelques-unes au commencement du siècle étaient en cœur. — Les premières ressemblaient beaucoup aux tuniques romaines ; une ceinture plate , dont rextrémité tombait jusqu'au genou, marquait la taille. Leur longueur ne permettait pas de voir les pieds ; souvent aussi la ceinture était cachée par les plis du corsage , car la robe n'était autre chose qu'une ample chemise d'étoffe de prix. Cette ceinture était presque toujours ornée de brillants de pierres travaillées ou de métaux précieux, et soutenait le sac ou escarcelle que l'on plaçait du cùté gauche. Le haut de la robe était bordé avec richesse , les manches collantes ne dépassaient pas le poignet. Quelquefois une broche ou un ornement du même genre, était placé au haut de la robe, de manière à former quelques plis et à cacher ainsi la gorge: d'autrefois, cet ornement se tronrait
XIU.« SIÈCLE. 103
plus bas. L'on portait aussi des chemisettes, et alors il était de bon goût d'attacher au milieu Tomement dont nous venons de parler. — Les bas ou chausses étaient de soie, les souliers longs et pointus.
Les hommes étaient habillés comme les femmes, mais leurs robes n'avaient pas autant de longueur; leur chevelure était demi-longue, aucun ne portait de barbe. Sous les armes , ils avaient un casque tout plat en dessus, ce qui caractérise le siècle de Saint -Louis; une tunique maillée, recouvrant quelquefois et les mains et les pieds, commençait au cou, qu'elle protégeait. Le bouclier était orné des armoiries du guerrier; une tunique fendue par devant cachait en partie le vôtement maillé ; tantôt elle avait de courtes manches , tantôt elle était simplement ouverte pour le passage des bras ; quelquefois , ainsi que les cottes de mailles , elle se repliait sur la tâte ; car s'il était de mode d'avoir des casques plats , tous les chevaliers étaient loin de se soumettre à l'usage. Jean L's Jean H, Gérard de Raiz et beaucoup d'autres , parmi les plus nobles seigneurs de Bretagne du XIII.< siècle, n'ont jamais porté que des casques arrondis en dessus , ou même des casques pointus. — Les chevaux étaient habituellement caparaçonnés d'une étoffe pareille à la tunique des chevaliers qui les montaient. Sur la fin du siècle, les armoiries de l'écu se trouvèrent souvent répétées sur la tunique et sur le caparaçon. Cette mode survint à Fépoque où l'on prit pour habitude de mettre son écusson sur une robe sans manches et môme sur la robe d'apparat. Les étriers ne différaient guère de nos étriers actuels; les éperons beaucoup plus grands , ne dépendaient pas de la chaussure ; l'épée était longue et droite, à poignée en forme de croix.
La science du Xlfl.^^ siècle était encore tout entière renfermée, comme au XR.^ , dans les études scolastiques qui comprenaient les langues mortes , la dialectique et la théologie ; cette dernière , placée au sommet, embrassait et résumait toutes les autres; mais Nantes ne possédait que des enseignements d'un ordre très-inférieur. L'industrie était bornée ; cependant la métallurgie avait fait quelques progrès : il existait deux forges dans le domaine du vicomte de Ghâteaubriant : elles étaient situées dans ses forêts de Teille et de Juigné. L'agriculture, favorisée par les spéculations des moines, arrachait chaque jour de nouvelles terres aux forôts et aux landes. Les seigneurs établissaient sur les rivières des barrages, improprement appelés écluses,et des moulins; ils élevaient tous des chevaux de prix. Le testament de Geoffroy de
Châteanbriant accordait, en 1262 , aux frères da Temple, un cheral de 50 livres , somme supérieure , pour le temps, à 3,000 francs de notre monnaie. Quant au commerce , jamais il n'ayait été plus prospère ; aussi la nécessité de régler tout ce qui le concernait, imposa-t-elle aux ducs Tobligation d*accepter le consulat des lois de la mer , eqièoe da code maritime dont Torigine se perd dans la nuit des temps , et ifai était en usage depuis plusieurs siècles dans la mer Méditemnée, à Marseille, Barcelone, Amalii, et depuis peu dans les mers da Couchant, sous le nom de lois ou coutumes d'Oléron.
La situation des bourgeois s'améliorait lentement ; cependant lev sort était beaucoup plus tolérable que par le passé , surtout dans les bourgs et à Nantes. Heureusement qu'une innovation qui date en France de 1271 , et qui a passé en quelque sorte inaperçue en Bretagne , devait singulièrement diminuer les privilèges de raristocratie: nous voulons parler de Tinstitution des lettres de noblesse , qai ont eu pour résultat de déprécier les titres héréditaires. Une fois leur usage établi , il était impossible qu'elles ne devinssent pas souvent, et même le plus souvent , la récompense de vils courtisans , d'intrigants prêts à faire tous les métiers auprès des princes , même celui que les habitudes de notre langue ne nous permettent pas de nommer ; enlm des hommes de loi que le pouvoir avait trouvés souples et dociles à ses volontés. C'était un grand mal , sans doute , que des faveurs aoooi^ dées aux vices et aux flatteries , mais ce mal seul pouvait hiter la destruction des privilèges , et les fils si nombreux des manants de Xin.« siècle , ne peuvent que s'en applaudir.
quàtobzième siècle.
JtiiN 1302 , l'évéque de Nantes se trouvait \ Rome ob il souscrirait la bulle unam sanctam que Philippe-lc-Bel et Jean II refusèrent d*aocepter> la trouvant abusive. — Désireux cependant de terminer ses discussions avec le clergé , Jean II se rendit à Lyon en 1305 , afin â*j parler lui-même au Pape; mais une vieille muraille de cette ville qoe surchargeait nu grand nombre de spectateurs > s'écroula sur lui et le
Xiy.« SIÈCLE. 107
taa. Son testament léguait aux pauvres 1500 paires de souliers , autant de YêtementSy et 6000 livres pour les filles à marier. Cette somme , au prix de 13 sons le setier de froment^ devait valoir de 276 k 320 mille francs d'aujourd'hui.
Arthur II devint le successeur de Jean II. Sons ce prince , les Templiers furent chassés de liantes ; Philippe-le-Bel envoya des commissaires à Nantes pour s'emparer de leurs propriétés , mais les Nantais s'y oj^osèrent , et le duc confisqua leurs propriétés à son profit.
Depuis long-temps la Bretagne était entièrement associée de mœurs et d'usages à la France ; aussi les vilains de la province eurent>ils des députés, en 1309, aux états de Ploërmel , comme ceux de France en avaient eu en 1302 aux états-généraux ; mais la ville de Nantes n'eut pas 9 cette fois , l'honneur d'y être représentée.
A cette époque, il était d'usage de ne point travailler le samedi, après vêpres; ceux qui violaient cette défense étaient condamnés, dans quelques diocèses , à payer cinq sous à l'église pour l'entretien du luminaire^ ou à faire la procession en chemise et en caleçon pendant cinq dimanches consécutifs , ayant au cou l'instrument dont ils s'étaient servis pour travailler.
En 1310 , le parlement du duc prit sur lui de modérer les taxes exorbitantes que l'évéque imposait à ses vassaux. En 1 312 , Arthur mourut et fut remplacé par Jean, dit le Bon, fils aine de sa première femme.
En 1318, Thibaut de Rochefort, vicomte de Donges, appela les Carmes à Nantes : il les logea d'abord dans son hôtel de Rochefort , devenu depuis la maison des Saintes-Claires, puis, en 1327, dans le local qu'ils ont occupé depuis jusqu'à leur suppression, et qui se trouvait situé rue des Carmes ; mais une violente opposition du curé de Saint -Vincent et de l'évéqne fut suivie d'une excommunication en règle, dont le pape les releva moyennant 6 livres de rente pour l'évéqne , 500 sous pour le Chapitre , et un dédommagement pour le curé de Saint-Vincent. — Sept années plus tard , Jean III fonda l'église de Saint-Donatien, et l'évéque Daniel fonda la collégiale de Notre-Dame. Une ordonnance de ce prélat avait prescrit, quelques années auparavant , d'entourer de murs les fossés , les puits , et les fontaines ; c'est la première de ce genre que nous ayons à signaler.
En 1332, le duc tenait ses assises k Guerande , dans une maison do l'évêquc , et l'évéque les tenait à Nantes dans une maison au duc , par l'intermédiaire d'un juge prévôt. Cette maison était située
prélat fat inhamé dans la cathédrale au lieu où se trouvait il y a cil quante ans le grand autel. On le transféra , en 1622 , dans la chapelle de Saint-Lazarre. — Guillaume de Yem , qui lui succéda , fat héritier de son procès qu*une transaction termina.
L'on fabriquait à Nantes , à cette époque , la monnaie nommée gros nantais, que sa perfection décida Saint-Louis à introduire dans ses états. Le revenu de la prévôté valait alors 1145 livres , d'après les comptes de Rivallon-du-Temple. Le tonneau de vin se vendait 13 sous, et le marc d'argent valait 54 sous 7 deniers.
En paix avec Tévéque dont il n'avait pu triompher , Jean-l^-Ron voulut augmenter sa puissance au détriment des barons et autres grands vassaux; aussi rendit-il , en 1275, la fameuse ordonnanoe qui changeait le bail des nobles en rachat. Le bail des nobles introduit dans le duché par Pierre-de-Dreux , était une coutume usitée en Angleterre et en Normandie , qui conférait aux seigneurs le droit d'être usufruitiers des biens de leurs pupilles jusqu'à l'âge de 21 ans, à la charge toutefois de veiller à leur éducation. Le droit de ma* riage y était réuni , c'est-à-dire qu'âne fille mineure était obligée , lorsqu'elle refusait l'époux que son tuteur lui présentait, de solder à ce dernier une amende égale à la somme qu'il eût reçue du prétendant, si le mariage avait eu lieu. Le rachat, beaucoup plus avantaigeux pour le pupille , ne l'obligeait à donner qu'une année de son revenu. La transformation du bail en rachat fut avantageuse au doc » qui affaiblit ainsi le pouvoir do ses grands vassaux. Il s'y prit trèshabilement pour faire adopter celle mesure ; au lieu de l'imposer, U la conseilla comme une chose juste , et la fit adopter , dans une réunion composée des principaux seigneurs de la province , comme usage à suivre.
La même année , Févèque acquit de la veuve d'Aveir , seigneur d'Aindre , dont il avait Iracassé le mari , le fief de la Fosse. Cette circonstance fut peut-être l'un des motifs qui déterminèrent Jean-1^ Roux à violer la coutume qui lui défendait de devenir acquéreur des fiefs de ses barons.
Le duc était trop habile pour ne pas comprendre que sa positioa lui permettrait d'acheter successivement les principales terres et les principaux droits de la Bretagne ; mais il trouvait en même temps Tusage des lots et ventes trop profitable aux suzerains pour être aboli. Aussi profita-t-il d'une circonstance favorable pour acquérir la dm-
jeure partie da comté de Léon , sans , pour cela , rien changer an reste de la cootame. Ce fait , pour être bien compris , demande une explication : lorsque la société féodale n'était pas entièrement constituée , tout propriétaire était libre de vendre ce qui lui appartenait ; mais aussitôt que chacun se trouva féal d'un plus puissant que lui , le consentement du seigneur à une mutation de propriété qui changeait ses vassaux, devint nécessaire. De là Timpôt qu'ils établirent, sous le nom de lods et ventes, sur les partages par suite de décès et sur les ventes des fiefs qui leur devaient hommage , avec peine de confiscation et de déshérence pour ceux qui voudraient s'y soustraire. Mais les barons bretons, en acceptant cette coutume française qui leur était si avantageuse , avaient stipulé que le duc ne pourrait devenir acquéreur de leurs fiefs , dans la crainte sans doute qu'il ne remplaçât un jour l'oligarchie des comtes et des barons par une monarchie véritable , en achetant les plus belles terres nobles.
Jean-le-Roux mourut en 1286 , et fut inhumé dans l'abbaye de Prières qu'il avait fondée. Son fils Jean II lui succéda. L'un de ses premiers actes fut de se faire rendre compte des querelles qui divisaient la noblesse et le clergé au sujet du tierçage et du past nuptial , et de supprimer ces impôts comme une abusive usurpation ; mais le clergé en appela au Saint-Père dont la décision tardive eut pour but de satisfaire tous les partis sans blesser personne. Les droits furent conservés, mais considérablement réduits; de plus , les nobles et les pauvres en furent afiranchis. Ainsi, dans la conclusion de cette affaire, le Saint-Siège prit moins conseil de la justice que de la politique.
En 1297, Philippe-le-Bel donna le titre de pair de France au duc de Bretagne , sous prétexte de le récompenser des services qu'il en avait reçus dans la guerre de Flandres ; et , en réalité , pour lier plus que jamais et d'une manière indissoluble le duché de Bretagne à la France. C'était un acte de haute politique , en ce qu'il devait établir des rapprochements plus fréquents et plus directs entre les ducs «t leurs souverains , et surtout en ce qu'il assimilait complètement le duc de Bretagne aux autres grands vassaux de la couronne. L'histoire ne dit pas que Jean II , prince très-habile et digne de son aïeul et de son père, ait été flatté de cet honneur qui n'ajoutait rien à sa puissance.
Aucun autre événement intéressant, pour notre ville , ne signala la fin du siècle.
Il nous reste à Nantes bien peu de monuments du XIII.< siècle ; ceux que nous avons décrits méritaient seuls de fixer Tattention. Cependant , ce fut à cette époque que la Bretagne et le comté nantais virent fonder Tabbaye de Villeneuve, le prieuré de Malestroit, Tabba.ve de IN'oirmoutier , Téglise collégiale de la Gncrche , le prieuré de la Primandière , Téglisc collégiale do Vitré , Saint-Aubin-da- Cormier et ses plus anciens édifices , Thôpital de Ponscorff, les Cordeliers de Dinan , une chapelle de Bon-Repos , Thôpital de Sainti>Ialo, Tabbaye de Prières, les Frères-Mineurs de Vannes, les Trinitaircs de Chftteaubriant.
Les sculptures du XIII. « siècle sont en harmonie avec rarchitectore du temps. Il existe bien des imagiers , des compagnons maçons , mais Tart n*a pas encore éclairé leur génie ; leurs œuvres ne sont pas asses étudiées, souvent elles manquent de style, presque toujours elles pèchent par le dessin. Dom Lobineau nous a conservé dans son ouvrage deux tombeaux, sans doute les plus remarquables du siècle, qui sont loin d'être comparables à ceux dont nous aurons & parler plus tard.
L'un de ces tombeaux, d'une richesse extraordinaire pour son époque, était placé dans Tabbaye de Villeneuve , et renfermait les cendres d*Alix de Bretagne , femme de Pierre I.*"', et dTolend, sa fille, comtesse de la Marche. — Sur un massif de marbre se trouvait un second massif de même forme et de moindre dimension , recouvert en cuivre, aax quatre coins duquel Ton remarquait quatre lions mal dessinés, portant chacun sur la fesse un écusson. Entre ces quatre lions , dont les tètes semblaient soutenir une corniche lourde et massive, formée par nn prisme rectangulaire , Ton voyait des écussons en cuivre émalUé, placés sur un fond uni, et séparés par des rosaces. La corniche ornée d'arabesques grossières , supportait dix lampes sépulcrales fixées & distances égales: cette corniche se repliait à l'intérieur et passait entre les deux statues d'Alix etd'Yolend, de manière à former deax demi«tombes , dans lesquelles les statues se trouvaient placées de levr long , la tête légèrement soulevée. La disposition générale de ce monument était vicieuse, puisque les statues qui en formaient le sujet principal ne pouvaient être vues convenablement d'aucun des points accessibles à ceux qui venaient le visiter. La sculpture en était médiocre, à l'exception des statues qui avaient le mérite et les défiants de leur temps. Celle d'Alix tenait de la main droite un sceptre, et de
la gaache les plis d'an manteaa sans manches , dooblé de vair; sa tète portait nne coiffure en forme de couronne , divisée en plis nombrenx comme les bonnets de nos avocats ; ses cheveux plats se partageaient sur le milieu du front dont ils laissaient voir la pureté , et tombaient sans boucles sur ses épaules , à la manière des chevelures de nos premiers rois de France ; sa figure , d'une beauté remarquable, était ravissante d'expression ; ce n'était pas la vie et c'était mieux que la vie : la poésie du sommeil en Dieu , le calme du juste , la sérénité des élus y se trouvaient sur sa physionomie, animant chacun de ses traits. Une longue robe à manches demi-collantes descendait jusque sur ses pieds qui s'appuyaient contre une sorte de bouclier non armorié. La statue entière avait environ dix longueurs de tète. A l'exception des mains , tout le reste semblait sacrifié à la figure, comme
Yoland était vêtue du môme costume qu'Alix de Bretagne , et sa figure ne le cédait en rien pour l'expression à celle de sa mère ; mais sa tête était appuyée sur un oreiller ordinaire , tandis que celle d'Alix était soutenue par deux petits moines couchés de leur long, les mains appuyées contre sa couronne.
De la corniche qui passait entre les deux princesses , sortait un petit ange en surplis , dont les ailes de colombe passaient à travers sa robe. Tourné du côté d'Yolend , le corps penché , les ailes étendues , il semblait prêt à partir pour l'annoncer an Paradis. Ces deux statues, l'ange et les moines étaient en cuivre doré, ainsi que les boucliers placés à leurs pieds.
L'autre tombeau conservé par Dom Lobineau , se trouvait à Saint- Yves-de-Brennc ; c'était celui de Pierre Mauclerc ; mais nous ne devons point nous en occuper , car rien ne prouve qu'il ait été fait en Bretagne ou pour la Bretagne.
Les sceaux de Gefifroy, de Chateaubriand (1199), de Beatrix de Machecoul , de Bernard de Machecoul (1214) , de l'évêque Quiriac (1064), d'Alain-Fergent, d'Alix , de Conan IV , de Jean I." , dTolend , de Gérard de Raiz (1276) , (1220) , (1281) , de Jean II (1287) , etc. , rapportés par Dom Morice dans les preuves de l'Histoire de Bretagne, établissent d'une manière incontestable que l'art de la gravure était très-avancé au XIII.' siècle, et que les graveurs étaient eux-mêmes des dessinateurs habiles , ou se servaient de bons dessins pour les travaux dont ils étaient chargés. Le grand nombre de sceaux faits
aa XTn.« siècle , explique jusqu'à un certain point pourquoi nous arons de cette époque tant de tombeaux en cuirrc.
Nous ne savons rien des costumes du peuple au XIII.' siècle. Ceox des prêtres étaient les mêmes que dans le siècle précédent. Quant à la noblesse, elle avait rapporté de ses voyages à Romo et en Palestine, le goftt du luxe et des arts.
Toute comtesse voulait porter la couronne et le manteau. La conronne laissait pendre par derrière aux jours de fête , une barbe de tissu léger, qu'une pleureuse remplaçait aux jours de deuil. — Le manteau doublé d'hermine, de fourrures du nord on de vair, était en soie épaisse, prescpie semblable à celles que, dans le siècle dernier. Ton ap])e]ait gros de Tours brodé ou damassé, ou à nos moires actuelles, à cette différence près que les moires anciennes étaient pareilles des deux cî^tés. Le manteau était rond , ressemblant beaucoup à une chasuble , et laissait voir la robe et une partie des épaules. Le plus souvent, il n'avait pas de collet, mais un riche gallon qui en marquait le tour; une simple agrafe ser\'ait à le retenir; ce n'est que plus tard que l'on fit usage de cordelières ; sa longueur était habituellement la môme que celle de la robe ; cependant , lorsque la robe était traînante, le manteau se trouvait plus court de deux à trois doigts. Relevé par les bras, il formait des deux côtés des plis gracieux , dessinait la taille sur un fond chargé d'ombre , et serrait h donner à l'ensemble de la personne cette disposition pyramidale que recherchent les sculpteurs.
Les robes variaient dans leurs formes ; le plus souvent elles étaient rondes, ayant un corsage à la vierge ; quelques-unes au commencement du siècle étaient en cœur. — Les premières ressemblaient beaucoup aux tuniques romaines ; une ceinture plate , dont l'extrémité tombait jusqu'au genou, marquait la taille. Leur longueur ne permettait pas de voir les pieds ; souvent aussi la ceinture était cachée par les plis du corsage , car la robe n'était autre chose qu'une ample chemise d'étoffe de prix. Cette ceinture était presque toujours ornée de brillants de pierres travaillées ou de métaux précieux, et soutenait le sac ou escarcelle que l'on plaçait du côté gauche. Le haut de la robe était bordé avec richesse, les manches collantes ne dépassaient pas le poignet. Quelquefois une broche ou un ornement du même genre, était placé au haut de la robe, de manière à former quelques plis et à cacher ainsi la gorge: d'autrefois, cet ornement se tronrait
XIU.« SIÈCLE. 103
plus bas. L'on portait aussi des chemisettes, et alors il était de bon goût d'attacher au milieu Tomement dont nous venons de parler. — Les bas ou chausses étaient de soie , les souliers longs et pointus.
Les hommes étaient habillés comme les femmes^ mais leurs robes n'avaient pas autant de longueur; leur chevelure était demi-longue, aucun ne portait de barbe. Sous les armes , ils avaient un casque tout plat en dessus, ce qui caractérise le siècle de Saint -Louis; une tunique maillée , recouvrant quelquefois et les mains et les pieds , commençait au cou, qu'elle protégeait. Le bouclier était orné des armoiries du guerrier; une tunique fendue par devant cachait en partie le vôtement maillé ; tantôt elle avait de courtes manches , tantôt elle était simplement ouverte pour le passage des bras ; quelquefois , ainsi que les cottes de mailles , elle se repliait sur la tête ; car s'il était de mode d'avoir des casques plats , tous les chevaliers étaient loin de se soumettre à l'usage. Jean L*'', Jean II, Gérard de Raiz et beaucoup d'autres , parmi les plus nobles seigneurs de Bretagne du Xni.c siècle, n'ont jamais porté que des casques arrondis en dessus , ou même des casques pointus. — Les chevaux étaient habituellement caparaçonnés d'une étoffe pareille à la tunique des chevaliers qui les montaient. Sur la fin du siècle, les armoiries de l'écu se trouvèrent souvent répétées sur la tunique et sur le caparaçon. Cette mode survint à Fépoque où l'on prit pour habitude de mettre son écusson sur une robe sans manches et même sur la robe d'apparat. Les étriers ne différaient guère de nos élriers actuels ; les éperons beaucoup plus grands , ne dépendaient pas de la chaussure ; l'épée était longue et droite, à poignée en forme de croix.
La science du XIII. «siècle était encore tout entière renfermée, comme au XII.<: , dans les études scolastiques qui comprenaient les langues mortes, la dialectique et la théologie ; cette dernière , placée au sommet, embrassait et résumait toutes les autres; mais Nantes ne possédait que des enseignements d'un ordre très-inférieur. L'industrie était bornée ; cependant la métallurgie avait fait quelques progrès : il existait deux forges dans le domaine du vicomte de Ghâteaubriant : elles étaient situées dans ses forêts de Teille et de Juigné. L'agriculture, favorisée par les spéculations des moines, arrachait chaque jour de nouvelles terres aux forêts et aux landes. Les seigneurs établissaient sur lesrivièresdes barrages, improprement appelés écluses,et des moulins; ils élevaient tous des chevaux de prix. Le testament de Geoffroy de
Châteaubriant accordait , en 1262 , aux frères da Temple, on cheTal de SO livres , somme sopériemre , pour le temps, à 3,000 francs de notre monnaie. Quant au commerce , jamais il n'avait été plus prospère ; aussi la nécessité de régler tout ce qui le concernait, imposa-t-elle «m ducs Tobligation d'accepter le consulat des lois de la mer , espèce de code maritime dont Torigine se perd dans la nuit des temps , et qai était en usage depuis plusieurs siècles dans la mer Méditerranée, k Marseille, Barcelone, Amalfi, et depuis peu dans les mers dn Couchant, sous le nom de lois ou coutumes d'Oléron.
La situation des bourgeois s'améliorait lentement ; cependant leur sort était beaucoup plus tolérable que par le passé , surtout dans les bourgs et à Nantes. Heureusement qu'une innovation qui date en France de 1271 , et qui a passé en quelque sorte inaperçue en Bretagne , devait singulièrement diminuer les privilèges de raristocratie: nous voulons parler de Tinstitution des lettres de noblesse, qnicot eu pour résultat de déprécier les titres héréditaires. Une fois leur usage établi , il était impossible qu'elles ne devinssent pas souvent, et même le plus souvent , la récompense de vils courtisans , d'intrigants prôls à faire tous les métiers auprès des princes , même celui qoe les habitudes de notre langue no nous permettent pas de nommer ; enfin des hommes de loi que le pouvoir avait trouvés souples et dociles à ses volontés. C'était un grand mal, sans doute, que des faveurs acooi^ dées aux vices et aux flatteries , mais ce mal seul pouvait hâter la destruction des privilèges , et les fils si nombreux des manants da XIII.« siècle , ne peuvent que s'en applaudir.
quâtobzième siècle.
Jljii 1302, l'évéque de Nantes se trouvait à Rome ob il souscrirsU la bulle unam sanctam que Philippe-lc-Bel et Jean II refusèrent d*i cepter> la trouvant abusive. — Désireux cependant de terminer discussions avec le clergé , Jean II se rendit à Lyon en 1305, afin d*jr parler lui-même au Pape; mais une vieille muraille de cette ville qee surchargeait uu grand nombre de spectateurs > s'écroula sur Ini elle
tua. Son testament léguait aux pauvres 1500 paires de souliers , autant de vêtements, et 6000 livres pour les filles à marier. Cette somme , au prix de 13 sous le setier de froment > devait valoir de 276 à 320 mille francs d'aujourd'hui*
Arthur II devint le successeur de Jean II. Sons ce prince , les Templiers furent chassés de Nantes ; Philippe-le-Bel envoya des commissaires à Nantes pour s'emparer de leurs propriétés , mais les Nantais 8*7 opposèrent , et le duc confisqua leurs propriétés à son profit.
Depuis long-temps la Bretagne était entièrement associée de mœurs et d'usages à la France ; aussi les vilains de la province eurent-ils des députés, en 1309, aux états de Ploërmel, comme ceux de France en avaient eu en 1302 aux états-généraux; mais la ville de Nantes n'eut pas , cette fois , l'honneur d'y être représentée.
A cette époque , il était d'usage de ne point travailler le samedi , après vêpres; ceux qui violaient cette défense étaient condamnés, dans quelques diocèses, à payer cinq sous à l'église pour l'entretien du luminaire^ ou à faire la procession en chemise et en caleçon pendant cinq dimanches consécutifs , ayant au cou l'instrument dont ils s'étaient servis pour travailler.
En 1310 , le parlement du duc prit sur lui de modérer les taxes exorbitantes que l'évoque imposait à ses vassaux. En 1312 , Arthur mourut et fut remplacé par Jean, dit le Bon, fils aîné de sa première femme.
En 1318, Thibaut de Rochefort, vicomte de Bouges, appela les Carmes à Nantes : il les logea d'abord dans son hôtel de Rochefort , devenu depuis la maison des Saintes-Claires, puis, en 1327, dans le local qu'ils ont occupé depuis jusqu'à leur suppression, et qui se trouvait situé rue des Carmes ; mais une violente opposition du curé de Saint -Vincent et de l'évéque fut suivie d'une excommunication en règle, dont le pape les releva moyennant 6 livres de rente pour l'évéque , 500 sous pour le Chapitre , et un dédommagement pour le curé de Saint-Vincent. — Sept années plus tard, Jean III fonda l'église de Saint-Donatien, et l'évoque Daniel fonda la collégiale de Notre-Dame. Une ordonnance de ce prélat avait prescrit, quelques années auparavant, d'entourer de murs les fossés, les puits, et les fontaines ; c'est la première de ce genre que nous ayons à signaler.
En 1332, le duc tenait ses assises à Guerande , dans une maison de l'évéque , et l'évéque les tenait à Nantes dans une maison au duc , par l'intermédiaire d'un juge prévôt. Cette maison était située
100 Xin.» SIÈCLE.
prélat fat inhumé dans la cathédrale an lieu où se tronyait il 7 a cû qaante ans le grand autel. On le transféra , en 1622 , dans la cha-* pelle de Saint-Lazarre. — Guillaume de Yem, qui lui succéda, fiit héritier de son procès qu'une transaction termina.
L'on fabriquait à Nantes , à cette époque , la monnaie nommée gros nantais^ que sa perfection décida Saint-Louis à introduire dans ses états. Le revenu de la prérôté valait alors 1145 livres , d*après les comptes de Rivallon-du-Temple. Le tonneau de vin se vendait 13 sous , et le marc d'argent valait 54 sous 7 deniers.
En paix avec Tévêque dont il n'avait pu triompher , Jean-le-Roux voulut augmenter sa puissance au détriment des barons et autrea grands vassaux ; aussi rendit-il , en 1275 , la fameuse ordonnance qui changeait le bail des nobles en rachat. Le bail des nobles introduit dans le duché par Pierre-de-Dreux , était une coutume usitée en Angleterre et en Normandie , qui conférait aux seigneurs le droit d'être usufruitiers des biens de leurs pupilles jusqu'à l'âge de 21 ana, à la charge toutefois de veiller à leur éducation. Le droit de ma» riage y était réuni , c'est-à-dire qu'une fille mineure était obligée ^ lorsqu'elle refusait l'époux que son tuteur lui présentait , de solder à ce dernier une amende égale à la somme qu'il eût reçue du prêtes» dant, si le mariage avait eu lieu. Le rachat, beaucoup plus avantageux pour le pupille y ne l'obligeait à donner qu'une année de son revenu. La transformation du bail en rachat fut avantageuse au doc » qui affaiblit ainsi le pouvoir de ses grands vassaux. Il s'y prit trèahabilement pour faire adopter cette mesure ; au lieu de l'imposer, il la conseilla comme une chose juste , et la fit adopter , dans une réunion composée des principaux seigneurs de la province , comme usage à suivre.
La môme année , l'évéque acquit de la veuve d'Aveir , seignemr d'Aindre > dont il avait tracassé le mari , le fief de la Fosse. Cette circonstance fut peut-être l'un des motifs qui déterminèrent Jean-le- Roux à violer la coutume qui lui défendait de devenir acqnéreor des fiefs de ses barons.
Le duc était trop habile pour ne pas comprendre que sa position lui permettrait d'acheter successivement les principales terres et les principaux droits de la Bretagne ; mais il trouvait en même temps Tiisage des lots et ventes trop profitable aux suzerains pour être aboli. Aussi profita-t-il d'une circonstance favorable pour acquérir la
jeure partie da comté de Léon , sans , pour cela , rien changer au reste de la coutume. Ce fait , pour ôtre bien compris , demande une explication : lorsque la société féodale n'était pas entièrement constituée , tout propriétaire était libre de vendre ce qui lui appartenait ; mais aussitôt que chacun se trouva féal d'un plus puissant que lui , le consentement du seigneur à une mutation de propriété qui changeait ses vassaux, devint nécessaire. De là Timpdt qu'ils établirent, sous le nom de lods et ventes, sur les partages par suite de décès et sur les ventes des fiefs qui leur devaient hommage , avec peine de confiscation et de déshérence pour ceux qui voudraient s'y soustraire. Mais les barons bretons, en acceptant cette coutume française qui leur était si avantageuse , avaient stipulé que le duc ne pourrait devenir acquéreur de leurs fiefs , dans la crainte sans doute qu'il ne remplaçât un jour l'oligarchie des comtes et des barons par une monarchie véritable , en achetant les plus belles terres nobles.
Jean-le-Roux mourut en 1286 , et fut inhumé dans l'abbaye de Prières qu'il avait fondée. Son fils Jean II lui succéda. L'un de ses premiers actes fut de se faire rendre compte des querelles qui divisaient la noblesse et le clergé au sujet du tierçage et du past nuptial , et de supprimer ces impôts comme une abusive usurpation ; mais le clergé en appela au Saint-Père dont la décision tardive eut pour but de satisfaire tous les partis sans blesser personne. Les droits furent conservés , mais considérablement réduits ; de plus , les nobles et les pauvres en furent affranchis. Ainsi, dans la conclusion de cette affaire, le Saint-Siège prit moins conseil de la justice que de la politique.
En 1297, Philippe-le-Bel donna le titre de pair de France au duc de Bretagne , sous prétexte de le récompenser des services qu'il en avait reçus dans la guerre de Flandres ; et , en réalité , pour lier plus que jamais et d'une manière indissoluble le duché de Bretagne à la France. C'était un acte de haute politique, en ce qu'il devait établir des rapprochements plus fréquents et plus directs entre les ducs «t leurs souverains , et surtout en ce qu'il assimilait complètement le duc de Bretagne aux autres grands vassaux de la couronne. L'histoire ne dit pas que Jean II, prince très-habile et digne de son aïeul et de son père, ait été flatté de cet honneur qui n'ajoutait rien à sa puissance.
Aucun autre événement intéressant, pour notre ville, ne signala la fin du siècle.
102 XII l.« SIÈCLE.
Il nous reste à Nantes bien peu de monuments da XIII.* siMe ; ceux que nous avons décrits méritaient seuls de fixer Tattention. Oh pendant , ce fut à cette époque que la Bretagne et le comté naalÉb virent fonder Tabbaye de Villeneuve, le prieuré de Malestrolt» Tabbaye de Noirmoutier , Téglise collégiale de la Guercbe , le piieaé de la Primaudière , Téglise collégiale do Vitré , Saint-AoMn-dB- Cormier et ses plus anciens édifices , Thôpital de Ponscorffy te Cordeliers de Dinan , une cbapelle de Bon-Repos , Thépital de SaM- Malo, Tabbaye de Prières, les Frères-Mineurs de Vannes, les Trinitaires de Chftteaubriant.
Les sculptures du XIII/ siècle sont en harmonie avec Tarchiteclve du temps. Il existe bien des imagiers , des compagnons maçons , Tart n'a pas encore éclairé leur génie ; leurs œuvres ne sont pas ai étudiées, souvent elles manquent de style, presque toujours pèchent par le dessin. Dom Lobineau nous a conservé dans son vrage deux tombeaux , sans doute les plus remarquables du siède, qui sont loin d'être comparables à ceux dont nous aurons à paitar plus tard.
L'un de ces tombeaux, d'une richesse extraordinaire pour son époqi^ était placé dans l'abbaye de Villeneuve , et renfermait les coMim d'Alix de Bretagne , femme de Pierre 1.*^% et d'Yolend, sa fille, comleits de la Marche. — Sur un massif de marbre se trouvait un second de même forme et de moindre dimension , recouvert en cuivre, quatre coins duquel l'on remarquait quatre lions mal dessinés, portnl chacun sur la fesse un écusson. Entre ces quatre lions , dont lesttlBt semblaient soutenir une corniche lourde et massive, formée par4Mi prisme rectangulaire, l'on voyait des écussons en cuivre émdllé, placés sur un fond uni , et séparés par des rosaces. La corniche mwéb d'arabesques grossières , supportait dix lampes sépulcrales fiiéoi à distances égales; celte corniche se repliait à l'intérieur et pasitit entre les deux statues d'Alix et d'Yolend, de manière k former detts demhitombes , dans lesquelles les statues se trouvaient placées de long, la tôte légèrement soulevée. La disposition générale de ce nument était vicieuse , puisque les statues qui en formaient le s^fel principal ne pouvaient être vues convenablement d'aucun des accessibles à ceux qui venaient le visiter. La sculpture en était diocre> à l'exception des statues qui avaient le mérite et les définlB de leur temps. Celle d'Alix tenait de la main droite un sceptre, elUe
la gaache les plis d'an manteaa sans manches , doublé de vair; sa tète portait une coiffiire en fonne de couronne , divisée en plis nombreux comme les bonnets de nos avocats ; ses cheveux plats se partageaient sur le milieu du front dont ils laissaient voir la pureté , et tombaient sans boucles sur ses épaules , à la manière des chevelures de nos premiers rois de France ; sa figure , d'une beauté remarquable, était ravissante d'expression ; ce n'était pas la vie et c'était mieux que la vie : la poésie du sommeil en Dieu , le calme du juste , la sérénité des élus y se trouvaient sur sa physionomie, animant chacun de ses traits. Une longue robe à manches demi-collantes descendait jusque sur ses pieds qui s'appuyaient contre une sorte de bouclier non armorié. La statue entière avait environ dix longueurs de tête. A l'exception des mains , tout le reste semblait sacrifié à la figure, comme
Yoland était vôtue du môme costume qu'Alix de Bretagne , et sa figure ne le cédait en rien pour l'expression à celle de sa mère ; mais sa tête était appuyée sur un oreiller ordinaire , tandis que celle d'Alix était soutenue par deux petits moines couchés de leur long, les mains appuyées contre sa couronne.
De la corniche qui passait entre les deux princesses , sortait un petit ange en surplis , dont les ailes de colombe passaient à travers sa robe. Tourné du côté d'Yolend, le corps penché, les ailes étendues , il semblait prôt à partir pour l'annoncer au Paradis. Ces deux statues, l'ange et les moines étaient en cuivre doré, ainsi que les boucliers placés à leurs pieds.
L'autre tombeau conservé par Dom Lobineau , se trouvait à Saint- Yves-de-Brenne ; c'était celui de Pierre Mauclerc ; mais nous ne devons point nous en occuper , car rien ne prouve qu'il ait été fait en Bretagne ou pour la Bretagne.
Les sceaux de Ge&oy, de Chateaubriand (1199), de Beatrix de Machecoul , de Bernard de Machecoul (1214) , de l'évoque Quiriac (1064), d'Alain-Fergent, d'Alix , de Conan IV , de Jean I.'^' , d'Yolend , de Gérard de Raiz (1276) , (1220) , (1281) , de Jean n (1287) , etc. , rapportés par Dom Morice dans les preuves de l'Histoire de Bretagne, établissent d'une manière incontestable que l'art de la gravure était très-avancé au XUI.' siècle, et que les graveurs étaient eux-mêmes des dessinateurs habiles , ou se servaient de bons dessins pour les travaux dont ils étaient chargés. Le grand nombre de sceaux faits
au Xni.e siècle, explique jusqu'il un certain point pourquoi nous avons de cette époque tant de tombeaux en cuivre.
Nous ne savons rien des costumes du peuple au Xin.« siècle. Ceax des prêtres étaient les mêmes que dans le siècle précédent. Quant il la noblesse, elle avait rapporté de ses voyages à Rome et en Palestine, le gofit du luxe et des arts.
Toute comtesse voulait porter la couronne et le manteau. La conronnc laissait pendre par derrière aux jours de fête , une barbe de tissu léger , qu'une pleureuse remplaçait aux jours de deuil. — Le manteau doublé d'hermine, de fourrures du nord ou de vair, était en soie épaisse , presque semblable à celles que, dans le siècle dernier. Ton appelait gros de Tours brodé ou damassé, ou à nos moires actuelles, à cette différence près que les moires anciennes étaient pareilles des deux cAtés. Le manteau était rond , ressemblant beaucoup h une chasuble , et laissait voir la robe et une partie des épaoies. Le plus souvent, il n'avait pas de collet, mais un riche gallon qni en marquait le tour ; une simple agrafe senait à le retenir ; ce n'est que plus tard que l'on fit usage de cordelières ; sa longueur était habituellement la même que celle de la robe ; cependant , lorsque la robe était traînante, le manteau se trouvait plus court de deux k trois doigts. Relevé par les bras , il formait des deux cOtés des plis gracieux , dessinait la taille sur un fond chargé d'ombre , et serrait h donner à l'ensemble de la personne cette disposition pyramidale que recherchent les sculpteurs.
Les robes variaieut dans leurs formes ; le plus souvent elles étaient rondes, ayant un corsage à la vierge ; quelques-unes au commencement du siècle étaient en cœur. — Les premières ressemblaient beaucoup aux tuniques romaines ; une ceinture plate , dont l'extrémité tombait jusqu'au genou, marquait la taille. Leur longueur ne permettait pas de voir les pieds ; souvent aussi la ceinture était cachée par les plis du corsage , car la robe n'était autre chose qu'une ample chemise d'étoffe de prix. Cette ceinture était presque toujours ornée de brillants de pierres travaillées on de métaux précieux, et soutenait le sac ou escarcelle que l'on plaçait du cOté gauche. Le haut de la robe était bordé avec richesse, les manches collantes ne dépassaient pas le poignet. Quelquefois une broche ou un ornement du même genre, était placé au haut de la robe, de manière à former quelques plis et à cacher ainsi la gorge ; d'autrefois , cet ornement se tronrait
Xin.* SIÈCLE. 105
plas bas. L'on portait aussi des chemisettes, et alors il était de bon goût d'attacher au milieu l'ornement dont nous venons de parler. — Les bas ou chausses étaient de soie , les souliers longs et pointus.
Les hommes étaient habillés comme les femmes > mais leurs robes n'araient pas autant de longueur; leur chevelure était demi-longue, aucun ne portait de barbe. Sous les armes , ils avaient un casque tout plat en dessus, ce qui caractérise le siècle de Saint -Louis; une tunique maillée , recouvrant quelquefois et les mains et les pieds , commençait au cou, qu'elle protégeait. Le bouclier était orné des armoiries du guerrier; une tunique fendue par devant cachait en partie le vêtement maillé ; tantôt elle avait de courtes manches , tantôt elle était simplement ouverte pour le passage des bras ; quelquefois , ainsi que les cottes de mailles , elle se repliait sur la tête ; car s'il était de mode d'avoir des casques plats , tous les chevaliers étaient loin de se soumettre à l'usage. Jean L^^, Jean II, Gérard de Raiz et beaucoup d'autres , parmi les plus nobles seigneurs de Bretagne da XIII.< siècle, n'ont jamais porté que des casques arrondis en dessus , ou même des casques pointus. — Les chevaux étaient habituellement caparaçonnés d'une étoffe pareille à la tunique des chevaliers qui les montaient. Sur la fin du siècle , les armoiries de i'écu se trouvèrent souvent répétées sur la tunique et sur le caparaçon. Cette mode survint à Fépoque où l'on prit pour habitnde de mettre son écusson sur une robe sans manches et môme sur la robe d'apparat. Les étriers ne différaient guère de nos étriers actuels; les éperons beaucoup plas grands , ne dépendaient pas de la chaussure ; l'épée était longue et droite, à poignée en forme de croix.
La science du XIII .« siècle était encore tout entière renfermée, comme au XII. <: , dans les études scolastiques qui comprenaient les langues mortes, la dialectique et la théologie ; cette dernière , placée au sommet, embrassait et résumait toutes les autres; mais Nantes ne possédait que des enseignements d'un ordre très-inférieur. L'industrie était bornée ; cependant la métallurgie avait fait quelques progrès : il existait deux forges dans le domaine du vicomte de Châteauhriant : elles étaient situées dans ses forêts de Teille etde Juigné. L'agriculture, favorisée par les spéculations des moines, arrachait chaque jour de nouvelles terres aux forôts et aux landes. Les seigneurs établissaient sur les rivières des barrages, improprement appelés écluses,etdes moulins; ils élevaient tous des chevaux de prix. Le testament de Geoffroy de
Châteaubriant accordait , en 1262 , aux frères du Temple , un cheral de 50 livres , somme supérieure , pour le temps, à 3,000 francs de notie monnaie. Quant au commerce , jamais il n'arait été plus prospère ; aussi la nécessité de régler tout ce qui le concernait^ imposa-t-elle im ducs Tobligation d*accepter le consulat des lois de la mer, espèce de code maritime dont Torigine se perd dans la nuit des temps , et qoi était en usage depuis plusieurs siècles dans la mer Méditerranée , à Marseille, Barcelone, Amalfi, et depuis peu dans les mers ds Couchant, sous le nom de lois ou coutumes d'Oléron.
La situation des bourgeois s'améliorait lentement ; cependant leur sort était beaucoup plus tolérable que par le passé , surtout dans les bourgs et à Nantes. Heureusement qu'une innovation qui date France de 1271 , et qui a passé en quelque sorte inaperçue en tagne , devait singulièrement diminuer les privilèges de raristocratie: nous voulons parler de institution des lettres de noblesse , qoi ont eu pour résultat de déprécier les titres héréditaires. Une fois leur usage établi , il était impossible qu'elles ne devinssent pas souvent, et môme le plus souvent , la récompense de vils courtisans , dMntriganIs prêts à faire tous les métiers auprès des princes , même celui que ks habitudes de notre langue ne nous permettent pas de nommer ; enfta des hommes de loi que le pouvoir avait trouvés souples et dociles k ses volontés. C'était un grand mal , sans doute , que des faveurs accordées aux vices et aux flatteries , mais ce mal seul pouvait hiter la destruction des privilèges , et les fils si nombreux des manants du Xni.e siècle , ne peuvent que s'en applaudir.