‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 13 sur 64 · QUATORZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME SIÈCLE

J^ir 1302 , l'évêqne de Nantes se trouvait à Rome oh il souscrivait Is bulle unam sanctam que Philippe-le-Bel et Jean II refusèrent d*; cepter> la trouvant abusive. — Désireux cependant de terminer discussions avec le clergé , Jean II se rendit à Lyon en 1305 , afin A*j parler lui-même an Pape ; mais une vieille muraille de cette ville qee surchargeait nu grand nombre de spectateurs , s'écroula sur loi et le

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lu. Son testament léguait aux pauvres 1500 paires de souliers , autant de yêtements, et 6000 livres pour les filles à marier. Cette somme , an prix de 13 sous le setier de froment^ devait valoir de 276 à 320 mille francs d'aujourd'hui.

Arthur n devint le successeur de Jean II. Sous ce prince , les Templiers furent chassés de liantes ; Philippe-le-Bel envoya des commissaires à Nantes pour s'emparer de leurs propriétés , mais les Nantais s'y opposèrent y et le duc confisqua leurs propriétés à son profit.

Depuis long-temps la Bretagne était entièrement associée de mœurs et d'usages à la France ; aussi les vilains de la province eurent-ils des députés, en 1309 , aux états de Ploërmel, comme ceux de France en avaient eu en 1302 aux états-généraux; mais la ville de Nantes n'eut pas y cette fois , l'honneur d'y être représentée.

À cette époque, il était d'usage de ne point travailler le samedi, après vêpres; ceux qui violaient cette défense étaient condamnés, dans quelques diocèses, à payer cinq sous à l'église pour l'entretien du luminaire^ on à faire la procession en chemise et en caleçon pendant cinq dimanches consécutifs , ayant au cou l'instrument dont ils s'étaient servis pour travailler.

En 1310, le parlement du duc prit sur lui de modérer les taxes exorbitantes que l'évoque imposait à ses vassaux. En 1312 , Arthur mourut et fut remplacé par Jean, dit le Bon, fils aîné de sa première femme. En 1318, Thibaut de Rochefort, vicomte de Donges, appela les Carmes à Nantes : il les logea d'abord dans son hôtel de Rochefort , devenu depuis la maison des Saintes-Claires, puis, en 1327, dans le local qu'ils ont occupé depuis jusqu'à leur suppression, et qui se trouvait situé rue des Carmes ; mais une violente opposition du curé de Saint -Vincent et de l'évéque fut suivie d^une excommunication en règle, dont le pape les releva moyennant 6 livres de rente pour l'évéque , 500 sous pour le Chapitre , et un dédommagement pour le curé de Saint-Vincent. — Sept années plus tard, Jean III fonda l'église de Saint-Donatien, et l'évéque Daniel fonda la collégiale de Notre-Dame. Une ordonnance de ce prélat avait prescrit, quelques années auparavant, d'entourer de murs les fossés, les puits, et les fontaines ; c'est la première de ce genre que nous ayons à signaler. En 1332, le duc tenait ses assises à Guerande , dans une maison do l'évéque , et l'évéque les tenait à Nantes dans une maison au duc , par l'intermédiaire d'un juge prévôt. Cette maison était située

Il noas reste à IVantes bien peu de monuments du Xni.< siècle ; ceux que nous avons décrits méritaient seuls de fixer Fattention. Cependant , ce fut à cette époque que la Bretagne et le comté nantais virent fonder Tabbayc de Villeneuve, le prieuré de Malestroit, Tabbayc de ^'oirmouticr , Tégiise collégiale de la Guerche , le prieuré de la Primaudière , féglise collégiale de Vitré , Saint-Aubin-da- Cormier et ses plus anciens édifices , ThOpital de Ponscorff, les Cordelicrs de Dinan , une cbapelle de Bon-Repos , ThOpital de Saint- Malo, Tabbaye de Prières, les Frères*Mineurs de Vannes , les Trinitaires de ChÂteaubriant.

Les sculptures du XIIL« siècle sont en harmonie avec rarchitecture du temps. Il existe bien des imagiers, des compagnons maçons, mais Tart n'a pas encore éclairé leur génie ; leurs œuvres ne sont pas asseï étudiées, souvent elles manquent de style, presque toujours elles pèchent par le dessin. Dom Lobineau nous a conservé dans son ouvrage deux tombeaux, sans doute les plus remarquables du siècle , qui sont loin d'être comparables k ceux dont nous aurons h parler plus tard.

L'un de ces tombeaux, d'une richesse extraordinaire pour son époque, était placé dans l'abbaye de Villeneuve , et renfermait les cendres d'Alix de Bretagne, femme de Pierre I.^s etd'Yolend, sa fille, comtesse de la Marche. — Sur un massif de marbre se trouvait un second massif de même forme et de moindre dimension , recouvert en cuivre, aux quatre coins duquel l'on remarquait quatre lions mal dessinés, portant chacun sur la fesse un écusson. Entre ces quatre lions , dont les tètes semblaient soutenir une corniche lourde et massive , formée par on prisme rectangulaire, l'on voyait des écussons en cui^Te émaillé, placés sur un fond uni, et séparés par des rosaces. La corniche ornée d'arabesques grossières, supportait dix lampes sépulcrales fixées^ distances égales; cette corniche se repliait à l'intérieur et passait entre les deux statues d'Alix etd'Yolend, de manière à former deux demi«tombes , dans lesquelles les statues se trouvaient placées de leur long , la tôte légèrement soulevée. La disposition générale de ce dm>nument était vicieuse, puisque les statues qui en formaient le sujet principal ne pouvaient être vues convenablement d'aucun des points accessibles à ceux qui venaient le visiter. La sculpture en était médiocre , à l'exception des statues qui avaient le mérite et les défauts de leur temps. Celle d'Alix tenait de la main droite un sceptre, et de

la gauche les plis d'un manteau sans manches , doublé de Yair; sa fête portait une coififiure en forme de couronne , divisée en plis nombreux comme les bonnets de nos avocats ; ses cheveux plats se partageaient sur le milieu du front dont ils laissaient voir la pureté , et tombaient sans boucles sur ses épaules , à la manière des chevelures de nos premiers rois de France ; sa figure , d'une beauté remarquable, était ravissante d'expression ; ce n'était pas la vie et c'était mieux que la vie : la poésie du sommeil en Dieu , le calme du juste , la sérénité des élus, se trouvaient sur sa physionomie, animant chacun de ses traits. Une longue robe à manches demi-collantes descendait jusque sur ses pieds qui s'appuyaient contre une sorte de bouclier non armorié. La statue entière avait environ dix longueurs de tête. A l'exception des mains , tout le reste semblait sacrifié à la figure, comme

Yoland était vêtue du même costume qu'Alix de Bretagne , et sa figure ne le cédait en rien pour l'expression à celle de sa mère ; mais sa tête était appuyée sur un oreiller ordinaire , tandis que celle d'Alix était soutenue par deux petits moines couchés de leur long, les mains appuyées contre sa couronne.

De la corniche qui passait entre les deux princesses , sortait un petit ange en surplis , dont les ailes de colombe passaient à travers sa robe. Tourné du côté d'Yolend , le corps penché , les ailes étendues , il semblait prêt à partir pour l'annoncer au Paradis. Ces deux statues, range et les moines étaient en cuivre doré, ainsi que les boucliers placés à leurs pieds.

L'autre tombeau conservé par Dom Lobineau , se trouvait à Saint- Yves-de-Brenne ; c'était celui de Pierre Mauclerc; mais nous ne devons point nous en occuper , car rien ne prouve qu'il ait été fait en Bretagne ou pour la Bretagne.

Les sceaux de Gefifroy, de Chateaubriand (1199), de Beatrix de Machecoul , de Bernard de Machecoul (1214) , de l'évèque Quiriac (1064) , d'Alain-Fergent, d'Alix , de Conan IV , de Jean L«^ , d'Yolend , de Gérard de Raiz (1276) , (1220) , (1281) , de Jean lï (1287) , etc. , rapportés par Dom Morice dans les preuves de l'Histoire de Bretagne, établissent d'une manière incontestable que l'art de la gravure était très-avancé au XIII.^ siècle, et que les graveurs étaient eux-mêmes des dessinateurs habiles , ou se servaient de bons dessins pour les travaux dont ils étaient chargés. Le grand nombre de sceaux faits

au XIII. e siècle, explique jusqu'il un certain point pourquoi nous avons de cette époque tant de tombeaux en cuivre.

Nous ne savons rien des costumes du peuple au XIII.« siècle. Ceax des prêtres étaient les mêmes que dans le siècle précédent. Quant il la noblesse, elle avait rapporté de ses voyages à Rome et en Palestine, le gofit du luxe et des arts.

Toute comtesse voulait porter la couronne et le manteau. La coa* ronne laissait pendre par derrière aux jours de fête , une barbe de tissu léger , qu'une pleureuse remplaçait aux jours de deuil. — Le manteau doublé d'hermine, de fourrures du nord on de vair, était en soie épaisse, presque semblable à celles que, dans le siècle dernier. Ton appelait gros de Tours brodé ou damassé, ou à nos moires actuelles, à cette différence près que les moires anciennes étaient pareilles des deux cAtés. Le manteau était rond , ressemblant beaucoup à une chasuble , et laissait voir la robe et une partie des épaoles. Le plus souvent, il n'avait pas de collet, mais un riche gallon qui en marquait le tour ; une simple agrafe senait à le retenir ; ce n'est que plus tard que l'on fit usage de cordelières; sa longueur était habituellement la même que celle de la robe ; cependant , lorsque la robe était tramante, le manteau se trouvait plus court de deux k trois doigts. Relevé par les bras , il formait des deux côtés des plis gracieux , dessinait la taille sur un fond chargé d'ombre , et serrait h donner à l'ensemble de la personne cette disposition pyramidale que recherchent les sculpteurs.

Les robes variaient dans leurs formes; le plus souvent elles étaient rondes , ayant un corsage à la vierge ; quelques-unes au commencement du siècle étaient en cœur. — Les premières ressemblaient beaucoup aux tuniques romaines ; une ceinture plate , dont l'extrémité tombait jusqu'au genou, marquait la taille. Leur longueur ne permettait pas de voir les pieds ; souvent aussi la ceinture était cachée par les plis du corsage , car la robe n'était autre chose qu'une ample chemise d'étoffe de prix. Cette ceinture était presque toujours ornée de brillants de pierres travaillées on de métaux précieux, et soutenait le sac ou escarcelle que l'on plaçait du côté gauche. Le haut de la robe était bordé avec richesse , les manches collantes ne dépassaient pas le poignet. Quelquefois une broche ou un ornement du même genre, était placé au haut de la robe, de manière à former quelques plis et à cacher ainsi la gorge; d'autrefois, cet ornement se trourait

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plas bas. L'on portait aussi des chemisettes, et alors il était de bon goût d'attacher au milieu l'ornement dont nous venons de parler. — Les bas ou chausses étaient de soie , les souliers longs et pointus.

Les hommes étaient habillés comme les femmes > mais leurs robes n'avaient pas autant de longueur; leur cherelure était demi-longue, aucun ne portait de barbe. Sous les armes , ils avaient un casque tout plat en dessus, ce qui caractérise le siècle de Saint -Louis; une tunique maillée , recouvrant quelquefois et les mains et les pieds , commençait au cou, qu'elle protégeait. Le bouclier était orné des armoiries du guerrier; une tunique fendue par devant cachait en partie le vêtement maillé ; tantôt elle avait de courtes manches , tantôt elle était simplement ouverte pour le passage des bras ; quelquefois , ainsi que les cottes de mailles , elle se repliait sur la tête ; car s'il était de mode d'avoir des casques plats , tous les chevaliers étaient loin de se soumettre à l'usage. Jean L^^, Jean II, Gérard de Raiz et beaucoup d'autres , parmi les plus nobles seigneurs de Bretagne du XIII.< siècle, n'ontjamais porté que des casques arrondis en dessus , ou même des casques pointus. — Les chevaux étaient habituellement caparaçonnés d'une étoffe pareille à la tunique des chevaliers qui les montaient. Sur la fin du siècle, les armoiries de l'écu se trouvèrent souvent répétées sur la tunique et sur le caparaçon. Cette mode survint à Fépoque où l'on prit pour habitude de mettre son écusson sur une robe sans manches et môme sur la robe d'apparat. Les étriers ne différaient guère de nos étriers actuels ; les éperons beaucoup plus grands , ne dépendaient pas de la chaussure ; l'épée était longue et droite, à poignée en forme de croix.

La science du XIII.' siècle était encore tout entière renfermée, comme au Xn.<: , dans les études scolastiques qui comprenaient les langues mortes , la dialectique et la théologie ; cette dernière , placée au sommet, embrassait et résumait toutes les autres; mais Nantes ne possédait que des enseignements d'un ordre très-inférieur. L'industrie était bornée; cependant la métallurgie avait fait quelques progrès: il existait deux forges dans le domaine du vicomte de Châteaubriant : elles étaient situées dans ses forêts de Teille et de Juigné. L'agriculture, favorisée par les spéculations des moines, arrachait chaque jour de nouvelles terres aux forôts et aux landes. Les seigneurs établissaient sur les rivières des barrages, improprement appelés écluses,et des moulins; ils élevaient tous des chevaux de prix. Le testament de Geoffroy de

Châteaubriant accordait , en 1262 , aux frères dn Temple , on cheril de 50 livres , somme supérieure , pour le temps, à 3,000 francs de notre monnaie. Quant an commerce , jamais il n'arait été plus prospère ; aussi la nécessité de régler tout ce qui le concernait^ imposa-t-elle ans ducs Tobligation d'accepter le consulat des lois de la mer, espèce de code maritime dont Torigine se perd dans la nuit des temps , et qvi était en usage depuis plusieurs siècles dans la mer Méditerranée , k Marseille, Barcelone, Amalfi, et depuis peu dans les men dn Couchant, sous le nom de lois ou coutumes d'Oléron.

La situation des bourgeois s'améliorait lentement ; cependant leur sort était beaucoup plus tolérable que par le passé , surtout dam les bourgs et à Nantes. Heureusement qu'une innovation qui date en France de 1271 , et qui a passé en quelque sorte inaperçue en Bretagne , devait singulièrement diminuer les privilèges de raristocratie: nous voulons parler de l'institution des lettres de noblesse , qoi ont eu pour résultat de déprécier les titres héréditaires. Une fois leor usage établi , il était impossible qu'elles ne devinssent pas souvent, et même le plus souvent , la récompense de vils courtisans , dlntriganti prêts à faire tous les métiers auprès des princes , même celui qne kt habitudes de notre langue ne nous permettent pas de nommer ; enfin des hommes de loi que le pouvoir avait trouvés souples et dociles à set volontés. C'était un grand mal , sans doute , que des faveurs aecoi^ dées aux vices et aux flatteries , mais ce mal seul pouvait hâter la destruction des privilèges , et les fils si nombreux des manants dn XIII.c siècle , ne peuvent que s'en applaudir.

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