‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 14 sur 64 · QUATORZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME SIÈCLE

J^ir 1302 , l'évêque de Nantes se trouvait à Rome ob il sonscrivah la bulle unam sanctam que Philippe-le-Bel et Jean II refusèrent d*aocepter> la trouvant abusive. — Désireux cependant de terminer ses discussions avec le clergé , Jean II se rendit \k Lyon en 1305 , afin d*y parler lui-même au Pape ; mais une vieille muraille de cette ville qne surchargeait nu grand nombre de spectateurs > s'écronla sur lui et le

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iaa. Son testament léguait aux pauvres 1500 paires de souliers , autant de vêtements, et 6000 livres pour les filles à marier. Cette somme , au prix de 13 sous le setier de froment > devait valoir de 276 à 320 mille francs d'aujourd'hui.

Arthur n devint le successeur de Jean II. Sous ce prince , les Templiers furent chassés de liantes ; Philippe-le-Bel envoya des commissaires à Nantes pour s'emparer de leurs propriétés , mais les Nantais s'y opposèrent , et le duc confisqua leurs propriétés à son profit.

Depuis long-temps la Bretagne était entièrement associée de mœurs et d'usages à la France ; aussi les vilains de la province eurent-ils des députés, en 1309, aux états de Ploërmel, comme ceux de France en avaient eu en 1302 aux états-généraux; mais la ville de Nantes n'eut pas , cette fois , l'honneur d'y être représentée.

À cette époque, il était d'usage de ne point travailler le samedi , après vêpres; ceux qui violaient cette défense étaient condamnés, dans quelques diocèses, à payer cinq sous à l'église pour l'entretien du luminaire^ on à faire la procession en chemise et en caleçon pendant cinq dimanches consécutifs , ayant au cou l'instrument dont ils s'étaient servis pour travailler.

En 1310 , le parlement du duc prit sur lui de modérer les taxes exorbitantes que l'évêque imposait à ses vassaux. En 1312 , Arthur mourut et fut remplacé par Jean, dit le Bon, fils aîné de sa première femme.

En 1318, Thibaut de Rochefort, vicomte de Donges, appela les Cannes à Nantes : il les logea d'abord dans son hôtel de Rochefort , devenu depuis la maison des Saintes-Claires, puis, en 1327, dans le local qu'ils ont occupé depuis jusqu'à leur suppression, et qui se trouvait situé rue des Carmes ; mais une violente opposition du curé de Saint -Vincent et de l'évêque fut suivie d'une excommunication en règle, dont le pape les releva moyennant 6 livres de rente pour l'évêque , 500 sous pour le Chapitre , et un dédommagement pour le curé de Saint-Vincent. — Sept années plus tard, Jean III fonda l'église de Saint-Donatien , et l'évêque Daniel fonda la collégiale de Notre-Dame. Une ordonnance de ce prélat avait prescrit, quelques années auparavant , d'entourer de murs les fossés , les puits , et les fontaines ; c'est la première de ce genre que nous ayons à signaler. En 1332, le duc tenait ses assises à Guerande , dans une maison de l'évêque , et l'évêque les tenait à Nantes dans une maison au duc , par l'intermédiaire d'un juge prévôt. Cette maison était située

à rentrée do la rue des Halles , el depuis, elle a servi long-temps iht assemblées des bourgeois.

Une police de 1336 taxait le froment à 14 sous le setier. Les pôclieurs , en vertu de la même ordonnance , ne pouvaient vendre qu*à la cohue; les marchands de volailles ne pouvaient étaler qne snr la place de la PrévAlé; les revendeurs ne pouvaient y acheter qa*ane fois rheure de prime sonnée à Saint-Pierre ; les bons ouvriers gagnsient 2 sous par jour (ce qui vaudrait aujourd'hui environ cinq francs). u Et avons ordonné (ajoute celte police) que tous les ouvriers de t|ueIqu'onque ils soient , commenceront leur journée à souleill levint et achèveront à souleill couchant, sans exit. » — Le duc et Tévèque nommèrent , chacun , deux commissaires pour veiller à rexécution de lenr règlement; il leur fut alloué un tiers des amendes des contraventions.

L'évoque Daniel mourut en 1337.» Ce prélat, ditAlbert-do-Moriaii, fut homme docte , de sainte vie et austère ; il fit de grands biens k son église, h laquelle il donna des chapes, chapelles, et ornements précieux , les deux images d'argent de Noslre-Dame et de Sainct-Iean , qni sont aux deux coslés du crucifix sur la porte du chœur , la grone cloche nommée le Félix; fonda plusieurs chapellenies> anniversaires, et fesles doubles en ladite église , érigea le doyenné de sa cathédrale avec semblables honneurs et prééminence qne celui de Toors, Iny assignant une prébende avec les deux parts des gros fruicts de la paroisse de Couairon , fonda deux dignilez en Téglisc collégiale de iV)stre-l)ame de IXantes, savoir le chevecier ( qui est le chef) et le chantre, et sept prébendes. C'esloit le père des panures de son diocèse, 4loul il nourissoit grand nombre. Gist en sa cathédrale, près la chapelle parrochiale de Sainct-Ieau-Bapliste , bastie et consacrée par Iny, et sur sou tombeau est érigé un sepulchre de marbre noir, antonr duquel on a autrefois veu de grandes clarlez et lumières. »

Sou successeur Barnabe de Rocheforl résigna son évéché Tannée soivante et fut remplacé par Saladiu, docteur en théologie. Cet évé<]ne est le premier qui ait fait une entrée solennelle dans notre ville. Voici quelle était cette cérémonie: A son arrivée, le prélat s'arrêtait à Taumânerie de Saint-Clément, où il passait la nuit. Le lendemain, monté sornn clie\al richement orné , dont le baron de Châteaubriant tenait la brider. il s'avançait jusqu à la porte Saint-Pierre: là, il descendait pour se placer dans une chaise, que les barons de PontchÂteau, de Rets» dMucenis el de Châteaubriant portaient jusqu'au grand autel de la

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Cathédrale. Après les cérémonies de Téglise , Tenait un diner, à la saite daquel le baron d*Ancenis se permit d'enlever des malles , des assiettes d'étain , nn mortier, et d'autres ustensiles , qnMl fat obligé de rendre ensuite; mais Tosage qu'il ayait cherché à introduire prévalut , et les barons prirent Thabitude de se partager le linge , la vaisselle , le vin du dîner, et le cheval du nouveau dignitaire.

Le duc Jean mourut à Caen le 30 avril 1341 , en revenant de la guerre de Flandres, où il avait accompagné Philippe -de -Valois. Aussitôt sa mort connue , Montfort , son frère , se disposa à disputer la couronne ducale à Gharles-de-Blois , qui avait épousé la fille de Guy de Penthièvre> autre frère du duc Jean. Regardant Nantes comme la ville la plus importante de la Bretagne, sa première démarche eut pour but de s'en assurer la possession. — Le plus ancien manuscrit de Froissart, de la Bibliothèque du Roi , contient une peinture qui représente la réception que lui firent les bourgeois de Nantes ; ils ont tous la tête découverte devant leur prince qui garde sa coiffure ; leurs habits sont rouges, bleus ou verts, et de formes dififérentes; leurs souliers sont noirs et pointus. Jean de Montfort est sous un dais avec Marguerite de Flandres, sa femme ; il porte un bonnet noir de forme singulière, d'où descend une bande noure qui remonte après sur l'épaule gauche (coiffure souvent usitée au XIY.» siècle) ; son habit gris-brun est court. L'habit de la comtesse est bleu , son chapeau pointu est vert, et laisse pendre jusqu'au-dessous de la ceinture une barbe blanche, suivant la mode du temps, qui a été en usage jusqu'à la fin du XV.« siècle. Cette peinture curieuse méritait d'être conservée ; aussi nous en avons joint le dessin aux gravures de cet ouvrage.

Jean-de-Montfort ne tarda pas à s'apercevoir que les Nantais étaient plus Français que Bretons , et que les liens de parenté qui unissaient Gharles-de-Blois au roi Philippe, lui étaient très-contraires. Il se hâta donc de partir pour Limoges et de s'emparer du trésor du comté qui appartenait à la comtesse Jeanne-de-Penthièvre , sa cousine. De retour à Nantes , il employa sa fortune à se faire des partisans, et parvint bientôt à s'emparer de la majeure partie de la Bretagne. Charles-de-Blois , impuissant à conserver lui-même son duché , eut recours au roi de France ; Montfort , de son cêté , se mit sous la protection du roi d'Angleterre, qu'il reconnut pour son suzerain. Mais le roi de France s'empressa de le citer à la Gourdes pairs , qui le condamna par défaut. — Bientôt , une armée française ,

commandée par le doc de IVormandie , entra en Bretagne pour punir le comte de Montfort , et Tint mettre le siège devant IVantes, après avoir enlevé les places d'Ancenis , d'Oudon et de Garqnefou. — La ville, attaquée sur les deux rives , repoussa d'abord avec vigaeur les efforts des assiégeants.

Une sortie , qui avait pour but d'enlever un convoi destiné à Tarmée française fut très-funeste aux Nantais. Leur entreprise , conduite avec hardiesse , avait réussi , et déjà le convoi s'approchait des murs de la ville , lorsque les Français , prévenus par les fuyards , arrivèrent en masse. Le combat fut long et sanglant ; beaucoup d*habitants succombèrent. Deux cents restèrent aux mains du vainqueur^ les autres , plus heureux , purent rentrer à liantes. Encouragés par œ succès , les Français serrèrent la ville de plus près , et les Nantais purent alors, du haut des murs, être témoins chaque jour du pillage et de Tincendie de leurs propriétés. Bientôt un nouveau malheor vint achever de les décourager. Deux cents Bretons se rencontrèrent près du château du Yal-Garnier avec pareil nombre de Français , et engagèrent un combat dans lequel cent soixante-dix des leurs perdirent la vie, les trente autres furent faits prisonniers et conduitsan camp français. Le lendemain , leurs tôtes lancées dans la ville apprirent aux habitants qu'ils avaient à combattre un ennemi aussi impitoyable (pie brave , et jetèrent le deuil dans toutes les familles. La démoralisation qui fut la suite de cet événement , donna naissance à des conciliabules. Il y eut des pourparlers , peut-être même des offres positives de trahison : car le trait distinctif de la bourgeoisie a tonjours été de tout sacrifier aux intérêts matériels , d'embrasser une cause chaudement et de l'abandonner au premier échec , lorsqu'elle pouvait mettre ses propriétés à l'abri. Le comte de Montfort , circons* pcct comme on l'est d'habitude dans une ville assiégée , et défiant comme un homme malheureux , ne fut pas long-temps à s'apercevoir des dangers de sa position ; il se décida donc à traiter avec le duc de iVormandie , et lui remit la ville en dépôt , à condition qu'on la loi rendrait dans l'état où elle se trouvait. Muni d*un sauf-conduit du duc , il se rendit à Paris , où le roi le fit immédiatement arrêter et mettre en prison dans la tour du Louvre.

Gharles-de-Blois , devenu maître de Nantes , reçut le serment de fidélité des habitants, et leur donna Gui-de-Rochefort pour gouvemenr. 4u retour du printemps , ce prince recommence la guerre » et s>m-

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ptre de Rennes après nne rire résistance ; il brûle ensuite Saint- Anbin-dn-Gormier dont il ne pnt forcer le château , et se porte sor Hennebon , où la comtesse de Montfort s^efibrçait de rallier des partisans à son mari.

La rille fnt attaquée avec rigueur , mais elfe était défendue par Jeanne-de-Flandres arec un courage et une habileté dignes des plus grands éloges. A son exemple, les femmes oublièrent la faiblesse de leur sexe , et combattirent raillamment sur les remparts. Charles ayant fait donner Tassant , la comtesse en profita pour faire une sortie et incendier son camp. Ne pourant rentrer à Hennebon , dont elle était séparée par Tannée Gallo-bretonne , elle se retira dans la petite ville d*Auraj , d'oti elle revint triomphante au bout de quelques jours, à la tête de trois cents hommes. Charles laissant à Louis d'Espagne le commandement de son armée , marcha sur Vannes et sur Auraj , dont il s*empara. Cependant la ville d'Hennebon , serrée de très-près^ commençait à manquer de vivras ; quelques jours encore , et Jeanne capitulait , lorsque la flotte anglaise parut et débarqua des renforts considérables. Le siège d*Hennebon fut levé, Louis d^Espagne se porta sur Guerande qu*il livra au pillage, puis il s'embarqua et vint surprendre les environs de Quimperlé , oti le massacre et Tincendie signalèrent partout son passage; mais Amauri-de-Clisson et l'anglais Maunj s'emparèrent de sa flotte et Tatteignirent à Roscaqnam , oti son corps d'armée fut détruit. Charles , qui venait de s*emparer de Carhaix, revint sur Hennebon et l'assiégea de nouveau, mais inutilement; et bientôt il conclut avec Jeanne-de-Flandres une suspension d'armes , dont elle profita pour repasser en Angleterre et presser les secours qui lui étaient promis.

Une flotte de quarante-six vaisseaux fnt mise par le roi d'Angleterre à la disposition de la comtesse de Montfort. Louis d'Espagne , qui en avait 36 sous ses ordres , l'attaqua à la hauteur de Guemesey. Le combat fut terrible : mais une tempête sépara les deux flottes , et Jeanne fut assez heureuse pour aborder près de Vannes , tandis que son adversaire était poussé sur les côtes de Biscaye ; elle profita de l'éloignement de la flotte bretonne pour s'emparer de Vannes ; mais cette ville fut bientôt reprise par une armée que commandait Robertde-Beaumanoir. Le roi d'Angleterre , fmieux de cet échec , passa luimême la mer avec une armée considérable. Il attaqua successivement, et sans succès. Rennes, Vannes et Nantes. Dans le siège de cette

dernière YÎlle, il brûla plosienrs des campagnes cnvironiiaiites, dans le but de provoquer une sortie ; mais les habitants restèrent sur la défensive, et il fat contraint de lever le siège sans avoir obtena mcm résultat; il marcha ensuite sur Guingamp , dont il parvint h s^empaier et qu'il livra au pillage. — Cependant Louis d'E^agne tenait toujoon la mer> sa flotte avait même dispersé la flotte anglaise : ane année française marchait au secours des Bretons , et le roi d' Angleterre te vit contraint de se retirer auprès de Vannes et de s'y fortifier; peutêtre son armée eût-elle été anéantie sans l'intercession de deez cardinaux qui parvinrent à obtenir des parties belligérantes une trère de trois ans.

Charles-de-Blois , pendant qu'il était à JVantes , s'occupa d*améll(»er le sort des habitants; une ordonnance de ce prince supprima les droits de péage qui se percevaient sur chaque muid de marchandiae entrant en ville ou passant les ponts; le renouvellement des hoa» tililés vint Tarracher à ses utiles et pacifiques travaux. Olivier» de-Clisson, fait prisonnier au siège de Vannes^ s'était engagé vîs-à-TÎa du roi d'Angleterre à servir le parti de Montfort, tout en feignant d'agir pour le compte de Charles-de-Blois. Le roi de France en ajast été instruit , lui fit trancher la tête , son corps fut pendu à Moatfaucon, et sa tête apportée à INantes pour ôtre exposée au bout d^nae pique à l'une des portes de la cité. — Une punition semblable annmçait la rupture de la trêve, et Charles agit prudemment en devançait ses ennemis. Pendant que la veuve de Clisson rejoignait la comtene de Montfort avec quatre cents hommes d'armes et son fils enfant, ce prince emportait d'assaut la ville de Qnîmper, oH soldats furieux massacrèrent quinze cents personnes. Un nouvel imâdent vint alors compliquer la lutte; le comte de Montfort s'élaet échappé de sa prison se sauva en Angleterre et débarqua ensuite en Bretagne avec quehjues troupes , mais il fut forcé de lever le tiége de Quimper qu'il avait attaqué ; resserré lui-môme à son tour dan un château , il ne parvint à s'échapper qu'en traversant le camp de ses ennemis. Arrivé à Hcnnebon, les fatigues et le chagrin le conduisirent au tombeau.

La foriune semblait favoriser Charles-de-Blois ; son compétiteur venait de mourir , ses partisans ne possédaient plus que quelques places fortes , lorsque lui-môme , à son tour , il éprouva un échec devant la Roche-Derrien et fut fait prisonnier. Cet événement rendit le

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courage à Jeanne-de-Penthièvre. Cependant la guerre de Bretagne fut en quelque sorte suspendue pendant plusieurs années : d'une part, le peuple était lassé ; de l'autre , la guerre directe que se faisaient les rois de France et d'Angleterre ne leur permettait pas d'enroyer des troupes en Bretagne. Ce fut pendant ces années de demi-repos que fut livré le combat des Trente dans la lande de Mi-Yoie entre Josselin et Ploërmel , et que le château de Nantes, surpris un Mardi- Gras par un parti d'Anglais , fut repris immédiatement par 6uy-de- Rochefort, sans qu'un seul pût s'échapper.

Quelques fondations eurent lieu à Nantes dans les mêmes années. En 1350 , Jeanne-la-Petite, épouse de Gharles-de-Blois, fonda l'hôpital de Saint- Julien qui était situé en face de la collégiale. L'année suivante, l'évoque Olivier excommunia, par l'un de ses statuts, les sorciers qui étaient , disait-il , en grand nombre à Nantes et dans le diocèse. En 1352 , Charles , qui était venu en Bretagne chercher l'argent de sa rançon, érigea en collégiale la chapelle de Saint-Bonatien et j établit six chanoines ; il y avait alors près de la collégiale de Notre-Dame , une société dite des Ardents ; elle se composait de huit mendiants vivant ensemble; quand il en mourait un, les sept autres lui choisissaient un successeur. On doit encore rapporter à l'année 1352, la reconstruction de l'église Saint -Laurent, que Charles-de-Blois fit rétablir , et la nomination de Robert-Pa3n[iel au siège de Nantes , que la mort d'Olivier-Saladin avait laissé vacant.

Les petits états gravitent autour des grands royaumes et subissent le contre-coup des événements qui s'y passent : la bataille de Poitiers, si funeste à la France, renouvela la guerre en Bretagne. Le duc de Lancastre vint assiéger Rennes , mais la valeur et l'habileté de Buguesclin parvinrent à conserver cette ville à Charles-de-Blois. Les années suivantes, la guerre civile continua ; en 1360, les rois de France et d'Angleterre obtinrent une trêve après d'inutiles tentatives d'accommodement. Le jeune comte de Montfort en profita pour organiser son parti , Charles-de-Blois pour adresser au ciel de ferventes prières , entendre chaque jour plusieurs messes et fonder l'aumOnerie de Toussaint , dont l'église se voit encore aujourd'hui sur les ponts. Après de nouvelles hostilités et une nouvelle trêve connue sous le nom de Traité deê Landes j la guerre recommença. Les deux compétiteurs se rencontrèrent sous les murs d'Auray ; Charles-de-Blois refusa tout

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arrangement y livra bataille et perdit la vie (1). Toutes les illles ouvrirent alors leurs portes au vainqueur, et Jeanne-de-Penthièvre se trouva dans la nécessité de renoncer au duché. Le traité de Goennde du 12 avril 1365 lui accorda le comté de Penthièvre et la vicomte de

(1) Albert-de-Morlaix , si loaangear pour les seigoeors qoi ont accordé dss faveors an clergé , expose looguemeol dans son livre tontes les vertus ds Gharles-de-Blois , prince pins déTot qne religienx , pins brave qn*iDtellîseot , dont il énnmère ensuite pompe nsement les riches présents aux diverses ëfliset de Bretagne. Le passage de son livre qne nons reproduisons , n*a point pour but de signaler les donations de ce prince comme nn exemple à soiTTSi mais nons avons cru qu'il convenait de ne point omettre une citation propre k nons faire pénétrer dans les crojances , les mœurs et les usages dn XIT.« siècle , surtout lorsqu'elle nons fournit encore quelques détails sur les arts sacrés tu service du luxe.

u Les églises de Saint-Laurôs et des Carmes de Nantes , ayant esté » parles guerres, il donna du bois en ses forests pour lesrebastir. U fonds » l'aumnosnerie de Toussaints, sur les ponts dndit •Nantes, et donna des » prinileges an couvent des Frères Prédicateurs de la mesme ville. Il » aux mesmes religienx du couvent de Morlaix , diocèse de Tregner « tsal » autant de bois qu'il leur en fallut pour rebastir leurs dortoërs , et » aux mesmes religienx du couvent de Guengamp, audit diocèse , vn i> d'argent , plusieurs beaux ornements , des châsses et reliques des Saints } fit » refaire les chaires et garnitures du chœur , décora leur église de tableanx et » images de plusieurs Saints de Bretagne, issus du sang des rojs, ducs et ooortst » anciens dudit pajs, et de celle des Saints principaux de Tordre de Saint-lkMBi- » nique , au pied desquels il 6t apposer la sienne , à genoux auec les armes ds » Bretagne. Il fit bastir en Téglise des Gordeliers de la mesme ville , msulsl » en rhonneur de Saint-Lonys de Marseille (de la famille duquel il aooit l*hse* » neur d*estre exctraict) ; fit peindre toute Téglise , faire le jubé, ks ebsùes » dn chœur et le pavé jusqu*an grand autel , leur doua plusieurs oniemsslsds » soye , de velours et de drap d'or , des chandeliers d*argent , deux croix dlsr^ » gent enrichies de pierreries, vn epistolaire et enangelistaire ornes de pisises »' précieuses, toutes lesquelles choses luy consterèt jusqn*à 8,500 florins d*er. » Il fonda rhospital dudit Guengamp pour Tentretien des pauvres de U viUset » faux-bourgs , et établit certaines foires en icelle , dont les profits et revsM » furent députez à leur vsage. Il fit réparer les églises de Saint-Micbsl 6l » Saint-Léonard, près la mesme ville, et donna à Téglise parrochiale delVolfe- II Dame de Guengamp, des omemens d*antel et beaux paremens , et une i^rids » croix d^argent pleine de reliques de Saints. U augmenta les revenus de l'église

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Limoges, tandis que Montfort monta sur le tr6ne sons le nom de Jean lY. Le roi de France, loin de s^opposer à son élération, Ini proposa de le reconnaître, s*il voulait lui rendre hommage. Cette politique adroite avait pour but de ne point séparer complètement le nouveau duc des intérêts do la France. Montfort , après avoir consulté le roi d'Angleterre , accepta cette proposition. A son retour à IVantes , il fit publier la paix dans ses états , i)attre monnaie en son nom et réunir les États-Généraux , qui lui accordèrent un imp6t d*un écu par feu et des droits d'entrée dans tous les ports.

L'année suivante, l'amiral Bouchard fit construire le chMeau de Pinnil par ordre du duc. C'était une forteresse destinée à protéger l'entrée des ponts, et à servir^ au besoin, de refuge, si la ville venait à se soulever. Comme toutes les fortifications des grandes cités , elle avait un double but; et, si Ton songe qu'à cette époque les Anglais occupaient le Poitou , l'on restera convaincu , surtout après en avoir examiné les ruines , qae Jean lY avait plutôt ordonné son érection dans la prévision de quelque soulèvement populaire qui eût pu le conduire à réclamer le secours de ses alliés, que dans la crainte d'ane invasion.

K de Notre-Dame de Lamballe , fonda vne chapelle enrhooneor de Sainte - » Calherioe , eu la TiUe de Dinan , et fit de grades réparations aux conreots H des Frères Prédicateurs et Mineurs de la niesme Tille. Il embellit Féglise » cathédrale de Bennes de dioerses peintures et images ; fil faire deux grandes » Titres h costé gauche de la croisée , et dôna des chappes de Telonrs rouge , M semées d*oiseaax d*argent en broderies , d'antres de Telonrs blanc aux armes » de Bretagne , denx draps d*or ponr parer le graud autel aux festes solemn nelles , des reliques de plosienrs Saints en Tn vase d'argent , lesquelles il » porta Iny mesme nuds pieds Tespace dVne lienë , et grande quantité d'antres n omemens précieux. Il fonda denx chappelenies en la mesme église en »> riionnenr de Saint-Salomon et Saint-Indicaël , confesseurs , jadis rojn de » Bretagne Armoriqoe ; des Saints-Frères Martjrs naotois , Bonatian et Boit gatian, et de Saint-YTCS , dont il porta des reliques (qui luj anoient esté don- » nées par TéTesque et le chapitre de Tréguer) , depuis le quartier de la ville » de Beones appelé la Cité , jnsqn'an monastère de Saint-Georges, qui est à » l'autre extrémité de la Tille , allant nuds pieds tout le chemin , et puis sor- » tant de la porte Saint-Georges , porta de mesme façon Tue autre portion de M mesmes reliques enTabbaye de Saint-Melaine , et euTOja Tue autre portion » ao Mont de Saint-Michel , anec des riches présens et offrandes. »

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A cette époque , l*on procédait arec nue extrême rigoeor eonfre les raax-monoyeiirs; ils étaient condamnés à être tamiUê emeau ekmmée jusqu'à la mort endurée , et leurs biens étaient confisqués.

En 1369 , Jean lY , requis par le roi d'Angleterre de livrer passage à ses troupes qui se rendaient dans le Poitou , s'empressa d'accorder ce service à Tennemi du roi de France, son suxerain. Cependant, dans la crainte de se brouiller avec ce dernier, il lui envoja mt ambassadeur pour s'excuser auprès de lui ; mais lorsque Charles vmt à connaître la vérité tout entière , il s'exprima vivement aor le compte de Jean IV. Ses paroles, rapportées à la noblesse de Bretagne, l'encouragèrent à témoigner au duc combien elle était mécontente de sa partialité en faveur des Anglais. Chier syre, lui dirent en fMe les seigneurs de Laval et de Rohan , sitôt que nous pourrons cevoir que vous ferez partie pour le roi et Angleterre , nous vous guerons et mettrons hors de Bretaigne. Mais ces menaces ne firent qne hâter la conclusion d'un traité entre le roi Edouard et Jean lY. Indignés de cette conduite , les seigneurs Bretons la notifièrent an roi de France et se retirèrent dans leurs châteaux. Ihignesdin venait de chasser les Anglais du Poitou, après les avoir battus en Normandie; le roi voulant punir Jean lY , le chargea de pénétrer en Bretagne. Le duc voulut résister , mais la partie n'était pas égale , et il te bientôt obligé d'entrer en accommodement. Peu fidèle à la foi jniée, Jean lY ratifia de nouveau son ancien traité avec le roi d'Angletene, et lui livra plusieurs places fortes, au grand déplaisir du pei^ie. D'accord avec les mécontents qui, chaque jour assassinaient les Anglais , lorsqu'ils avaient le malheur de s'écarter , le roi de France fit entrer une seconde fois son armée en Bretagne. Le duc, abandonné par les Bretons , envoya sa femme à Auray et se r^ira en Angleterre; cependant, Brest, Auray , Derval et Nantes, Inl gardèrent la foi promise, et les Nantais, en ouvrant leurs portes à Bertrand Duguesclin , stipulèrent que si le duc donnait satisfaction an roi de France > ils continueraient à lui obéir, sans que le roi pût les molester en aucune façon pour ce motif ; ils exigèrent aussi que les revenus du comté n'entreraient pas dans les coffres du roi et raateraient en dépôt dans leurs mains. Le connétable , homme lojral , accepta ces conditions , et fit son entrée dans la ville , dont II donna le gouvernement à Amauri-de-Clisson , cousin d'Olivier.

Ces conditions ne plurent point au roi , qui fit sonder Gliaaon

dans le bat de s'emparer de Nantes. Le goayemeur allait livrer la ville aux Français , lorsque les représentations des habitants loi firent abandonner son dessein ; mais le roi de France désirait trop le duché de Bretagne ponr ne pas tenter de nouveau de s'en emparer. Un arrêt du parlement condamna le duc et confisqua la province au profit du roi; la comtesse de Penthièvre protesta ; mais le roi de France fit marcher une armée pour mettre à exécution Tarrét du parlement de Paris. Aussitôt , la nationalité Bretonne blessée dans son orgueil , se réveille plus puissante que jamais , et la noblesse rappelle d'Angleterre le duc qu'elle avait chassé; celui-ci s'empresse d'arriver avec une armée anglaise et se présente devant la ville de Nantes , qui remplit, dans cette circonstance, un rôle remarquable; d'un côté, elle tenait pour le duc contre le roi de France; de l'autre, elle soutenait un siège contre l'armée anglaise. Fidèle au duc , elle exprimait sa haine ponr les Anglais , en leur refusant ses portes. Un second siège, tenté par le duc lui-même, n'ébranla point sa résolution ; aussi ce prince jugea-t-il convenable d'entrer en accommodement avec le nouveau roi de France > et d'accepter les conditions que ses sujets lui imposaient. Il j eut même à cette occasion un traité que signèrent les nobles , les ecclésiastiques et les bourgeois , ce qui prouve que ces derniers jouissaient de certains droits politiques , soit en vertu de titres authentiques, soit par suite de coutumes ayant force de loi ; nous devons conclure aussi de ce fait , que sans avoir de municipalité , les bourgeois formaient en quelque sorte une personne collective , ayant pouvoir de se faire représenter par quelqu'un de son choix.

En 1383 y Jean II , dit de Montrelais , fut appelé de Vannes au siège de Nantes ; son entrée solennelle eut lieu au mois d'avril. Le duc qui se trouvait alors dans sa capitale et qui , en sa qualité de baron de Raiz , devait aider à porter l'évêque dans son fauteuil depuis l'hôpital de Notre-Dame, remplit lui-même les fonctions que sa charge lui imposait ; mais il dîna ensuite avec l'évêque, et enleva tout le linge de sa table : c'était son droit comme baron de Raiz ; il eut aussi le cheval de Tévêque par représentation du baron de Châteaubriant, dont la terre en rachat se trouvait h sa disposition. L'acte de cette entrée ne nous apprend point quels étaient les droits du premier et du troisième baron , les sires de Pontchâteau et d'Ancenis ; on croit , du reste , ajoute Travers , que cette dispendieuse cérémonie

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ne coûtait rien à l'éYÔque. Une taxe sur tes hommes et sur le clergé , en raison de son joyeux avènement , le remboursait amplement de ses frais et même da prix de ses balles , quand il les prenait à Rome. Les titres des Penthiëvre et quelques autres documents, nons apprennent quels étaient , à cette époque , les prix de dirers articles. ?<ous les donnons ici, et nous établissons en regard leurs pfix en monnaie actuelle , ainsi que les prix actuels de ces ménaet substances.

AQcieuoe Valear Valeor

ralear. correspoodaota. aelnelle.

Cuivre , la livre. . . 3 sous 4 deniers 7 fir. 23 — 2 fr. »

Beurre, û/. » 6 . . . . 1 07 — 1 »

Huile d'olive , w/. . 1 6 .... 3 21 — 1 40

Chandelle, û/. ... 1 » 2 14 — 0 80

Pipe de vin d'Anjou. 100 à 120 ». ... 214 à 257

Froment, le setier . 14 »....30 » — SO »

Seigle, m/. ... 10 » .... 21 04 — 17 $ »

Avoine, û/. ... 4à 6».... 8 56 — 12 »

Le duc Jean lY ayant perdu sa seconde femme en 1384 , époon,

deux années après , Jeanne-de-IVavarre : son mariage fut célébré h

Saille, près de Guerande; la dépense de cette cérémonie monti h

3396 livres.

Il y avait, à cette époque, peine d'excommunication et amesde d'une demi-livre de cire , contre tout chef de famille qui négligeait d'envoyer les dimanches et fêtes , à la messe principale , une per* sonne de sa maison. Les mariages ne se célébraient point dans les chapelles , mais à la paroisse et après le soleil levé ; les femmes ne pouvaient non plus se faire relever de couches qu*à Téglise paroiasiale; on ne disait point de messe le dimanche avant la grande: nul étranger n'y était admis, à moins qu'il ne fût voyageur. Il étaH défendu aux curés , sous peine d'une amende de 40 livres , le s'absenter plus d'un jour de leurs paroisses ; les mêmes ordonnancea défendaient aux clercs mariés ou non mariés , d'adopter les pamrea laïques, le port-d'armes offensives et les emplois séculiers, d*aller seuls dans les rues après le couvre -feu (igni-teginm) sonné à la cathédrale.

Des démêlés survenus entre Jean IV et le connétable de Clisaon, firent mander le duc de Bretagne à la cour de France ; il j pnt

deax fois ; la première , accompagné de 1200 gentilshommes et de six grands bateanx armés en guerre ; la seconde , arec une suite de 1500 personnes et cinq galères; tout cet appareil ne fut pas sans influence sur la cour de France. Faible seigneur, il eût subi la flétrissure que méritait son crime; car il avait tenté de faire assassiner le connétable ; riche et puissant , il gagna sa cause , et ne revint à Nantes qu'après avoir conclu le mariage de son fils , héritier du duché de Bretagne, avec la fille aînée du roi de France.

En 1395, le duc autorisa la ville de Nantes à établir un ou deux procureurs pour vaquer aux affiaiires communes de la ville. Si Ton songe combien les gouvernants se sont toujours montrés peu disposés à accorder de nouveaux privilèges an peuple , Ton reste convaincu que Jean-de-Montfort ne fit que régulariser , par une ordonnance , une liberté qui existait déjà depuis long-temps , comme les faits que nous avons cités plus haut semblent le prouver.

Jean lY mourut en 1399 presque subitement, et fut enterré le lendemain de son décès dans le chœur de la cathédrale ; un prêtre du diocèse et le prieur de Josselin furent soupçonnés de Tavoir empoisonné : on les mit en prison ; le prêtre j mourut , et le prieur fut élargi faute de preuves, à la prière de quelques familles puissantes qui avaient peut-être à redouter ses révélations.

Au Xni.e siècle, les ducs de Bretagne avaient enlevé à leurs grands vassaux le bail des nobles , dans le but évident d'aff^aiblir leur puissance; au XTV.', ils s'emparèrent du droit de garder les villes pendant Tannée du rachat , et tentèrent , par tous les moyens en leur pouvoir, de ramener Toligarchie du pays à une simple monarchie féodale ; mais les grands vassaux résistèrent et soutinrent fortement Glisson dans sa révolte contre le duc , ce qui prouve qu'il représentait un principe. La France , aussi elle , intervint dans cette lutte , moins par affection pour Glisson que dans le but de diminuer le pouvoir, et, par suite, l'indépendance du chef de la nation bretonne.

Les guerres continuelles qui désolèrent le duché ne permirent pas au Xiy.« siècle un aussi grand nombre de fondations pieuses que dans les précédents. La plupart de celles qui eurent lieu se firent au comté Nantais sous l'influence des idées qui dominaient Charlesde-Blois ; parmi les autres , nous ne pouvons guère citer que le prieuré de Saint-Georges , les trinitaires de Rieux , la trinité de Sarzeau , Thôpital de Landemeau.

120 Xiy.« SIÈCLE.

Les documents nous manquent pour parler de Tétat des arts ao Xiy.« siècle. La Bretagne possède , il est yrai , à Plœrmel , les toinbeaux de Jean II et Jean III qui appartiennent à cette époque , et dont la sculpture a du mérite ; mais notre yille n'a rien de ce tenps qui soit dif^ne de fixer Tattention.

La gravure qui représente rentrée à Nantes de Montfort, nous donne quelques costumes du XIY.» siècle ; d'antres dessins , conservés par Montfaucon , nous prouvent qu'au commencement du siècle. Ton portait fréquemment en Bretagne des habits armoriés. Une figue en pied , du même auteur , dont il n'indique pas Torigine , représente Charles-de-Blois couvert de ses armes , tenant un livre dans la main gauche , probablement un livre de messe , et une épée dam la droite ; sa tôtc est découverte , sa figure a de la barbe , contre !*»• sage du temps ; il a sur sa cuirasse des hermines comme duc de Bretagne ; son habit militaire tel qu'il le porte , avec des brassards , des cuissards , des grèves et des genouillères, pourrait avoir comineBoé a être en usage du temps du roi Jean et de Charles Y.

L'industrie agricole était, au XIY.' siècle, la seule qui oocapât la masse des Bretons ; Nantes seulement , parmi tous les ports do duché , faisait un commerce un peu considérable , qui consistait ea blés , vins , vinaigres , sels et lamproies. Les relations de la place étaient intérieures et extérieures : par la Loire , notre port approrisionnait tout le littoral de son fleuve, tandis que ses marins entretenaient des rapports suivis avec Bordeaux , la Rochelle, TEspagae, l'Angleterre et les peuples du Nord. Parmi les navires qui remoBtaient alors jusqu'à Nantes , on ne voyait pas encore de trois-mits , ni même de vaisseaux dont le gréement fût compliqué; mais beaucoup de barques ayant une cabane à chaque extrémité , beaucoup de barques pontées de forme simple , et des navires d'un plus fort tonnage destinés à ce que nous appelons aujourd'hui le grand cabotage. Ceux-ci avaient-ils pour toute voilure un tapecul , un taillevent surmonté d'une voile de hunier , une misaine et un phoque , on mène une simple voile latine ; c'est ce que nous n'oserons pas décider. Ds reste , chez nous , comme dans les antres villes commerçantes , 1*«sage avait consacré la coutume de rendre les étrangers solidaires des dettes de leurs compatriotes , et le droit de représailles pour les pirateries; mais rien ne rappelle l'audace et le génie aventnreox des marins nantais.

L'introdaction de la boussole , de la poudre à canon , du papier de chiffons , découyertes anciennes que le XIV.* siècle s^appropria , dut nécessairement modiûer beaucoup les habitudes du temps et produire un ébranlement social. L^emploi populaire de la boussole entraînait ^ comme conséquence nécessaire , de grands progrès dans la navigation , et , par siiite , dans le commerce arec les nations étrangères.

L'usage de la poudre à canon , si maudite des hommes-d'armes , eût pour effet de détruire peu à peu la chevalerie attaquée déjà dans ses tournois par TarcheTÔque de Tours. Adieu donc, noble école d'honneur et de discipline morale! Adieu , source trop vantée de courtoisie et d'humanité ! La tactique militaire va changer , le courage individuel va perdre de son prix , la force physique ne sera plus qu'un faible élément de succès , la guerre va devenir plus savante et se lier davantage aux progrès de l'esprit humain , les armées deviendront aussi plus coûteuse, et la richesse > fruit du travail et de l'économie laborieuse , assurera de jour en jour une plus grande prépondérance aux pays civilisés. Le papier de chiffons , de son c6té , cette importante découverte à laquelle on n'a pas pris garde , va bientôt multiplier les livres et donner naissance à l'imprimerie; mais comment dire l'introduction , dans notre cité , de la poudre et surtout de la boussole et du papier? Aussi peu intelligents sous ce rapport que les autres princes, nos ducs n'ont pas consacré la mémoire de ce bienfait , quoiqu'ils aient tenu registre de tous leurs actes , si peu importants qu'ils fussent. Cependant la puissance sacerdotale , loin d'être brisée , n est pas môme affaiblie ; l'humanité a beau protester par les ravages des pastoureaux et par la jacquerie contre les misères du peuple, il faut encore qu'elle emprunte les habits de l'époque et se fasse dévote pour arriver à l'affranchissement des classes laborieuses. Aussi , chaque jour , elle exprime son amour pour l'étude et -sa sympathie pour les souffrances , par des fondations de monastères , d'aumôneries , d'institutions pieuses , en môme temps qu'elle emploie le pouvoir de la prédication et de la confession à moraliser les diverses classes de la société. Mais cette civilisation encore faible, dont nous allons suivre les premiers pas , va succomber , en quelque sorte , à chaque instant, sous les fautes du passé. La guerre ayant été la seule pensée des siècles précédents , les chefs n'avaient eu aucune prévision d'avenir. Maintenant^ qu'une plus grande stabilité va donner du développement au commerce et à l'industrie , la popu-

lation , qai ne sera plus émondée aussi fréquemment par le far , sera excitée à pulluler, à se presser dans des yiUes aux rues sales, tortueuses, privées d'air ainsi que de lumière; de là^ des causes breuses d'insalubrité , jointes à un excès de la producUoD hommes sur la production alimentaire; de là, des famines et des maladies pestilentielles qui se succéderont, mais en décroissant. Chaque jour aussi nous verrons le Tiers-Etat gagner du terrain et marcher de conquête en conquête à Taffranchissement de la boorgeoisie qui , elle-même , à son tour , devenue classe privilégiée , Mbliera peut-être, comme le clergé du moyen-àge, la coopération de peuple à sa puissance , pour constituer une noblesse d'écus plus fièie encore que la noblesse d*aïeux, et préparer, soit pacifiquement par son intelligence, soit révolutionnairement par ses fautes, Tcntier affranchissement du peuple et Tassociation des travailleurs.

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