‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 15 sur 64 · QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

QUINZIÈME SIÈCLE

^pRÈs la mort de Jean IV , la duchesse de Bretagne s'empressa de faire un traité avec Jean , comte de Pcnthièvre , fils de Charles-defilois, et Olivier-de-Clisson , connétable de France, dans le bat d*éviter les troubles que la minorité de son fils eût pu faire naître. — L'année suivante , clic fit couronner , à Rennes , le jeune prince. Cetaiten 1401 , année tristement célèbre dans nos annales; car elle rappelle le souvenir d'une épidémie qui commença en atril pour ne finir qu'à la Toussaint, et d'un coup de vent qui, le 3 juillet, peu après le lever du soleil, démantela les murs de ville^ renversa, les grosses chari>entes qui les fortifiaient , plusieurs gros arbres da cimetière de Saint-Pierre > et la plupart des cheminées.

£n 1402, la duchesse épousa, par procureur , le roi d'Angleterre» et confia la tutelle de son fils à Philippe-de-Bourgogne, an grand déplaisir des barons. Avant de partir pour l'Angleterre , elle accorda aui bourgeois de Plantes le privilège de percevoir , pendant tonte sa vie , deux sous par muid de sel , de blé et d'autres marchandises passant sous les ponts , et les autres impôts destinés à leur réparation, tels que le produit de la pêche du dimanche.

La Bretagne > et principalement le comté de Nantes, furent affligés, en 1404, d'nne grande mortalité; mais, au dire de Tabbé Le Baud> « le jour de la translation de Saint-Martin, qui est le quart » du jour du mois de juillet^ s'assembla le clergé de Nantes qui fit » une procession moult solemnelle et dévote ; car clercs et laïcs » étaient tous nuds-pieds et confés^ et portaient les reliques des » Saints par toutes les églises de la cité^ après laquelle procession » cessa le mal sur terre et au pays. »

La duchesse, en montant sur le trône d'Angleterre, n'avait pas oublié ce qu'elle devait à son ancien époux ; aussi vit-on arriver à Nantes, en 1405, des ouvriers anglais qui venaient y construire le tombeau de Jean IV , surnommé le Conquérant , dont ils apportaient avec eux toutes les pièces. Ce tombeau > ouvert depuis en 1733, et détruit entièrement en 1793^ était en albâtre, ainsi qu'un grand nombre des sculptures de cette époque; pendant long-temps il servit de support aux livres de chœurs; leurs couvercles de bois, armés de fermoirs de cuivre à gros clous , usèrent la statue et surtout la figure du duc , dont il ne restait plus que la moustache eu 1707. — Cependant Ton doit vivement regretter la suppression entière de ce monument.

Ce fut encore en 1405 que Jeanne-de-France, épouse du duc, fit son entrée solennelle à Nantes; un incendie signala l'arrivée de cette princesse.

Un autre incendie , qui eut lieu quelques mois après , détruisit une partie du toit de la cathédrale. « L'on cuida, dit Le Baud^ que » l'église de Saint-Pierre fut arse et le feu print à la poumette du » clochier, et fût le jour de Saint-Clair, et furent plusieurs à la » poumette et un couvreur alla le premier et fut brûlé , sçavoir est » Jean Lucas. » Ce fut aussi dans cette môme année que l'évoque Henry-le-Barbu fit hommage au duc du temporel de l'évéché , après avoir pris conseil du chapitre.

Le synode de 1405 , assemblée que l'on appelait alors le Senne , publia ses statuts en langue vulgaire. L'un d'eux déclarait sa juridiction supérieure à celle de Févéque qui ne protesta points ce qui prouve que c'était à bon droit ; un antre défendait , sous peine de cent sous d'amende et d'excommunication, de jouer et de danser dans les églises et les cimetières.

En 1406 , nouveau synode qui prescrit aux curés de tenir des

registres de baptêmes > et de les soumettre à la yisite de révéqna cm de ses commissaires. Cette importante amélioration fot-elle tée ? Nous no pouvons Taffirmer , les registres de cette époque n*i tant plus. Ce fut cette même année qae le doc établit à Goemde les Frères prêcheurs , moyennant une indemnité de 4000 livret m rhapitre du lieu.

Depuis long-temps les ducs de Bretagne reconnaissaient qoe la ville do Nantes avait une très-grande influence sur le comté Nantais et le reste du duché ; aussi regardaient-ils comme avantageux h leurs intérêts de se faire aimer de ses habitants. Go fut dans cette opinion que Jean Y concéda, en 1407,auY bourgeoisde Nantes^ une exemption de fouages pour tous ceux qui habitaient Tenceinte des mimij privilège ((ue ses successeurs étendirent aux habitants des fanbonrgi ; un jaugeur juré , afin que les pièces de vin eussent toutes la même contenance , et une foire franche de 15 jours. — Les bannies d*ap-> propriement se faisaient alors aux Changes , et la chapelle do château était consacrée aux grandes cérémonies religieuses qui concernaient le duc ou ses parents.

Jamais époque ne fut plus féconde en améliorations et en créations de toute espèce que celle qui nous occupe ; aussi aurons-nous à enregistrer, à côté des événements survenus dans notre ville > de nombreuses innovations, consécration des libertés acquises* on germe des franchises qui naîtront dans les siècles suivants.

En 1410, Gilles-de-Biest reçut ordre de choisir, parmi les habitants, un nombre suffisant d*horames pour garder les portes de la ville et de les salarier convenablement. Ce fait remarquable est la première trace que nous trouvions dans V Histoire de Bretagne de inorganisation d'une sorte de garde bourgeoise. La même année, nn des évêques les plus respectables que notre ville ait possédés, Henryle-Barbu, défendit, lors des nenvaines, de passer la nuit dans les églises. Il était difficile de tolérer plus long-temps une habitude qqi permettait h dos personnes do différent sexe de passer ensemble neuf nuits au sein d'une obscurité presque complète , sous le pieu prétexte de solliciter la divinité par de ferventes prières. La sage mesure du prélat coupa court aux actes de libertinage qui se commettaient sous le manteau de la religion dans les lieux consacrés an culte.

Le couvent des Jacobins , alors assez récent , fut brûlé vers cette époque.

» Le dixième iour d'auril , sur les dix heures du soir, le feu prit au Gouuent des frères prédicateurs de Nantes , de telle yehemence , qu*en moins de quatre heures, Téglise, la sacristie, les dortoirs, et la plupart des édifices furent réduits en cendre , auec perte des ornements de la sacristie, et ustensiles, tant de l'église que du conuent; entr'autres pertes la tombe de cniure où gisoit feu R. P. en Dieu frère Simon de Langres , jadis général de Tordre , et éuesque de ISantes , fut fondue. Le duc lean fit réparer les murs de l'église , et lemboisement^ lambris et vitraux; Messieurs de la ville firent rebastir les dortoirs , et les chaires et garnitures du chœur ; et les seigneurs de la maison du duc firent faire le clocher et donnèrent les cloches; de sorte que Fan mil quatre cens treize, le dix-neufième iour d'octobre , ce prélat dédia Téglise en grande solennité. » (Albertde-Morlaix.)

En 1411 , Jean Y , qui avait vu par lui-même en France combien il importait aux princes de s'attacher le peuple, s'ils voulaient résister à l'oligarchie des grands vassaux , confirma , par lettres-patentes du 21 février, le privilège accordé par son père aux bourgeois , de nommer un ou deux procureurs chargés de veiller aux afi'aires communes , avec droit de police sur le pain ; il les autorisa aussi à faire établir sur le Port-Maillard une horloge publique destinée à la ville et au château. C'est la première dont il soit question dans nos annales.

En 1412, Gilles-de-Bretagnc , frère du duc, fut enterré au chœur delà cathédrale , dans le tombeau de Jean lY. Ce fut cette année que les paroissiens de Sainte-Croix obtinrent du duc, moyennant quelques sous de rente, un terrain touchant à leur église, dont ils ont fait un cimetière qui existait encore dans le siècle dernier. D'après Travers , il y avait alors au prieuré de la Madeleine un collège de chanoines réguliers dont le chantre dirigeait une école de musique, et le scol astique une école de grammaire pour la jeunesse. Le même auteur rapporte qu'il existait à Nantes , à cette époque , sept hôpitaux : celui de IV. -D. , hors des murs ; celui de Saint-Lazarre , sur les Hauts- Pavés; celui de Toussaint, sur les Ponts; celui de N.-D. -de-Pitié, rue du Port-Maillard; celui de Saint- Julien , près la collégiale ; celui de Saint- Jean , près les Cordéliers; enfin celui de Sainte-Catherine , au-delà de l'Erdre. Ceux de Saint-Jean et de Sainte-Catherine ont formé , jusqu'en 89, une commanderie de Malte ; celui de Saint-Julien s'est éteint , et notre HOtel-Dieu actuel a absorbé les autres.

Noas remarquerons qa'à cette époque de paix et de prospérité , le denier 20 était le taux légal de l'intérêt , et que les particuliers ne pov* vaient rependant placer leur ar^çent qu'au denier 12.

L'on fait remonter à 1412 la fondation de la Psallette instituée dms le principe pour deux maîtres et six enfants de chœur. Une grande mortalité si^o^ala celte année ; la suivante nous rappelle un débordement de la Loire , dans lequel le fleuve s'éleva de 24 pieds au-desn» des basses eaux : Vertais , Ricbebourg , la Fosse , et tous les lleox bas de Tancienne ville furent inondés, ce qui occasionna un grand nombre d'accidents ; mais le duc semblait avoir à cœur de faire oublier à h ville les désastres que trois mois de pluie lui avaient causés ; ses lettrespatentes du 18 mai confirmèrent aux habitants le privilège de rendre seuls h ISantes, le vin et les étoffes; il défendit aux tanneurs et aux corroyeurs de vendre du vin en détail , et fit tous ses efforts ponr fonder une Université. ]\os annales donnent aussi la même date k Tinslitution de la confrérie de Sainte-Véronique , dans laquelle entrèrent le duc et les plus grands seigneurs de la cour.

Le clocher de la Cathédrale , dont nous avons déjà parlé , fut brûlé en 1415. La collection du chapitre raconte ainsi ce fait: « Le » jour de ]\otre-Dame ardit la pointe du clochier de Saint-Pierre de » Nantes et fust entre mcnuy et une heure et fust cette année abattn » tout le clochier et fust commencé h faire de pierre Tan ensuivant et » assit la première pierre Uenry-le-Barbu , évesque de Nantes et le » sire de Quellenet. 0 grand solempnité le vingt-neufième dn jour » du mois de juillet Tan MCGCGXV. »

Saint-Vincent Férier, de Tordre des Frères-Prêcheurs , dont la ville de Vannes honore la mémoire, fit une mission en Bretagne , en 1416» à la sollicitation du duc Jean ; il était â Nantes pendant le carême, et prêcha dans le cimetière de Saint-Nicolas. Le ci-devant couvent des CouêU se glorifiait, dit Guymar, de posséder sa calotte , sa ceinture et quelques lettres écrites de sa main. Une décision de Henry-le-Bariw de la même année , défendait les chelevallis (charivaris) sons peine d'excommunication et de 10 livres d'amende. Ce digne prélat nionmt Tannée suivante, et fut enterré à la Cathédrale > dans la chapelle de Saint-Pierre, appelée depuis chapelle de Saint-Félix; il eut pour i cesseur Jean III de Châteaugiron.

En 1420, le comte de Penthièvre s'empara de la personne de Jean y , dans le but de s'approprier plus tard le duché. Mais le sort des armes lui ayant été contraire, il fut obligé de relâcher le duc, auquel lui et les siens avaieut fait souffrir mille tourments pendant sa captivité. Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de raconter cet épisode si dramatique de l'histoire bretonne ; mais nous devons faire observer que le comte de Penthièvre était le plus puissant des vassaux du duc, quMl était soutenu secrètement dans ses prétentions par le dauphin de France , et que les bourgeois de Nantes contribuèrent puissamment par leur fidélité â conserver la couronne â leur prince. Moins oublieux que tant d'autres, Jean Y n'eut rien de plus pressé, au sortir de sa prison , que de témoigner sa reconnaissance à ceux qui l'avaient servi , et les INantais reçurent bientôt un témoignage non équivoque de sa gratitude. Par ses lettres du 19 septembre , il leur accorda « que » les bourgeois et habitants de IVantes, ou quoique le soit la maire )» et plus saine partie puisse eslire toutes les fois qu'il leur plaira , n dix ou douze de notables bourgeois et sulfisans de ladite ville , les- » quels, ainsi eslus en public et sans contradiction, ayant puissance » de ordonner et establir procureurs un ou plusieurs pour eux et pour » tous autres bourgeois et habitants de ladite ville et leur donner telle » puissance et autorité pour la poursuite et deffense des causes et af- >» faires du commun de ladite ville comme ils voiront l'avoir à faire. » — Le duc prorogea aussi à la même époque , en faveur des Nantais , le droit de prélever la dime sur les vins qui seraient détaillés dans leur ville sur la représentation qui lui fut faite que ceux prélevés jusqu'alors n'avaient pu suffire à payer la démolition de Ghantoceau et la construction de la tour du Port-Gommuneau.

Jean Y mit la même exactitude à s'acquitter des vœux qu'il avait faits en prison. Dans sa frayeur, il avait promis de donner son persant d'or à IXotre-Dame-des-Garmes de INantes ; s'étant placé tout armé dans une balance , il fit charger l'autre , et cette promesse , qui caractérise le siècle oti il vivait , lui coûta 380 marcs 7 onces d'or , il envoya le même poids d'argent à Saint-Yves de Tréguier, et des dons considérables en argent et en cire à Saint-Pierre de Yannes, à Notre-Dame-de-Bazon , à Saint- Jean d'Angely; il avait encore fait d'autres promesses , comme de ne plus lever de tailles de fouages et de subsides sur son peuple, et d'aller â la Terre-Sainte; mais le Pape l'en releva. Peu importait au Saint-Père que les Bretons fus-

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sent ou non taillés par lear chef; quant au voyage de la Terre- Sainte , il le commua en une aumône de 10,000 écos dont 5,000 devaient lui être envoyés à Rome. — Guymar fait remarquer que le plus coûtent des vœux du duc devait profiter aux Carmes, et que ce prince avait pour confesseur un moine de cet ordre nommé Violet. — L'or fourni en cette circonstance par Jean Y servit à payer me ima^e en or de Notre-Dame , vis-à-vis de laquelle il était représenté k genoux et de grandeur naturelle. De Tautre côté , Ton mit m bas-relief d'argent représentant le château de Ghantocean, oft ce prince avait été détenu. Ce monument fut placé sur Tante! de l'Egliie des Carmes. Il y demeura jusqu'au règne de François L«r qui s*ee empara pour faire battre monnaie et dédommagea les religieux par des rentes.

a Pendant la captivité du duc, l'empereur Sigismond Aogiute croy ant que ceux de Pontie vre le feroient mourir, enuoy a vue ambassade vers la duchesse, à Nantes, pour la rechercher de mariage, et lojr enuoy a vn riche drap d'or en présent r La duchesse récent le présent^ mais renuoya froidement les ambassadeurs : le duc estant arriné & Nantes , elle luy conta ce qui s'estoit passé , et luy montra ce drap d'or ; le duc prisa beaucoup la pièce ; mais , indigné contre Tenipereur , qui, au lieu d'offrir ayde h sa femme pour le délivrer, la recherchoit de mariage luy encore viuant , il voulut faire brûler ce drap d'or; mais frère lean le Danteuc,son confesseur, se trouna là» lequel remontra à son altesse la pauureté du conuent de son ordre des Frères-Prescheurs , dont les ornements furent brûlez en Tincendie de 1410. De sorte que le duc luy donna ce drap d'or, dont furent faits les premiers et plus riches ornements qui s'y voyent encore , armoyezdes pleines armes de Bretagne supportez d'anges. (Àlberi^dê- Morlaix.^ »

Les Penthièvre n'ayant pas rempli les conditions de leur capitulation de Ghantoceau , Jean Y, à la suite d'un arrêt, s'empara de leurs biens. Le chapitre, qui manquait alors d'argent, lui en réclama 350 marcs prêtés à Gharles-de-Blois qu'il destinait à la réédificatiOB du clocher de la cathédrale. Le duc , persuadé que celui qui hérite des propriétés doit payer les dettes des anciens propriétaires , se fit un devoir d'acquiescer à leur demande.

L'année suivante (142t2) , ce prince postula pour être reçu dans la confrérie de Toussaint , fondée sur les Ponts par Charles-de-Blob,

pour payer sa bienvenue , il accorda à l'hospice de ce lieu le droit d'élablir sur la Loire un moulin à eau sous 1er pont le plus roisin. —

L'on évaluait alors à 6 livres 10 sous le tonneau de froment ou 13 sous le setier (1) valeur moyenne; le marc d'argent était h 8 livres 15 sous, d'où il résulte que l'argent valait environ 8 fois plus qu'il ne vaut aujourdhui. Les messes basses, appelées messes h compter, se payaient 2 sous 6 deniers.

L'établissement d'une garde bourgeoise à Nantes entraînait l'armement des communes, qui eut lieu en 1425. Ces deux faits correspondent à l'aflfrancbissement définitif des bourgeois dans les villes et des paysans dans les campagnes. Gomment comprendre , en effet , que la servitude puisse exister long-temps , lorsque ceux qu'elle opprime ont en main les moyens de s'y soustraire ? Nous remarquerons, en passant, que le duc, en fournissant des armes au peuple, attaquait trës-babilement , peut-être cependant à son insu , le pouvoir de ses grands vassaux. Les tourbes, habitués à sonfifrir du joug féodal qui les serrait de près , devaient nécessairement bénir et regarder comme l'instrument de la providence un prince qui leur accordait quelques franchises. — La ville de Nantes, qui n'était pas soumise au fouage, accorda en 1427 à son duc, pour la rançon de son neveu prisonnier en Angleterre , une somme plus considérable que celle qui eût été fournie par l'impôt. Mais il y eut échange de attrvice ; car , l'année suivante , Jean Y fit réprimer par une compagnie d'archers et de gens d'armes les Graonaîs dont les rapines entravaient le commerce de la Loire. Nous voyons aussi, par une ordonnance de la même date , qu'il défendit aux marchands forains dont la concurrence ruinait les Nantais , de vendre en ville les autres jours que le samedi. Cette mesure pourrait être blâmée aujourd'hui ; mais alors elle était sage et prudente. Le prince ne s'en tint point h : désireux du bienêtre de ses sujets , il conclut l'année suivante avec Alphonse , roi de Gastille , un traité de commerce destiné à sanctionner et à régulariser les relations qui existaient entre Nantes et Bilbao. Telle est la première origine de cette alliance commerciale connue sous le nom de contractation , qui a été long-temps l'une des sources de prospérité de notre port. Il est digne de remarque que , par le traité

(1) Preuves de X Histoire de Bretagne , page 987.

de Jean V, révéque fut investi dn pouvoir consulaire Tis-Sh-Tif des Espagnols établis à INantes.

C'était depuis long-temps la coutume de promenée , nos par les rues et de porter ensuite sur Tautel de la cathédrale où on les aspergeait d*eau bénite , ceux que Ton trouvait au lit le lendemain de Pâques, et de mettre à Tamende ceux que Ton y trouvait le !••' mai. Cet usage fut aboli en 1431 par le concile provincial , qui se tint à Nantes sous la présidence de Philippe-de-Goetqnis , archevêqne de Tours. La fête des fous , cérémonie scandaleuse vraiment digne de son nom , fut supprimée à la môme époque , ainsi que le droit qœ les archiprétres s'étaient arrogés depuis long-temps sur le lit des curés décédés. Cependant f année suivante , ies gentilshommes de iseigneur le duc le prinrent au lit et le rançonnèrent , et quelques plus tard son fils éprouva le même sort dont il ne s'en tira quem lent baillant quatre cent^ écus. Les coutumes du Carnaval succédèrent à ces habitudes comme pour montrer que les hommes sont de grands enfants , et que , de temps à autre , il leur faut quelque folie pour les distraire.

Toutes les réformes sont solidaires entre elles. Les questions politiques et les questions religieuses sont intimement liées; aussi Ta née 1431 , signalée au souvenir des Nantais par un concile quable , le fut-elle encore par les plaids généraux qui se tinrent, poor la première fois, dans leur ville. Le sénéchal Pierre-de-L^HdpitAy «[ui les présidait , fit consigner sur un registre tous les privilèges accordés aux Nantais par les ducs. Du temps de Gujmar, il en eiis» tait à la ville une copie sur vélin ; mais elle a disparu depuis.

Le duc, en 1434 , jota les fondements d'une nouvelle cathédrale beaucoup plus spacieuse que Tancienne. La première pierre do portail fut posée le 14 avril, comme nous l'apprend cette inscription placée sur la grande porte :

L'an mil quatre cent trente-quatre A mi avril sans moult rabattre , Au portcl de cette église Fut la première pierre mise.

C'est ainsi que Jean Y , prince très-peu brave et doué d*nne m^ diocrc intelligence , faisait marcher de front tout ce qui pouvait amé^ liorer le sort moral , physique et intellectuel de ses sujets , tant il est vrai que la bienveillance et les autres qualités du cœur sont bien

préfërablos , dans ceux qui gouyement, aai qualités de Tesprit, surtOQt quand celles-ci ne sont pas associées à des instincts purs et généreux.

Le pontife accorda des indulgences à ceux qui contribueraient à la construction de la cathédrale , dont le duc poussait les travaux avec activité. L'année suivante > la ville fit commencer, au bas de la place duBouffay, une maison où se tinrent d'abord ses réunions, et qui fut ensuite transformée en arsenal sons le nom de Maison des Engins; elle existe encore aujourd'hui , et se trouve vis-à-vis le château du Bouffay ; le numéro 2 qu'elle porte peut servir à la faire reconnaître , les croix de pierre qui divisaient les fenêtres , et les cariatides qui ornaient sa façade ayant disparu , les premières, dans le siècle dernier ; les secondes, depuis 1830. — La fondation de Saint-Yves, dans la rue des Halles, et le procès du fameux Gilles-de-Retz, signalèrent les dernières années du règne de Jean Y, qui mourut en 1442 , an manoir de la Touche , devenu depuis la maison des Irlandais (rue Penthièvre) , où il s'était fait transporter pour changer d'air.

Gilles-de-Retz appartenait à la plus illustre noblesse de France et de Bretagne : « était extrait (disent nos chroniques dont notre récit » ne saurait remplacer le tour naif) de grandes et anciennes maisons * n comme de Laval , de Roucy , de Montmorency , de Rays et de 9 Graon ; item était seigneur de plusieurs nobles seigneuries et de » grande valeur; item fut marié h dame Catherine de Thouars , » dame de Pouzeauges ^ Tiffauget , Chamôetiaû , Confolens , Château- » Morand j Savenay , Lombert, Gret-^vr-Maine et plusieurs belles » terres valant vi à vu mille livres de rentes (environ 300 mille » francs , valeur actuelle) ; item tant â cause de plusieurs successions » que dudit mariage échurent audit Gilles plusieurs biens meubles » valantz bien cent mille escus d'or. Ainsi , outre les dits biens » meubles , il tenait en grosses baronies 30 mille livres de vray » domaine ; item à cause de son office de mareschal de France , » avait de grands gages et pensions du roy , avec plusieurs dons » gratuits ; ainsi avait à despenser , par chacun an , 40 ou 50 mille » livres ou plus. Ledit Monsieur Gilles^ après le décès de son père , » print l'administration de son bien et en usa h son plaisir , leva un » état trop plus grand que cetuy n'appartenait, comme de 200 » hommes à cheval > et tenait une chapelle de chantres en sa maison, » quelque part qu'il allast , en laquelle il avait de 25 à 30 personnes.

n tant enfants, chapellains, jennes clercs qne antres; les menait » avec luy quand il allait par le pays, tellement qn*il tenait en sa » maison , k cause de ladite chapelle , plus de 50 honfmes k ses dea- » pens et autant de cheyaux. Item avait en la chapelle quantité d*(w^ » nements de drap d'or et de soye , chandelliers , encensoirs , croix , » plats, etc., de grande sumptuosîté qui coustaient trois fois plut qnlls » ne valaient , avec plusieurs paires d'orgues , une desquelles il » faisait porter h six hommes avecque lui , et souvent lui coustiit » Faune de drap d'or 60 ou 80 écns qui n'en valait pas 25, et mie ') paire d'orfrays 3 ou 400 escus qui n'en valait pas 100. Item fai- » sait en ladite chapelle doyen, chantre, arcediacre, vicaire, mafstre » escole comme aux cathédrales avecque un qui se portait et appe- » lait év6<iue, payant aux uns 400 escus , aux autres 300 ; les vêtait » de robes traînantes d'escarlate ik fine panne et fourrure , et elia- » peau de chœur de fin gris , doublé de fin menu , et en leur ser- » vice n'estait que vanité sans dévotion ni bon ordre. Item envojra » plusieurs fois chez le pape pour obtenir que ses chantres fussent » mitres comme prélats ou comme les chanoines de l'église de Lyon. » — Faisait des dons excessifs en des dépenses en vin , viande , hyp- » pocras, à tous ceux qui voulaient boire et manger, et que ceox » qui avaient le gouvernement de sa maison vivaient en grands sei- » gnenrs pendant qu'il n'avait souvent que boire ni manger, qnand » il voulait aller dîner. Item faisait faire jeux, farces, morisqnes , » jouer mystères à la Pentecosle et à l'Ascension sur de hauts édiaf- » fauds sous lesquels était hyppocras et autres forts vins comme en » une cave. — Item ledit M. Gilles constitua un nommé de Brioqpw- » ville, son procureur , avec pouvoir de marier feu Madame Blarie- » de-Retz qui était alors en l'Âge de 4 ou 5 ans> à quel homme ^ » bon semblerait audit Bricqueville , au lieu qu'on n'a coostnmede » marier les filles issues de si haute noblesse qu'avecqne raaaanfU» » ment de leurs parents et amis. Item s'étant mis en tête de pam- » nir à grande et excessive chevance , s'entremit de faire alqneni^ » cuidaut atteindre la pierre de philosophe, envoyant en AUemagm et » autres lointains pays pour trouver des maîtres de cet art et bit yy venir un nommé i>I. Ânth. , de Palermes, en quoi il feit de mo«lt » outrageuses despenses qui ne lui firent aucun profit. Item qn*n n chacun cognaissait qu'il n'avait sens ni entendement. Item » dait plus en manière de fol et d'insensé qu'autrement. liem

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Xy.« SIÈCLE. 113

» troave qa*il a rendu et aliéné , etc. , etc. — Ponr oss raisons , le » roi , dûment informé et acertainné du mauvais governement dudit D sire de Rays , lui fist eu son grand conseil interdiction et défense ii ne aliéner ses terres et seigneuries. »

Le procès du maréchal de Retz établit qu*il s'occupa de sorcellerie et de magie. Ce procès fut fait à la tour neuve du château de Nantes, par Tévéque du lieu, chancelier de Bretagne, par frère Jean Blouin , vicaire de frère Jean Merri , inquisiteur dans le royaume de France , pour les crimes d'hérésie , de sortilège , de sodomie , et au BoufTaj, par le président de Bretagne , pour tout ce qui était de sa compétence. Les procès- verbaux qui en restent , établissent que le maréchal avait sacrifié plus de cent enfants à sa lubricité avant d'être mis en arrestation ; car c'était malheureusement dans les souffrances de ses victimes que cet homme dépravé trouvait ses plaisirs. Dans ses premiers interrogatoires , Gilles voulut traiter ses juges avec hauteur; mais il fut bientôt convaincu. L'arrêt porté contre lui le condamnait à être brûlé vif. Le duc , en considération de sa naissance et de son repentir , permit quMl fût étranglé auparavant, et que ses restes fussent déposés en terre sainte. — L'exécution dn maréchal eut lieu le 25 octobre , en présence d'une grande multitude sur la prairie de la Madeleine; des demoiselles de charité emportèrent à l'église des Carmes son corps à demi-consumé par les flammes , et le firent inhumer dans la chapelle de Notre-Damede-Lorette. On voit encore aujourd'hui , sur les Ponts , en face de l'Hôtel de la Boule-d'Or , les restes d'un monument expiatoire élevé snr le lien du supplice de GilIcs-de-Retz. C'est une niche dans laquelle se trouvait la statue de la Vierge entre Saint-Gilles et Saint- Laud ; elle est connue vulgairement sous le nom de Bonne Vierge de Crée-Lait qu'elle a conservé , quoique les statues qu'elle renfermait n'existent plus. Une croyance populaire lui accorde la vertu de donner du lait aux nourrices, et l'on y voit de temps à autre du beurre et d'autres ofi&andes.

François I." , duc de Bretagne , fils aîné de Jean V, lui succéda. Ce fut ce prince qui fit périr en prison Gilles-de-Bretagne, son frère. Le récit des intrigues qui amenèrent ce crime ne saurait trouver place dans un ouvrage consacré à la ville de Nantes spécialement; mais la mort de Gilles ayant été suivie de celle du nouveau duc , nous croyons devoir en parler.

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Depuis long-temps le jeune fils de Jean Y était enfermé aa ckiteau de la Harduynais, sous la garde de son mortel ennemi Arlhnrde-Montauban , lorsque François I.'^ , qui recevait fréquemment det lettres injurieuses écrites au nom de son frère par un misérable faussaire , exprima le vœu t/ue M, Gilles fût bienlôt en Paradis.

A cette époque , un pareil vœu , manifesté par le duc de Bretagne, pouvait passer pour un arrêt de mort. Olivier-de-Meel et Jean Uin* gaut le comprirent ainsi; mais ce dernier, qui n*ignorait pas qana prince n'est jamais coupable , et que les instruments de ses criniei doivent seuls en iH>rter la faute , s'empressa de prendre la fuite. — 01ivier-de-I\leel alla jusqu'au bout, et Gilles fut empoisonné. Sa constitution robuste ayant résisté > ses bourreaux résolurent de le faiie périr de faim, et le privèrent, pendant plusieurs jours , de nonrrlture. Le cachot du prince donnait sur la campagne^ et ses gémissements furent entendus : une vieille femme lui apporta du pain noir et lui amena un cordelier qu'il avait demandé pour receroir sa confession dernière. Gilles^ après l'aveu de ses fautes > le chargea d'aller trouver son frère et de le citer à comparaître devant Dieo dans cinquante jours. Peu de temps après que sa mort fat connue , l'on apprit que ses ge<>liers , impatients de le voir succomber , l*avaient étranglé avec une serviette. Le moine , alors fidèle k sa fn^ messe, partit pour Saiut-Micbcl, où se trouvait François !.<', leimt à l'écart , lui fît la sommation dont son frère mourant l'avait chargé, et disparut, laissant le duc en proie â la plus vive anxiété, tounnenlé par le remords et surtout par l'effet de cette sommation terrible , à l'influence de laquelle il était impossible qu'au Xy.« siècle le fils d'un prince dévot pût se soustraire. François L'' revint en Bretagne, et mourut çrès de Vannes au bout de trois mois.

Il y a lieu de s'étonner qu'aucun artiste , dans notre ville , n*ait cherché à mettre sur la scène quelques-uns des faits historiques de la province. La mort de Gilles est un sujet qui prête , et dont on pourrait tirer parti pour faire des tableaux , un drame, un roman historique et surtout un opéra.

Quelques faits du règne de François L<' font connaître Te^rit du temps et la topographie de notre ville; nous allons les passer en revue.

Le maître maçon de Saint-Pierre , nommé Mathelin , reçut 65 sons pour la portraiture et devis du pourtal de Saint-IVicholas. — La

pelle de Bon-Secours fat fondée par Alain Ragemont' et Jeannette Philippe , sa femme , qui en firent nne chapellenie. — L^économe de rhospice faisait filer les gardes-malades an profit de rétablissement , dont le régime était très-sévère , puisque Ton ne donnait aux malades que du poisson les mercredis , vendredis et samedis, et que Ton nV faisait usage en carême ni d'œufs, ni de viande. — Un pont en ardoises joignait le Port-Maillard au boulevard : sur ce pont se trouvait une horloge ; un connétable et des portiers étaient affectés à la garde du pont et de la barbacane. — Le pont de la Poissonnerie était connu sons le nom de Rote-Ghalandière.

Parmi les travaux de cette époque , nous citerons la barrière de la chaussée des moulins Coûtant , Téchelle de pierre de la tour de Sauvetout , qui était presque terminée ; la tour de Pirmil ; Tarche du Gaé-Moreau ; Téchelle de pierre de la tour neuve de Saint-Pierre ; la reconstruction du pont de Saint-Nicolas ; la réparation du pont couvert qui conduisait au Port-Maillard ; Tagrandissement de Téglisede Saint-Nicolas, dont la paroisse ne contenait alors que 970 veufs et mariés , et la destruction de la maison de Tabbé de Pomic , sur remplacement de laquelle fut établi le cimetière Saint-Nicolas.

Pierre II fut le successeur de son frère. Ce prince était persuadé que sa maison descendait de la famille des Saints Donatien et Rogatien, patrons de la ville de Nantes, ce qui montre jusqu'à quel point les flatteurs altéraient les traditions généalogiques > dans le but de plaire aux grands. Gr^ fut lui qui fit élever la flèche de la collégiale , pyramide élancée , moins belle cependant que les flèches de qnelqnes clochers de Bretagne ; sa hauteur était très-grande , et les Nantais , qui n'avaient point d'autre clocher de ce genre, l'admiraient beaucoup. — Lorsque le duc vint à Nantes , après son couronnement, le clergé le reçut en grande pompe ; les chanoines allèrent au-devant de lui accompagnés des reliques , pendant que les cloches sonnaient à toute volée. L'un de ses premiers actes fut cependant de défendre , sous peine de confiscation de biens et de punition corporelle , de publier, fulminer et exécuter les bulles et autres écrits de Rome , avant de les avoir présentés à son conseil ; mais bientôt il se relâcha de sa rigueur envers les ecclésiastiques , fit des dons aux dianoines , prêta son appui à l'évoque dans une discussion survenue entre ce prélat et Gilles-de-Biest, seigneur de Thouaré; fonda les Saintes-Glaires sur l'emplacement de l'ancien Hôtel de Rochefort ;

134 XV.o SIÈCLE.

Depuis long-temps le jeune fils de Jean Y était enfermé aa dlteaa de la Uarduynais, sous la garde de son mortel ennemi Arlhorde-Montauban , lorsque François !.'% qui recevait fréquemment des lettres injurieuses écrites au nom de son frère par un misérable faussaire y exprima le vœu t/ue M, Gilles fût bientât en Paradis,

A cette époque , un pareil vœu , manifesté par le duc de Bretagne, pouvait passer pour un arrêt de mort. Olivier-de-Meel et Jean Uîngaut le comprirent ainsi; mais ce dernier, qui n'ignorait pas q[n'an prince n'est jamais coupable , et que les instruments de ses crimes doivent seuls en porter la faute , s'empressa de prendre la fuite. — Olivier-de-Meel alla jusqu'au bout, et Gilles fut empoisonné. Sa constitution robuste ayant résisté > ses bourreaux résolurent de le faire périr de faim, et le privèrent, pendant plusieurs jours , de noorriturc. Le cachot du prince donnait sur la campagne , et ses gémissements furent entendus : une vieille femme lui apporta du pain noir et lui amena un cordelier qu'il avait demandé pour receroîr sa confession dernière. Gilles^ après l'aveu de ses fautes > le chargea d'aller trouver son frère et de le citer â comparaître devant Dien dans cinquante jours. Peu de temps après que sa mort fut connue, l'on apprit que ses geAliers , impatients de le voir succomber , Tavalent étranglé avec une serviette. Le moine , alors fidèle à sa ptii^messe, partit pour Saint-Michel, où se trouvait François l.«r, le|irit à l'écart , lui fit la sommation dont son frère mourant l'avait chargé, et disparut, laissant le duc en proie â la plus vive anxiété, tourmenté par le remords et surtout par l'effet de cette sommation terrible , à l'influence de laquelle il était impossible qu'au Xy.« siècle le fih d'un prince dévot pût se soustraire. François l.'^ revint en Bretagne, et mourut çrès de Vannes au bout de trois mois.

Il y a lieu de s'étonner qu'aucun artiste , dans notre ville , n*ait cherché à mettre sur la scène quelques-uns des faits historiques de la province. La mort de Gilles est un sujet qui prête , et dont on pourrait tirer parti pour faire des tableaux, un drame, un roman historique et surtout un opéra.

Quelques faits du règne de François L'-^ font connaître Tesprit du temps et la topographie de notre ville; nous allons les passer en revue.

Le maître maçon de Saint-Pierre , nommé Mathelin , reçut 65 sons pour la portraiture et devis du pourtal de Saint-Nicholai. — La cha-

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pelle de Bon-Secoors fat fondée par Alain Ragemont et Jeannette Philippe , sa femme , qui en firent une chapellenie. — L^économe de rhospice faisait filer les gardes-malades an profit de rétablissement , dont le régime était très-sévère , puisque Ton ne donnait aux malades que du poisson les mercredis , vendredis et samedis, et que Ton nV faisait usage en carême ni d'œufs , ni de viande. — Un pont en ardoises joignait le Port-Maillard au boulevard : sur ce pont se trouvait une horloge ; un connétable et des portiers étaient affectés à la garde du pont et de la barbacane. — Le pont de la Poissonnerie était connu sous le nom de Rote-Ghalandière.

Parmi les travaux de cette époque , nous citerons la barrière de la chaussée des moulins Coûtant , Téchelle de pierre de la tour de Sauvetout , qui était presque terminée ; la tour de Pirmil ; Tarche du 6ué-Moreau ; Téchelle de pierre de la tour neuve de Saint-Pierre ; la reconstruction du pont de Saint-Nicolas ; la réparation du pont couvert qui conduisait au Port-Maillard ; l'agrandissement de Féglise de Saint-Nicolas , dont la paroisse ne contenait alors que 970 veufs et mariés , et la destruction de la maison de Tabbé de Pomic , sur remplacement de laquelle fut établi le cimetière Saint-Nicolas.

Pierre II fut le successeur de son frère. Ce prince était persuadé que sa maison descendait de la famille des Saints Donatien et Rogatieu, patrons de la ville de Nantes, ce qui montre jusqu'à quel point les flatteurs altéraient les traditions généalogiques , dans le but de plaire aux grands. Go fut lui qui fit élever la flèche de la collégiale , pyramide élancée , moins belle cependant que les flèches de quelques clochers de Bretagne ; sa hauteur était très-grande , et les Nantais , qui n'avaient point d'autre clocher de ce genre , l'admiraient beaucoup. — Lorsque le duc vint à Nantes , après son couronnement, le clergé le reçut en grande pompe ; les chanoines allèrent au-devant de lui accompagnés des reliques , pendant que les cloches sonnaient à toute volée. L'un de ses premiers actes fut cependant de défendre , sous peine de confiscation de biens et de punition corporelle , de publier , fulminer et exécuter les bulles et autres écrits de Rome , avant de les avoir présentés à son conseil ; mais bientôt il se relâcha de sa rigueur envers les ecclésiastiques , fit des dons aux dianoiues , prêta son appui à l'évoque dans une discussion survenue entre ce prélat et Gilles-de-Biest , seigneur de Thouaré ; fonda les Saintes-Glaires sur l'emplacement de l'ancien Hôtel de Rochefort /

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et dédommagea lerectearde Saint-Vincent , dont cette fondattoa Aminuait le casael.

Sous le règne de ce prince, qui mourut en 1437 ao diftteaii éê Vannes , le roi de Sicile , René-d'Ânjou, et son épouse , yinreot TÎsite Nantes. — La châsse de Saint-Donatien et de Saint-RogaUeB fit réparée ; cette châsse d'or et d'argent , enrichie de pierreries , était assez grande pour qu'un choriste pût y tenir avec sa dalmatiqiia. — Les droits des minihis , ou lieux d'asile , furent considérabieiMBi réduits par le Pape , dont l'évoque ne s'empressa point de faire enter les ordres. — Nos chroniques nous rapportent aussi qa*il tait alors ix la cathédrale une bibliothèque de manuscrits qoi ont paru depuis , comme la châsse de Saint-Donatien et de Saint^Bogatien , sans que l'on sache h quelle époque et de quelle manière.

Arthur III , comte de Richeraont , oncle de Pierre II , lai soooMa. Sa nouvelle dignité ne lui fit pas abandonner la charge de table de France. Sou premier acte fut de poursuivre ceux des sins de Gilles-de-Bretagne qui avaient échappé à Pierre II , ce qm prouve , comme nous l'avons fait observer, qu'en politique , les iaatruments du crime sont toujours les plus responsables , et qii*CNi iea sacrifie sans regret , lorsque l'opinion publique , au nom de la juitiee outragée, demande une réparation.

L'évéque ayant refusé de prêter serment et hommage au dac, wmb querelle survint entre le prélat et Arthur III : un procès s'en aaifit accompagné d'excommunication et d'interdit, selon les habitudes dft temps; mais le duc ne tarda pas à mourir, soit que les tracaaaerioi de révoque eussent abrégé ses jours , soit qu'il eût été empoisoBBéf comme le rapporte un auteur contemporain. — Son corps fat il auj[ Chartreux.

François II, fils de Richard-de-Bretagne, fut le soccesseur de oncle. Le nouveau duc prit la couronne en 1458 , et nomma tôt au gouvernement de ses places fortes ; puis il partit poor ReuMa» s'y fit couronner , alla trouver le roi de France près de Toon , 0t s'en revint à Nantes , où son entrée eut lieu par la porte Saint-riicolaa» Plus favorable à François II qu'à son oncle , l'évéque le rnrn— <l pour son seigneur temporel , et annula ses censures.

Le règne de François II fut signalé, dans notre ville» par de nombreuses améliorations et par une lutte constante contre la FraBoe, qui tendait de plus en plus à s'emparer de la Bretagne , pour la

an rojaome. Nous allons passer snccessivement en reyne ces deax ordres de faits.

Eo 1459 , François II , sur le conseil du Pape , consacra 5000 sa- Ivts d'or sur 6000 dont il était dépositaire à rétablissement, à Plantes , d'ime nnÎTersitë qui se composa , dans le principe , d'nn docteur en tliéologie , de 41 canonistes , de 27 légistes , 4 médecins on chimrgieos 9 et 4 maîtres ès-arts.

« On Tojait encore des lépreux à Nantes > dit Travers, et quand » on les doutait, le général de la paroisse sur laquelle ils se trou- » Talent les déférait à Monsieur TOfficial ; le promoteur intervenait ; » et, sur la contestation de la personne présumée infectée, TOfficial » ordonnait qu'elle serait vue par des médecins et des chirurgiens ; » el» sur leur rapport, la renvoyait ou ordonnait qu'elle serait ren- •• fcwiéu à la léproserie de Saint-Ladre (Saint-Lazarre) , sur les 9 Hiuts-Pavés, où la paroisse qui y avait intérêt la faisait con- » duiie. »

Bb 1460, le eoiisell du duc projeta le dessèchement du lac de OuBd-Ueu. — L*année suivante , François II fonda Taumônerie de l*&iU. Bientôt la ville fit construire par Guillaume Giraud , maître èfr-KBUvres , le boulevard de la Sausaie qui lui coûta 600 livres. En iéêêf parut à Nantes le premier almanach. En 1465, le duc et son eoMell décidèrent que chaque jour 14 ecclésiastiques et autant de atfritors seraient préposés k la garde des porter de ville , pendant la ttirit. Bn 1466, les Nantais obtinrent la permission de faire bâtir foora et mouHns ; d'avoir chez eux colombiers , aunes , boisseaux , balaiiees , etc. , sans pajer de redevances ; ils furent exemptés aussi du droit de ventes pour toutes les acquisitions faites par eux sous le llef du due ou de la Prévoté. En 1467 , le château du Bouffaj fut donné par le duc en usufruit à Guiomar , son valet de chambre. En -1468 1 fut bâtie la chapelle de Saint-Antoine de Padone , devenue déparia église des Minimes.

Lèr 18 octobre 1472 , le duc accorda pour 10 ans , aux habitants de Rtties , les droits de pavage , et le dixième sur les vins vendus en détail dans la ville , les faubourgs et quelques paroisses limitrophes , I condition d'en employer les deniers aux réparations et fortifiestloiis de la ville. La communauté des bourgeois justifia la confiance du duc en élevant deux tours , l'une sur le terrain de Sainte-Catherine , l'antre sur le râteau de l'Erdre.

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En 1476 , le chapitre de Notre-Dame consacra son église ; il j iTail indulgences plénières pour ceux qui la visiteraient le jour de la cob* sécration ; aussi Taffluence des fidèles fnt immense.

En 1477 , Marguerite mit an monde une fille qui fut nommée Anse, et qui est devenue , depuis, Tune des gloires du pays. La même wamèt la porte Saint-Pierre et les deux petites tours qui la protégeateat furent démolies pour la somme de sept vingts livres. Cette entrée fat remplacée par une porte nouvelle beaucoup plus forte. Noa annales nous prouvent que Tusage de Tartillerie devenait alors , de jonr en jour , plus commun. Nantes avait un gros canon appelé la Bombarde, cinq couleuvrines nommées Junon , Pallas , Vénus , Mélosine , h Grand-Margot (abréviation de Marguerite) , et vingt-cinq antres appelés Cordelières , probablement parce qu'elles rappelaient , fn quelque ornement , Tordre de la Cordelière , institué par la dnrheaaa ; mais cette artillerie était bien insnfiisante ; aussi Gujon-des-Landea, (ïanonnier de la ville , fut-il chargé de fondre 24 pièces de canon arec leurs boîtes : douze prirent les noms des donze mois de Tannée; iea douze autres ceux de douze prophètes. Ces canons n'étaient ipte d'un très-petit calibre , puisqu'ils n'absorbèrent que 6254 lirrea da cuivre. — Les boulets de fer n'étaient pas encore en usage , on ae servait , dit Travers , de boules de plomb appelées plombett et da boules de cuivre ; leur prix élevé força de recourir à des pianea dures et rondes. La ville en acheta à Daoulas , en Basse-Bretagw » 1800 au prix de 4 livres 14 sous 6 deniers le cent; plus tard , elle an commanda un millier dont 500 à 2 sous et 500 à 20 deniers la pièce. La commande portait qu'elles seraient fournies au 1.'^ mai, sons peine de prison et d'excommunication en cas de retard. Les boulets de la grosse bombarde coûtaient beaucoup plus cher , et revenaient à 15 sous la pièce.

Nous trouvons aussi , dans nos annales , qu'à cette époque il yarait beaucoup de vignes autour de JXantes , à Richebourg, Saint-dément, Saint-André, sur la motte Saint-IVicolas et ailleurs encore* La rue de Verdun venait alors jusqu'au carrefour de la Laiterie ; la baaae rue de la Boucherie se nommait rue de la Gouesnerie ; celle de la Cla> vurerie, jusqu'à Saint-Nicolas, rue du Bourgmain ; la ruedesHallaa était la me de la Mercerie ; celle des Carmes, la me de TÉchellerie; celles des Carmélites et des Cordeliers , la rue de Saint-Gildas et la rue Perdue. — La Saulsaie avait une halle ou une me nommée la Poissonnerie.

Ed 1478 furent posées les portes de bronze do grand portail de la cathédrale; elles représentaient en telief les apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul. L'nne d'elles portait cette inscription :

Sixte quart Téglise gouTemait L'an mil cinq cent, mis hors donze et vingt ans , François, second doc de ce nom , régnait ; Pierre , prélat nniqoe de céans , Qoand fomes mis aux portes bien séans , Ponr décorer ce portail et chief d^œoyre ; Car richement par noos se ferme et œnrre.

Ces portes n^existent plus , la dictatore populaire de 93 les a fait fondre. — Il faot reporter à la môme date le traité de commerce et de confédération entre Christiem I.«' , roi de Danemarck et de Soède , et le doc de Bretagne. Dans ce traité, le roi de Danemarck s'engageait à favoriser toutes les opérations' commerciales des Bretons , à traiter le duc en bon allié , à loi foomir des secours en cas de besoin. Quelques passages de ce traité feront connaître le latin usité à cette époque dans les actes diplomatiques:

/Vtffittifi poUicemwr quod nos surmu et erimut bonus vents et fideHs amieus consanguinei pradieU (niionnia ducis, — Ejus honorem bonam eommodwn digniiates conservaUonem pro posse curabimus , quodque nosUri sui erunt andci.

Hinc subdiU prœfati duds consanguinei nostri poterunt tute et secmre ire , redire , intrare , transire cum bonis suis et rébus et etiam eum ipsis aln quicumque ad eorum subditorum mercancias et négocia condueenda necessarii , per portus terras patrias et dominia nostra , ibigue morari mercari et convursari et cum guibus cumgue gentibus cufuscunujiue eenéitionis aut nationis fuerint.

Ce traité de commerce , qui avait pour but de créer des alliances poissantes à* la Bretagne, et de la soustraire au roi de France par le développement de son commerce, fut bientôt suivi d'un autre traité entre la Bretagne et l'Angleterre. Celui-ci était beaucoup plus libéral que toutes les transactions qui ont en lieu depuis entre la France et le royaume Britannique. Le passage suivant le fera suffisamment connaître :

« Premièrement. Que toutz marchands taunt du royaume d'An- 9 gleterre , d'Yrland et de Galays comme les marchans des pays » et duchié de Bretaigne; soient marchans de laines, de draps, de

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» toiles y de Tins, de frnictz, de cuirs , de yicUlUes, de hamoif, » d^armurez , d'artillerie , de chevaux oa autres bestiaalx oa de » quelqo'onqaes autres marchandises, leurs faiteorex ou familien » paissent senrement aleer par meer, viviers, eanx doulces et par » navieres et par terre , à pié , à chival on anstrement , en passant » d'Angleterre et dTrland on à Galays on même par les dicts paya, » tant d'une part que d'autre ensemble leurs biens et marchan- » dises , et merchander les ungs avecquez les aultres , de toutes aa- » nieres de marchandisez et mener et remener d'Angleterre, d*Yr- » land et de Galays en Bretaigne et de Bretaigne en Angletom » » Yrland ou à Galays les marchandisez, vivres, hamois, armorea» » artillerie et aultres choses quelqu'onques et que les dicts marchanda » leurs facteurs et familiers , chacun d'eulx à qui il sera néoeaaaiie » achater et avoir franchement de ceulx de l'autre port, desTiTiea » et les mener par meer , viviers et eauls doulces , par teire et en » outre la meer, les ungs aux aultres. »

D'autres articles concernaient les armes qu'il était permis d^avoir h bord , et celles que les marins pouvaient porter à terre , les vifiea et provisions, les rapports des marins avec les maîtres d'hAteUeriea« les clercs, les pellerins et les étudiants , les pécheurs, la piraterie.

En 1479, la communauté de Nantes reçut des lettres du roi» qni lui mandait d'envoyer des députés h Redon.

En 1480, l'évéque fit imprimer un Bréviaire sur vélin, fbmut in-12. L'art de Timprimerie était alors cultivé avec succès en Basae- Bretagne, aussi ce livre fut-il imprimé à Vannes; Travers penae (jne c'est le premier qui ait paru eu Bretagne et même en Enn^e. Guillaume Touzé, riche libraire de Nantes, fit les frais de linpression, et' François Henner de Hailbrun, en fut l'imprimenr; toutes ses pages, qui renfermaient quelques singularités, étaient numérotées en chiffres Arabes. Avant cette édition , les eodésiastiques de Nantes et du diocèse ne disaient point de bréviaiie ou allaient le lire à l'église , à l'aide de quelques bréviaires qn^on y tenait à la chaîne , et qui n'en sortaient pas. Saint-Nicolas en dait quatre de cette espèce , et un ordinaire ou directoire.

Les travaux de la nouvelle porte Saint-Pierre occasionnèrent» 1481 , la ruine d'une salle rectangulaire de cinquante pieds de loag sur 28 de large, à laquelle appartenaient des inscriptions qne nona avons données au commencement de cet ouvrage. Le duc institua ,

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l'imiée suivante , le tir à Tarbalète dans le bat de former d'habiles archers. La même année, il fit constroire, entre Bon-Secours et le pont de la Belle-Croix , le moulin du chapitre de Notre-Dame.

La ville , en 1486 , voulut fortifier la Fosse et le Marchix. Le duc , pour lui en faciliter les moyens , lui accorda un impôt de 10 sous par pipe de vin étranger , et de 5 sous par pipe de vin nantais. Mais cette entreprise fut au-dessus de ses forces , et elle se borna à construire les deux tours de la Poissonnerie sur remplacement d'un moulin à eau qu'elle ac<piit moyennant une rente qu'elle a rachetée du sieur Duquini en 1603.

L'année suivante moururent Marguerite-de-Foix et l'évoque Pierre Dudiaffaut ; tous deux furent enterrés à la cathédrale. François II les suivit de près et succomba l'année suivante à Gouëron.

Le règne de François II ne fut qu'une longue lutte contre la France qui faisait tous ses efforts pour s'emparer du duché de Bretagne. — Dans l'année qui suivit son couronnement , il fit célébrer , à Nantes , un tournois pour entretenir les chevaliers bretons dans l'amour des armes. Mais Louis XI , qui venait de monter sur le trône de France , et qui continua si habilement la politique de ses prédécesseurs , devait bientôt lui créer de nombreux embarras. Sous prétexte d'un vœu à Saint^Sauveur-de-Redon , ce prince vint à Nantes afin de juger par lui-même des forces de son vassal. Le duc fut si mécontent de lui , quHl ne fit aucun cadeau à ses ofllciers, quoiqu'il eût emprunté dans ce but 300 marcs d'argent. — Depuis long-temps les évoques de Nantes refusaient de prêter serment au duc pour leur temporel. Amauri d'Acigné, successeur de Gnillaume-de-Malestroity son oncle, se montra aussi récalcitrant sur ce point que plusieurs de ses prédécesseurs. De là une querelle entre lui et le duc, à la suite de laquelle le temporel de l'évôché fut saisi , et l'interdiction religieuse lancée en guise de représailles sur le comté Nantais. L'occasion était favorable , et le roi de France en profita pour s'ériger en arbitre. Le Pape aussi voulut s'en môler ; mais le roi fit arrêter son légat , parce qu*il venait , disait-il , pour juger wm conteitation de fief entre ses sujets ledit duc et (évêque de Nantes , et que le jugement de cette affaire lui appartenait et non au Pape. Louis XI nomma ensuite son oncle le comte du Maine , pour examiner cette affaire. Le duc de Bretagne refusa de le conndtre pour juge , ne voulant voir en lui qu'un ar-

nclions , na 1

bitre ; mais le comte da Maine , ijdÎ avait ses instrnclions , i poînl a^ren cette dernttre qaalilé. — Baltu sur ce |>oial, Fri II roulât traîner l'alTatre en lougcenr , et ses procnrenr» sM Irërent très-habiles à Taire naître des incidents ; mais , le 31 01 1464 , il Tat condamné par défaut. La sentence , eitrememenc' tageuse pour le roi de France , disait : « Que le temporel de l'^ » de IVantes , avec les fruits , depuis l'empêchement apporté pi s ofBciers du duc , serait mis en la main du roi , dont les col

■ saires qu'il nommerait pour recevoir et régir ce temporell 1 draient compte li qui il appartiendrait , avec défense au dfl H ses officiers , sons peine de perdre leur cause et de qaatrtP

■ marcs d'or applicables au roi , de mettre aucun empëctaen X l'exécution du séquestre. Elle ajoutait que le duc devait cen » jouir du temporel des antres évêchés pendant la vacance, e » défenses seraient faites au duc, sous les mSmes peines, d*( 1 cber les évëques de s'adresser an roi en première instance. <

Lorsque les conseillers du parlement de Paris se présentfereal mettre ï exécution cette sentence, les portes de Plantes leor^ fermées. BieutiM les hostilités avec la France furent ouverte»^ avoir pourvu A U garde do Nantes , François II partit ï la UUt belle armée pour rejoindre les autres princes lignés; mais & bataille de Monthléry avait été ga^ée par les grands vassin Lonis XI vaincu se trouvait obligé d'abandonner ponr un tem] prétentions. Le duc obtint facilement du roi .danslaposidon fiel o(i il était , l'annulation de l'arrAt du comte dn Maine et la recoi sance dn droit do Regale en Bretagne, ainsi <pi'un traité part» qui le détachait de la ligne, mo^'ennant 120 mille écus d'or , pay en deux ans , et le comté d'Estampes pour lui et ses descendants a mais cette paît fut de peu de durée. François II, a h sollicil de sa maîtresse , ayant destitué Tanguy-Dnchâtel de ses fonctio gouverneur de ÎVantus , ce gentilhomme se retira chez le roi confisqua les terres qnc la dame de Villeqniers possédait en 9 pour les lui donner. C'était nne véritable déclaration de guetTd| François II s' empressa -l-il de pénétrer en Normandie , où il i^ de plusieurs places que le roi reprit bientôt. À

llbert-de-Morlaix, dans la vie de François e-d'Âm boise, nomâ .m sujet de cette princesse , quelipcs détails curieux sur les mtOl l'époqae, qui se rattachent à la vie privée du duc de Bretap

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serrent à faire connaitre les mœurs et le langage da XY.* siècle; lenr originalité nous fait un devoir de les reproduire :

« Pendant que la bien-heureuse duchesse Françoise virait en estât de saincteté , le duc de Bretagne François II du nom , estant allé mettre le duc de Normandie frère du roy Louis XI en possession de son apanage y Tan mil quatre cens soixante-cinq, s*amouracha d'une jeune damoiselle, laquelle il débaucha et emmena en Bretagne > Tentretenant publiquement au grand déplaisir de la duchesse M argueritte de Bretagne sa femme, et au scandale de tout son peuple. La bienheureuse Françoise ne le peut endurer, et en escriuit au duc et à des seigneurs de son conseil qui plus le possédoient , leur remonstrant Ténormité de ce sale péché, le scandale que causoit le mauvais exemple , rinjure faite à la duchesse dame du sang de Bretagne et d'Ecosse , que ses parents s'en pourroient ressentir et venger cet outrage , en tout cas que Dieu ne lairroit impuny : que pour ce péché lors que les princes s'y embourboient , Dieu pnnissoit les royaumes et monarchies desquelle il causoit la mine et désolation , leur mettant devant les jeux les exemples de David , et la division du royaume de Salomon du temps de son fils Roboam. En sa troisième lettre , qui fut la dernière qu'elle luy escrivit sur ceste matière , elle luy prédit par esprit prophétique plus qu'autrement, partie de ce qui arriva, voicy ses paroles. David tout sainct et ami de Dieu qu'il estoit, fut puny pour ce péché sale et ord, et s'il n'eut fait pénitence, l'eut esté plus rigoureusement; son. fils Salomon, avec toute sa sapience, se perdit pour s'estre abandonné aux femmes débauchées et idolâtres , et fut son royaume destruit et divisé après sa mort. Helas! monseigneur , jà Dieu ne veuille que pour vostre péché si énorme , si scandaleux , et pestiféré , Bretagne soit destruite , le pauvre peuple innocent oppressé de guerre on peste , et que ne périssiez en douleurs et angoisses avec vostre pauvre duché : je le doute (mon cousin) je le crains , puisque vous n'estes pas plus sainct que David, ny plus sage que Salomon , et néantmoins avez affaire à vn mesme Dieu qu'eux , qui transfère les estats et royaumes comme bon luy semble , quand les princes le mettent en oubly. Le duc ne tint compte des charitables r^nonstrances de sa sainte cousine , et ne luy rescrivit point de response continuant toujours en ses sales et voluptueux plaisirs , au grand regret de nostre Françoise, laquelle prioit pour luy, prenoit la discipline et portoit la haire , afin qu'il pleust à Dieu luy ouvrir les

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yeux pour Toir Ténonnité de son péché , doqael ne yoyant ai discontinuation , elle obtint congé de l*aller tronver à Nantes, où elle fut recenë de tout le peuple en aussi grande joye et triompfie que le iour qu*elle y fit son entrée ducale, car les Gantois Taymoient eztié» mement. Le duc luy envoya au-devant les seigneurs de sa cour fB ramenèrent auchastean, où elle séjourna quinze iours, pendant lesquels elle visita tous les iours le tombeau de son mary à rîostre-Di de Nantes^ y faisant dire vn service, et recitant les sept pseai faisant des aumônes pour le repos de son ame.

» Elle entretint le duc à loisir pendant ce temps , Iny remonstra franchement Ténormité de son crime , de sorte qu*il fit sortir ss ade du chasteau et la logea en ville: la B. H. duchesse insistoit qa*il Fa renvoyât en Normandie, et mesme Tincitàtà s'en aller, luy ofrani grosses sommes de deniers de son propre argent pour se retireTi mais iamais elle n'y peut faire consentir ny Tvn ny Tautre. Et en cette charitable occupation , elle fut traversée et affligée par plnsieas seigneurs , qui , par le moyen de cette femme , possédoient roreOle et Taffection du prince , lequel en cette quinzaine même ne se ponvoit tenir d'aller voir sa mie en ville , en la maison oh il l'avoit logée, et aussitost la B. H. Françoise après avoir consolé la duchesse, Jsa cousine , se fut retirée à Yennes , il la fit revenir au diastean, commençant de plus belle sa vie ordinaire. Pauvre prince! combien de fris f es-tu repenty depuis , mais lorsqu'il n'en estoit plus temps de n^aroir suivy le conseil de ta saincte et bonne cousine? la luxure, c*est cette sorcière Gircé, qui, privant les hommes de sens et de jugement, las transforme eu bestes brustes. »

<c En Tan 1469 , dit plus loin Àlbert-de-Morlaix , la duchesse Hai^ gueritte de Bretagne accablée d'ennuis et de trisse de voir sa souillée par vue autre qui possédoit entièrement l'affection de mary, mourut au chasteau de Nantes , et fut inhumée an milles dn chœur de l'église des Carmes, en ladite ville , au grand regret de tons les gens de bien , et par cette mort ladite dame de joye demeva en pleine jouissance du duc , lequel l'entretenoit en grand estât. La bien-heureuse Françoise pleura amèrement la mort de sa chtae cousine la duchesse , fit prier pour elle , et fit tous ses efforts ponr résoudre le duc à vn second mariage , tâchant à lui tronoer la pfau belle, parfaite, riche, et vertueuse princesse qui se ponnroit rencontrer pour mettre hors cette femme. Elle travailla deux ans en cette

affaire , et enfin par le moyen do Sr. de Lescor , gentilhomme gascon , loy trouva la princesse Margneritte deFoix , sœur do comte deFoix, laquelle fut amenée en Bretagne et espousa le dnc à liantes , Tan 1471 , et gaigna tellement son cœur, qu'il se refroidit extrêmement en Tamour de sa mie , laquelle , peu après , mourut de déplaisir. »

Une trêve avait mis fin aux hostilités entre la France et la Bretagne ; mais cette trêve ayant été prorogée pour le duc de Bourgogne seulement, Louis XI, qui n'attendait qu'une occasion favorable, pénétra en Bretagne à la tête de 40 mille hommes et contraignit François II , qui n'était pas en état de soutenir la lutte, à recevoir la loi. Nous ne passerons point en revue les autres faits moins importants des querelles postérieures du duc de Bretagne et du roi de France ; mais nous ferons remarquer que chacune d'elles était suivie de concessions faites aux Nantais par leur prince qui voulait se les attacher à tout prix ; c'est ainsi que les libertés locales s'accroissaient chaque fois que le roi de France renouvelait ses hostilités contre ses grands vassaux. D'autres motifs y contribuaient encore, la politique du duc étant vis-à-vis de ses hauts barons la même que celle de Louis XI à regard des ducs de Bourgogne , de Normandie et de Bretagne , il fallait bien , comme ce prince , qu'il s'appuyât sur la bourgeoisie. Son premier ministre Landais, était d'ailleurs un homme du peuple qui haïssait mortellement la noblesse dont il était méprisé et n'avait rien tant à cœur que de réduire les privilèges de Faristocratie. Malheureusement pour François II > il ne sut pas l'appuyer assez fortement et l'arracher aux mains de ses barons , qui le firent périr.

La mort de Louis XI, qui eut lieu en 1486, ne changea rien à la politique de la France , aussi le duc fit-il nettoyer les douves du château et les fossés de la ville pendant qu'un corps de chevaliers bretons allait prendre garnison à Glisson , dont le château reçut peu après quelques pièces d'artillerie. Bientôt, un traité le lia avec le duc d'Orléans et les seigneurs français mécontents, mais la régente de France en passa un autre avec le maréchal de Rieux, le baron d'4vaugour, fils naturel du duc, et quelques autres grands seigneurs de Bretagne. François, pour se procurer des alliés, offrait en vain sa fille ainée à tous les princes capables de le secourir : la guerre éclata sans que le duc eût pu réunir des forces suffisantes pour résister à ses ennemis. Le maréchal de Rieux venait de s'emparer de Redon , lorsque l'armée française entra en campagne par le

146 Xy.« SIÈCLE.

siège de Glisson^ que le baron d'Arangoor livra Irattreasemcat.

Bientôt cette armée pénétra en Bretagne; Ploermel et Vannes toabèrent an pouvoir des Français, qui vinrent alors assiéger Nantes. La position du duc était des plus critiques , mais les mesures les pins énergiques furent prises à Tinstant pour résister à Tennemi. La jenne princesse Anne quitta le château pour habiter Thôtel de Briord; le duc se retira dans la Grande-Rue^ chez un riche bourgeois nommé Gnyolle; les études cessèrent à TUniversité ; les paroisses et kt monastères donnèrent leur argenterie pour subvenir aux besoins de la guerre ; la ville emprunta 5,566 livres de cuivre pour faire des bâtons à poudre ou fusils. Ghacun cacha ce qu'il avait de plus précienx : les paroissiens de Saint-IVicolas enterrèrent le superbe vitrail de lenr église, ainsi que les reliques et les vases sacrés et tous firent de lenr mieux pour se défendre. Gependant, le comte de Montpensier répétait les attaques et pressait vigoureusement la ville. Mais un renfort de 500 Gucrandais et de plusieurs milliers d*hommes de guerre conduits par Dunois, forcèrent Tannée française à lever le siège après 48 jours de combats inutiles. Les luttes de la politique succédèrent aux luttes armées. Le duc confisqua les propriétés des Bretons qui l'avaient trahi. La régente, de son c6té, confisqua les biens que les Bretons fidèles à leur duc possédaient en France. — À Cnroe de ménagements , le duc parvint à rallier les Bretons infidèles ; et la régente, de son côté, s'efforça de se créer un parti dans la ville de Nantes. Au mois de décembre 1487, ce parti se crut assez fort pour tenter un mouvement. Plusieurs archers du duc, quelques-uns de ses di^ mesliques et quelques gens de guerre parcoururent les rues ponr (*\citer les habitants à la révolte , sonnèrent le tocsin à Saint-Pienre et au Bouffai et se rendirent au château pour s'emparer des Français fidèles à François II ; mais la population ne bougea point, et bientôt les coupables portèrent la peine de leur folie.

La perte delà bataille de Saint- Aubin-du-Gormier, où périt Téllte (1^ la noblesse bretonne, força l'année suivante François II à demander la paix , en quelque sorte à toutes conditions. La Bretagne étaitminée, ses alliés l'avaient abandonnée ; le duc d'Orléans avait été fait prison* nier: les hauts barons, soutenus par la France» oubliaient lenr origine pour ne songer qu'aux intérêts de leur vanité ; aussi François Il n'avait-il d'autre parti à prendre ; mais il était trop chagrin de tons ses revers pour s'en consoler. Une maladie de langueur le fit quitter iNantes: ilallaàGouëronoùunechute de cheval h&ta sa dernière heure.

Anne-de-Bretagne , fille aînée da duc , lui snccëda et fot reconnao duchesse, sous la tutelle du maréchal de Rieux, qui fut nommé gouTerneur de notre ville. Un des premiers soins de la duchesse fut de recommander Guéguen de Lamballe pour Tévéché de Nantes; mais le Saint-Siège n'écouta point ses représentations , et nomma Robert d'Épinai , partisan des Français, pour succéder à Pierre Duchaffaut. Bientôt Anne se brouilla avec le maréchal de Rieux, qui voulait la contraindre à épouser un vieillard nommé d'Albret, père de sept enfants, et avec le roi de France , qui cherchait à lui imposer des conditions nouvelles. La jeune princesse, qui aimait la ville de Nantes, où elle avait été élevée, voulut s'y réfugier; mais le maréchal de Rieux lui en ferma les portes : elle fut mieux reçne à Rennes , où elle fit une entrée solennelle. Cependant elle eut encore beaucoup de risques à courir jusqu'à lapaix générale, dans laquelle la Bretagne fotcomprise. Le maréchal de Rieux était très-vain, aimait beaucoup l'argent, ei la duchesse le fit rentrer facilement dans son parti ; mais le sire d'Aïbret, ayant appris que sa souveraine était fiancée avec l'empereur d'Autriche, en conçut un mortel dépit, et vendit, par suite, au roi de France, la ville devantes. Charles YIU, qui se trouvait alors à Tours, s'empressa de venir en personne en prendre possession, persuadé que bientôt il serait maître du duché, ce qui eut lieu dans l'année même, par suite d'intrigues habilement conduites, qui lui donnèrent à la fois

une province nouvelle et une femme du plus grand mérite.

L'on a beaucoup discuté pour savoir si les ducs de Bretagne étaient ou n'étaient pas vassaux du roi de France. Après avoir compulsé les faits qui peuvent éclaircir cette question , il m'est resté démontré que nos ducs, antérieurs aux rois de Frauce, ne relevaient, pour me servir de leur expression , que de Dieu et de leur épée. Faibles , ils ont prêté hommage à un voisin puissant qui pouvait les écraser; forts, ils l'ont constamment refusé ^ comme nous l'avons déjà dit.

n est un fait plus important , la réunion de la Bretagne à la France, auquel on n'a point donné toute l'attention qn'il méritait. On peut et l'on doit y voir autre chose que la suite d'un mariage. La loi de tendance à l'unité politique des empires, dont la force constante agit sans relâche , n'a pas été sans influence pour opérer cette réunion.

Lorsque la duchesse Anne devint reine , son duché appartenait déjà de fait au roi de France ; la Bretagne , associée depuis long-temps

148 XV.o SIÈCLE.

aux mouvements politiques de ce royaumeen adoptait snccessiTemenf toutes les réformes et les institutions. C'était de Paris que Nantes et Rennes recevaient la science et la vie ; c'était avec les lÎTerains do haut de la Loire que les Nantais faisaient la majeure partie de leur commerce. Nantes était encore Tune des villes du Devoir comme Lyon , Marseille et Bordeaux. Nul ne pouvait être reçu compagnon, et par suite obtenir la maîtrise dans les corps d'état qui dépendaient da compagnonna{;e , s'il n'avait fait son tour de France et habité pendant tfuelque temps la capitale de Bretagne. Mais les compagnons , de qndquc pays qu'ils fussent , étaient frères, et la loi de leur société qni te résumait en trois mots, liberté , égalité, fraternité, concordait merveilleusement avec la politique do la France , en créant par les monns cette unité que les chefs de la nation française voulaient établir dans le gouvernement et la circonscription territoriale. Ajoutons que depnû long-temps Nantes et Rennes dépendaient de Tours pour le spirituel; que la langue française était parlée exclusivement dans les évêchés de iVantes , de Renues , dans un quart de l'évêché de Vannes et la majeure partie de celui de Saint-Brieuc ; qu'une habile politique avait rréésuccessivemeutDuguesclin, Clisson et d'autres bretons, connétables de France ; que le duc était devenu pair du royaume ; qu'un grand nombre de seigneurs bretons se trouvaient propriétaires en France , taudis quedes gentilshommes français possédaient, par suite d'héritage, (les terres bretonnes , et l'on comprendra mieux la puissance des liens i|ui rattachaient la Bretagne à la France et décidèrent de sa réunion, dont le mariage de la duchesse ne fut autre chose qu'une éclatante consécration.

Les huit dernières années du siècle n'appartiennent pas h la vie de l'ancienne capitale du duché de Bretagne ; aussi , avant d'en raconter re qui concerne Nantes^ nous jetterons un coup d'œil sur les dernières manifestations de la ville encore bretonne , sur les derniers sonvenirs de notre nnrlcnne nationalité. Nul doute que l'unité ne nous ait profité beaucoup; mais cette unité s'est souvent métamorphosée en une absurde et intolérable centralisation. Il est donc bon de montrer ronibicn au W.*: siècle la vie, sous toutes ses formes, fut puissante et développée à Nantes , pour prouver qu'aujourd'hui nous devons nous elforcer , tout en conservant l'unité déGnitivement conquise par la révolution , d'y joindre , comme autrefois, cette ardeur qni poussait les provinces à rivaliser de leur mieux avec Paris.

Il n*est point d'époque qui nous ait laissé plus de souvenirs de toute espèce que le XV.' siècle , aussi nous arrêterons-nous quelque temps à en étudier Tesprit dans celles de ses œuvres qui existent encore ou que la tradition nous a conservées. L'architecture , la peinture , la sculpture , les progrès politiques et religieux , le commerce , l'industrie , Tamélioration des mœurs et des habitudes , tout marche alors de front; la société féodale semble empressée d'arriver à sou entier développement, et de graver en caractères ineffaçables les signes de sa virilité.

ARCHITBCTUBB RELIGIEUSE.

La reconstruction des Jacobins , les fondations de la nouvelle Cathédrale , de Notre-Dame-de-Toutes-Joies , des Saintes-Claires , de rAumAnerîe de TErault , l'achèvement de la Collégiale , attestent suffisamment le développement de l'architecture religieuse dans notre ville pendant toute la durée du XV.c siècle; une analyse rapide nous mettra bientôt à même d'apprécier la valeur relative de chacun de ces monuments.

L'église des Jacobins ne présentait d'intéressant dans son architecture,que sa grande fenêtre. C'est aujourd'hui une ruine pittoresque,que notre collaborateur M. Hawke ne pouvait laisser échapper. La grande fenêtre a perdu son vitrage et conservé l'élégant dessin de pierre qui le soutenait. Une arête sculptée terminait le pignon de l'église du côté droit du chœur: on la voit encore , mais le temps Ta usée. Les fenêtres du même côté, les seules que l'on puisse voir aujourd'hui, sont divisées en deux sans être géminées. La façade toute récente n'a rien qui la distingue de la façade de l'Oratoire ou de celle de Sainte-Croix : c'est un placardage sans goût, qui ne s'harmonise point avec le reste.

Notre-Dame -de-Toutes- Joies, les Saintes-Claires, l'Aumônerie de l'Erault, n'ont laissé aucun souvenir, même traditionnel.

La Collégiale possédait un clocher de pierre, dont la flèche, s'élançant au-dessus des tours de la Cathédrale, se faisait apercevoir au loin. Son architecture était élégante : peu d'églises dans le duché pouvaient lui être comparées , bien qu'elle eût été faite , si toutefois Ton peut parler ainsi , de morceaux rapportés , dont chacun avait le caractère de son temps. Les parties les plus remarquables appartenaient au XV.' et au XYL' siècle.

Isa XT.< SliCLB.

La Cathédrale de Saint-Piem et de !»anl-PMl, |» aoBniBal relîgîeDi le plu remarquable de >ui », n'a jaaai» élé teruiUiée. 5m père» Dom TudI livrée telle la voit de l'Oraloire . arec

un doober da \II.* siècle, on flècbe du XV.', od chamr

et nne demî-Def Iransverule , b la oa r^arés à des épu<|M» Iieaucoop plus recnlées. Elle e&l b sur l'nwflifiwi^t de ■*«»deone église, doal l'iDcieD cli l'ancien docker lenDiDeiit sa

nef: noaa avoos loag-lemps ' ponr saTOir è qnd archilede

le duc Jean V et l'érfique de piailles araient confié b coostmctioB rl'iin moQDiDeal qai derait effacer en splendenr les pins belles C»- Ihédralcs de UrelagDe ; mais doqs n'a?o s rien trouvé qni pflt ërlslrcir celle importante (|aeslion: nons sari reniement qo'an nuçoo noniMd Malbelin dirigeait les travaui t 1443; c'est donc dans la partis r[ai eiislit et dans an Irès-vieai j sur parcbemin, qui c&l hm doute la copie d'an antre plus ancii »>re, qne nous deTons éludior la pcniée de l'artiste (I).

An W,' sibcle, comme dans les précédents, une catbédrale, denlt élre la représentation malérielle des crojances catholiques. Le sigae matériel de la reli^on da Christ devait donc être tracé i sa base et s'élever dans les airs avec ses mors; tandis que l'histoire enlil^rv da monde chrétien depuis la création de Moîso jasqu'aa jugemeDl do^ nier, devait se dérouler le long de ses pilastres , ans rentrants 4« ogives de ses portiques et jusque dans ses vitrages coloriés, ds manière â fournir au peuple un catéchisme en imaiget qu'il pOt consultera toute heure du jour. Ponr remplir celle donnée, l'arcUtecle de Saint-Pierre devantes avait projeté un édifice recta of^laiie, arrondi b l'une des extrémités, dont la longoeur etll été de 338 pied» sur 136 de lart;c. La nef de cette église, adossée aujourd'hui au tmik clocher, devait former la croix sur le cenlredn chœur; maisccllascn^x, peu visible A l'inlériGur, se fut dessinée de loin à l'extérietir . les bas cAlés no devant pas avoir de toit. Vingt-huit massifs de maçonoerie extérieure et vingt-six massifs intérieurs devaient sonteuir ceUe cathédrale, dessiner la croix, fournir les contre-forts, lunnsr le portique, soutenir les galeries, diviser les bas-cAtés en vingl-«t-Bne

i,l)CeplM)iiausi^téconimu(iiqaâ|iarIM,Selieult, architecte da drapait quia en l'obi i^cnuce de mettre beancoap de documeots curioux iaolreilitpo«i|ïiiH.

chapelles, non compris les bras de la croix, et laisser sept ouvertares : trois poor le portique de Touest, qui forme la façade ; deux pour les portiques du nord et du sud et deux autres pour les portes des bras de la croix. Une galerie , qui existe en partie , devait régner tout autour de Téglise à une grande élévation, se repliant aux bras de la croix le long de ses murs, pour revenir ensuite contourner le chœur. D'un côté, cette galerie donnait sur TégKse, dont elle permettait d'admirer toutes les beautés intérieures. De Tautre , elle recevait la lumière par des fenêtres que Ton ne voit plus de l'extérieur ; mais supprimez pour un instant, par la pensée , le toit d'ardoises qui protège la belle voûte plate en granit des bascôtés de la cathédrale , et vous verrez alors la nef plus élancée^ telle qu'elle a dû exister autrefois. Les contre-forts et les arcs-boutants se dégageront aussi de manière à paraître plus élégants et plus légers. Rétablissez maintenant les vitrages coloriés aux fenêtres extérieures de la galerie , aux vingt-et-une fenêtres des chapelles , aux fenêtres de la croix , aux vingt-neuf grandes fenêtres de la nef, ù la grande fenêtre du portail, et vous commencerez à comprendre TeiTet d'ensemble de cet imposant édifice , dont la vie , dans toutes ses phases , se trouve si étroitement liée aux phases diverses de bonheur et de misère de notre cité.

Si de la galerie nous descendons dans l'église, nous ne pouvons qu'admirer le grandiose et la riche simplicité de son architecture: il est vra i que chacune de ses fenêtres de la nef, que les Anglais appellent dere siorxj , est d'un dessin différent, que toutes les sculptures sont consciencieuses, que les ornements sont fouillés en dessous, ce qui leur donne une légèreté tout aérienne dont notre avarice bourgeoise a perdu le secret. Cependant nulle part l'art ne se fait sentir, et dans cette variété infinie de détails , l'unité vous frappe d'abord ; ce n'est qu'au bout de quelque temps que l'on peut étudier et comprendre cette multiplicité prodigieuse, qui serait bien plus étonnante encore, si le vitrail et ses peintures existaient dans leur entier. Cependant , par-dessus tout , la nef vous domine: jamais voûte dans notre ville ne s'était élevée si haut. Les pilastres qui la soutiennent ne sont plus , comme dans le passé , de simples colonnes aux chapiteaux symboliques , ni un assemblage de colonnettes^ mais une masse ridée de haut en bas par de nombreuses bandes rectangulaires qui multiplient les surfaces, les clairs et les ombres , et contribuent singulièrement à déguiser aux yeux le volume et même la forme de l'octogone dans lequel l'ar-

rhîtectc a taillé des saillies et dos cnfonccmonts prismatiqaes poar luriner les pilastres do ses travées.

Entre deux pilastres, Ton aperçoit , au-del^ du bas-côté , ane chapelle éclairée par une fenôlre latérale , puis au-dessus une galerie divisée en trois, puis au-dessus encore une grande fenêtre d*iin dessin remarquable.

Cette vue partielle est d'un excellent effet ; et , si les vitrages peints existaient , peut-être trouvorait-on les fenêtres du XV>« siècle supérieures à toutes les autres. — Le dessin d'une portion de galerie comprise entre deux pilastres que nous donnons , sulBra pour montrer tout ce qu'il y avait de gracieux dans le genre d*ornementatiou afTeclé h la catbédrale. Le dessin do la petite porte de droite , que Ton pourra consulter ensuite , nous montre avec quel art les rentrants des ogives ont été consacrés à la sculpture, et quel excellent goût a ])résidé partout il la décoration de cbaque partie ; mais il faudra que Timagination vienne en aide , car les statues igai ■relaient pas liées h la maçonnerie , n'existent plus.

>'ous n'avons rien h dire maintenant ni des contre*forts , ni de l'ensemble de la nef, si ce n'est que notre cathédrale, construite h one époque qui nous a laissé peu de monuments du môme genre , réonit dans sa généralité la simplicité grecque et son ordonnance sévère .'iu grandiose de l'art chrétien.

Des décorations en sculpture consacrées à retracer le souvenir des princes du pays et l'immense épopée catholique depuis la création jusqu'au jugement des morts, formaient, comme nousTavons dit, une partie essentielle des cathédrales. Au XIV.« siècle, les peintures des vitraux vinrent s'y associer; en sorte que l'église principale dn diocèse de\ ait contenir et l'histoire générale des hommes et Thistoire spéciale de la contrée. A INantes, où l'on s'était proposé ce double but , Tarcliitecte avait ménagé aux sculpteurs, tant sur la façade qu'à rintérienr, et contre les deux derniers massifs qui contribuent aujourd'hui è supporter les orgues, plus de cent cinquante bas-reliefs. Presque tous avaient été respectés en 93: depuis, un regrattage maladroit :i détruit ou mutilé ce <|ui en restait. Aux rentrants des ogives, nous trouvons place pour 154 tableaux. Les dessus de porte fournissent cinq emplacements, pour autant de sujets, beaucoup plus «léveloppés que ceux des rentrants des ogives: près de cinquante statues h l'intérieur, non compris ct.'lles qui devaient orner les diverses chapelles, et plus de soixante à l'extérieur, non compris

ISO XV.* SIÈCLE.

La Cathédrale de Saint- Pierre et de Saint -PanI, le l religieux le plus remarquable de Naal«s, n'a jamab élé Nos pères nous l'ont livrée telle qu'on la voit de l'Onloiref avav un clocbcr du XII.' siècle, un bout do llëclie dn XV.*, im i et une demi-nef transversale , construits ou réparés k ilea 4 beaucoup plus reculées. Elle est bitie sur l'emplacement de riMcienne église, dont l'ancien chœur et l'ancien clocher tcrmincnl sa nef; nous avons loug-lemps cherché pour savoir k qoel ar4-hit«cle le duc Jean V et l'évéque de Hautes avaient confié la constroclioD d'un monument qui devait effacer en splendeur les plus hclles Cathédrales de Bretagne ; mais nous n'avons rien trouvé qoî pflt éclairdr (-cite importante question: nous savons seulement qu'nn mnçon noinnié Malheliu dirigeait les travaux vers 1442; c'est donc dans la partie qui existe et dans un trës-vieux plan sur parchemin, qui est «aiH doute la copie d'un aulre plus ancien encore, que nous devons éliuller la pensée de l'artiste (1).

Au XV.' siècle, comme dans les précédents, une calhétlrale.dCTaU 6lrc la représentation matérielle des croyances catholiques. Le signe matériel de la religion dn Christ devait donc être tracé à sa base et s'élever dans les airs arec ses murs; tandis que l'histoire entière do monde chrétien depuis la création de Moïse jusqu'au jugement dev^ nier, devait se dérouler le long do ses pilastres, anx rentrants des o};ives de ses portiques et jusque dans ses vitrages coloriés, de manière à fournir au peuple un catéchisme en inuûye» qu'il pût consulter à toute beore du jour. Ponr remplir cette donnée, rarcbitecte de Saint-Pierre de Nantes avait projeté un édifice rectangulaire, arrondi ï Tune des extrémités , dont la longueur eût été do 338 pi^s sur 136 de large. La nef de cette église, adossée aajonrd'buî au rleos clocher, devait former la croix sur le centrednchœur;maiscctto croit, peu visible !i l'intérieur, se fut dessinée de loin à l'extérieur . lo» bas t-fttés ne devant pas avoir de toit. Vingt-huit massifs du mB^naerie extérieure et vingt-six massifs intérieurs devaient soutenir celle cathédrale, dessiner la croix, fournir les contre-forts, former le portique, soutenir les galeries, diviser les bas-câtés en > ingt-et-uue

MCeplaoDousaëtécommuDiqDéparlH. Sehealt, arebitecle du d^paitemeoi, a eu l'obligeauce de mettre beaucoup de docameots eaneai à uoire di^putiluia.

chapelles, non compris les bras de la croix, et laisser sept ouvertures : trois pour le portique do Touest, qui forme la façade ; deux pour les portiqaes du nord et du sud et deux autres pour les portes des bras de la croix. Une galerie , qui existe en partie , devait régner tout autour de Pëglise à une grande élévation , se repliant aux bras do la croix le long de ses murs, pour revenir ensuite contourner le chœur. D'un cOté, cette galerie donnait sur TégKse, dont elle permettait d'admirer toutes les beautés intérieures. De Tautre , elle recevait la lumière par des fenêtres que Ton ne voit plus de Textérienr ; mais supprimez pour un instant, par la pensée , le toit d*ardoises qui protège la belle voûte plate en granit des bascôtés de la cathédrale , et vous verrez alors la nef plus élancée > telle qu'elle a dû exister autrefois. Les contre-forts et les arcs-boutants se dégageront aussi de manière à paraître plus élégants et plus légers. Rétablissez maintenant les vitrages coloriés aux fenêtres extérieures de la galerie , aux vingt-et-une fenêtres des chapelles , aux fenêtres de la croix , aux vingt-neuf grandes fenêtres de la nef, à la grande fenêtre du portail, et vous commencerez à comprendre TelTet d'ensemble de cet imposant édifice , dont la vie , dans toutes ses phases , se trouve si étroitement liée aux phases diverses de bonheur et de misère de notre cité.

Si de la galerie nous descendons dans l'église, nous ne pouvons qu'admirer le grandiose et la riche simplicité de son architecture: il est vrai que chacune de ses fenêtres de la nef, que les Anglais appellent clere s tory , est d'un dessin dilTérent, que toutes les sculptures sont consciencieuses, que les ornements sont fouillés en dessous, ce qui leur donne une légèreté tout aérienne dont notre avarice bourgeoise a perdu le secret. Cependant nulle part l'art ne se fait sentir, et dans cette variété infmie de détails , l'unité vous frappe d'abord ; ce n'est qu'au bout de quelque temps que l'on peut étudier et comprendre cette multiplicité prodigieuse , qui serait bien plus étonnante encore , si le vitrail et ses peintures existaient dans leur entier. Cependant , par-dessus tout , la nef vous domine : jamais voûte dans notre ville ne s'était élevée si haut. Les pilastres qui la soutiennent ne sont plus, comme dans le passé , de simples colonnes aux chapiteaux symboliques , ni un assemblage de colonnettes , mais une masse ridée de haut eu bas par de nombreuses bandes rectangulaires qui multiplient les surfaces, les clairs et les ombres , et contribuent singulièrement à déguiser auv yeux le volume et même la forme de l'octogone dans lequel Tar-

rhitecte a taillé des saillies et des enfoncefflents pmmatiqiiai foriDer les pilastres de ses travées.

Entre deux pilastres, Ton aperçoit , au-deh da bas-cdté , pelle éclairée par une fenêtre latérale , pais aa-dessos one divisée en trois, pais ao-dessos encore ane grande ienêlre dessin remarquable.

Cette vue partielle est d'un excellent effet ; et , si let peints existaient , peat-étre trouverait-on les fenêtres da XT.^ siècle supérieures à toutes les autres. — Le dessin d*ane portioa de galerie comprise entre deux pilastres que nous donnons , lofln pour montrer tout ce qu'il y avait de gracieux dans le genre d'ornementation affecté à la cathédrale. Le dessin de la petite porte de droite , que Ton pourra consulter ensuite , nous montre avec quel mH les rentrants des ogives ont été consacrés à la scolptore , et quel excellent goût a présidé partout à la décoration de chaque partie ; onis il faudra que Timagination vienne en aide , car les statues qei n'étaient pas liées à la maçonnerie , n'existent pins.

!>'ous n'avons rien à dire maintenant ni des contre-forts , ni de ressemble de la nef , si ce n'est que notre cathédrale , construite à aae époque qui nous a laissé peu de monuments du même genre , dans sa généralité la simplicité grecque et son ordonnance au grandiose de Tart chrétien.

Des décorations eu sculpture consacrées à retracer le sonvenir des princes du pays et l'immense épopée catholique depnis la créatiOB jusqu'au jugement des morts , formaient , comme nons Tavons dit, aae partie essentielle des cathédrales. Au XIV.c siècle, les peintures des vitraux vinrent s'y associer; en sorte que l'église principale dadieeèse devait contenir et l'histoire générale des hommes et Thistoire pédalé de la contrée. A IS'antes, où l'on s'était proposé ce donble bnt» TarAitecte avait ménagé aux sculpteurs, tant sur la façade qu*à rintérieery ('t contre les deux derniers massifs qui contribuent anjoiird*tai ft supporter les orgues, plus de cent cinquante bas-reliefo. Presqw tous avaient été respectés en 93; depuis, un regrattage maladroit a détruit ou mutilé ce qui on restait. Aux rentrants des ogires, nous trouvons place pour 154 tableaux. Les dessus de porte tom^ Hissent cinq emplacements, pour autant de sujets, beancoap pies développés que ceux des rentrants des ogives; près de cinqoaete statues à l'intérieur, non compris celles qui devaient orner les diverses chapelles , et plus de soixante à Textérienry non aNeptis

an nombre aussi considérable de statuettes ; telles étaient les autres sculptures projetées sous le règne de Jean V ; de sorte qu'il y avait place dans la cathédrale , tant sur la façade qu'à l'intérieur , pour plus de cinq cents sujets historiques ou religieux, non compris un grand nombre de piédestaux , d'encadrements et d'ornements de toute espèce.

Nous reviendrons , à l'article de la sculpture , sur l'exécution de ces cinq à six cents tableaux ou statues dont l'architecte de Saint-Pierre voulait orner son église; nous ne dirons rien non plus de l'ensemble de la façade , le dessin que nous en donnons pouvant suppléer avec avantage à toutes les descriptions ; mais nous ferons remarquer à nos lecteurs qu'un monument religieux comme l'église de Nantes varie à chaque heure du jour dans l'expression de sa physionomie, de manière à faire vibrer successivement, selon ses divers aspects, tontes les cordes de l'âme, ce qui constitue surtout le mérite du genre anqnel il appartient.

L*étude des détails de la cathédrale présente un grand intérêt: à chaque pas ce sont des richesses nouvelles , dont chacune mériterait une gravure à part. Il se mêle aussi quelque peu d'orgueil dans cet examen qui prouve d'une manière bien évidente que l'église de Saint- Pierre de Nantes est une œuvre entièrement originale , plus rapprochée peut-être du gothique espagnol et surtout du gothique anglais que d^ tous les autres ; mais, cependant , nettement séparée des plus belles cathédrales d'Angleterre par un faire et une ornementation d'un genre nouveau.

A la porte du sud, l'on trouve un pinacle dont nous donnons le dessin; nous regrettons de ne pouvoir y joindre la sculpture qu'il surmontait autrefois ; mais cet ornement est la partie la plus importante du petit ensemble qu'il contribuait à former , puisqu'il ne se retrouve presque nulle part ailleurs, si ce n'est dans quelques monuments espagnols. Sur les quatre massifs qui divisent la façade de la cathédrale , l'on remarque, en avants des niches détruites à coups de marteau en 1819. Leur partie supérieure présente aujourd'hui une forme pyramidale. Le dessus de ces niches, pour chaque massif, se compose de deux dais que surmontent des cônes avec finals et crochets , et que séparent de petites niches très-élégantes , d'un dessin assez rare dans les autres cathédrales de la chrétienté. — Ces dais rappellent, i! est vrai , les canopies d'York et d'Oxford , mais de la même manière

]5i XV.< SIÈCXE.

(|u'un monument de sl)'le loscan ou corinthien en rappelle an autre trarchitecture semblable. Quant aux niches et aux ornements placés sur les dais , il serait aussi facile de leur trouver des analogues tant en France que dans la Grande-Bretagne.

Les piédestaux de la cathédrale de Saint-Pierre sont tous très-élégants ; plusieurs sont carrés ; d'autres consistent en nn simple bAton noueux qui s'épanouit à la partie supérieure , de manière k former un bouquet de feuilles de vigne et des grap]>es de raisin ; d'antres fois an bouquet de feuilles de chicorée , quelquefois nue grosse toufle de feuilles de chôue avec des glands : ceux que nous donnons dans cet ouvrage ont été copiés à la porte du sud^ et nous paraissent caractériatiqnes.

Au-dessous de chacune des statues qui divisaient en denx les portes de la cathédrale, se trouvaient des sculptures intéressantes. La plupart ont disparu ; cependant Ton voit encore sons le Saint-Pierre dn grand portail , qui remplace la vierge que 93 a détruite , les quatre pères d'Orient , assis chacun dans un fauteuil et occupés de leors écrits, qui se déroulent selon l'usage du temps et laissent voûr quelques lignes d^écriture gothique. Ainsi, Saint- Jérôme, Saint-Grégoire delVaxiance» Saint- Augustin et Saint- Athanase, faisaient, on le voit, partie de ce catéchisme en sculpture , qui ornait la façade de notre église. Kons ne savons trop quel est celui que notre dessin représente; mais il est aiseï curieux de voir, par cette gravure , qu'au XV.< siècle, le bas-relief u*était nullement compris comme aujourd'hui , et que les fauteuils du temps renfermaient quebiuefois des bibliothèques. D'autres pères deTéglise ornaient encore le piédestal de la Vierge et les antres grands piédestaux des quatre autres portes; mais nos efforts pour retrouver dans les débris que la restauration n'a pas mutilés les quatre docleurs dont l'Occident se gloriiie, n'ont eu aucun succès.

Les diverses balustrades de Saint-Pierre ne présentent rien qui ne se retrouve ailleurs , et notre dessin des galeries sullira pour faire juger celle qui était le plus remarquable. Les contre-forts et leurs arcs-boutants n'ont pas d'ornements ; leur légèreté seule fait leur mérite. Les gargouilles n'ont rien de curieux: ce sont, en général, des monstres d'invention qui se ressemblent les uns les autres, et dont aucun ne uous a paru mériter d'être dessiné à part.

Les niches sont élégantes ; il eu est quelques-unes d'une forme trtsgracieuse, que l'on remarque derrière le calvaire situé à lextérienr.

Noos eussions voulu donner d'antres gravures des détails de Saint- Pierre ; mais cette étude nous eût conduit trop loin , et nous nous sommes borné à reproduire une petite fcnôtrc située à gauche de Porgue , dont elle est voisine. Elle montre combien l'architecture du XV. ^ siècle , si souvent appelée barbare , se prêtait merveilleusement h toutes les combinaisons. L'on a dit et répété jusqu'à satiété, que cette architecture n'avait pas d'unité: cette assertion disparaît devant un examen sérieux j et l'on trouve au contraire qu'à l'unité ancienne le mojen-âge a su joindre une variété prodigieuse dans les détails; quant au métier, pour lequel nous nous croyons si supérieurs, nos pères l'entendaient presque aussi bien que nous. Leur foi , plus vive et plus ardente , permettait à de simples ouvriers de consacrer leur vie à faire des feuillages fouillés par dessous , des dais en dentelle de pierre , des branches de vigne , des raisins en pierre blanche et môme en granit , tandis que leur intelligence pratique et leur sollicitude pour leurs œuvres , leur faisaient inventer une foule de ces moyens que nous appelons des ficelles. Pour conserver le fer , ils l'enveloppaient d'étain ; pour faciliter lœuvre des plus capables , les autres maçons faisaient Toffice de nos praticiens ; pour donner du relief aux dentelles de pierre blanche , l'on passait par derrière des ardoises qui formaient un fond noir 9 et servaient de la sorte à en dessiner les contours.

L'on a beaucoup discuté dans ces derniers temps pour savoir à qui appartient l'architecture gothique ; les uns l'ont fait naître sur notre sol, d'autres n'y ont vu qu'une copie de l'architecture mauresque. Cependant il est assez naturel de croire , si l'on étudie toutes les transformations de l'art depuis le VI.^ siècle , que les architectes chrétiens n'ont été ni inventeurs ni copistes. Frappés d'admiration à la vue des monuments arabes et mauresques , si légers et si vivants au* près des leurs , les pèlerins de Jérusalem et les Croisés durent nécessairement rapporter dans leur patrie des souvenirs que chaque nation féconda suivant son génie particulier. De là les gothiques espagnol , allemand, français, anglais; de là le gothique de notre cathédrale.

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