ARCHITECTURE CIVILE
Une partie du Château, la Maison -de* Ville, du Bouffay, grand nombre de maisons en bois , l'hôtel Driord et quelques antres , appartiennent au Xy.« siècle.
IVoas donnons, dans cet ouvrage, une gravure de la chapelle ëm (Château , une antre de la façade iutérieure de cet édifice, et unel^aei dessins représentant des ornements des fenêtres et de la (corbel). C'est bien suffisant pour faire connaître le style et rier la valeur de ce monument, que Ton ne peut juger dans tooi détails, qu'à Taide d'une longue-vue. De loin, les fcnêtrei et massives , rappellent à l'esprit tout ce que la féodalité anlt d'horrible. De près, cette lourdeur disparaît entièrement pour blre place à des feuilles de vigne grimpant , légères et hardies , toot autour des croisées.
La façade de la partie du château qui existe encore , appartient m beaux jours de la sculpture du moyen-Age ; comme ornementation , nous ne possédons à Nantes rien de mieux que ce qui t*y vott. Lee gravures ipic nous joignons au texte , nous permettent de pesées outre , et de consacrer de plus longs détails aux choses pour leaqmHee h; dessin ne peut nous aider.
Chaque jour voit disparaître quelques-unes des maisons de du XV.' siècle, qui faisaient le plus bel ornement de notre THè» rivalisant do luxe dans leurs sculptures et leurs vitrages avec ké chAtcanx et les églises ; aussi nous pardonnera-t-on de noua y quelque temps.
Les plus belles maisons en bois de Nantes ne nous paraissent .intérieures an XV.« siècle : quelques-unes, malgré tout le ifue nous professons pour l'opinion contraire, nous semblent même pnrtenir aux premières années du XYL*: ainsi la maison des EnCanli- \antais, placée au coin de la rue de la Poissonnerie , porte sur Tnn de si's piliers une sculpture représentant des armes mi-partie de France <'t de Rreta^rnc , entourées d une cordelière , ce qui indique le règne de la duchesse Anne. Il est vrai que cette sculpture est en relief lin creux et peut avoir été faite après la maison, ainsi que les ornements qui la décoraient ; cependant tout porte à penser qne h maison elle - même n'est plus ancienne que de quelques années Mollement.
Aucune des maisons de bois de notre ville ne possède ces petites chambres avançant sur la rue, si fréquentes en Allemagne et enAnfiletcrre , que nos aïeux appelaient oratoriolum (sans doute parce qnlls t'n faisaient des boudoirs destinés à la prière) , et que nos voisini
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d^ontre-mer nomment bay mndow. Les seules dispositions de ce genre que nous ayons remarquées, ont été faites pour pratiquer des escaliers, et ne ressemblent pas aux fenêtres avancées dont nous parlons.
Avant la révolution , notre ville était riche en maisons de bois , ornées de sculptures ; 93 a détruit une grande partie des sculptures , et les hôtels bourgeois , bâtis depuis mil huit cent quinze , ont fait tomber un bon nombre des maisons dont les façades rappelaient les habiles imagiers du moyen-âge; nous pouvons cependant, par ce qui reste , juger de ce qui fut autrefois. Au premier abord , on reconnaît le même type dans toutes les maisons en bois qui sont dignes de fixer les yeux. Cherchez dans les rues qui conduisent de Saint-Pierre an pont d'Orléans , dans les rues de la Poissonnerie , de Belle^'Image , de Saint-Nicolas , de la Glavurerie , du Port-Maillard , de la Juiverie et an carrefour de la Gasserie , partout vous remarquerez que les maisons en bois à deux ou trois étages au plus , dont tous les étages avancent sur la rue par des saillies successives , sont les seules qui aient possédé des sculptures et qui méritent d'être étudiées.
Dans ces maisons, les marchands occupaient habituellement le ret-de-chaussée. Les sculptures des piliers leur servaient fréqueuimentd'enseignes. Long-temps Tapothicairerie située près des Changes, an lieu oii se trouve aujourd'hui la maison Meslé n'eut d'autre annoBce qu'un pileur triturant ses drogues dans un mortier. Ce vieux débris d'un autre siècle se trouve maintenant au Musée, oCi notre collaborateur M. Uawke l'a dessiné. Sur les piliers de la maison des Enfants-Nantais , l'on voit encore et les armes dont nous avons parlé , et d'autres sculptures peut être allégoriques dont le sens nous échappe. Ailleurs c'étaient des saints, probablement les saints patrons du marchand sous l'invocation desquels il débitait ses denrées.
Les escaliers de ces maisons étaient tous très -mal disposés et très-obscurs , ceux-là mêmes qui conduisaient aux appartements des pins grands seigneurs de l'époque. La distribution des appartements n'était pas savante : le plus souvent les chambres se commandaient mutuellement , de grandes alcôves diminuaient la gêne qui en résultait , et remplaçaient tant bien que mal les corridors qui desservent aujourd'hui les diverses pièces d un appartement. — Parfois les greniers de cinq ou six maisons bâties à la même époque , n'avaient point de séparation ; parfois aussi , surtout chez les petits bourgeois , des ponts couverts servaient à mettre en communication les deux côtés de la
rac , comme cela se voit encore dans la rue de la Bléterie; nais alon c'était sur le derrière de la maison qa'aTaient lien ces oomnonicatiow d'une rue à Taulre , et nous devons remarquer que la façade appartient au XV.' siècle. Cette disposition était trop curieuse que M. Hawke pût Toublier, aussi a-t-il consacré à la me de b Bléterie Tune de ses gravures. L'entrée de cette me ne penwt paa à deux personnes d'y passer de front, et quelques maisons des chambres avancées, mais aucune d'elles ne rappelle lei riolum. Celte partie de la ville nous a para renfermer les constmdMMS en bois les plus anciennes.
Les sculptures étaient taillées dans le bois même qui aerrait A former la maison ; «'i Tintérieur, c'étaient des figures grotetquea, des monstres , des têtes d'anges formant des pendentifs , des brakela et d'autres ornements ; à l'extérieur c'étaient le plus souvent dea aalila ou des figures allégoriques. Les plus belles sculptures de rextériev se trouvaient , soit au coin de la maison , quand elle était plaeée à Tangle d'une rue, soit sur la façade. Parfois, des 6tres bnriesqwa, moitié hommes, moitié animaux, grimpaient le long des supporta. L'os en voyait aussi quelques-uns denpi-cachés dans les anglea mntraaU comme des singes aux aguets ; on les eut cras prêts à faire pièce au passants.
La maison des Enfants-jVantais nous est une preuvede cequeaoM venons d'avancer: à son angle se trouvait la sculpture sur bob dOBt nous donnons la gravure ; sur sa façade l'on voit les traces de ques saints enlevés à coups de hache. Sur la maison du de la Casserie, qui porte le n.° TJ, l'on remarque quatre itafaea, dont nous donnons aussi les dessins : représentent-elles les qaain ordres de l'état, le peuple, la royauté, le clergé , la noblesae ot Saint-Christophe, la Vierge, un moine et un autre personnage toat- A-fait inconnu? nous l'ignorons. Ces quatre figures, qui tombent de vétusté, perdent chaque jour de leur valeur; chacune d'elles eat placée sous un dais , et terminée à sa partie inférieure, par un support o« braket dont deux sont des tètes d'anges. La maison de la GlaTmerie, habitée autrefois par la duchesse Anne , s'il faut en croire une tradition fort respectable à notre avis , présentait sur sa façade trob figures : Notre-Dame-des-Anges , ainsi nommée parce que renTaat Jésus qu'elle tenait sur ses bras, portait des ailes; Saint-Jeas eC Sainte-Anne. Ces figures étaient peu correctes, mais expresaiTca et
produisant beaucoup d'effet. — Avant 89 on les nettoyait encore aux jours de grandes fôtes ; mais on ne les habillait plus comme au moyen-âge. Pendant la réyolution, une dame qui alliait à un catholicisme ardent des sentiments très-civiques , les parait à chaque soleimité d^nne énorme cocarde tricolore. Depuis cette époque , ces statues , respectées en 93 , ont été mutilées et détruites.
Dans la rue de la Juiverie^ la maison du n.» 12, dont Tallée se trouve encavée , avait sur sa porte un ornement du genre des pinacles de la cathédrale , que surmontait une ogive flamboyante de la fin du Xy.« siècle ou du commencement du XVI'. Un lion, un chien, quelques feuilles de chou ou de chicorée , deux têtes de chiens de laer et plusieurs autres ornements se voient encore sur sa façade qui a reçu cependant de nombreux outrages. L'escalier de cette maison est en pierre et forme une spirale ; ce qui se voyait quelquefois dans les édifices en bois. Plusieurs maisons possédaient à Tintérieur des orn^iieiits remarquables. L'on voyait autrefois , rue de la Glavurerie , dtns l'hùtel delà duchesse Anne , de grandes cheminées sculptées dans le goût de la renaissance , mais il n'en reste plus rien.
Les fenêtres de ces habitations variaient beaucoup : souvent elles étaient très-nombreuses et placées les unes contre les autres, de manière à figurer une cage de verre; on eût dit que chaque maison Toolait absorber en entier toute la lumière que l'étroitesse de la rue Ma permettait de recevoir; d'autres fois, les fenêtres plus grandes étaient plus écartées ; dans tous les cas, le vitrage était le même : il se composait de petites vitres retenues par du plomb et des baguettes de fer. Souvent les vitraux étaient peints. Chez les grands seigneurs , lee quatre compartiments de la fenêtre avaient chacun leur ornement armorié ; chez les gens d'église, ces ornements étaient remplacés par des sujets religieux ; chez les bourgeois , l'artiste , plus libre dans allures , se livrait à toute la verve de son esprit : de là des caricatelles que les sept péchés capitaux , ou des sujets techniques ceitime la représentation de tous les détails d'une profession. — CSellës de nos gravures qui représentent la rue Saint -Nicolas, le Bonffay, la me Belle-Image, la maison des Enfants-Nantais, la maison Ghanmier, et les maisons voisines, la rue du Port-Maillard , et le carrefour de la Casserie nous semblent très-propres à donner une juste idée des constructions en bois du XY.' siècle et à compléter notre description.
>'ous ne saurions passer outre sans examiner maintenant comment nos pères, si avancés en fait d'art, entendaient le confortable de h vie.
Reniar<(uons d'ahord que leurs rui^s très-étroites ne pouTsient tonvent donner passade h une charrette, et que, par suite « mi grand nom lire des haiiilants ne faisaient qu'à dos d'hommes et Si force de bras, leurs ]iro\isions de hois , de tourbe , et de vin.
(ihaque chi^minée avait son tuyau particulier ; Ton ne sayait pas en- <'ore couder les tuyaux pour desservir plusieurs feux avec une aeale cheminée.
INous ne voyons rien qui annonce les précautions nécessaires poor se débarrasser promplement et sans inconvénient des immondices d(* toute espèce auxquelles donne lieu raccumulation d*un grand nombre «l'hommes sur un même point. Les escaliers étaient sonvent très-obscurs; il existe encore ù INantes des escaliers da XY.' siècle et même du XVI.s qui ne reçoivent aucune lumière dans une élévation de ([uarante pieds. —Le transport de Teau^ si nécessaire chet les pauvres comme chez les riches, se faisait à bras pour la plupart des ménages ; chacun lo};eail beaucoup plus h l'étroit qu'aujourd'hui, et telle maison de la ]dace du Pilori qui contient actuellement vingtquatre habitants, sutlisait aux besoins de quarante et cinquante.
I^armi les curiosités qui se rattachent aux maisons on bois de Nantes, nous devons, de plus, citer une IVotre- Dame -de -Délivrance qne l'on voit encore dans une cour de la rue Saint-Léonard. Cette sculpture, quun zèle pieux entoure fréquemment d'offrandes , a tra- \ersé la révolution U l'abri d'une cloison de planches qui la dérobait aux outraf^es en la cachant aux yeux. Elle est peinte et fort ancienne: son style annonce la fin du \V.'- ou le commencement du XVI.' siècle. Peut-être quelques parties ont été chan^^ées depuis cette époque. La V ier^e nous a paru récente ; mais la nouvelle Vierge est une copie lidèle <le Tancienne , et renscmbic de ce petit monument appartient à une époque reculée. La ^avure que nous en donnons permet d*apprécier sa valeur au point de vue de Tart. Les détails sont médiocres , mais Tensemble est heureusement disposé. Au devant, la Vierge avec l'enfant Jésus ayant à ses pieds des fleurs et des offrandes; des dent cAtésde la Vierge, deux anj^es qui lui posaient une couronne snr la léte. Les anf;es existent encore, mais il ne reste rien de la couronne. Au-dessus , un pinacle eu bois , au centre duquel se trouve le Père
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éternel; au-dessns du pinacle un Saint-Miche1-4rchange , écrasant le Mal représenté par un dragon. Sur les deux colonnes qui forment Tencadrement de ce relief en Lois, Ton voit deux enfants ; à leurs pieds pendent les cordons de la consécration ik la Vierge. — Un double toit recouvre ce reste de la foi naïve de nos pères; une vieille planche Tabrite de chaque cAté , et souvent encore des cierges brûlent au devant de la Madone.