‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 19 sur 64 · MEUBLES DES BOURGEOIS · texte numérisé non relu

MEUBLES DES BOURGEOIS

De Taristocratie revenons à la classe moyenne , et pénétrons dans habitations du XV ^ siècle. Ici , la révolution qui s*est effectuée les arts pour la décoration des églises et des maisons prinf ne s'est pas encore fait jour. Dans les riches appartements db b Hante-Grande-Rne , de la rue de la Poissonnerie , de la rue de It Gasserie et de la rue de la Glavurerie^ nous trouvons géné-^ niement un lit avec son banc , un prie-Dieu , un dressoir , une mcrfre , un ou deux grands fauteuils , une cheminée , des boiseries des tapisseries (souvent les deux ensemble) , une ou plusieurs

Le lit fort élevé , avait quelquefois , mais rarement , deux étages ; il éiiit large et pouvait contenir facilement deux ou trois personnes, ou Jànm quatre à six lorsque les deux étages existaient. Ces lits n'étaient fétnt garnis de rideaux et n'avaient point de ciel comme les lits à Fange qai furent usités dans le siècle suivant ; des portes à coulisses , le fins souvent sculptées à jour, en tenaient lieu et servaient à les transformer en armoires. Les dessins des sculptures de ces portes étaient habituellement de simples rosaces, quelquefois chez les riches Ton j ajoutait des têtes d'anges.

Le banc ou grand coffre qui régnait devant le lit était recouvert par on dessus qui se levait à volonté. Il servait probablement à mettre des ▼èleinents. Ses pieds étaient très-courts , et au nombre de six , quand il ett avait ; mais l'usage voulait qu'il s'appuyât directement sur le sol. Le devant et les deux extrémités étaient ornés de sculptures , quelqnefois aussi le dessus du banc était élabouré avec un grand soin. Tontes ces sculptures consistaient en arabesques , en ogives élancées , formant comme une dentelle à leur partie sepérieure et en rosaces extrêmement variées. Les plus beaux de ces cofires avaient en outre des tôtes d'anges et des dessins à personnages , tirés de FHistoire Sainte , (ou tout-à-fait allégoriques, à moins qu'ils ne représentas-

sent, comme nous Tarons vu quelquefois , des seènes groMières ou voluptueuses. Les autres dessins empruntés à la Mythologie , teb que les travaux du sire Hercule , madame JfUnen^e ou madame Céré» , n*ayant été en usage que dans le XVI.c siècle , et assignant par suite une date plus récente aux meubles sur lesquels nous les TOjroH.

Le dressoir ou bulfot se divisait en quatre compartiments, den supérieurs, deux inférieurs, dont chacun avait une porte prirative, souvent une pièce avançant un peu , et disposée pour receTOÎr ai l>esoin , des vases, le coupait par la moitié ; ses quatre pieds étaient ronds et tournés; des arabesques, en forme de colonne, montaient des pieds à la corniche qui dominait ce meuble de luxe; chaqneporlB était richement sculptée, au milieu d'arabesques se trouvait un rond ou un ovale dans lequel on voyait, soit une têtod'ange, soit nn bonfnel (le fleurs, soit un sujet allégorique ou tiré de la Bible. IVons avons vu sur un dressoir du XV.*" siècle des scènes de labourage. — Sur nn autre, Thistoire deTohie. — Sur un autre, des grotesques. — Sur nn autre, la demande de mariage, les époux k Téglise, le banqnet des noces , et le marié se mettant au lit près de sa jeune épouse. lions signalerions au besoin beaucoup d'autres sujets du m6me genn.

L'armoire, moins large que le dressoir, était à deux battants arec ferrures en cuivre et clef de même métal ; chaque battant se divisait en trois compartiments qu'ornaient des rosaces, des arabesques, des têtes d'anges, et quelquefois, mais très-rarement, des sujets aHég»riques ou religieux, ce qui tenait sans doute à la difficulté de scnlpCer sur bois des miniatures; mais nous devons avouer que la date des armoires nous semble plus difficile à assigner que celle des antres meubles , et qu'il en est peu qui remontent au XV.' siècle ; la pinpart de celles que l'on dit de cette époque ayant plutôt les caractèna dn XVI«.

Les fauteuils avaient le plus souvent les pieds droits , des bras k hauteur d'appui et un dossier très-élevé; des ornements gothiqnes dé(*oraient les pieds et le dossier. Le siège était recouvert , on par de simples planches, ou par du cuir préparé. A la fin dn siècle, dans cet espace qui sépare le gothique de la renaissance , on trouve des sîéfas d'un assez mauvais goût: les quatre piliers du fauteuil sont éganz, les bras sont très-élevés et ne peuvent servir à appuyer les condes; entre les deux pieds de devant il n'y a point de jour, chaque pied se termine à la partie supérieure par une iiomme , et le dossier est droit

arec de misérables sculptures représentant h peu près des carreaux de damiers.

Les cheminées des riches bourgeois du Xy.« siècle avaient des montants ornés de sculptures eu bois ou en pierre , et un entablement correspondant. Ces sculptures étaient dans le principe tout à fait gothiques; mais, à la fin du siècle, on y vit figurer des arabesques, des cariatides et des animaux d*un goût étrange et fantasque , qui aTaient remplacé les sculptures symboliques du siècle précédent ; audessus de la cheminée se trouvaient habituellement ces images en relief dMvoire ou de bois noir extrait des tourbières , dont nous avons déjà parlé; beaucoup étaient remarquables comme œuvres d'art, mais la plupart péchaient par de grossiers anachronismes.

Les prie-Dieu avaient alors la forme qu'ils ont encore aujourd'hui ; mais la partie postérieure était plus élevée, et les plus habiles compagnons mettaient tout leur art à les décorer. Quant aux fenêtres , elles étalent habituellement ou longues ou carrées : les fenêtres longues se divisaient en deux parties , dont Tune se relevait en glissant dans une coulisse et pouvait rester appuyée sur un morceau de bois taillé eu angle droit à son extrémité. Le plus souvent , ces fenêtres avaient uu petit Titrage en plomb ; et quelquefois des peintures sur verre se tronvaient placées au milieu de la partie mobile et de la partie fixe. Lorsque les ouvertures étaient carrées , la fenêtre , qu'elle eût ou non mie croix en pierre à l'extérieur, se divisait en quatre parties qui s^onvraient séparément; les deux supérieures formaient au moins le tiers de la hauteur totale de la fenêtre. Chez les grands, des armoiries peintes sur verre ornaient chacune de ces quatre parties, mais chez les bourgeois , c'étaient des peintures conformes aux mœurs du temps , des sujets religieux ou bizarres , souvent des caricatures dans lesquelles l'artiste se donnait la plus grande liberté , faisant figurer à sa gnise tous les vices et tous les ridicules de l'époque; les moines eux-inémes, malgré leur caractère religieux, n'y étaient pas épargnés.

nos pères avaient, comme les Romains, leurs jours heureux, leurs jours néfastes y les mots de bonheur et les mots qu'en certaines chrconstances on ne devait jamais prononcer; aussi l'influence des croyances populaires se faisait-elle sentir jusque dans la forme et l'ornementation des meubles; quel compagnon imagier eût voulu sculpter ses mordantes caricatures et ses dessins licencieux sur un lity sur le banc du lit , sur un prie-Dieu , sur le fauteuil de la chemi-

née ? Aussi , de pareils sujets se voîent-ik presque ezclasireiBeit les boiseries et les dressoirs ou buffets. Malheureusement, année détruit quelques-uns des restes de ces œuvres da mojeii-A^e, dont le XV.e siècle fut Tapogée et dont la renaissance tant fanlée

signala la décadence.

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