ÉPIDÉMIES ET FAMINES BU XTI.« SIÈCLE
Jt BHDAirr une partie du XVI. « et les deux tiers du XVTI.c siècle les habitants de Nantes jouirent d'une paix profonde , et ^ par suite, d'une tranquillité dont leurs traditions n'offraient pas d'exemples ; mais de grands malheurs publics remplacèrent en quelque sorte le fléau de la guerre et décimèrent la population.
En 1501 , la peste règne à Nantes et fait périr 4000 personnes (la population ne s'élevait pas encore à 40,000 habitants). La yille , pour en arrêter les progrès, ordonna une procession à Monsieur Saint- Sébastien , dans laquelle on porta un cierge du poids de 20 livres. Les sergents reçurent , en outre , l'ordre de faire sortir les malades de leurs maisons et d'apposer les sceaux sur les portes. En 1522, nonyelle épidémie qui dura deux mois , pour recommencer en 1523. En 1525, grande cherté de grains. Famine en 1527. En 1529, la misère est extrême , et bientôt à la porte de l'hôtel de Briord , à celle de révéque, autour des maisons des principaux bourgeois, se presse une foule affamée qui demande du pain : c'est au mois de décembre; le froid et l'humidité se réunissent encore contre cette populace pour l'exterminer. Les galetas , les lieux publics , oîi s'assemblent les malheureux , sont bientôt remplis de malades ; partout oti ils se trouvent entassés , lodeur putride de leurs vêtements en lambeaux quHls sèchent h la chaleur delà foule, et la présence d'un grand nombre d'individus , sufiQsent pour vicier l'air et le rendre mortel à ceux qui le respirent. Quelques jours encore , et l'on voit couchés pêle-mêle , sur une paille fétide , des hommes sains , mais fatigués par les privations ; des malades dont les yeux fixes et caves , l'extrême faiblesse, la position sur le dos, l'odeur infecte d'excréments, indiquent la fâcheuse situation , et des cada^Tcs qui respiraient encore il n'y a qu'un instant. Les fossoyeurs ne suffisent plus ; dès-lors , à l'insalubrité de rues sales et tortueuses , larges quelquefois de 7 h 8 pieds , souvent moins ; aux habitudes arriérées de l'époque , se réunit Tin-
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fcctioD de maisons remplies de morts et de mourants , et eelle des immondices jetées par les fenêtres » dont les émanations sont toijoai's plus dangereuses pendant les épidémies. Les classes plos élevëcs soniïrent h leur tour; la contagion gagne , s*altaqae aux riches bowgeois, au\ nobles et au clergé. Les ans, pour détourner ce iési, adressent au ciel des prières impaissanles; d'antres quittent la ville ; la comniunauté des bourgeois s't)ccupe presque seule des mesores de salubrité. Par ses ordres, on fait sortir les malades pour les auv hospices ; Ton enferme sous cadenas ceux qui Yenlent rester eux ; on enterre les cadavres , et toutes les maisons peiliférées scellées du sceau de Tétat , mais rien de plus. Aucune mesnre de piopreté n est employée ; les porcs mêmes peuvent encore Tsqner en liberté dans les rues. Cependant la violence de Tépidémie diminue, et déjft Ton se félicite des succès obtenus ; mais bientôt le mal , que ronsTaît cru vaincre eu le limitant dans quelques localités avec des mesmi juridiques , reprend des forces ; Tinfection , concentrée dans ces frisons , s*échappe par mille issues ; et , Tannée suivante . Ton est lé^ duit ii décréter la peine de mort contre les malades et les convalescents qui se présenteraient en public. En 1532, nouveanx heurs: in la maladie épidémi([ue se joint la syphilis , qui se sous mille formes, toutes plus horribles et plus cruelles les nés que les autres : ce fut ainsi pendant quatre années consécniiTes ; mêmes précautions insuffisantes et mêmes souffrances pour le pe^le; la peste , la misère et l'ignorance semblaient faire pacte pour d^kr notre cité. Le roi , touché des efforts de la communauté des kovgeois , lui accorda , eu 15312 , la direction des hospices , qu'il tMn au clergé ; \\m y avait soigné , aui frais de la ville , tons les miisdfi qui s'y étaient présentés , et cependant ces établissements s*étaienl endettés.
En 153K, la ville emprunta pour fournir des vivres anx ({ue la disette amenait 2i Nantes. En 1515, elle emprunta de pour le même motif. Des vingt confréries qui existaient akm I >autes, seize furent imposées soit à 15, soit il 20 marcs d'argent, et les quatre autres furent occupées au service des malades dans les hi>pitau\. L'année suivante, une épidémie survint après la disette, (4, pendant 18 mois, la communauté chargea Julien Martin, anpm de quatre livres par mois , du soin de visiter la ville et les fanboufs avec (»rdre de faire son rapport sur les maisons dans lesquelles il
aurait troayé des pestiférés. £n 1549, noarelle épidémie. En 1552, disette et grande mortalité; la ville vint an secours des pauvres par des travaux publics. En 1553, la mortalité continua. En 1569> la Loire déborda , les eaux montèrent de 21 pieds 3 pouces , puis une maladie pestilentielle succéda \ cette inondation.
En 1583 , la police rédigea un règlement pour arrêter la peste qui continuait ses ravages : il fut prescrit à chaque habitant de balayer son paré , sous peine d'amende ; on décida qu'il serait établi des latrines dans toutes les maisons qui en manquaient, et que les an> cîennes fosses d'aisance seraient visitées ; que leur vidange aurait lien la nuit , depuis 10 heures du soir jusqu'à 2 heures du matin ; cpie pour neutraliser Todeur, les maisons seraient parfumées avec de Tencens; que trois fois par semaine , il serait allumé dans les carrefours un feu public pour lequel chacun fournirait un fagot de bois sec ou 5 sous d'amende; que les maisons pestiférées seraient nettoyées , soit aux frais des propriétaires , soit aux frais des fermiers; que les malades et les convalescents seraient habillés de bongran avec une croix blanche sur la poitrine et une autre sur le dos y et qu'ils porteraient une baguette blanche à la main; qu'il en serait de môme du chirurgien du Sanitat ; que les domestiques de cette maison ne sortiraient pas sans avoir aussi eux une baguette blanche à la main , avec une cloche au bout , ponr avertir toute personne saine de s'écarter; qu'il serait nommé un médecin et un chirurgien pour visiter les malades à domicile , et trois fois la semaine an Sanitat; que les malades se feraient transporter à l'hospice la nuit et par les ruelles; que les convalescents qui se présenteraient en pnblic avant quarante jours seraient fouettés , ou paieraient 10 écus d^amende ; que les morts ne seraient pas enterrés au cimetière de la paroisse ; que chaque dizainier serait tenu de faire connaître les malades de son quartier , dans chaque desquels seraiefU établis gens de Aien et dhonneur pour veiller à Pexéculion du règlement,
La maladie cessa ses ravages, grâce à plusieurs de ces précantions qni étaient très-sages , mais ce ne fut pas pour bien long-temps , et les années 1586, 1596, 1597, 1602,1603,1612, 1624, 1625, 1631, 1632, 1633, 1637 et 1662, présentèrent de nouveau le spectacle horrible d'épidémies meurtrières.
Il est facile , en y réfléchissant , de se rendre compte de ces pestes dont Nantes a tant souffert : sa position au bord de la rivière , les
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inondations plus fréquentes de la Loiro , par suite da plos graid volume de ses eau\ et des barrages établis tous plaaieors ponts ; lei inaréca(;cs de l'Erdre, la douve Saint-IVicolas , les fossés da Ckiteaa; la disposition intérieure des maisons , Tétroitesse des mes dans les- ([uelles Tair ne circulait pas; les communications qui exîstaieil soavent d'un cAXé à Tautre ; Thabitude où Ton était de loger plis I Tétroit qu'aujourd'hui ; Tentassement des pauvres et des Tagaboadi dans les galetas et dans les greniers ; le manque de latrines qne les règlements de police ne parvinn^nt pas à faire établir parlent: les réunitms plus nombreuses et plus longues pour les pratîqnES du culte, enfm la situation précaire du peuple » étaient autant de sources et de causes puissantes d'insalubrité. Il faut ajouter qne b médecine n'était exercée que par des ignorants » que Fart avait fait peu de progrès , et que , fréquemment , les médecins les prôtres refusaient leurs soins aux malades.
On s'étonne souvent que la population ait pu augmenter Malgré des mortalités si fréquentes et si nombreuses , mais il faut songer que chaque année de misère qui enlève une partie du peuple ert suivie d'un nombre beaucoup jdus considérable de mariages et de naissances : la population et les subsistances tendent constanuMUt à se faire équilibre; à côté d'un pain il nait un homme, Ruflbn l'a fort bien dit. 3Iallieureusement , par suite de Vb vovance des masses et même des gouvernants, la production ea hommes a souvent dépassé , jusqu'ici , la prt>ductiou eu subsistances, et lorstfue des guerres n'ont pas corrigé cette exubérance , ce sent des années de disette qui ont servi ii vider le trop plein de la société : ainsi s est vérifiée plusieurs fois la règle cruelle de Malthns , règle vraie pour le passé , c[ui avait si peu de science industrielle à sa disposition , et , par suite , fausse pour Tavenir qui possédera maHn pratique et notre science actuelle avec toutes les découTertes qù^ chaque jour ^ promettent aux peuples un meilleur sort. Cependant il est vrai de dire que souvent aussi ce sont les guerres ifni ont amené les famines en ravageant le sol, et que les maladies lentielles qui ont succédé à ces dernières , ne pouvaient 6tre dentielles et destinées à vider un trop plein qui u^existait pai la société ; nous croyons aussi que, fréquemment, les chaleurs de Télé ou les inondations de l'hiver , jointes aux conditions alors existantes d'insalubrité , ont produit des épidémies violentes dans des
où la population n'était pas trop grande pour les denrées alimentaires. Le dessèchement des marécages de FErdre, Télargissement des mes j la salnbrité toujours croissante, produit d'une hygiène mieux entendue , rabaissement du prix des choses de seconde nécessité , telles que les tissus et les chapeaux , une police meilleure, et Texcellente position des quartiers nouveaux, nous ontjpréservés jusqu'ici depuis bien des années, et nous préserveront sans doute encore à Tavenir de toutes les épidémies dont les causes sont bien connues.
ÉTÉHBXEirrS SURVENUS A NOTES DE 1500 A 1506. — DESCRIPTION