‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 23 sur 64 · DU TOMBEAU DES CABMES · texte numérisé non relu

DU TOMBEAU DES CABMES

La reine Anne a contribué beaucoup , en protégeant les hommes de lettres , à donner à la couronne de France cet éclat dont elle a brillé depuis leXYI.*^ siècle. Ce fut par son ordre que TabbéLebaud recueillit, dans les chroniques du pays^ Thisloire de ses aïeux et du duché de Bretagne. L'abbé , dans cette histoire dont nous avons cité çà et là quelques passages , ne fit point preuve d'un grand mérite y et se borna au rôle de compilateur , défigurant môme quelquefois , par de méchants rapiécctages , de naivcs chroniques , et substituant à la grâce originale des écrivains bretons , son style lourd et monotone. Cette histoire est suivie d'une généalogie de la princesse , œuvre curieuse dans laquelle la flatterie a été poussée jusqu'à ses dernières limites , sans égard pour la vérité , qu'un écrivain et qu'un prêtre surtout doivent enseigner aux antres à respecter comme ce quMl y a de plus sacré sur terre.

La reine Anne fut aussi la protectrice de Jean Marot ou Desmaretsde-Gaen, dont le fils. Clément Marot, est devenu si célèbre. Cet écrivain lui présenta un livre orné de peintures magnifiques, qui avaient trait à l'expédition de Louis XII contre les Génois. Cet ouvrage fit naître , plus tard , la pensée à quelques poètes latins et français qui se trouvaient à la cour de la duchesse Anne , d'exprimer en vers les sentiments de la reine , la douleur que lui causait tant longue absence du roi , ses inquiétudes et ses plaintes contre le pape Jules n , qui s'était montré fort peu reconnaissant envers Louis XII. De belles miniatures, faites par d'hatntes maîtres peintres d'Italie,

furent réunies à ces vers, et Toq forma du tout an mumsaîl |ié^ rieux , en beau vélin à l'intérieur , avec fermoirs d*or et lie vclonrs.

La prcmi^ro épitro était précédée par onc miniature re| la reine Anne dans sa chambre à coucher , un petit chien bbacélrit ('ouclié sur les bords traînants de sa robe ; de sa coiffure lortail va pièce d*éto(Te carrée qui lui couvrait le front jusqu'aux yen ; flii écrivait une lettre au roi sur une table fort simple couverte Ai lapis vert ; son écritoire et son canif étaient ornés d'or. De la aaii (gauche la reine tenait son mouchoir pour essuyer ses larmes ; ft cM de sa table se trouvaient les dames de sa cour assises aor leon talons. (La reine Anne, dit Brantôme, comm«ii^d/in'r0 saCÊméi dames plus grande que celle des autres reines,) Ces dames étaieat tollBI v(>tues et coitTées de la même manière: leurs robes, très-amplea pv lo bas, avaient une taille écolletée carrément, sur le derant dela- ([uelle pendait fréquemment une croix soutenue par ane dttha; récollelure était bordée de noir. Les manches très-larges araieMI 11 forme des manches de nos reli(;ieuses de Saint- Vinceot-de-Paak. — 4 gauche de la reine se trouvait son lit', dont la convertiire d'or; les rideaux étaient partie rou{;e et partie de drap d'or; images de saints en or étaient attachées du côté du cheret ; lin lit se trouvait un perroquet vert dans une cage. Ces n'étaient connus que depuis peu en Europe , et n'étaient pas desrendus jusqu'il l'échoppe du savetier. Voici l'épitre qui en re{;ard de cette miniature :

La chère épouse ayant le cœur many Pour le destour de son loyal mary , Joyeuse aussi pour ce que conquérir Va les pays et triumphe acquérir ; En contemplant néanmoins Tadventure De guerre extrême et doubteuse rupture , Aussi qu'il est en etran^^ere voye , Ce triste escript lui transmet et envoyé , Pour ce que tant une loyale amante Penser doubteux fort opprime et tourmente , Quand en grief deuil de tristesse saisie De plaisirs deubs est toute dessaisie.

La deuxième épitre, en vers latins , était adressée au roi par la reine Aane. Fauste Andrclin Tavait composée , Macé de Villebresme Ta- Ttit traduite en vers français. La reine y reprochait à Louis XII d'a- TOir Hait la même faute qu'Annibal après la bataille de Cannes. En tête 86 trouvait une miniature , dont nous donnons le dessin comme ionrenir de Tune des illustrations de notre ville et de la France : La reine est assise sous un dais ; elle porte sur sa jupe une robe onrerte et traînante en velours rouge , doublée de drap d'or , dont iaa manches sont fort larges. — Un courrier, genou en terre, reçoit M lettre et tient son bonnet à la main ; il p )rte sur Tépaulo droite ■B petit écu de France. La lettre est adressée à Monseigneur le 'Roi, Le doigt de la reine cache une partie de l'écriture. Un officier qui porte on collier d'or et une sorte de redingote à manches larges el fendues, semble avoir été Fiutroducteur du courrier. Les dames de la reine sont dans le fond de Tappartement à genoux ou assises wut leurs talons. La chambre de la reine est tapissée en riche étofie , et 4e8 armoiries se font remarquer dans le vitrage supérieur de la cvoiiée.

Le séjour de ]\antes plaisait fort à la reine Anne ; aussi vint-elle en 1500 visiter sa bonne ville en compagnie de Louis XII. La cornfliiuianté des bourgeois envoya deux galiotes à Ingrandes pour transporter leurs majestés. Guillaume Guéguen , que la reine protégeait tout spécialement 9 ne tarda pas à devenir évoque, (page 185) ; le palais épiscopal , inhabité depuis longues années , n'était pas en état de recevoir une société nombreuse ; aussi donna-t-il aux Cordeliers son diner d*installation , auquel assistèrent plus de 2000 personnes 4es trois ordres de Tétat.

De 1501 à 1506 , peu d'événements importants se passèrent dans notre ville. L'achat de plusieurs maisons dans la rue des Caves pour la construction d'un hôtel de la Chambre des Comptes, et la publication , par Guillaume Larcher , d'un Missel à l'usage de liantes , rappellent Tannée 1501 , pendant laquelle régna une épidémie trèsmeurtrière. £n 1503 fut commencé le nouvel hôpital^ sous la direction de Guillaume Pâtissier. En 1504, Louis XII prescrivit aux habitants de veiller à la garde de la ville et du château , et de former un service du guet ; la même année fut bâtie la chapelle Sainte- Catherine, dont le quartier a conservé le nom. En 1505, le roi tomba

dangereusement malade , et la reine se disposait h revenir à !Vantes: mais le maréchal de Gié fit arrêter ses meubles et ses effets les plo» précieux , qu'elle avait fait embarquer sur la Loire. Le roi revint i la vie , et le maréchal fut poursuivi comme conspirateur. — Lon^s-temps on a accusé la reine Anne de l'avoir sacrifié h sa veDgeance ; M. Ludovic Chapplain , archiviste du département» a réhabililé sa aiénioirc et nettement prouvé , à notre avis , que la condamnatÛM qui avait frappé le maréchal était juste.

Ce fut en 1506 qu eut lien la translation du corps de Marguerilede-Foix, mère de la reine, auprès de celui du duc. François II , soi époux , dans le tombeau que venait de terminer Michel Colomb, h» dépenses de cette magnifique cérémonie montèrent & 32:29 livres 8 sous 4 deniers. Los sei^^neurs de Rieux » de ChAteaubriant , de la Hunaudaie^ Du Perrier et beaucoup d'autres encore y assistèreal sur rinvltation de la reine Anne. ]\ous avons long-temps cberché, mais en vain , quelques détails sur l'artiste auquel nous devons ce tombeau de François Tl , l'une des plus belles œuvres de scnlpfmv du moyen-â;^e : nos chroniques sont muettes à cet égard. Le pèn Lobineau se contente de nous dire qu'en 1505 un habile ouvrier travaillait «^ ce monument funéraire, et les autres historiens ne sont (|;uère plus explicites.

Ce tombeau du du ^ François 11 , étant l'une des oeuvres d^art les |dus importantes que nous ait léguées le X\\.' siècle , rien de mieoi en ce genre n'existant, mi^me dans les plus grandes villes d^Enrope, nous avcms cru devoir lui consacrer plusieurs gravures. Les artistes ne sauraient trop étudier ce chef-d'œuvre, ce n*est pas en quelques instants rapides., ce n'est même pas en quelques heures que Ton peut arriver in comprendre tout Tart que recèle cet immense travail.

A cAté de ce tombeau, l'on peut librement évoquer les souvenirs du temps ; il ne faut pas longue séance pour se reporter dans un autre Age et pour recevoir de l'artiste lui -même Teipliratiou de sa pensée avec une illusion aussi complète que celle que produisent les diornma, lorsqu'une toile vient h remplacer robsrurilé.

t( Je n'étais (pfun pauvre enfant , sans appui, courant sur les roates, » à la merci de Dieu et des Saints patrons de nos villages, oubliait » souvent boire et manger, pour voir travailler ii toutes les belles » croix en pierre qui ornent les lieux saints du diocèse de Léon, et

» faisant moi-même de petites imaiges en bois avec un maayais cou- » teaa , lorsque de vénérables prêtres me prirent en pitié et se » chargèrent de me nourrir , en me disant , travaille petit, regarde » font ton saoul, et le clocher à jour de' Saint -Pol et les belles » CBQTres des compaignons; regarde, aime le bon Dieu, le doux 9 Sauveur , la benoiste Vierge Marie , et tu auras la grâce des grandes 9 choses ; tu seras en renom dans le Léon et la belle duché de Bre- » laigne; ainsi je faisais depuis long -temps pour devenir habile » oavrier, lorsque notre duchesse Anne m'a commandé le tombeau 9 de notre gracieux duc François II et de la duchesse Marguerite. »

Yoilà Thistoire de Golumb, telle que son marbre la donne; mais on y trouve aussi bien d'autres choses , pour peu toutefois que Ton TeaUle Tétudier avec conscience et non superficiellement comme la plupart des visiteurs.

Le tombeau du dernier des Anes de Bretagne, exécuté par ordre de la dernière duchesse du pays, semble celui de la nationalité Bretonne; aussi est- il entouré des attributs qui conviennent à un people fort et respecté , à un peuple qui a toujours montré une dé- TOlion égale pour ses lois et pour les plus grands saints.

Le doc et la duchesse , couchés sur une table de marbre noir^ sont recsDnverts des insignes de leur rang; trois anges soutiennent leurs têtes sur des oreillers, en témoignage de leur mort chrétienne; à leurs pieds , un lion et une levrette attestent qu'ils ont possédé les fMlités de leurs sexes et les vertus qu'exigeait leur fonction dans le Bonde; la force magnanime et la fidélité. Aux quatre coins du tombean se trouvent les quatre vertus cardinales ; à savoir : la Justice , la Prudence , la Tempérance et la Force , dont l'eusemble forme la Sagesse. Les deux extrémités et les deux cdtés sont ornés , en signe de regrets , par des pleureuses que surmontent les donxe apôtres , et Saint-François , Sainte-Marguerite , Gharlemagne et Saint-Louis*

Les figures du duc et de la duchesse sont remplies d'expression ; cette dernière surtout mérite d'être méditée ; on comprend , en la voyant, toute la pensée d'un artiste chrétien. Cette mort, dans laquelle repose Marguerite, n'est pas le sommeil agité que nous goûtons sur la terre; son calme, sa sérénité, font penser de' suite à rétemité du bonheur dans une autre vie. Cependant, pour faire ressortir cette expression , Columb n'a point sacrifié les détails ,

persuadé , sans doute , qu'une harmonie complète est préféraUe I relTet obtenu par le sacrifice de quelques beautés.

Trois an^cs soutiennent les oreillers sur lesquels reposent le imc et la duchesse ; de face Ton n'en voit que dea\. Colomb ne s^est pas inspirée pour les faire, des amours de la sculpture grecqne, mais bien des plus jolies figures d'enfants de son pays natal. Les an{;es qui viennent chercher les âmes des princes Bretons, posTaîentils en effet prtîndre une forme plus agréable , surtout lorsque le«n gracieuses ri{|;ures sont embellies par une religieuse poésie? Den auges suQisaient à la rigueur : l'artiste a compris que trois an{^ se groupaient mieux. Le troisième a, d'ailleurs, Tavanfage, par sa lôte élevée au ciel, de varier les poses, d'unir le souvenir de b vie terrestre h celui de la vie éternelle, de rappeler Tldëe de la triuilé, dont il convenait au moven-âge que chaque monument religieux renfermât quelque emblème, et peut-être aussi les trois vertes lhéoh)gales, la foi , l'espérance et la charité.

La mort, pour le chrétien , n'est ni la douleur, ni la joie, ni le néant : c'est le moment rapide qui unit une vie limitée sur terre .'i nue vie sans limite au sein de Dieu; aussi Tartiste s'est-il gaidë démettre nulle part les symboles qui la caractérisent , persuadé qn'il suflisait de donner h ses figures un calme au-dessus de rhumanité. La Justice , la Prudence , la Tempérance et la Force sont , cobup nous l'avons dit , auv <|natre coins du tombeau.

La Justice passe pour être le portrait de la duchesse Anne: de h main gauche, elle lient le livre des lois; de la droite, un glaire pov les faire respecter ; ses beaux yeux en amande, son front pur et iaiye au-dessus des tempes sont des traits caractéristiques qui la rattackent h la Bretagne, et que l'artiste a dû pressentir, s'il ne les a pas uni ressortir in dessein ; de quelque cAté que Von regarde cette staftaet Ton trouve toujours en elle le calme et la dignité qui conviennent à b justire ; il n't'st pas jus()u*h la pose et auv draperies qui ne contribaeal à exprimer celte vie de Tànie, ces pensées intimes et réfléchies, fii sont dans la nature du sujet.

La Prudence est une perspicacité d'avenir, fondée sur la connaissance et l'expérience du passé; aussi Columb lui a-t-il donné deni visages. Par derrit're, une coiffe toute bretonne entoure la tête d'n ueillard , dont les traits rappellent aussi la Basse-Bretagne: ou dirait un de ces conteurs à longue mémoire, qui n*ont rien oublié des

traditions de leurs pères et des souvenirs de leur enfauce ; la figure de devant est encore bretonne , ainsi que les figures des deux autres stataes que nous aurons à examiner ; son front , qui laisse saillir ridéalité et la causticité , ses sourcils arqués , ses yeux en amande , son ues droit et pur rappellent les jolies femmes de révôché de Saint- Pol; d*ane main y elle tient un compas , de Tautre, un miroir, et Ton ▼oll an serpent à ses pieds : ces attributs sont ceux de la Prudence. Ses Ydtements sont un peu négligés , mais cette négligence est pleine d^irt. Ici, comme dans toutes les autres statues de femmes de ce tombeaa, la gorge est peu développée; ce qui s'explique naturellement par Tinfluence des idées dominantes à Tépoque où Golumb viraît.

La' Tempérance tient un mors de bride dans une main ^ et, dans Tantre, une horloge ; ses habits rappellent les ordres monastiques , et sont on emblème de plus; sa figure est grave, sa pose pleine de noblesse et de dignité.

La Force tient une tour de la main gauche , et , de la droite , elle écrase on monstre sous la figure duquel le moyen-àge personnifiait le mal » comme nous Ta vous déjà dit dans cette histoire. Cet emblème la caractérise. beaucoup plus que son casque , beaucoup plus que la cpirasse qui recouvre sa poitrine et sur laquelle les yeux sont arrêtés fÊX on dessin très-élégant. On voit de suite que ce n*est point la force phjrsiqne, mais la force morale dont il s'agit. Cette statue a dû coftter à Tartiste plus de travail et surtout plus de méditations intimes fW tontes les antres; nous signalerons la pose et le mouvement de la main droite comme l'expression d'une volonté qui agit sans effort , parce qB*eUe est extrêmement puissante. Le mouvement de la tête a été étudié dans le môme sentiment. La figure est encore belle, quoiqu'elle ait snbi les outrages du temps ; mais cette beauté est toute particulière et ne frappe point les personnes qui n'ont pas l'habitude de l'observation. La Force , telle que Golumb l'a comprise, est une femme qui doit avoir vécu long-temps sans vieillir. Elle a traversé les moments les pins difficiles avec calme et sans faiblesse , parce qn'elle possédait an pins haut degré le courage qui n'hésite pas dans les périls , et la volonté nécessaire pour le soutenir; combien d'artistes de nos jours, s'ils avaient pareil sujet à traiter , qui mettraient beaucoup de monvement où Golnmb s'est efforcé de caractériser par le recneillement et le calme la force de l'âme ! — Cette statue n'est pas la plus belle

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des qaatre , mais c'est la plus intéressante , et c'était la plas diflkile a modeler. Si maintenant il était vrai, comme on Ta sapposé, qie Colomb et les imagiers de sou époque ne faisaient pas habitoelleiml d esquisses en terre , combien n*a-t-il pas falln de méditatioM k Tuliste pour arriver h une œuvre aussi parfaite ! Vne par derrière , celle «tatuo présente un corsage et une robe dont Télégance ne laiw rien à désirer ; aussi, un second dessin lui a-t-il été consacré par BObc collalmrateur.

Le lion placé aux pieds du duc, est nn lion de convention » vb Un de blason; jamais peut-être Golumb n*en avait vn d'anlret, et b critique ne doit point s'occuper de ses formes , mais seulement de Peiprcssion, qui est remarquable. La levrette qui faisait partie desanMs de Bretngue a été traitée avec le plus grand soin par Tartisle, c'ctf une œuvre pleine de vie.

IVous ne dirons rien ni des pleurenses qui sont détraites en grande partie , ui des arabesques qui sont peut-être ce qu'il j a de mien ei ce genre, ni des seize statuettes qui ornent le tombeau; les dessin de M. Ilawkc permettront aux personnes qui aiment les arts, de comparer les douze apùtres de Golumb aux apôtres que Ton rencMlR partout ; à part quelques incorrections de dessin qae notre oollakH rateur a dû fidèlement copier, ces statuettes sont toutes remarqnaUei par la pose , par le caractère de la figure , par la forme de la têteypv Télégance et le bon goût des draperies.

Nous sommes portés à croire que les arabesques qui entoaml Saint-Louis et Gharlemagne devaient entourer Salnte-Margnerite et Saint-François , les patrons du duc et de la duchesse ; et qie les arabesques de Sainte-Marguerite et de Saint-François devaieH entouriïr Saint-Louis et Gharlemagne ; une erreur a été faite lorsqw Ton a rétabli ce monument : il ne nous appartenait pas de la corriger dans nos gravures.

Le tombeau de Franç4)is II , appelé à Nantes , tombeau des Carma, parce qu'il existait autrefois aux Garmes , est resté long-temps ignofé.

-G'est cependant l'une des belles œuvres les plus anciennes qoe le moyen-àge nous ait laissées , et sa perfection assigne & son antenr a rang distingué parmi les grands artistes dont la France s*lionore.

De 1 506 à 1514 , époque de la mort de la duchesse Anne , noos vous peu de faits à signaler. — L'évêqne Gnéguen étant décédé an r^

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towd'an voyage, après avoir assisté au mariage de Claude de France, ftUe de U reine Anne avec François de Valois > héritier de la couronne , Boèerl-Guibé » neveu de Landais , lui succéda ; des discussions avec bndt Xn Tempéchèrent de siéger ; aussi se démit-il de ses fonctions M ISII9 en faveur de son neveu François Hamon. La même année , la Tille acheta maison et jardin pour l'exercice des arbalétriers, Itedos du quartier Sainte-Catherine, qui servait à cet usage, lui fWiiinnl iidji étroit; cette acquisition se trouvait située près de la poiio tour du Port-Communeau.

- Parmi les coutumes de Tépoque, nous signalerons les suivantes:

Li procession de la Fôle-Dieu se faisait de Saint-Pierre à Saint- IHoolaB , et revenait par le môme chemin. Le clergé de la cathédrale y larisliit seul.

r ' Les Saints étaient habillés de linges fins et d'étoffes précieuses. De U Toottaint à Pâques on couvrait de paille le pavé des églises.

Li Communion se faisait debout, à une table préparée exprès.

Le Jeudi Saint, les autels étaient lavés avec une décoction vineuse d^tortieB aromatiques.

' Les églises servaient de lieux d'asile aux criminels , qui souvent y Tiraient aux dépens des fabriques.

Lea enfants exposés restaient à la charge des paroisses sur lesquelles INI lea trouvait.

. LHiaage du beurre et du lait , pendant le carôme , commençait à être toUré.

Lea enfants , quoique majeurs et mariés ne contractaient qu'avec raaloriaation de leur père. Une femme mariée avait besoin de l'autoriaation de son beau-père et de celle de son mari.

Roos voyons encore dans nos annales, que la Chambre des Comptes ae tenait alors provisoirement aux Cordeliers ; que le bas de la Fosse était habité par des pêcheurs qui , depuis , se sont retirés à Trentemoolty et que les ponts étaient tous en bois depuis la ro/6 Chalandière, aujourd'hui, rue de la Poissonnerie , jusqu'à Pirmil; la ville était donc peu étendue, l'industrie médiocre, la religion mal comprise, le pouvoir paternel excessif, ainsi que le pouvoir sacerdotal.

Lea obsèques de la reine Anne dont nous allons parler, contribuenmt à faire connaître l'état des mœurs au commencement du XVL' aiède. Cette princesse étant morte au chÂteau de Blois , Louis XII Touliit lui rendre des honneurs extraordinaires et tels qu'aucune reine

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il*' Fnnrp n>n avait reros. — Anne était morte le landî: sob rcf^ tut laissé «l'in^ !a cfaamfip;: jusqu'au samedi soiTant . an milieadereli::iiriji qui fHriitirnt Dieo pijiir s<.»n âme. Le samedi elle fat tnasportér ilan^ la LTan«)f.* salU.* du rhàteaa . qm* décurait ane rirhe tapisserie d*!* <*t fjir ^«iie, rf(>ré^t;ntaut la |»ris«* de fémsalem par Titus. Le rorptde la nrine fut mis sur un lit fort éle^é, dont la converture de drap d'or de>f:<*ndait ju'^iju'a terre. —Le lundi suivant, 16 janvier , ierotpite pLiré dan> un rerrueil. Après de nombreuses cérémonies , daaf ktijut'llt'^ fj^'urait toujour:» une |>einture de la reine , le cortège fB devait la conduire h Saint-Deni». !»e mit en route. Dans tontes les Tihi qui se PMiriintrèrcnt sur son passa^re, les restes de réponse de Loû Xfl furent ri'çu^ {irocessionnellement. A l'église de Saînt-SanTcv,k H lui s , In hiép' fui mi>e suus une chapelle ardente , ornée de ÔÊq rlorhtrrs d*: IxiuL'ii.'S et de croix recroisetées. L'oraison fnnèiMe de b prinrcsse fut faite par Pamy , confesseur du roi, qni lui donna trmUêst'pi f'pifh^ffé's ifrtuetiU'S pour les trente-sept années qu'elle arait véca. \u >ortir de Téulise , la marche fut réglée; on remarquait dam le ion\ oi 400 torrhf'h aux armes de la reine , et SU aux armes de la TÎlk. \ Paris , les cérêmimies funèbres furent accompagnées d*nne nonrdle unisoii de Parny , i|ui compara , dans son discours, la Tille de Paris à un chœur de musique il quatre parties: Téglise, la justice, Tni- \erNité et le |)euple, et coudut, en disant i[ue dans chacune de on parties, la douleur seule se faisait entendre. Dans le cours de cet éloge, il félicita la reine d'avoir agi peu ciiaritablement ^ l'égard desJnîfi, en provoquant leur expulsion. Le môme Pamy fît une troisième oraison fun(:lire h Saint-Denis , mais beaucoup plus longue; il débuta y« la ^én«'?alo<r:ie de la reine , qu'il n'avait pu faire à Blois faute de temps. Après avoir fait remonter son origine jusqu'à Bmtus de Troie , il coati uua par des fables aussi ridicules.

A^ant de mourir, la reine Anne avait demandé que son «enr Cit déposé à >anti*s , dans le tombeau de son père : le roi TeuToya I Nantes dans une boilc d'or qui fut d'abord déposée aux Gkartnn. puis transportée aux Carmes avec la plus grande pompe. Partout sur le passage du cortège, les rues étaient tendues de blanc , les leuétres de chaque maison étaient éclairées par deux cierges aux annes de la princesse; un crieur, vêtu de velours noir et portant quatre écuNSons sur sa robtt , ouvrait la marche. Il sonnait à chaque carrelbv les deux sonnettes qu'il avait à la main , criant à haute roix: DiUitm

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paienetires à Dieu, eesl pour rame de trés-^krëUenne reyne ta duchesse noetre soubueraine dame naturelle et mailresse , de laquelle on porte le eœur aux Carmes. Cent hommes le saivaient ; leurs robes et leurs chaperons étaient noirs ; ils portaient à la main des torches du poids de deux libres. Le convoi venait ensuite: noblesse, ma^strature, dergé séculier et régulier, tout ce qui jouissait de quelque privilège , pat en foire partie. Philippe-de-Montanban , chancelier de Bretagne , portait le cœur de la reine. Il marchait sous un poêle de drap d^or que portaient le vice-chancelier , Tabbé de Qnimperlé , les sénéchaux de Bennes et de Nantes. La chapelle ardente dans laquelle le cœur fut déposé f était magnifique. Les JXantais avaient voulu faire mieux qu'à Saint-Denis et qu'à Paris même , oîi l'on avait allumé près de 4000 cierges; ils ne réussirent cependant à l'emporter que par le nombre des lumières.

Le vase d'or qui renfermait le cœur de la reine Anne , avait la Corme d'un cœur surmonté d'une couronne et entouré d'une cordelière. — Sur la couronne on lisait :

CUEVB DE VERTUS 0R5É DIGNEMEJfT COURONJfÉ.

Sur les deux faces du cœur en or , sont gravées les deux inscriptions soiyantes:

BN CB PETIT VAISSSAV DE FIN OR PVR ET MUNBB BBrOSB UJfG PLUS GRAND CVEVR QVE ONCQUE DAHB EUT AU MVNDE ASm FYT LE NOM D'SLLE EN FRANCE DEVX FOIS ROINB DrCinSSE DES bretons royale ET SOWERAINB

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