CHATEAU DB HAUTE -GOULAUTB
ik château de Haute-Goulaine, situé à deux lieues de Nantes, lent, par son architecture , au commencement du XYI.^ siècle. f dans son dictionnaire, prétend qu'il fut reconstruit en 944 sur raines d'un château plus ancien , dont on laissa subsister deux >ments qui furent réunis au nouvel édifice ; cette opinion n'est sontenable: tout nous porte à croire que ce château aura été lifié, pour la seconde fois, probablement vers 1C30, à l'époque où terre de Goulaine, qui depuis a passé dans la maison Rosmadec, fut fjérigéeen marquisat, en faveur de 6abriel-de-Goulaine , seigneur de 'fioalaine, de Saint-Nazaire et du Faouet.
L*extérieur de ce château rappelle la façade du château de Nantes ol It façade de l'ancien évêché consacré depuis à la Psallette ; ce sont Im mêmes ornements et le même style , avec moins d'élégance et de conscience dans le travail qu'au château et plus de grandiose qu'à rmcien évêché.
AiF-dessus de l'une des portes , l'on voit la figure d'Tolende de Goulaine, encadrée dans une ogive flamboyante, dont les crochets et le finial indiquent bien positivement, surtout en Bretagne, la transition vers la renaissance, c'est-k-dire le commencement du XYI.* siècle.
Les armes que Ton voit sur ce château, sont mi-partie 4e Fn mi-partie d' Angleterre ; c'est-à dire de gueule 9i trois léop«É et d^azur , à une fleur de lys l,/!2 d*or. — Jamais insigoe kM lie fut mieux mérite; nos annales rapportent en effet qn^All de Goulaine, n'ayant voulu recevoir des rois de France et d*Ai|^ aucune récompense pour le service qu'il leur avait rends parm de paix qui ménaf;eait les intérêts des deux peuples de la nuÉ plus satisfaisante pour leurs souverains , ces princes Ini firent ac Tun et l'autre la moitié de leurs armes comme an témoignage i haute estime.
^'ous avons cru devoir consacrer deui gravures an chitf <ioulaine; Tune représente Textérieur; on y remarque d*al chaque extrémité une tourelle carrée. A Tangle de la tour de : se trouve une tourelle ronde très-élancée. L'ensemble de ce d est imposant , le toit seul a quelque chose de lourd et de dîsgra il écraserait par sa masse le reste de Tédifice, si des fenêtres^ ('t tr^s-richement ornées ne rachetaient ce défaut.
Dans la seconde gravure , nous avons placé un dessin d'nnei de tapisserie et la porte d*entrée du chftteau. Cette tapisierie iruir estampé; les figures sont peintes avec beaucoup de délical d'éclat; on y voit des lézards, des papillons, des limaçons l'oule d'arabesques, représentant des jeunes GUes cneillant dn des enfants et d'autres sujets du môme genre; le fond de la ta| est uni. L'on ne trouve pas ici ces riches dorures qn*(m ra «lueliiuefois sur des tapisseries du môme genre, quoiqne l'exécn soit beaucoup plus remarquable ; nous devons signaler anssi la i des couleurs.
Cette tapisserie décorait autrefois une salle immense; de noi visiteui*s l'ont lacérée presque tout entière , il n*en reste lambeau que le propriétaire a placé derrière une porte» povrc fût pas aperçu et ne tentât point l'avidité de quelque artn délicat.
L'du voit aussi, dans le château de Ilante-Gonlaine, des appart décorés avec moins d'art que de richesse; nous y avons reman fauteuils et des canapés du siècle de Louis XIY, snr lesquels s présentés en tapisserie de soie les fables de La Fontaine ou d' leurs bois sont entièrement dorés. Des lambris du XYIL* représentent des paysages et des sujets allégoriques , ou tib
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iges les plus connus^ comme de la Jérusalem délivrée : les pein-
en sont médiocres. Aa-dessiis des portes se trouvent des por-
très-médiocres aussi ; mais dans un trumeau qui;a été enlevé ,
une restauration qui semble appartenir au XVII.' siècle , on
'Ij^orçoitnn ancien tableau bien supérieur aux autres: il est tout à fait
le genre des premiers peintres allemands ; et représente la Foi ,
'IVqiénnce et la Charité entre lesquelles on lit ces mots : Spes , Fidei ,
jBiiffftii. — On montre dans ce château une chambre où Louis XIY a
t'itfché; elle est aujourd'hui dépouillée des ornements qui Tembel-
Ihuient autrefois ; elle donne sur une terrasse et un jardin qui lui
liaient privatifs. Dans chaque pièce Ton voit encore un vitrail armo-
Mé dont les couleurs sont très-belles ; quant aux armes elles-mêmes ,
ïHtoe se retrouvent partout et sont peintes sur un grand nombre de
yotles. — Nous noterons encore , en terminant , des poutres ornées
iie sculptures dorées^ et deux cariatides dorées, qui supportent le
■untean d*nne cheminée.
'■ Le château de Haute-Goulaine est entouré de douves dans lesquelles Il y a de Teau, et Ton y entre par un pont-levis.
Les observations à faire sur les sculptures, les sculptures peintes, ieepeintures , les vitraux , les meubles et les modes, rentrent beaucoup dans ce que nous avons dit pour le XV.^ siècle; cependant nous allons passer en revue ces divers sujets.
SCULPTUBE.
M. Bosset , qui a eu Tobligeance de mettre son cabinet à notre disposition , possède plusieurs sculptures du moyen-âge ; quelques-unes sont probablement antérieures au XVI.*^ siècle, mais nous ne sauriom lenr assigner une date précise :
Un tableau d'albâtre , en relief, représente Tadoration de TEnfant Jésus; quelques parties du dessin sont incorrectes ou négligées, mais l'expression est très-remarquable , et Ton ne saurait rien voir de plus délicieux que la Vierge en prières devant son enfant : non-seulement sa figure et sa pose sont on ne peut mieux, mais sa robe est drapée avec un goût exquis. Les autres figures de ce relief sont aussi fort remarquables.
280 XVI.* SltCLB.
Ud autre tableaa d'albâtre représente 1* Annonciation ; ferait supposer qa*il a été sculpté par le même artiste qne nous venons de parler. Dans ce tableau, la Vierge se retoi de rAn{;c. La figure est usée; mais la pose décèle rembains 4ih Vierge et son émotion. Dans un troisième tableaa en alhlln, h Christ, vainqueur de la mort , s*élance hors dn tombean» sakanièrc nouvelle à la main, et d'un pied il foule déj^ la sodéléacienne représentée par Fun des gardes qui veillaient auprès de «i cercueil. Ici le dessin est encore incorrect; mais la pensée de Tmtiste est exprimée avec tant do vigueur , quMI est impossible ée si pas la saisir de suite. — C'est le Verbe incarné qae son sièds s'a pas compris , et qui sort de la tombe en conquérant.
Par suite de Tignorance historique de Tépoqne » il y a dans es t^ bleau un anachronisme. Les trois soldats que Ton y voit, billes en guerriers du moyen-âge.
IS'ous avons remarqué aussi une vierge; elle est fort bien née , mais un peu maniérée ; son costume rappelle celui des bretonnes, sa figure grave est caractérisée. L*enfant Jésus (si fois cette sculpture appartient au XV.« siècle et représente mt vierge) reçoit une corbeille de fruits que lui offre un ange.
Une sculpture en bois du cabinet de M. Bosset , représente LsAt tenant une de ses filles sur ses genoux ; sous le rapport de la OBposition , ce petit tableau mérite d'être étudié.
Quelques autres sculptures ^ parmi lesquelles quatre relief de la passion , mériteraient une mention tonte spéciale , n'avaieot été achetées primitivement en Bretagne , ce qui qu'elles sool étrangères à IS'antes.
INous n'avons >u que des fragments d'une statue en albâtre (v^fv page 185) qui représentait probablement Guillaume Gnegnen, il nous ne pouvons la juger. Cette statue devait ressembler beaneo^l relie d'un autre évéque, qui est encore à la cathédrale , et donnons le dessin ; mais elle était mieux sculptée dans les i^ue nous avons eues sous les yeux.
M. Chapplain , archiviste du département , a en robliseanoe it nous communiquer une copie d*un procès-*YerbaI qui se dans les papiers des Carmes. On y lit que la reine Anne et avaient promis un autel aux Carmes de Nantes, et qne ces s'étant adressés à François L«' pour qne la Tolonté des d
llftt exécutée , des experts furent appelés pour donner leur opinion nv le prix de TœaYre et les travaux qui restaient à faire ; car elle était commencée. Ces experts étaient Jehan DnmareU , matlre taU- Imr (ffmaiges , Jehan Marel , maitre masion du château dudit JVanteê , Jmhan Tuffereau et Jehan de la lYoe , maUres massons , gens cognoissans OÊséU art de massonnerie et ymaigerie. Un dessin de cet autel fut fait à oette occasion , et nous trouvons ce qui suit dans le procès- verbal : « Nous ont les dessusnlicts , faict leur rapport que ils tronuoient pour mesure soixante dix neuf piedz et demy marbre cru et en ont prisé et estimé, veula beautté dudict marbre et excellence dioellny, chacun pied six escus souleill, et en ont estimé la facion de Tœuvre , tant pour la taille, raolures anticques , stalles, cindellabres et aultres de dessous la dicte table et les retours soient de pareilles pierres auecque leurs envassemcnts , et que au-dessus de la dicte table est requis faire ung pied d*estrac ayant mg pied deux poulces de hanlteur pour porter la contre-table ci joinct et accompagnez de deux gros pilliers estant des deux coustés de Tautel plantez sur le mascif des marches , qui à présent ■ont plantez et fondez au bas du dict autel , auecque leur pied d'estrac et chapitraulx et corniches , et que les pilliers soient refanduz et ft molures , et le dedans des dicts pilliers remplis d'anticques , selon que Tœuvre le requiert; et que il est resquis faire le tour de la dicte contre-table de pareille pierre que les pilliers, table et sidtres, et ont dict que la dicte pierre de Daoulas est de couleur n<nre et prant bon poly et approche bien prez du marbre noir , et que pour faire et fournir du dict ouvrage , tant pour part massonnerie et de la pierre cy-dessus, que il coustera huit cent trente linres; oultre ont dict que pour parfaire la dicte table de marbre, il faut trois ymaiges de marbre blanc , à savoir, IVostre- Daiite, Sainct Jehan et une Magdelaine tenant le pied de la croix > et qae pour acheuer une cordelière laquelle est de marbre cru (Ici le prix est resté en blanc) et nous semble , disait la conclusion de ce rapport , que si le bon plaisir du roi est de faire acheuer la dite table sellon le duviz cy devant et la faire assoir an grand aultier des dits Carmes que ce sera Taultier le plus précieux et de grand prix qui soit au pays de Bretaigne. » Viennent ensuite les signatures et la date du rapport , qui est de 1534. — Toutes les redierches ites pour savoir ce qu*est devenu cet autel commencé ont été vai-
ogo XVI.< SIÈCLE.
nés : ce qni semble pionrer qu'il n*a janais été procès-verbal qni précède , a le mérite de bien sociale des artistes qoi faisaient , an XVI.< siècle , toolaa lai tjni excitent noire admiration.
SCULPTURES PBISTTBS.
L'église des Minimes possédait un Saînt-Antoiae et ^h Egypte, que nous rapportons au XYI.* siècle , sans en SToir de preuves. Deux vieillards nous en ont donné la nous la transcrivons fidèlement , n*ajant point ru par noi œuvres dont il s'agit.
Le Saint-Antoine était représenté comme d*liabiUide t et a^ rien de particulier: il avait , selon Insage , son porc à oMé De nombreux ex roio annonçaient la confiance des fidèles intercession.
La fuite en Egjrpte se présentait ainsi : La Tierge , assias s ànc , tenait Tcnfant Jésus entre ses bras. Celoî-ci jouait éaan li (le sa mère avec un oiseau. Saint-Joseph tenait de la la bride de Tâne, et de la droite un bâton en forme de hfnaBn, fut brisé dans le siècle dernier , et que les bons moines dèrcnt avec de la ficelle d'une antre couleur. Cette scnlptme était entourée d*une grille; peut-être laissait-elle à désîiersmah rapport du dessin , comme la plupart des œuvres de ce temps; smii eût été difficile de rien trouver de plus expressif. La figeas deb vierge était douce et cependant pleine de noblesse , .triste et|0sive , quoique portant Tempreinte do la fermeté. Par heureuse de nuances délicates que beaucoup des meillean n*ont pas su deviner , et qui se retrouve dans pi bretonutis , Tauleur do celte fuite en Egjpte aTsit oompi idéalisé Marie et fait sentir la Jllater dolorosa. Ce n^était Irôte dont les deux mains eussent pu serrer la taille , femme du peuple habituée aux travaux pénibles , dont le soleil aial bruni le teint. L'enfant Jésus, naïvement conçu par le imlplonr , anJ été exécuté dans le môme sentiment que la Vierge, c*était s peuple, ses formes n'avaient rien de léché , rien de fade, il semblait ni aux anges de TAlbane, ni au Jésus de Léonaid de IHaà dans sa Vierge aux rochers ; son grand front, tes traits forts , as I-
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Ittie plus vioille qae son âge, laî doonaient Taspect de ces robustes Mfnits de Thoramede peine dont la vigoureuse organisation triomphe ifr limCes les misères qu'ils ont à supporter, et cependant son sourire UM enfantin arait quelque chose de sublime. Quant au Saint-Joseph , il fcorlesqnement représenté presque partout, c'était le digne chef éB cette famille ; on eût dit à sa figure grave , à sa mâle fierté, un véritable compagnon du devoir.
' La manière dont les artistes ont représenté la Vierge et le Christ Mfint a beaucoup varié dans les diverses contrées de la chrétienté el aai diverses époques du mojen-àge. — Le culte de la Vierge est derem , en Espagne et en Italie , tout-à-fait païen. Les artistes méildkmanx ont oublié le sublime caractère que TEvangile donne à Marie, pour en faire une Vénus chrétienne. Ici la Vierge présentait ■M fili à Tadoration des hommes , ce n'était pas seulement Tamour ■Mtemel qni se reflétait sur son visage, amour souvent étroit, sou- ▼ant égoïste , on reconnaissait en elle la mère du sauveur du monde, •t le Christ enfant faisait pressentir la force morale nécessaire pour accomplir le plus grand des sacrifices. La vieille tradition sur la manière de représenter la Vierge el Tenfant Jésus s'est long-temps conservée en Bretagne. Plus profondément chrétiens qne tous les autres, les artistes de cette province ont compris la sainte famille autrement qa*on ne le fait d'habitude ; aussi, au point de vue social , et môme quoi qn*on en dise , au point de vue de l'art , ils ont eu complètement Tuson.
La Vierge , avec des traits délicats , une figure mignonne et gradense , n*est plus qu'une simple mère de famille , et le tableau qui la représente pourrait porter pour titre scène d'intérieur. Telle que la comprenaient et l'exécutaient les artistes du moyen-âge, c'était la transition de l'esclave antique à la femme affiranchie par le christianisme ; c^était le modèle do cet amour de mère qui doit se résigner aux donlenrs de la petite famille pour le salut de la grande. La tendresse dans tont ce qui tient à la chair disparait alors pour faire place 9i quelque chose de plus noble et de plus dévoué.
PBiirruBEs svn vbbbb.
Les vitraux coloriés semblent appartenir à deux classes distinctes. Les nns , plus petits , plus anciens , sont , en général , consacrés à des
) iBfHtîé da siècle » et à des dessins déponrras d'esprit dans la sef onde. La même • remarque s'applique aux sculptures de rextérieur i et de Tintérieur.
La prie*Dieu , meuble nécessaire , perd son pinacle et ses ogi?es ; Ift ÏMide lui enlève d'abord les sept crochets flamboyants dont le dtUbe indiquait la perfection dans l'œuvre , et se reliait à des idées ■ijsliques sur les nombres. Bientôt elle surbaisse Togive, puis elle kl lenplace complètement par des arabesques ou des guirlandes de iniUes que les sculpteurs bretons traitaient avec une supériorité teeoBtestable. Quelques prie-Dieu perdent jusqu'au Christ qui les onait autrefois , et qui se trouve remplacé par une croix mobile suspeedoe à un crochet.
La duchesse Anne, au commencement du Xyi.<: siècle, n'a plus que des lits à l'ange, et la mode va bientôt proscrire entièrement le lit armoire. La Basse-Bretagne seule le conservera religieusement. Quelle noble dame désormais voudrait coucher comme une paysanne des évédiés de Vannes, Quimper , Saint-Pol ou Tréguier, lorsque sa souveraine et les dames de la cour ont adopté l'usage des grands rideaux d'étoffes iHrillantes?
Les meubles subissent aussi de nombreuses modifications : sur les «neoires et les dressoirs nous trouvons partout des sujets tirés de It £ible , surtout à la fin du siècle. Les amours prennent la place des anges; Yénus et les nymphes^ celle de la Vierge; les travaux d'Hercale, Clérès|,^Pallas , Junon et d'autres sujets mythologiques, remplacent ceux dont nous avons parlé dans l'analyse des œuvres d'art da XV.« siècle. Le long de ces armoires et de ces dressoirs nous trouvons des cariatides et souvent des festons de feuilles qui ne ressemblent à rien> et qui s'élèvent jusqu'à la corniche. Les bancs et les fauteuils sont sculptés dans le même goût. Parmi ces meubles, les plus récents sont postérieurs au XVL< siècle , et datent du règne de Loais XIII ou môme de celui de Louis XIV. En général , ce sont les moins précieux ; la sculpture sur bois ayant brillé , à INante^, de son plus vif éclat vers l'époque de la renaissance. INos lecteurs comprennent que nous devons préférer , sous le rapport de la comr posilion , les meubles gothiques ; cependant il convient de signaler ceux du XVI.« siècle comme possédant quelquefois des sculptures aussi remarquables par la composition des sujets que par la délicatesse de l'exécution. Cérès couvrant les campagnes de moissons,
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