‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 39 sur 64 · COMMENCEMENTS DU RÈGNE DE LOUIS ZV · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DU RÈGNE DE LOUIS ZV

Une ordonnance du roi avait nommé M. Proost et maires héréditaires , comme s'il était raisonnable d*adniettn fsili (ils de celui qui dirige habilement les affaires d*nne grande cité Mn être nécessairement Théritier de son père pour les rertus et la rite. Les abus de ce système , qui se trouvait basé sur l*ntililé privilèges héréditaires, sautaient déjà trop aux jrenx pour pussent résister à Tinfluence de Topinion , et le roi rendit à la «;n 1717, le droit dont Louis XIV Pavait injustement déponiliée.

La même année , Louis XV rétablit la liberté du Saint-Domingue , en faveur de 12 ports de TOcéan , parmi Nantes figurait.

L'on discutait encore beaucoup, à cette époque, sur les religieuses , et la vieille querelle du jansénisme n^était pas La bulle unigenilus réveilla les passions , et mit la diTÎsiOB du clergé. La Faculté de Théologie , la Faculté des Arts , H. fe la rioe-Ménard , neuf curés des paroisses de Nantes » et phrisan prêtres très-recommandables s'unirent aux éTéques de Minjpaif , Montpellier , Boulogne et Sens, ainsi qa'k la Faculté de Théotape «le Paris , pour faire appel au futur concile de la constitution as-

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gêmUuê de Clément XI. L*acte en fut déposé aux greffes de l^officîalité des quatre évoques et au greffe du parlement de Bretagne. Mécontent de cette protestation , M. de Beauvean interdit les deux Ficoltés et un grand nombre de prêtres , ce qui lui fit beaucoup d'en-

En 1717, le maréchal de Montesquiou vint à Nantes: on lui offrit les clefs de la ville; mais il les refusa , parce qu'elles ne lui étaient pu présentées dans un bassin d'argent (en pareille circonstance , le bassin qui contenait les clefs restait à celui auquel on les offirait). D n*en fut pas ainsi de 60 bouteilles de vin de Bourgogne qu'il acoepU sans se faire prier. Le 10 août de la môme année , la ville acheta de M. Luzançai de la Hautière le droit de faire tirer des parés du rocher de THermitage. Le 22 , la police défendit aux muletien , voituriersy gabariers et portefaix, d'entrer dans la salle de la Boorse depuis 11 heures du matin jusqu'à 1 heure de l'après-midi.

Dans la nuit du 17 an 18 février 1718 , la halle du Bouffay fut brdlée. On sentit alors la nécessité de pompes à incendies, mais on manquait d'argent; et, pour s'en procurer, l'on eut recours à une loterie de 10 mille livres , dont cinq mille furent accordées aux gagnants , et le reste consacré à l'achat des pompes. Le but ne saurait légitimer les moyens ; et la loterie autorisée par la ville , dans cette circonstance > n'était autre chose qu'un impôt prélevé sur l'ignorance par des hommes qui devaient très-bien sentir ce qu'il avait de peu moral.

En 1719 , il y eut, au commencement de l'année , de grandes eaux , qui détruisirent les râteaux de la rivière d'Erdre. L'été fut remarquable par une sécheresse qui rendit la Loire gnéable à Bichebourg et môme à la Fosse.

COMPLOT FÉDÉRALISTB.

La Bretagne , nous l'avons déjà fait remarqMr » a joué un grand rôle dans tous les mourements fédéralistea dont la France a été té* moin depuis l'origine de la monarchie. Son isolement , la forme de son territoire , sa position â Tune des extrémités de la France , la langue spéciale d'une partie de ses habitants , ses traditions historiques d^îndépendance locale , l'appelaient à protester contre les abus de la centralisation ;^ et si ses premiers actes de fédéralisme n'avaient point

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un caractère bien net, sachons da moins gré à nos pèm dbn'i jamais accepté sans murmure aucun despotisme et sorUMl coartisans dépravés.

Le complot de Bretagne n*est pas encore bien oonnn : nom i\ ceux qui périrent victimes de leur dévouement à la g«ms fA avaient embrassée, de les laver du ridicule dans lequel on s wriski faire tomber.

Los Etats, depuis long-temps, repoussaient stoc courage lesnsaNiH impôts. Fatigués des prodigalités de la cour , de son loe, st wm^ lout de sa corruption , les trois corps de la proTÎnoe , que entièrement de gens peu roués en affaires , mais franes, de bonnes mœurs , résolurent de résister de tontes lemm pernicieux exemples que le régent donnait chaqne jour à la £n 1717, ils refusèrent de voter, par acclamation, le sorte de liste civile de Tépoque : c'était \h le manifcsle d'improbation quMIs pussent donner an 01. de Montesquieu essaya , mais en vain, de calmer les eut beau prendre séparément les membres les plus b la cour , aucun ne céda; car tous étaient conyaincns qne la publique ne saurait exister sans vertus privées , et qne iss tombeut en ruines, lorsque ceux qui gouvernent nef(mtd*j mauvaises passions des hommes sur qui leur ponToir s*i vote du don gratuit par acclamation étant de règle , le damatiou fut suivi, et cela devait être, de la dissolution

Rentrée dans ses foyers, Taristocratie bretonne se prit h. avec orgueil comment elle s'était conduite ; on admira civil, la leçon donnée au pouvoir et à des courtisans méprisés st é^ testés. Les esprits s'échauffèrent, et la séparation de la la France fut mise en question , non que les Bretons d'être Français , mais parce qu'ils avaient honte de voir les plus immoraux et les moins honorables à la tète des affaires — La duchesse du Haine » qui eût voulu donner an dnc dn place du Régent , profita très-adroitement des dispositions tous, faisant appel à leurs souvenirs , remuant les esprits avae coup d'adresse; ceux-ci, par Tespoir de la restanration de laar ancienne nationalité ; d'autres , par la promesse des places qrfaniM leur orgueil; prenant chacun par son côté Caible, yViit i éiie pK ses sentiments et par ses haines. — Bientôt elle se lia afecFi

Mdenr d'Espagne , le prince de Gellamare^ et alors il fut décidé qa^nne flotte se présenterait sur les cAtes de Bretagne , pour appuyer le moaTement insurrectionnel de la province , tandis que le Régent serait enlevé.

Le prince de Gellamare avait confié des papiers importants à un agents qui fut arrêté. La conspiration , déjà connue du pouvoir, devint alors complètement prouvée. Le duc et la duchesse du Maine furent arrêtés.

Les nobles bretons ne se laissèrent point abattre par ce contretemps. La plupart continuèrent d'entretenir des relations avec l'Espagne ; et, dans Tannée 1719, ils prirent les armes, tandis qu'une flotte espagnole croisait en vue du Port-Louis. Le maréchal de Montesqnion , qui avait la garde des côtes de Bretagne , arriva assez h temps pour disperser les révoltés et s'opposer au débarquement des Espagnols.

Résignée à subir les événements qui avaient trahi ses espérances , la duchesse du Maine voulut rentrer en grâce ; son mari ne pouvant plus prétendre au premier rang dans l'Etat , la duchesse diminua de ses prétentions sans pouvoir se résigner à se passer d'un rôle. Une déclaration écrite, dans laquelle elle désignait tous ses complices , fut le moyen qu'elle employa pour obtenir son pardon. — Le Bégent, qai eût peut-être fermé les yeux en toute autre circonstance , surtout si les coupables n'avaient été mus , comme la duchesse du Maine , que par de misérables idées de vanité , fut inexorable. Agir autrement, c'eût été permettre aux nobles et à l'aristocratie du Tiers de discuter sur les mœurs de la cour , sur la vénalité , la corruption et la prodigalité des plus grands dignitaires de l'État ; c'eût été admettre un contrôle que Ton ne voulait pas subir , accepter d'avance des réformes auxquelles on n'eût pas voulu se soumettre; et puis il est digne de remarque que les hommes les plus corrompus ne sont intolérants et sévères que pour les gens de bien. Des lettres-patentes dn 3 octobre 1719 instituèrent à Plantes une Chambre royale pour î^ger les complices de la duchesse du Maine. Devant cette Chambre comparurent quatre gentilshommes bretons , les moins coupables ; mais les plus recommandables par leur caractère et leurs vertus prirées. — Un assassinat juridique mit fin à leur existence, et plongea la ville de Pïantes dans la consternation.

La chronique , publiée en 1829 dans le Lycée Armoricain ^ vient

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h Tappui de notre opinion ; écrite par Tan des témoins ocDlaîm é cette exécution , elle met dans tout son joar et rinîqnité 4n Yoirs et les vertus privées de ses victimes ; nous en cîtcraM

les passades les plus importants :

Relation Fidelle de ce qui se passa à la mort de qwUn Mi genlilhomtnes , qui eurent la ti^le tranchée, au Bouffé éê Wé le mardi de la Semaine-Sainte y vingt^siu: mars ^ entre tes wêefMéi

heures du soir ; mil sept cent vingt,

« I\Iessieurs les Commissaires de la Chambre royslle s^aaeBlllrent vers les cinq heures du matin. Leur séance ne finît , h kv dîné ne commença, qu'à la demie après quatre hemres ém mv. Monsieur de la Griolais , grand pronost de Nantes , étoit Teni antf quatre heures chez les BR. PP. Cannes demander » par offdn àt h Chaiiihre royalle, quatre confesseurs pour assister des h la mort.

» Les Pères Pierre , Mathieu , Georges et Nicolas se chasieau de >'antes , conduits par M. de Galiné , exempt de b chaussce. On les introduisit dans la chambre que MM. ks saires venoitMit de quitter pour aller dîner après SToir posté jugements. M. de la Griolais les avertit que quatre éloient condamnés à la mort, et que leurs arrêts dévoient étn cutés sous deux heures. Il ne falloit pas manquer de leor avis, afin qu'ils prissent mieux leurs meznres, et qn^ils dre à leurs alTaires et conscience.

» Monsieur de Thalouet-Lemoyne fut le dernier à qoi Tarrest. Je fus introduit dans la chambre lorsque le les derniers mots. Il étoit pour lors à genoux comme STOient élé tai trois autres Messieurs. Immédiatement derrière Iny étoient trois ou quatre exéculteurs. L*on me fit demeurer un pea plaa Il me semble encore voir Monsieur de Thalonet se reiener d'i fort pensif, les yeux baissés , mais avec la plus grande trai du monde , pendant que les exécutteurs leur lioient les «laî^ st hi fouilloient , et les conduisoient. Et on me dit de les sninie da» b chapelle. Comme nous y entrions « Monsieur le marquis dePoncaUi qui n'auoit rien dit, voyant entrer M." de Montloais et de CoCiir s'écria : « Ah! voiU un bien bonnette homme que Ton fait monrir! > Il veut Tembrasser, en disant: «Ah! quelle injustice! • Pus, se

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toarDant yen moy: « Ah! père, quelle ÎDJastice! » M. de Thaloaet lay répondit trop bas poar que je le pusse entendre; je dis seulement alors: « Eh! Messieurs, ce que nous ne pouvons empescher» sonfiTODS-le d^uno manière grande, généreuse et chrétienne: receuezde la main de Dieu et non de la part des hommes la disgrâce qui vous eat airiuée. »

» Gomme M. de Poncalais continuoit de parler un peu haut , M. de Blontionis et le père Mathieu qui étoient dans le confessional , le prièrent de ne point interrompre; c'est ce qui le fit se retirer à main droite an haut de la chapelle. Je fis alors un petit compliment à M. de Thalouet , tout bas , pour ne point faire de peine à nos voisins : « La » providence me destine à vous rendre service , Monsieur , dans une » occasion bien importante, mais bien triste: c'est pour moi bien de » rhomeur, mais bien de raflllclion. Puisque Jesus-Ghrist a bien » Toola mourir pour nous , nous mourrons aussi très-volontiers pour » loj et pour notre salut; honorés-moy, je vous prie. Monsieur^ de » toutte votre confiance: je ne la demande que pour votre utilité. » Ah! Monsieur, il faut mourir d*un grand cœur pour celuy qui est » mort pour nous et dans la même semaine qu'il est mort pour vous. » H. de Thalouet me répondit : qu'il regardoit comme une grande grâce de Dieu de mourir dans la semaine sainte > et témoigna que je luy ferois toujours plaisir de luy parler de la passion de Jésus-Christ.

» Gomme il me parut s'auancer vers moy, je pris la liberté de Tembrasier. J'ajoutlay d'un ton plus hardy: « Oh! Monsieur, le monde » s'éuanouit et s'enfuit loin de vous ; l'éternité s'anonce et se présente » ft TOUS ; j'ay ordre de vous le dire , Monsieur , l'éternité qui est si n longue, n'est éloignée de vous que de l'espace de deux heures: s» deox heures de temps bien courtes, mais bien ménagées, vous » procureront une éternité de gloire et de bonheur ; ne perdons pas m un moment d'un temps sy prétieux, oublions tout le monde, ne s» pensons plus qu'à Dieu , au ciel et à l'éternité. » M. de Thalouet se mit à genoux pour commencer sa confession , il y étoit depuis peu de temps; mais, comme M. de Poncalais, qnoyqu'il fût à l'autre bout de la chapelle, pour peu qu'il parlât, faisoit tout retentir, M. de Thalouet me dit : « En vérité , le marquis parle sy haut que l'on ne » s'entend pas parler. » Je le priai de se seoir et d'examiner un peu sa conscience , pendant que j'irois appaiser M. de Poncalais qui se plaignoit auec assez de modération, mais d'un accent un peu trop

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» dit-il, mon chapeau! où »ont nos chapeaux? » — te Ah! qu*auons- » noos besoin de nos chapeaux , répondit en souriant M. de Poncalais, » Ton nous en ostera bientost le moule. »

» A peine fus-je de retour auprès de M. deThalouet, pour entendre M confession, que M. de Poncalais et M. de Coidic se mirent à genoux pour commencer la leur; ce quMIs firent à différentes reprises. Comme il n'y auoit qu'une chaise pour M. de Thalouet et pour moy, je le fis toajours asseoir, excepté quand j'entendis sa confession à deux reprises , ou quand nous nous mimes à genoux tons deux pour faire ensemble quelques prières. Je passay le reste du temps à me promener d*ini bout de la chapelle à Tautre, en ruminant ce que je pourrois dire de plus touchant à M. de Thalouet pour l'animer et le consoUer. A meinre qu'il me renoit quelques pensées , j'allois les luj suggérer, et puis je me repromenois. Il m'écouUoit toujours auec bien de Tattention; et, après auoir entendu sa confession, je luy demanday sy je pourrois luy rendre quelques seruices, en écriuantà quelqu'un de u famille ou de sa connoissance. Il me pria d'écrire k M.^c de Thalouet, son épouse, et me répéta deux ou trois fois son adresse , crainte que je l'oubliasse. Environ demi quart-d'heure après, je luy dis qu'il falloit s'armer de patience, et de courage, et de résignation contre les approches de la mort; que^ sy la yue d'une mort prochaine Iny cansoit quelques allarmes, il falloit se remettre douant les yeux Jeans-Christ au jardin des Oliues plongé dans une tristesse mortelle et ane sueur de sang à la vue du calice de sa passion , et malgrez des impressions sy terribles, protestant généreusement plusieurs fois à son père qu'il demandoit l'accomplissement de sa sainte volonté. M. de Thalouet me répondit qu'il n'étoit pas tant affligé de mourir, que de laisser nue femme désolée et df vP^uures enfants sans aucune ressource; il répetta ces mots : Pater non mea voluntas sed tua pat. Je lay représentay Jesus-Christ dans la croix , qui auoit été extrêmement affligé de la désolation de sa Sainte Mère, qu'il voyoit présente , comme elle l'auoit été de la mort de son diuin fils ; « Unisses, luy disjt je, TOtre affliction à celle de Jésus et de Marie sur le Calnaire ; m recommandez-leur Madame votre épouze et Messieurs vos enfants ; m ils ne perdront pas leur père qui est dans les cieux. Vous-même, ,jt en y allant deuant eux, leurs servirés de puissant intercesseur « auprès de Dieu ; il est le protecteur des venues et des orphelins. » Nous fimes ensemble quelques prières. « N'écrinés point d'abord à

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» H. de la Griolais sortit , et ne tarda pas à renenir.

» n me donna commission d*al1er demander à ces Messieurs s'ils «noient quelques arrangements-particuliers à mettre dans leurs affaires temporelles. M. de Poncalais répondit d'un ton un peu éleyé: « Deux » heures pour mettre ordre à toutes nos affaires temporelles et à » notre conscience l N*est-il pas yrai , Monsieur de la Griolais , que les » Turcs nous donneroient plus de temps? » — « Pour moi, reprit » H. de Goidic » il me faudroitpour le moins huit jours , afin démettre » k mes affaires tout Tordre que je dois; mais notre arrest porte du » moins vingt-quatre heures, je feray toute ma diligence possible. » — « Pourru que j'achève ma confession gënéralle , dit M. de Mont- » louis, je seray content; mais ce n*est pas trop d'une nuit pour la » bien faire. »

» H. de la Griolais , rempli de charité et de politesse , pour ne point faire peine à ces Messieurs , parut fort approuver ce qu'ils disoient , et se chargea d'en faire le rapport à M. de Cbasteaunenf et de l'appuyer de tout son pouvoir.

» Pendant que M. de la Griolais s'absenta pour reporter sa requeste i M. le Commissaire de la Chambre royalle, j'allay dire à Monsieur de Thalonet, toujours retiré en prières au bas de la chapelle, qu'ils aroient quelques espérances de voir le lendemain ; que M. le grand prooostétoitallé, à la prière des trois autres Messieurs, vers Messieurs les Commissaires^ solliciter un jour de délay ; mais , au lieu de se réjouir, comme je l'espérois, de cette nouvelle, il me répondit > en jetant un grand hélas! « Mon père, ce délai no serviroit-il point au diable » pour nous perdre ? Pour moy , je suis tout prest : pourquoy attendre » jnsqnes h demain pour mourir. »

» Je le félicitai sur une aussi heureuse disposition. Il me dit alors que M."< de Thalouet n'ignoroit qu'une seule de ses dettes , qui étoit cinquante écus dus depuis long-temps à son frère , officier dans les troupes , mais qu'il n'étoit pas nécessaire d'en rien dire à M. de la Griolais, parce que M."* de Thalouet ne manquerait pas de les donner aa moindre avis que je lui en donnerois. Je me vis alors un peu emliarrassë: la parfaite confiance que M. de Thalouet témoignoit pour son épouse > ne laissoit aucun doute de son zèle à payer cette dette; mais la crainte de la confiscation de ses biens me fit appréhender qu'on la ndthors d'état de le faire. Dans le moment que je me promenois en rêvant sur cette difficultés M. de la Griolais rentra et me dit d'aller

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papier 9 en faisant prononcer à l^exécattenr les mêmes parolles qne loj. La marche recommença, a Yons voyez > mon père , me dit M. de ■ Thalonet , noas nons laissons conduire comme des agneanx à la » boacherie. » — « G*est en cela, lay répliqnai-jo , Monsieur, qae » TOUS Tons rendez pins semblable an fils de Dien. Il ponroit d*nne 9 tenlle parolle renverser et annéantir tons ses ennemis , mais il crut 9 qn*!! étoit pins di^e de Iny de faire éclatter la pénitence qne la » force. Il y a pins do générosité à supporter courageusement le mal » que de le repousser avec impatience ; il y a pins de mérite devant » Dien et plus de véritable gloire devant les hommes. » Quelques OMments après, les cris et les gémissements dn peuple, que nous Mtendions, me donnèrent occasion de luy dire: « On plaint votre 9 sort, Monsieur, et on ne plaignoit pas celny du fils de Dien. » Il me protesta plusieurs fois qu*il n'avoit dans le cœur le moindre ressentiment contre ceux qui le faisoiont mourir, ni contre aucunes autres personnes.

» Comme nous entrions dans la place du Bouffay : « Est-ce icy , mon père, me dit-il. » — « Oui, Monsieur, c*est icy votre calvere , » loy répliquai-je , c*est ici que vous devez quitter la tertre pour aller 9 an ciel; les cieux sont déjà ouverts pour vous, sy vous soufirez 9 bien généreusement et chrétiennement. »

Plus nous avancions, et plus nous découvrions de soldats > c*est ce qni me fit luy dire : « Il y a infiniment plus d'anges qui vous attendent 9 et vous recevront avec joie dans le ciel , quMl n*y a de soldats pour 9 être témoins de votre départ. »

On nons plaça comme en file à douze ou quinze pas do Téchaffaut , qœ nous voyions de côté. M. du Goidic se trouva le plus avancé , H. de Thalonet le touchoit , et M. de Poncalais étoit un peu à Técart , près de M. le greflSer , qui étoit à cheval , à la teste de plusieurs cavaliers et faisoit encore répetter les parolles à Texécuteur. M. dn Goidic, en considérant Téchaffaut , s*écria : « 0 monde trompeur ! Quel 9 malheur de s'y fier ! Après vingt-huit ans de services , est-ce donc \h 9 ma récompense ? » Son confesseur et moy , nons le consollames le mieux qu'il nous fut possible , en le priant de faire attention aux récompenses étemelles. M. de la Griolais m'envoya dire par son exempt, M. de Galine qu'il falloit empescher ces quatre Messieurs d'avoir la vue sur l'échaflant. M. de Goidic et H. de Thalonet y tournèrent le dos à la première prière qne nons leur en fîmes. H. de

«après da poteau , il recororoanda son âme à Dieu avec bien de la lénreor, en prononçant plusieurs fois: « Jésus Maria , Jésus ^ soyezmoy mon Jesusl » et mourut en prononçant ces mots.

» Vous saurez, Monsieur, qu'il y avoit sur Téchaffaut trois exéculenrs: celui qui devoît donner le coup mortel étoit à la gauche du patient ; Tantre , qui devoit achever de couper les peaux qui pouvoient rester, étoit à la droite; le troisième tenoit avec les deux mains la teste du patient pour Tempescher de varier et la tirer à lui. Le saisissement qui me surprit à la vue du corps mort de M. de Montlonis étendu sarTautrebord dePéchafTaut, et le désir d'estre toujours sous les yeux de M. do Thalouet, fit que je me mis lu costé du troisième exécuteur ; cette situation fut cause que les deux jugulaires ouvertes comme deux pompes , me couvrirent de sang le visage et la chappe. Je descendis aossitost de PéchafTaut , et, sans faire réflexion sur le triste équipage où j^étois , je courus vers MM. de Poncalais et de Goidic ; je leur criay en les abordant: « Ah! Messieurs, que je suis édifié! ah! la belle » mort! Jamais je ne vis de mort plus chrétienne; il est mort en pro- » nonçant le nom adorable de Jésus et de Marie ! » M. de Poncalais me répondit: « Le vôtre, mon père, étoit le plus honneste homme » du monde ; ils sont tous trois honnestes gens , mais où trouver an 9 monde un aussi honneste homme que M. de Thalouet? a — « Hé! » monsieur, repris-je tout hors de moy-méme ^ imitez-le donc, imitez » sa générosité à souffrir chrétiennement. » Pendant que le père Pierre luy inspiroit des sentiments fort chrétiens sur la patience et le pardon des injures , le père Georges m'avertit que j'avois le visage et la chappe ensanglantés. En m'essuyant, je vis M. du Goidic monter sur Téchaffaut , s'y mettre un peu de temps à genoux avant de se déshabiller, pour offrir à Dieu son sacrifice; je me toumay encore vers M. de Poncalais, en lui disant de nouveau: « Ah! Monsieur, imitez » votre cher amy ; imitez ses résignations et sa générosité à mourir » chrétiennement. «

» J'entendis M. de Goidic dire plusieurs fois: a Jésus Maria^ Credo », et je le vis en même temps recevoir le coup de mort. M. de Poncalais, qai ne voulut jamais perdre la vue sur les trois Messieurs décapitez avant luy , se tourna pour lors vers M. le greffier de la chambre royalle, et luy dit dun ton assez élevé, parce qu'il étoit un peu éloigné : « Monsieur le greffier , vous avez de l'argent à moy , ne » manquez pas , je vous prie , de faire prier Dieu pour moy. » M. le

soQS-prienr, fit les quatre enterrements en récitant arec les autres relligieax , mais sans chanter^ la prière ordinaire de Téglize pour rinhnmation des morts.

» M. de la Griolais les vint yoir de grand matin /et, sor ce que le Père sacristain lui représenta que nos rubriques nous deifendoient le mercredi-saint , à la messe , les ornements blancs , et ne permettoientque les yiolets, il dit que Tintention de M. de Ghateauneuf étoit seulement que nous ne nous servissions point d^omements noirs ^ comme on a coutume pour marques de deuil ; et que , pourvu que la grande messe ne fût pas pour ces Messieurs , nous ferions bien de célébrer le plus que nous pourrions de messes basses pour le repos de leurs âmes ; ce que Ton n*a pas manqué d*exécnter ponctuellement. »

Nous avons conservé le plus quMl nous a été possible du récit du père Pîicolas. Le fragment suivant de la lettre de Madame de Thalooet achève de mettre au jour la conduite du pouvoir dans ce jugement inique :

« Mon cher époux n*est donc plus, mon très-révérend père, et j*a7 été privée de recevoir ses derniers soupirs... ah! mon père, que ce calice est rude et amer pour moi , et que mon cœur en est pénétré. Je perds le plus aimable et le meilleur époux qui jamais ait été , et cela par ma faute. Je fus trompée, trompée mon cher père, par des officiers qui le furent eux-mêmes, et je fus assez malheureuse que de le porter h s'aller rendre entre leurs mains, sur la paurolle qu'ils m'avoient donnée que c'étoit un sûr moyen pour obtenir grâce. Il suivit aveuglément tous mes désirs , et, par malheur, le plus insupportable pour moy , c'est son amour et le mien qui nous a perdus. Quels étoient ses sentiments à cet égard, ô mon trèscher père? et de quelle manière s'est-il expliqué à notre égard , ô mon très-cher père ? Que vous a-t-il dit des quatre pauvres orphelins qu'il m'a laissés avec un bien qui ne va pas à deux cents livres , pas même à cent livres de rente ? Mandez-moy , je vous pne , par la S.*^ Passion de Notre Sauveur , tous ses sentiments et tout ce qa*il vous a dit à mon sujet. Que j'appréhende qu'il m'ait fait quelques injustices pour le malheureux avis que je luy ay donné ! Je vous prie, mon cher père, puisque vous êtes celuy de mou cher époux, mandez-moy tout ce qu'il vous a dit de moy et de nos très-chers enfants ; dites-moy encore sy vous estes persuadé que son âme gé-

ÔIEBiAIEIiD HlgiLIillEia

Maire de Nantes, 17«5.

MAIRIE MBLLIBB.

Crérard Mellier , trésorier de France et général des finances de Bretagne, fut éla maire et installé le 1.»^ juillet 1720. G*était un homme d'affaires dans toute Tacception du mot , et son administration a laissé dans cette yille des souvenirs qui ne s'effaceront jamais. Lié arec les savants^ les artistes et les industriels de son époque , il savait les employer les uns et les autres suivant leur spécialité pour contribuer au bien-être de la ville, dont il se trouvait le premier magistrat.

la début de sa carrière , Gérard Mellier fit arrêter que Ton aplanirait la Motte Saint-Pierre , et qu'elle serait entourée de murailles, dépeuse utile qui ne coûta que 4,000 livres , et donna à la ville OM promenade dont elle avait besoin. Les premières plantations de IqjBlte colline dataient de plus d'un siècle , mais les haies qui Tentonniçiit ne la protégeaient pas suflSsamment. Six années plus tard des

'^ jrintations nouvelles lui firent changer son nom contre celui de Cours

Y ^BaiBl-Pierre.

• Bientôt un sieur Rallet , obtint de verser 70 mille francs dans la

' jCtitse municipale , pour construire une bourse nouvelle. La ville lui 'ptohmgeant en échange de neuf années son bail des octrois, c'était tinr aussi bon parti que possible d'un monopole consacré par l'usage. Le pont de Pirmil était coupé, le maire insista auprès du conseil d*état , et deux arrêts autorisèrent Nantes à faire reconstruire quatre piles et trois arches , qui coûtèrent 125,000 fr.

Un arrêté de la ville , en date du 7 novembre , décida que la commune achèterait les prairies au Duc et de la Madelaine , dont l'acqoisition devait être si favorable à son développement régulier. Malheureusement cette décision n'a pas eu de suite , son exécution eût rendu Nantes l'une des plus belles villes d'Europe , et aujourd'hui à 118 années de distance , l'avenir de la cité est étroitement lié avec l'emploi qu'elle fera des plaines d'alluvions qui bordent ses pcHrts de la Haute et de la Basse Loire.

Quelques habitants , plus industrieux et plus habiles que la masse de leurs concitoyens, proposent des plans plus avantageux ^encore à la ville qu'aux intérêts privés dont ils sont les représentants; mais leurs efforts semblent devoir échouer contre l'inertie des uns et la basse

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enyie des antres. Ces derniers ii*ont aucune objection k faire cobIr les innovations proposées; mais ils les combatteot, parce qa*clki peavent ajouter à la fortune d*autrui , sans augmenter la leur.

Un maire est toujours coupable, lorsque Faction da ponroirdeml tyrannique dans la cité dont il est le premier citoyen ; son devoirert le donner sa démission, s'il ne peut obtenir justice pour ceniqueTaiiMiM centrale a lésés dans leurs intérêts ou dans la joaissance de lenniraik: mais , en échange , on lui doit des remerdments chaque fois qM Paitorité supérieure Tient à réparer ses torts, on à reconnaître ses Sa responsabilité, qui est très-grande , est proportionnelle ani qu'il peut rendre et à la reconnaissance qu'il peut mériter. Ce fiâmm la mairie Mellier que les docteurs exclus de rUnirersité povfaitfc doctrines furent réintégrés dans leurs fonctions. Ce digne avait l'esprit trop élevé pour ne pas honorer Tindépendance hommes de science au lieu de chercher à leur imposer les du gouvernement. Cet acte, tout-â*fait en dehors desintérMs riels de Nantes , nous montre M. Mellier sous nn nouTeanjonr.

Une des tours de la Poissonnerie servait d*asile ans Tagahenii H aux pauvres; dans cette espèce de minîhi, ob la misère trouver repos et sécurité, où les sergents se gardaient bien de< à remplir leurs fonctions , tons les malheureux abandonnés de hw^ ciété vivaient fraternellement ensemble , sous la direction d*i nislrateurs bénévoles qui seuls pouvaient y pénétrer parce que seuls ils avaient eu le courage de s'occuper de frances , pour les adoucir , et de mériter leur reconnaissance dévoneroent. M. Mellier, désireux d'améliorer cet étatdeckasilt de supprimer ce reste du moyen-àge, fit décider par le bnnjm ii ville, que les administrateurs de la tour de la Poissonnerie» vraient mille francs par an , à la charge toutefois de faire les rues de INantes par leurs administrés.

Les échevins de IS'antes n'assistaient pas très-ezactemert as séances de rHAtei-de-Yille. M. Mellier, pour stimuler lenr aèletll admettre Tnsage des jetons de présence. Ceux des absents confisqués au profit de leurs collègues. La même année fnt le quai du Port-Lorido.

L'usage de faire peindre les Maires de Nantes et de pli portraits à l'Hôtel-de-Ville , tombait en désuétude , Ton j en 1721-, et le roi rendit à ce sujet une ordonnance dans laquelle il

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approuTait ce retour à TancieD ordre de choses > trouvant conrenable, disent les considérants « que les citoyens de ladite yille puissent décorer leur salle d'assemblée des images desdits maires , pour retracer, par une tradition de reconnaissance, les noms, les qualités et les louables actions de ceux desdits maires qui , par leur activité et par leurs soins , auront rendu leur ministère recommandable à la postérité , et pour que les uns ni les autres ne soient pas exclus des honneurs qu*on a décernés à leurs prédécesseurs. »

n est à regretter que cette collection de portraits, aussi curieuse sous le rapport de Tart qu'au point de vue archéologique , ait été détruite en 93.

rfantes contenait un nombre immense de maisons de bois , et les incendies étaient alors bien plus redoutables qu'aujourd'hui ; aussi la Haine s'occupa-t-elle de l'achat de nouvelles pompes. Un arrêt du conseil d'étatdu 13 janvier^lui permit de mettre en loterie 20 mille livres et d^en prélever cinq mille pour les pompes qu'elle voulait avoir : une retenue du quart devant être faite sur les lots gagnants. — Nous ne saurions approuver, nous Tavons déjà dit, ce système de loterie. Hais si Ton tient compte de l'époque et des circonstances , l'on devient plus indulgent , et l'on reconnaît que M. Mellier eût difficilement pu mieux faire. — La création d'un corps de pompiers et la réforme des règlements sur les incendies étaient le complément nécessaire des mesures déjà prises. M. Mellier s'en occupa, et bientôt la ville posséda quarante pompiers , et des règlements sévères pour tout ce qui concernait les mesures à prendre contre le feu. Les habitants furent chargés de se surveiller les uns les autres; chacun d'eux devait avoir deux seaux pleins d'eau pendant la nuit, sous peine d'amende, et mettre une lumière à sa fenêtre, s'il entendait crier au feu. Les architectes , maçons, charpentiers, couvreurs et ramoneurs , devaient se porter sur le lieu de l'incendie pour se mettre à la disposition des autorités. Dix hommes de la milice bourgeoise devaient s'y porter aussi pour maintenir l'ordre , et grand nombre de propriétaires furent tenus de se pourvoir, chacun à leurs frais, d'un seau de cuir bien confectionné.

Le 17 octobre 1726, la Mairie fit acheter une nouvelle pompe en Hollande ; elle coûta , toute garnie , 976 livres 6 sous ; son tuyau était long de cent vingt pieds.

Beaucoup d'autres améliorations matérielles signalèrent la même

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année: les places du Port-aa-Yin et da Pilori; fiBsent aUgiéM d» b&tics; la halle da Booffay , incendiée en 1718 , hit rebâtie es lîm; THôtel de la Monnaie fut agrandi ; les pnits de Saint-PieRe el da Changes, bouchés depois long-temps, forent curés et livrés M L'on décida de réparer celai de Saint-Léonard • ce qui M années pins tard. La ville obtint da domaine. Mut le nueiiede dix livret^ le terrain yagne de la Sealseye. Le reiwii la ville était alors de cent quatre mille lÎTres , somiae qe*l «1 tfficile d'apprécier exactement , mais dont la valeur rm\néwimÊÊi %Ê ï 300 mille francs. C'est ainsi qu'avec de faibles administrateur savait cependant produire beaucoup.

L'année suivante , le roi augmenta le nombre des j ce qui était encore une amélioration.

En 1723 , la première compagnie de la Fosse fut priTilégpis, an capitaine devint lieutenant-colonel de la milice l>onrgeoise wnsh droit de remplacer le maire, en cas d'absence, dans ses colonel de la milice urbaine , qui se composait alors de pagnies. — L'époque dont nous faisons Tbistoire nous pouvoir très-ombrageux , et cependant nos villes j sans inconvénient, de libertés qu'elles ont perdues depuis.

De nombreux embellissements nous rappellent enoon Fi 1723. Le pont de bois de Sauvetout fut remplacé par le pierre qui existe aujourd'hui ; un pont de bois fut jeté sa pour faciliter la circulation entre la vieille yllle et le Hanlii; il rivière d'Erdre fut rétrécie et curée depuis le moulin des qu'à son embouchure; les pêcheries des Ponts forent détmitas nant une indemnité de 4512 livres accordée à leurs ville fut autorisée à construire le quai de Ghézine , et 24 priétaires forent autorisés à démolir le moulin Grognard «et à truire à leurs frais, sur la grève de la Saulsaye » les quais, las et les principales maisons de cette ile , qni , depuis , a pris la d'Ile-Feydeau.

Le grand nombre de constructions nouvelles acherées , cées ou projetées , ne répondait pas encore ans désirs de IL partout oti ce maire habile apercevait une amélioration il s'empressait aussitôt de faciliter aux citoyens les mnjci de 1^ tenir ; aussi une nouvelle Bourse fut-elle commencée en 1731. I^frçade du quai de l'Hôpital , depuis le pont de la Belle-GMi imm\

la maison Laorencin appartient à la même année. Les plans antérienn à cette époqae nons montrent, dans cette partie de la yiile, on bras de Loire beaucoup plus large que celui qui passe aujourd'hui d e?ant THôtel-Dien. Une grève dangereuse pour la narigation régnait sur une grande étendue : cinq propriétaires ofirirent de resserrer la rivière et de construire un quai nouveau , ce qui lirt accepté.

Les antres faits qui concernent l'année 1724 sont en général trop insignifiants pour trouver place ici. Cependant quelques-uns peignent les mœurs et méritent à ce titre d'être cités. Jusqu'alors les marchands en détail avaient été regardés comme aptes à devenir éche- ▼ins; cette année , on les raya do la liste , et rien ne prouve que ces bravas gens , plus soucieux de leur fortune que de leur honneur , aient songé le moins du monde à réclamer. Les étudiants s'étaient emparés des Cours Saint-Pierre et Saint-André ; tantôt ils y frappaient les promeneurs avec leurs porte-feuilles , tantôt ils s'y battaient avec les laquais et les gens de livrée de la noblesse. Le juge prévôt leur défendit de s'attrouper et de porter des armes , sous les peines prescrites par les règlements contre les écoliers et les valets. Les pères de famille, maîtres d'école et pédagogues^ ainsi qne les flultres qui se faisaient suivre à pied , en chaise on en voiture par lens gens, furent rendus civilement responsables de lexécution de cette ordonnance ; mais les peines corporelles infligées la première fois n'étant pas suffisantes, il fut défendu aux écoliers et aux valets de former des rassemblements et de marcher plus de denx on trois ensemble , sous peine , pour ces derniers , du fouet , du carcan et des galères; car c'est ainsi qu'à celte époque l'on comprenait l'égalité devant la loi.

Michel Le Cochais, comédien du roi, était venu à Nantes avec nne troupe pour exploiter la province. Nons trouvons le passage suivant dans l'ordonnance du juge-prévôt qui le concerne: « Il leur est permis de représenter la comédie , au lieu de leur était blissement , pourvu qu'ils ne s'écartent point de la bienséance et 9 des bonnes Inœurs , à la charge de donner aux écoliers du droit , » douze billets francs du parterre , chaque jour de représentation , non » compris celui de l'écolier gui aura soin des billets , parce que lesdits » écoliers observeront une conduite régulière pendant les représen- » tations. A cette fin, défenses leur sont faites dy faire aucuns » troubles , et d'y entrer armés d'épées , de cannes on bâtons , sur 79 les peines portées , etc. » 47

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greffier en le salaanl, le lay promit. Le Marquis se lovna THSiSi confesseur et moy. « Je prie Dieo, mes pères» nous ditril, qsl » m'onyoye toat le mal que je souhaite aux antres ; je ne tsss et ari » à personne , je pardonne de bon cœnr à toni ceaz qui L'exécuteur Ta vert it incontinent de monter sur réchaSanl. « Ti » dit-il, un compliment triste. » Cependant, il le sami ioit quillcment avec son confesseur. Sur le point de monter sur Ti son confesseur m*a dit qu*il se tourna ver» quelques Mt

leur demander pardon

» Après toutes ces exécutions, un des Henieors de 1»

sée Tint à nous dire d'aller faire ouvrir notre église « pour

corps de ces Messieurs. Nous tâchâmes â prendre netre

les Rôtisseries et par la rue Baclerie ; mais noos tron^fti

barricadées par quantité de charrettes et trois rangs d*ii

sorte qu'il nous fallut retourner par la nie da Port-MaiUarl«

nous étions arrivés. Cette rue, aussy bien qne celles da

des Jacobins étoiont barricadées et bordées de soldats des

» Fort peu après notre retour, les exécoteors» escorta

sieurs archers à cheval , amenèrent les quatre corps dans

Au lieu de venir, comme nous l'espérions, à la porte de V

s'arrêtèrent à la porte du couvent; et les corps, sans anl

leurs chemises, furent transportés par le cloître sur le

relligieux , où nous avons coutume de mettre nos relligifl

pendant l'office de la messe de leur enterrement. Afin de

lendemain la même chose pour les quatre Meuienn*

soin de distinguer les quatre tètes, et, après avoir placé

avec le corps qui lui convenoit, on en marqua les noMS si

billets différents avant de les ensevelir. M. de la Grioleis

môme rcconnoistre et approuver la distinction qa^on

Quelque temps après, M. de Ghateauneuf nous envoya dira par indi

ses gardes , qu'il falloit , dans la nuit même, et an piostoslt

ces corps sans aucun son de cloches ni chants d*églize »

dire la grande messe du lendemain avec des ornements

Père sacristain fit entrer des femmes dans le bas choanr de Ti

pour ensevelir les corps , et quatre hommes pour faire qnain

sur une même ligne , au haut de la nef, pendant qne les relligianiqv

étoiont dans le chœur d'en haut, récitoient matines et iauto di

l'office canonical. Après qu'ils eurent fini , le Révérand Pèra Fi

XVm.o SIÈCLE. 363

floos-prienr , fit les qnatre enterreroents en récitant avec les autres relligieux , mais sans chanter^ la prière ordinaire de Téglize pour Tinhumation des morts.

» M. de la Griolais les vint voir de grand matiu/et, sur ce que le Père sacristain lui représenta que nos rubriques nous deffendoient le mercredi-saint, 5 la messe, les ornements blancs , et ne permettoient que les violets, il dit que Tintention de M. de Ghateanneuf étoit seulement que nous ne nous servissions point d'ornements noirs > comme on a coutume pour marques de deuil ; et que , pourvu que la grande messe ne fût pas pour ces Messieurs , nous ferions bien de célébrer le plus que nous pourrions de messes basses pour le repos de leurs âmes ; ce que Ton n'a pas manqué d'exécuter ponctuellement. »

Nous avons conservé le plus qu^il nous a été possible du récit du père Nicolas. Le fragment suivant de la lettre de Madame de Thalooet achève de mettre au jour la conduite du pouvoir dans ce jugement inique :

« Mon cher époux n'est donc plus, mon très-révérend père, et j*ay été privée de recevoir ses derniers soupirs... ah! mon père, que ce calice est rude et amer pour moi , et que mon cœur en est pénétré. Je perds le plus aimable et le meilleur époux qui jamais ait été , et cela par ma faute. Je fus trompée, trompée mon cher père, par des officiers qui le furent eux-mêmes, et je fus assez malheureuse que de le porter h s'aller rendre entre leurs mains, sur la pait>lle qu'ils m'avoient donnée que c'étoit un sûr moyen pour obtenir grâce. Il suivit aveuglément tous mes désirs , et, par malheur, le plus insupportable pour moy , c'est son amour et le mien qui nous a perdus. Quels étoieut ses sentiments à cet égard , 6 mon trèscher père? et de quelle manière s'est-il expliqué à notre égard , ô mon très-cher père ? Que vous a-t-il dit des quatre pauvres orphelins qu'il m'a laissés avec un bien qui ne va pas à deux cents livres , pas même à cent livres de rente ? Mandez-moy , je vous prie , par la S.*^ Passion de Notre Sauveur , tons ses sentiments et tout ce qnMl vous a dit à mon sujet. Que j'appréhende qu'il m'ait fait quelques injustices pour le malheureux avis que je luj ay donné! Je vous prie , mon cher père , puisque vous êtes celuy de mon cher époux, mandez-moj tout ce qu'il vous a dit de moy et de nos très-chers enfants ; dites-moy encore sy vous estes persuadé que son âme gé-

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