‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 41 sur 64 · MO XV1II.< SIÈGI · texte numérisé non relu

MO XV1II.< SIÈGI

j» ArrîTé ao château » le prince y reçnt les oomplii » en pareille circonstance ; car c'est ji qai se fera reaaarqecr ee » blable cas par les adalations les plos plates et les plM » A sept heures, il sortit à pied avec tonte sa coar « el » Tille pour se rendre au spectacle aux acclamations da pe^yu , n paraissait très-satisrait de cette démarche. Les dragons et ha » rassiers étaient en arrière et prenaient tontes précaotioBS » causer aucun accident. La salle était artistement décorée. La » tacle se composait de ta Partie de Chasse de Hemri IV et de » Colas, Le prince parut content du jeu des acteurs ; on le » plaudir , ce qui lui valut à lui-même les vivat et les hravea » terre. A la fin de la pièce, il fut salné par M. Goarrillet la » cipal acteur de la troupe, et la manière gradenae dont iliafrt » cet habile comédien lui valut de nouveaux applandii

» A sa sortie du théâtre , le prince fut reconduit par la » nantaise , qui lui ofirit de lui servir de {çarde » ce qn*il

}) Le lendemain, il se rendit à la cathédrale ayec tons hi an- » gnenrs de sa suite et sa garde de dragons et de » Monseigneur Tévéque avec les chanoines* était à Yx A bas de Téglise à vingt pas de la grande porte; il j ayait » à rentrée, et vis-à-vis un fauteuil. Le comte d*Artois»nià » genoux sur le coussin ; Tévéque alors s'assît dans le » lui plaça sa mitre sur la tête , et de là il adressa au prii » cours après lequel il lui présenta Tean bénite ; puis il le » dnisit au chœur en entonnant le Te Devm, La messe M » mais accompagnée d'une très-belle musique. Aussitôt le A prononcé , le prince monta sur les tours de Saint-Pierre ai » sa suite ; puis il monta en voiture pour s^aller promeu » Cours. Après avoir diné sur le quai Flesselles, chex M. » zaïichère, joué deux parties de paume avec M. le mai » delièvre , le chevalier de Coignj et M. de Manvillain , et vu » à Chézines un navire auquel on donna le nom de Comfa ^j » le prince revint à la Bourse pour les jpnminations. Le » mauvais , et il s'empressa d*aller au speiSlacle , oti le » préparé un bal magnifique: il parut très-satisfait et dai X Le lendemain , â neuf heures i\i , il partait an ton de » des décharges d'artillerie annonçaient son passage ; 4 et nos cuirassiers l'escortaient comme â son arrirée; ihb

XYIII.« SIÈCLE. 381

» daitirent jusqu'il la Gharrière , oh le prince lesremerGîa beaucoup. « Peu de temps après , Tempereur Joseph II vint ji Nantes : v II ar-

• riva (dit le même manuscrit) le 14 juin, et descendît chez Gaton^ » hôtel de la Poste , dans la rue de Gorges. Bois heures après son » arrif ée , il se promenait dans les rues avec le comte Menon , » commandant du château; il alla jusqu'à rextrémité de Ghézines,

• et fut remarqué par beaucoup de personnes; son habit, sa

• reste » ses culottes étaient puce , à boutons d'acier , son chapeau » uni avec une petite plume noire ; il portait une queue , des bot- » tines et une petite canne ; tout son extérieur était très-modeste. » C'était un habile musicien , et M. Pelloutier le conduisit au Ger- » de Musical, où il fit sa partie sur la basse. »

Gaymar, dans ses Annales delYantetj se borne, arec son llgorôme accoutumé , à donner la date de l'arrivée du comte d'Artois etde l'arrivée de l'empereur d'Autriche : a je n'entrerai point, ajoute- » t-il , dans le détail des fêtes qu'un peuple trop bon donna à l'occa- 9 sien du passage de ces deux princes , parce que , d'après la conduite » postérieure de l'un et de l'autre , le français n'a pas besoin que j'en » retrace le tableau pour être guéri de la dispendieuse manie de fêler 9 ces prétendus grands. »

En 1781, la ville fit reconstruire le pont Maudit, refait depuis en 1830. L'hospice des enfants trouvés date de 1782 , il a été bâti sur les plans de M. Grucy , de même que les quais et la cale de la Poissonnerie, qui datent de 1783.

Gaymar nous apprend qu'en 1782 , il naquit à Nantes 1448 garçons et 1417 filles , qu'il mourut 2771 hommes et 1996 femmes: qa'en 1782, il naquit 1446 garçons et 1412 filles , que la mortalité fut de 2458 hommes , et 2060 femmes ; que l'on compta 751 mariages en 1782, et K66 en 1783.

En 1784 , il fut lancé , dans la cour des Enfants-Trouvés, un superbe aérostat, dont la nacelle contenait MM. Goustard de Massj et Mouchet; le premier, lieutenant des maréchaux de France; le second , oratorien : 80,000 personnes assistèrent à ce spectacle extraordinaire pour notre Tille qui resta déserte. Les voyageurs aériens , disent nos archives , desr cendirent à la Regripière et rentrèrent k Nantes aux acclamations du peuple. La chapelle de Bon-Secours, qui tombait en ruines, fut rétablie la même année. La fonderie Gandin , située à Bel- Air, mit en vente

Quelques antres faits d'une moindre importance, ou qui se rattachent moins directement à l'histoire de Nantes, méritent encore d*ôtre cités:

Une lettre de Brest , de 1778 , qui fut copiée à plus de deux cents exemplaires et colportée dans toute la ville , apprit à Nantes le combat de la Beile-Poule.

Une seconde lettre apporta , dans le mois de juillet , des nouvelles de la bataille d'Ouessant, dans laquelle la flotte française avait obtenu des avantages marqués sur les Anglais ; elle fut lue avec d'autant plus d*avidité qu'elle annonçait que V^émphion^ monté par des marins bretons, et commandé par M. de Trobiant , était , de tous nos vaisseaux , celui qui avait le plus souffert et dont l'équipage avait montré le plus d*énergie.

Les nouvelles de la guerre d'Amérique préoccupaient beaucoup les esprits , et notre gouvernement prenait une part bien vive an succès des révolutionnaires du Nouveau-Monde. Le sloop le Marsouin , commandé par Nicolas Martin , arrivé à Paimbœnf , le 30 septembre 1778 , après trente-deux jours de traversée , se trouvait à peine en rade qu'il ftat entouré de visiteurs, sitôt que l'on sut qu'il arrivait de Virginie. Le lendemain , chacun racontait k Nantes que le comte d'Estaing, envoyé par Louis XVI pour soutenir la cause américaine, avait été forcé d*abandonner la station de New- York , ses vaisseaux tirant trop d'eau pour passer la barre qui se trouve à l'entrée du port; mais on ajoutaitcomme correctif ses nombreux succès; il n'était bruit non plus que do jeune marquis de Lafayette; on ne doutait pas qu'ai la tête des 15000 Américains qu'il avait , disait-on , sous ses ordres , il ne remportât sur l'armée anglaise, forte de six mille hommes.

Le 15 février 1783 , une société de jeunes négociants donna un bal à Thôtel Rosmadec , pour fêter la conclusion de la paix avec l'Anglelerre.

Dans le mois de mars de la même année > du 6 au B , l'Ile Fejdeau fat couverte par les grandes eaux ; le 9 , l'eau couvrait la place du Port-au-Vin; le 10 , l'eau barrait l'entrée du café du Commerce; le 14, la moitié du Port-au-Vin était découverte. Dans la vieille ville, les grandes eaux atteignirent le pied de la Petite-Echelle-Saint-Nicolas ; au 5 avril, elles commencèrent à décroître rapidement; le 7, la rivière était rentrée complètement dans son lit.

En 1784 , M. de la Lanrencie remplaça H. Aagnstin Frétât de Sara , en qnalité d'évéque.

XVni.* SIÈCLE. 385

noiiTelle halle, qui était terminée le 12jaliil789. La même année, les jeunes gens de Nantes firent une Rosière, c'était la fille d'on jardinier. Peo de temps après , un ooYrier nommé Vincent > et par sobriquet la Lime, fat pendu pour avoir dérobé dans Tintérienr du château 1^2 livre de cuirre ; la disproportion énorme qui existait entre le délit et la peine, nous a fait on devoir de citer ce crime judiciaire.

En 1788 , les trois enfants du duc d'Orléans vinrent à Nantes avec Badtme de Genlis pour visiter la ville. Cette année , le froid fut trèsënr : il commença le 15 octobre, et continua jusqu'au 21 novembre ; à cette époque il redoubla , et la rivière fut bientôt prise. Le dégel commença le 12 janvier , mais la rivière ne fut libre que le 23 ; il y avaittant de neige et de glaces dans les rues, que Ton fut occupé à les enlever jusqu'en février.

Les douze dernières années du XYIIT.' siècle forment une époque à put; transition brusque et violente de la monarchie vers le règne de la démocratie bourgeoise, à laquelle devaient aboutir quarante ans d*efi6rts et de combats. Nous terminerons donc ici les faits du Xyiu.* siècle par un aperçu rapide sur les hommes de cette époque et sur les progrès de toute nature de la ville de Nantes^ depuis 1700 josqa'en 1788.

CÉLÉBBITÉ» BE KAirTBS AU XVIII.* SIÈCLE.

Jêtm Burin y grand chantre de la Cathédrale, est Fauteur d'une Induction en vers français , des Elégies amoureuses d'Ovide (Rouen 1676) , de P^énus dans le cloflre on la religieuse a» chemise , et de ^ vie ée Française dÀmboise, duchesse de Bretagne, fondatrice des Carmélites.

(Teit lui dont Peccot a dit dans ses Chapitres en vers :

Dans son église Cathédrale ,

Le bâton de chantre à la main ,

Nantes te vit en chape triomphale , Ou parcourir le chœur ou chanter au lutrin ;

Mais l'auguste cérémonie

Ne t'ofirait rien qui te trompât , Ovide t'inspirait et non la liturgie ,

XVm.» SIÈCLE. 387

ment. Aussi sévère poar les autres qu'il Tétait pour loi-méine , le pieux Ticaire de Saint-Saturnin se permettait d'examiner les pou- Toirs et les droits de TEpiscopat , et de prouver , dans sa brochure , que son éréque lui-même était dans Terreur. INantes avait alors pour évéque M, de Sanzai , qui ne goûta nullement les observations de son sabordonaé , et lui répondit eu faisant censurer sou livre et en obtenant contre lui une lettre de cachet. Travers , exilé au couvent des Gordeliers de Savenaj , n'obtint de sortir de prison qu'en 1748 , et encore è la condition de ne rien publier désormais sur les affaires de Téglise. Il mourut eu 1750 , le 15 octobre, à Page de cinquante-six ans, laissant de nombreux souvenirs et beaucoup de manuscrits qui, la plnpart, sont restés inédits.

FrançoiS'Séraphique Bertrcmd^ avocat , a composé un volume de poésies et un mémoire pour le commerce de Nantes contre celui de Saint-Malo.

Chevaye , son ami , nous a laissé quelques morceaux de poésie latine.

O^e, ingénieur-géographe desËtats de Bretagne, a beaucoup fait. Nous avons de lui une carte de Bretagne , une carte du comté nan- UiU (la première est aujourd'hui fort rare, je ne connais point la •eoonde) , un atlas itinéraire , puis un Dictionnaire Historique et Géographique de notre province. Ce dernier ouvrage a été rédigé jpar M. Greslier; mais c'était M. Ogée qui en avait conçu le plan et '^réoni les matériaux.

Le médecin Bonamy (François) mérite une mention toute spéciale,

nns encore pour sa Flore des environs de ]\antes (Nantes , 1782) ,

il prouve de l'habileté comme botaniste , que pour son zèle à ré-

idre et à cultiver la science. Cet honorable citoyen , né à Nantes en

10 , descendait d'une famille patricienne de Florence , établie en

igne , depuis près d'un siècle. Loin de professer > avec la noblesse

son temps, qu'étudier les sciences, c'était déroger, il passa une

de sa jeunesse dans les amphithéâtres de Montpellier et de

Wris; puis il revint à Nantes, où il exerça la médecine et professa

\% botanique pendant cinquante années. Ses cours furent toujours

■blics et gratuits; il faisait entretenir à ses frais un jardin bota-

^^ y dans lequel on cultivait toutes les plantes exotiques dont les

** ^nines étaient apportées par les capitaines de navires. — Membre- ^' Widateur de la Société d'Agriculture de Bretagne , il a publié , dans

XVIIL* SIÈCLE. 889

Mlouel était on chirurgien très-habile comme opérateur. On croit qu'il a écrit plusieurs mémoires ; nous avons fait de yains efforts pour nous les procurer.

Gabriel Montaudouin a fondé la Société d'Agriculture de Bretagne , dont nous ayons eu occasion de signaler les importants travaux ; il a écrit plusieurs mémoires , et des poésies ; mais c'est surtout comme commerçant qu'il a rendu de grands services à notre ville et bien mérité de ses concitoyens. L'abbé Goyer, philosophe ingénieux et même profond pour son époque , lui rend tonte justice dans an ouvrage assez rare aujourd'hui, et qui a pour titre : Bagatelles moraies et Philosophiques.

Jean Grou a fait une traduction de Platon , dont nous ne saurions Jager le mérite ; car nons ne la connaissons pas.

Guymar est l'imprimeur et l'auteur des Annales Nantaises, Son livre, bien qu'écrit souvent en style des halles , ne manque point d^nn certain mérite. C'est une œuvre de patience qui atteste de la franchise et du bon sens. IVous devons lui savoir gré d'avoir , le premier , résumé Travers , et fait connaître cette mine si abondante en documents précieux.

Graslin a laissé plusieurs mémoires d'économie politique ; un , entre autres , sur la richesse et l'impôt. L'un des quartiers de Nantes porte son nom : c'est celui dont la construction lui est due.

Duboueix était un médecin distingué.

En suivant cette longue liste avec un peu d'attention , on voit de snite la différence qui existe entre le XVIIL« siècle et le précédent ; nos auteurs nantais du XYIIL' siècle se sont occupés , les uns de sciences , les autres de philosophie ; un assez petit nombre , de dévotion ; et c'est tout le contraire parmi ceux du XYU.» ; il y a aussi , chez les premiers , une grande supériorité sous le rapport de l'étendue des vues, ce qui devait être. Plus l'on s'élève vers l'avenir, et plus l'horizon s'agrandit.

An Xyin.« siècle, liantes donna naissance à plusieurs guerriers illustres , ce sont : Barin de la GaUssonniére qui vainquit le fameux amiral Bing , s'empara du fort Mahon et fut chargé de régler les limites du Canada. P^iéy qui, après plusieurs hauts faits d'armes , reçut le commandement d'un navire de 26 canons , et s'empara , au milieu d'une escorte nombreuse , de lord Hamilton , qui se rendait à son commandement des Iles-dn-Vent et Sons-le-Vent. Cassardy que

XYIII.« SIÈCLE.

quelques établissements industriels , parmi lesquels on rerasrqaait : la fabrique d'indiennes de M. Langevin, établie depuis sept ans.qvi produisait annuellement 5000 pièces; la fabrique de cordages de MM. Hrée et Bodichon , située près des Irlandais : elle consistait en deai grandes corderies , dix-sept magasins , deux pompes à incendie attachées k rétablissement , et journellement elle occupait 1 ,200 personnes. Les négociants-armateurs étaient au nombre de 200 , sais compter une foule d'autres que l'on appelait regnicoles , parce qa*ib spéculaient plus spécialement sur les produits da pays. Le Jardin des plantes jouissait , depuis la mairie Mellier, du prÎTilége de recefoîr gratuitement des capitaines de navires ane certaine quantité de graines exotiques. Il y avait une école d'hydrographie , une autre de dessin , dont nous avons parlé , une école primaire pour les garçons» tenue par les Frères de la doctrine chrétienne , une école des Ursulinespour les filles; deux, autres, tenues par les dames de Saint- Charles, pour les filles des faubourgs; plusieurs cercles littéraires: une nouvelle académie de musique, qui, depuis 1751 , donnait des concerts. La chambre ecclésiastique , présidée par Tévéque , se coaposait de 11 membres. La milice bourgeoise avait en tout 18 oonpagnies, variant en nombre depuis 90 jusqu'il 425 hommes. Le liarreai comptait 35 avocats en exercice, 47 procureurs an présidial. Les notaires montaieut h 33 , et le collège des oratoriens donnait presqne gratuitement l'éducation h cette foule immense de jeunes gens qai suivait la carrière du barreau , étudiait la médecine ou se livrait k rindustrie.

Le commerce, en 1765, se chargea du bail de roctroî, et ait une enchère de 100 mille livres sur le fermier. — I! résulte d*on nccnsement , fait en 170(1 , ([ue la population était alors de 90 ndUr .Imes , c'est-â-dir(* qu'elle avait plus que doublé dans l'espace de ff ans. Ce fait n'a rien d'extraordinaire , les immenses constructions cC ie mouvement du port devaient avoir fixé à liantes on nombre considérable d'ouvriers. Cependant Ton regarde généralement le cUfiv de 80 mille Âmes comme plus exact. En 1768 , la façade du qnai Brancas fut achevée par M. Ceineray. En 1770, le même arckitede fl btlMr Tédifice qui fait le milieu de la place du Bouffa^. La ville • endettée , emprunta 300 mille livres qu'elle remboursa , par voie de loterie, dans l'espace de 7 ans. — Le célèbre Penonnet vîntp

Nantes , à cette époque , pour examineir les trayaax hydrauliques de ringénîeur Ma gin ; on commençait dès-lors à sentir la nécessité de rendre la navigation plus facile de IVantes à Paimbceuf, ofi, depuis 60 ans, les navires étaient obligés de se décharger sur des gabares, tandis qu'ils remontaient auparavant jusqu'à Gouëron sans alléger.

En 1771 , notre ville posséda des fiacres pour la première fois. En 1772, la communauté du bon pasteur fut confirmée. Le roi accorda aussi à la ville les attérissements faits et à faire au-dessus et audessous des ponts , et le droit d'emprunter 500,000 liv. rembour- ^bles en 7 ans , par voie de loterie , afin de rétablir le pont Rousseau , détruit par l'inondation de 1770. En 1774 , l'on ouvrit la rouie de Rennes , et l'on construisit la chaussée de Barbin , d'après les plans de M. Geineray.

Le comte d'Artois , depuis Charles X , vint à Nantes en 1777 ; un manuscrit de cette époque raconte ainsi la réception qui lui fut faite :

a Monseigneur le comte d'Artois arriva le vendredi , entre cinq et » six heures du soir; l'on était allé an-devant de lui jusqu'aux Trois- » Moulins , sur la route de Vannes , à-peu-près à une lieue de Nantes. » A droite et h gauche , sur la route , se trouvait un petit camp » formé de cinquante tentes, et très-abondamment pourvu de ra- » fraichissements de toute espèce.

» Nos Messieurs du commerce et d'autres avaient formé deux corps:

» L'un de cent et quelques hommes , tous habillés de vert , avec

» galons d'or , parements et collets cramoisis, panache blanc au cha-

» peau. C'était la livrée de ses gardes, livrée jolie, plaisant aux

n dames; mais c'était une livrée , et Messietbrs du commerce eussent

a» pu se montrer autrement qu en valets. L'autre compagnie se com-

39 posait de cinquante cavaliers en uniforme de cuirassiers. Le pre-

» mier corps avait pour chef M. Drouin, armateur de cette ville ;

» le second , M. Giraud, propriétaire , qui se trouvait en sous ordre.

» Ces deux compagnies attendirent le prince h leur camp ; une

j» batterie annonça son arrif ée. Après le compliment d'usage adressé

» par M. Drouin , auquel le comte d'Artois répondit avec courtoisie ,

» le cortège se mit en marche avec tout l'ordre possible , malgré la

\ » multitude de peuple et la quantité d*équipages qui barraient le

\ » chemin ; il fut ainsi escorté jusqu'au château , au son d'une musique

1 » guerrière et au bruit des canons que l'on avait placés de distance

( » en distance, depuis le camp jusqu'à la ville.

XYIIL* SIÈCLE. 381

» daîsirent jusqu'à la Gharrière , où le prince les remercia beaucoup. « Peu de temps après , Tempereur Joseph II vint à Nantes : v II ar- » riva (dit le môme manuscrit) le 14 juin, et descendit chez Gaton^ » hôtel de la Poste , dans la rue de Gorges. VWt heures après son » arrivée , il se promenait dans les mes avec le comte Menou ,

> commandant du château; il alla jusqu'à Textrémité de Ghézines, » et fut remarqué par beaucoup de personnes; son habit, sa m veste, ses culottes étaient puce, à boutons d'acier, son chapeau » uni avec une petite plume noire ; il portait une queue , des bot- 9 Unes et une petite canne ; tout son extérieur était très-modeste. » G^était un habile musicien , et M. Pelloutier le conduisit au Ger- » de Musical, où il fit sa partie sur la basse. »

Goymar, dans ses Annales de Nantes, se borne, avec son llgorisme accoutumé , à donner la date de l'arrivée du comte d'Artois elde l'arrivée de l'empereur d'Autriche : « je n'entrerai point, ajoute-

> t-il , dans le détail des fêtes qu'un peuple trop bon donna à l'occa- » sion du passage de ces deux princes , parce que , d'après la conduite » postérieure de l'un et de l'autre , le français n'a pas besoin que j'en » retrace le tableau pour être guéri de la dispendieuse manie de fêter 9 ces prétendus grands. »

En 1781 , la ville fit reconstruire le pont Maudit, refait depuis en 1810. L'hospice des enfants trouvés date de 1782 , il a été bâti sur lift plans de M. Grucy , de môme que les quais et la cale de la Poisftouierie, qui datent de 1783.

Ckiymar nous apprend qu'en 1782 , il naquit à liantes 1448 gar- ÇBBS et 1417 filles, qu'il mourut 2771 hommes et 1996 femmes; fH*eii 1782, il naquit 1446 garçons et 1412 filles , que la mortalité fut éb 3458 hommes , et 2060 femmes ; que l'on compta 751 mariages en 1782, et 866 en 1783.

Bd 1784 , il fut lancé , dans la cour des Enfants-Trouvés, un superbe aérostat, dont la nacelle contenait MM. Goustard de Massy et Mouchet; to premier, lieutenant des maréchaux de France; le second, oratorlen: 80,000 personnes assistèrent à ce spectacle extraordinaire pour notre Ville qui resta déserte. Les voyageurs aériens , disent nos archives , desr Cftndirent à la Regripière et rentrèrent à liantes aux acclamations du peiqple. La chapelle de Bon-Secours, qui tombait en ruines, fut rétablie la même année. La fonderie Gaudin , située à Bel- Air, mit en vente

Quelques autres faits d*une moindre importance, on qui se rattachent moins directement à Thistoire de Nantes, méritent encore d*6tre cités:

Une lettre de Brest , de 1778 , qui fut copiée à plus de deux cents exemplaires et colportée dans toute la ville , apprit à Nantes le combat de la Belle-Poule.

Une seconde lettre apporta , dans le mois de juillet , des nouvelles de la bataille d'Ouessant, dans laquelle la flotte française avait obtenu des avantages marqués sur les Anglais ; elle fut lue avec d*autant plus d^avidité qu'elle annonçait que Yjàmphiouy monté par des marins bretons, et commandé par M. de Trobiant , était , de tous nos vaisseaux , celui qui avait le plus souffert et dont Téquipage avait montré le plus d'énergie.

Les nouvelles de la guerre d'Amérique préoccupaient beaucoup les esprits , et notre gouvernement prenait une part bien vive au succès des révolutionnaires du Nouveau-Monde. Le sloop le Marsouin , commandé par Nicolas Martin , arrivé à Paimbœuf , le 30 septembre 1778 , après trente-deux jours de traversée , se trouvait à peine en rade qu'il fat entouré de visiteurs, sitôt que Ton sut qu'il arrivait de Virginie. Le lendemain , chacun racontait à Nantes que le comte d'Estaing, envoyé par Louis XYI pour soutenir la cause américaine, avait été forcé d'abandonner la station de New- York , ses vaisseaux tirant trop d'eau pour passer la barre qui se trouve à l'entrée du port; mais on ajoutait comme correctif ses nombreux succès; il n'était bruit non plus que do jeune marquis de Lafajette ; on ne doutait pas qu'à la tête des 15000 Américains qu'il avait , disait-on , sous ses ordres , il ne l'emportât sur l'armée anglaise, forte do six mille hommes.

Le 15 février 1783 , une société de jeunes négociants donna un bal à l'hôtel Rosmadec, pour fêter la conclusion de la paix avec l'Angleterre.

Dans le mois de mars de la même année > du 6 au 8 , l'Ile Fejdeau fut couverte par les grandes eaux ; le 9 , l'eau couvrait la place du Port-au-Vin; le 10 , l'eau barrait l'entrée du café du Commerce; le 14, la moitié du Port-au-Vin était découverte. Dans la vieille ville , les grandes eaux atteignirent le pied de la Petite-Echelle-Saint-Nicolas ; au 5 avril, elles commencèrent à décroître rapidement; le 7, la rivière était rentrée complètement dans son lit.

En 1784 , M. de la Laurencie remplaça H. Aogostin Frétât de Sara r en qualité d'évêque.

XVni.e SIÈCLE. 385

nonyelle halle, qui était terminée le 12jainl789. La même année, les jeunes gens de Nantes firent une Rosière, c'était la fille d'un jardinier. Peu de temps après, un ouvrier nommé Vincent, et par sobriquet la Lime, fut pendu pour avoir dérobé dans l'intérieur du château I72 li- Tre de cuivre ; la disproportion énorme qui existait entre le délit et la peine, nous a fait un devoir de citer ce crime judiciaire.

En 1788 , les trois enfants du duc d'Orléans vinrent à Nantes avec madame de Genlis pour visiter la ville. Cette année, le froid fut trèsdur : il commença le 15 octobre, et continua jusqu'au 21 novembre ; à cette époque il redoubla , et la rivière fut bientôt prise. Le dégel commença le 12 janvier , mais la rivière ne fut libre que le 23 ; il y avait tant de neige et de glaces dans les mes, que l'on fut occupé à les enlever jusqu'en février.

Les douze dernières années du XYIIT.' siècle forment une époque k part; transition brusque et violente de la monarchie vers le règne de la démocratie bourgeoise, à laquelle devaient aboutir quarante ans d'efforts et de combats. Nous terminerons donc ici les faits du XYin.' siècle par un aperçu rapide sur les hommes de cette époque et sur les progrès de toute nature de la ville de Nantes, depuis 1700 jusqu'en 1788.

CÉLÉBRITÉS DE NANTES kV XVIII.* SIÈCLE.

Jean Barm, grand chantre de la Cathédrale, est Fauteur d'une traduction en vers français , des Elégies amoureuses tf Ovide (Rouen 1676) , de P^énus dans le cloître ou la religieuse e» chemise y et de la vie de Françoise d'Âmboise^ duchesse de Bretagne, fondatrice des Carmélites.

C'est lui dont Peccot a dit dans ses Chapitres en vers :

Dans son église Cathédrale ,

Le bâton de chantre à la main ,

Nantes te vit en chape triomphale ,

Ou parcourir le chœur ou chanter an lutrin ;

Mais l'auguste cérémonie

Ne t'ofirait rien qui te trompât ,

Ovide t'inspirait et non la liturgie ,

XVni.» SIÈCLE. 387

ment. Âossi sévère poar les antres qa*il Tétait poor loî-mênie , le pieax ricaire de Saînt-Satamin se permettait d'examiner les poo- ▼oîrs et les droits de TEpiscopat , et de proorer , dans sa brochure , qae son évôqne lui-même était dans Terreur. Nantes avait alors pour év6qae M. de Sansai , qui ne goûta nullement les observations de son sabordonaéy et lui répondit en faisant censurer son livre et en obteoant contre lui une lettre de cachet. Travers , exilé an courent des Gordeliers de Savenay , n'obtint de sortir de prison qu'en 1748 , et encore è la condition de ne rien publier désormais sur les affaires de Téglise. Il mourut en 1750 , le 15 octobre, à Tâge de cinquante-six ans, laissant de nombreux souvenirs et beaucoup de manuscrits qui, la plupart, sont restés inédits.

FrançoiS'Séraphique Bertrand^ avocat , a composé un volume de poésies et un mémoire pour le commerce de Nantes contre celui de Saint-Malo.

Chevaye , son ami , nous a laissé quelques morceaux de poésie latine.

Ogéê, ingénieur-géographe des États de Bretagne, a beaucoup fait. Nous avons de lui une carte de Bretagne , une carte du comté nantais (la première est aujourd'hui fort rare , je ne connais point la seconde) , un atlas itinéraire , puis un Dictionnaire Historique et Géographique de notre province. Ce dernier ouvrage a été rédigé par H. Greslier; mais c'était M. Ogée qui en avait conçu le plan et réuni les matériaux.

Le médecin Bonamy (François) mérite une mention toute spéciale, moins encore pour sa Flore des environs de Nantes (Nantes, 1782) , qui prouve de Thabilelé comme botaniste , que pour son zèle à répandre et à cultiver la science. Cet honorable citoyen , né à Nantes en 1710 , descendait d'une famille patricienne de Florence , établie en Bretagne , depuis près d'un siècle. Loin de professer > avec la noblesse de son temps, qu'étudier les sciences, c'était déroger, il passa une partie de sa jeunesse dans les amphithéâtres de Montpellier et de Paris ; puis il revint à Nantes , où il exerça la médecine et professa la botanique pendant cinquante années. Ses cours furent toujours publics et gratuits ; il faisait entretenir à ses frais un jardin botanique , dans lequel on cultivait toutes les plantes exotiques dont les graines étaient apportées par les capitaines de navires. — Membrefondateur de la Société d'Agriculture de Bretagne , il a publié , dans

XVIIL* SIÈCLE. 889

jéllouel était on chirurgien très-habile comme opérateur. On croit qu'il a écrit plusieurs mémoires ; nous avons fait de yains efforts pour nous les procurer.

Gabriel Montmidouin a fondé la Société d* Agriculture de Bretagne , dont nous avons eu occasion de signaler les importants travaux ; il a écrit plusieurs mémoires , et des poésies ; mais c'est surtout comme commerçant qu'il a rendu de grands services à notre ville et bien mérité de ses concitoyens. L'abbé Goyer, philosophe ingénieux et même profond pour son époque , lui rend tonte justice dans an ouvrage assez rare aujourd'hui, et qui a pour titre : BagateUes tnoraies et Philosophiques,

Jean Grou a fait une traduction de Platon , dont nous ne saurions jager le mérite ; car nous ne la connaissons pas.

Guymar est l'imprimeur et l'auteur des ÂMiales Nantaises, Son livre, bien qu'écrit souvent en style des halles , ne manque point d^un certain mérite. C'est une œuvre de patience qui atteste de la franchise et du bon sens. IVous devons lui savoir gré d'avoir , le premier, résumé Travers, et fait connaître cette mine si abondante en documents précieux.

Graslin a laissé plusieurs mémoires d'économie politique ; un , entre autres , sur la richesse et l'impôt. L'un des quartiers de Nantes porte son nom : c'est celui dont la construction lui est due.

Duboueix était un médecin distingué.

En suivant cette longue liste avec un peu d'attention , on voit de suite la différence qui existe entre le XVIII.« siècle et le précédent ; nos auteurs nantais du XYIIL' siècle se sont occupés , les uns de sciences, les autres de philosophie; un assez petit nombre , de dévotion ; et c'est tout le contraire parmi ceux du XYIL» ; il y a aussi , chez les premiers , une grande supériorité sous le rapport de l'étendue des vues , ce qui devait être. Plus l'on s'élève vers l'avenir, et plus l'horizon s'agrandit.

Au Xyin.« siècle, IN'antes donna naissance à plusieurs guerriers illustres , ce sont : Barin de la GaHssonniére qui vainquit le fameux amiral Bing, s'empara du fort Mahon et fut chargé de régler les limites du Canada. P^ié, qui, après plusieurs hauts faits d'armes, reçut le commandement d'un navire de 26 canons , et s'empara , au milieu d'une escorte nombreuse , de lord Hamilton , qui se rendait à son commandement des Iles-du-Vent et Sous-le-Vent. Cassard^ que

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Die, entreprise ntile, si elle avait en senlement ponr but d'établir des relations, à bas prix, entre le port de liantes et celui de Pornic; mais peu raisonnable en ce qu'elle tendait h remplacer Pa imbœuf par une autre ^ville , et à créer , en quelque sorte h la Loire , une seconde embouchure tout-îi-fait inutile. Le canal de M. Brie-de- Serrant devait déboucher dans la Loire entre Nantes et les passes les plus difficiles ; aussi a-t-il été abandonné. L*on songea encore , dans le siècle dernier , à dessécher le lac de Grand-Lieu; mais les difficultés de l'entreprise firent renoncer à ce projet. Si maintenant nous passions en revue le nombre immense d'hôtels et d'édifices que le XVin.<^ siècle a construits dans notre ville , nous aurions quelque indulgence pour cette époque de transition, qui ne pouvait faire mieux ni plus.

Nous avons, à diverses reprises , signalé la situation du commerce de Nantes; il n'est donc pas inutile, avant de passer outre, d'examiner sa position au commencement de la Révolution.

En 1790, le mouvement du port fut de 97,900 tonneaux pour le long-cours , 412,220 pour le grand cabotage, ce qui donne un total de 140,120 tonneaux^ non compris le petit cabotage. Dans ce mouvement qui occupa 530 navires entrés et sortis , l'Angleterre figure pour 29; le Danemarck, pour 13; la Suède, pour 8; la Hollande, ponr 76; l'Allemagne, pour 110; l'Espagne, pour 15; le Portugal, pour 9; l'Italie, pour 11; l'Ile-de-France, pour 3; les Etats-Unis, pour 8; Cayenne, pour 3; les Antilles, pour 205 ; le commerce des nègres, pour 40.

Le commerce des Antilles était , comme on le voit , le plus étendu; aussi , après Bordeaux , dont en 87 et 88 les relations avec ces colonies avaient été doubles des nôtres , Nantes se trouvait la première place du royaume et l'emportait sur le Havre et sur Marseille. Avec Saint-Domingue surtout , nous avions des relations très-importantes; un nombre considérable de colons de cette île , qui renfermait 405,528 noirs et 792 sucreries , se trouvaient liés d'affaires avec nos négociants, qui les avaient crédités ou commandités , à tel point qu'ils s'étaient mis à découvert , à leur égard , d'une somme évaluée à 50 millions pour toutes les Antilles , dont ils avaient reçu la majeure partie. Il n'y avait point ^ Nantes, à cette époque, même parmi les artisans, de famille qui ne s'intéressât au commerce. Cependant les bénéfices avaient beaucoup diminué , parce qn*au lien d'avoir affaire

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rie 9 étaient dans an état prospère. La verrerie occupait quarante oaTriers et dix manœuvres, poor livrer an commerce 500 mille boateilles; nne seconde verrerie existait à Goaëron. Trois brasseries, dont ane dans ce dernier lien , et plosieors antres industries plus «eondaires , avaient un placement avantageux de leurs denrées et semblaient devoir prendre une extension rapide.

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