BEAUX ARTS
Nous n'avons aucune peinture du XYIII.' siècle qui mérite d*6tre cUée. L*entrée du chœur de la Cathédrale, la maison de TIle-Feydeau qui porte le nom de Temple-du-6oût, la maison n.<» 4, place du Pilori, plusieurs autres sur la Fosse et la place do Port-au-Yin sont des types de cette époque de décadence. Cependant Thistoire de l'art serait incomplète , si quelques dessins ne leur étaient consacrés ; aussi notre collaborateur a-t-il eu soin de ne point laisser de lacune dans son œuvre. Antérieurement au XYIIL^ siècle, on se servait de cariatides pour supporter les balcons , mais alors du moins , comme on peut s*en convaincre , en examinant celles de la maison Clemensin , place Saint-Pierre , ces sculptures avaient une valeur réelle. — Yers b fin du siècle , Ceynerai s'efforça de ramener Farchitecture dans une meilleure voie ; c'est à lui que nous devons le tracé de la route de Bennes^ défiguré depuis par un pont inconcevable; le tracé de la promenade de Barbin, si heureusement plantée » malgré toutes les prévisions défavorables , par Mathurin Pecot ; le quai Brancas dont la façade serait digne d'un palais , le quai Flesselles , la place Louis XYI , et THôtel d*Aulx , si remarquable par son élégante simplicité.
La musique était alors beaucoup plus cultivée dans les églises qu'elle ne Test aujourd'hui; mais rien ne prouve qu'il y eût des artistes distingués parmi les nombreux amateurs que Nantes renformait il l'époque de la Révolution.
Quelques négociants rimaient des couplets, des bouquets à Cloris et d'autres gentillesses du même genre; les habitués de leurs tables appelaient cela de la poésie.
Les modes venaient de Paris et n'avaient aucun caractère spécial. Yoltaire, Diderot, Rousseau étaient les auteurs en vogue.
Nous n'ajouterons rien à ce court exposé, dans la crainte de tomber dans des redites ou d'anticiper sur l'avenir.
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ptrce qu'elles étaient jastes ; aussi y eut-il résistance de la part de quelques membres; mais le môme jour, le peuple se réunit une seconde fois^ et MM. Giraud-Duplcssis , Gottin, Ghaillon , Videment , Gadou ûls , Glavier , Jarry , Mynier , Blin , Bisson , Dubem et Yarsavaux furent choisis pour aller à Paris présenter au roi une copie de la requête des habitants de IVantes, et demander, en leur nom , Il permission de s'assembler pour délibérer sur leurs affaires , chaque fois que les circonstances Fexigeraient.
Le 18, cet arrêté de la Mairie , contre lequel avait protesté une partie du bureau, fut dénoncé au Parlement et supprimé par un arrêt; mais, aussitôt Tarrêt connu , les corps de métiers et les habitants se réunirent de nouveau , et choisirent , pour correspondre avec la députation , MM. Baco, Guinebaud, Paul Bernard, Tessier , Bridon, Louvrier, Leroux et Mellinet père. Ils les autorisèrent k réunir le peuple et à faire tout ce qui paraîtrait nécessaire pour le succès de la demande.
MM. Plumard^ Bodin des Plantes, Geslin, Ghardot, étaient les membres du Gonseil Municipal qui voulaient conserver Tinégalité des droits et des charges au détriment du Tiers-État ; le 2 décembre , la Commune décida , pour les écarter , qu'il serait adressé une seconde demande au roi , afin d'en obtenir une nouvelle formation du conseil de ville ; en même temps elle réclama l'autorisation de nommer directement les députés delà province, refusant le maire pour député , comme étant anobli , et Ghardot , comme ayant manifesté des opinions contraires aux intérêts de la Gommune. Elle crut encore devoir demander une adhésion aux arrêtés des villes et paroisses, Tabolition des francs-fiefs et l'admission des hommes du Tiers-État à toutes les charges de la magistrature , aux services de terre et de mer , dans les institutions royales et provinciales avec les prérogatives attachées jusqu'alors à la noblesse.
Le 15 décembre, le député Giraud exposa aux ministres le but de sa mission : il leur montra combien le peuple se plaignait , à bon droit , de payer seul les charges de l'État , et demanda une répartition proportionnelle de l'impôt. « Il faut^ ajouta-t-il, que le Tiers- État soit représenté de manière à n'être pas opprimé par les autres ordres; ce qui ne peut avoir lieu , si l'on n'a pas égard aux pétitions dont je suis porteur. » Les ministres l'accueillirent convenablement , mais ils renvoyèrent sa demande aux Etats de Bretagne , en pro-
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Tonte la proTÎDce en fut indignée ^ les habitants de Rennes , et surfont les jeunes gens des écoles , témoignèrent hautement leur méoontontement : des rixes s'en suivirent , dans lesquelles deux étudiants furent tués par les nobles , qui avaient fait feu sur le peuple; anuitôt un député vint à Nantes solliciter du secours, et le jour m6me, à 7 heures du soir, il y eut réunion à la Bourse. Il faisait extrêmement froid : Tâpreté de la saison semblait ajouter encore à l*irritation des esprits. Le représentant de la jeunesse de Rennes , qoi se faisait appeler Omnes Omnibus , nom remarquable en ce qa*il résumait à lui seul toute la pensée révolutionnaire, prit la parole an milieu d*une fonle extrêmement nombreuse. Il commençait à peine, et des applaudissements lui apprirent quelle vive sympathie animait son auditoire ; son discours passionné , prononcé avec une Toix accentuée , produisit un effet immense sur les jeunes gens qui réoontaient ; aussi quand , après avoir exposé tous les griefs du peuple, tOQte la misère du Tiers-État, il s*écria : Citoyem^ la pairie est en danger , marchons pour la défendre / Ce fut une approbation unanime, el comme une fièvre générale ; on se serrait la main , on se promettait secours et appui. Séance tenante , une protestation fut rédigée. Les considérants en ont été conservés, et nous les donnons ici comme propres à faire connaître Fesprit public , son exaspération , et surtout celle qui animait la jeunesse :
« Frémissant d'horreur à la nouvelle de Tassassinat commis à 9 Rennes , à l'instigation de plusieurs membres de la noblesse ; con- » Toqnés par le cri général de la vengeance et de Tindignation ; re- » connaissant que les dispositions pour affranchir Tordre du Tiers » de Tesclavage où il gémit depuis tant de siècles , ne trouvent d'obs- » tacle que dans cet Ordre dont Tégoisme forcené ne voit dans la 9 misère et les larmes des malheureux qu'un tribut odieux qu'Us 9 Tondraient étendre jusque sur les races futures.
» D'après le sentiment de nos propres forces et voulant rompre le » dernier anneau qui nous lie ; jugeant d'après la barbarie des moyens 9 qu'emploient nos ennemis pour éterniser notre oppression, que nous 9 avons tout à craindre de l'aristocratie qu'ils voudraient ériger en 9 principes constitutionnels, nous nous en affranchissons dès ce 9 jour.
9 L'insurrection de la liberté et de l'égalité intéressant tout vrai » citoyen du Tiers , tous doivent la favoriser par une inébranlable et
tronrait le foyer de rinsnrrection : c^était de là que Tesprit ré- YolatioDnaire s'écoulait h grands flots sur le reste du pays. Mais nautes , qu'habitaient de riches commerçants disposés à faire de grands sacrifices pour Taffranchissement du Tiers-Etat, possédait plus spécialement l'initiative. L'on pensait à Rennes, l'on agissait à Nantes , et le reste de l'Ouest suivait docilement l'impulsion. L*Ecole de Droit de Rennes était le principal centre- insurrectionnel ; et , malgré son défaut d'unité d'opinion , elle agissait comme un seul homme avec un ensemble admirable. Parmi les étudiants , quelquesuns seulement avaient conservé la religion de leurs pères , sévères pour eux-mêmes , indulgents pour les autres , de mœurs austères , disposés à tout sacrifier pour le triomphe de leur cause , ils étaient très-habiles à tirer de l'Evangile les conséquences les plus démocratiques et possédaient une grande influence sur leurs condisciples. Pamphlétaires, ils savaient faire abnégation d'amour-propre et rester dans l'ombre. Hommes d'action, ils n'hésitaient jamais, au contraire , à se placer au premier rang. D'autres , [en bien plus grand nombre , appartenaient aux diverses écoles philosophiques , oa professaient pour les doctrines la plus grande indifférence. Parmi ceux-ci , les uns se donnaient déjà le titre de philanthropes ; les autres , plus égoïstes , disaient nettement que leur orgueil ne pouvait supporter l'infériorité du Tiers ; ils ne comprenaient pas que la révolution pût demander moins ou plus que l'émancipation de la bourgeoisie. Le peuple était un auxiliaire sur lequel leur faiblesse aimait à se reposer , sans s'inquiéter le moins du monde de savoir si la bourgeoisie et le peuple partageraient par égale partie les dépouilles des vaincus ; car ils ne comprenaient pas encore que les manants fussent assez osés pour se comparer aux fils des plus anciens bourgeois du pays. — En dehors des écoles , le parti révolutionnaire n'avait guère plus d'unité. Quelques nobles , remarquables par rétendue de leurs connaissances ou le libéralisme de leurs opinions; quelques prêtres logiques dans leur christianisme ; quelques magistrats qui sentaient les vices des institutions dont ils étaient les soutiens ; d'autres magistrats , mus seulement par l'égoïsme et dont les places ne donnaient pas la noblesse au bout d'un certain nombre d'années d'exercice ; beaucoup de boutiquiers qui détestaient , an fond du cœur > l'aristocratie qu'ils servaient à genoux dans leurs magasins; des avocats , les uns sans clientelle , les autres doués d'une grande
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» Considérant qne^ dans le moment oh la liberté française touche k sa régénération , il n'est pas nn véritable citoyen qni ne voie avec indignation l'aristocratie que quelques nobles voudraient établir ;
» Qu'une pareille forme de gouvernement , qui suppose des esclaves, ne peut être regardée que comme une violation manifeste des droits les plus saints de la nature , et qu'elle est surtout essentiellement contraire à l'ancienne et véritable constitution de l'empire des Francs ;
» Que c'est un devoir sacré pour tons ceux qui aiment encore la patrie , de s'opposer avec toute l'énergie dont ils sont capables à une iooovation aussi désastreuse et aussi flétrissante ;
» Qu'il est de la dernière importance pour la sûreté publique et rhonneur de la nation , que de pareils excès soient à l'instant réprimés ;
» Avons délibéré et unanimement arrêté qu'en qualité d'hommes et de citoyens , nous sommes et serons toujours prêts à voler an secours de nos frères injustement opprimés , sans nons écarter du respect ûh aux lois, et de la fidélilé que nous jQjrons à notre prince ;
» Que , désirant uniquement recouvrer des droits inaliénables et imprescriptibles , nous ne formerons de réclamations que sur des usurpations intolérables , et nous ne nous opposerons qu'aux prétentions révoltantes que quelques membres de l'Etat oseraient élever contre les pouvoirs incontestables et la légitime autorité de la nation ;
» Adhérons tous aux arrêtés de Messieurs les étudiants en droit et en médecine et de Messieurs de la Bazoche.
IVota. Quoique des lettres de Bretagne nons annoncent à l'instant one suspension dans les troubles , nous persistons dans nos premières résolutions, et signons, etc. »
La seconde publication avait pour titre :
Arrêté des mères , sœurs , épouses et amantes des jeunes citoyens d'Angers, du 8 février 1789.
Ces deux pièces étaient très-remarquables , en ce qu'elles admettaient l'oie et l'autre la souveraineté de la nation , en ce qu'elles considéraient les droits des citoyens comme imprescriptibles et inaliénables, en ce qu'elles faisaient très-bon marché de la propriété qu'elles attaquaient directement en provoquant à la destruction des privilèges de la noblesse, consacrés par une longue suite de siècles. On y retrouve encore le désir de rattacher les traditions du passé aux espérances de l'avenir, et cependant plusieurs des fils des bourgeois et des bonr*
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içeoises qai signèrent ces deux arrêtés, doTaient un joartV Tabolition de Tesclavage poor les enfants des Boîrs de bob tant il est vrai qne Tinjastice qai nous frappe est la seole cherchions à détraire !
Les Nantais qui partirent poor Rennes» apprirent en ronlB deux partis avaient fait la paix; cependant, ib e«*ntii marche. Les autorités de Rennes entrèrent »Tec eov en ue voulant pas qu'ils vinssent en ville ; mais ce fut inntil chefs du parti du tiers avaient très-bien compris qne les d< compromettraient la révolution ; ils s*opposèrent donc de pouvoir à une transaction qui eût diminaé leur inflnenœ leur importait que les huit cents Nantais fassent Tns et Rennes^ et leur persistance triompha. Se fiera rautoritéqû,da essence, était conservatrice; accéder à ses désirs en renonçant II terniser avec les volontaires de Nantes, c'eût été commencer le a bat par une fausse manœuvre et compromettre TaTonir de h par une lâche et imprudente concession.
Bientôt, les paroisses et les corporations forent rénnies dam b M de nommer des députés pour rédiger les doléances dn pays, ik cesEtats-Générauiqui devinrent la célèbre Assemblée Dès lors, les événements se pressent les uns sur les ai scène de la capitale retentit dans les provinces , où elle est sait que de Broglie et Lansbèqoe , sont chargés d^arrêter IV Parisiens, et Finquiétude fait que Tons^anne. Le 16 jnillet,eBi les deniers royaux, afin d'dter an gouvernement Ions d'action. Le 17, des marins envoyés à PaimbaNif ponr blés , s'emparent en même temps des poadres qnl s*y revenant «^ Nantes, ils visitèrent les monastères et lescfaAI le but de connaître la quantité de provisions de tonte étaient pourvus. Le 18 , on apprend , à Nantes , la prise de h Quelques citoyens, sous la conduite de MM. Andrleni et officiers de la milice bourgeoise , vont an chftleau^t somi vcrneur de le livrer à la garde nationale, en laî faisant sort du commandant de la Bastille. Les IS'autais, an bont heures , se trouvèrent de la sorte entièrement maîtres de h surlendemain, grande alarme! on annonce qne des dragOM par Montaigu : tout le monde s'arme , jus4|a'aaz femmes et ([ui montent dans les chambres et les greniers da bois,dt
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do Terre cassé et préparent do TcaQ boniliinte« Cînqoante hommes , munis de haches, se tiennent prêts à couper le pont de Pirmil ; mais Talerte est fansse , et la cavalerie , enyojée h la déconcerte , rerient Mns iToir rien vn.
Le désir des réformes, qni animait le Tiers-Etat, avait pénétré jusque dans les casernes. Le 15 août, le régiment de Rohan forma le projet de se débarrasser de ses officiers et de les remplacer par des «litaires qni ne fussent ni nobles^ ni aristocratêê ; vers neuf à dix liemres dn soir ce régiment sortit en armes, et les meneurs se rendirent k la Halle-Nenve, où se tronraient beaucoup des jeunes gens qni ayaient fait le voyage de Rennes. Les sons-officiers et les Nantais ira* temisèrent; les premiers , promirent de ne point prendre les armes contre les roturiers , s'ils venaient à se révolter à main armée, a Nous sommes des enfants dn peuple, disaient-ils, c'est avec le peuple et pour le peuple seulement que nous voulons combattre. » En sortant de la Halle-Neuve, le régiment, conduit parles sous-officiers, se mil ï parcourir la ville dans tous les sens; quelques soldats voulurent se porter ï des violences contre les chefs dont ils étaient aéaontents^et la f$arde nationale fut forcée de s'interposer entre eox. Le régiment se fféanit alors et se porta chez le colonel, M. d'Hervilj, auquel il demanda ses drapeaux. Celui-ci, dévoué ï la cause royale, répondit rageusement; mais que pouvait-il faire seul et sans appui contre masse armée ? Cependant, il ne céda qu'après avoir été blessé. Le iri^ment de Rohan revint alors au poste de la Halle-Neuve, où il déposa ses drapeaux entre les mains de la garde nationale; li, les chefs { piotestèrent de nouveau de leur dévouement h la nation ; plusieurs iiicoorB furent successivement prononcés, discours brefs, maiséner- ^ gkliies, qui se résumaient ainsi:
« Nous sommes tons Français , tous enfants de la nation! L'armée a alla garde nationale s'uniront pour combattre les privilèges. L'année « le rappelle qu'elle est sortie dea, rangs dn peuple; elle est prèle k 9 Terser son sang pour la patrie. Mais elle refusera de tirer snr ses a concitoyens, et de se faire l'instrument du despotisme royal. La • carde nationale est prête à suivre l'armée à la frontière » et h lutter m avec elle de patriotisme et de dévouement. »
Ainsi , dans ces moments d'exaltation , la nation déchirait les fictions cmMtitntionnelles pour exprimer crûment son opiaion , et montrer au grand jpur les passions dont elle était animée.
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Tonte la proYÎoce en fut indignée , les habitants de Rennes , et surtout les jeunes gens des écoles , témoignèrent hautement leur mécontentement : des rixes s'en suivirent , dans lesquelles deux étudiants furent tués par les nobles , qui avaient fait feu sur le peuple; aussitôt un député vint à Nantes solliciter du secours, et le jour même, à 7 heures du soir, il y eut réunion à la Bourse. Il faisait extrêmement froid : Tâpreté de la saison semblait ajouter encore à l*irritation des esprits. Le représentant de la jeunesse de Reunes , qui se faisait appeler Omnes Omnibus , nom remarquable en ce qn^il résumait à lui seul toute la pensée révolutionnaire, prit la parole an milieu d^une foule extrêmement nombreuse. Il commençait à peine, et des applaudissements lui apprirent quelle vive sympathie animait son auditoire ; son discours passionné , prononcé avec une Toix accentuée , produisit un effet immense sur les jeunes gens qui récontaient; aussi quand, après avoir exposé tous lesgriefis du peuple, toute la misère du Tiers*Ëtat, il s^écria : Citoyens^ la patrie est en daller , marchons pour la défendre ! Ce fut une approbation unanime, et comme une fièvre générale ; on se serrait la main , on se promettait secours et appui. Séance tenante, une protestation fut rédigée. Les considérants en ont été conservés , et nous les donnons ici comme propres à faire connaître Tesprit public , son exaspération , et surtout celle qui animait la jeunesse :
« Frémissant d'horreur à la nouvelle de l'assassinat commis à » Rennes , à Tinstigation de plusieurs membres de la noblesse ; cou- » Toqués par le cri général de la vengeance et de Tindignation ; re- » connaissant que les dispositions pour affranchir Tordre du Tiers » de l'esclavage où il gémit depuis tant de siècles , ne trouvent d'obs- » tacle que dans cet Ordre dont Tégoîsme forcené ne voit dans la » misère et les larmes des malheureux qu'un tribut odieux qu'îb » voudraient étendre jusque sur les races futures.
» D'après le sentiment de nos propres forces et voulant rompre le » dernier anneau qui nous lie ; jugeant d'après la barbarie des moyens » qu'emploient nos ennemis pour éterniser notre oppression, que nous 9 avons tout à craindre de l'aristocratie qn'ils voudraient ériger en » principes constitutionnels, nous nous en affranchissons dès ce » jour.
>» L'insurrection de la liberté et de l'égalité intéressant tout vrai » citoyen du Tiers , tous doivent la favoriser par une inébranlable et
trouvait le foyer de Tinsarrection : c*était de là que Tesprit ré- Tolationnaîre s'écoulait à grands flots sur le reste du pays. Mais Nantes , qu'habitaient de riches commerçants disposés à faire de grands sacrifices pour raffranchissement du Tiers-Etat, possédait plus spécialement Tinitiative. L'on pensait à Rennes, Ton agissait à Nantes , et le reste de TOuest suivait docilement l'impulsion . L'Ecole de Droit de Rennes était le principal centre insurrectionnel; et , malgré son défaut d'unité d'opinion , elle agissait comme un seul homm» avec un ensemble admirable. Parmi les étudiants , quelquesuns seulement avaient conservé la religion de leurs pères , sévères pour eux-mômes , indulgents pour les autres , de mœurs austères , disposés à tout sacrifier pour le triomphe de leur cause , ils étaient très-habiles à tirer de l'Evangile les conséquences les plus démocratiques et possédaient une grande influence sur leurs condisciples. Pamphlétaires, ils savaient faire abnégation d'amour-propre et rester dans l'ombre. Hommes d'action , ils n'hésitaient jamais, au contraire , à se placer au premier rang. D'autres , len bien plus grand nombre , appartenaient aux diverses écoles philosophiques , ou professaient pour les doctrines la plus grande indifférence. Parmi ceux-ci , les uns se donnaient déjà le titre de philanthropes ; les autres , plus égoïstes , disaient nettement que leur orgueil ne pouvait supporter l'infériorité du Tiers ; ils ne comprenaient pas que la révolution pût demander moins ou plus que l'émancipation de la bourgeoisie. Le peuple était un auxiliaire sur lequel leur faiblesse aimait à se reposer , sans s'inquiéter le moins du monde de savoir si la bourgeoisie et le peuple partageraient par égale partie les dépouilles des vaincus ; car ils ne comprenaient pas encore que les manants fussent assez osés pour se comparer aux fils des plus anciens bourgeois du pays. — En dehors des écoles , le parti révolutionnaire n'avait guère plus d'unité. Quelques nobles , remarquables par l'étendue de leurs connaissances ou le libéralisme de leurs opinions; quelques prêtres logiques dans leur christianisme ; quelques magistrats qui sentaient les vices des institutions dont ils étaient les soutiens ; d'autres magistrats , mus seulement par l'égoisme et dont les places ne donnaient pas la noblesse au bout d'un certain nombre d'années d'exercice ; beaucoup de boutiquiers qui détestaient , au fond du cœur> l'aristocratie qu'ils servaient à genoux dans leurs magasins; des avocats , les uns sans clientelle , les autres doués d'une grande
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» GonsidéraDt que^ dans le moment oii la liberté française touche k sa régénération , il n'est pas un véritable citoyen qui ne voie avec indignation Taristocratie que quelques nobles voudraient établir ;
» Qu'une pareille forme de gouvernement , qui suppose des esclaves, ne peut être regardée que comme une violation manifeste des droits les plus saints de la nature , et qu'elle est surtout essentiellement contraire à Fancienne et véritable constitution de Tempire des Francs ;
» Que c'est un devoir sacré pour tons ceux qui aiment encore la patrie , de s'opposer avec toute Ténergie dont ils sont capables à ane innovation aussi désastreuse et aussi flétrissante ;
» Qu'il est de la dernière importance pour la sûreté publique et rhonneur de la nation , que de pareils excès soient à Tinstant réprimés ;
» Avons délibéré et unanimement arrêté qu'en qualité d'hommes et de citoyens, nous sommes et serons toujours prêts à voler au secours de nos frères injustement opprimés , sans nous écarter du respect d(i aux lois, et de la fidélilé que nous joions à notre prince ;
» Que , désirant uniquement recouvrer des droits inaliénables et imprescriptibles , nous ne formerons de réclamations que snr des usurpations intolérables , et nous ne nous opposerons qu'aux prétentions révoltantes que quelques membres de l'Etat oseraient élever contre les pouvoirs incontestables et la légitime autorité de la nation ;
» Adhérons tous aux arrêtés de Messieurs les étudiants en droit et en médecine et de Messieurs de la Bazoche.
ISota. Quoique des lettres de Bretagne nous annoncent ï l'instant one suspension dans les troubles , nous persistons dans nos premières résolutions, et signons, etc. »
La seconde publication avait pour titre :
Arrêté des mères , sœurs , épouses et amantes des jeunes citoyens d'Angers, du 8 février 1789.
Ces deux pièces étaient très-remarquables, en ce qu'elles admettaient Tuie et l'autre la souveraineté de la nation , en ce qu'elles considéraient les droits des citoyens comme imprescriptibles et inaliénables, en ce qu'elles faisaient très-bon marché de la propriété qu'elles attaquaient directement en provoquant à la destruction des privilèges de la noblesse;, consacrés par une longue suite de siècles. On y retrouve encore le désir de rattacher les traditions du passé aux espérances de l'avenir, et cependant plusieurs des fils des bourgeois et des bour-
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da Terre cassé et préparent do Pcan boniliinte« Cînqoanle hommes , munis de haches, se tiennent prêts à couper le pont de Pirmil ; mais Talerte est fansse, et la cavalerie, enyojée à la découverte, revient sans avoir rien vu.
Le désir des réformes, qui animait le Tiers-Etat, avait pénétré jusque dans les casernes. Le 15 août, le ré^ment de Rohan forma le pirojet de se débarrasser de ses officiers et de les remplacer par des militaires qui ne fussent ni nobles , ni ariêtacratei ; vers neuf à dix èenres du soir ce régiment sortit en armes, et les meneurs se rendirent à la Halle-Neuve, où se trouvaient beaucoup des jeunes gens qui avaient fait le voyage de Rennes. Les sous-officiers et les Nantais fraternisèrent; les premiers , promirent de ne point prendre les armes contre les roturiers , s'ils venaient ^ se révolter il main armée. « Nous sommes des enfants du peuple, disaient-ils, c'est avec le peuple et pour le peuple seulement que nous voulons combattre. » En sortant de la Halle-ISenve , le régiment, conduit par les sons-officiers, se mil i parcourir la ville dans tons les sens; quelques soldats voulurent se porter i des violences contre les chefs dont ils étaient mésontents^et la garde nationale fut forcée de s'interposer entre eux. Le régiment se réunit alors et se porta chez le colonel, M. d'Hervily, auquel 11 demanda ses drapeaux. Celui-ci, dévoué i la cause royale, répondit courageusement; mais que pouvaît-il faire seul et sans appui contre une masse armée ? Cependant, il ne céda qu'après avoir été blessé. Le régiment de Rohan revint alors au poste de la Halle-Neuve, où il déposa ses drapeaux entre les mains de la garde nationale; U, les chefs protestèrent de nouveau de leur dévouement ^ la nation ; plusieurs discours furent successivement prononcés, discours brefs, mais énergiques, qui se résumaient ainsi:
« Nous sommes tous Français , tous enfants de la nation! L'jrmée » et la garde nationale s*unirontpourcombattre les privilèges. L'année » se rappelle qu'elle est sortie de% rangs du peuple; elle est prèle à » verser son sang pour la patrie. Mais elle refusera de tirer sur ses » concitoyens, et de se faire l'instrument du despotisme royal. La » garde nationale est prête à suivre l'armée à la frontière » et li lutter » avec elle de patriotisme et de dévouement. »
Ainsi , dans ces moments d'exaltation , la nation déchirait les fictions constitutionnelles pour exprimer crûment son opMon , et montrer an grand jour les passions dont elle était animée.
oependaot très-nombreuses et très-brillantes ; remarquons aussi qn*à toutes les cérémonies publiques, les masses et la bourgeoisie surtout criaient à tue tôte Tire le roi ! quoiqu'elles eussent déjà dans le cœur le plus vif désir d'abolir la royauté.
Mous ne sommes encore qu'en 89 , et cependant nous voyons déjà s'organiser tous les éléments d'action et de résistance qui , plus tard , joueront un si grand rOle. La surveillance des ennemis de la révolution nécessitait un Comité de Salut Public ; celui que créèrent les élections du mois d'août , portait le nom de Comité permanent ; nous 7 voyons Bellier jeune ; Bouteiller père , le plus ricbe négociant de Nantes; Bridon, orfèvre; Cailliaud, Cantin, Chanceaulme, Cbiron ; Clavier y qui figurera dans le mouvement Girondin ; Coustard, delà Ville, Delahaie , Duclos le Pelley jeune, L. Drouin, Drouin de Parcay, Dupoirier, Duval, Fellonean, avocat du roi; Felloueau, maître particulier ; Forestier, Fonlois , Fourmi père , Fruchard , Gallon père, Carreau, Gedouin, Genevois, P. Gerbier, Guesdon, Guillet, Laënnec, Lambert, Le Bas , Le Cadre , Le Lassenr de Ransay, Le Pot, Le Ray, J. Leroux, Lientaud , de Troisville, Lonvrier, Maussion, Mesié, Pineau, Marchand, Pnssin, Guillet, Raimbant, Sabrevois; Sottinde la Coindière , devenu depuis ministre de la police ; Toché, Turquety , Yandex. La simple lecture de cette liste, nous montre que Taristocratie bourgeoise de Nantes et quelques anoblis de très-fraîche date étaient à la tête du mouvement. — Des compagnies de volontaires, destinées à traduire en actes les délibérations du comité, se formèrent rapidement. A la fin d'août^ Nantes possédait 1200 volontaires divisés en 12 compagnies , deux de chasseurs , deux de grenadiers , quatre de fusilliers, deux de francs maçons, une de canonniers marins, une antre de cavalerie. Les noms de ces compagnies étaient significatifs; H y avait la compagnie de la Liberté, la compagnie de VÉgalitéy la compagnie de la Fraternité y\2i compagnie du Patriotisme , la compagnie de la Catutance , etc. Les loges maçonniques dans lesquelles s'achevait rédacation morale et philosophique de la jeunesse , jouaient alors un rôle important , et tous ceux qui avaient quelque ambition s'empressaient de s'y afiilier; c'était là que les citoyens influents proposaient les grandes mesures. Placées en dehors de l'autorité , elles prenaient vis-à-tis d'elle le droit de conseil , et souvent une initiative qu'il eût été difficile de réprimer.
Bien des faits importants remplirent le reste de Tannée ; nous allons passer en rerue les principaux.
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nistratioQ adhérèrent au nom de leur commune à l'arrôtë do Qaimper, et décidèrent en ontre qae ,saaf la désapprobation de rAsserobléo nationale , les membres de la noblesse et da clergé qai n'auraient pas sbjqré les serments faits à Rennes et à Saint-Brienc , seraient déchus des droits de citoyens actifs.
Dès le commencement de Tannée , les hommes âgés formèrent un bataillon de vétérans , composé de quatre compagnies , nommées la Persévérance, VHarmonie , la Sagesse et la Prudence, M. Pimparay fut choisi pour les commander. — La moisson avait été mauvaise , et Ton était inquiet sur les approvisionnements ; partout on s'opposait à la libre circulation des grains. Les habitants de Saint-Mathurin et des Rosiers avaient retenu des bateaux chargés de blés qui descendaient ï Nantes. Un détachement de la garde nationale partit pour les réclamer : des représentations appuyées par deux pièces de canon ne pouvaient manquer d'être favorablement écoutées dans ces villages ; aussi les jeunes Nantais fuient-ils bientôt de retour.
La fédération bretonne , annoncée depuis long-temps , eut lieu à cette époque dans la ville de Pontivy. Des habitants de Nantes s'y rendirent. Les cérémonies de ce pacte provincial n'ont aucun rapport avec l'histoire que nous écrivons ; mais nous devons à ceux qui le formèrent de rappeler son but et son esprit.
Les chefs de cette solennité , qni a laissé de si profonds souvenirs dans la Bretagne et les provinces voisines , étaient Ghondieu , d'Angers , et Le Quilnio de Rhuis , depuis membres de la Convention ; Ponsard et Blin , députés de Rennes ; le dernier , montagnard ardent en 93 , s'opposa fortement à toutes les mesures démagogiques et au séjour de Carier dans sa ville natale ; Blad , de Brest ; Besley , de Dinan, qui a siégé et siège encore (1838) à la Chambre des Députés; de Champeaux, de Saint-Brieuc; Moreau , de Morlaix, et Guépin aioé, de Pontivy ; ces deux derniers avaient été prévdts de l'École de Droit, et jouissaient de la plus grande influence sur la jeunesse de la province.
Il ne pouvait entrer dans l'esprit de ces hommes qui tous ont fait preuve du ploM^dent patriotisme , de se borner au programme insignifiant signé h Pontivy , ni de rôver un fédéralisme qui n'était en-
monie fut renou?elée : cette fois , le clergé ayant en tête M. de Boissien y doyen de la cathédrale , se rendit sur la place Louis XYl au son des cloches , et vint fraterniser avec les autres citoyens de Nantes. Une fois Le serment prêté, M. de Boissieu entonna le Te Deum et alluma un feu de joie. Le soir, il y eut dans toute la ville une brillante illumination.
L*évéque n'avait pu accompagner ton clergé sur le Cours. Le 21 il se présenta à la Mairie , oti M. Kervegan reçut son serment. Au mois de mars, les juges-consuls vinrent aussi prêter le serment civique au nom du commerce dont ils étaient mandataires.
Du 7 au 13 avril , les électeurs constituèrent leur assemblée , arrêtèrent une adresse à TAsscmblée' Nationale, et procédèrent à la nomination des membres du département : Benoiston, Lemeignen, Papin, Méaule, Dufrexou, Lepelletier, Fremont> Goustard , David , Roch, Duboueix, Vrignault, Estafel jeune, Francheteau , Joyau, Lejenne , GoelTé , Ringeard , Crespel , Meignen , Ernoult , Payen , Drouet , Videment , ISugent jeune , Marié , Boudais , Maupassant , Cornet , Huet , recteur ; Gandon , Grihaut , Larragon , Deguer , Monrain et Lecomte, obtinrent le plus de voIk; Letonmenx fut nommé procureur , et Grellier, secrétaire-général. Grihaut, Mourain, Marié , Papin , Nugent , Dufrexou, Gornet et Joyau, formèrent le Directoire avec Letoumeux et Grellier. Les autres composèrent le Conseil. Leurs premières séances eurent lieu dans la grande salle des Jacobins.
Le district de Nantes eut pour administrateurs Goiquaud père , Donnet, Ghevy aîné , Fruneau, Marié , Paul Gerbier , Bazile, prêtre; Sottin la Goindière, Guesdon , Desclos Lepeley aine, Bertrand , Badaud , Lefebvre de la Ghauvière, procureur-syndic; Gainche , secrétaire-général; Vallin aîné, trésorier.
Le 20 mai , le district décida que ses séances seraient publiques , persuadé que les citoyens auxquels on confie des charges administratives ne sauraient opérer à huis-clos et qu'ils doivent au contraire permettre à tous de s'assurer , par eux-mêmes , de la manière dont sont gérés leurs intérêts. Nos lois, postérieures à 1830, ont supprimé la publicité , et avec elle toutes les garanties qui s'y rattachent ; un conseiller municipal peut aujourd'hui sacrifier les intérêts publics à ses intérêts privés , ou mettre la plus grande négligence à se présenter aux réunions , sans que ses mandataires aient le
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aimable , auquel on donna pins tard , pour lui procurer des moyens d*existence, une place dans TAdministration de la Marine, véritable sinécure dont il a long-temps touché les appointements sans faire de service réel ; Français , plus connu sous le nom de Français de Nantes, dont nous redirons bientôt les premiers jours de fortune; Baco, alors député, et depuis maire de Nantes, homme ferme et dévoué à la cause révolutionnaire; Guinebaud, Douillard , et un grand nombre d'autres, la plupart administrateurs de la ville, ou aspirant à le devenir.
La Société des Amis de la Révolution , en Angleterre , avait applaudi aux efforts de la nation française ; le club des Amis de la Constitution , désireux de lui prouver sa sympathie dans la personne des Anglais qui habitaient Nantes , invita ceux-ci à un repas splendide, qui eut lieu sur le terrain des Capucins. C*était une occasion favorable pour donner de Pimportance au club, et permettre à ses chefs de se mettre en évidence. Ils étaient trop habiles pour la laisser échapper; aussi , cette fête fut-elle remarquable sous tous les rapports : Tenclos était orné des statues de Louis XVI, de la Liberté, de Charlemague et de Diane chasseresse , on y voyait cette inscription : AbokUion de la Féodalité; chaque arbre était orné d'un drapeau et d*un bouclier^ sur lequel on lisait le nom d'un héros ou d'un philosophe ; une longue suite de couronnes et de guirlandes se continuait d'un arbre à l'autre; au milieu s'élevait l'autel de la Concorde ; sur l'autel reposait le globe du monde , ayant au-dessus de lui le bonnet de la liberté , et , des deux côtés , deux cassolettes où l'on brûlait de l'encens ; on lisait sur les faces de l'autel: Patrie^ Égalité, Union ^ Liberté, Outre les décorations , les arbres portaient encore des inscriptions du genre de celles-ci : Révolution d* Angleterre , Révolution de France y Charta Magna ^ Fédération du a août y Fédération Bretonne, Prise de la Bastille , etc. .Après le défilé des convives , le président déposa sur l'Autel un drapeau sur lequel se trouvait cette inscription , dont il donna communication :
Céleste paii , 6 sainte hamanité ,
Qa*aai pieds de wos autels la France et T Angleterre
Jurent de rappeler les peuples de larterre
Aux lois , au vrai bonheur qu'offre la liberté.
Cette fête fit une impression profonde sur les esprits ; annoncée le
XVm.e SIÈCLE. 413
diés. Le 15 novembre, TéTêque arrive à IVantes : il y était regardé comme un contre-révolutionnaire ardent , et les scellés furent apposés immédiatement sur ses malles. Le 25 , les vétérans commencèrent le service du Château, et la garde nationale prit possession des antres postes.
Les troubles de Nancy avaient eu un grand retentissement dans tonte la France, et, partout, les patriotes plaignaient leurs co-réligionnaires politiques ; INantes ne pouvait rester en arrière , et les membres du club des Amis de la Constitution crurent encore devoir donner IMmpnfeion. Le 11 novembre, ils firent dire une messe de reqmem au couvent des grands capucins : un catafalque d'une richesse extrême , des drapeaux formant des trophées, une musique brillante et un détachement de soldats contribuèrent à donner de Téclat à cette cérémonie révolutionnaire, que d'autres devaient suivre d'assez près. Le lendemain, en effet, Tinstallation des juges-de-paix dans la salle du présidial , fit connaître au peuple une juridiction nouvelle, dont il devait espérer de grandes améliorations. Le 28 , une revue de la garde nationale eut lieu sur les Cours. La bourgeoisie , qui dirigeait alors les affaires , voulait rompre avec le passé ; des drapeaux nouveaux , et une consécration nouvelle de ses emblèmes, lui paraissaient nécessaires; aussi, quatre vieux drapeaux furent-ils déposés à Téglise de Saint-Pierre. M. Le Coûteux, aumônier et vicaire de Sainte-Croix^ dirigea la partie religieuse de cette réunion ; ce fut lui qui dit la messe à Saint-Pierre et bénit les bannières nouvelles.
Nous ne sommes point encore à Tépoque de la tourmente ; la Intte n'est engagée qu'entre le Tiers et la Noblesse, et cependant les événements se pressent les uns sur les autres. Le l.<' décembre , Nantes voit installer M. Garreau , pour procureur de la commune; M. Kerbodot, pour son substitut, et huit nouveaux officiers municipanx. La ville de Guerande, habitée par des nobles, manifeste ses opinions, et bientôt deux détachements , l'un du régiment de Rohan , l'autre de la gaide nationale, partent pour y porter, disent les mémoires de r^oque, les sentiments civiques dont ils sont animés. Ce fut là le dernier fait important de l'année; événement bien insignifiant, si on le compare à ceux qui se passaient dans la capitale.
XVni.« SIÈCLE. 415
» nous , en procédant à rélection qui ya nous occuper anjourd'hui , » qae c'est lov premier pas dans une voie tonte nonrelle, et songeons, » en formant notre choix , à cette parole de rÉvangile , si vous » vouiez être le plus grand parmi vos frères , faites-vous leur servi- » têur, »
Après quelques autres discours rédigés dans le même esprit que celui qui précède, les électeurs , accompagnés du l.«' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie à Saint-Pierre. C'était le dimanche, ils y entendirent une Grand'Messe en musique, puis Télection commença. Goustard , Tun des orateurs des clubs de Nantes , fut éhi président. Le reste de la séance fut consacré à la formation du bureau. Le lundi 14 mars , on procéda an scrutin secret à la nomination de TEvôque. M. Minée obtint au premier tour 151 voix ; mais ce nombre n'étant pas suffisant pour constituer la majorité , un second scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint- Thomas-d'Aquin , obtint la majorité absolue, et fut proclamé premier ÉYÔque constitutionnel de Nantes. Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le bruit du canon apprirent bientôt à toute la yille que le département avait fait choix d'un nouveau prélat. Quelques jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures Tacantes de Casson , de la Chapelle-sur-Erdre, de Nort et de St.-Sébastien, l'ancien recteur de Casson , M. Moriceau, de Saint-Nicolas , M. Chevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et M. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n'était pas encore rompu entre Louis XYI et la Nation. Le 25 mars eut lieu à Nantes , sur les Cours , une cérémonie imposante ; elle avait pour but de fêter le retour du roi à la santé ; mais le 10 avril , jour de l'inauguration du pavillon de lajiation, la fête fut beaucoup plus populaire. A cinq heures 1/2 du jniatin , sept coups de canon réveillèrent les habitants; à 11 heures toutes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Vis-à-vis l'hôtel Montaudouin se tr ouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait installé un autel pour dire la messe. A midi, le curé de Saint-Nicolas s'y rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, M. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé, on rappela le Mirabeau ; puis le pavillon blanc fut amené et remplacé par celui de la nation; à ce signal, toute la rade exécute la même manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
il rencontra nn détachement de cavalerie qoi Ini servit d'escorte; depais rentrée de Saint-Clément jusqu'à la Cathédrale, le régiment de Rohan , les canonniers du château , les invalides et la garde nationale tout entière formaient la haie; le corps de cavalerie était derrière la voiture; jamais souverain ne fut reçu plus magnifiquement. Sur les Cours et dans les endroits un peu larges , il y avait des équipages ; partout ailleurs, dans les rues, aux fenêtres, sur les voitnreset sur les toits une foule immense; à l'entrée de Saint-Clément, Tévéque trouva M. Kervegan h la tête de ses adjoints et du Conseil municipal; il descendit alors de voiture avec M. Vassal, son bean-frère. « Monseigneur , lui dit le Maire , ce ne sont plus les hauts barons qui ▼DOS attendent pour vous porter en fauteuil à la Cathédrale, c'est le peuple entier qui vient au-devant de vous, conduit par ses magistrats et les hommes les plus respectables de notre ville , désireux de recevoir votre bénédiction. »II ajouta quelques autres paroles^ mais à voix si basse qu'elles ne furent point entendues. M. Minée répondit avec modestie , et , se plaçant à cOté de M. Kervegan , continua sa route vers Saint-Pierre. Le département, le district, les différents corps et les clubs de ]\antes le haranguèrent chacun à leur tour. « Monseigneur^ lui dit l'un des orateurs^ cette foule immense y ce » brillant cortège > cette unanimité si touchante de toutes les classes » de citoyens , vous montrent quelle différence nous établissons entre » Télu du pouvoir papal et Télu de la nation; nous ne voulons plus 9 de ces prélats orgueilleux , si fiers d'une mitre qu'ils devaient à leur 9 noblesse et nullement à leurs vertus; et nous vous avons choisi » pour être le pasteur de citoyens libres ; pour les diriger dans le » sentier de la vertu en leur enseignant à s'aimer les uns les autres, » à respecter la Constitution qui affranchit le Tiers-Etat de la ser- » vitudc ; à désirer toutes les améliorations dont nos institutions sont » susceptibles ; à aimer et chérir tous les hommes et à sacrifier leurs » biens , leur vie même pour le triomphe des opinions qui font le « bonheur des sociétés. » M. Minée répondit qu'il ne séparait point les devoirs du prêtre de ceux du citoyen ; que l'Evangile était une source abondante où l'on pouvait puiser les opinions les plus généreuses ; que notre Seigneur ne s'était fait homme et n'avait consenti à mourir de la mort infamante des esclaves que pour racheter l'humanité de tont esclavage et de toute servitude; que la mission du pasteur était de faire aimer les bonnes lois, celles qui constituent entre les
XVni.« SIÈCLE. 419
âortil de la Cathédrale , accompagné des corps administratifs et des électeurs de chaque district , au nombre d'environ 400; venait ensuite la compagnie de la Concorde; la garde nationale bordait la haie le long de son passage; toutes les troupes de la garnison étaient aussi sons les armes. Après la procession , la garde nationale et les clubs donnèrent un diner splendidc aux divers corps de la garnison et an\: administrateurs delà ville; vers trois heures, une députation se rendit avec la musique de la garde nationale , à la demeure de Tévôque , pour le prier de venir au diner recevoir de nouveau les témoignages de Testime publique. A son entrée dans le lieu du banquet , tons les convives se levèrent et burent à la santé de Monseigneur, que M. Kervégan proposa ë peu près en ces termes: « A notre digne prélat, à celui qui no veut point séparer les devoirs du prêtre de ceux du citoyen! » L*évêque , vivement ému , répondit , et son discours fut couvert d'applaudissements. Après les vêpres , le Maire se rendit sur le Cours, où se trouvait un feu de joie , auquel il mit le feu , aux cris répétés de vire la Nation! vive fEvéquef Le soir, il y eut illumination générale.
Les Nantais n'étaient pas encore complètement éclairés sur le compte de Mirabeau ; quelques hommes seuls persistaient à le représenter comme un traître ; c'étaient en général des gens laborieux, habitués à priser par-dessus tout Tordre , l'économie , le travail et les bonnes mœurs ; mais l'opinion contraire dominait dans les clubs; aussi commandèrent-ils un service extraordinaire en l'honneur de ce grand orateur , dont l'éloge funèbre fut prononcé par l'abbé Fouché.
Des mouvements réactionnaires devaient suivre nécessairement toutes les mesures révolutionnaires adoptées par la bourgeoisie qui se trouvait au pouvoir; on s'y attendait, et les émeutes de Challans , de Saint-Aignan , de Carquefou> furent réprimées avec la plus grande facilité.
A Saint-Aignan et à Carquefou , beaucoup de paysans ne voulaient pas reconnaître les curés constitutionnels, c'est-à-dire, ceux qui avaient prêté serment de fidélité à la nation. Des détachements de la garde nationale de Nantes , partis pour les installer , furent assaillis à coups de pierre, et la mutinerie primitive devint un véritable combat qui coûta la vie à plusieurs personnes. A Carquefou surtout, la résistance fut très-vive ; un renfort de cinq cents Nantais déconcerta les paysans, qui se sauvèrent à toutes jambes. 10 hommes et 3 femmes furent faits prisonniers et amenés an BonCfay.
XV11I.« SIÈCLE. 42i
s'apaisaient, et quoiqu'ils fussent, en général, moins estimables individuellement que les prêtres qui avaient refusé le serment à la constitution, cependant ils avaient lieu de croire qu'un long avenir leur était réservé ; mais il est dans la nature de Thomme d'abuser de la victoire, pour exercer des actes d'intolérance. Le t28 mai, quelques femmes exallées , car il s'en trouvait un bon nombre dans l'entourage des prêtres constitutionnels , demandèrent au département l'expulsion {ies prêtres réfraclaires et des bigotes. Irritées d'un refus dicté par une sage politique , elles résolurent de saisir la première occasion pour punir elles-mêmes des personnes coupables du crime de ne pas penser comme elles. Le deuxième jour des Rogations, les sœurs du Sanitat s'élant retirées dans leurs chambres à l'approche de la procession, après avoir caché les ornements de leur église, les dévotes constitutionnelles, que l'opinion publique a pétries, montèrent dans leurs chambres et les fouettèrent.
Les religieuses des Goëts avaient constamment refusé de reconnaître l'évêque Minée ; les mêmes fanatiques , accompagnées d'un grand concours de peuple, se portèrent à leur couvent. Les religieuses eussent été fouettées sans l'intervention de la garde nationale; mais le couvent fut évacué , et la force armée les ramena à Nantes. L'autorité les fit conduire en voiture au Château , là leurs parents et leurs amis vinrent les réclamer; bientôt elles rentrèrent sans bruit dans leur asile, malheureusement le scandale avait eu lieu et le mal était fait; déjà les hommes un peu clairvoyants pouvaient prévoir une guerre religieuse, qui n'eût peut-être jamais eu lieu sans l'intolérance du parti constitutionnel.
De nouveaux événements, survenus dans la capitale, achevèrent de séparer la nation en deux camps bien distincts. Le 22 juin , Nantes reçut une lettre de ses députés, conçue en ces termes:
Paris , le 21 juio 1791 , à 2 heures et demie du matin. c< Messieurs et chers concitoyens , grande , mauvaise et triste non- >i velle. Le roi est parti avec sa famille; la reine, à 10 heures du >; soir ; le roi , sur les deux heures de la nuit. Amis et citoyens , du » courage , de la vigueur , des précautions ; un ralliement prompt et » soutenu de toute la force active. Un réveil à toutes les municipa- » lités. Gardons-nous des malveillants^ etc.
» Signé Ghaillon , Baco , Gotti5 , Jàbbt , Gibaud. » Cette lettre est commune à Messieurs du district et de la muni-
Drouart deLesey, capitaiDe au25.« régiment, avant de lever la main dit : « Lorsque nous avons prêté serment à la Nation , à la Loi » et au Roi , nous ne Tavons prôlé au roi que subordonnément à la » rîation et à h Loi. Le Roi auquel nous avons prêté ce serment, est » le Roi reconnu par la Nation , mais autant qu'il est fidèle exécuteur n de la loi. Du moment qu'il a abandonné la Nation , nom ne conn naiêsons plus que la fiation elle-même , et les Uns qu'elle a consen- » Ues, »
Goustard , qui rentrait au moment où le vice-président remettait à Dnmourier sa croix, proposa que le ruban tricolore remplaçât le ruban ponceau de ces sortes d'insignes. Tous ceux qui en étaient porteurs, acceptèrent la proposition aux applaudissements des citoyens présents.
La cérémonie du serment achevée , on arrête , sans désemparer , la rédaction d'une proclamation au nom des trois Corps administratifs. Letoumeux, procureur-général du département, etLefebvre- Chanvière , procureur-syndic du district , sont nommés commissaires pour rédiger cette proclamation que voici :
a Citoyens,
» Le roi est parti ; mais le véritable souverain , la Nation reste , et » les Français dignes de la Liberté sont plus que jamais maîtres de » leur sort : la Constitution est faite. Le destin de l'Empire est fixé , » et sa durée , assise sur les bases éternelles de la raison et de la » justice^ n'a jamais pu dépendre de la volonté et de la présence » d'un homme.
» Le pouvoir qu'il exerçait et qu'il a cru anéantir par sa fuite , » n'était-il pas le nôtre ? N'était-ce pas la Nation^qui le lui avait » délégué ? Il reste donc encore tout entier à sa source.
» L'Assemblée Nationale, dépositaire d# la volonté générale, en » avait revêtu celui qu'elle avait trouvé sur le trOne du despotisme; » mais se ressaisissant, au nom de la Nation, de ce même pouvoir, » elle le conservera , ou le déléguera pour les intérêts et le salut » de la patrie.
» Comblés de ses bienfaits , rassurés par ce qu'elle a fait , sur ce » qu'elle peut faire encore , espérons tout de sa sagesse ; croyons » qu'elle saura faire servir au bonheur de la France un événement » médité pour sa ruine. Ceux qui ont su créer la Liberté sauront la » maintenir. Mais c'est à vous, c'est à tous les bons citoyens de
XVin.« SIÈCLE. 425
lui OD poor lai soit écrasée d*ane dette immense ; il nous dit qoMl n'a pas été libre , qu*il a été forcé dans son vœn. Que de mensonges ! Quelle perfidie! L'assemblée prend la plus grande précaution pour assurer et maintenir Tordre.
« M. de Rochambeau , commandant le Nord de la France ; M. d'Afiry , commandant dans Tintérieur ; nombre d*offîciers généraux^ ont promis et juré à TAssemblée fidélité à la Nation et secours de leurs forces et de leurs talents. Ce matin doit être proposé, à l'Assemblée, un serment pour les militaires ; enfin , il faut connaître ses amis et ses ennemis. Citoyens et amis , voilà un grand moment ; vous déploierez sans doute tout le patriotisme que les départements voisins de Paris ont déjà manifesté depuis le départ du Roi. Une conscription de volontaires nationaux est ordonnée; ils seront payés du moment qu'ils entreront en exercice. D'avance , disposez-les à partir; armez les bras de nos bons citoyens; relevez le courage de tous par l'exemple du vôtre. La liberté publique est menacée , vous ne serez pas les derniers à la défendre. Veillez nos prêtres , nos factieux, nos imbéciles. Vous vous montrerez, Messieurs, dignes de votre réputation dans ce jour de crise.
«Vos représentants mourront à leur place, si vous redevenez esclaves.
«Les ordres, les courriers sont envoyés dans les places fortes, sur les frontières , pour les mettre , par des approvisionnements de vivres et de munitions , en état de défense. Nous sommes incertains h cette heure (dix heures du matin) , du chemin qu'a pris le Roi. On dit qu'il a été vu sur la route de Metz. Les mécontents disent que M. de Bouille l'y recevra; mais les citoyens sont patriotes zélés; mais la garnison est entière à nous. Les officiers sont contre. Les dangers s'ouvrent de toute part.... Unis et fermes, nous résisterons. Nous vous en conjurons , Messieurs , électrisez les cœurs , que nos concitoyens se hâtent de s'enrôler , de se préparer par des exercices. Vous recevrez une proclamation de l'Assemblée, en réponse à la déclaration du Roi. Peut-être serait-il bon que vous en préparassiez leffet par un écrit aux habitants du département; votre sagesse, votre patriotisme nous font tout espérer du succès des moyens que vous prendrez.
»Je vous envoie le journal des débats etdécrets: vous y lirez le succès des opérations de l'Assemblée, qui est tenante depuis hier matin et qui est secondée puissamment par le département , la municipalité et tous les citoyens.
XVII1.« SIÈGLB. 427
loin de tranquilliser le parti royaliste; aussi ne cessait-il de conspirer contre un ordre de chose qu'il acceptait par force. Le 5 septembre, les cartes de confiance donnèrent naissance à une émeute assez violente , préparée depuis long-temps par les ennemis de la révolution; déjà Ton avait désarmé grand nombre de gardes nationaux dans la rue du Moulin et dans les petites rues voisines de la mairie, lorsqu'un détachement assailli trop vivement à coups de pierre et serré de très-près , fit feu sur la multitude ; il n*y «ut heureusement qu'un seul homme de tué. Le maire et son conseil décidèrent alors d'arborer le drapeau rouge et de le promener dans toute la ville y ce qui fut exécuté sur-le-champ; toutes les troupes parcoururent les divers quartiers et Testèrent cinq heures sous les armes. MM. les municipaux donnèrent lecture de la loi martiale dans les principaux carrefours et même dans les faubourgs.
L'installation des prêtres assermentés ayant donné naissance 'à de nouveaux troubles , surtout dans les communes de Bouguenais et de Gottëron , la force armée s'y porta vivement, comprima les contrerévolutionnaires et ramena des prisonniers, dont l'évèque Minée obtint encore la grâce.
Le 14 septembre, le ministre de l'intérieur écrivait aux autorités de la ville de Nantes:
<c Le Roi, Messieurs, a annoncé hier à l'Assemblée Nationale qu'il acceptait la Constitution ; Sa Majesté vient de consacrer solennelleinent cette acceptation dans le sein de l'Assemblée Nationale, au milieu des applaudissements et de l'allégresse universelle. Je m'empresse. Messieurs, de vous apprendre ce grand événement, qui doit être l'époque du retour de l'ordre et de la paix. J'ai l'honneur de vous envoyer plusieurs exemplaires de la lettre du Roi. Je n'ai pas besoin de vous recommander de loi donner toute la publicité possible. Votre patriotisme, votre amour pour le Roi, votre zèle pour la chose publique , vous guideront assez dans cette mémorable circonstance.
« Le Minisire de P Intérieur : signé Delessabt. »
La lettre du Roi fut aussitôt imprimée et publiée. Le 25, la proclamation de la Constitution fut annoncée le matin par une salve de 26 coups de canon. A trois heures après midi^ le maire et les officiers municipaux se rendirent au département pour y prendre la bannière nationale ; tous les corps administratifs sortirent ensemble et parcou-
Budgets.
Mous possédons les budgets de Nantes , pour les années 1790 et 1791 ; ils sont intéressants à consolter , sons plusieurs rapports ; et nous en placerons un extrait sons les yeux de nos lecteurs.
Lorsque vint notre première réyolution , la ville s*était déjà affiranchie de plusieurs sinécures à sa charge , qui absorbaient un revenu de 25,180 livres; en 1790 , elle supprima de nouveau grand nombre d'articles, parmi lesquels se trouvaient les suivant»:
A M. de Brancas y indemnité de logement, 2000 liv.;
Au môme pour les portes , 1200 liv. ;
Au Lieutenant du Roi , 2000 ;
Au subdélégué, 1200;
An secrétaire de l'intendant , 1000 ;
Pour installation des maires et échevins , 800 ;
A Timprimeur, 60;
Jetons de la mairie , 1600 ;
A 3 couvents pour aumônes, 310.
Le total des économies > faites cette année-là , sur les traitements , fut de 28,511 liv.
Le bourreau recevait à cette époque le logement et 1200 liv ; les Umbours, 1280 liv.; les gardes de villes, 3600. Le commerce avait un député à Paris, qui éUit payé 3000 liv. ; la police ne coûtait que 3000 liv. ; les trois architectes de la ville recevaient 4350 liv. ; on accordait au maire, 700 liv. pour un secrétaire; 240 liv. au 4 huissiers de police ; 200 à Thorloger ; 4250 aux oratoriens , pour le collège; 800 au bibliothécaire; 1000 au professeur d'hydrographie.
On peut résumer ainsi le !.«' budget publié par la mairie de riantes:
DÉPENSES
Honoraires et gages 61,660 liv.
Pensions viagères 5,079
66,739 liv.
Rentes dues à des ecclésiastiques. . . . 13,842 liv. 3 s. 2 d.
Rentes dues à des laïcs 16,548 13 4
Rentes dues au domaine national. . . 3,793 10 4
«4,184 liv. 6 s. lOd.
XVin.« SIÈCLE. 431
le rapportear estimait à 3 millions et demi les ressoorces actuelles ou prochaines de la yille. Il semble^ an premier abords en voyant ce chiffire élevé, que la situation de la mairie était très-prospère; mais si Ton songe aux dépenses imprévues telles que celles que causa Tapprovisionnement qu'il fallut faire pour prévenir la disette , et qui ne sont pas portées dans le compte ci-dessus ^ Ton j:Ugera tout autrement sa position.
Le budget de 1792 montre que les embarras s'étaient accrus rapidement. La dette de toute nature était de 4 millions 692,529 liv. 14 sons 6 deniers , et Tactif de 3 millions 668,434 liv. 1 son 8 deniers , d'où Ton voit que la dette excédait Tactif de 1 million 24^095 liv. 12 sons 10 deniers. On voit aussi > par ce budget , que la garde nationale ne coûtait alors que 20 mille liv. ; que la salle de spectacle , donnée aujourd'hui gratuitement par la ville , était affermée les années précédentes 17,000 livres , et ne produisait plus , depuis 1790 , que 10 mille liv. ; que la Halle-au-Blé donnait 6000 liv. de revenu.
On peut établir , ainsi qu'il suit , le résumé de ce budget, pour les comptes apurés de 1791.
DÉPENSES
Traitements > appointements et gages. . 49,595 liv. 7 s. 8 d.
Rentes et pensions viagères 6,248 5 »
Rentes perpétuelles 29,996 15 9
Intérêt d'emprunts et indemnités. . . 30,331 16 10
Remboursement de capitaux. 143,294 15 6
Dépenses ordinaires annuelles. . . . 116,394 9 6
Dépenses extraordinaires variables. 223,299 19 6
Dépenses diverses extraordinaires. . . 402,777 1 7
Total de la dépense 1,001,938 liv. 11 s. 4 d.
Total de la recelte 989,496 14 8
D'où il suit que la dépense avait excédé la recette en 1791 , de 12,441 liv. 16 s. 8 d.
C'est avec une situation financière aussi déplorable, que notre ville eut à lutter contre les crises les plus violentes.
» d*ayoir en des cœars de fer et d'avoir été inflexibles dans la défense » de la canse publique. Mais, je vous le répète , préparez vos armes, n agitez les clubs , que le ferment révolutionnaire anime tous les esn prits , que les hommes qui ont du cœur prêchent partout les saines » doctrines du patriotisme , et qu'à leur voix un enthousiasme géné- » reux s'empare de la jeunesse ; parlez aux femmes , et qu'elles aussi » mettent tout en œuvre pour sauver la patrie.
« Je vous l'ai dit , je vous le redis encore : la conspiration est fla- » grante; ne savons-nous pas que le comte d'Artois s'est trouvé à » Pilnitz avec l'empereur, le roi de Prusse et l'électeur de Saxe? Le » comte de Provence , dans son insolent manifeste, ne promet-il pas 9 à son frère de faire envahir la France par les rois de l'Europe » coalisés? Les agents de la cour n'agissent-ils pas publiquement » contre la révolution, et parce que le Roi a juré le 14 septembre , » an sein de l'Assemblée JVationale de maintenir la Constitution, » nous serions assez stupides pour croire h sa parole , que tout vient » démentir?
« Non , Gitojens , point de confiance dans les paroles royales. La » Constitution ne peut être maintenue que par nous , sauvée que par » nous. Et bien tôt de nouveaux faits, des conciliabules de rois, d'évê- » ques et d'émigrés vous montreront les desseins secrets de nos
n ennemis et de Louis XVI
n La confiscation des biens des ennemis de la patrie, et des » mesures énergiques contre les prêtres réfractaires sont devenues » nécessaires , disait, en la terminant, Tauteur de cette lettre. »
Ce fut sous l'influence de ces opinions qui dominaient à Nantes dans les clubs , excepté cependant au club de la Halle , que s'ouvrit Tannée 1792. Les femmes, extrêmes en tout, s'occupaient fortement alors de politique ; elles étaient très-ardentes à blâmer La Fayette et ses partisans , à dénoncer le Roi comme traître au pays , à demander des persécutions contre les émigrés et leurs familles , â réclamer des mesures violentes contre les prêtres réfractaires. A peine arrivées , les lettres intimes des députés étaient copiées par elles et colportées dans les lieux publics, pour y réchauff'er le patriotisme ; elles fabriquaient aussi des drapeaux aux couleurs nationales. L'un d'eux fut donné en grande pompe au i.'^ bataillon de la Loire-Inférieure; la bénédiction s'en fit avec solennité sur la place de la Liberté (place Louis XVI) , en
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» la seconder. Partageons , k Tenyi , li filoire de uoTer la fMrie. » Rallions-nous autour de cette sainte Gonttitnticm poor la^aelh » nous ayons juré de yerser notre sang.
» Citoyens , yoilà le moment où le yrai patriotiimie sem Bb ft » répreuye. Veillons sur nos ennemis. Ohseryont les Mchee fii en» » raient abandonner Tétendard de la Liberté ; mais gatdoi » excès ; et faisons yoir à TEurope étonnée que la FfatkNi » en perdant un roi qui Ta trompée, n'en a pat moins » ordre , cette union , cette fierté que peut seul inspirer le >» amour de la Liberté. Pidéliîé à la NaiiùH et à la Ijoi, »
Cette proclamation , donnée dans la nuit \ rimpreasion , dès 7 heures du matin. Des exemplaires en sont expédiés tricts et aux communes du ressort, pour être las et afllchés
L'assemblée s'était séparée à 3 heures et demie da natlB , ayoir arrêté en dernier lieu que , yu la grayité des ciroonsfaBces « hi trois corps administratifs se rassembleraient chaque soir, i heures , à la maison Commune ; que les séances seraient qu'en outre , un comité composé d*nn membre de cliacane administrations passerait la nuit pendant quelque temps à la tranquillité publique , les plus jeunes deyant oommenoer.
Le 23, à 10 heures du matin» arriye un second ooorrier naire; il était porteur de la lettre suiyante de H. Baoo.
Pftris.ce 23 jawfJM.
Messieurs et chers concitoyens ,
Le courrier que nous yous ayons enyojé hier matin truits de la fuite du Roi ; Teffet qui en est résulté n^est pas ceini ^aa en attendait , au moins pour le moment. R ni désordre , nnls les malyeillants cherchaient sur les figures les monyements de is temation ou de la fureur ; ils n*y ont remarqué que la froide et le mépris qu'inspire et doit inspirer à tout bançala la Tiie conduite du Roi qui, au mépris de ses serments répétés, anaalil depuis son séjour à la capitale , malgré ses dispositions noncées ayec faste depuis la Réyolution, a osé fuir et a poste. Il nous a remis on fait remettre nne déclaration éotta ds« main , du style d'un mauyais écolier, ob il se plaint entre antna Aaw de ne pas être bien logé dans le yaste palais dea Tuiluiin, ds as receyoirde la nation que yingt-cinq millions, qaoiqne la
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lai on poor lui soit écrasée d'one dette immense ; il noos dit qaMI n*a pas été libre , qo'il a été forcé dans son yœu. Que de mensonges ! Quelle perfidie! L'assemblée prend la plus grande précaution pour assurer et maintenir Tordre.
« M. de Rochambeau , commandant le Nord de la France ; M. d'Afiry , commandant dans Tintérieur ; nombre d*offîciers généraux^ ont promis et juré à T Assemblée fidélité à la Nation et secours de leurs forces et de leurs talents. Ce matin doit être proposé^ à PAssemblée, un serment pour les militaires ; enfin , il faut connaître ses amis et ses ennemis. Citoyens et amis, voilà un grand moment; tous déploierez sans doute tout le patriotisme que les départements yoisins de Paris ont déjà manifesté depuis le départ du Roi. Une conscription de volontaires nationaux est ordonnée; ils seront payés du moment qu'ils entreront en exercice. D'avance , disposez-les à partir; armez les bras de nos bons citoyens; relevez le courage de tous par l'exemple du vôtre. La liberté publique est menacée , vous ne serez pas les derniers à la défendre. Veillez nos prêtres , nos factieux, nos imbéciles. Vous vous montrerez. Messieurs, dignes de votre réputation dans ce jour de crise.
«Yosreprésentantsmonrront à leurplace,si vous redevenez esclaves.
«Les ordres, les courriers sont envoyés dans les places fortes, sur les frontières , pour les mettre , par des approvisionnements de vivres et de munitions , en état de défense. Nous sommes incertains à cette heure (dix heures du matin) , du chemin qu'a pris le Roi. On dit qu'il a été vu sur la route de Metz. Les mécontents disent que M. de Bouille l'y recevra ; mais les citoyens sont patriotes zélés; mais la garnison est entière à nous. Les officiers sont contre. Les dangers s'ouvrent de toute part.... Unis et fermes, nous résisterons. Nous vous en conjurons , Messieurs , électrisez les cœurs , que nos concitoyens se hâtent de s'enrôler , de se préparer par des exercices. Vous recevrez une proclamation de l'Assemblée, en réponse à la déclaration du Roi. Peut-être serait-il bon que vous en préparassiez leffet par un écrit aux habitants du département; votre sagesse, votre patriotisme nous font tout espérer du succès des moyens que vous prendrez.
»Je vous envoie le journal des débats et décrets: vous y lirez le succès des opérations de l'Assemblée, qui est tenante depuis hier matin et qui est secondée puissamment par le département, la municipalité et tous les citoyens.
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»Left armes du roi ont été effacées partent, et en eele les cHofOM t^ rooignentf d'une manière simple et énergique * leon teofiBalBiB
le Boi actuel.
»yous Ycillerez aussi sur les moissons, sur les propriétés. JeBeais, Messieurs, pourquoi tant de recommandatioiit; près de doute y elles sont inutiles , mais il faut se les répéter pour arrêter les brigands tentés de profiter des momente 4e
» Vous pouvez , Messieurs , communiquer ms lettre.
» Je snis avec des sentiments firatemelt,
» Messieurs,
» Yotre très-humble et très-obéisssnt