‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 44 sur 64 · THBBMIDOR, ÉVÉNEMENTS QUI SUIVIRENT · texte numérisé non relu

THBBMIDOR, ÉVÉNEMENTS QUI SUIVIRENT

La nouvelle des événements du 9 thermidor produisit à Nantes et dans toute la Bretagne la plus vive sensation. Les Girondins pensèrent qu'ils sortiraient des prisons et reviendraient aux affaires ; les Royalistes conçurent quelque espérance, et les Jacobins furent terrifiés, ceux-là du moins qui agissaient avec intelligence et comprenaient les événements de la Convention. A défaut des pièces du temps, qui sont détruites ou cachées , nous avons consulté les souvenirs de quelquesuns des hommes les plus prononcés de l'époque , et voici ce qu'ils nous ont répondu.

ce Les révolutionnaires de Nantes n'avaient aucune sympathie pour » Robespierre ; c'était à leurs yeux un principe, une doctrine vMnte, » quelque chose de radical et d'absolu , sans entrailles et sans exal- » tation; mais ils croyaient à sa probité ^ à son dévouement à la » cause populaire, à son désintéressement, à son génie ; ses discours » et la Déclaration des droits sur laquelle vos petits journalistes » glosent à plaisir, c'était bien ce qu'il y avait de plus avancé à » cette époque, et vous n'avez pas été, depuis, beaucoup plus loin; » Robespierre était donc notre guide, et quand nous le vîmes tomber » sous les coups de tout ce qu'il y avait de plus vil et de plus mépri- » sable à la Convention , nous désespérâmes de la République. — Il ne

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» tons de privations > et qni devaient se montrer calmes et confiants à » la tête des troupes, aux administrations et dans les clubs. Ce n'était » pas une vie que la nôtre , nos têtes étaient en feu , et cette fièvre » révolutionnaire, cette fièvre qui agitait tous les républicains, a duré » une année entière ; elle a commencé et fini avec les grands dangers » du pays. La terreur sur laquelle on fait tant de commentaires , était » Tefiet naturel des souffrances des patriotes , de leurs inquiétudes , » de leurs chagrins, de leur crainte d'être trahis de nouveau, comme ils » l'avaient été tant de fois ; c'était aussi la suite des maladies physi- » ques et morales qui accompagnent les grandes commotions politiques. » Nous pensions, au 9 thermidor, qu'elle eût cessée une fois le danger » passé , et nous avons déploré l'événement qui livrait le pouvoir à » des hommes corrompus , à des Fouché, à des Tallien et autres qui » cherchaient à se faire pardonner leur conduite en parlant de clé- » mence et d'humanité. Robespierre était d'ailleurs pour nous un phi- 9 losophe plus propre à diriger la France pendant la paix que dans n les jours d'orage , et nous comptions sur lui pour régulariser l'action 9 du gouvernements une fois les ennemis vaincus. »

Cette manière d'envisager les événements de 93 et la chute de Robespierre, porte avec elle ses commentaires. Qu'on Tadopte on qu'on la rejette , il faut avouer cependant qu'une politique inhabile dirigea dans rOuest les événements qui suivirent le 9 thermidor. Dans nos contrées > où la camaraderie plutôt que l'opinion avait armé les Girondins (1) contre la Convention, où Sotin, Lanjuinais et leurs amis n'avaient soulevé ù grand'peine leurs concitoyens contre la Montagne, qu'en leur représentant les montagnards comme des hommes tons prêts à relever un trône pour y placer un roi de leur choix : fait grave , concluant et qui ne saurait trop être répété ; il était juste , en 94 , que les prisons s'ouvrissent pour les patriotes égarés qu'elles renfermaient. Il était nécessaire encore que les royalistes et les suspects fussent

Ql) Petit-neireu da président da comité iosarrectionnel - fédéraliste de la Bretagne, et ûls d'on des secrétaires de ce comité, j'ai entenda cent fois traiter cette qaestioD par des hommes qni , sans aimer les montagnards , regrettaient une iosorrection qui avait favorisé les mouvements royalistes de l'Ouest , divisé les républicains et réuni momentanément, sous le même drapeau, Pnysaie, Wimpfen et les partisans les plus dévoués de la révolution.

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Hoche, à son arrivée dans TOaest, comprit très-bien la position; il vit qn'nne imprudente réaction avait encouragé les ennemis de la République , mais qu'il était trop tard pour revenir sur le passé ; aussi 8*empressa-t-il de tracer le plan d'une politique à la fois sage et ferme, conciliante sans faiblesse, prudente sans timidité et surtout tolérante , parce qu'elle avait pour base Tamour de la patrie le plus pur , le républicanisme le plus sincère , la philosophie la plus éclairée. — Hoche , enfant du peuple , ancien caporal aux gardes françaises , ne cachait pas les rapports qu'il avait eus avecMarat ; c^était le révolutionnaire le plus ardent du pays ; connu pour tel par les Jacobins de Nantes, il en reçut le meilleur accueil. Ceux qui avaient pris parti pour la Gironde, le fêtèrent aussi. Entouré d'affection et de confiance, le jeune général se trouva bientôt en position d'agir en quelque sorte en dictateur ; noble puissance que la sienne , car elle était basée sur la confiance absolue de ses concitoyens !

Son plan de campagne fut très-simple ^ il faut , disait-il, laisser à chacun ses opinions ^ tendre la main aux hommes égarés > employer toutes les ressources de son intelligence pour faire des partisans à la République et rétablir les rouages du gouvernement. Aux Girondins , il prouvait la nécessité de la terreur à une certaine époque, et les tristes résultats de leur politique de sentiment et de réaction tout ensemble. Aux jacobins , il montrait les funestes effets des excès de la terreur , la division qu'ils avaient jetée dans les rangs des républicains et l'exaspération qu'ils avaient produite parmi les royalistes. A ces derniers , il parlait au nom du pays : voulez-vous la paix , disait-il , je vous la donne , telle que la République doit l'accorder; avec tonte sécurité pour vos personnes et vos propriétés , avec liberté entière de conscience. Voulez-vous la guerre.^ soit, la République est assez forte pour écraser une poignée do rebelles indignes de pardon. Aux prêtres réfractaires , il écrivait ainsi : « Monsieur, je sais le lieu de votre retraite ; soyez prudent , discret ; n'agissez pas contre la République , et comptez sur mon appui ; si vous abusiez de ma confiance pour fomenter des troubles, je vous ferais prendre et fusiller immédiatement.» — Ce fut sous l'influence de cette politique toute nouvelle qu'eurent lieu les conférences de la Jaunais , dans lesquelles les diplomates patriotes ne montrèrent pas une grande habileté ; car les hostilités ne cessèrent point complètement.

colisé parles sages d'alors, avili par les fripons qai roxerçaient , dégagé des mystères des Lnlle et des Flamel , deviendrait entre les mains des physiciens français , le premier des arts , celai qni donne à nos manufactures des procédés aussi simples que sûrs, qui a multiplié nos moyens de vaincre et découvert dans les végétaux qui nous entourent des principes nutritifs , inconnus ou méprisés ? Qui eût pensé que le pyrrhonisme , corrigé par un philosophe français , eût pu révéler aux Diderot , aux d'Alcmbert , aux Gondorcet , la théorie des probabilités , celle du calcul conjectural , qui servent de base an système de finance d'une nation célèbre , qui parmi nous ont réglé les formes des élections et des jugements criminels , et donnent les éléments de Tarithmétique politique , quMl n'appartient qu'à nous de perfectionner. Heureux qui peut suivre les progrès de l'esprit humain et consacrer ses loisirs à l'étude de découvertes journalières ! »

A M. Francheteau succédèrent Rollin et M. Poirier. Le premier prononça , au nom du jury d'instruction , un discours vide de pensée, plate répétition des opinions les plus vulgaires, où le sens était constamment sacrifié à la forme de la phrase. Le second présenta un résumé des services que l'École centrale pouvait produire. Bientôt les cours commencèrent. Le dessin, l'histoire naturelle, les langues anciennes , les langues vivantes , les mathématiques , la physique , la chimie, la grammaire générale, les belles-lettres, l'histoire et la législation y furent professés. C'est ainsi qu'entourée d'ennemis, la République , occupée à soutenir le défi qu'elle avait adressé aux rois de l'Europe, en leur jetant pour gant la tête de Louis XVI, organisait cependant à l'intérieur les moyens de civilisation qui devaient assurer le triomphe des doctrines de liberté.

En 1797, Daniel Kervégan fut nommé maire, comme son prédécesseur, sous le titre de président de l'Administration municipale. Il fut remplacé la môme année par M. Douillard, architecte; il ne se passa du reste dans notre ville aucun fait remarquable , si Ton excepte l'inondation du 19 mai, dans laquelle les eaux montèrent de 11 pieds 4 ponces.

Le 29 prairial an Vï (18 juin), eut lieu la fôte de l'Agriculture, sous la présidence du citoyen Saget, qui avait succédé à M. Douillard. Ce fut Tune des plus brillantes de la République. Pendant que les autorités se réunissaient à l'Hôtel-de-Ville, des musiciens exécutaient une ouverture à l'extérieur. A deux heures, le cortège se mit en

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dassé par corps de métiers , suirait processionDellement ses prôtres , et s^estîmait benreax d'avoir une bannière, de porter nn cierge, d'entendre les chants religieux, le son des cloches, de respirer le parfum de Tencens, do voir passer nobles dames et gentilshommes tons richement vôtus, ni l'enthousiasme des premiers jours de la Révolution. L'art réduit à la copie , était froid et décoloré ; la société toot entière, embarrassée dans son allure, gênée de sa liberté, ne ressemblait pas mal aux saints de nos églises que l'on avait affublés d'un bonnet ronge et d'une toge , pour en faire des Décius ou des Solon. Le doute politique tourmentait les esprits, l'on ne croyait plus à la République, et tout présageait la chute prochaine d'un gouvernement sans système, marchant au hasard de ses inspirations du jour, de ses caprices du moment, sans avoir ni but fixe, ni unité de direction.

Nos troubles intérieurs et les préoccupations du moment avaient détruit plusieurs des sociétés qui existaient à Nantes , la Société des Sciences et des Arts du département de la Loire-Inférieure, connue depuis sous le nom de Société Académique, fut créée en 1798 pour les remplacer.

L'année suivante , la promenade de la Bourse fut commencée par M. Fournier> d'après les plans de M. Grucy ; mais les arbres ne furent plantés qu'un an plus tard. La môme année , le 25 janvier , à quatre heures du matin , notre ville ressentit un tremblement de terre qui dura six secondes. Le 7 février, la Loire déborda : ses eaux s'élevèrent de 17 pieds 6 ponces, selon M. Foumier. Le 20 octobre, les Vendéens, profitant de l'absence d'environ mille hommes de la garnison , qui avaient quitté Nantes pour marcher sur Chàteaubriant , pénétrèrent dans la ville à trois heures un quart du matin : ils étaient environ 3,000 ; 2>400 se dispersèrent dans les rues : les uns se portèrent au Bouffay , oti ils délivrèrent 15 des leurs ; d'autres essayèrent de piller les caisses publiques , pendant que 600 d'entre eux restaient auprès du pont du Port-Gommunean pour protéger la retraite. Bientôt nn combat très-vif s'engagea de rue en rue avec les insurgés , qui furent contraints de se retirer; à six henres do matin^ ils étaient déjà audelà du pont du Gens. Dans cette attaque, le maire de Nantes fut atteint de deux coups de feu , en se rendant à l'Hôtel-de-Ville ; M. de Sacy, commandant de la place, eut un cheval tné sous Ini , et mourut de ses blessures quelques jours après. 13 habitants furent tués. Parmi les blessés, 8 succombèrent, et 41 autres furent pins ou

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Le 15 août, IVapoléon Bonaparte, premier consul , fut proclama coDSul à vie. IVal dans notre ville ne manifesta de mécontentement. Il y a de ces moments pour les gouvernements , où l'usurpation deyienl très-facile, oii Tindifférence des gouvernés donne pleine latitude aux plus proches héritiers du pouvoir. Le génie de IVapoléon lui avait créé une grande influence , la fortune lui permit de profiter des circonstances , et il se trôna.

NANTES, EN L'AN X ET EN L'aN XI.

La statistique deHuette nous permet déjuger avec connaissance de cause cette époque qui tient le milieu entre la République et TEmpire.

La statistique se compose de tout ce qu'il y a de positif en économie politique ; par suite, elle embrasse le gouvernement et ses rouages , les richesses dans tout ce qui concerne leur production , leur distribution et leur consommation. Plus parfaite > elle finira par établir d'une manière rigoureuse le degré de bien-ôtre moral et physique dont jouit la société dans les diverses classes qui la composent , et le jour viendra où l'histoire ne sera plus qu'un résumé rapide des tableaux synoptiques qu'elle aura tracés. D'ici-là , profitons de tous les matériaux qui sont en notre pouvoir pour faire juger et comprendre les diverses phases de notre ville.

En 1H02, le mouvement du port, pour le grand cabotage , n'était plus que de 18,501 tonneaux, savoir : 13,704 importés, 4,797 exportés. Sur cette quantité, qui formait le chargement de 136 bâtiments, le tonnage français ne s'élevait qu'à 1,882 tonneaux. Le long-conrs se trouvait dans une position encore plus déplorable, relativement h nos anciennes relations. Son tonnage total , au lieu de s'élever h 98,000 tonneaux, comme en 90, ne fut que de 18,471 tonneaux chargés sur lOi navires. 4,269 tonneaux furent importés , et 13,202 exportés. Le tonnage français ne s'éleva , sur cette quantité si minime, qu'au chiffre de 8,066. Le petit cabotage s'était mieux soutenu : 588 bAtiments avaient importé sur notre place 26,305 tonneaux, et exporté 17,610 tonneaux aux prix de 9 , 13 et 17 fr. le tonneau pour la cote INord ; 18 , 20, 23 pour la Manche ; 8, 12 , 18 pour la côte du Sud, 25 pour la Méditerranée. La signature des prélimi-

constraction de la serre da Jardin des Plantes, dont M. Ogée avait fourni les plans; l'achèvement des réparations de l'ancien bâtiment des Ursu- Unes ; la réunion des Dames carmélites, qui furent autorisées à vivre en communauté , rue Saint-Clément , et le rétablissement du séminaire. Cette année compléta, dans notre ville, les restaurations religieuses. Napoléon mériterait de grands éloges , s'il avait eu en vue la liberté de conscience , et si ces restaurations avaient en pour but l'amélioration morale et intellectuelle des hommes dont il était le chef. Malhenreusement , ses actes sont empreints d'un caractère d'égoîsme et d'ambition personnelle qui hii enlèvent tous droits à l'estime et à raflection de la postérité. — Napoléon pouvait et devait vouloir pour les séminaires une instruction philosophique plus élevée, un enseignement scientifique beaucoup plus étendu , mais les lumières et l'indépendance du clergé qui en eussent été la suite , ne concordaient pas avec ses arrière-pensées de despotisme.

En 1808 , fut posée la première pierre du portail de l'Hôtel de Ville , élevé sur les dessins de Mathurin Crncy. Le Lycée impérial fut ouvert le 6 mai. La veille, avait eu lieu à la Mairie la seconde séance publique de la Société des Sciences et Arts du département. Le 19 , survint un violent orage mêlé de grôle , qui dura une heure; des jardins furent ravagés, des murs emportés ; l'eau du ruisseau an coin de la rue de Guerande s'éleva de 4 pieds. Le 31 , Ton institua une garde d'honneur pour recevoir Napoléon. Elle se composait de deux compagnies d'infanterie de 150 hommes chacune , sous le commandement de M. De Monti de Saint-Pern , et d'une compagnie de cavalerie, dont M. Montaudoin était chef d'escadron. M. Deurbroncq, colonel d'infanterie^ commandait le corps entier. Le 1.'^ août , eut lieu l'installation de l'Ecole de Médecine, sous la présidence de M. de Celles, alors préfet. M. Laënnec fut chargé de la clinique interne et de la matière médicale; M.Blin , de la thérapeutique et de l'hygiène; M. Darbefeuille , de la clinique et de la pathologie externe ; M. Cochard , des opérations et des accouchements ; M. Lafond , de Tanatomie. Cette école eût pu devenir à Nantes la source d'un enseignement médical , mais elle est constamment restée incomplète. Aojourd'hoi même , après 30 années d'existence, elle a besoin d*nn amphithéâtre

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moins long-temps à se rétablir. La perte des Yendéeiift m^BA y» connue: tout porte à croire qu'elle fut plus considérable. La pvie nationale se composait alors de 9 batailloiis» y C4>inpiis les tMrans , de 307 canonniers , 87 cavaliers, 180 pompien ; te Uni formant un effectif de 11,425 hommes.

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En 1800, la préfectarc fut instituée. M. Letoomenr, de la est le premier préfet que nous ayons eu. Le 25 mai, le plaech«4i magasin des artificiers de la tour des Espagnols s*étant éamiét k feu prit aux poudres et fit sauter la tour» nne partie dn ment de la chapelle et le logement de Pétat-major. 60 furent tuées, pareil nombre blessées, 101 maisons éproaTtaaalii grands dommages, des pierres furent lancées de Ions oôtéSt Twm entre autres du poids de 200 kil. jusque 8ar le Coors » où on la frit encore aujourd'hui. La perte en immeubles causée par cel fut évaluée à 397,000 fr., celle en meubles à 156.300. Par la grande poudrière ne sauta point, ce qui préserva la TiUedid^ sastrcs incalculables. Cet accident aurait i(k faire onTrir tes jiai I l'administration sur le danger de conser?er des poudres an d'un quartier populeux ; mais les diverses mairies qai depuis cette époque ont apporté, dans celte aflTaire, la pins pour mieux dire la plus coupable négligence.

M. Felloncau succéda la même année, comme maire « à il s'occupa de faire rétablir le jardin de rQôtel-de-Yilte d'arts h plan dessiné, en 1728, par Gabriel, architecte da roi. L*ii Fournier fut chargé de ce soin.

En 1801, Claude-Sylvain Paris, négociant, fut Cette même année , la Loire déborda , les eaux s*élevènnl di M pieds 11 pouces.

En 1802, eut lieu la première séance publique de la Sciences et Arts du département. — L*établiasemeat des sur la place de la Petite-Hollande^ fut commencé snr las plm et Tarchitecte Crucy.

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Le 15 août, Napoléon Bonaparte, premier consal , fat proclamé consul à vie. IVul dans notre ville ne manifesta de mécontentement. Il y a de ces moments pour les gouvernements , où l'usurpation devient très-facile, oii rindifféronce des {gouvernés donne pleine latitude aux plus proches héritiers du pouvoir. Le génie de INapoléon lui avait créé une grande influence , la fortune lui permit de profiter des circonstances , et il se trôna.

NANTES, EN l'an X ET EN L'aN XI.

La statistique delluctte nous permet déjuger avec connaissance de cause cette époque qui tient le milieu entre la République et TEmpire.

La statistique se compose de tout ce qu'il y a de positif en économie politique ; par suite, elle embrasse le gouvernement et ses ronages , les richesses dans tout ce qui concerne leur production , leur distribution et leur consommation. Plus parfaite , elle fmira par établir d'une manière rigoureuse le degré de bien-être moral et physique dont jouit la société dans les diverses classes qui la composent , et le jour viendra oii l'histoire ne sera plus qu'un résumé rapide des tableaux synoptiques qu'elle aura tracés. D'ici-lk , profitons de tous les matériaux qui sont en notre pouvoir pour faire juger et comprendre les diverses phases de notre ville.

En 1H02, le mouvement du port, pour le grand cabotage , n'était plus que de 18,501 tonneaux, savoir : 13,704 importés, 4,797 exportés. Sur cette quantité, qui formait le chargement de 136bdtiments, le tonnage français ne s'élevait qu'à 1,882 tonneaux. Le long-cours se trouvait dans une position encore plus déplorable, relativement ^ nos anciennes relations. Son tonnage total, au lieu de s'élever à 98,000 tonneaux, comme en 90, ne fut que de 18,471 tonneaux chargés sur 104 navires. 4,269 tonneaux furent importés , et 13,202 exportés. Le tonnage français ne s'éleva , sur cette quantité si minime , qu'au chiffre de 8,0B6. Le petit cabotage s'était mieux soutenu : 588 bAtiments avaient importé sur notre place 26,305 tonneaux, et exporté 17,610 tonneaux aux prix de 9, 13 et 17 fr. le tonneau pour la côte IVord ^ 18 , 20 , 23 pour la Manche ; 8 , 12 , 18 pour la côte du Sud , 25 pour la Méditerranée. La signature des prélimi-

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naires do paix fut connue à liantes le 15 Yendémiaire, et ièÊ h

"26 on annonçait quelques nayîres en armement pour Sant-DtmiiH

};uc. 45 bâtiments furent proroptement expédiés , savoir : 3 pov b

Martinique, 14 pour les Cayes, 14 pour le Cap, 6 pour le

Prince , 2 pour Saint-Marc , 4 pour Jérémie , et 5 pour les

d'Afrique. Le prix du fret yaria, pour les AiHines , de 100 k lit

liv. le tonneau , et les assurances de 3 à 5, comme en 1790; mrii

nos navires trouvèrent , dans la plupart des coloiiies , les

ruinés, et nos denrées s'y vendirent à des prix inférieim k

d'Europe. Lorsque la guerre survint de ncavean , on TÎt de

les assurances monter rapidement à 50 et 60poar 100, tans

les Anglais qui assuraient nos marchandises n^ayaient pli

h les faire prendre.

En Tan X , 8 navires furent dirigés sur llle-de-Franee , c*é 5 de plus qu'en 1790 ; mais il ne faut pas attribuer cette aa{ tion à un déplacement de notre commerce. Ces navires syi mission de rapporter à INantes les prises faites par nos lomlm # déposées , pendant la guerre , à TIle-de-France.

L'industrie avait en général moins souffert que le nos orages politiques. En Tan XI y les mines de Nort et de lais livrèrent 108,1125 hecV)litres de charbon de terre nous offrent, pour 1802, un produit de 44 à 48 mille ton fabrication des clous, liée h nos relations d'outre— mer, arail duite de 80 mille quintaux métriques à 10 mille ; la toiles n'occupait plus que 230 métiers , au lien de 500 , dans Is de INantes. La blanchisserie au chlore avait cessé ; 7 étabi s'étaient formés pour la Glature mécanique da coton. occupées pour le compte de la marine nationale n*araient ni péré, ni déchu. La chapellerie ne fournissait plus qn*k la tion locale. La concurrence des indiennes de fraude avait ment ruiné nos fabriques. La yerrerie ne fabriquait pins qae de ses anciens produits ; les raffineries et les distilleries av l'influence d'une guerre maritime.

Parmi les établissements de notre ville se tronvaient : i brique de pipes occupant 8 ouvriers, une antre de faïence, par TtO ; une manufacture de porcelaine qui en employait 40. verses tourbières , exploitées par 4 mille 247 oorrien ,

chiffre des mariages , 1,626; celoi des décès, 6^093. En l'an X , il naquit, dans Tarrondissement, 2,585 garçons et 2,309 filles ; en Tan XI, 3,007 et 2,801; en TanX^ il se fit, dans Tarrondissement , 880 mariages ; en l'an XI , 1363 ; en Tan X , il y ent 4081 décès ; en Tan XI , 5065. La population de Tarrondissement était d^enyiron 155,000 âmes.

En 1803 (an XI de la république) , le champ de sépulture , connu sous le nom de clos de Miséricorde , fut entouré de murs , le portique d*entréc fut élevé sur les plans de Mathurin Peccot, architectevoyer. La place Graslin fut pavée ^ le pont d'Erdre achevé, et Tautcl principal de Saint-Pierre rétabli et réparé par les soins de M. Louis Ogée, architecte, conservateur des bâtiments civils du département. M. Jean-Baptiste Duvoisin était alors évoque déliantes; la môme année, les Sœurs de la Sagesse de Saint-Laurent-sur-Sèvres furent rétablies au Sanitat.

En 1804 , M. fiertrand-Geslin fut nommé Maire de Nantes , et MM. Chaillou , Arreau , Amable Savary , négociants, Fellonean , ancien maitre particulier des eaux et forêts, furent nommés adjoints. Le 29 avril, les Sœurs de la Charité de Saiut-Laurent-sur-Sèyres furent rétablies à THospice civil.

Le 27 mai , JNapoléon fut proclamé empereur ; tontes les autorités lui prêtèrent serment de fidélité ; pen de temps après , par arrêté du Maire , TAigle Impériale fut inaugurée sur THôtel de la Mairie , et la statue équestre de Temperenr , dans la salle du conseil.

Cette aigle impériale et cette statue équestre, qui n'étaient d'ancane utilité et dont l'inauguration n'avait d'autre but qne de recommander au pouvoir un maire plus courtisan qu'administrateur, ont disparu pendant nos troubles civils , il n'en reste plus qne le sonvenir , et cependant cette leçon n'a point profité aux Mairies qui ont remplacé celle de 1804.

Le 6 janvier , le couronnement de Napoléon fut fôté dans notre ville.

constraction de la serre da Jardin des Plantes, dont M. Ogée avait fourni les plans; l'achèvement des réparations de l'ancien bâtiment des Ursulines ; la réunion des Dames carmélites, qui furent autorisées à vivre en communauté , rue Saint-Clément , et le rétablissement du séminaire. Cette année compléta, dans notre ville, les restaurations religieuses. Napoléon mériterait de grands éloges , s'il avait eu en vue la liberté de conscience , et si ces restaurations avaient en pour but Tamélioration morale et intellectuelle des hommes dont il était le chef. Malheureusement , ses actes sont empreints d'un caractère d'égoîsme et d'ambition personnelle qui hii enlèvent tous droits à l'estime et à Taflection de la postérité. — Napoléon pouvait et devait vouloir pour les séminaires uue instruction philosophique plus élevée, un enseignement scientiGque beaucoup plus étendu , mais les lumières et l'indépendance du clergé qui en eussent été la suite , ne concordaient pas avec ses arrière-pensées de despotisme.

En 1808 , fut posée la première pierre du portail de l'Hôtel de Ville , élevé sur les dessins de Mathurin Crucy. Le Lycée impérial fut ouvert le 6 mai. La veille, avait en lieu à la Mairie la seconde séance publique de la Société des Sciences et Arts du département. Le 19 , survint un violent orage mêlé de grôle , qui dura une heure; des jardins furent ravagés, des murs emportés ; l'eau du ruisseau an coin de la rue de Guerande s'éleva de 4 pieds. Le 31 , Ton institua une garde d'honneur pour recevoir Napoléon. Elle se composait de deux compagnies d'infanterie de 150 hommes chacune, sous le commandement de M. De Mouti de Saint-Pem , et d'nne compagnie de cavalerie, dont M. Montaudoin était chef d'escadron. M. Deurbroncq, colonel d'infanterie^ commandait le corps entier. Le 1.'^ août , eut lieu l'installation de l'Ecole de Médecine, sous la présidence de M. de Celles, alors préfet. M. Laënnec fut chargé de la clinique interne et de la matière médicale; M.Blin , de la thérapeutique et de lliygiène; M. Darbefeuille , de la clinique et de la pathologie externe ; M. Cochard, des opérations et des accouchements ; M. Lafond , de Fanatomie. Celte école eût pu devenir à Nantes la source d'un enseignement médical , mais elle est constamment restée incomplète. Aujourd'hui même , après 30 années d'existence, elle a besoin d'un amphithéâtre

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d'anatomie , de cabinets de chimie et de physique , d*DB dropmr , d'une collection anatomique , d'un jardin botanique , d*mi travaux anatomiqucs et de professeurs suppléants.

Le 9 août , à 3 heures du matin , Napoléon entra dans nos accompagné de Timpératrice Joséphine. Ils quittèrent Nantes le il fe midi. ]\os autorités , dans cette circonstance , mirent tout en «ans pour obtenir Tapprobation du maître. Elles oublièrent (œqaîélail alors si commun, et ce qui Test encore aujourd*bui) que le pcencr devoir des magistrats consiste à soutenir leor dignité d^homme, etfe se s'humilier jamais que devant la loi.

Le 16 janvier 1809 , les eaux de la Loire débordèrent et s'élsit rentii IG pieds 11 pouces. Le 26 eut lieu TouYerture de la biUiolbfe^ que dont M. Carcani fut nommé bibliothécaire. Dans la née , le pont de Sauvctout fut rétabli ; les qaaîs dn Pott-l et du Château furent commencés par Tarchitecte SanTaget, sar ki plans de M. Dubois-des-Sausais, ingénieur en chef . et lesdsBfliéi Refuge s'établirent à JNantcs^ sous la protection du curé de Pierre , qui les appuya fortement.

L'école gratuite de dessin avait été sopprimée en même tel les autres cours de l'école centrale : elle fut rétablie le l.< 1810. Le l.'r mars , la Mairie acheta la collection de tabieani di 1. Cacault. Le 13 juillet, elle passa un marché arec M. Sablet, «t|iemit de lui payer 15,000 fr. six tableaux destinés à orner rintéitaarér la Bourse. Le 18 août eut lieu , sous la présidence de M. Geslin , l'ouverture du Musée d'Histoire Naturelle , dont la fut confiée ù M. Dubuisson. Le 31 , âi 7 heures 55 minutes du on ressentit à IN'antes un tremblement de terre qui dura 4 Le 17 septembre, la construction d'un pont provisoire a Murs fut arrêtée. Le 14 novembre. M."' veuYe Foumier donna I h Mairie les manuscrits de son mari. Cette même année , m tion du Collège Electoral de la Loire-Inférieore , composée de Bertrand-Geslin , Dnfou , Deurbroucq , de Kersabiec et dn

se présenta à TEmpereDr , qui lai adressa ses paroles : a C*est en en- » trant dans tos murs que j'ai appris que des Français a?aient rendu n mes aigles sans combattre , et avaient préféré la vie et le déshon- » nenr aux dangers et à la gloire. (1) Il n*a fallu rien moins que » Texpression des sentiments de ma bonne ville de liantes , pour » me rendre des moments de joie et de plaisir : j*ai éprouvé au milieu » devons ce qu'on éprouve au milieu de ses vrais amis; c'est vous dire » combien ces sentiments sont profondément gravés dans mon cœur. »

Au mois de janvier 1811 , le quai du château fut planté. Au mois de mars , la Mairie fit une adresse à l'Empereur , au sujet de la naissance du roi de Rome. C'était un assemblage de lieux communs , et de phrases louangeuses, nous nous abstiendrons de la reproduire; puissent du moins les Mairies à venir mieux comprendre leur devoir et leur mission en pareille circonstance ! Le ministre Montalivet autorisa la ville à dépenser 30 mille francs pour faire des réjouissances ; aussi furent- elles très-brillantes et très-onéreuses pour Nantes. Bonaparte était alors au faite de la gloire ; et , dans notre département, l'on ne maudissait pas encore le conquérant, dont les victoires illustraient la patrie, dont le génie fécondait le sol de la France, et qui , de quatre planches et d'un tapis de velours, avait su faire un trône appuyé sur un peuple trop confiant , auquel , en échange de ses services , il devait essayer un jour d'imposer la féodalité nouvelle de courtisans parvenus , et les vieilles aristocraties ralliées au pouvoir.

Le il septembre^ la Mairie prit divers arrêtés au sujet de la construction du canal de Nantes à Brest ^ que l'on devait terminer en trois ans , de Nantes à la Vilaine. Le 30 décembre , la salle de spectacle de la rue Rubens fut condamnée.

Le 25 janvier 1812, la Mairie transcrivit un arrêté du ministre qui prescrivait de faire l'inventaire des meubles de la Préfecture. Peu de

(1) L'Emperear faisait allusioD à la honteuse eapitalation du ^néral DnpoDt eo Espagne.

des travaux abondants permirent an peuple de supporter la cherté des vivres sans se plaindre ; le nombre des ouvriers était d'ailleurs peu considérable , et par suite , leurs salaires s'élevaient au-dessus du taux actuel.

Le 23 janvier 1813, la mairie arrêta d'offrir à l'Empereur 50 cavaliers montés ; un impôt extraordinaire de 63,000 fr. servit à payer leurs chevaux et leur équipement. Le 5 février, le sieur Gonty-Bigot demanda à être autorisé à établir des moulins-à-eau aux ponts de Pirmil et de la Magdelaine. Le 6 mars , Ton commença les travaux du canal de Nantes h Brest dans l'intérieur de la ville , à l'extrémité de la rue de la Gasserie, dont quelques maisons furent démolies. Dans les premiers jours de mai , MiVI. Ghauveau et Richard furent autorisés à établir une digue entre Biesse et la prairie au Duc. Le 17 eut lieu Tinstallation de la nouvelle mairie ; le Baron Dufou succéda au baron Bertrand Geslin; MM. Boismorin, Rossel, de Bercy, Roger, furent nommés adjoints.

Au mois de juin , M. Darbefeuille , professeur de physique et de chimie à l'hospice de Nantes , expliqua publiquement dans la grande salle de la mairie l'usage des boites de secours pour les noyés.

Le mois suivant (14 juillet) eurent lieu les obsèques du vénérable évoque Duvoisin : homme de bien , prêtre éclairé , il fut regretté des habitants de Nantes.

Le 13 novembre, la mairie décida de faire lire dans les églises, au prOne de la grand'messe , une instruction sur la vaccine.

Le 2 février 1814 furent transcrits , sur les registres de la Mairie, les règlements de police concernant la boulangerie , qui sont encore en vigueur aujourd'hui. Le 10, Boissy-d'Anglas arriva dans notre ville en qualité de commissaire extraordinaire. Dans le môme mois, il fut établi un péage au Pont des Petits-Murs. Le 25 mars, la Mairie s'occupa de fonder , au profit des hospices , l'institution usuraire dite Mont-de-Piété autorisée par un décret du 3 novembre précédent ; le 28 , elle créa la perception d'un droit de pesage sur les places du BoulTay et du Port-Gommuneau.

516 XIX.« SI&GLB.

Noas sommes bien loin maiutenant des gnerres de TEBipire, di jageons habitaellement avec partialité les événements de cette f 1 est donc nécessaire , pour ceux qui ne connaissent que par Im jt naax le règne de Napoléon , de passer en rerae l'état du de rindnstrie, des sciences et des arts dans notre Tille . pendant cette période de 10 années. Ilestaassi indispensable d^intaiegwlfli souvenirs de Topinion publique.

Le commerce maritime ne pouvait exister pendant les gnem TAngleterre. ^armement des corsaires donna lien II qnelqnea lations heureuses sous le rapport pécuniaire. Nons noas bien d'approfondir la manière dont elles furent faites , il ett ds c» scandales qu'une grande ville enregistre dans ses traditions et dni rhistoirc ne peut immédiatement s'emparer.

L'industrie ne pouvait prendre un essor rapide pendant fae lai idées guerrières faisaient fermenter toutes les tètes pensanlea. — ht gouvernement avait créé de nombreux travanz , mais la devenaient extrêmement onéreux an trésor par la manière étaient exécutés ; car , sous l'Empire , il n*j arait point de de la presse, et beaucoup trop d'employés profitaient de la minait les esprits, pour voler avec effronterie » bien sûrs de trouver de dénonciateurs parmi leurs inférieurs et parmi las, listes. Si un écrivain , en parlant d*un établissement fondé par b voir , se fût permis , à cette époque , de signaler les abos , on ns s I point contenté, comme aujourd'hui , de mettre son lirre k Vh

regretter les lettres de cachet; mais îl eût certainement eipiéi les prisons sa franchise et son dévouement k la choie pnUifas.

Faute de bras , l'agriculture était faite en grande partie par hi femmes , ses progrès marchaient lentement : elle réclamait des routes , des canaux et surtout des chemins vicinanx, trari le manque d'hommes rendait impossible.

La littérature , comprimée par la censure , n^était , qu'une froide imitation d'imitateurs asseï froîda euxque Fontanes et Delille. M. Jouy et le Journal d&s IHkoU les délices de sociétés qui ne savaient ou n*otaient penser. A comme dans les autres villes , les écrivains le bornaient k duel ions presque toujours décolorées » et à dea analyses des des anciens. La critique elle-môme croyait SToir lempii quand elle avait présenté quelques réflexions grammaticales mr m

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ouvrage. On s'occupait de la forme ^ et Ton négligeait le fond complètement.

Quelques hommes s'occupaient d'archéologie , mais de quelle manière? On inscrivait des dates les unes à cOté des autres, et comme il était reçu de dire que le moyen-âge n'avait rien produit qui valût la peine d'être étudié comme œuvre d'art , on croyait avoir écrit l'histoire archéologique de la ville , quand on avait relevé les époques de toutes les fondations. Nul ne se reportait par la pensée dans les temps anciens , pour les faire revivre avec leurs églises gothiques , remplies de fidèles croyants , avec leurs costumes pittoresques , leur despotisme féodal, leurs franchises communales et leurs luttes de tous les instants.

La science et la philosophie n'étaient cultivées que par quelques adeptes : la science , comme moyen de satisfaction individuelle ; la philosophie , comme partie obligée de l'enseignement universitaire. INul n'eût osé demander publiquement à ses concitoyens : Sommes-nous heureux? Quels sont les moyens d'améliorer le sort physique , moral et intellectuel de tous ? JNul n'eût abordé franche* ment les questions si graves que le paupérisme soulève ; nul en écrivant l'histoire ne se fût permis de penser et d'écrire qu^elle avait d'autre but que de raconter les événements qui se groupent autour des chefs de nations et de leurs courtisans.

Personne d'ailleurs, dans notre ville, qui fût tourmenté de la fièvre du prosélytisme; personne qui eût soif de progrès, et qui liât , en quelque sorte , sa vie tout entière à la vie sociale. Si notre Mairie formait des bibliothèques et des musées, c'était moins pour répandre les lumières que pour suivre l'impulsion du chef de l'Etat et satisfaire son amour-propre. Sans le savoir, elle accomplissait la pensée d'un despote qui croyait assurer sa puissance , en faisant servir les arts à dorer les chaînes du peuple.

Les libertés dont on jouissait alors étaient nulles , la crainte la plus grande dominait tous les esprits ; personne n'eût voulu blâmer publiquement la marche des affaires : le courage civil avait complètement disparu; les mères elles-mêmes qui avaient acheté trois et quatre remplaçants pour leurs fils n'eussent pas osé élever la voix contre celui qu'elles détestaient de tout leur cœur. Dans les journaux la censure , au théâtre la censure , partout la censure , et comme complément , la prison pour ceux que la censure n'efirayait

la Vestale les aigles romaines qai ne poavalent plas paraître sans recevoir des applaudissements unanimes.

Le 2 juillet, le duc d'Angoulême vint à Nantes ; on espérait, par sa présence, exciter Tenthousiasme dans les masses: rien ne fut négligé. Les traditions napoléoniennes n'étaient pas perdues , et 23,335 francs furent dépensés pour sa réception. Mais ce prince , plus recommandable par ses qualités privées que par son intelligence et son instruction, ne connaissait pas le peuple, et nuisit à sa cause en donnant de nombreuses preuves d'incapacité. De leur côté , la Mairie et la Préfecture^ qui eussent dû redoubler de zèle pour lier notre ville à un gouvernement qu'elles aimaient, ne surent pas s'y prendre. Dans toute l'année 1814, la Mairie se borna à faire acquisition du cabinet de tableaux de l'ingénieur Foumier. Quant au Préfet, il eut la maladresse d'annoncer, trop positivement dans une proclamation, que les droits-réunis ne seraient pas supprimés. Tout était donc mûr chez nous , comme ailleurs , pour un nouveau changement , lorsque l'homme à la redingotte grise mit le pied sur la terre de France.

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