‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 8 sur 64 · I DEC · texte numérisé non relu

I DEC

I me vie P(

Ce temple était parallèle au Port-Maillard , et , par suite , perpendiculaire à la rue de ce nom , qui a été bâtie sur ses ruines. Ses colonnes avaient au milieu , 98 centimètres de diamètre ; leur longueur était de 7 m. 15 c. Une médaille, trouvée dans les fondations , indique Tépoque de la construction , et la fait remonter au régne de ]\éron , dont elle représente le buste d'un côté, tandis que, sur le revers, il y a un génie.

La rue de la Commune, celle du Moulin et un grand nombre d'autres ont encore présenté des preuves incontestables de Timportance de IVantes du L«t au ¥.« siècle. Des médailles de IVéron, de Claude , de Tibère , de César Auguste , de Commode , de Trajan , de Faustine , de JNerva , de Maximien , d'Agrippine , de Galba , de Vespasien , de Domitien, d'Adrien, de Sabine, de Titus Antoninus, de Flavius Constantius , de Claudius Constantius , trouvées successivement dans des fouilles diverses ; des inscriptions sur lesquelles on lit les noms de Flavius Constantius et de IVerva ; des ruines importantes , découvertes près du cimetière de Miséricorde, viennent à l'appui de ce qui précède. Quelques antiquaires ont môme avancé que les anciennes églises de Saint-Nicolas, de Saint-Laurent, de Saint-Saturnin , et la première cathédrale, n'étaient autre chose que des temples païens, dont les progrès du christianisme avaient changé la destination. Malheureusement ces églises ont été remplacées par des constructions religieuses plus modernes , qui ne permettent point de juger en dernier ressort de la valeur de ces assertions qui sont , du reste, infirmées par nos chroniques.

Quelques souvenirs traditionnels de la domination romaine ont traversé les siècles et se sont conservés à Mantes jusqu'à nos jours. Ce sont : la première prédication du christianisme dans nos contrées , le martyre des saints Donatien et Rogatien, et l'érection du premier temple chrétien.

Ce fut vers 275 que Saint-Clair vint dans notre ville annoncer la parole nouvelle. Jeune , instruit , d'une naissance distinguée , il se livra avec ardeur aux travaux apostoliques et réussit à convertir à sa foi deux jeunes frères qui appartenaient à une famille romaine puissante : c'étaient Saint-Donatien et Saint-Rogatien ; mais , forcé, par les persécutions du pouvoir , de chercher un refuge ailleurs , il se sauva dans le diocèse de Vannes , où il mourut au bourg de Reguigni. Accusés d'être des chrétiens , par le peuple qui demandait leurs tètes , Saint-Donatien et Saint-Rogatien ne crurent pas devoir ,

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comme l'avaient fait Saint-Glair et son diacre Adeodat , chercher leur salut dans la fuite. — La haine violente des Romains contre le christianisme se comprend facilement, quand on songe qu'ils ne formaient point la masse du peuple , qu'ils étaient tous propriétaires de colons et d'esclaves , et que le christianisme , en préchant la liberté, Tégalité spirituelle , et surtout la fraternité , attaquait directement les fondements de la propriété telle qu'elle était alors constituée. Ce fut donc beaucoup moins comme adorateurs d'un seul Dieu , qu'en qualité de chrétiens , de réformateurs , tendant par leurs doctrines à bouleverser l'ordre social par l'abolition de l'esclavage , que Saint- Donatien et Saint-Rogatien furent persécutés. Le gouverneur de Nantes fit d'abord venir Donatien , l'aîné des deux frères , et le regardant avec colère : « Gomment osez-vous , s'écria-t-il , paraître » devant moi sans trembler , vous méritez les plus terribles châtin ments, et vous allez les éprouver. Ingrat envers les dieux, rebelle aux » ordres des empereurs ; séditieux , perturbateur du repos public , » vous répandez dans le peuple des opinions dangereuses. » Donatien lui répondit avec modestie , mais sans faiblesse. Le gouverneur ne fut pas plus heureux auprès du jeune Rogatien. Avant de les faire conduire au supplice , il essaya cependant de nouveau d'ébranler leur résolution ; mais les deux frères montrèrent la plus grande fermeté. Après avoir tenté , mais en vain , l'effet de la torture, le gouverneur les fit mettre à mort. On pense cpic les croix qui se trouvent près du séminaire , sont placées sur le lieu même où ils subirent le martyre.

Ennius , second évêque de IVantes , si toutefois l'on accorde ù Saint-Glair le titre de premier évéque , profita des édits de l'empereur Constantin qui permettaient la construction des églises chrétiennes, pour élever dans notre ville le premier temple catholique. Il se pourrait que l'église actuelle de Saint-Similien , dans laquelle on a trouvé encore, il y a quelques années, des briques romaines et d'autres signes de la plus haute antiquité , soit construite sur l'emplacement même du temple chrétien bâti par Ennius.

Sous le môme évêque, les fidèles élevèrent une église sur le lieu de la sépulture de Saint-Donatien et de Saint-Rogatien , dans laquelle leurs reliques ont été honorées pendant plusieurs siècles. A sa mort , Saint- Similien lui succéda. Travers fixe à 330 l'époque de son épiscopat. La tradition rapporte que ce saint fut inhumé dans l'église qui porte

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son nom , et Le Breton de Gauberl avance que cette église fut , jusipi'en 397, la Métropolitaine de Nantes , de Vannes et de Quimper.

i:ES bretons insulaires s'emparent de L'ARMORIQUE. — PRINCIPE DE l'organisation FÉODALE. — RÈGNE DE CONAN MÉRIADBG.

VIHAQUE jour, à mesure qu'il s'étendait davantage, l'empire d'Italie diminuait en puissance ; les préfets des nations vaincues aspiraient tous h la pourpre des César, ou cherchaient h se rendre indépendants; ainsi Maxime, dans la Grande-Bretagne, se servit du mécontentement des troupes , qu'il avait lui-même fomenté pour se révolter contre l'empereur Gratien. Il passa la mer en 383 , accompagné d'un jeune seigneur Breton , nommé Gonan Mériadec ; il envahit les Gaules , fut vainqueur, et parvint au pouvoir pour succomber bientôt à son tour. En échange de ses services , Conan reçut la Petite-Bretagne ou Armorique , qu'il avait aidé à conquérir. Cette province romaine était alors possédée, en majeure partie, par des Romains ou Gallo^ Romains , et cultivée par trois races différentes, dont chacune devait présenter un petit nombre de propriétaires fonciers > et une masse très-considérable d'esclaves et de colons. Ces trois races étaient ainsi distribuées: les Bretons, ou Kimri, habitaient les cOtes ; les Ibères en nombre plus considérable, habitaient les arêtes montueuses de la province , et probablement tous ces bourgs qui ont conservé dans la terminaison quelque chose de leur langue : ainsi Avessac, Asserac, Escoublac, Crossac , Herbignac , Marsac , Masserac , Missillac, Piriac, Merdrignac, Loudeac, Cadelac, Malguenac, Ifiiniac, et les pays circon voisins. Les Gaëls occupaient une partie des départements que nous appelons aujourd'hui Loire-Inférieure^ lUe^et-P^itaine et CôteS'du-IYord.

Conan Mériadec, pour consolider sa puissance, ne trouva rien de mieux à faire que de partager l'Armorique entre ses lieutenants. Ceux-ci agirent de la môme manière à l'égard de leurs officî|M». De cette façon , les propriétaires romains ou gallo-romains , et bemcoup de propriétaires indigènes se trouvèrent dépossédés par les Bretons^

quant aux Colons , qaUU fassent Kirori, Ibères on Gaëis, ils changèrent (le propriétaires sans que leur sort s'améliorât en aucune façon : il n'y eut pas non plus d'avantages sensibles pour les esclaves dans cette mutation, qui les transforma plus tard en serfs de main-morte, tandis que les Colons devinrent serfs.

A travers les chroniques du père X.e Beaud et de Geoffroy de iVfontmouth, on aperçoit que Mériadec appela dans TArmorique les Bretons insulaires pour l'aider h conserver sa conquête. Cent mille tourbes ou populaires , disent-ils , et trente mille nobles passèrent la mer à sa sollicitation. Ce nombre nous parait bien considérable , et nous doutons de son authenticité : il nous répugne aussi de croire que Conan fit couper la langue à tontes les femmes des vaincus, dans le but d*établir en Armorique l'unité du langage breton.

Nous sommes , au contraire, portés à penser que, s'il épousa la sœur de Saint-Patrice, évéque de Vannes, et s'il fit de grandes avances au clergé , ce fut surtout par politique , et dans le but de faire oublier leurs anciens maîtres aux peuplades qu'il était venu conquérir.

Quoi qu'il en soit, l'organisation féodale, dans TArmorique, date de cette époque, et elle s'établit si naturellement qu'il est inconcevable que ce fait soit passé long-temps inaperçu. Mériadec , après la conquête , fut investi du droit de déclarer la guerre et de faire la paix, de commander les armées, de rendre la justice; il eut son domaine particulier comme les autres seigneurs; mais les comtes et les évêques , qui représentaient , les premiers , les propriétaires du sol; les second, le spirituel, c'est-à-dire la masse entière de la nation armoricaine^ y compris les colons et les esclaves , se réservèrent do décider, en assemblée générale, les autres questions et le vote des imp()ts. Une somme d'argent, à titre de don gratuit, fut tout ce que Mériadec reçut de leur libéralité.

Ces faits sont de la même nature que ceux qui suivirent plus tard rinvasion des Francs et des autres peuples appelés barbares. Partout où il existait des esclaves et des colons , c'est-à-dire dans tonte l'étendue de Tempire romain, ce bétail humain fut l'objet de la convoitise des peuples sauvages, et du peuple qui se croyait le plus civilisé ; mais, dans le principe, il n'y eut de changé que la religion des propriétaires , modification peu importante en apparence , et qui renfermait , cependant , le germe de toutes les réformes qui se sont faites depuis cette époque jusqu'à nous.

On doit conclure de ce qai précède que l'organisation féodale ne fut point une innovation, mais bien la continuation, ou, si Ton veut, la transformation lente de ce qui existait sous la domination romaine. Aussi, comme nous Tavons dit, la situation des classes inférieures ne fut-elle point immédiatement améliorée. Loin de là , les colons déchurent mlSme momentanément de la position sociale qu'ils occupaient; car, sous la loi romaine , ils ne devaient au propriétaire qu'une rente ûxe, et Tétat les protégeait contre ses violences, tandis qu'ils trouvèrent dans le seigneur féodal le pouvoir et le propriétaire foncier réunis, ce qui les rendit taillables et corvéables à merci. Partout, d'ailleurs, où les barbares prirent la place des anciens maîtres, ils se montrèrent plus empressés de restreindre que d'augmenter les droits de la race exploitée. Cependant, la défaite des Romains ou Païens fut très-utile , en donnant un grand pouvoir à des prêtres sortis souvent des rangs les plus infimes de la société, dont la parole de liberté, de charité et d'égalité, retentissait chaque jour plus forte et plus puissante. La religion du Christ devait émanciper le monde; l'invasion des peuples barbares fut un accident qui remua et laboura le sol dans lequel elle devait fructifier.

Conan Mériadec mourut à l'âge de soixante-cinq ans, dans Tannée 421 de notre ère, après avoir habilement dirigé pendant trentehuit ans les affaires de la Petite-Bretagne , dont Nantes était devenu la capitale. Inquiété au commencement de son règne par les Goths, il leur enlève le pays de Retz. Plus tard, il s'occupe d'administration intérieure, trace les limites du diocèse et fait battre monnaie (1). A la mort de Maxime , il profite habilement des embarras de l'empire romain pour se constituer dans une indépendance complète. De 415 à 420 , il fait reconnaître et ratifier cette indépendance par Exuperantius , préfet du Prétoire dans les Gaules. Ce prince a été enterré dans l'église de Saint-Pol-de-Léon , en Basse-Bretagne.

Fournier fait remonter au règne de Conan la fondation des églises de Saint- Julien et de Saint-André; l'abbé Travers prétend aussi que ce fut vers la même époque, que les Saxons s'établirent an

(1) Ce fait est controversé ^ plusieurs aatears , parmi lesquels nous citerons Tabbé Travers, regardent les pièces qui portent le nom de Conan comme appartenant à Conan II.

Groisic: ces deax opinions sont probables; mais elles ne sont pas suffisamment appuyées.

Il était impossible que les peuples divers , qui habitaient les Gaules vécussent en bonne intelligence. Le désir si naturel d'avoir le meilleur lot dans le partage de la conquête , devait nécessairement armer les unes contre les autres, ces races tout à fait différentes par leurs habitudes et leur langage. Aussi les invasions ennemies sont - elles le fait le plus important du siècle qui suivit la mort de Mériadec.

En 434 , Wallia , roi des Goths Aquitains , étant parvenu à se former un parti dans la ville de IVantes , Salomon , petit-fils de Gonan qui régnait alors , fut massacré par ses sujets ; ce qui permit au prince d'Aquitaine de ravager la Petite-Bretagne. — Les deux fils de Salomon, que d'autres nomment aussi Guitol ou Guitric, étant trop jeunes pour combattre , se retirèrent chez leur oncle Grallon ou Gradlen , dans le comté de Gomouailles. Gelui-ci prit en main le commandement des Bretons, attaqua les Aquitains et les vainquit. — En 438, la Bretagne dut à sa valeur d'être tout à fait purgée des ennemis qui l'avaient opprimée; mais bientôt les Aquitains furent remplacés par les Romains , qui firent le siège de IVantes en 439 , sous la conduite de Littorius, lieutenant d'Aëtius. Grallon, vaincu « se vit contraint d'abandonner sa capitale et de rentrer à Quimper. Il reprit bientôt l'offensive; aidé par un grand nombre de Bretons insulaires, qui s'établirent ensuite à Guerande et sur les confins des Yannetais , par les Bagaudcs et par l'alliance des Francs , il repoussa les Romains et pénétra môme jusqu'à Tours.

Grallon mourut en 445, dans l'année où Saint-Germain et Saint- Loup achevèrent de chasser les Romains des pays occupés par la ligue armoricaine.il fut enterré dans l'abbaye de Landevenec, qu'il avait fondée. L'on rapporte à son règne l'introduction en Bretagne des premiers ordres monastiques, l'inhumation de l'évoque Didier, dans l'église de Saint-André et la fondation de l'église de Saint- Vincent.

Audren, fils aîné de Salomon ou Guitric, succéda à son oncle. Ge fut ce prince, dont le frère devint roi de la Grande-Bretagne, où l'avaient appelé les habitants du pays. Son règne ne nous rappelle aucun souvenir important; mais, en consultant pour cette époque nos anciens chroniqueurs, nous voyons figurer dans leurs

récits les bagaudes et la ligue armoricaine, qa'il est convenable de faire connaître , pour mettre cette histoire en rapport avec les ouvrages qui ont parlé des premiers temps de la monarchie française. Le mot Armorique (ar mor) veut dire la mer. Les anciens entendaient par FArmorique, Tancienne province de Bretagne que la mer baigne de trois côtés ; et , par les Armoriques , cette province et les autres provinces du nord de la France qui en sont voisines et qui se liguèrent toutes ensemble contre les Romains pour conquérir leur indépendance.

. Le nom de bagaude vient du Celtique Bagad et signifie réunion; il . s'applique surtout aux assemblées db tourbes bt populaires d'hommes des classes inférieures, et servit à désigner dans le prin> cipe les masses de colons que la cupidité des propriétaires romains ou gallo-romains souleva contre leur domination. La bagaudie fut une jacquerie véritable, son but était Tafiranchissement des cultivateurs et la possession libre par les laboureurs des terres qu*ils cultivaient. — Quoique non concertée , la révolte des eoions gaulois fat générale , parce que partout les abus étaient les mêmes. — Armés à la hâte , sans chefs , sans discipline , les bagaudes furent facilement vaincus en masse; mais leur pensée d'émancipation survécut à leur défaite. Le glaive de Maximien et des autres chefs , qui défirent les bagaudes , ne tua point l'idée qui les avait soulevés , et beaucoup d'entre eux parvinrent à s'afiranchir et à s'élever au rang de propriétaires. — Leur révolte fut de longue durée: plus de cinquante ans après leur premier soulèvement l'on voit des partis de bagaudes s'unir le plus souvent aux barbares pour combattre les Romains et partager avec les vainqueurs une partie des privilèges de la conquête.

En 477 , les Saxons établis dans les îles de la Loire , serraient de fort près la ville de Nantes , dont ils ruinaient le commerce ; Eusèbe , qui avait usurpé le gouvernement du duché , au détriment de Budic , frère d'Audreu , se trouvant trop faible pour les combattre , appela à son secours les Romains et les Francs , mais il fallut trois années de luttes pour les forcer à se retirer au Croisic , où se trouvait leur principal établissement. C'étaient des hommes hardis , très-vigoureux et tout à fait propres à la guerre , comme on peut encore juger aujourd'hui par ceux de leurs descendants qui habitent le Croisic , le Pouliguen , le bourg de Batz et les lieux circonvoisins , où l'on trouve une race moitié Bretonne , moitié Saxonne , produite probablement j|

par l'union des Saions avec les femmes da pays , où l'on trouve aussi un Breton corrompu et un costume national fort remarquable.

Onze ans plus tard , les Saxons , sous la conduite de leur chef Marchil Ghillon , assiégèrent ISantes, et ravagèrent de nouveau ses environs.

Mais Budic, qui avait pris à la mort d'Eusèbe, le gouvernement de la Petite-Bretagne, vint au secours de la ville, et les contraignit de se retirer. Grégoire de Tours attribue la délivTance des Plantais h une intervention divine , manifestée par une apparition miraculeuse de fantômes vêtus de blanc. Nos chroniques rapportent, en effet, que deux processions sorties de nuit , Tune de Saint-Donatien, Tautre de Saint-Similien , se rencontrèrent, prièrent ensemble, et se retirèrent ensuite dans les églises d'od elles étaient sorties ; elles ajoutent que ces deux processions, qui effrayèrent beaucoup les soldats de Marchil , n'avaient osé sortir de jour , par suite de la crainte que les Saxons leur inspiraient , et que Marchil , après avoir levé le siège, se fit baptiser. Quelque naturel qu'il soit d'attribuer la délivrance de Nantes aux secours de Budic , nous devons cependant accorder quelque chose h la tradition populaire ; il serait peu philosophique de nier que ïeè deux processions dont parlent nos chroniques, aient pu avoir quelque influence sur les Saxons , et que leur chef lui-même ait demandé le baptême , soit par peur , soit par conviction , soit encore par spéculation politique , comme les chefs Normands l'ont si souvent fait.

L'on doit rapporter à cette époque et aux années qui suivirent, la construction des églises de Saint-Clément, Saint-Saturnin et de Saint- Cyr. La seconde, située vis-à-vis Sainte-Croix, existait encore à l'époque de la révolution. La dernière, placée sur la motte Saint- André , a été détruite par Pierre Mauclerc , au commencement du Xin.« siècle, et reconstruite depuis sur un autre emplacement, sous l'invocation de Saint-Léonard. Nous ne savons rien de précis sur l'architecture de ces monuments religieux.

Vers Fan 509 les Frisons , ayant fait empoisonner Budic , se répandirent dans une grande partie de la province. Les enfants de ce prince cherchèrent un refuge dans la Grande-Bretagne, où l'on prétend qu'Hoël, qui était l'aîné, fut fait roi du pays de Galles; ce qui n'est guère supposable, puisqu'il revint au bout de quatre ans avec des secours fournis par son parent , le roi Arthur, si célèbre dans les romans de chevalerie , et un grand nombre de guerriers bretons qui l'avaient suivi dans la Cambrie.

Aassitôt débarqué, ce prince attaqua avec vigueur ses ennemis. La défaite des Frisons , que commandait un chef nommé Corsold , lui ouvrit la route de Nantes, oîi il fit une entrée triomphale; mais, à peine de retour dans la capitale de la Petite-Bretagne, il s'empressa de combattre les Saxons du Croisic , qu*il parvint à chasser des lieux dont ils s'étaient emparés. — Son fils Jean, auquel il confia le commandement d^une partie de ses troupes, remporta sur eux de si grands avantages , qu'ils furent contraints de rentrer au Croisic : un tiers de sou d'or fut frappé à Nantes en l'honneur des victoires du fils d'Hoël ; d'un côté de ce sou , une tête sans diadôme , et pour légende Nàmnetis ; de l'autre , une sorte de trophée traversé d'un pieu qui supporte le bonnet de la liberté, et pour légende Johànnis. Le trophée se trouve entre un soleil et une croix, qui semblent une allusion k ces paroles : in hoc signo vinces , adressées au grand Constantin.

Pendant qu'Hoël gouvernait l'Armorique , Evheremus occupait le siège épiscopal de Nantes. Ce prélat se fit remarquer par une piété et une charité tout à fait évangéliques.

On attribue à Evheremus, d'après Fortunat , l'érection de la première cathédrale de Nantes ; mais on ne sait au juste , s'il la fit entièrement bâtir à neuf, ou s'il se contenta de réparer et d'augmenter un ancien temple païen.

Sous l'épiscopat de cet évêque , les lois romaines étaient encore en vigueur. L'abbé Travers fait observer à ce sujet qu'un créancier pouvait réduire en esclavage un débiteur insolvable , même lorsqu'il était prêtre , et il cite une preuve à l'appui de cette assertion. Aussi la promulgation des lois d'Hoêl , qui eut lieu à cette époque , dut-elle être acceptée avec reconnaissance par le clergé.

Le duc Hoêl mourut en 545 , laissant cinq fils qui se divisèrent ses états. Le comté de Nantes devint le partage de Canao, qui fit périr trois de ses frères pour s'emparer de leurs domaines. Judicaël , fils de Jean, qui avait commandé l'armée d'Hoël dans la guerre contre les Saxons , craignant pour lui la fin tragique de son père , se retira à la cour du roi de France, Childebert. Quant à Macliau, le plus jeune des cinq frères , il eût subi à son tour le sort de ses aînés , s'il n'avait eu en sa faveur la puissante intercession de Tévêque Félix , successeur d'Evheremns. Devenu maître de la plus grande partie de la Bretagne , peut-être même de toute cette pro-

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rince, Ganao épousa la fille da dac d*Aqaitaine. Les noces se fijrent à Nantes avec beaucoup de pompe et de dignité , disent nos historiens ; mais nous n'en ayons point les détails.

épiscopàt de Félix. — ses tbavàux hydrauliques. — première CATHÉDRALE. — ÉVÉNEMENTS DE LA FIN DU Yl.e SIÈCLE.

JLi'ÉPiscoPAT de Félix est Tune des époques les plus glorieuses de rhistoire de notre ville. Nantes, avant ce saint prêtre, n'était point situé sur la Loire môme , mais bien au confluent de TErdre et du Seil : on n'y voyait ni cathédrale pour recevoir le peuple entier aux grands jours de fêtes , ni moulins pour préparer sa nourriture. Notre cité se composait probablement de maisons groupées autour des diverses églises et des principaux monuments.

Félix ouvrit un canal entre les prairies de Mauves et de la Madeleine , que Ton appelait alors prairies de la Hanne et de THienne , et ifui, avant cette ouverture, n'en formaient qu'une seule. Il établit à l'entrée, des pêcheries et des moulins à eau. Par suite de ces travaux, dont la destruction n'a eu lieu qu'au XII.' siècle, la Loire

entra dans le lit du Seil et de TErdre , qui se réunissaient alors près du lieu où se trouve aujourd'hui le pont de la Poissonnerie. Si l'on en croit Travers , de nouveaux barrages avec moulins furent établis par Félix, l'un à Barbin, un second au Port-Gommuneau, un troisième sur l'emplacement actuel de l'écluse, et un quatrième au pont de la Poissonnerie. Mais nous ne saurions accepter ce fait sans admettre que le dernier de ces barrages fut placé avant la jonction de l'Erdre et de la Loire ; et cependant, même avec cette modification , nous ne comprenons pas comment Félix avait pu trouver , de Barbin à l'entrée du canal qui porte son nom , des variations de niveau assez grandes pour permettre la construction de cinq chaussées et d'un pareil nombre de moulins.

Dans une pièce de vers, adressée à Félix lui-même, Fortunat donne de grands éloges à ces travaux de l'évéque de Nantes. En voici la traduction :

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« Les oBavres nouvelles remportent sor les anciennes, et les récits

*> des poètes sont effacés par les faits dont nons sommes témoins. Si

» Homère avait vu barrer des fleuves , il en eût fait le sujet de son

»> agréable ouvrage. Tous y liraient le nom de FIHx, personne celui

» d'' Achille ) et la gloire du poète y gagnerait; car c*est votre génie ,

» Félix, qui, leur donnant un meilleur cours, force les fleuves à

» couler dans un nouveau lit , et refoule Teau de manière à la forcer

» de suivre une route nouvelle. — Ici, vous creusez une vallée et

» vous placez une montagne sur un lieu abaissé. Par un changement

» de rôles , Tune s*élève , Tautre s'abaisse : Tune prend la forme de

» l'autre : la montagne s'élève dans la vallée , et la vallée s'élève en

» montagne. — Oti fuyait une onde rapide , vous avez apporté des

I) obstacles à sa course. Aussi les chariots roulent où Ton voyait les

» proues des navires. Vous élevez des collines et détournez le cours

» des eaux qui pour vous sont dociles. Sur remplacement d'une

D rivière , un fleuve rapide arrive pour lui mêler ses ondes. Mais ,

» tout-à-coup , une colline s'élève et change sa route. — Les eaux

» qui , dans le principe , arrosaient inutilement la terre , travaillent

» maintenant à la nourriture du peuple , et lui donnent même une

» seconde nourriture renfermée dans leur sein. — 0 Félix ! que vous

» devez être habile à diriger la mobilité des hommes, vous qui avez

» su soumettre à vos lois des torrents rapides ! Qu'une vie sainte et

» sans tache soit toujours le partage de celui dont le commandement

» a changé le cours des eaux! »

Nous ne chercherons pas, quoiqu'ils en aient besoin, à traduire une seconde fois , en langage vulgaire , les vers de Fortunat ; car nous n'y trouverions pas grand'chose. Habitué sans doute à une vie toute paisible dans la société de l'aimable Sainte-Radegonde , le chantre chrétien du VI.« siècle s'est émerveillé de travaux qui n'avaient rien d'extraordinaire , et les a vus en masse , sans qu'il lui fût possible de les analyser. Que voulait-il d'ailleurs autre chose qu'un sujet sur lequel il pût , selon son habitude , faire des jeux de mots adressés à Félix, jeux de mots que la sainte de Poitiers pouvait trouver très-spirituels, mais qui ne seraient plus goûtés aujourd'hui.

Evheremus avait bâti une cathédrale ; Félix l'acheva et la consacra en grande pompe. Cette J^lise avait deux ailes ou portiques » aux eûtes de la nef un lambris orné de peintures , un toit couvert en 'étain; des fenôtres en grand nombre y laissaient passer la lumière , et , de

20 yi.« siÈciM.

um nilieii , f ^ékerait fort kaat pour l'époqae , une toor carrée terminée par une sorte de dôme. De ses trois autels ^leodides, ornés de marbre précieux , Tod , celui de Faite droite , était consacré k Saiot-Hilaire et Saiot-Martia ; le second , celni de Faite ganche, à Saint Féréol , martyr de Vienne, tandis que le maîtreautel était sons Finvocation de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Pendant la nuit , des lampes y versaient leur clarté , comme pour enseigner au peuple que si le Dieu des chrétiens reille sans cesse sur la population de notre globe , ses créatures , k leur tour , doirent faire en sorte que , de son temple , s'élëTent toujours Ters lui des prières humbles et fer¥entes.

Fortunat se connaissait mieux en églises qu'en travaux hydrauliques ; aussi la description qu'il nous donne de la première cathédrale de Nantes est-elle compréhensible , malgré les antithèses qui viennent obscurcir le sens de ses vers , malgré les redites et les chevilles sans nombre dont sa poésie fourmille. Cependant il reste encore , au sujet de ce monument , un grand nombre de points intéressants dont on cherche vainement Fexplicatiou dans les passages qui vont suivre et qui malheureusement n'ajoutent rien à la description que nous venons de donner de la cathédrale.

Un premier chapitre en vers intitulé : jid Felicem episcopum de dedicatione ecciesiœ suœ se termine ainsi :

Clerus ecce charù resonat plebê indé chorauUs

Quiêque tuum votum qua vaiet arte canit. Tarda fnere tibi quia fit mora semper amanU

Reê êublimù enim tarda ; sed ampla venit. lYunc JDomini laudes inter tua clatnca conta

Et trinitatù opem machina trina sonet Àdde meduliata in templis holocausta sacerdos

Quo diutuma mices hostia pura Deo,

Ce passage est très - curieux , mais obscur : on y voit cependant qu*à cotte époque les chants en chœur de la multitude se faisaient entendre dans FEglise de Nantes , que cette église était très-remarquable ; mais il est difficile de bien interpréter ce vers :

Et trinitatis opem machina trina sonet ,

signille-l-il qu'une triple musique célébrait dans la cathédrale les louan|;ei de la Trinité , ou que trois cloches annonçaient les céré-

monies religieases ? Noos ne savons , et soumettons nos doutes à nos lecteurs.

A la suite de ce chapitre, nous trouvons le suivant, dans les œuvres de Fortunat :

IH HOlfOlEM EORUM QUORUM IBI RBLIQUIiE COirTINBlITUR.

Sidêrei montes speciosa cœumina non A Ubano gemini flore cornante cedri.

Cœiorum portœ lati duo lumina mundi;

Ore tonat Paulus fulgural arce Petrus Inter apostolicas radianti luce coronas

Doctior hic monitu ceUior ille gradu.

Per hune corda hominum reserantur et astra per illum

QtMê docet iste stylo sutcipit ille Polo. Pandit iter cœli hic dogtnate, clavibus aller

Est via cui Paulus janua fide Petrus, Hic petra firma manens ille architectus haôetur,

Surget in his templum quo placet ara Dec Vno fonte pares medicata fluenta rigantes

Restinguunt avidam dulce liquore sitim, Fortia bella gerens quisquis cupit astra tenere Rex dédit hos proceres militis esse duces, Gallia plaude bibens mittit tibi Roma salutem

Fulgor apostoUcus visitât allobrogas.

A fade hostili duo propugnacula prcMunt

Quos fidei turres urbs caput orbis habet, Hi radiant oculi precioso in corpore ChrisU

Lumine qui proprio cœtera membra regunt, Munere felicis Cœli cape Gallia fruges Pontificis que tui vota beata cote Cujus c€utus amor dédit hanc in amore supemo

Ecclesiœ nuptœ dote perenne domum, yertàce sublimi palet aulœ forma triformis

Nomine apostolico sanctificata Deo, Quantum inter sanctos meritum super eminet ilUs Celsius hoBC tantum culmina culmen habet. In médium twrritus apex super ardua tendit

QuaératMm que levons crista rotundat opus.

Aitiut ut stupeoiarcê ascendente per arcus

Instar montis agem œdis acumen habet, lUic expotilos fucis animantittts artus

Fïvere picttêrtu arte re flan te putes Sol vagus ut dederit per stannea tecta colorem ,

Lactea lux resilit cutn ruborinde ferit. Ire redire vides radio crispante figuras

Âtque lacunar agit quod maris unda sole t. Fulgorem astrorum meditantur tecta métallo ,

Et splendore suo culmina sydus habent.

Luna coronato quoties radiaverit ortu

AUerab œde sacra surgit ad astra jubar. Si nocte inspiciat hanc pretereundo viator

Et terram steUas credet habere suas; Tota capit radios patulis occulata fenestris

Et quod mireris kic foris in tus habes. Tempare quo redeunt tenebrœ mihi dicere fas sit

Mundus habet noctem detinet aula diem Dextera pars templi meritis prœfulget hilari

Compare Martino consodante gradum Gallia sic proprios dum fundit ubique patronos

Quos hic terra régit lumina mundus habet. Altéra fereoli par est qui vulnere ferri

Munere martyri gemma stiperba nitet.

Obtulit hetc Fœlix ut sit magis ipse sacerdos

Christi tuum templum qui tibi templa dedil.

Les vers qu'on vient de lire nous montrent qnelle était , an VL' siècle , la décrépitude de la littérature latine : une traduction n'eut servi qu'à en montrer tous les défauts; aussi, nous nous sommes abstenus d'en donner la version française.

Albert de Morlaix , que nous citerons souvent dans cet ouvrage y donne de la cathédrale de Nantes la description suivante :

tt Ce vaisseau estoit si superbe en sa structure, et si riche

en ornements et parures , qu'il ne s'en trouupit point de pareil en toute la France. Tous les parois en dedans estoient revêtus d'images et peintures très-riches faites à la Mosaïque ; la voûte toute azurée « semée de grosses étoilles d'or, representoit le Firmament, tout le bastiment estoit couuert de fin estain de Comoilaille insulaire , si

clair, qu'aux rayons du soleil ou de la lune il sembloit à Targent. Sur la croisée s'élenoit une tour pyramidale, pareille à deux autres qui estoient de part et d'autre du portail et principale entrée, en ces trois tours y auoit grand nombre de cloches, grosses et menues, les tables àe% autels avec leurs colonnes, chapitaux et autres parures, estoient de marbre poli , de diverses couleurs , ayant deuant elles leurs couronnes et phioles d'or , les arcades et voûtes estoient enrichies à la romaine , de belles figures , pestries de stuc et de piastre , le tout doré d*or ducat, iceUcf supportées de gros et hauts pilliers de marbre. Au milieu du temple estoit posée une grande colonne de marbre , laquelle supportoit un crucifix d'or massif, dont la ceinture estoit d'un riche drap tout greslé et battu de pierreries d'un prix inestimable , et au-dessus pendoit une grosse chaisne d'argent tenant à la voûte. Un peu plus bas y auoit une autre colonne de marbre sur laquelle estoit une grosse escarboucle, laquelle (selon le naturel de cette pierre) rendoit une clarté admirable la nuit. Le pavé qui estoit de marbre, apportoit un merveilleux contentement à la veuë, pour Tagréablt variété des couleurs dont il estoit parsemé. Les caliees, croix, piscines, orceux , chandeliers , et tous les autres vaisseaux députez au seruice du S. Lieu, estoient d'or ou d'argent, les chasubles, chappes et autïp ornemens estoient des plus précieuses estoffes qui se pouuoient tronuer. »

Cette description n'est certainement pal exacte , et nous ne citerons jamais Albert de Morlaix k titre Vhistorien judicieux ; mais on lui doit oitte justice, qu'il a rassemblé dans son Ouvrage toutes les traditions de son époque , en homme crédule et de bonne foi , qui accepte sans discussion les. opinions des siècles passés. Sous ce rapport, sa description de la cathédrale de Nantes mérite d'être étudiée ; car il fut un temps où nos aïeux croyaient du temple chrétien de cette ville tout ce que le père Albert raconte avec une si louable naïveté.

L'on s'accorde à penser que la dédicace de l'église de Nantes et de ses trois autels eut lieu le 30 septembre 560 , quoique Travers la reporte à l'année 559 , c'est-à-dire avant la mort de Clotaire I". béf évéques de la métropole assistèrent à cette brillante cérémonie, qui fat faite par Saint-Euphrane , de Tours, assisté de Félix devantes; Victure , de Rennes ; Domitien , d'Angers ; Domnole , du Mans , et Macliau, de Vannes.

De quelle manière faut-il juger Tévéque Félix ? Sera-t-il pour nous

l'un de ces génies qui apparaissent de loin en loin , comme des jalons placés à distance snr la route de Thumanité ? Faisait-il anomalie ayec son siècle , par des pensées de paix et de civilisation ? ou bien nV avait-il dans la tête de ce prêtre , que les idées des grands de son époque , que de Tbabileté mise en jeu par Tespoir du produit abondant de ses moulins? ]N'était-ce enûn qu'un spéculateur de talent sachant faire suer les serfs pour la plus grande prospérité des castes privilégiées ? De ces deux opinions , la première est la plus probable. Le catholicisme , au VT.^ siècle , était encore trop profondément chrétien , trop rapproché de son origine , et ses ministres vivaient trop souvent en apôtres , au milieu des païens , pour que les travaux de Félix ne fussent pas étroitement liés au système d'un clergé qui prétendait à la domination universelle , par de grands services rendus aux peuples, et dont tous les actes avaient un but social. Nous savons , d'ailleurs, que Félix montra le plus grand talent comme homme politique , et qu'il parvint à convertir à sa foi les Saxons du Groisîc. Ce fut sous IMpiscopat de cet évoque que les rois de France s'emparèrent , pour la première fois, du comté nantais. Ganao s'étant ligné avec Ghramne , fils de Glotaire , qui venait de se révolter contre son père, M attaqué par le roi des Francs, dont l'armée rencontra l'armée bretonne près de Ghâteauneuf et la défit. Ganao fut tué dans le combat, d'un coup de javelot lancé, dit-on, par son neveu Judual. Ghramne s'enfuit, mais prêt à g%mbarquer, il revint sur ses pas pour sauver sa femme et ses enfants. Enfermé avec eux pur les soldats de Glotaire , ce prince barbare fit mettre le feu à la cabane dans laquelle se trouvaient son fils , sa bru et ses petits-enfants , puis il marcha sur Nantes , dont les portes lui furent ouvertes. Glotaire , usant à son profit de la victoire , réunit le comté de Nantes k son domaine et en donna le gouvernement à Félix.

Depuis cette époque jusqu'à la fin du siècle , la ville de Nantes ne fut témoin que d'un petit nombre de faits importants : nous allons passer en revue les principaux.

En 577, Guerech , fils de Macliau , qui avait cumulé pendant qmslr' que temps les fonctions de comte et d'évéque de Vannes , vint rariger les terres de l'évôché de Nantes , y fit les vendanges, et ramena avec lui un grand nombre de captifs.

L*évéque Félix mourut en 583 y attaqué d'une maladie épidémiqne qui régnait à Nantes.

n eat pour snccesseiir on de ses parents nommé Nonnichins, qoi fut choisi par le roi. Grégoire de Tours fait remarquer à ce sujet que cet évéque est le premier qui ait reçu h Nantes le pouvoir épiscopal de Fautorité temporelle. Fortunat nous apprend que c^était un grand personnage , et qu'il possédait sur la limite du comté Nantais une tenre où sa femme et lui reçurent Saint-Germain , lorsqu'il retournait de Nantes h Paris.

Toutes nos chroniques s'accordent à faire un grand éloge de Saint- Félix. Cependant on ne saurait Texcuser d'avoir enfermé sa propre nièce dans un cloître , et do l'avoir contrainte à prend]:je le voile pour l'empôcher d'épouser un jeune homme de grande famille, nommé Pappolen , auquel ses parents l'avaient fiancée. On doit lui reprocher encore d'avoir donné asile au misérable Riculfe, après l'avoir tiré avec adresse du monastère où il avait été si justement renfermé. Des lettres publiées par Grégoire de Tours, constatent que Félix et lui se brouillèrent au sujet d'une terre de l'église de Tours , que Grégoire ne voulut pas lui céder. Ces lettres, fort amères, ne sont pas honorables pour ceux qui les ont écrites. Cependant , les procédés et les injures de Grégoire ne sauraient excuser Félix d'avoir pris sous sa protection Riculfe , si connu par son odieuse conduite envers l'évôqae de Tours.

Pappolen succéda à Félix dans le gouvernement du comté Nantais , l'année même de sa mort. Ce fut aussi dans la même année, ou, peu de temps après , que la milice Nantaise accompagna le roi de France au siège de Bourges , dont elle revint chargée de butin.

Depuis 583 jusqu'en 594 , les Bretons ne cessèrent de harceler les Francs, dont ils ne voulaient pas pour voisins. En 587, 588, 589, Waroch ravagea le comté Nantais et fit les vendanges à son profit. Contran , dans sa colère , envoya contre lui deux de ses généraux , Pappolen et Erbracaire ; mais le rusé Breton les attaqua séparément. Pappolen et son armée succombèrent d'abord ; Erbracaire , adouci par les présents de Waroch , consentit à lui accorder la paix à des condi^ tions onéreuses ; mais, à son retour en France , il fut attaqué par les Bretons , au passage de la Vilaine , et son arrière-garde fut massacrée par les soldats de Waroch, sans qu'il s'en échappât un seul homme.

En 594., Waroch, à la sollicitation de la célèbre Frédégonde, porta la guerre sur le territoire des Francs. Une bataille décisive , dans laquelle le comte de Vannes fut vainqueur, eut Heu entre Rennes

et Vitré ; ce qa\ Ini permit de reconstituer en partie le royaume Armoricain , et de léguer à ses successeurs un pouroir indépendant. . C*est une grande question pour quelques-uns des historiens de la Bretagne , que de sayoir si cette province relevait ou ne relevait pas, dans le principe , du roi de Franee. Cependant il est déjà , et il sera encore mieux prouvé dans cet ouvrage, que les ducs de Bretagne ont dû faire hommage aux rois de France chaque fois qu^ils n'étaient pas assez forts pour soutenir leur indépendance ^ les armes à la main.

Avant d'arriver à Tépoque oix la féodalité se trouva fortement organisée dans tonte l'Europe , écrite dans les lois, passée en habitude dans les mœurs , nous croyons utile de jeter un conp-d*œil sur là situation du duché dont Nantes était la capitale , et d'examiner les diverses classes d'hommes qui l'habitaient et la situation géographique des principales races auxquelles ils appartenaient.

L'aristocratie se composait alors du duc de Bretagne , des comtes , des autres possesseurs de fiefs nobles , des évéques , des moines et des antres ecclésiastiques. La masse comptait dans ses rangs les bourgeois des villes , les coliberts , les serfs , et les mainmortables.

Le duc de Bretagne , dans le principe , possédait en propre certains fiefs et n'avait pas le droit d'en acquérir d'autres ; sa succession se divisait également entre ses enfants; ce ne fut que par usurpation que l'ainé devint l'héritier présomptif par droit de naissance.

Les comtes prêtaient hommage an duc, et par conséquent relevaient de lui. Leurs petites souverainetés n'étaient pas primitivement héréditaires; ce fut aussi une usurpation qui consacra l'abus de laisser à la lignée ce qui était primitivement la récompense des services rendus à l'état.

Les autres possesseurs de fiefs nobles portèrent d'abord le nom de ityrans ou mactiemes ; ils relevaient des comtes ou des ducs.

Les bourgeois des villes représentaient les collèges de métiers (collegia opificum de la société romaine) ; plus tard, ils furent soumis, quoique libres, à certaines charges féodales, telles que droits d'aunes, de crocs, etc. , dont ils se rachetèrent h l'époque où ils acquirent, en la payant , l'organisation municipale.

Les coliberts étaient k peu près alors ce que nous appelons aujourd'hui domaniers, afiéagistes ou colons. Leur condition variait en Bretagne ; les uns ne devaient qu'une rente fixe , k laquelle on adjoignit plus tard la dime et les corvées; le fonds leur appartenait

sans qa'il fût possible au propriétaire de les expulser aatrement qne pour défaut de paiement. Les autres étaient tenanciers à domaine congéable. Possesseurs des édifices et superfices des terres qu'ils cultivaient, ils ne devaient non plus au propriétaire qu'une rente fixe; mais, faute de la payer, leur propriété lui retournait; mais le seigneur pouvait encore les expulser, en leur remboursant leur partie de la ferme ; mais eux-mêmes avaient le droit de demander le congément , et , par conséquent , de se faire restituer en argent leurs améliorations. Chez ces derniers, c'était dans certaines localités le plus jeune des enfants qui héritait; et, s'il venait à mourir sans enfants , sa tenue retournait au propriétaire : d^ là ce dicton du Morbihan : C'est une Minouresse, pour indiquer une fille riche.

Les serfs se divisaient en deux classes , les serfs proprement dits et les serfs de main-morte. Les premiers pouvaient posséder , hériter , se racheter de la servitude et devenir domaniers. Ce sont eux qui se sont transformés les premiers en métayers. Les seconds étairat dans une situation bien inférieure : il n'y avait chez eux d'autre héritier que le propriétaire appelé plus tard le seigneur ; ils ne pouvaient ni se marier , ni changer de demeure sans autorisation ; on les vendait comme le bétail; ils faisaient partie du cheptel. Les premiers remplacèrent , comme nous l'avons dit , les colons romains ; ils eurent quelques firanchises de moins, et l'arbitraire des maîtres de plus. Les seconds succédèrent aux esclaves ; lemr affiranchissement presque total edt lieu dans le moyen-âge , malgré l'opposition successive de quelques seigneurs , parmi lesquels nous citerons Bertrand Duguesçlin. En 89, il n'en existait plus qu'un très-petit nombre, les autres étant devenus successivement serfs et métayers, par suite de l'abolition des usages de main-morte.

Nous n'avons pas dû faire figurer dans ce tableau la propriété allodiale que l'on retrouve en France aux premiers siècles de la féodalité. Les alleus étaient des terres libres de tonte redevance. L'impossibilité de les conserver telles au milieu d'une société barbare dans laquelle le plus fort faisait trop souvent la loi , et la politique de Charlemague religieusement suivie par ses successeurs, les transformèrent en fiefs vers le XI.' siècle. Chacun alors se trouvait dans la nécessité de se faire assurer par de plus puissants que toi contre les risques de brigandage , et nul ne pouvait vivre isolée

[1 n'y a jamais eu en Bretagne qvCxm petit nombre d^alleus ; cependant il en a existé même dans le comté Nantais ; le nom seal de certaines familles et de plusieurs terres en est une jurenTe soflKsMile.

Le cl^gé forma peu à peu une hiérarchie parallèle à celle des laies. Les éréques, aussi anciens dans la prorince que les comtes, marchaient leurs égaux. Ils étaient à la fois seigneurs ^iritnels ^ temporels ; leurs places furent long-temps électives ; le peuple et les prêtres concouraient à ces élections dont la forme a soofiNit varié , et dont Teffel était <iuelquefois de mettre la puissance aas mains d'hommes sortis des derniers rangs de la société , et de créer ainsi Taristocratie de la capacité à côté de Taristoopatie de la naissance.

Les couvents auront bientôt , comme les nobles , leurs tenanciers , leurs vassaux et leur seigneur, auquel ils devront hommage; c'étaient déjà de petites républiques , des lieux d'asile pour les penseurs , les seules associations possibles aux premiers temps de la féodalité, aussi c'est à eux en grande partie, surtout, par suite du riche héritage de science qu'ils nous ont transmis , que nous sommes redevables de notre civilisation actuelle.

Les curés venaient ensuite : hommes du peuple, pour la plupart, ils forent assez long-temps élus par leurs paroissiens. Liens de la société, moyen d'union des différentes classes , protecteurs du pauvre par la puissance de cette doctrine qui enseignait à tous la liberté , l'égalité et la firatenûté , ils étaient prêtres dans toute l'acception de ce mot , avec toute la puissance morale attachée à un ministère aussi sutiUme.

Pu tableau que nous venons de tracer l'on doit conclure que , pour devenir indépendant et se soustraire à l'oppression , rbomme du peuple était condamné, au YI.*^ siècle, à se consacrer au sacerdoce , ou à s'envelopper de la robe du moine : heureux s'il avait en lui quelque sympathie pciur cette liberté mystique que l'on trouvait au pied de l'autel ou k l'ombre du cloître.

Si des diverses classes de la société , nous passons à l'examen des races différentes qui habitaient la Bretagne , nous retrouvons encore celles que nous avons déjà signalées. Dans les anciens évôchés de Quimper et de Saint-Pol-de-Léon , des Kimris , plus ou moins purs ; dans celui de Saint-Brieuc , des Gaèls ; dans celui de Vannes , beau-

coup d'Ibères et de Kinaris; dans celui de Rennes, des Gaëls et quelques Ibères ; dans celui de liantes , des Gaëls et des Saxons ; puis , sur les confins de chaque peuplade , des Métis, reconnaissables par Theureui ou le disgracieux croisement des races*

Il serait intéressant de pousser plus avant et de creuser cette question ; mais, malheureusement, plus on étudie les races, plus on reste convaincu de la difficulté de rapporter exactement à leurs types primitifs les diverses peuplades d'une contrée comme la Bretagne. Un examen superficiel présente à Tesprit de nombreux aperçus , qu'une observation plus attentive réduit souvent à Fétat de doute.

L'on peut dire encore aujourd'hui des Kimris , comme il y a treise siècles : leur tête est longue ; leur front large et élevé ; leur nez recourbé, la pointe en bas, tandis que les ailes sont relevées; leur menton est proéminent ; leur taille généralement haute.

Ghei les Gaêls , la tête est beaucoup plus ronde , et les traits sont arrondis ; le firont est plus bas que celui des Kimris et souvent bombé ; le nez est droit ; la taille moyenne.

Chez les Ibères, nous trouvons une taille petite (Iber, en breton, signifie petit homme) ; un front assez bas , large et faisant saillie andessus des yeux ; des pommettes prononcées.

Chez les Saxons du Croisic , la nuque est forte ; le diamètre de la tète , derrière les oreilles , très-considérable ; cependant la tète est plus souvent longue que ronde. Peu développée généralement audessus des tempes , elle laisse proénùner en avant un front assez bas , et qui , fréquemment s'applatit rapidement h la partie supérieure ; les pommettes sont très-saillantes; le menton est prononcé; le nez n'a que peu de caractère; la t^aille est élevée.

L'on trouve encore en Bretagne deux sous-types très-distincts qui semblent provenir d'un croisement derace, peut-être du croisement de la race bretonne avec les Ibères et les Gaëls. Dans l'un de ces types qui se rapprochent beaucoup dutjrpeRimri , la tête est large au-dessus des tempes ; le front présente un grand développement , la partie inférieure est en saillie ; les yeux en amande sont inclinés à l'angle interne comme chez les Tartares ; le menton est proéminent ; le nez droit ou très-légèrement courbé; la taille moyenne, mais ayant peu d'harmonie dans ses proportions ; le buste ayant souvent trop de longueur pour les jambes. Dans l'autre, qui tient à la fois duGaël et du Rimri , les femmes sont généralement beaucoup moins jolies, et les traits présen-

tent souvent qaelqae chose de disgracieux. Le premier de ces soustypes est commun dans les anciens éyéchés de Vannes , de Quimper et de Saint-PoF-de-Léon : le second se rencontre dans une partie de Tancien évêché de IMguier.

Si des caractères i^ysiques 9 nous passons aux qualités morales et intellectuelles , nous les trouYons complètement en rapport avec les indications générales de la phrénologie.

Les Kimris sont plus actifs , plus entreprenants : leur idéalité plus développée , les rend plus mobiles en apparence , sans rien leur ôter cependant de leur persévérance et de leur fermeté ; aussi ont-ils toujours eu , en Bretagne , le monopole de l'industrie , Finitiative des entreprises hasardeuses et des spéculations.

Plus calmes , plus sobres de paroles , plus circonspects , plus économes , moins poètes et moins aventureux que les Kimris , les Gaëls ne nous ont laissé ni poésies nationales, ni chants populaires. L'expression de leur pensée manque généralement de coloris ; la forme n*en est point dramatique , mais ils sont patients et surtout métaphysiciens.

Notre incertitude sur la pureté du type Dière , nous empêche de nous prononcer h son sujet ; mais il est digne de remarque que cette race aux yeux en amande et au front large , dont nous avons parlé plus haut, se distingue surtout par sa grande aptitude pour les beauxarts ; possédant à la fois l'imagination qui invente , Tesprit d'intrigue qui dramatise, le coloris qui anime et donne du relief, le sentiment du beau qui sait idéaliser.

Ces considérations , qu'il serait très-facile de développer , si l'on voulait se contenter d'aperçus plus on moins satisfaisants , nous suffiront dans le cours de cet ouvrage , et trouveront une application fréquente , lorsqu'il s'agira de rechercher les lieux de naissance des hommes qui ont illustré la ville de Nantes.

yil.« SIÈCLE. 31

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