‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 9 sur 64 · SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME SIÈCLE

MJE yn.« siècle a été l'époque où les ordres monastiques ont en le pins de fayenr: sous ce rapport, réyôché de Nantes a subi la loi générale , mais il s'était initié déjà , dans le siècle précédent , aux pratiques de la vie cloistrale. Pour faire reviTre ces temps reculés , et pour les faire comprendre aujourd'hui que les règles du moyenâge sont si éloignées de nos mœurs et de nos habitudes , nous emprunterons le plus possible à nos chroniques, ou plutôt nous les laisserons en quelque sorte raconter elles-mêmes la rie de Saint- Friard , la vie de Saint-Martin de Yertou et la fondation du monastère d'Aindre, sans nous arrêter à combattre les erreurs et à discuter les faits. lie vaut-il pas mieux conserrer dans toute leur pureté les légendes qui ont fait les délices de nos pères , que de les altérer par des rectifications qui ne sont propres qu'à leur enlerer leur tour original , leur parfum d'antiquité, leur poésie ? PTest-il pas conrenable aussi que nous apprenions quelque chose de ces histoires qui servaient à bercer l'enfance de nos aïeux , ne fût-ce que pour les comparer aux contes que nous disons à nos enfants, et pour voir s'il ne s'y trouve pas de meilleures leçons de morale et une plus grande tendance vers les doctrines d'amour , de charité , de fraternité , de dévouement qui peuvent seules assurer le bonheur des hommes?

« Saint-Friard , armoricain gaulois d'origine , était né , dit Grégoire >» de Tours, dans la paroisse deBesné, près de Pontchàteau: sespa- » rents, qui n'étaient que de pauvres villageois, ne lui laissèrent » d'autre bien qu'une sainte éducation , une dévotion sincère , une » conscience droite , un désir ardent de se sauver , un zèle incroyable » pour la pureté , et surtout un grand amour de Dieu. Les leçons » qu'ils lui donnèrent là-dessus demeurèrent si bien gravées dans » son cœur, qu'il répétait en toute occasion cette courte prière: » adjutorium nostrum in nomine Domini, notre secours est dans le A nom de Dieé.

» Son occupation ordinaire était de labourer la terre et de tra-

» vailler à la campagne pour gagner sa vie; mais si son corps se » courbait vers la terre dans ce pénible travail , son esprit s'élevait » incessamment à Diea , qu'il ne discontinuait jamais de louer et de » prier intérieurement.

» Une fois , qu'il était au faite d'un arbre qu'il émondait , la » branche sur laquelle il avait le pied se rompit : il fit au moment sa » prière accoutumée , et coula si doucement de branches en Inranches » qu'il ne se fit aucun mal ; dont il fut lui-même surpris. Cet accidemi » loi fit faire une réflexion plus particulière aux obligations qa'il » avait à celui qui l'avait secouru. Que fais-je , dit-il , et powqnoâ » différer davantage à me consacrer uniquement au service de ce i> Seigneur dont le secours m'est toujours si présent et si Civo- » rable? Il prit au même instant la résolution d'abandonner la » maison et ses parents pour se consacrer tout entier à Dieu.

>» Ge ne sont pas toujours eeux qui quittent de plus grandes for- » tunes qui quittent le plus ; et souvent celui qui n'a presque rien » dont il se puisse dépouiller, peut dire avec plus de vérité qu'il M se défait de tout, que celui qui abandonne de grands biena« Ge » fut ainsi que le pauvre Friard abandonnant le monde, ne laiaaa » pas de faire un grand sacrifice , quoiqu'il fût peut-être sans bie» , » puisqu'il renonça même au désir d'en avoir. U alla se consacwr » à Dieu dans la solitude avec un abbé, nommé Sabaudus, ai^a- » ravani officier du roi Glotaire ; et un diacre , nommé Secondellna; » et vraisemblablement Friard ne fut d'abord reçu dans la con- » pagnie des deux autres qne pour les servir.

» Ils se retirèrent tous trois dans une Ile de la rivière de Loire, » appelée Windunet, où ils bâtirent chacun une pauvre cellule et » y vécurent dans les rigueurs d'une pénitence presque incroyable, i> et dans une application continuelle à Dieu. L'abbé Sabaudus ne M put résister long-temps à de si grandes austérités, et quitta la » partie pour retourner dans son monastère. Friard et Secondellns » eurent plus de persévérance , et se firent une loi de ne sortir jamais » de leur île. Ç'a.été cette loi qui a porté Grégoire de^Tours à nommer » SaintrFriard reclus; car d'ailienrs U n'était pas enfermé dans sa » cellule.

» Secondellns. mourut entre les bras de son cherconfirère, qui hd » rendit , en cette circonstance , tous les bons offices qu'il pouvait at- » tendre de sa charité , et l'entenra dans l'oratoire de leur île.

» Saint-Friard ne demenra pas néanmoins seul dans cette solitade , » plusieurs disciples y vinrent apprendre de lui le chemin assuré » de la perfection ; car Ponction du Saint-Esprit et son application » continuelle à Dieu Favaient rendu un excellent maître de la rie » spirituelle. Voici une do ses actions^ qui est fort instructive , voyant » qu'un bâton sec qu'il avait planté en terre avait reverdi et por- » tait des fruits , il le coupa et le fit brûler pour retrancher cette » occasion de vaine gloire , dès qu'il sut que les peuples venaient » par curiosité voir cet arbre et ses fruits miraculeux. Action bien » plus estimable que le miracle qu'on estimait tant.

» Se trouvant près de sa fin , il envoya prier Félix de Nantes de » le venir voir ,. parce qu'il ne voulait pas mourir sans avoir reçu le V baiser de paix de son prélat. » — Félix qui avait , dit Travers , quelques affaires , lui fit répondre qu'il ne pourrait l'aller voir si tôt. Alors Friard se leva sans fièvre en prononçant ces paroles : // est juste tPattendre noire frère. On dirait , aujourd'hui que la firatemité chrétienne n'est plus de mode , i^ Grandeur y Monseigneur, comme l'observe judicieusement le digne abbé Travers. Félix étant arrivé quelque temps après , Friard lui dit : Saint évéque , vous retardez bien le voyage que j'ai à faire. Aussitôt la fièyre le reprit ; et , après avoir passé la nuit du samedi en prières avec l'évdqne , il mourut saintement le dimanche matin, !2avril 573. BomMorice, dont nous reprenons le récit, ajoute qu'une admirable odeiur, au dire de Grégoire de Tours, qui pouvait l'avoir appris de Saint-Félix même , remplit an moment de sa mort la pauvre cellule de Friard , et embauma tous les assistants.

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