‹ Histoire de NantesChapitre 10 sur 47 · XI.« 8IÈGLB · texte numérisé non relu

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toiljoiM fixes, les,«eigaeim qui en changeaient, avaient soin d'en prévenir leurs sujets.

Le clergé se composait des évéqnes et des antreâ ecclésiastiques. Depuis Gautier If , Tévêque de liantes eut le droit de ne point prêter serment de fidélité au duc et de ne point plaider h sa cour. En temps de guerre, le duc devait faire publier en son nom le ban de Fost (c*était ainsi que Ton appelait son armée) , puis il envoyait avertir Tévéque du jour et du lieu de la réunion ; le jour venu , les hérauts du duc et ceux de Tévéque faisaient marcher les hommes de leur dépendance ; mais ces derniers avaient leur bannière à part. — L'élection de Tévéque appartenait au peuple et au clergé ; Ton ne reconnaissait pas au Pape le droit d*y intervenir; les revenus de Tévéché se composaient du revenu de ses propriétés et d'une foule de droits ecclésiastiques ; c'est ainsi que les curés étaient obligés, lorsque révéque n'allait pas descendre chez eux avec tonte sa suite , de lui payer l'équivalent de ce qu'ils auraient dépensé pour le recevoir. Il était rare qu'il confirmât les donations faites par les curés, sans exiger une rétribution. La plupart des évéqnes du X.' et du XI.« siècle étaient simoniaques. Lorsqu'on 1060 Quiriac vendit des droits ecclésiastiques à l'abbé de Redon , celui-ci s'engagea à payer à Tévéché cent sols d'or pour les églises paroissiales qu'il pourrait acheter dans le diocèse, et un denier d'or très-pur payable à la Saint-Pierre, sans diminution des autres redevances et spécialement du droit synodal. Le même acte constate que l'évéque lui céda aussi son droit entier de sacrilège sur les vassaux, et moitié sur les non-vassaux dans les paroisses de Hoie , Marsac et Masserac. Ces droits consistaient en amendes pécuniaires imposées à ceux qui commettaient l'adultère , l'inceste, l'homicide, le parjure, on qui se trouvaient dans la classe des cas résenés; car il était de règle, à cette époque, que l'on pût se racheter pécuniairement des pénitences publiques imposées autrefois aux grands crimes , et que le produit de ces amendes, affecté jadis aux pauvres et à l'entretien des cures, pass&t entre les mains de l'évéque.

Les ecclésiastiques de chaque diocèse se divisaient en deux classes : les chanoines qui faisaient l'office dans la cathédrale et vivaient en commun, puis les desservants des cures et des églises particulières: ceux-ci portaient les titres de recteur ou curé, de vicaire, de chapelain, d'abbé, de diacre, de sous-diacre et de clerc. Les émoln-

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ments des curés étaient , en général , très-considérables ; ils tiraient de Targenty dit dom Morice, des mariages, des baptêmes, des relèvements de conches, des confessions de PAqnes et de TAyent, de la visite des malades, des serments sur la Sainte-Croix, des confréries , des adultères , des sacrilèges , des impositions sur la t6te , des chandelles, de la purification , et surtout des enterrements ; aussi , prenaient-ils la peine de sonner les cloches, de chanter les vigiles «de dire des septains, des trentains et des anniversaires; quelques-uns ajoutaient à toutes leurs messes une collecte particulière destinée à payer des prières en Thonneur des défunts. — Les gens d'église , à moins qu^ils ne se mêlassent de commerce, ne devaient aucun droit pour le transport et le passage de leurs meubles , et de leiurs denrées. — Ceux qui avaient embrassé la vie monastique, jouissaient surtout d'une très-grande considération , qu'ils devaient , sans doute , aux services rendus par les ermites du YI.*' siècle , et à leur position vis-à-vis des nobles et du peuple auxquels ils servaient d'intermédiaires.

Dès la fin du X.« siècle, les usages de main-morte se trouvaient presque entièrement abolis en Bretagne et dans le comté Nantais; mais les obligations ou servitudes , imposées par les seigneurs , n'en étaient guère moins onéreuses pour ceux qui vivaient sous leur domination: les uns étaient simplement roturiers ou bourgeois, les autres étaient serfs ; leurs droits et leurs usages variaient dans chaque comté , mais partout ils jouissaient du privilège exclusif de travailler au profit de la noblesse et du clergé, qui les exploitaient à qui mieux mieux.— Le clergé, pour présider aux actes importants de la vie, demandait, dans chaque circonstance, ses droits d'autel. Le seigneur, de son côté , faisait payer des droits pour l'accomplissement de tous les actes de la vie matérielle. Le peuple vassal devait payer encore, outre la taille, lorsque ses maîtres étaient reçus chevaliers, lorsqu'ils établissaient sœur ou fille , lorsqu'ils avaient à donner rançon comme prisonniers de guerre. — Nourrir les chiens , garder les chAteaux , payer les lots et ventes des propriétés qu'on leur permettait d'acquérir, solder encore des droits de procuration, d'hébergement, depontonage, de passage, d*avénage, de coutage, de bouteillage, de salage, de méage, de moutonage, de fromentage , de vachage, de mouture, de fourrures , etc., etc., etc. ; donner des côtelettes ou des têtes de porc, et subir mille autres abus semblables ; telle était alors la nécessité de position à laquelle les roturiers étaient soumis. Les nobles, en échange, leur devaient justice et protection.

Les croyances , les mœors et les contumes étaient naturellement , an XI.« siècle , nn moyen tenne entre ce qui existait auparavant et ce qnî s'est fait depuis ; parce que tonjonrs le présent , fils du passé, porte en germe son avenir ; parce que, bien qu'on en ait dit, Thumaaité se dëyeloppe et marche au but de ses destinées par des trans> fiormations successives. Flous trouvons donc an XI.« siècle, dans notre province , nn christianisme très<impur. Le peuple n'a pas de religion: il est dévot et superstitieux. Les prêtres ne sont point dnrétiens : qnelqnes-uns seulement édia^ipent comme par miracle à la cormpticm générale* — Gl«rc , curé » moine, chanoine , évéque , chacun spécule sw les croyances populaires. Un gentilhomme se pré» sente chei les Bénédictins de Nantes , il est pauvre , on le refuse. Un de ses amis le dote d'an moulin , et les bons moines l'acceptent aussitôt. Ici ce sont des femmes qui prennent des titres hiérarchiques parallèles à ceux de leurs maris , et de bons pères de famille , évèqnes on cnrés, qni songent k laisser leurs places en héritage i leurs enfants. Les moines trouvent bon d'hériter de leurs familles ; mais leurs familles ne peuvent hériter de leur fortune individuelle. Voici enfin nn trait caractéristique de l'époque : L'évêque Benoiston Benedict , sncoessîyenient moine de Landevenech , abbé de Sainte- Croix de Quimperlé et évéque de Nantes , avait donné an seigneur Rodoald les droits de l'église de Pontdiâtean, absolument comme un ridie industriel donnerait aujourd'hui l'une de ses usines à un ami. Cette donation étant contraire aux canons , Bodoald ne trouva rien de mieux , pour rassurer sa conscience alarmée , que de se revêtir , quoique laïque, d'un froc de moine dans lequel il mourut. La cour de Rome elle-même partageait l'esprit fiscal du clergé ; ainsi, en 1096, le pape prend sous sa protection la cathédrale de Nantes ; mais il près* oit en échange de lui payer annuellement trois deniers d'or au palais de Latran. Cependant , dès la fin du siècle , nous voyons l'un des grands hoannes de la Bretagne , le célèbre Robert d'Ârbrissel, s'élever avec force contre les abns de toute espèce , bien qu'il fût Ini-'Uiême fils de prêtre , et , par suite , intéressé à les maintenir.

C'était dès lors la coutume parmi les gens riches , de faire savoir par lettres circulaires aux chapitres des cathédrales et anx abbayes la mort de ses proches , pour demander le secours de leurs prières. La vanité entrait pour autant que la religion dans les frais énormes d'enterrements que faisaient les grands seigneurs. Il n'était pas rare

qu'ils commindassent des offices des morts , des lampes allumées à perpétuité et des messes par centaines pour la même personne. L*on tenait à honneur de se faire enterrer dans des lieux privilégiés , tels que les églises et les abbayes, et cette faveur , qui se pajait trèscher , formait Tune des meilleures branches du revenu du clergé. Hommes et femmes , sur la fin du siècle , payaient aussi pour mourir dans les habits monastiques, croyant ainsi tromper Dieu , comme îb se trompaient eux-mêmes.

La justice avait conservé quelque chose de la simplicité antique. Les formalités n'en étaient pas longues , et les jnges prononçaient, le plus souvent , aussitôt après avoir entendu les parties. Fréquemment, dans les causes civiles, les juges demandaient le serment ; on le prononçait sur les reliques ou sur les évangiles avec une grande solennité. Quelquefois Ton demandait, en outre, répreuve par Teau chaude ou le fer rouge , et Ton enveloppait d'avance la main de ce* lui qui devait la subir avec une étoffe sur laquelle on apposait un sceau afin d'éviter ainsi tonte supercherie. C'étaient le plus souvent les seigneurs qui rendaient eux-mêmes la justice eu temps de paix. — Les actes publics étaient dressés par des gens d'église. C'étaient eux aussi qui pratiquaient la médecine. — Les monnaies dont on faisait usage habituel étaient de Rennes ou de riantes.

Nous n'avons malheureusement que fort peu de renseignements sur les costumes de l'époque et les décorations intérieures des châteaux du comté Nantais; nous n'en possédons aucun concernant les classes inférieures. Les grands seigneurs , les plus riches, s'entend , avaient des chambres parquetées, avec des incrustations dans les losanges , ou les carrés du parquet; des rideaux de serge, quelquefois même des rideaux de soie à franges, retenus par des cordons à glands , décoraient les fenêtres. Les hommes portaient à la maison de grandes robes en soie brochée , avec une frange épaisse au bas , et des fourv* rures aux poignets. Le cou était caché par une fraise , la tête était couverte d'un chaperon en fourrure qui laissait pendre de son milieu jusqu'au genou une sorte d'écharpe rayée. Les souliers étaient arrondis par le bout et ressemblaient à nos grosses pantoufles. Les femmes portaient des robes de même étoffe que celles des hommes; elles étaient semblables à celles du siècle précédent, ou à queues, garnies d'hermines aux poignets et de franges au bas. La grandeur énorme de la queue nécessitait un porteur; une ceinture unie, agrafant par der«*

rière, serrtit la taille dont la forme était à peu près celle des tailles de nos robes actuelles. La robe était très-écoUetée, bordée d*un doable rang de Tair on d'bennines, et laissait voir, par sa forme en cœur, on corset s*éleyant à la hantenr des seins , surmonté d^un fichu i^ guimpe étroite. Rarement les grandes dames portaient beaucoup de bagnes, mais elles avaient des pendants d*oreilles plus ou moins précieux , et des colliers de perles ou de pierres traraillées , qui senraient le cou , et laissaient pendre sur la guimpe une petite croix. Les dieyevx étaient relevés et attachés sur le sommet de la tète , que couvrait une immense coifie plus riche qu'élégante. — Le costume des hommes était peu gracieux , celui des femmes , au contraire , {i la coiffe près, était d*nn excellent goût (1).

Les habits des prêtres dilTéraient de ceux des laiqnes : ils étaient entièrement fermés ainsi que les chapes des chanoines. Les uns et les antres portaient des chaperons noirs à cornettes , en forme de bonnets carrés.

n ne nous reste rien des édifices privés du XL« siècle , non plus qne des édifices publics ; nous ne savons pas davantage où se réunirent à liantes les premiers Etats de Bretagne, convoqués au dire de d*Argentré par Alain , et nous ne possédons aucune des éloquentes harangues que Robert d*Arbris5el prononça dans notre ville, et qui décidèrent un grand nombre de seigneurs à partir pour la première croisade. Cette lacune est d'autant plus fâcheuse , qu'elle nous empêche de tracer la marche progressive de l'esthétique.

DOVZI^JIB SIÈCI.B.

Jr BsnAHT que les Français et les Normands laissèrent la Bretagne en repos, ce royaume n'eut pas d'unité. Les comtes, et surtout ceux de Rennes et de Nantes, se disputèrent la souveraineté du pays; maia la conquête de l'Angleterre par les Normands ayant donné une grande

(1) Noos avons ëerit toat ce qni précède , d*après des docoments antbentiqoes et des copies de peiolares du temps. Gependaot nous cralgooos qne ces copies ne soient do XV, • sîèele et n*aîent snbi des corrections dans les eosianes.

puissance au duc de Normandie , et la France s'étant relevée de sou état d'abaissement, la Bretagne, comme entraînée par leur élan, revint à son unité première , mettant sa politique à s'unir selon ses intérêts, tantôt avec TAngleterre, tantôt avec la France. La ville de Nantes qui était , nous Ta vous déjà dit , plus française que bretonne » et qui avait, comme capitale^ une grande influence sur le duché, continua , comme par le passé » à faire pencher la balance en faveur de ses compatriotes à venir. C'est au point de vue do cette politique extérieure que nouii devons nous placer pour bien comprendre les faits accomplis dans notre dté depuis 1100 jusqu'à l'époque où U duchesse Anne réunit notre province à une contrée dont nous avons partagé depuis la gloire militaire, les réformes sociales et cette initiative philosophique qui fait aujourd'hui de la France le centre intellectuel et mcnral du monde entier.

La rille de Nantes avait été gouvernée jusqu'au XTI.<^ siècle par des comtes ; mais , à la mort de Mathias , prince bien inconnu et dont l'histoire n*a rien à dire , le duc de Bretagne , auquel le comté Nantais revenait par succession, y établit un sénéchal on grand justicier, arec appel ant États pour ceux qui auraient à se plaindre de sa juridiction. Cette mesure habile lut permit d'avoir un raste domaine personnel , de diminuer le nombre de ses grands vassaux , et d*ac> quérir une incontestable supériorité de puissance à leur égard ; elle tendait directement à l'unité , et contribua sans doute à prolonger la vie individuelle de notre province. Cependant l'abaissement des grands vassaux ne profita point au peuple. Si des mesures propres à le flatter suivent immédiatement la création d'un sénéchal , si le cimetière de la Cathédrale est transformé en minihi de privilégié qu'il était pour les enterrements (1) , si le peuple figure dans l'acte qui accordait remise du 7.' de leur pénitence à ceux qui visiteraient l'église de Doulon le jour de la Dédicace (1106), si un concile no permet à Tévéqne de donner les indulgences que du consentement do clergé , des nobles et du peuple ; si les doctrines d'égalité percent ça et là dans les faits généraux, ce n*est point l'enivre dn dnc, mais ceile du

(1) Les lieux d'MÎle , ou miaihi, étaient alors tr^s-commuDS eoBreUigoe: la' ville de Satnt-Malo tout entière était un lieo d*asilo. Le dmetièra dont il oit ici question , s'étendait depuis la cathédrale jusqu'à la me de Saint-Laoreot

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dergé qai comprenait bien que son inflnenee sur les masses le rendait toot paissant , et dont les membres vraiment religienx , tels qae Robert d'Arbrisset, GniUanme de Merlain, Engelger, Raoul de la Fnstaie, Girand de Salles , Rob^t de Locrenan , Vital , Bernard de Tjron et antres , contribuèrent à tonte» les réformes religieuses , morales et politiques qui eurent lien de leur temps dans TOuest de la France , de manière h mériter la reconnaissance de la postérité.

Albert de Morlaix attribue an duc Alain Fergent la réorganisation des états de Bretagne , qui aurait eu lieu , d'après lui , à la prière de son époose Hermengarde,

« Il rétablit , dit-il , le grand parlement de Bretagne , qui anoit esté long-temps interrompu par le moyen des guerres, où il s'assit en son Estât Royal ; k sa dextre m peu plus bas le prince Conan comte de Nantes , Geffroy , comte de Penthièvre , et Bstienne son frère ; aux pieds dn duc le cliancelliér , à costé le seigneur du Guémené tenant m coëssin de drap d'or , et sur ic^y la couronne ducale à bauts d'or, et de l'aube costé le grand escuyer de Bretagne , le seigneur Blossac portant l'espée ducalle ; après les seigneurs du sang, Baldric, arche- Tesque de Dol, suivy des évesques de Rennes, Nantes , Saint-Malo, Comoâaiile, Venues, Saint-Brieuc, Léon, Treguer, 22 abbez, les neuf barons de Bretagne à main senestre , les bannerets et députez des chapitres et bonnes villes ; et en cette assemblée il fit des loix , ordon» nances et edids tres-ytiles pour le bien de son Estât. »

Malgré les ordres des condles et les prédications de Robert d'Arbrissel, les églises continuaient à être considérées comme des usines: on les adietait, on les vendait sans s'inquiéter d'autre chose que de faire une bonne spéculation. En 1102, celles de Sainte-Croix et de Saint-Saturnin , à Nantes, furent achetées à leurs jffopriétaires moyennant trois sommes d'argent: la première leur fut accordée comme paiement ou indemnité; les deux autres furent données l'une au duc, l'autre à son épouse et à son fils, dans le but d'aplanir les difficultés que cet acquêt illégal pouvait susciter. Cependant, chaque jour, l'esprit de charité plus ou moins bien compris, faisait des progrès; aussi voyons-nous que les évéques, avant de faire leur entrée publique à Nantes , descendaient , dès cette époque, à un hôpital, près de Saint-Clément, où ils passaient la nuit, comme pour déclarer par un acte public qu'ils devaient aux pauvres leurs premiers soins.

En 1112, Alain Fergent se retira dans nn monastère, et la dochesse, son épouse , an courent de Fontevrant , fondé par Robert d*Arbrissel. Cinq années pins tard, la yille sonffirit beaucoup d'nn incendie. « En » celui an (1117), au mois de décembre, selon Robert -du -Mont, » furent tonnerre , grêles et tempestes , et le soleil ronge comme s'il » ardit, puis la vigile de Noël fit un vent si très véhément qn*il 9 arracha les forêts et abattit les maisons et sou&it la lune éclipse. » Aussi, disent les chroniques Anneaux, qne l*an ensuivant fut grand n tremblement de terre qui snbvertit les édifices et les arbres naturel- » lement fichés et qne la cité de Nantes fut misérablement brûlée. » (Lb Bàcd, Histoire de Bretagne.) »

Cet incendie fit changer Taspect de la ville : les murailles d'enceinte qui passaient auparavant sur la place actuelle du Pilori, comme Tout prouvé des fouilles faites en 1834 , furent reportées plus loin , probablement jusqu'à TErdre; on pratiqua, dans leurs fondations, un aqueduc en pierres de taille destiné à conduire Teau de |a rivière dans les fossés.

Le successeur d'Alain Fergent, qui se nommait Gonan, donna le prieuné de la Madeleine en 1119 aux chanoines réguliers de Toussaint d'Angers. .Ce prince quitta bientôt l'alliance de l'Angleterre pour s'attacher à la France. A peine l'alliance nouvelle était-eHe conclue , que l'évéque de Nantes, dont le diocèse avait toujours préféré la domination française à toute antre, et surtout à la domination bretonne, fit hommage de son église et de son temporel à Lonis-le- (iros, qui ne se fit aucun scrupule d'Bu devenir le suzerain, prévoyant, sans doute , que ce serait un moyen pour lui et ses sneeesseurs de s'emparer plus aisément, à l'occasiGn, du comté Nantais et de la Bretagne.

L*Archevéque de Tours vint à Nantes, en 1127, pour présider un concile^ Le clergé, dans cette réunion, se montra fidèle à cet esprit de charité pour les classes pauvres, qui est la conséqoenee de la doctrine chrétienne. Il j fut décidé que les débris de nanfirages ne seraient plus confisqués an profit du duc, et que les seigneurs, à la mort d'un mari ou de sa femme , ne pourraient à l'avenir s'emparer des meubles du défunt; on y décréta encore qoe les enfants, issus d'un mariage incestueux, n'hériteraient plus de leqrs parents, et qne ceux des prêtres ne succéderaient pas aux bénéfices de leun pères. Le duc, qui assistait au concile, s'exécuta de bonne grâce, etfutle premier à'

sacrifier ran de ses privilèges les plas luerstiis; mais il demanda que les nobles en fissent autant. Ainsi furent prohibés par une assemblée difpsede la reconnaissance du pajs, des abus extrêmement nuisibles à tons et surtout an peuple.

Le revenu considérable que produisait chaque église tentait vivement ravidité des moines du temps; tous ces pieux fainéants trouvaient très-commode d'avoir de pauvres prêtres à leurs gages , et de faire desservir > par eux, les cures dont ils étaient propriétaires. Ceux de ^oirmontier (1134), voyant Gonan-le-Gros aussi facile à leur égard que Tavaient été son père et sa mère , s'emparèrent de plusieurs églises paroissiales de Nantes; il ne leur restait plus à acquérir que Saint-Jean, Saint-Laurent et Saint-Denis pour être propriétaires de huit paroisses de la ville, lorsque Tévéque se prononça vivement contre leurs envahissements.

Jusqu'alors, les curés de liantes avaient été choisis par le peuple ; les moines ajant mis au rabais le service des églises dont ils étaient propriétaires, il en résulta de grands abus : des prêtres tout-à-fait incapables ou immoraux se trouvèrent chargés de présider à Téducatien religieuse de leurs paroissiens; ceux-ci se plaignirent, et Tévôque, en 1140, fit un acte très-populaire en exigeant qu'à l'avenir lui, on ses successeurs, ratifiassent les choix des habitants. De cette ordonnance à la suppression complète des élections paroissiales , il n'y avait qu'un pas qui fut bientôt franchi. C'est ainsi que notre ville perdit , sans y prendre garde , l'une de ses libertés les plus précieuses.

Abeilard se trouvait à Nantes au mois de mars 1128, il avait quitté son abbaye de Rhuis pour venir assister à la restitution au Roncerai de l'église de Saint-Léonard, bâtie, dans le siècle précédent, par fiudic, et enrichie depuis par l'épouse et le fils de ce prince. Son adversaire, Saint-Bernard, y vint douse ans plus tard accepter la fondation de l'abbaye de Buzé (ordre de Citeaux), qui est devenue, depuis, la plus riche de Bretagne. « La grâce des miracles, qui » accompagnait partout le saint abbé de Glairvaux, le suivit à Nantes; » il y délivra, dit Travers auquel nous empruntons ce récit, une » femme de qualité d'un démon qui l'aimait depuis six ans. Il » excommunia l'esprit impur et lui commanda , au nom de Jésus- » Christ, de n'approcher jamais de cette femme, ni d'une autre. La >» cérémonie de celte excommunication se fit à l'église, da consente- » ment du clergé et du peuple, comme cela se pratiquait alors, et en

9 jettant à terre des bougies allumées. ~ On ne peat dire la natore 9 de cette excommonication , de quels biens spirituels h rintérienr » et à Textérieur elle prira un esprit invisible, et si elle eut d^autre » effet que de lier le démon dans quelque désert de la même manière » que range Gabriel lia le démon Asmodée dans le désert de la » Haute-Egypte. »

Ce fait ne demande point de commentaires ; ceux qu'ils pourraient faire naître se retrouveront plus tard à l'article de la sorcellerie.

]\os annales attribuent à Térôque Brice le premier palais épisoopal que nous ayons eu, palais dont il ne reste aucun vestige. Elles rapportent à la même époque (1136 à 1142) , la restitution aux moines de Yerton , par Marcis de Goulaine , des églises de la Ghapelle-Heulin et de Sainte-Radegonde de Goulaine, à condition qu'ils recevraient parmi eux deux de ses fils : la donation de Téglise d'Oudon à Saint- Aubin d'Angers , en échange de 400 sons d'or et d'un superbe cheval : la démolition des fortifications de Ghantocean , la mort de l'évêqne Brice, l'établissement des Templiers au quartier de Sainte-Gatherine» la mort de Pierre Abeilard , né au Palet à quatre lieues de Nantes; enfin , celle du duc Gonan , dit le Gros , auquel le comte de Porhoet ,. son gendre , voulut succéder.

Ghaque fois qu'un duc de Bretagne venait à succomber, son héritage entraînait toujours des guerres civiles tout à fait ruineuses pour le pays. Gette fois , les premières hostilités eurent lien entre le comte de Porhoet et son beau-frère Hoël qui s'était fait reconnaître comte de Nantes. La duchesse Berthe parvint à les réconcilier; mais bientôt le fils de son premier lit , Gonan , dit le Petit , comte de Richemont , revendiqua ses droits au duché de Bretagne. Ge prince , appuyé par le roi d'Angleterre et par un grand nombre de seigneurs bretons , s'empara du comté de Rennes et chassa le comte de Pothoet qui se réfugia près du roi de France. Mais les Nantais , qui ne désiraient point l'unité bretonne , renvoyèrent Hoël qu'ils regardaient comme incapable de défendre leur pays , et réclamèrent la protection du comte d'Anjou qu'ils appelèrent à les gouverner. Gelui-ci mourut dans l'année même , et Gonan allait réunir la Bretagne entière sous sa domination, IcM^que le roi d'Angleterre, frère du comte d'Anjou , vint lui disputer le comté de Nantes. Henry II était un compétiteur trop puissant pour que Gonan pût lutter avec avantage contre lui ; aussi bien ne l'essayatril pas , «et sans respect pour le renom de courage et de fermeté de

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la nation bretonne^ ce prince, indigne de lui commander > alla andevant dn roi d'Angletene, et lui céda le territoire nantais*

En Tannée 1161 , régna nne si horrible famine , qne des mères forgèrent leurs enfants , et que Ton riola des tombeaux pour se nourrir de cadavres fraîchement enterrés. Mais ce fléau ne fut pas le seul à ravager la Bretagne. Bientôt le roi d'Angleterre contraignit le duc i fiancer Constance , sa fille unique , à Geoffiroj, son troisième fils , qni devait , en conséquence » porter le titre de comte de liantes, et succéder an dndié de Bretagne , à la mort de Gonan: puis il vint prendre possession du comté de Plantes , qui donnait alors quarante mille sons de revenu ; mais la noblesse bretonne serévolta.Lecomtede Porfaoet vint , lui-même , prendre part k la lutte f et Gonan fut vaincu. Le rei d'Angleterre , inqniet sur la réussite de ses projets , fit marcher une armée en Bretagne ; elle ravagea le pays et le soumit en partie. Cependant nne nouvelle insurrection rendit nne seconde expédition nécessaire : Henrj , en personne , en prit le commandement. Les excès les plus atroces signalèrent partout son passage. Devenu maître dn duché , il relégua Gonan dans la petite ville de Gningamp , déclara son fils ];omte de Nantes et duc de Bretagne, lui fit prêter hommage par les seigneurs , et travailla l'élection épiscopale de Nantes , od il fit nommer évêque nn de ses partisans. Bientôt il exigea que son fils lui prêtât hommage. Cette nouvelle humiliation réveilla les haines des seigneurs bretons qui se révoltèrent pour la troisième fois. Les brabançons du roi Henry voulurent pénétrer en Bretagne , mais ils forent vaincus par le comte de Porhoet et Raoul de Fougères. Ce prince ators revint en Bretagne à la tête de son armée , et cette fois encore il fut vainqueur. Les routiers ou brabançons se répandirent dans toute la hante Bretagne , brûlant tes châteaux et les chaumières. Pendant deux années consécutives , la famine désola notre malheureuse province y qne les laboureurs ne pouvaient plus cultiver en paix ; nne maladie contagieuse lui succéda , et vint emporter un bon nombre de ceux que la guerre et la misère avaient épargnés.

Le nouvel évêque fit , en 1178, quelques règlements pour terminer les procès entre les curés et les moines qui possédaient nn grand nombre des églises dn diocèse. Quelques années de paix permirent de s'occuper d'améliorations ; mais , en 1181 , Geoffroy , qni se trouvait en âge de régner, épousa sa fiancée , la duchesse Constance, et se ligua avec son frère contre son père. Henry revint en Bretagne, assiégea

et prit Bennes, qne Geofiroy reprit peu après et brûla en partie. Une réconciliation eut lien entre le père et le fils , mais elle fat pcn sincère. En 1186, Geofiroy s'apprêtait à recommencer la gnerre, de concert arec son allié le roi de France , lorsqu'il fut tué à Paris dans un tournoi. Il laissait deux filles, et son épouse enceinte ne tarda pas à donner le jour à un fils , qui fut baptisé sous le nom d'Arthur. Henry, aussitôt la mort de son fils, accourut à Nantes, demandant la tutelle de son petit-fils; mais les Bretons qui le haïssaient, s'y refusèrent. Battu de ce côté , Henry parvint à faire épouser à sa bellefille y Bannulfe , comte de Ghester.

Ge fut à cette époque qne la duchesse vendit à la ville de Nantes pour cinq mille sous ou deux cent cinquante livres , ou environ cent marcs d'argent , le ban du vin , c'est-à-dire le droit qu'elle prélevait sur la vente en détail des boissons spiritueuses.

On doit conclure de ce fait :

i,^ Qne la ville avait une organisation communale ou quelque chose qui lui tenait lieu de Mairie; 2.» que la perception sur la vente du vin équivalait h un revenu de plus de 20 marcs d'argent ; car l'intérêt était alors bien au-dessus de 20 p. »/o.

On peut admettre, avec beaucoup d'économistes, que la quantité de travail nécessaire pour produire un hectolitre de blé a peu varié depuis que la charme est en usage. La valeur du blé est donc en quelque sorte une moyenne à laquelle il faut rapporter la valeur de l'argent , pour la connaître au moins d'une manière approximative ; d'après cela , lorsque le setier de blé était à six sous six deniers , 1000 sous de revenu en pouvaient acheter 154 , et correspondaient à 5390 francs de notre monnaie , somme nécessaire aujourd'hui pour payer 154 setiers de froment.

Ge mode d'estimation, dont l'exactitude est très -suffisante pour apprécier la valeur des sommes dont parle l'histoire , porte à 26 mille livres , valeur actuelle , les cinq mille sous reçus par Constance , et à 215 mille 600 livres la valeur du revenu du comté Nantais.

Dans l'année 1188, Constance confirma ou octroya aux religieux de la Madeleine la possession des Ponts , depuis Pirmil jusqu'à la ville , avec ordre, dit l'acte, d'entretenir cette donnaison, ou autrement qu'ils soient damnés à tous les diables et qu'Us endurent la peine avec le trahiste Judas. Gette princesse , que la violence avait seule contrainte à se remarier, s'unit aux barons et seigneurs de la province , pour chasser

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Tépovx qae le roi d'Angleterre loi arait donné. Sur les entrefaites , Henrj vint i mourir, et les Etats de Bretagne , rassemblés à Rennes, reconnurent solennellement Arthur , fils de Geoffroy et de Constance , ponr leur sourerain, et Constance, pour tutrice du jeune duc.

Berenu de la Terre-Sainte et de sa captivité d'Allemagne , en 1196 , Richard Cceor-de-Lion résolut de s'emparer de la Bretagne ; prévoyant que la force ne serait pas le meilleur moyen , il eut recours à la ruse ; sous prétexte de discuter les intérêts communs , il appelle sa bellesœur en rformandie; mais, à peine a-t-elle quitté le duché, qu'elle est arrêtée et renfermée dans le château de Beuvron. A la nouvelle de cette odieuse perfidie, l'évêque de Nantes et les principaux seigneurs se consultèrent sur les moyens de délivrer la femme qui avait dirigé avec tant d'habileté les affaires du pays, et ils lui envoyèrent des députés , auxquels cette princesse recommanda de l'abandonner à son sort et de veiller avec sollicitude sur son fils. Aussitôt, les Bretons s'armèrent et réclamèrent l'appui du roi de France. Richard ravagea la partie fiallo-Bretonne du duché , mais Philippe-Auguste pénétra dans la Rormandie , assiégea la ville d'Auraale , et força Richard à quitter la Bretagne. A peine le roi d'Angleterre avait-il quitté le duché , que les Bretons s'aperçurent que Philippe- Auguste menaçait Tindépendance de lenr pays. C'était un voisin plus dangereux encore que Richard ; aussi s'empressèrent- ils de s'allier à leur ancien ennemi pour le combattre, mais les hostilités durèrent peu.

A la mort de Richard , qui fut tué dans l'attaque du châiteau de Chalns , la duchesse Constance fit casser son second mariage et prit pour époux Guy de Thouars , allié de la maison de France. Philippe* Auguste , qui convoitait toujours la Bretagne et qui sentait qu'elle se rapprochait de la France , pressa la décision du Saint-Siège et contribua beaucoup, pour sa part, à faire supprimer l'archevêché de Dol et à rétablir la sufifragance de Tours , qui lui donnait une influence, indirecte sur le duché. — Mais la mort de Richard lui offrait une bien meilleure occasion de s'immiscer dans les affaires des Bretons et de ruiner de son mieux la puissance de TAngleterre ; aussi ne la laissa-t-il pas échapper. Arthur était fils du frère aîné de Jean- Sans-Terre , et par suite il avait droit à la couronne de la Grande- Bretagne. Toutes les provinces anglaises de la France, excepté la Normandie, reconnaissaient son autorité. Le Roi de France somma donc Jean de restituer la couronne à son neveu ou au moins de

loi abandonner les provinces de France ; et , sur son refus , il Fattaqna et le vainquit. Ainsi ballotté entre la France et TAngleterre , la Bretagne vit se terminer le Xn.">« siècle par une guerre dont l'issue heureuse ou défavorable ne pouvait que menacer sa nationalité. Quant à notre ville, elle voyait insensiblement s'accroître Tinflnence de ses bourgeois qu'enrichissaient le commerce maritime et le commerce de la Loire.

Le Xn."« siècle nous rappelle Taffiranchissement des communes , qui eut lieu à peu près à la même époque en Allemagne , en France, et anssi dans quelques parties de la Bretagne. Les bourgeois obtinrent alors , en le payant , le droit d'avoir une administration municipale. Les historiens ont donné plusieurs explications de ce fait important. Les uns Font rattaché aux croisades : les nobles , disent-ils , ruinés par leurs voyages de la Terre-Sainte, avaient besoin d'argent et ne trouvèrent rien de mieux pour s'en procurer» que de vendre des droits aux habitants des villes ; d'autres n'y ont vu que le désir des grands $eigneurs de se faire des clients , qui s'élevassent comme nne barrière entre eux et les autres nobles, et qui leur permissent de se soustraire à la domination de leurs grands vassaux. Pïul doute que ces deux causes n'aient agi puissamment ; mais il est vrai d'ajouter qu'un progrès dans la situation du peuple , a toujowrs lieu , lorsque l'intelligence du peuple est mûre pour le comprendre. La nécessité commandait l'afranchissement des communes , et les nobles se résignèrent à y souscrire en envisageant cette révolution sous le point de vue qui leur était favorable ; ainsi la plupart y virent une source de fortune ^ et quelques-uns, leur élévation particulière. Probablement , notre cité obtint dans le même temps quelques franchises ; mais ce ne fut que beaucoup plus tard qu'elle posséda une municipalité élective. Ce fut encore au Xn.^« siècle que s'introduisit en Bretagne l'usage des surnoms , bien qu'on puisse le faire remonterplns haut. Cette coutume et celle de porter des armoiries , consacrèrent la noblesse et achevèrent de lui soumettre les autres classes de la société.

La première était née de la nécessité de distinguer entre eux par les noms de leurs propriétés , les enfants d'une même famille ; quant aux armoiries dont les tournois et surtout les croisades décidèrent l'adoption , comme nous l'avons déjà dit; elles durent se transmettre héréditairement. Il était naturel en effet que le fils d'un guerrier

qui s^éUit distîiif^ par sa râleur , adoptât la derise de son père , s'en parât à son tour et la transmit à ses enfants. Mais lorsque, par suite de ces denx habitudes, la noblesse fut derenne susceptible de preuves, une ligne de démarcation, plus puissante que jamais, s'établit entre les nobles et les roturiers; la société se trouTa séparée en denx camps, et Torgueil de la naissance prépara dans Fayenlr d'amères douleurs aux héritiers des noms illustres.

Si , de Torganisation sociale et des coutumes du temps , nous passons à rétnde de ses chinions et de ses doctrines, nous tronrons dans Ibeilard , le représentant de la philosophie la plus ayancée de son époque, dans Abeilard que Nantes pourrait revendiquer , si cette rille avait su le comprendre , s*il j avait dans son sein un monument , une statue destinés â consacrer son souvenir, ou même un pont, une rue, une pierre, quelque chose enfin qui portât son nom et qui pût servir à prouver qu'elle est glorieuse d'avoir vu naître au Pallet , tout prodie de ses murs, l'une des plus grandes lumières du moyen-âge.

Là vie de Pierre Abeilard se divise en trois périodes , Tune de scolastiqne et de philosophie; la seconde d'amour et de littérature; la troisième de théologie. A peine ses études terminées, laissant à ses fr^^ et l'héritage paternel et son droit d'ainesse, dédaigneux de la gloire des armes , il se met â courir les écoles en véritable chevalier de dialectique , discutant partout où il trouve quelqu'un pour lui tenir tête. Ce fut à cette époque qu'il suivit les leçons de Guillaume de Ghampeaux ; mais le disciple devint bientôt plus habile que le maître. Leur controverse roulait principalement sur les universaux\ question qui avait divisé les scolastiques en réaux et nominaux. Abeilard , dans cette lettre h un ami , que l'on peut regarder comme l'histoire de ses malheurs , nous apprend lui-même comment était posée la question. — Guillaume de Ghampeaux , dit-il , croyait , au sujet de la communauté des universaux, qu'il n'y avait aucune diversité dans l'essence des choses , que la variété tenait à la multiplicité infinie des accidents qui en modifient l'aspect , et il fut amené par ma controverse â poser la question sous une forme tout-à-fait contraire. — XVons aurions tort de faire fi de la scolastiqne du moyen-âge. Le débat qui divisait Abeilard et son maître, se continue encore parmi ncms ; le fond est resté le même , la forme seule a changé.

L'on ne parle plus de réaux et de nominaux, mais de panthéisme et de q>iritnaliime , et Ton recherche s'il y a unité dans les langues ,

dans les races hamaines, dans le plan de construction des êtres; qaelqaes-nns même vont jusqa*à se demander si nne seule et même loi ne suffit pas pour expliquer le monde entier avec son immense et infinie yariété; ainsi Abeilard arait fort bien compris , comme il le dit positivement, que la question des universaux dominait toute la scolastique. Partisan de Tindividualité , il professa d'abord ses doctrines avec une habileté très-grande ; puis il quitta cet enseignement, où la dévorante activité de son esprit ne trouvait plus rien, car elle avait tout épuisé; et d'ailleurs une passion nouvelle Tabsorbait entièrement : les écrits qu'elle a fait naître eussMit suffi pour léguer à la postérité les noms et les malheurs d'Héloîse et d' Abeilard ; car ils sont des plus remarquables et bien si^périeurs> dans Toriginal, aux mauvaises traductions qui en ont para : mais sa vie n'était pas terminée. Entré dans le monde des penseurs par la dialectique et l'étude d'Aristote et des anciens, conduit par ses travaux habituels vers la science théologique qui embrassait et dominait alors toutes les autres, Abeilard chercha dans les questions religieuses, les consolations dont son àme avait besoin et les études nouvelles que réclamait nne intelligence qui voulait tout apprendre ; mais comment soumettre ses élèves , comment se soumettre lui-même à l'enseignement religieux de l'époque , lorsqu'ils avaient les uns et les autres l'habitude de tout discuter, de tout éclaircir? Gomment aussi dépouiller entièrement les doctrines philosophiques dont la lecture des auteurs grecs et romains les avait saturés? — Ce fut donc une nécessité déposition qui leur commanda de se rendre compte de tous les mystères. Celui de la Trinité fut le preu^ier qu' Abeilard examina. L'exemple du syllogisme où les trois parties forment un seul tout, lui servit à l'expliquer; bientôt il étudia la divinité du Christ, la grâce, le péché, la chute, la rédemption > et tous les autres sujets que le Christianbme présente ; mais il ne fut pas orthodoxe : ses explications tout-à-fait ingénieuses , et qui semblent la source où les néo-catholiques de notre époque put puisé l'interprétation de leurs dogmes , ébranlèrent un moment l'église tout entière ; les principaux prélats et Saint-Bernard s'élevèrent alors contre lui. Ce dernier qualifia ses doctrines en trois mots: sur la Trinité, dit-il , c'est Arius; sur la grâce, c'est Pélasge; sur la personne du Christ, rïestorius. Abeilard, sans être aussi hérétique qu'on le prétendait, professait cependant que les anciens sages de la Grèce et de l'Inde étaient inspirés de la grâce et qne nous ne

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somiDes les liéritien d*Âdam que pour la peine et nallement pour la faute de son péché ; ce qui établissait Texpiatiou telle que Ballanche et d'autres la comprennent aujourd'hui , tout en détruisant la croyance à une rédemption nécessaire. Il enseignait encore au sujet du Christ , une opinion si rapprochée de celle des déistes, qu'on l'accusa de nier sa Divinité et de réduire son rOle sur la terre à celui d'un grand philosophe. PCous n'aTons rien à dire 9 ni des problèmes religieux que lui soumit Héloîse, ni de ses sermons à lire pendant le cours de l'année. Mais nous devons faire remarquer qu'Abeilard , qui arait été en dialectique le diampion de l'individualité, lutta courageusement iMsqu'il fut persécuté pour des opinions qu'il croyait yraies, et ne se laissa pas absorber par la force , qui retenait l'église dans l'immobilité. Qn lui doit cette justice, que ses écrits et sa courageuse fermeté popularisèrent en un instant parmi ses écoliers sans nombre , et par suite dans toute l'Europe , l'esprit d'examen et la foi dans la raison individuelle , comme moyen d'apprécier des faits et des croyances qu'il n'était point permis de discuter auparavant.

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