‹ Histoire de NantesChapitre 11 sur 47 · TREIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME SIÈCLE

MJa duchesse Constance mourut en 1201 , laissant , outre son fils Avthur, deux filles nommées Alix et Catherine. Aussitôt sa mort , Philippe-Auguste exigea que le jeune duc lui prêtât hommage. Bientôt ce prince , armé chevalier par le roi de France , marcha sur le Poitou qui appartenait à Jean Sans-terre, son oncle , roi d'Angleterre; mais il fut fait prisonnier et jeté dans une tour à Rouen , d'où il ne sortit que pour être assassiné par ordre de son oncle.

Aussitôt la mort d'Arthur connue en Bretagne 9 Guy de Thouars fut déclaré duc de la province et comte de Nantes , la princesse Eléonore , qui devait hériter d'Arthur , se trouvant alors en Angleterre à la discrétion du roi Jean. — L'odieux assassinat du jeune duc de Bretagne servait trop bien les intérêts de la politique firançaise pour que Philippe- Auguste n'en tirât pas un grand parti ; aussi fit-il citer Jean Sans- Terre à la Cour des Pairs, qui le condamna par défaut et confisqua

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tons ses biens sitnés en France. Cet arrêt prononcé , Philîppe-Âugnste attaqua les diverses provinces que Jean possédait sur le continent. Les Bretons Taidèrent à conquérir la IXonnandie qui tomba en son pouvoir, ainsi que TAnjou , le Maine et la Tourraine. Mais cet agrandissement de territoire ne lui suflftsait pas , et il réclama de Guy de Thonars le comté nantais dont il commença par s'emparer. Pendant qn'il était à Nantes , eut lieu une enquête sur les droits de Tévêché, qui intéresse trop fortement notre ville pour que nous n'en citions pas les passages les plus curieux:

Le premier témoin interrogé fut un vieil abbé de Sainte-Marie de Pornit, qui se nommait André; il était âgé de 80 ans et avait vu successivement , pendant sa longue carrière , six évêques et dix comtes se succéder au gouvernement de la ville. Il déclara que les six évêques n'avaient jamais prêté serment aux comtes de Nantes, ni plaidé à lenr cour; que les hommes du comte avaient toujours eu la liberté de passer sur les terres de Tévêque , et les hommes de Tévéque d'aller demeurer sur les fiefis du comte ; celui des deux sur les fiefs duquel ils s'établissaient les ayant sous sa sauve-garde , eux et leurs meubles ; que l'évêque Bernard avait reconnu que ses hommes pouvaient faire l'aveu et le serment aux nouveaux comtes , sans préjudice de ce qu'ils devaient à l'évêque, et qu'on l'avait observé depuis à tous les changements ; que l'on disait aller à formée lorsque le comte mandait les troupes de l'évêque , et que l'on disait aller à la harelle lorsque l'évêque mandait les troupes du comte ; que les défaillants , à l'armée on à la harelle , payaient l'amende , les hommes du comte an comte , et ceux de l'évêque à l'évêque ; que l'évêque avait le ban du vin pendant quinze jours dans la ville de Nantes ; que le comte l'avait le surplus de l'année , avant que la comtesse Constance eût vendu son droit aux habitants; que l'évêque a, pendant quinxe jours, le droit de crédit sur ses hommes et sur ceux du comte , et de même le coarte sur les siens et sur ceux de l'évêque; que quand l'homme de l'évêque fait mêlée ou batterie sur la terre du comte et 7 est arrêté , la justice en est au comte , et de même des gens du comte forfaisant et pris sur la terre de l'évêque. Le vieil abbé dit encore que les assises ou ordonnances qui étaient communes à tonte la ville, se faisaient du consentement de l'évêque ; que l'évêqœ et le comte assignaient ensemble les foires du Marchil.

Le sénédial de la Hée , l'archidiacre de Nantes et un nommé Geffiroy ,

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firent me déposition semblable, en ajoutant qae, pendant la vacance dn Siège , le comte a la régie dn temporel de TéTÔque , sans ponroir faire de taxe ni de nouYelles levées , et que le Siège rempli , le chapitre pouvait le requérir de rendre tous les fruits perçus.

Le roi de France qui , pendant son séjour à Nantes, avait vu qu*il râlait mieni attendre que de chercher immédiatement à s*eraparer du comté de Nantes et de la Bretagne , accorda aussitôt Tenquéte des lettres-patentes à Tévèque et aux habitants de Nantes , dans lesquelles il leur concédait leurs droite : puis il partit , laissant à Guy de Thouars le gouvernement de la Bretagne et du comté. A peine Jean eut-il connaissance de son départ, quMl fit une irruption en Bretagne, et vint mettre le siège devant Nantes ; mais Guy de Thouars lui opposa la plus vive résistance. L*approche d'une armée française , commandée par Philippe-Auguste, contraignit le roi d'Angleterre à la retraite. Hais Jean-Sans-Terre laissa partout , en se retirant, des traces sanglantes de son passage.

Guy de Thouars profita dn calme qui suivit pour faire fortifier le château de la Tour-Neuve et les murs de ville qui conduisaient du diàtean à Notre-Dame. Malheureusement il fut obligé de prendre une étendue de terrain assez considérable qui appartenait à Tévéque. Un procès s'en suivit dans lequel le prélat n'oublia pas d'excommunier son adversaire , suivant la coutume du temps. Une rente de 7 livres , susceptible d'acheter à cette époque 21 setiers de blé , ce qui correspond à 735 francs valeur actuelle , lui fut accordée en dédommagement , et il retira son excommunication. Cet arrangement permit h Guy de Thouars de continuer les fortifications de la ville. Ce fot ce prince qui fit fermer la porte charrière placée à l'entrée d'une rue qui se rendait en droite ligne à Notre-Dame, et une autre porte qui donnait issue sur la Motte-Saint-André, pour les remplacer par la porte Saint-Pierre.

Nos chroniques rapportent à l'année 1208 l'achèvement du clocher de la cathédrale , et elles indiquent , comme existant à la même époque m peu au-delà des ponte, un prieuré de Pirmil , auquel appartenait l'église actuelle de la paroisse de Saint-Jacques.

L'ancien clocher de la cathédrale existe encore en partie. L'une des rues que nous en donnons a été prise de la chapelle de la cathédrale où se trouve le tombeau du duc François II. L'ogive de eette chapelle cache le reste du vieux clocher, qui est en partie

démoli. Des saints informes et mutilés , dont k sculpture était trèsmédiocre et une fenêtre géminée de très-bon goût , voilà tout ce que Ton peut aperc^yoir de ce cOté. Bâti à la fin du Xll.^e siècle et au commencement du Xin.« sur les fondations d'un clocher beaucoup plus ancien , le clocher de Saint-Pierre consistait en une tour carrée , percée de quatre fenêtres et surmontée d'une pyramide au pied de laquelle on royait des clochetons. La pyramide et les clochetons ont disparu en 1415 , époque à laquelle ils furent ruinés par un incendie ; mais la masse du clocher ne fut pas détruite. Aussi avons-nous pu, d'après ce qui en reste et les indications de nos annales , reproduire assez exactement dans une autre gravure ce qu'il offrait de plus intéressant.

L'on ne sait au juste k quelle époque a été fondée l'église de Saint-Jacques. Une inscription qui existait avant la révolution et que Travers et Foumier nous ont conservée » nous apprend que Thomat^ évéque de Dol , prieur perpétuel et commanditaire de Saint^ Jacques, apôtre, avait reconstruit depuis les fondements , avec une grande diligence et dépense , cette église qui de jour à autre menaçait de tomber y fan du salut mille quatre cent quatre-vingt-quatre. Les mêmes auteurs nous apprennent aussi qu'outre cette inscription , l'évêque de Dol avait fait placer ses armes au-dessus de la porte ; mais ils ne disent rien de la fondation première. — Cependant cette église» Tune des plus régulières et la plus remarquable de toutes celles que possède aujourd'hui notre ville , méritait une mention spéciale. L'on y voyait encore avant la révolution plusieurs statues qui ont été détruites. Des deux côtés de la porte se trouvaient deux saints en pierre représentante l'un Samir-Allant ; l'autre Sainte Prenant. Quelques chapiteaux des colonnes sont symboliques et se rapportent à une époque beaucoup plus reculée que 1484. Aussi , croyons-nous que l'évêque de Dol ne fit point relever entièrement cette église comme l'annonce un peu fastueusement l'inscription que nous venons de citer. Il est plus probable qu'il se contenta de faire reconstruire les parties qui menaçaient ruine , et qu'il conserva ainsi des sculptures et des colonnes qui ne sont pas dans le goût du XV."» siècle, et qui nous paraissent appartenir à une époque antérieure.

Toujours préoccupé par le désir de réunir un jour la Bretagne à la France , Philippe- Auguste maria l'héritière du . duché , la jeune Alix y à son parent Pierre-de-Dreux , qui , par son courage et son

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mérite » était toat-à-fait digne de commander aux Bretons ; mais il-^ en exigea Thommage lige an lieu du simple hommage qui lui était dû. En deyenant duc de Bretagne , Pierre-de-Dreux brisa ses armes d'un quartier d'hermine, sans doute pour montrer aux Bretons qu'il se regardait désormais comme tout-à-fait des leurs, et il s'occupa immédiatement d'agrandir et de fortifier IVantes. Mais Jean-Sans-Terre , débarqné à La Rochelle , ne lui en laissa point le temps : après aroir pris Ancenis et Oudon , ce prince vint attaquer IXantes par Pirmil. La Tille avait reçu un renfort de troupes françaises commandées par Robert-de-Dreux* Le duc Pierre en profita pour Caire une sortie. Les Anglais furent battus ; mais Robcrt-de-Dreux s'étant trop acharné à la poursuite de l'ennemi , fut fait prisonnier avec dix autres chevaliers.

Débarrassé du roi d'Angleterre , Pierre revint à ses projets : fortifier les places qui lui appartenaient en propre, et diminuer, autant que possible , l'influence de Févéque et des grands vassaux qui étaient presque ses égaux, telle fut la pensée de sa vie ; nous allons voir que la persévérance ne lui fit point faute pour la mettre h exécution : ses premiers actes furent de demander aux comtes et barons la jouissance des biens de leurs enfants mineurs jnsqu'h l'âge de 21 ans, et de réclamer des prêtres les droits qu'ils percevaient pour le tierçage et le past nuptial (1). Ces prétentions de Pierre- . de -Dreux indisposèrent la noblesse et révoltèrent le clergé ; mais Pierre tint bon , et n'hésita pas à s'emparer d'une propriété de l'évéque Etienne, dont il axjiit besoin pour les fortifications. Le prélat , irrité , somma Pierre de restituer à l'église les biens dont il s'était emparé. Celui-ci refusa : l'évoque, lança aussitôt contre lui une excommunication , et mit en interdit tous ses domaines du comté nantais. Cependant , Pierre continua ses travaux ; l'évéque eut recours

(1) A cette époque , les jeaaes mariés étaient obligés , non par une loî^ mais par une aneienDe cootame , de donner à diner an curé , ou de racheter ce ètner par ane somme d*argeDt : c'était le past noptial. Après la mort de Ton des époox, le tiers dn mobilier appartenait à TégUse , ce qui constituait le droit de lieiçage. Le past noptial fut porté, en 1399 # à 3 sons pour les personnes aisées (environ 6 fr. d*aojoord'bai) , et 2 sous pour les antres $ la même année , le drmt de tierçage fut réduit an 9.«

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au Pape , qui fit engager le duc à réparer ses torts. Cette démarche da prélat fut très-sensible à Pierre-de-Dreax , car il comprenait bien qu*il lai était facile de résister à son érôque, mais que sa puissance se briserait contre les armes spirituelles du Saint-Siège. Des courtisans , témoins de ses colères, répondirent à la plainte de Térêque en brûlant une partie de son faubourg du Marchix , en arrêtant quelques clercs et en le forçant lui-même à quitter une yillc où sa sûreté était compromise ; des maisons , qui lui appartenaient , furent démolies, et leurs matériaux employés aux fortifications.

L'évêque, en quittant Nantes, aggrava Texcommunication lancée contre Pierre-de-Dreux , auquel ses luttes arec le clergé firent donner le surnom de Mauclerc (mauvais clerc); mais, cette fois, le Pape, qui tenait à ménager les grands , désapprouva sa conduite : il n'entrait point d'ailleurs dans les vues de la cour de Rome d'annuler le pouvoir des excommunications par un trop firéquent usage ; le chantre et deux chanoines du Mans furent donc nommés pour recevoir de Pienre la promesse de réparer les dommages faits à l'église de Nantes , et pour l'absoudre sous caution. Habile en procédure ecclésiastique, Pierre Mauclerc reçut d'abord l'absolution , et souleva ensuite des difficultés an moyen desquelles il se porta appelant an Saint-Siège afin d'arrêter ainsi toutes les nouvelles excommunications que l'on pourrait lancer contre lui jusqu'à l'issue de son procès. Le cardinal , chargé par le Pape de juger l'affaire , donna gain de cause à Tévêque , infligea une punition très-sévère aux courtisans de Mauclerc, qui s'étaient portés à des voies de fait , et ^escrivit la réparation de tous les dommages causés au prélat , ainsi que la restitution de tout ce qui lui avait été pris. Hais l'évéque avait affaire à un adversaire trop habile pour accepter une sentence qui lui était si défavorable; aussi renonça-t-il à la punition des courtisans de Mauclerc, et aux dédommagements qui lui étaient dus pour les maisods détruites et incendiées: c'est-à-dire que les clercs arrêtés et battus, que les vassaux, dont les maisons avaient été brûlées ou détruites, durent se trouver satisfaits sans avoir reçu d'indemnité.

Enhardi par ce demi-succès, Pierre-de-Dreux voulut imposer Icss salines de Guerande, et vendre seul le sel à Nantes, droit dont l'évéque était en possession par suite d'une usurpation; cette fols, Philippe-Auguste fut le médiateur ; mais , cependant , la sentence fut défavorable à Pierre-de-Dreux , bien qu'il eût en partie raison.

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Fatî^ de ses pioeès, ce prince rerlnt h ses travsnx. Il transporta, sur remplacement ipi'il occupe aajomrd*hai, le lit de rErdre,qaî coolait auparayant sur les Changes et dans la me de la Poissonnerie. D entonra la rîUe d*nne enceinte de murailles» qui» partant du château pour airiyer à la porte Saint-Pierre , passaient à côté de la Motte-Saint-André et sniraient ensuite» en quelque sorte» le cours de l*ErdrB» pour se terminer au Boufiajr» en laissant en dehors les mes actuelles des Carmes et de la Poissonnerie. Il entoura aussi d*nne enceinte de fortifications le quartier Saint- Nicolas» appelé alors Bourgmain , dcmt il augmenta la rille. Enfin» il constraisit deui ports sur la Loire: Tun » dans la paroisse de Sainte-Radegonde» situé où se trouTo anjourdliui la machine à filtrer (il a été détrait par la reine Anne); Tautre, appelé Briand-Maillard»du nom de Tarchitecte. Ce dernier était défendu par une demi-hme , qui a subsisté jusqu'en 1755. Pour faire face aux dépenses énormes qu'occasionnaient toutes ces constructions» Pierre-de-Dreux ne trouTs rien de mieux» une fois sa bourse épuisée » que de s'emparer des biens de l'église de Nantes » et de mettre à contribution les gens de l'éyêque Clément» qui yenait de mourir peu après étreparyenu k l'épiscopat. Il extorqua ainsi 14»0001.» représentant une somme qu'il est difficile d'évaluer exactement» mais dont la yalenr approximative se trouve entre un million et un million et demi de notre monnaie. Ferme dans ses résolutions » il braya les foudres apostoliques» et se fit hautement le protecteur des excommuniés» en défendant aux tribunaux d'avoir égard à cette qualification. Les évèques de Rennes» Saint-Malo» et Saint-Brieuc » lui firent des remontrances auxquelles il répondit en assemblant la noblesse à Redon. Dans la réunion qu'il tint dans cette ville » il fit promettre à ceux qui en faisaient partie de ne point accepter le joug des prêtres» de ne plus acquitter le jugement des morts ou droit de tierçage» de ne point prendre garde aux excommunications» enfin de conserver les dîmes inféodées. Les évèques, indignés, excommunièrent l'assemblée de Redon ; l'évêque de Rennes alla même jusqu'à mettre l'interdit sur les domaines du duc. De son côté» Pierre fit saisir leur temporel. Les évèques prirent la fuite, laissant leurs diocèses en interdit; mais le duc» sans être intimidé par cette nouvelle mesure, défendit à ses sujets de faire des legs aux églises » et de plaider hors de leur juridiction seigneuriale.

L'affaire devenait grave ; les privilèges ecclésiastiques se trouvaient

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compromis. Le pape Grégoire LX intervint par nne ordonnance qui prescrivit de publier solennellement Texcommunication du duc les dimanches et fêtes ; de mettre Tinterdit sur ses domaines et le lieu de sa résidence , sans j permettre l'administration des sacrements , à l'exception du baptême pour les enfants et de la pénitence pour les mourants ; de déclarer nul le serment fait à Redon; de contraindre, par censures , à se rétracter tous ceux qui Tavaient prêté ; d'obliger les chapelains du duc à le quitter , sous peine d'être excommuniés et de perdre leurs bénéfices; d'absoudre enfin du serment de fidélité tous les sujets de Pierre -de -Dreux, s'il ne se rétractait dans les quatre mois de l'ordonnance.

Cette déclaration du Saint-Siège mit Pierre Mauclerc dans le plus grand embarras. Mal avec le clergé, mal avec les grands vassaux qu'il avait soumis , en les divisant , après leur avoir enlevé quelques privilèges ; mal avec le peuple par suite d'une alliance qu'il venait de contracter avec l'Angleterre ; mal avec le roi de France qu'il avait imprudemment défié après s'être révolté contre lui , ce prince n'avait plus d'espoir que dans l'armée anglaise , et cet espoir lui fit faute. Le roi d'Angleterre ayant reconnu que sa présence déciderait les seigneurs Bretons à se jeter dans les bras de la France , ne voulut lui donner que quelques chevaliers. Une trêve de trois ans avait permis à Pierre de respirer un peu ; mais , à son expiration , Louis IX marcha sur la Bretagne. Incapable de lui résister dans la position fâcheuse où il se trouvait , le duc se soumit à toutes les humiliations pour conserver ses Etats. Arrivé à Paris , il se présenta devant le roi , la corde au cou et se jeta à ses pieds ; mais Louis IX l'appela mauvais traître , et lui prescrivit de déclarer au roi d'Angleterre qu'il ne le reconnaissait pas pour son suzerain. Après cette réception , Pierre eut encore à prêter hommage au roi de France.

L'évêque Henry, successeur de Clément, avait ménagé Pierre-de- Breux; mais les commissaires nommés par le pape, s'étant assemblés au Mans , Pierre fut obligé , pendant la trêve que le roi de France lai avait accordée, d'envoyer des députés au pape. Il montra, cette fois , la même rouerie que la précédente , mettant à traîner l'affaire en longueur, une très-grande habileté.

Malheureusement pour lui, le nouvel évêqne Robert m, que le pape nomma seul , attendu que le comté Nantais se trouvait en in-* terdit, ne mit pas k le poursuivre la même négligenee que son pré-

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éécesMor; aussi Pierre iàt-il contraint de se rendre à Rome, bien qn'il eût laissé la cooronne à son fils , alors majeur, auquel elle appartenait comme héritier d*Alix de Bretaf;ne.

Pour construire les fortifications de Nantes , Pierre -de -Dreux avait été forcé d'abattre les églises de Saint-Clément et de Saint- Cyr 9 et de couper plusieurs cimetières.

Ces faits lui ayaient attiré la haine du clergé , qui n'épargna rien pour le rendre odieux : nous en tronyons la preuye , dans le passage sttiyant » d'Albert de Morlaix , emprunté sans doute & quelque chronique du temps :

« Le duc Pierre faisoit rage à persécuter le clergé » lequel il » abhorolt tell^nent , que quand il parloit des prélats et antres gens 0 d'église , il ne les nommoit que yendeurs de sacrements , man quignons de bénéfices , et antres tels tillres de mépris ; il dé- » molissoit leurs maisons et presbytaires , enyahissoit de force n leurs métairies et jardins , yoire mesme faisoit passer des fossez » à trayers des cimetières , prenoit les plus belles pierres des tours » et clochers, et démolissoit les églises pour bastir ses maisons par- » ticttlières de leurs débris et matériaux , comme il fit à Nantes aux » églises Saint-Gléroent et Saint-Cyre ès-fauxbourgs de Nantes (dite » à présent de Saint-Léonard dans la ville). Il en vînt jusqu'à ce » point de cruauté , qu'un curé de l'éuesché de Nantes ayant refusé » la sépulture ecclésiastique à un usurier public, mort sans pénitence, » il fit prendre ce curé et le lier avec le corps du mort , et les enterrer » tons deux ensemble , cruauté plus grande encore que celle du cruel » Meientins , remarquée par Virgile au liv . viii des Ënéides. n — Nous n'ajouterons aucune réflexion à ce passage d'Albert-de-Morlaix, que la comparaison de Pierre Mauclerc au farouche Mézence rend assez curieux , nous ne discuterons même point le fait horrible de l'enterrement d'un curé lié vivant à un cadavre ; remarquons , cependant, à quelles calomnies odieuses peut conduire l'esprit de parti.

Il ne nous reste presque rien aujourd'hui des travaux entrepris par Pierre-de-Drenx ; toute la partie des fortifications située entre la porte Saint - Nicolas ou du Bourgmain , et le pont de la Poissonnerie , qui se nommait alors porte Chalandière , a complètement disparu. Ce fut sous son règne , qu'en 1228 , les dominicains , plus connus sons le nom de jacobins , s'établirent à Nantes , par suite des concessions d'André-de-Yitré. Quatre ans plus tard, l'évéque Henry consacrait

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Féglisede Saint-Michel, qui est deyenae depuis Téglise des Cordeliers. rïous Tarons reproduite dans nos gravures , ainsi qu'une partie des fortifications du Bourg-Main.

Quelques autres faits curieux ou caractéristiques de Tépoque, doivent trouver place ici.

La Chambre des Comptes exerçait alors ses fonctions à Auray et Musillac. Les anciens maîtres des comptes étaient au nombre de huit, et n'avaient que le nom d'auditeurs.

La pension alimentaire et vestiaire d'un religieux, était de 500 sols, représentant 1800 à 2200 francs, valeur actuelle.

Les juifs habitaient tous la même rue , celle qui porte encore aujourd'hui le nom de rue de la Juiverie. Des règlements fixaient les heures auxquelles il leur était permis de sortir de chez eux et d'y rentrer ; ils avaient une synagogue et une police privative. La croisade publiée contre eux, par Grégoire IX, fut le prétexte dont les évéques et les seigneurs de Bretagne se servirent pour demander leur expulsion en 1236; non-seulement il leur fut défendu de réclamer ce qu'il leur était dû, mais on les contraignit même à rendre les objets qui leur avaient été livrés en niantissement., el beaucoup d'entre eux furent massacrés.

En 1225 , un seigneur de Chantoceau pillait les navires qui remontaient et descendaient la Loire. Pierre -de -Dreux le chassa de son château.

En 1235 , la Loire s'éleva de 23 pieds 9 pouces.

Ce fut encore sous le règne de Pierre-de-Dreux (1223) que fut publié à Nantes, par l'évêque Etienne, le premier code synodal dont le diocèse ait gardé le souvenir. L'on y remarquait , entre antres dispositions , que les curés seraient appelés, à l'avenir, à la rédaction des testaments de tous les laïques de leurs paroisses ; 2.<^ que les bans de mariages se feraient le dimanche , an nombre de trois , sans dispense d'aucun; 3.<> diverses peines contre les eleros qui se seraient enivrés ; 4.<> la punition.de 10 jours de pain sec et d'eau, pour tout mari qui aurait abusé du mariage ; &.^ l'ordre formel de payer la dime, et de ne faire les corvées du seigneur qu'avec l'agrément de l'évêque ; 6.<* la défense aux ecclésiastiques de porter les armes et de plaider devant les tribunaux laïques ; 7.^ l'injonction faite aux médecins , sous peine d'excommunication , d'avertir les malades en cas de danger , afin qu'ils pussent se confesser et recevoir les sa-

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cremenls. C'est ainsi, comme on le roit , qae le clergé enyahissait à petit brait la direction complète de la société et s'immisçait aux choses de ce monde. Cependant, il faut le reconnaître , ces usurpations furent extrêmement utiles en contribuant à faire réformer les habitudes judiciaires. Nous ayons vu qu'après la conquête les vainqueurs étaient devenus tout ensemble souverains et propriétaires , avantage immense dont ils abusèrent , en s'arrogeant le droit de rendre la justice entre les serfs et de régler eux-mêmes leurs contestations avec leurs vassaux ; de telle sorte qu'il n'y avait trop souvent , comme nos Annales nous l'ont transmis , d'autre juge que Dieu entre ies nobUt et leurs hommes , sans qu'il fût permis h ces derniers d'appeler des sentences qui leur étaient défavorables. Mais, tandis que la noblesse ne connaissait habituellement d'autre règle que son caprice ou les anciennes coutumes du pays, le clergé , qui avait profité des lois romaines et qui possédait un droit canon , des tribunaux ecclésiastiques et divers degrés de juridiction , offrait dans son sein une institution modèle, qui fut bientôt forcément imitée par les' seigneurs. Les curés élus par leurs paroissiens , les évêques nommés aussi par élection , les moines qui s'étaient jetés dans les monastères pour s'affranchir de la servitude, témoignaient nécessairement pour le peuple, pour ceux qui sou£fraient de l'oppression, plus de compassion et d'indulgence que les privilégiés de la naissance , et leurs jugements avaient au moins les formes de la justice , lorsqu'ils ne la consacraient pas. Aussi , les nobles , pour n'être pas soumis à la puissance spirituelle , dont le peuple aimait les tribunaux , se résignèrent-ils à des concessions qui furent un immense progrès. C'est ainsi que des ambitions rivales , en divisant ceux qui exploitaient l'ignorance et la misère des plébéiens , préparaient providentiellement, et à leur insu, cette révolution de 89 et cette nuit du 4 août, dont l'histoire sera toujours une des belles pages de l'humanité.

Pierre-de-Dreux , après un règne agité, mais pendant lequel il avait fait de grandes choses, s'était démis, en 1235, de la couronne en faveur de son fils Jean-le-Roux; rentré dans la vie privée, sous le nom de Pierre-de-Braine> chevalier, ce prince, au retour d'une croisade , se ligna avec les principaux seigneurs bretons et français, dans le but de s'opposer aux envahissements du clergé. L'acte d'association f dressé par lui-même , accusait les ecclésiastiques de s'être insi-

nués auprès des princes par an extérieur pieux et humble , d'avoir ensuite usé de leur crédit pour former une juridiction qui absorbait toute la juridiction séculière : il prescrirait y en conséquence , qu'à Farenir , on ne traduirait aux tribunaux des évoques que pour des causes d*hérésie, de mariage ou d'usure, sous peine de mutilation et de perte des biens. Le clergé , alarmé de cette nouvelle coalition suscitée par le plus habile de ses ennemis , s'adressa au Pape, qui commanda d'employer d'abord la douceur à l'égard des barons ; mais de les excommunier, et de résister avec fermeté, s'ils ne cédaient pas. Ces deux moyens furent inutiles. Le Pape , comprenant que les grands étaient aussi avides d'argent que de puissance, détourna l'orage par des sacrifices fort peu chrétiens , mais très-habiles et faits à propos. Des bénéfices accordés aux parents des barons récalcitrants , des dispenses afin qu'ils pussent en posséder plusieurs à-la-fois , des présents, des indulgences, les adoucirent presque tous, et leur ligue se trouva ainsi anéantie ; tel fut le dernier fait de Pierre-de-Ihreux qui mourut dans les croisades, et fut, sans contredit, le plus habile politique des princes de son temps.

L'année où il monta sur le trône , Jean-le-Houx s'associa à son père pour prélever la régale sur les terres de l'évéque de Nantes. Aussi fut-il poursuivi pour ce fait devant la cour de Rome. Ce prince, lors de son sacre , refusa de' promettre de protéger l'église ; c'était annoncer qu'il continuerait la politique de son père , politique qui consistait à détruire les puissances autour de lui , soit en les attaquant de front, soit en les ruinant les unes par les autres. Sa vie a prouvé, depuis, qu'il avait constamment marché, avec moins d'habileté peut-être , mais avec autant de persévérance que Pierre-de-Dreux , vers le but qu'il s'était proposé.

Les querelles de l'évoque avec Pierre-de-Dreux l'avaient porté à demander le siège de Jérusalem. Aussitôt sa translation connue, Jeanle-Roux s'empara de la régie du temporel de l'évêché, des meubles et des grains déposés à la cathédrale : il préleva les dîmes , exigea des vassaux de l'évéque quinze cents livres , puis ensuite cinq cents autres comme exemption du service de guerre. Mais l'archevêque de Tours, profitant de l'excommunication de Jean-le-Roux et de l'interdit du diocèse , s'empressa de nommer uu évêque pour remplir le siège de Nantes : cefut Galeran, doyen de Tours, qu'il choisit. Après bien des subterfuges , Jean-le-Roux fut obligé de se rendre à Lyon pour y en-

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tendre prononcer son jugement. Ce prince fat relevé de Tabsolntion portée contre lai , après avoir promis de réparer les torts faits à Tégtise, et donné caution de sa parole. De retour à Nantes , il voulut élader sa promesse ; mais le Pape chargea Tévéque Othon de juger la question pour le fond ; et , comme l'on pouvait sV attendre , Jean-le- Roux fut condamné sur presque tous les points.

Pendant ces débats, un hOpital du nom de Saint-Jean fut fondé , Ton ne sait par qui , dans la rue des Carmes , et les Cordeliers s'établirent k riantes par la libéralité des seigneurs de Dreux , qui leur donnèrent la chapelle de Saint-Michel.

De nouvelles contestations s'élevèrent encore entre le duc et Tévèque. Celui-ci réclama le droit de tierçage , le past nuptial , et tout ce qui pouvait 6tre matière à contestation ; et , malheureusement pour Jean-le-RouT, il gagna tous ses procès , grâce au pouvoir de l'excommunication et à l'appui du Pape.

L'évèque Galeran , qui s'était montré plus actif à étendre les usurpations du clergé que Jean-le-Roux à les restreindre , mourut en 1263. C'était la coutume des évéqnes de Nantes de faire des legs ; aussi laissa-t-il 40 sous de rente au chapitre et au bas-chœur , et 30 sous pour un anniversaire. Peu avant sa mort il s'était réconcilié avec le duc, et ib avaient imposé en commun deux deniers sur toutes les ventes , dont un payable par l'acheteur et l'autre par le vendeur.

Pendant la vacance du siège, Ëlie, chantre dignitaire, rétablit dans le diocèse l'uniformité de l'ordinaire des rits. Il n'y avait alors que cinq dignités à la cathédrale ; savoir : les deux archidiacres , le chantre, le trésorier et le scolastique.

Quelques-unes des croyances et coutumes du temps méritent d'être signalées : ainsi l'on pensait que les âmes du purgatoire jouissaient le dimanche d'un repos parfait, et que le lundi leurs peines recommençaient. Pour cette raison , l'on choisissait de préférence le lundi pour la messe des Anges ou des défunts. — Le mercredi des Cendres l'on portait des cierges allumés à la procession , pour rappeler l'épée flamboyante dont l'ange se servit lorsqu'il chassa nos premiers pères du Paradis terrestre. Le jour du Vendredi-Saint l'on communiait avec les hosties du jeudi.

Jacques, successeur *de Galeran, signala son entrée à l'épiscopat par des discussions avec Jean-le-Roux. Bientôt l'excommunication s'en suivit , mais Févéque mourut » et laissa ainsi le duc en repos. Ce

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prélat fat inhumé dans la cathédrale an lieu oîi se trouvait il y a cinquante ans le grand autel. On le transféra, en 1622 > dans la chapelle de Saint-Lazarre. — Guillaume deVem, qui lui succéda, fut héritier de son procès qu'une transaction termina.

L'on fabriquait à Nantes , à cette époque , la monnaie nommée gros nantais^ que sa perfection décida Saint-Louis à introduire dans ses états. Le revenu de la prévôté valait alors 1145 livres , d'après les comptes de Rivallon-dn-Temple. Le tonneau de vin se vendait 13 sous, et le marc d'argent valait 54 sous 7 deniers.

En paix avec l'évéque dont il n'avait pu triompher , Jean-le-Roux voulut augmenter sa puissance au détriment des barons et autres grands vassaux ; aussi rendit-il , en 1275 , la fameuse ordonnance qui changeait le bail des nobles en rachat. Le bail des nobles introduit dans le duché par Pierre-de-Dreux , était une coutume usitée en Angleterre et en Normandie , qui conférait aux seigneurs le droit d'être usufruitiers des biens de leurs pupilles jusqu'à l'âge de 21 ans, à la charge toutefois de veiller à leur éducation. Le droit de mariage y était réuni , c'est-à-dire qu'une fille mineure était obligée , lorsqu'elle refusait l'époux que son tuteur lui présentait , de sold» à ce dernier une amende égale à la somme qu'il eût reçue du prétendant, si le mariage avait eu lieu. Le rachat, beaucoup plus avantageux pour le pupille , ne l'obligeait à donner qu'une année de son revenu. La transformation du bail en rachat fut avantageuse au duc , qui affaiblit ainsi le pouvoir de ses grands vassaux. Il s'y prit trèshabilement pour faire adopter cette mesure ; au lieu de l'imposer, il la conseilla comme une chose juste , et la fit adopter , dans une réunion composée des principaux seigneurs de la province , comme usage à suivre.

La môme année , l'évéque acquit de la veuve d' Aveir , seigneur d'Aindre , dont il avait tracassé le mari , le fief de la Fosse. Cette circonstance fut peut-être Tun des motifs qui déterminèrent Jean-le- Roux à violer la coutume qui lui défendait de devenir acquéreur des fiefs de ses barons.

Le duc était trop habile pour ne pas comprendre que sa position lui permettrait d'acheter successivement les principales terres et les principaux droits de la Bretagne ; mais il trouvait en même temps Tusage des lots et ventes trop profitable aux suzerains pour être aboli. Aussi profita-t-il d'une circonstance favorable pour acquérir la ma-

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jeore' partie da comté de Léon, sans, pour cela, rien changer au reste de la coatome. Ce Cait , pour 6tre bien compris , demande une explication : lorsque la société féodale n'était pas entièrement constitaée , tout propriétaire était libre de vendre ce qni lui appartenait ; mais aussitôt que chacun se trouya féal d'un plus puissant que lui , le consentement du seigneur à une mutation de propriété qni changeait ses yassaux, deyint nécessaire. De là Timpôt qu'ils établirent, sons le nom de lods et yentes, sur les partages par suite de décès et sur les yentes des fiefs qui leur devaient hommage , ayec peine de confiscation et de déshérence pour ceux qui youdraient s'y soustraire. Mais les barons bretons , en acceptant cette coutume française qui leur était si ayantageuse , avaient stipulé que le duc ne pourrait devenir acquéreur de leurs fiefs , dans la crainte sans doute qu'il ne remplaçât un jour l'oligarchie des comtes et des barons par une monarchie yéritable , en achetant les plus belles terres nobles.

Jean-le-Roux mourut en 1286 , et fut inhumé dans l'abbaye de Prières qu'il ayait fondée. Son fils Jean II lui succéda. L'un de ses premiers actes fut de se faire rendre compte des querelles qui diyisaient la noblesse et le clergé au sujet du tierçage et du past nuptial , et de supprimer ces impôts comme une abusive usurpation ; mais le clergé en appela au Saint^Père dont la décision tardive eut pour but de satisfaire tous les partis sans blesser personne. Les droits furent conswyés, mais considérablement réduits; de pins , les nobles et les pauyres en furent affiranchis. Ainsi, dans la conclusion de cette affaire 9 le Saint-Siège prit moins conseil de la justice que de la politique.

En 1297» Philippe-le-Bel donna le titre de pair de France au duc de Bretagne , sous prétexte de le récompenser des services qu'il en ayait reçus dans la guerre de Flandres ; et , en réalité , pour lier plus que jamais et d'une manière indissoluble le duché de Bretagne à la France. C'était un acte de haute politique, en ce qu'il devait établir des rapprochements plus fréquents et plus directs entre les ducs et leurs souyerains , et surtout en ce qu'il assimilait complètement le duc de Bretagne aux antres grands vassaux de la couronne. L'histoire ne dit pas que Jean II, prince très-habile et digne de son aïeul et de son père, ait été flatté de cet honneur qui n'ajoutait rienà sa puissance.

Aucun autre événement intéressant , pour notre ville , ne signala la fin du siècle.

Il nous reste à Nantes bien peu de monuments du XIII.« siècle ; ceux que nous ayons décrits méritaient seuls de fixer Tattention. Cependant , ce fut à cette époque que la Bretagne et le comté nantais virent fonder Tabbayé de Villeneuve, le prieuré de Malestroit, Tabbaye de Noirmoutier , Téglise collégiale de la Guerche , le prieuré de la Primaudière , Téglise collégiale de Vitré , Saint-Aubin-du* Cormier et ses plus anciens édifices , Thôpital de Ponscorff, les Cordeliers de Dinan , une chapelle de Bon-Repos , ThApital de Saint- Malo, Tabbaye de Prières, les Frères-Mineurs de Vannes, les Trinitaires de Châteaubriant.

Les sculptures du Xni.« siècle sont en harmonie avec l'architecture du temps. Il existe bien des imagiers , des compagnons maçons, mais Tart n'a pas encore éclairé leur génie ; leurs œuvres ne sont pas assez étudiées, souvent elles manquent de style, presque toujours elles pèchent par le dessin. Dom Lobineau nous a conservé dans son ouvrage deux tombeaux , sans doute les plus remarquables du siècle , qui sont loin d'être comparables à ceux dont nous aurons à parler plus tard.

L'un de ces tombeaux, d'une richesse extraordinaire pour son époque, était placé dans l'abbaye de Villeneuve , et renfermait les cendres d'Alix de Bretagne , femmede Pierre I.'^, etd'Yolend, sa fille, comtesse de la Marche. — Sur un massif de marbre se trouvait un second massif de môme forme et de moindre dimension , recouvert en cuivre, aux quatre coins duquel l'on remarquait quatre lions mal dessinés , portant chacun sur la fesse un écusson. Entre ces quatre lions , dont les têtes semblaient soutenir une corniche lourde et massive , formée par un prisme rectangulaire , l'on voyait des écussons en cuivre émaillé , placés sur un fond uni, et séparés par des rosaces. La corniche ornée d'arabesques grossières , supportait dix lampes sépulcrales fixées à distances égales; cette corniche se repliait à l'intérieur et passait entre les deux statues d'Alix et d'Yolend , de manière à former deux demi-tombes , dans lesquelles les statues se trouvaient placées de leur long , la tête légèrement soulevée. La disposition générale de ce monument était vicieuse , puisque les statues qui en formaient le sujet principal ne pouvaient être vues convenablement d'aucun des points accessibles à ceux qui venaient le visiter. La sculpture en était médiocre^ à l'exception des statues qui avaient le mérite et les défauts de leur temps. Celle d'Alix tenait de la main droite un sceptre 9 et de

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la gauche les plis d'an manteaa sans manches ,. doublé de rah* ; sa tête portait une coifiiire en forme de couronne , divisée en plis nombreux comme les bonnets de nos avocats ; ses cheveux plats se partageaient sur le milieu du front dont ils laissaient voir la pureté , et tombaient sans boucles sur ses épaules , à la manière des chevelures de nos premiers rois de^France ; sa figure , d'une beauté remarquable, était ravissante d'expression ; ce n'était pas la vie et c'était mieux que la vie : la poésie du sommeil en Dieu , le calme du juste , la sérénité des élus, se trouvaient sur sa physionomie, animant chacun de ses traits. Une longue robe à manches demi-collantes descendait jusque sur ses pieds qui s'appuyaient contre une sorte de bonclier non armorié. La statue entière avait environ dix longueurs de tête. A l'exception des mains , tout le reste semblait sacrifié à la figure, comme pour indiquer la prédominance de l'âme sur le corps.

Yoland était vêtue du même costume qu'Alix de Bretagne , et sa figure ne le cédait en rien pour l'expression à celle de sa mère; mais sa tête était appuyée sur un oreiller ordinaire , tandis que celle d'Alix était soutenue par deux petits moines couchés de leur long, les mains appuyées contre sa couronne.

De la corniche qui passait entre les deux princesses , sortait un petit ange en surplis , dont les ailes de colombe passaient à travers sa robe. Tourné du côté d'Yolend , le corps penché , les ailes étendues , il semblait prêt à partir pour l'annoncer au Paradis. Ces deux statues, l'ange et les moines étaient en cuivre doré, ainsi que les boucliers placés à leurs pieds.

L'autre tombeau conservé par Dom Lobineau , se trouvait à Saint- Tves-de-Brenne ; c'était celui de Pierre Mauclerc ; mais nous ne devons point nous en occuper , car rien ne prouve qu'il ait été fait en Bretagne ou pour la Bretagne.

Les sceaux de Geffiroy, de Chateaubriand (1199), de Beatrix de IHachecoul , de Bernard de Machecoul (1214) , de l'évêque Quiriac (1064), d'Alain-Fergent, d'Alix , de Conan IV , de Jean L«' , d'Yolend , de Gérard de Raiz (1276) , (1220) , (1281) , de Jean H (1287) , etc. , rapportés par Dom Morice dans les preuves de l'Histoire de Bretagne, établissent d'une manière incontestable que l'art de la gravure était très-avancé au Xm.' siècle, et que les graveurs étaient eux-mêmes des dessinateurs habiles , ou se servaient de bons dessins pour les travaux dont ils étaient chargés. Le grand nombre de sceaux faits

aa Xin.« siècle, explique jusqu'à un certain point pourquoi nous ayons de cette époque tant de tombeaux en cuivre.

Nous ne savons rien des costumes du peuple au Xm.c siècle. Ceux des prêtres étaient les mêmes que dans le siècle précédent. Quant à la noblesse, elle avait rapporté de ses voyages à Rome et en Palestine, le goût du luxe et des arts.

Toute comtesse voulait porter la couronne et le manteau. La couronne laissait pendre par derrière aux jours de fête , une barbe de tissu léger , qu'une pleureuse remplaçait aux jours de deuil. — Le manteau doublé d'hermine, de fourrures du nord ou de vair, était en soie épaisse , presque semblable à celles que, dans le siècle dernier, l'on appelait gros de Tours brodé ou damassé, ou à nos moires actuelles, à cette différence près que les moires anciennes étaient pareilles des deux côtés. Le manteau était rond , ressemblant beaucoup à une chasuble , et laissait voir la robe et une partie des épaules. Le plus souvent , il n'avait pas de collet , mais un riche gallon qui en marquait le tour ; une simple agrafe servait à le retenir ; ce n'est que plus tard que Ton fit usage de cordelières ; sa longueur était habituellement la même que celle de la robe ; cependant , lorsque la robe était traînante , le manteau se trouvait plus court de deux à trois doigts. Relevé par les bras , il formait des deux côtés des plis gracieux , dessinait la taille sur un fond chargé d'ombre , et servait à donner à l'ensemble de la personne cette disposition pyramidale que recherchent les sculpteurs.

Les robes variaient dans leurs formes ; le plus souvent elles étaient rondes , ayant un corsage à la vierge ; quelques-unes au commencement du siècle étaient en cœur. — Les premières ressemblaient beaucoup aux tuniques romaines ; une ceinture plate , dont l'extrémité tombait jusqu'au genou, marquait la taille. Leur longueur ne per- .mettait pas de voir les pieds ; souvent aussi la ceinture était cachée par les plis du corsage , car la robe n'était autre chose qu'une ample chemise d'étoffe de prix. Cette ceinture était presque toujours ornée de brillants de pierres travaillées ou de métaux précieux, et soutenait le sac ou escarcelle que l'on plaçait du côté gauche. Le haut de la robe était bordé avec richesse, les manches collantes ne dépassaient pas le poignet. Quelquefois une broche ou un ornement du même genre, était placé au haut de la robe, de manière à former quelques plis et à cacher ainsi la gorge; d'autrefois, cet ornement se trouvait

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plus bas. L'on portait aussi des chemisettes, et alors il était de bon f^ût d*attacher au milieu Fomement dont nous Tenons de parler. — Les bas on chausses étaient de soie, les souliers longs et pointus.

Les hommes étaient habillés comme les femmes > mais leurs robes n'avaient pas autant de longueur; leur chevelure était demi-longue, aucun ne portait de barbe. Sous les armes , ils avaient un casque tout plat en dessus, ce qui caractérise le siècle de Saint -Louis; une tunique maillée , recouvrant quelquefois et les mains et les pieds , commençait au cou, qu^elle protégeait. Le bouclier était orné des armoiries du guerrier; une tunique fendue par devant cachait en partie le vêtement maillé ; tantôt elle avait de courtes manches , tantôt elle était simplement ouverte pour le passage des bras ; quelquefois , ainsi que les cottes de mailles , elle se repliait sur la tète ; car s'il était de mode d'avoir des casques plats , tous les chevaliers étaient loin de se soumettre à Pusage. Jean I.'<^, Jean n, Gérard de Bais et beaucoup d'autres , parmi les plus nobles seigneurs de Bretagne du Xin.« siècle, n'ont jamais porté que des casques arrondis en dessus , on même des casques pointus. — Les chevaux étaient habituellement caparaçonnés d'une étoffe pareille k la tunique des chevaliers qui les montaient. Sur la fin du siècle , les armoiries de i'écn se trouvèrent souvent répétées sur la tunique et sur le caparaçon. Cette mode survint à Fépoque où l'on prit pour habitude de mettre son écusson sur une robe sans manches et même sur la robe d'apparat. Les étriers ne différaient guère de nos étriers actuels ; les éperons beaucoup plus grands , ne dépendaient pas de la chaussure ; Tépée était longue et droite , à poignée en forme de croix.

La science du XlII.^siècle étaitencore tout entière renfermée, comme au Xn.« , dans les études scolastiques qui comprenaient les langues mortes, la dialectique et la théologie ; cette dernière , placée au sommet, embrassait et résumait toutes les autres; mais Nantes ne possédait que des enseignements d'un ordre très-inférieur. L'industrie était bornée; cependant la métallurgie avait fait quelques progrès: il existait deux forges dans le domaine du vicomte de Châteaubriant : elles étaient situées dans ses forêts de Teille et de Juigné. L'agriculture, fav<msée par les spéculations des moines, arrachait chaque jour de nouvelles terres aux forêts et aux landes. Les seigneurs établissaient sur iesrivièresdes barrages, improprement appelés écluses,et des moulins; ils élevaient tous des chevaux de prix. Le testament de Geoffroy de

Châteaiibriant accordait , en 1262 , aux frères du Temple , un cheval de 50 livres , somme sapérienre , pour le temps, à 3,000 francs de notre monnaie. Quant au commerce , jamais il n'avait été plus prospère ; aussi la nécessité de régler tout ce qnï le concernait, imposa-t-elle aux ducs Tobligation d'accepter le consulat des lois de la mer, espèce de code maritime dont Torigine se perd dans la nuit des temps , et qui était en usage depuis plusieurs siècles dans la mer Méditerranée, ) Marseille, Barcelone, Amalfi, et depuis pen dans les mers dn Couchant, sous le nom de lois ou coutumes d'Oléron.

La situation des bourgeois s'améliorait lentement ; cependant lenr sort était beaucoup plus tolérable qoe par le passé , surtout dans les bourgs et à Nantes. Heureusement qu'une innovation qui date en France de 1271 , et qui a passé en quelque sorte inaperçue en Bretagne , devait singulièrement diminuer les privilèges de Taristocratie: nous voulons parler de l'institution des lettres de noblesse, qui ont eu pour résultat de déprécier les titres héréditaires. Une fois lenr usage établi , il était impossible qu'elles ne devinssent pas souvent, et môme le plus souvent, la récompense de vils courtisans, d'intrigants prêts à faire tous les métiers auprès des princes , même celui que les habitudes de notre langue ne nous permettent pas de nommer ; enfin des hommes de loi que le pouvoir avait trouvés souples et dociles à ses volontés. C'était un grand mal , sans doute , que des faveurs accordées aux vices et aux flatteries , mais ce mal seul pouvait hâter la destruction des privilèges , et les fils si nombreux des manants du Xin.« siècle , ne peuvent que s'en applaudir.

QUATOBZIÈKB SIÈCLS.

Ëlàs 1302, l'évêque de Nantes se trouvait à Rome où il souscrivait la bulle unam sanctam que Philippe-le-Bel et Jean II refusèrent d'accepter> la trouvant abusive. — Désireux cependant de terminer ses discussions avec le clergé , Jean II se rendit à Lyon en 1305 , afin d*y parler lui-même au Pape ; mais une vieille muraille de cette ville qoe surchargeait uu grand nombre de spectateurs > s'écroula sur lui et le

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toa. Son testanent léguait aax panvres 1500 paires de souliers , autant de Têtements, et 6000 liTres pour les filles à marier. Cette somme , au prix de 13 sous le setier de froment > deyait yaloir de 276 à 320 mille francs d*aajoiird*haJ«

Arthnr n derint le sncoessear de Jean II. Sons ce prince , les Templiers furent chassés de liantes ; Philippe-le-Bel enroya des commissaires à Plantes pour s*emparer de leurs propriétés , mais les Nantais s'y opposèrent , et le duc confisqua leurs propriétés à son profit.

Depois long-temps la Bretagne était entièrement associée de mœurs et d'usages à la France ; aussi les yilains de la proyince eurent-ils des députés, &i 1309, aux états de Ploêrmel , comme ceux de France en ayaient en en 1302 aux états-généraux; mais la yille de Plantes n*eut pa» » cette fois , Thonneur d*y être représentée.

A cette époque, U était d'usage de ne point trayailler le samedi , après yépres; ceux qui yiolaient cette défense étaient condamnés, dans quelques diocèses , à payer cinq sous à Téglise pour Tentretien du luminaire, on à faire la procession en chemise et en caleçon pendant dnq dimanches consécutifs , ayant au cou Tinstrument dont ils s'étaient senis pour trayailler.

En 1310 , le parlement du duc prit sur lui de modérer les taxes exorbitantes que Téyêqne imposait àses yassaux. Enl3i2 , Arthur mourut et fut remplacé par Jean, dit le Bon, fils aîné de sa première femme . En 1318, Thibaut de Rochefort, yicomte de Donges, appela les Carmes à Plantes : il les logea d'abord dans son hôtel de Rochefort , deyenu depuis la maison des Saintes-Glaires, puis, en 1327, dans le local qu'ils ont occupé depuis jusqu'il leur suppression , et qui se iFouyait situé me des Carmes ; mais une yiolente opposition du curé de Saint -Yincent et de l'évéque fut suiyie d'une excommunication en règle, dont le pape les releya moyennant 6 liyres de rente pour l'éyèque , 500 soiis pour le Chapitre , et un dédommagement pour le curé de Saint-Vincent. — Sept années plus tard , Jean III fonda l'église de Saint-Donatien, et l'éyôque Daniel fonda la collégiale de Notre-Dame. Une ordonnance de ce prélat ayait prescrit, quelques années auparayant, d'entourer de murs les fossés, les puits, et les fontaines ; c'est la première de ce genre que nous ayons à signaler. En 1332, le duc tenait ses assises à Guerande , dans une maison de Téyèqne , et l'éyéque les tenait à Plantes dans une Maison au duc , par l'Intermédiaire d'un juge préyot. Cette maison était située

à rentrée de la rue des Halles , et depuis, elle a seryi long-temps aux assemblées des bourgeois.

Une police de 1336 taxait le froment à 14 sous le setier. Les pécheurs , en yertu de la même ordonnance , ne pouvaient rendre qu'à la cohue; les marchands de rolailles ne pouTaient étaler que sur la place de la Prérôté; les rerendeursne pouraient jr acheter qu*nne fois Theure déprime sonnée à Saint-Pierre ; les bons ouyriers gagnaient 2 sous par jour (ce qui vaudrait aujourd'hui environ cinq francs ). « Et avons ordonné (ajoute cette police) que tous les ouvriers de quelqu'onque ils soient , commenceront leur journée à souleill levant et achèveront à souleill couchant, sans exit. » — Le duc et Tévéque nommèrent , chacun , deux commissaires pour veiller à Texécution de leur règlement ; il leur fut alloué un tiers des amendes des contraventions.

L'évéque Daniel mourut en 1337.« Ce prélat, ditAlbert-de-Morlaix, fut homme docte , de sainte vie et austère ; il fit de grands biens à son église, à laquelle il donna des chapes, chapelles, et ornements pré» deux , les deux images d'argent de Nostre-Dame et de Sainct-Iean , qui sont aux deux costés du crucifix sur la porte du chœur, la grosse cloche nommée le Félix; fonda plusieurs chapellenies « anniversaires, et festes doubles en ladite église , érigea le doyenné de sa cathédrale avec semblables honneurs et prééminence que celui de Tours, Iny assignant une prébende avec les deux parts des gros frnicts de la paroisse de Couairon , fonda deux dignitez en l'église collégiale de Nostre-Dame de Nantes, savoir le chevecier ( qui est le chef) elle chantre , et sept prébendes. G'estoit le père des panures de son diocèse, dontilnourissoit grand nombre. Gist en sa cathédrale, près la chapelle parrochiale de Sainct-Iean-Baptiste , bastie et consacrée par \uy , et sur son tombeau est érigé un sepulchre de marbre noir, autour duquel on a autrefois veu de grandes clartez et lumières. »

Son successeur Barnabe de Rochefort résigna son évôché l'année suivante et fut remplacé par Saladin, docteur en théologie. Cet évèque est le premier qui ait fait une entrée solennelle dans notre ville. Voici quelle était cette cérémonie: A son arrivée, le prélat s'arrétaitàranmdnerié de Saint-Clément, où il passait la nuit. Le lendemain , monté sur un cheval richement orné , dont le baron de Ghâteaubriant tenait la bride» il s'avançait jusqu'à la porte Saint-Pierre: là, il descendait pour se placer dans une chaise, que les barons de Pontchâteau, de Betz, d'Ancenis et de Ghâteaubriant portaient jusqu'au grand autel de la

cathédrale. Après les cérémonies de TégUse , renaît on diner, à la saite duquel le baron d'Ancenis se permit d'enleyer des malles , des assiettes d'étain , tm mortier, et d'antres ustensiles , qn*il fut obligé de rendre ensuite; mais Tusage qu'il arait cherché à introduire prévalut, et les barons prirent Thabitude de se partager le linge , la vaisselle , le vin du dîner, et le dieval du nouveau dignitaire.

Le doc Jean mourut à Caen le 30 avril 1341 , en revenant de la guerre de Flandres, où il avait accompagné Philippe -de -Valois. Aussitôt sa mort connue , Montfort , son frère, se disposa à disputer la couronne ducale à Gharles-de-Blois , qui avait épousé la fille de Guy de Penthièvre, autre frère du duc Jean. Regardant riantes comme la ville la plus importante de la Bretagne, sa première démarche eut pour but de s'en assurer la possession. — Le plus ancien manuscrit de Froissart, de la Bibliothèque du Roi , contient une peinture qui représente la réception que lui firent les bourgeois de Nantes; ils ont tous la tête découverte devant leur prince qui garde sa coifiîore; leurs habits sont ronges, bleus ou verts, et de formes différentes; leurs souliers sont noirs et pointus. Jean de Montfort est sous un dais avec Marguerite de Flandres, sa femme ; il porte un bonnet noir de forme singulière, d'où descend une bande noire qui remonte après sur l'épaule gauche (coiffure souvent usitée au XIY.' siècle) ; son habit gris-brun est court. L'habit de la comtesse est bleu , son chapeau pointu est vert, et laisse pendre jusqu'au-dessous de la ceinture une barbe blanche, suivant la mode du temps, qui a été en usage jusqu'à la fin du XV .< siècle. Cette peinture curieuse méritait d'être conservée ; aussi nons en avons joint le dessin aux: gravures de cet ouvrage.

Jean-de-Montfort ne tarda pas à s'apercevoir que les Nantais étaient plus Français que Bretons , et que les liens de parenté qui unissaient Gharles-de-Blois au roi Philippe, lui étaient très-contraires. Il se hita donc de partir pour Limoges et de s'emparer du trésor du comté qui appartenait à la comtesse Jeanne-de-Penthièvre , sa cousine. De retour à Nantes , il employa sa fortune à se faire des partisans , et parvint bientôt à s'emparer de la majeure partie de la Bretagne. Gharles-de-Blois, impuissant à conserver lui-môme son duché, eut recours au roi de France ; Montfort, de son côté, se mit sons la protection du roi d'Angleterre, qu'il reconnut pour son suzerain. Hais le roi de France s'empressa de le citer à la Gourdes pairs, qui le condamna par défaut. — Bientôt, une armée française ,

commandée par le doc de Nonnandie , entra en Bretagne pour pnnir le comte de Montfort, et vint mettre le siège devant ]\antes, après avoir enlevé les places d'Ancenis , d'Ondon et de Garqnefoa. — La ville , attaquée sur les deux rives , repoussa d'abord avec vigueur les efforts des assiégeants.

Une sortie , qui avait pour but d'enlever un convoi destiné à Tannée française fut très-funeste aux Nantais. Leur entreprise , conduite avec hardiesse , avait réussi , et déjà le convoi s'approchait des murs de la ville , lorsque les Français , prévenus par les fuyards , arrivèrent en masse. Le combat fut long et sanglant ; beaucoup d'ha* bitants succombèrent. Deux cents restèrent aux mains du vainqueur, les autres , plus heureux , purent rentrer à IS'antes. Encouragés par ce succès , les Français serrèrent la ville de pins près , et les Pf antais purent alors , du haut des murs , être témoins chaque jour du pillage et de Tincendie de leurs propriétés. Bientôt un nouveau malheur vint achever de les décourager. Deux cents Bretons se rwicontrèrent près du château du Val-Gamier avec pareil nombre de Français , et engagèrent un combat dans lequel cent soixante-dix des leurs perdirent la vie, les trente autres furent faits prisonniers etconduitsau camp firançais. Le lendemain , leurs têtes lancées dans la ville apprirent aux habitants qu'ils avaient à combattre un ennemi aussi impitojrable que brave , et jetèrent le deuil dans toutes les familles. La démoralisation qui fat la suite de cet événement , donna naissance à des conciliabules. Il y eut des pourparlers , peut-être même deaofres positives de trahison : car le trait distinctif de la bourgeoisie a toujours été de tout sacrifier aux intérêts matériels , d'embrasser une cause chaudement et de l'abandonner au premier échec , lorsqu'elle pouvait mettre se3 propriétés à l'abri. Le comte de MontfMrt , circonspect comme on l'est d'habitude dans upe ville assiégée , et défiant comme un homme malheureux , ne fut pas long-temps à s'apereevoir des dangers de sa position ; il se décida donc à traiter avec le duc de Normandie , et lui remit la ville en dépôt , à condition qu'on la lui rendrait dans l'état où elle se trouvait. Muni d'un sauf-conduit du duc , il se rendit à Paris , oh le roi le fit immédiatement arrêter et mettre en prison dans la tour du Louvre.

Gharles-de-Blois , devenu maître de Nantes , reçut le serment de fidélité des habitants, et leur donna Gui-de-Rochefort pour gouverneur. Au retour du printemps , ce prince recommei^ce la guerre , et s'em-

pare de Rennes après ane vire résistance ; il brftle ensuite Saint- Aabin-da-G(»nnier dont il ne put forcer le chiteau , et se porte snr Hennebon , où la comtesse de Montfort s'efforçait de rallier des partisans à son mari.

La yille fat attaquée arec rigueur, mais elle était défendue par Jeanne-de-Flandres arec on courage et une habileté dignes des plus grands éloges. A son exemple , les femmes oublièrent la faiblesse de lenr sexe , et combattirent raillamment sur les remparts. Charles ayant fait donner Tassaut, la comtesse en profita pour faire une sortie et incendier son camp. Re pourant rentrer à Hennebon , dont elle était séparée par Farmée Gallo-bretonne , elle se retira dans la petite rille d'Auraj , d'où elle rerint triomphante an bout de quelques jours , à la tête de trois cents hommes. Charles laissant à Louis d'Espagne le commandement de son armée , marcha sur Vannes et sur Anray , dont il s*empara. Cependant la rille d'Hennebon , serrée de très-près , commençait à manquer de rirres ; quelques jours encore , et Jeanne capitulait , lorsque la flotte anglaise parut et débarqua des renforts considérables. Le siège d'Hennebon fut leré, Louis d'Espagne se porta sur Gnerande qn'il lirra au pillage, puis il s'embarqua et rint surprendre les enrirons de Quimperlé , où le massacre et l'incendie signalèrent partout son passage; mais Amauri-de-Glisson et l'anglais Maunj s'emparèrent de sa flotte et l'atteignirent à Boscaqnam, où son corps d'armée fut détruit. Charles , qui renait de s'emparer de Garhaix, rerint sur Hennebon et l'assiégea de noureau, mais inutilement; et bientôt il conclut arec Jeanne-de-Flandres une suspension d'armes, dont elle profita pour repasser en Angleterre et presser les secours qui lui étaient promis.

Une flotte de quarante-six raisseaux fut mise par le roi d'Angleterre à la disposition de la comtesse de Montfort. Louis d'Espagne , qui en aralt 36 sous ses ordres, l'attaqua à la hauteur de Onemesey. Le combat fut terrible: mais une tempête sépara les deux flottes , et Jeanne fut assez heureuse pour aborder près de Vannes , tandis que son adrersaire était poussé sur les côtes de Biscaye ; elle profita de l'éloignement de la flotte bretonne pour s'emparer de Vannes ; mais cette rille fut bientôt reprise par une armée que commandait Robertde-Beaumanoir. Le roi d'Angleterre , furieux de cet échec , passa luimême la mer arec une armée considérable. Il attaqua successirement, et sans snccès, Rennes, Vannes et Nantes. Dans le siège de cette

dernière yille, il brûla plusieurs des campagnes envirouDantes , dans le but de provoquer une sortie ; mais les habitants restèrent sur la défensive, et il fut contraint de lever le siège sans avoir obtenu aucun résultat; il marcha ensuite sur Guingamp , dont il parvint à s'emparer et qu'il livra au pillage. — Cependant Louis d'Espagne tenait toujours la mer^ sa flotte avait même dispersé la flotte anglaise : une armée française marchait an secours des Bretons , et le roi d'Angleterre se vit contraint de se retirer auprès de Vannes et de s'y fortifier; peutêtre son armée eût-elle été anéantie sans l'intercession de deux cardinaux qui parvinrent à obtenir des parties belligérantes une trêve de trois ans.

Charles-de-Blois, pendant qu'il était à Nantes , s'occupa d'améliorer le sort des habitants; une ordonnance de ce prince sup^ma les droits de péage qui se percevaient sur chaque muid de marchandise entrant en ville ou passant les ponts; le renouvellement des hostilités vint l'arracher à ses utiles et pacifiques travaux. Olivier» de-Clisson, fait prisonnier au siège de Vannes, s'était engagé vis-à-vis du roi d'Angleterre à servir le parti de Montfort , tout en feignant d'agir pour le compte de Charles-de-Blois. Le roi de France en ayant été instruit, lui fit trancher la tête, son corps fut pendu à Montfaucouy et sa tête apportée à Nantes pour être exposée au bout d'une pique à l'une des portes de la cité. — Une punition semblable annonçait la rupture de la trêve , et Charles agit prudemment eu devançant ses ennemis. Pendant que la veuve de Clisson rejoignait la comtesse de Montfort avec quatre cents hommes d'armes et son fils encore enfant, ce prince emportait d'assaut la ville de Quimper, où ses soldats furieux massacrèrent quinze cents personnes. Un nouvel incident vint alors compliquer la lutte; le comte de Montfort s'étant échappé de sa prison se sauva en Angleterre et débarqua ensuite en Bretagne avec quelques troupes , mais il fut forcé de lever le siège de Quimper qu'il avait attaqué ; resserré lui-même à son tour dans on château , il ne parvint à s'échapper qu'en traversant le camp de ses ennemis. Arrivé à Hennebon, les fatigues et le chagrin le conduisirent au tombeau.

La fortune semblait favoriser Charles-de-Blois ; son compétiteur venait de mourir, ses partisans ne possédaient plus que quelques places fortes , lorsque lui-même , à son tour , il éprouva un échec devant la Roche-Derrien et fut fait prisonnier. Cet événement rendit le

XIY.« SIÈCLE. il 3

coonge à Jeanne-de-Penthièrre. Cependant la guerre de Bretagne bA en qaelqae sorte suspendue pendant plusieurs années : d'une part, le peuple était lassé ; de Fantre , la guerre directe que se faisaient les rois de France et d^Angleterre ne leur permettait pas d'envoyer des troupes en Bretagne. Ce fut pendant ces années de demi-repos que fat livré le combat des Trente dans la lande de Mi-Voie entre Josselin et Ploërmel , et que le château de Nantes, surpris un Mardi- Gras par un parti d'Anglais , fut repris immédiatement par 6uy-de- Bochefort, sans qu'un seul pût s'échapper.

Quelques fondations eurent lieu à Nantes dans les mêmes années. En 1350 , Jeanne-la-Petite, épouse de Gharles-de-Blois, fonda l'hôpital de Saint-Julien qui était situé en face de la collégiale. L'année sniyante, l'éTéque Olirier excommunia, par l'un de ses statuts, les sorciers qui étaient , disait-il , en grand nombre à Pfantes et dans le diocèse. En 1352 , Charles , qui était Tenu en Bretagne chercher l'argent de sa rançon, érigea en collégiale la chapelle de Saint-Donatien et y établit six chanoines; il y ayait alors près de la collégiale de Notre-Dame, une société dite des Ardents ; elle se composait de huit mendiants rivant ensemble; quand il en mourait un, les sept autres lui choisissaient un successeur. On doit encore rapporter à Tannée 1352 , la reconstruction de l'église Saint -Laurent, que Charles-de-Blois fit rétablir , et la nomination de Bobert-Paynel au siège de Nantes , que la mort d'Olivier-Saladin avait laissé vacant.

Les petits états gravitent autour des grands royaumes et subissent leconlre-coup des événements qui s'y passent : la bataille de Poitiers , si funeste à la France, renouvela la guerre en Bretagne. Le duc de Lancastre vint assiéger Rennes, mais la valeur et l'habileté de Duguesclin parvinrent à conserver cette ville à Charles-de-Blois. Les années suivantes, la guerre civile continua ; en 1360, les rois de France et d'Angleterre obtinrent une trêve après d*inutiles tentatives d'accommodement. Le jeune comte de Montfort en profita pour organiser son parti , Charles-de-Blois pour adresser au ciel de ferventes prières , entendre chaque jour plusieurs messes et fonder l'aumônerie de Toussaint , dont l'église se voit encore aujourd'hui sur les ponts. Après de nouvelles hostilités et une nouvelle trêve connue sous le nom de TredUdei Landes^ la guerre recommença. Les deux compétiteurs se rencontrèrent sous les murs d'Auray ; Gharles-de-Blois refusa tout

114 Xiy.« SIÈCLE.

arrangement, livra bataille et perdît la rie (1). Tontes les Tilles ouvrirent alors leurs portes an vainqueur , et Jeanne-de-Penthièvre se trouva dans la nécessité de renoncer au duché. Le traité de Guerande du 12 avril 1365 lui accorda le comté de Penthièvre et la vicomte de

(1) Albert-de-Morlaix , si looangear pour les seigoenrs qoi ont aeeordé des faveurs an clergé , expose looguemeot dans son livre tontes les vertos de Cbarles-de-BIois , prioce plas dévot que religieux , plus brave qn'inteiUgeot , dont il éoumère ensuite pompeusement les riches présents aux diverses églises de Bretagne. Le passage de son livre que nous repruduisons , n*a point ponr bot de signaler les donations de ce prince comme un exemple à suivre; mais noos avons cru qb*il convenait de ne point omettre nne citation propre à noos faire pénétrer dans les croyances , les mœurs et les usages du XIY.« siècle, surtout lorsqu'elle nous fournit encore quelques détails sortes arts consacrés au service do luxe.

u Les églises de Saînl*Laurés et des Carmes de Nantes , ayant esté ruinées » par les guerres , il donna do bois en ses forests pour les rebastir. Il fonda » l'aumnosnerie de Toussaints, sur les ponts dndit fiantes, et donna des grands » prinileges au couvent des Frères Prédicateurs de la mesme ville. Il donna Il aux mesmcs religieux du couvent de Morlaix , diocèse de Treguer , toot » autant de bois qu'il leur en fallut ponr rebastir leurs dortoërs, et donna M anxmesmes religieux du couvent de Guengamp, andit diocèse , vn encensoir n d'argent , plusieurs beaux ornements , des châsses et reliques des Saints ; fit n refaire les chaires et garnitures du chœur , décora leur église de tableaux et M images de plusieurs Saints de Bretagne, issus du sang des rojs. ducs et comtes »» anciens dndit pays, et de celle des Saints principaux de Tordre de Saint-Domi- » nique , an pied desquels il fit apposer la sienne , à genoux auec les armes de » Bretagne. Il fit bastir en Téglise des Corde tiers de la mesme ville , vn autel » en l'honneur de Saint-LuuTS de Marseille (de la famille duquel il anoit Tbon* >i neurd*estre exctraict); fit peindre toute TégUse, faire le jubé, les chaires n dn chœur et le pavé jusqu*an grand autel , leur dôna plusieurs ornements do » soye , de velours et de drap d'or , des chandeliers d*argent , deux croix d*ar- » gent enrichies de pierreries, vn epistoUire et enangelistaire ornez de pierres » précieuses, toutes lesquelles choses luy consterét jusqu^à 8,500 florins d*or. »> Il fonda Thospital dodit Guengamp pour Tentretien des pauvres de la ville et » faux-bourgs, et établit certaines foires en icelle , dont les profits et revenus » forent députes à leur vsage. Il fit réparer les églises de Saint-Michel et » Saint-Léonard, près la mesme ville, et donna à Téglise parrochiale de Notre- » Dame de Goengamp, des omemens d*autel et beaux paremens , et nne grade » croix d'argent pleine de reliques de Saints. Il augmenta les revenus de l'église

XIT.' SIÈCLE. 115

limoges, tandis que Montfort monta fiur le trône sous le nom de Jean IV. Le roi de France, loin de s'opposer à son élëTation, lai proposa de le reconnaître , s'il voolait Ini rendre hommage. Cette politîqae adroite ayait pour but de ne point séparer complètement le nouveau dnc des intMts de la France. Montfort , après aroir con- Sfllté le roi d'Angleterre, accepta cette proposition. A son retour à Nantes, il fitpublier la paix dansses états, battre monnaie en son nom et réunir les États-Généraux , qui lui accordèrent un impôt d'un écu par feu et des droits d'entrée dans tous les ports.

L'année suivante, Famirai Bouchard fit construire le château de Pirmil par ordre du duc. C'était une forteresse destinée k protéger l'entrée des ponts, et à servir, au besoin, de refuge, si la ville venait h se soulever. Comme tontes les fortifications des grandes cités , elle arait un double but; et, si l'on songe qu'à cette époque les Anglais oecnpaient le Poitou , l'on restera convaincu , surtout après en avoir examiné les ruines , que Jean lY avait plutôt ordonné son érection dans la prévision de quelque soulèvement populaire qui eût pu le con^ duire à réclamer le secours de ses alliés, que dans la crainte d'une invasion.

» de Notre-Dame de Lamballe , fonda voe chapelle en rhoDoeor de Saioteu Calherioe, ea la ville de Dinao, et fit de grades réparations aux conTOots N des Frères Prédicateurs et mineurs de la mesme ?ille. Il embellit Téglise M cathédrale de Bennes de diaerses peintures et images ; fil faire deux grandes n titres à costé gauche de la croisée , et dôna des chappes de velours rouge , » semées d'oiseaox d'argent en broderies , d'antres de velours blanc aux armes >• de Bretagne , deux draps d'or pour parer le grand antel anx festes solem- » nelles , des reliques de plosienrs àîaints en vn vase d'argent , lesquelles il N porta loy mesme nnds pieds l'espace d>ne lien? , et grande quantité d'antres Il omemens précîeox. 11 fonda deux chappelenies en la mesme église en » l'honnenr de Saint-Salomon et Saint-Indicaël , confesseurs , jadis roys de » Bretagne Armoriqne ; des Saints-Frères Martyrs nantois , Bonatian et Bon gatian, et de Saint-Yves , dont il porta des reliques (qui Inj anoieot esté donn nées par Tévesque et le chapitre de Tréguer) , depuis le quartier de la ville n de Bennes appelé la Cité , jusqu'au monastère de Saint-Georges , qui est à » l'autre extrémité de la ville , allant nuds pieds tout le chemin , et puis sor- » tant de la porte Saint-Georges , porta de mesme façon vne autre portion de Il mesmes reliqdes en l'abbaye de Saint-Melaine , et envoya vue autre portion >» au Mont de Saint-Michel, anec des riches présens et offrandes, o

116 Xiy.« SIÈGLB.

A cette époqae, Ton procédait avec une extrôioe rigueur contre les faux-monoyeiirs; ils étaient condamnés à être bauiltit en eau chaude jusqu'à la mort endurée, et leurs biens étaient confisqués.

En 1369 y Jean lY , recpiis par le roi d'Angleterre de liyrer passage à ses troopes qui se rendaient dans le Poitou , s'empressa d'accorder ce service à Tennemi du roi de France, son suzerain. Cependant, dans la crainte de se brouiller avec ce dernier, il lui envoya un ambassadeur pour s'excuser auprès de lui; mais lorsque Charles vint à connaître la vérité tout entière , il s'exprima vivement sur le compte de Jean lY. Ses paroles, rapportées à la noblesse de Bretagne , l'encouragèrent à témoigner an duc combien elle était mécontente de sa partialité en faveur des Anglais. Chiertyre, lui dirent en face les seigneurs de Laval et de Rohan , tUôt que nom pourrons appercevoir que vous ferez partie pour ie roi d'Angleterre , nous vous reUn-. guerons et mettrons hors de Bretaigne, Mais ces menaces ne firent que hâter la conclusion d'un traité entre le roi Edouard et Jean lY. Indignés de cette coBd«ite , les seigneurs Bretons la notifièrent au roi de France et se retirèrent dans leurs châteaux. Duguesclin venait de chasser les Anglais du Poitou, après les avoir battus en Normandie; le roi voulant punir Jean lY , le chargea de pénétrer en Bretagne. Le duc voulut résister , mais la partie n'était pas égale , et Ni fut bientôt obligé d'entrer en accommodement. Peu fidèle â la foi jurée , Jean lY ratifia de nouveau son ancien traité avec le roi d'Angleterre, et lui livra plusieurs places fortes , au grand déplaisir du peuple. D'accord avec les mécontents qui, chaque jour assassinaient les Anglais , lorsqu'ils avaient le malheur de s'écarter, le roi de France fit entrer une seconde fois son armée en Bretagne. Le duc , abandonné par les Bretons, envoya sa femme à Auray et se retira en Angleterre ; cependant , Brest , Auray , Derval et Nantes , lui gardèrent la foi promise, et les Nantais, en ouvrant leurs portes à Bertrand Duguesclin , stipulèrent que si le duc donnait satisfaction au roi de France , ils continueraient â lui obéir , sans que le roi pût les molester en aucune façon pour ce motif ; ils exigèrent aussi que les revenus du comté n'entreraient pas dans les coffres du roi et resteraient en dépôt dans leurs mains. Le connétable , homme loyal , accepta ces conditions , et fit son entrée dans la ville , dont il donna le gouvernement à Amauri-de-Clisson , cousin d'Olivier.

Ces conditions ne plurent point au roi , qui fit sonder Glisson

dans le bat de s'emparer de Nantes. Le goayemenr allait lirrer la ville aax Français , lorsque les représentations des habitants lui firent abandonner son dessein ; mais le roi de France désirait trop le duché de Bretagne pour ne pas tenter de noayeao de s'en emparer. Un arrêt do parlement condamna le dnc et confisqua la proyince an profit du roi; la comtesse de Penthièyre protesta ; mais le roi de France fit marcher une armée pour mettre à eiécntion Tarrét dn parlement de Paris. Aussitôt , la nationalité Bretonne blessée dans son orgueil , se rëyeille plus puissante que jamais, et la noblesse rappelle d'Angleterre le duc qu'elle ayait chassé; celui-ci s'empresse d'arriyer ayec une armée anglaise et se présente deyant la yille de Nantes, qui remplit, dans cette circonstance, un rOle remarquable; d'un côté, elle tenait pour le duc contre le roi de France; de l'antre, elle soutenait un siège contre l'armée anglaise. Fidèle au duc, elle exprimait sa haine pour les Anglais , en leur refusant ses portes. Un second siège, tenté par le dnc lui-même, n'ébranla point ia résolution ; aussi ce prince jugea-t-il convenable d'entrer en accommodement avec le nouveau roi de France > et d'accepter les conditions que ses sujets lui imposaient. Il j eut même à cette occasion un traité que signèrent les nobles ^ les ecclésiastiques et les bourgeois , ce qui prouve que ces derniers jouissaient de certains droits politiques , soit en yertu de titres authentiques, soit par suite de coutumes ayant force de loi; nous deyons conclure aussi de ce fait, que sans avoir de municipalité, les bourgeois formaient en quelque sorte une personne collective , ayant pouvoir de se faire représenter par quelqu'un de son choix.

En 1383 , Jean II, dit de Montrelais , fot appelé de Vannes au siège de Nantes ; son entrée solennelle eut lieu au mois d'avril. Le duc qui se trouyait alors dans sa capitale et qui , en sa qualité de baron de Raiz , deyait aider à porter l'éyéque dans son fauteuil depuis l'hôpital de Notre -DaoM, remplit lui-même les fonctions que sa charge lui imposait ; mais il dina ensuite avec l'éyêque, et enleva tout le linge de sa table: c'était son droit comme baron de Rais; il eut aussi le cheval de Tévêque par représentation du baron de Ghiteaubriant, dont la terre en rachat se trouvait à sa disposition. L'acte de cette entrée ne nous apprend point quels étaient les droits dn premier et du troisième baron, les sires de Pontohâteau etd'Ancenis; on croit, du reste, ajoute Trayers, que cette dispendieuse cérémonie

ne coûtait rien à réréque. Une taxe snr les hommes et snr le clergé , en raison ds ion joyeux avènement , le remboanait amplement de ses frais et môme du prix de ses balles, quand il les prenait à Borne. Les titres des Penthièvre et quelques autres documents , nous apprennent quels étaient , à cette époque , les prix de dirers articles. JXous les donnons ici, et nous établissons en regard leurs prix en monnaie actuelle , ainsi que les prix actuels de ces mêmes substances.

AïKÎenoe Valeur

Yalenr

valeur. eorrespoodante.

actnelle.

Cuivre, la lirre. . .

3 sous 4 deniers 7 fr. 23

2fr. »

Beurre, id

Huile d'olive , id. .

Chandelle, id. , . .

Pipe de vin d'Anjou.

Froment, le setier.

Seigle, ' id. . . .

Avoine, id. . , .

Le duc /ean lY ayant perdu sa seconde femme en 1384 , épousa, deux années après , Jeanne-de-]Navarre : son mariage fut célébré à Saille , près de Guerande ; la dépense de cette cérémonie monta à 3396 livres.

Il j avait, à cette époque, peine d'excommunication et amende d'une demi-livre de cire , contre tout chef de famille qui négligeait d'envoyer les dimanches et fêtes , à la messe principale , une personne de sa maison. Les mariages ne se célébraient point dans les chapelles , mais à la paroisse et après le soleil levé ; les femmes ne pouvaient non plus, se faire relever de couches qu'à l'église paroissiale; on ne disait point de messe le dimanche avant la grande: nul étranger n'y était admis, k moins qu'il ne fût voyageur. Il était défendu aux curés , sous peine d'une amende de 40 livres , de s'absenter plus d'un jour de leurs paroisses ; les mêmes ordonnances défendaient aux clercs mariés ou non mariés , d'adopter les parures laïques, le port-d'armes offensives et les emplois séculiers, d'aller seuls dans les mes après le couvre -feu (igni-tegium) sonné à la cathédrale.

Des démêlés survenus entre Jean lY et le connétable de Clisson, firent mander le duc de Bretagne à la cour de France ; il y parut

deax fois ; la première > accomipagné de 12Û0 geatilshommea et de six grands bateaux armés en guerre; la seconde, avec une suite de 1500 personnes et cinq galères ; tout cet appareil ne fut pas sans influence sur la cour de France. Faible seigneur, il eût subi la flétrissure que méritait son crime; car il avait tenté de faire assassiner le connétable ; riche et puissant, il gagna sa cause, et ne revint à Nantes qu^après avoir conclu le mariage de son fils , héritier du duché de Bretagne , avec la fille ainée du roi de France.

En 1395, le duc autorisa la ville de Nantes à établir un on deux procureurs pour vaquer aux affaires communes de la ville. Si Ton songe combien les gouvernants se sont toujours montrés peu disposés à accorder de nouveaux privilèges au peuple , Ton reste convaincu que Jean-de-Montfort ne fit que régulariser , par une ordonnance , une liberté qui existait déjà depuis long-temps , comme les faits que nous avons cités plus haut semblent le prouver.

Jean lY mourut en 1399 presque subitement, et fut enterré le lendemain de son décès dans le chœur de la cathédrale ; un prêtre du diocèse et le prieur de Josselin furent soupçonnés de l'avoir empoisonné : on les mit en prison ; le prêtre j mourut , et le prieur fut élargi faute de preuves, à la prière de quelques familles puissantes qui avaient peut-être à redouter ses révélations.

An Xin.« siècle, les ducs de Bretagne avaient enlevé à leurs grands vassaux le bail des nobles , dans le but évident d^affaibllr leur puissance; au XIY.', ils s'emparèrent du droit de garder les villes pendant Tannée du rachat , et tentèrent , par tous les moyens en leur pouvoir, de ramener l'oligarchie du pays à une simple monarchie féodale ; mais les grands vassaux résistèrent et soutinrent fortement Clisson dans sa révolte contre le duc , ce qui prouve qu'il représentait un principe. La France , aussi elle , intervint dans cette lutte , moins par affection pour Clisson que dans le but de diminuer le pou^ voir , et , par suite , l'indépendance du chef de la nation bretonne.

Les guerres continuelles qui désolèrent le duché ne permirent pas an Xiy.< siècle nn aussi grand nombre de fondations pieuses que dans les précédents. La - plupart de celles qui eurent lien se firent an comté Nantais sous l'influence des idées qui dominaient Gharlesde-Blois ; parmi les autres , nous ne pouvons guère citer que le prieuré de Saint-Georges , les trinitaires de Rieux , la trinité de Sarzeau , rhdpital de Landemeau.

120 Xiy.« SIÈCLE.

Les documente nous manquent pour parler de Tétat des arts an XrV.« siècle. La Bretagne possède , il est vrai , à Ploermel , les tombeaux de Jean n et Jean III qui appartiennent à cette époque , et dont la sculpture a du mérite ; mais notre Tille n*a rien de ce temps qui soit di>,ne de fixer Tattention.

La gravure qui représente rentrée à Nantes de Montfort , nous donne quelques costumes du XIY.e siècle ; d*autres dessins » conser- Yés par Montiiaucon , nous prouvent qu'an commencement du siècle, Ton portait fréquemment en Bretagne des habits armoriés. Une figure en pied , du même auteor , dont il n'indique pas r<}rigine , représente Gharles-de-Bloâs couvert de ses armes , tenant un livre dans la main gauche , probablement un livre de messe , et une épée dans la droite ; sa tête est découverte , sa figure a de la barbe , contre Tusage du temps ; il a sur sa cuirasse des herminns comme duc de Bretagne ; son habit militaire tel qu'il le porte , avec des brassards , des cuissards , des grèves et des genouillères , pourrait avoir commencé a être en usage du temps du roi Jean et de Charles Y.

L'industrie agricole était , au XIY •« siècle , la seule qui occupât la masse des Bretons ; Nantes seulement , parmi tous les ports du duché y faisaU un commerce un peu considérable , qui consistait en blés, vins, vinaigres, sels et lamproies. Les relations de la place étaient intérieures et extérieures : par la Loire , notre port approvisionnait tout le littoral de son fleuve , tandis que ses marins entretenaient des reports suivis avec Bordeaux , la Rochelle , TEspagne , TAngleterre et les peuples du Nord. Parmi les navires qui remontaient alors jusqu'à Nantes, on ne vojaitpas encore de trois-mâts, ni même de vusseaux dont le gréement fût compliqué; mais beaucoup de barques ajrant une cabane à chaque extrémité , beaucoup de bar<pws pontées de forme simple , et des navires d'un plus fort tonnage destiné» à ce que nous af pelons aujourd'hui le grand cabotage. Ceux-ci avaient-ils pour toute voilure un tapecul , un taillevent surmonté d'une voile de hunier , une misaine et un phoque , ou même une simple voile latine ; c'est ce que nous n'oserons pas décider. Du reste, chez nous , comme dans les antres villes commerçantes , l'usage avait eottsacié la cootane de rendre les étrangers solidaires des dettes de leurs compatriotes , et le droit de représailles pour les pirateries; mais rien ne rappelle l'audace et le génie aventureux des marins nantais.

LMntrodactinn de la boussole , de la pondre à canon , du papier de chiffons, décoayertes anciennes que leXIV.« siècle s'appropria, dut nécessairement modifier beaucoup les habitudes du temps et produire on ébranlement social. L'emploi populaire de la boussole entraînait , comme conséquence nécessaire , de grands progrès dans la nayigation , et , par suite , dans le commerce arec les nations étrangères.

L'usage de la pondre à canon , si maudite des hommes-d'armes , eût pour effet de détruire peu à peu la chevalerie attaquée déjà dans ses toomols par l'archevêque de Tours. Adieu donc, noble école d'honneur et de discipline morale ! Adien , source trop vantée de courtoisie et d'humanité ! La tactique militaire va changer , le courage individuel va perdre de son prix , la force physique ne sera plus qu'un faible élément de snccès , la guerre va devenir plus savante et se lier davantage aux progrès de l'esprit humain , les armées deviendront aussi plus coûteuse, et la richesse, fruit du travail et de l'économie laborieuse, assurera de jour en jour une plus grande prépondérance aux pays civilisés. Le papier de chiffons , de son côté , cette importante découverte à laquelle on n'a pas pris garde , va bientôt multiplier les livres et donner naissance à l'imprimerie; mais comment dire l'introduction , dans notre cité , de la pondre et surtout de la boussole et du papier? Aussi peu intelligents sous ce rapport que les autres princes, nos ducs n'ont pas consacré la mémoire de ce bienfait , quoiqu'ils aient tenu registre de tous leurs actes , si peu importants qu'ils fussent. Cependant la puissance sacerdotale , loin d'être brisée, n'est pas même affaiblie; l'humanité a beau protester par les ravages des pastoureaux et par la jacquerie contre les misères du peuple, il faut encore qu'elle emprunte les habits de l'époque et se fasse dévote pour arriver à l'affiranchissement des classes laborieuses. Aussi , chaque jour , elle exprime son amour pour l'étude et sa sympathie pour les souffrances , par des fondations de monastères, d'aumôneries , d'institutions pieuses , en même temps qu'elle empfoie le pouvoir de la prédication et de la confession à moraliser les diverses classes de la société. Mais cette civilisation encore faible, dont nous allons suivre les premiers pas , va succomber , en quelque sorte , à chaque instant , sous les fautes du passé. La guerre ayant été la seule pensée des siècles précédents , les chefs n'avaient eu aucune prévision d'avenir. Maintenant > qu'une plus grande stabilité va donner du développement au commerce et à l'industrie , la popn-

lation , qui ne sera plus émoudée aussi fréquemment par le for , sera excitée à pulluler , à se presser dans des Tilles aux rues sales , tortueuses, privées d'air ainsi que de lumière; de là^ des causes nombreuses d'insalubrité y jointes à un excès de la production en hommes sur la production alimentaire ; de U , des famines et des maladies pestilentielles qui se succéderont, mais en décroissant. Chaque jour aussi nous verrons le Tiers-Etat gagner du terrain et marcher de conquête en conquête à l'affranchissement de la bonr* gèoisie qui, elle-même , à son tour, devenue classe privilégiée , oubliera peut-être , comme le clergé du moyen-ftge , la coopération du peuple à sa puissance > pour constituer une noblesse d'écus plus fière encore que la noblesse d'aïeux, et préparer, soit pacifiquement par son intelligence , soit révolutionnairement par ses fautes , Tcntier affranchissement du peuple et l'association des travailleurs.

QUINZIÈME SIÈCLB«

^pRÈs la mort de Jean lY , la duchesse de Bretagne s'empressa de faire un traité avec Jean , comte de Penlhièvre , fils de Charles-de- Blois , et Olivier-de-Glisson , connétable de France , dans le but d'éviter les troubles que la minorité de son fils eût pu faire naître. — L'année suivante , elle fit couronner , à Rennes , le jeune prince. C'était en 1401 , année tristement célèbre dans nos annales; car elle rap-' pelle le souvenir d'une épidémie qui commença en avril pour ne finir qu'à la Toussaint , et d'un coup de vent qui , le 3 juillet , peu après le lever du soleil, démantela les murs de ville ^ renversa les grosses charpentes qui les fortifiaient , plusieurs gros arbres du cimetière de Saint-Pierre , et la plupart des cheminées.

En 1402, la duchesse épousa, par procureur, le roi d'Angleterre^ et confia la tutelle de son fils à Philippe-de-Bourgogne, au grand déplaisir des barons. Avant de partir pour l'Angleterre , elle accorda aux bourgeois de Nantes le privilège de percevoir , pendant toute sa vie , deux sous par muid de sel , de blé et d'autres marchandises passant sous les ponts , et les autres impôts destinés à leur réparation, tels que le produit de la pêche du dimanche.

La BreUgoe^ et principalement le comté de Nantes, furent affligé», en 1404, d*une grande mortalité; mais, au dire de Tabbé Le Baud^ « le jour de la translation de Saint-Martin, qui est le quart » du jour du mois de juillets s'assembla le clergé de Nantes qui fit » une procession moult solemnelle et dévote ; car clercs et laïcs » étaient tous nuds-pieds et confés, et portaient les reliques des » Saints par toutes les églises de la cité« après laquelle procession » cessa le mal sur terre et au pays. »

La duchesse , en montant sur le trône d'Angleterre , n'avait pas oublié ce qu'elle devait à son ancien époux ; aussi vit-on arriver à Nantes, en 1405, des ouvriers anglais qui venaient y construire le tombeau de Jean lY, surnommé le Conquérant, dont ils apportaient avec eux toutes les pièces. Ce tombeau « ouvert depuis en 1733, et détruit entièrement en 1793 > était en albâtre, ainsi qu'un grand nombre des sculptures de cette époque ; pendant long-temps il servit de support aux livres de chœurs ; leurs couvercles de bois , armés de fermoirs de cuivre à p'os clous , usèrent la statue et surfont la figure du duc , dont il ne restait plus que la moustache en 1707. — Cependant Ton doit vivement regretter la suppression entière de ce monument.

Ce fut encore en 1405 que Jeanne-de-France , épouse du duc , fit son entrée solennelle à Nantes; un incendie signala l'arrivée de cette princesse.

Un autre incendie , qui eut lieu quelques mois après , détruisit une partie du toit de la cathédrale. « L'on cuida, dit Le Baud« que » l'église de Saint-Pierre fut arse et le feu print à la poumette du » clochier^ et fût le jour de Saint-Clair, et furent plusieurs à la . » poumette et un couvreur alla le premier et fut brûlé , sçavoir est » Jean Lucas. » Ce fut aussi dans cette même année que l'évoque Henry-le-Barbtt fit hommage au duc du temporel de l'évéché , après avoir pris conseil du chapitre.

Le synode de 1405 , assemblée que Ton appelait alors le Senne , poblia ses statuts en langue vulgaire. L'un d'eux déclarait sa juridiction supérieure à celle de Tévéque qui ne protesta points ce qui prouve que c'était à bon droit; un autre défendait, sous peine de cent sous d'amende et d*excommunication, déjouer et de danser dans les églises et les cimetières.

En 1406 , nouveau synode qui prescrit aux curés de tenir des

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registres de baptêmes , et de les soumettre à la visite de rôvéqQe ou de ses commissaires. Cette importante amélioration fat-elle exécutée ? Nous ne pouvons l'afllrmer , les registres de cette époque n^existant plus. Ce fut cette même année que le duc établit à Guerande les Frères prêcheurs , moyennant une indemnité de 4000 livres au chapitre du lieu.

Depuis long-temps les ducs de Bretagne reconnaissaient que la ville de Nantes avait une très-grande influence sur le comté Nantais et le reste du duché; aussi regardaient-ils comme avantageux à leurs intérêts de se faire aimer de ses habitants. Ce fut dans cette opinion que Jean Y concéda, en 1407, aux bourgeois de Nantes, une exemption de fouages pour tous ceux qui habitaient Tenceinte des raurs> privilège que ses successeurs étendirent aux habitants des faubourgs ; un jaugeur juré , afin que les pièces de vin eussent toutes la même contenance , et une foire firanche de 15 jours. — Les bannies d*appropriement se faisaient alors aux Changes , et la chapelle du château était consacrée aux grandes cérémonies religieuses qui concernaient le duc ou ses parents.

Jamais époque ne fut plus féconde en améliorations et en créa* tions de toute espèce que celle qui nous occupe ; aussi aurons-nous à enregistrer, à c6té des événements survenus dans notre viUe> de nombreuses innovations, consécration des libertés acquises, on germe des firanchises qui naîtront dans les siècles suivants.

En 1410, 6illes-de-Biest reçut ordre de choisir, parmi les habitants , un nombre suffisant d*hommes pour garder les portes de la ville et de les salarier convenablement. Ce fait remarquable est la pre^ mière trace que nous trouvions dans VEUtaire de Bretagne de Tor^ ganisation d'une sorte de garde bourgeoise. La même année, un des évêques les plus respectables que notre ville ait possédés , Henrjle-Barbu , défendit , lors des nenvaines , de passer la nuit dans les églises. Il était difficile de tolérer plus long-temps une habitude qui permettait à des personnes de différent sexe de passer ensemble neuf nuits au sein d'une obscurité presque complète , sous le pieux prétexte de solliciter la divinité par de ferventes prières. La sage mesure du prélat coupa court aux actes de libertinage qni se commettaient sous le manteau de la religion dans les lieux consacrés an culte.

Le couvent des Jacobins , alors asses récent , fut brûlé vers cette époque.

}LV.« SIÈCLB. 125

» Le dixième ioor d'amril , sur les dix heures du soir , le feu prit au connent des frères prédietteurs de Nantes , de telle Tehemence , qa*en moins de quatre heures , Téglisey la sacristie, les dortoirs, et la plupart des édifices furent réduits en cendre , auec perte des ornements de la sacristie , et ustensiles , tant de l'église que du connent; entr'autres pertes la tombe de cniure od gisoit feu R. P. en Dieu frère Simon de Langres , jadis général de Tordre , et éuesque de Nantes , fut fondue. Le duc lean fit réparer les murs de l'église , et l'emboisement^ lambris et vitraux; Messieurs de la ville firent rebastir les dortoirs , et les chaires et garnitures du chœur ; et les seigneurs de la maison du duc firent faire le clocher et donnèrent les cloches; de sorte que Tan mil quatre cens treize, le dix-neufième lôur d'octobre > ce prélat dédia Téglise en grande solennité. » (Albertde-Morlaix.)

En 141 1 , Jean Y , qui avait vu par lui-même en France combien il importait aux princes de s'attacher le peuple , s'ils voulaient résister à roligarchie des grands vassaux, confirma, par lettres-patentes du 21 février , le privilège accordé par son père aux bourgeois , de nommer un ou deux procureurs chargés de veiller aux affaires communes , avec droit de police sur le paiii ; il les autorisa aussi à faire établir sur le Port-Maillard une horloge publique destinée à la ville et au château. C'est la première dont il soit question dans nos annales.

En 1412, Gilles-de-Bretagne, frère du duc, fut enterré au chœur delà cathédrale , dans le tombeau de Jean lY. Ce fut cette année que les paroissiens de Sainte-Croix obtinrent du duc, moyennant quelques sons de rente , un terrain touchant à leur église , dont ils ont fait un dmetière qui eristait encore dans le siècle dernier. D'après Travers , il y avait alors an prieuré de la Madeleine un collège de chanoines réguliers dont le chantre dirigeait une école de musique, et le scolastique une école de grammaire pour la jeunesse. Le même auteur rapporte quMl existait à Nantes, à cette époque, sept hôpitaux: celui de N.-D. , hors des murs ; celui de Saint-Lazarre , sur les Hauts- Pavés; celui de Toussaint^ sur les Ponts; celui de N.-D. -de-Pitié, me du Port-Maillard; celui de Saint- Julien , près la collégiale ; celui de Saint- Jean, près les Cordéliers; enfin celui de Sainte-Catherine , au-delà de TErdre. Ceux de Saint-Jean et de Sainte-Catherine ont fdHrmé , jusqu'en 89, une commanderie de Malte ; celui de Saint-Julien s'est éteint , et notre Hôtel-Dieu actuel a absorbé les autres.

Nous remarquerons qn^à cette époque de paix et de prospérité , le denier 20 était le taux lé^al de l'intérêt , ettpieles particuliers ne pouvaient cependant placer leur argent qu'au denier 12.

L'on fait remonter à 1412 la fondation de la Psallettc instituée dans le principe pour deux maîtres et six enfants de chœur. Une grande mortalité signala celte année ; la suivante nous rappelle un débordement de la Loire , dans lequel le fleuve s'éleva de 24 pieds au-dessus des basses eaux : Vertais , Rîchebourg , la Fosse , et tous les lieux bas de l'ancienne ville furent inondés , ce qui occasionna un grand nombre d'accidents ; mais le duc semblait avoir à cœur de faire oublier à la ville les désastres que trois mois de pluie lui avaient causés ; ses lettrespatentes du 18 mai confirmèrent aux habitants le privilège de vendre seuls à liantes , le vin et les étoffes ; il défendit aux tanneurs et aux corroyeurs de vendre du vin en détail , et fit tous ses efibrts pour fonder une Université. Nos annales donnent aussi lam6me date à l'institution de la confrérie de Sainte-Véronique , dans laquelle entrèrent le duc et les plus grands seigneurs de la cour.

Le clocher de la Cathédrale , dont nous avons déjà parlé , fut brûlé en 1415. La collection du chapitre raconte ainsi ce fait: « Le » jour de Notre-Dame ardit la pointe du clochier de Saint-Pierre de » Nantes et fust entre menuy et une heure et fust cette année abattu >> tout le clochier et fust commencé à faire de pierre l'an ensuy vant et » assit la première pierre Henry-le-Barbu , évesque de Nantes et le » sire de Quellenet. 0 grand ^oIemp^ité le vingt-neufième du jour » du mois de juillet l'an MGGGGXY . »

Saint-Vincent Férier, de l'ordre des Frères^PrdcheurSy dont la ville de Vannas bonore la mémoire, fit une mission en Bretagne, en 1416, h la sollicitation du di|G Jean ; il était à Nantes pendant le carême , et prêcha dans le cimetière de Saiqt-Nicolas. Le ci-rdevant couvent des Couêit se glorifiait 9 dit Guymar, de posséder sa i^alotte , sa ceinture et quelques lettres écrites de sa main. Une décision de Henry-le-Barbu de la môme année , défendait les chelevallis (charivaris) sous peine d'excommunication et de 10 livres d'amende. Ce digne prélat mourut l'année suivante, et fut enterré à la Cathédrale > dans la chapelle de Saint-Pierre , appelée depuis chapelle de Saint-Félix ; il eut pour suc- «çessçur Jean in de Châteaugiron.

En 1420, le comte de Penthîèvre s^empara de la personne de Jean y, dans le bat de s'approprier plus tard le duché. Mais le sort des armes lui ayant été contraire, il fut obligé 'de reUcher le duc, auquel lai et les siens araient fait sonfirir mille tourments pendant sa capli- Tité. Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de raconter cet épisode si dramatique de Thistoire bretonne ; inais nous devons faire observer que le comte de Penthièvre était le plus puissant des vassaux du duc, quMl était soutenu secrètement dans ses prétentions par le dauphin de France , et que les bourgeois de Nantes contribuèrent puissamment par leur fidélité à conserver la couronne à leur prince. Moins oublieux que tant d'autres , Jean V n'eut rien de plus pressé , au sortir de sa prison , que de témoigner sa reconnaissance à ceux qui l'avaient servi, et les Nantais reçurent bientôt un témoignage non équivoque de sa gratitude. Par ses lettres du 19 septembre , il leur accorda « que » les bourgeois et habitants de Nantes, ou quoique le soit la maire » et plus saine partie puisse eslire toutes les fois qu'il leur plaira , 9 dix ou douze de notables bourgeois et suffîsans de ladite ville , les- » quels, ainsi eslus en public et sans contradiction, ayant puissance » de ordonner et establir procureurs un ou plusieurs pour eux et pour » tous autres bourgeois et habitants de ladite ville et leur donner telle » puissance et autorité pour la poursuite et deffense des causes et af- » faires du commun de ladite ville comme ils voiront l'avoir à faire. » — Le duc prorogea aussi à la môme époque , en faveur des Nantais , le droit de prélever la dîme sur les vins qui seraient détaillés dans leur ville sur la représentation qui lui fut faite que ceux prélevés jusqu'alors n'avaient pu suffire à payer la démolition de Ghantoceau et la construction de la tour duPort-Gommuneau.

Jean Y mit la même exactitude à s'acquitter des vœux qu'il avait faits en prison. Dans sa frayeur, il avait promis de donner son pesant d'or à Notre-Dame-des-Carmes de Nantes; s'étant placé tout armé dans une balance , il fit charger l'autre, et cette promesse, qui caractérise le siècle où il vivait , lui coûta 380 marcs 7 onces d'or , il envoya le même poids d'argent à Saint-Yves de Tréguier, et des dons considérables en argent et en cire à Saint-Pierre de Yannes, à Notre-Dame-de-Bazon , à Saint-Jean d'Angely ; il avait encore fait d'autres promesses , comme de ne plus lever de tailles de fouages et de subsides sur son peuple, et d'aller à la Terre-Sainte; mais le Pape l'en releva. Peu importait au Saint-Père que les Bretons fus-

sent ou non taillés par leur chef; qaant an voyage de la Terre- Sainte , il le commua en une aumOne de 10,000 écus dont 5,000 devaient lui être envoyés à Rome. — Gnymar fait remarquer que le plus coûteux des vœux du duc devait profiter aux Carmes , et que ce prince avait pour confesseur un moine de cet ordre nommé Violet. — L'or fourni en cette circonstance par Jean V servit à payer une image en or de Notre-Dame , vis-à-vis de laquelle II était représenté à genoux et de grandeur naturelle. De Tautre côté , Ton mit un bas-relief d'argent représentant le château de Ghantoceau, oh ce prince avait été détenu. Ce monument fut placé sur l'autel de l'Eglise des Carmes. Il y demeura jusqu'au règne de François I.c' qui s'en empara pour faire battre monnaie et dédommagea les religieux par des rentes.

a Pendant la captivité du duc, l'empereur Sigismond Auguste croyant que ceux de Pontie vre le feroient mourir, enuoya vue ambassade vers la duchesse, à Nantes , pour la rechercher de mariage, et luy enuoya vn riche drap d'or en présent : La duchesse reçeut le présent, mais renuoya froidement les ambassadeurs : le duc estant arriué à Nantes , elle luy conta ce qui s'estoit passé , et luy montra ce drap d'or ; le duc prisa beaucoup la pièce ; mais , indigné contre l'empereur , qui , au lieu d'offrir ayde à sa femme pour le délivrer, la recherchoit de mariage luy encore viuant, il voulut faire brûler ce drap d'or; mais frère lean le Danteuc,son confesseur, se trouua U, lequel remontra )i son altesse la pauureté du conuent de son ordre des Frères-Prescheurs , dont les ornements furent brûlez en Tincendie de 1410. De sorte que le duc luy donna ce drap d'or, dont furent faits les premiers et plus riches ornements qui s'y voyent encore , armoyezdes pleines armes de Bretagne supportez d'anges. {Albert^de- Morlaix,) »

Les Penthièvre n'ayant pas rempli les conditions de leur capitulation de Ghantoceau , Jean Y, à la suite d'un arrêta s'empara de leurs biens. Le chapitre, qui manquait alors d'argent, lui en réclama 350 marcs prêtés à Charles-de-Blois qu'il destinait à la réédification du clocher de la cathédrale. Le duc , persuadé que celui qui hérite des propriétés doit payer les dettes des anciens propriétaires , se fit un devoir d'acquiescer à leur demande.

L'année suivante (1422) , ce prince postula pour ôtre reçu dans la confrérie de Toussaint , fondée sur les Ponts par Charles-de-Blois,

pour payer sa bienvenoe , il accorda à lliospice de ce Hou le droit d^éUblir sur la Loire an moulin à ean sons le pont le pins Toisin. —

L*on ëvaluait alors à 6 livres 10 sons le tonneau de froment ou 13 sons le setier (1) valeur moyenne; le marc d^argent était h 8 livres 15 sons , d'où il résulte que Tar^^ent valait environ 8 fois plus qa*il ne vaut aujourd'hui. Les messes basses, appelées messes à compter, se payaient 2 sous 6 deniers.

L^établiasement d'une garde boargeoise à Nantes entraînait Tarmemenl des communes, qui eut lieu en 1425. Ces deux faits correspondent à ra0ranchissement définitif des' bourgeois dans les villes et des paysans dans les campagnes. Comment comprendre , en effet , que la servitude puisse exister long-temps , lorsque ceux qu'elle opprime ont en main les moyens de s'y soustraire? Nous remarquerons, en passant, que le duc, en fournissant des annes au peuple, attaquait très-babilement , peut-être cependant à son insu , le pouvoir de ses grands vassaux. Les tourbes , habitués à sonffHr du joug féodal qui les serrait de près , devaient nécessairement bénir et regarder comme l'instrument de la providence un prince qui leur accordait quelques franchises^ — La ville de Nantes, qui n'était pas sonmise au fouage, accorda en 1427 à son duc, pour la rançon de son neven prisonnier en Angleterre , une somme plus considérable que celle qui eût été fournie par l'impôt. Mais il y eut échange de service ; car , l'année suivante , Jean Y fit réprimer par une compagnie d'archers et de gens d'armes les Craonais dont les rapines entravaient lecommerce de la Loire. Nous voyons aussi^ par une ordonnance de la même date , qu'il défendit aux marchands forains dont la concurrence minait les Nantais , de vendre en ville les autres jours que le samedi. Cette mesure pourrait être blâmée aujourd'hui ; mais alors elle était sage et prudente. Le prince ne s'en tint point là : désireux du bienêtre de ses sujets , il conclut l'année suivante avec Alphonse , roi de Castille , un traité de commerce destiné à sanctionner et à régulariser les relations qui existaient entre Nantes et Bilbao. Telle est la première origine de cette alliance commerciale connue sous le nom de contraetation , qui a été long-temps l'une des sources de prospérité de notre port. Il est digne de remarque que , par le traité

(1) Preuves de VUistoire de Bretagne , page 987.

de Jean Y, l*éyêqae fat investi du ponvoir consulaire ris-à-ris des Espagnols établis à ]Nantes.

C'était depuis long-temps la coutume de promener, nus par les mes et de porter ensaite sur Tautel de la cathédrale où on les aspergeait d'eau bénite , ceux que Ton trouvait au lit le lendemain de Pâques, et de mettre à l'amende ceux que Ton y trouvait le l.«' mai. Cet usage fut aboli en 1431 par le concile provincial, qui se tint à Nantes sous la présidence de Philippe-de-Coetquis , archevêque de Tours. La fôte des fous , cérémonie scandaleuse vraiment digne de son nom , fut supprimée à la même époque , ainsi que le droit que tes archiprôtres s'étaient arrogés depuis long-temps sur le lit des curés décédés. Cependant f année suivante , les gentilskammes de mon'' seigneur le duc le priment au lit et le rançonnèrent , et quelque» années plus tard son fUs éprouva le même sort dont il ne s'en tira qu'en leur baillant quatre cents écus. Les coutumes du Carnaval succédèrent à ces habitudes comme pour montrer que les hommes sont de grands enfants , et que , de temps à autre > il leur faut quelque folie pour les distraire.

Toutes les réformes sont solidaires entre elles. Les questions politiques et les questions religieuses sont intimement liées ; aussi l'année 1431 9 signalée au souvenir des Plantais par un concile remarquable , le fut-elle encore par les plaids généraux qui se tinrent, pour la première fois , dans leur ville. Le sénéchal Pierre-de-L'H(^pital , qui les présidait , fit consigner sur un registre tous les privilèges accordés auxIVantais par les ducs. Du temps de Guymar, il en existait à la ville une copie sur vélin ; mais elle a disparu depuis.

Le duc, en 1434 , jeta les fondements d'une nouvelle cathédrale beaucoup plus spacieuse que l'ancienne. La première pierre du portail fut posée le 14 avril, comme nous l'apprend cette inscription placée sur la grande porte :

L'an mil quatre cent trente-quatre A mi avril sans moult rabattre , Au portel de cette église Fut la première pierre mise.

C'est ainsi que Jean Y , prince très-peu brave et doué d'une mé* diocre intelligence , faisait marcher de front tout ce qui pouvait améliorer le sort moral , physique et intellectuel de ses sujets , tant il est vrai que la bienveillance et les autres qualités du cœur sont bien

préfitobles , dans oeux qui gonrernent, aax qualités de l'esprit , snrtoat qaand celles-ci ne sont pas associées à des instincts purs et généreux.

Le pontife accorda des indulgences à ceux qui contribueraient à la construction de la cathédrale , dont le duc poussait les traraux arec actiyité. L'année suirante^ la ville fit commencer, au bas de la place doBoaffajT, une maison où se tinrent d'abord ses réunions, et qui ftit ensuite transformée en arsenal sons le nom de Maison des Engins; elle existe encore anjourd'bni , et se trouve vis-à-vis le château du Bouffay ; le numéro 2 qu'elle porte peut servir à la faire reconnaître , les croix de pierre qni divisaient les fenêtres , et les cariatides qui or-> Baient sa façade ayant disparu , les premières, dans le siècle dernier ; les secondes, depuis 1830« — La fondation de Saint- Yves, dans la rue des Halles, et le procès du fameux Gilles-de-Retz, signalèrent les dernières années dn règne de Jean Y, qui mourut en 1442 , au manoir de la Touche , devenn depuis la maison des Irlandais (me Penthièvre) , où il s'était fait transporter pour changer d'air.

Gilles-de-Retz appartenait à la plus illustre noblesse de France et de Bretagne : « était extrait (disent nos chroniques dont notre récit B ne saurait remplacer le tour nâlf) de grandes et anciennes maisons^ » comme de Laval, de Roucj, de Montmorency, de Rays et de • Graon; iiem était seigneur de plusieurs nobles seigneuries et de 9 grande valeur ; ftem fut marié h dame Catherine de Tbouars , » A^tme de Pouzeâugeê j Tiffauges, ChanubenaU^ Confoietu, Château- » Morand^ Saoenay , Lambert ^ Grêz-svr'3Iaifie et plusieurs belles » terres valant vi à vu mille livres de rentes (environ 300 mille » francs , valeur actuelle) ; item tant à cause de plusieurs successions » que dndit mariage échurent audit Gilles plusieurs biens meubles » valantz bien cent mille escns d'or. Ainsi , outre les dits biens » meubles , il tenait en grosses baronies 30 mille livres de vray » domaine; itom à cause de son office de mareschal de France, » avait de grands gages et pensions du roy , avec plusieurs dons » gratuits ; ainsi avait k despenser , par chacun an , 40 ou 50 mille » livres ou plus. Ledit Monsieur Gilles, après le décès de son père , » print Tadministratlon de son bien et en usa à son plaisir, leva un » état trop plus grand que cetuy n'appartenait, comme de 200 » hommes à cheval « et tenait une chapelle de chantres en sa maison, » qoelqne part qu'il allast, en laquelle il avait de 25 à 30 personnes,

» tant enfants y chapellains, jeunes clercs que antres; les menait » avec luy quand il allait par le pays, tellement qu'il tenait en sa » maison , à canse de ladite chapelle , plus de 50 hommes à ses des- » pens et autant de chevaux. Item avait en la chapelle quantité d'or- » nements de drap d'or et de soye , chandelliers , encensoirs, croix, » plats, etc., de grande sumptuosité qui coustaient trois fois plus quMls » ne valaient , avec plusieurs paires d'orgues , une desquelles il » faisait porter à six hommes avecque lui , et souvent lui coustaît » Faune de drap d'or 60 ou 80 écus qui n'en valait pas 25, et une » paire d'orfrays 3 ou 400 escus qui n'en valait pas 100. Item fai- » sait en ladite chapelle doyen, chantre, arcediacre, vicaire, maistre » escole comme aux cathédrales avecque un qui se portait et appe- » lait évéque, payant aux uns 400 escus , aux autres 300 ; les vêtait » de robes traînantes d'escarlate à fine panne et fourrure , et cha- » peau de choeur de fin gris> doublé de fin menu , et en leur ser- » vice n'estait que vanité sans dévotion ni bon ordre. Item envoya « plusieurs fois chez le pape pour obtenir que ses chantres fussent » mitres comme prélats ou comme les chanoines de l'église de Lyon. V — Faisait des dons excessifs en des dépenses en vin , viande , hyp- » pocras , à tous ceux qui voulaient boire et manger , et que ceux » qui avaient le gouvernement de sa maison vivaient en grands sei- » gneurs pendant qu'il n'avait souvent que boire ni manger, quand » il voulait aller diner. Item faisait faire jeux , farces , morisqaes , » jouer mystères à la Pentecoste et à l'Ascension sur de hauts échaf- 0 fauds sous lesquels était hyppocras et antres forts vins comme en » une cave. — Item ledit M. Gilles constitua un nommé de Bricqne- » ville, son procureur, avec pouvoir de marier feo Madame Marie- » de-Retz qui était alors en l'âge de 4 on 5 ans> à quel homme qui » bon semblerait audit Bricqueville , au lieu qu'on n'a constume de » marier les filles issues de si haute noblesse qn'avecque l'assenti- » ment de leurs parents et amis. Item s'étant mis en tête de parve- » nir à grande et excessive chevance , s'entremit de faire alqnemye » cuidant atteindre la pierre de philosophe, envoyant en Allemagne et » autres lointains pays pour trouver des maîtres de cet art et fait 9 venir un nommé M. Ânth, , de Palermes , en quoi il feit de moolt » outrageuses despenses qui ne lui firent aucun profit. Ilem qn^un » chacun cognaissait qu'il n'avait sens ni entendement. liem responyt dait plus en manière de fol et d'insensé qu'autrement. Item se

» troave qa*il a yenda et aliéné , etc. , etc. — Pour ces raisons , le » roi , dûment informé et acertainné du mauvais governement dndit » sire de Rays , lui fist en son grand conseil interdiction et défense » ne aliéner ses terres et seigneuries. »

Le procès du maréchal de Retz établit quMl s*occupa de sorcellerie et de magie. Ce procès fut fait à la tour neuve du château de Nantes, par TéTéque du lieu, chancelier de Bretagne, par frère Jean Blouin , vicaire de frère Jean Merri , inquisiteur dans le royaume de France , pour les crimes d'hérésie , de sortilège , de sodomie , et au Bouffay, par le président de Bretagne, pour tout ce qui était de sa compétence. Les procès-verbaux qui en restent , établissent que le maréchal avait sacrifié plus de cent enfants h sa lubricité avant d*étre mis en arrestation ; car c'était malheureusement dans les soufirances de ses victimes que cet homme dépravé trouvait ses plaisirs. Dans ses premiers interrogatoires , Gilles voulut traiter ses juges avec hauteur; mais il fut bientôt convaincu. L'arrêt porté contre lui le condamnait h être brûlé vif. Le duc , en considération de sa naissance et de son repentir , permit qu'il fût étranglé auparavant, et que ses restes fussent déposés en terre sainte. — L'exécution du maréchal ent lien le 25 octobre , en présence d'une grande multitude sur la prairie de la Madeleine; des demoiselles de charité emportèrent à l'église des Carmes son corps à demi-consumé par les flammes , et le firent inhumer dans la chapelle de Notre-Bamede-Lorette. On voit encore aujourd'hui , sur les Ponts , en face de l'Hôtel de la Bonle-d'Or , les restes d'un monument expiatoire élevé sur le lieu du supplice de Oilles-de-Retz. C'est une niche dans laquelle se trouvait la statue de la Vierge entre Saint-Gilles et Saint- Laud ; elle est connue vulgairement sous le nom de Bonne Vierge de Crée-Lait qu'elle a conservé , quoique les statues qu'elle renfermait n'existent plus. Une croyance populaire lui accorde la vertu de donner du lait aux nourrices, et l'on y voit de temps à autre du beurre et d'autres offrandes.

François I.«v , duc de Bretagne , fils aine de Jean Y , lui succéda. Ce fut ce prince qui fit périr en prison Gilles-de-Bretagne, son firère. Le récit des intrigues qui amenèrent ce crime ne saurait trouver place dans un ouvrage consacré à la ville de Nantes spécialement ; mais la mort de Gilles ayant été suivie de celle du nouveau duc , nous croyons devoir en parler.

Depuis long-temps le jeune fils de Jean Y était enfermé an château de la Harduynais , sous la garde de son mortel ennemi Artbnrde-M ontauban , lorsque François I.«>^, qui recerait fréquemment des lettres injurieuses écrites au nom de son frère par un misérable faussaire 9 exprima le vœu que M, Gilles fût bientôt en Paradiê,

A cette époque , un pareil yœu , manifesté par le duc de Bretagne, pourait passer pour un arrêt de mort. Olivier-de-Meel et Jean Hin* gaut le comprirent ainsi; mais ce dernier, qui n'ignorait pas qu'un prince n'est jamais coupable , et que les instruments de ses crimes doivent seuls en porter la faute , s'empressa de prendre la friite. — Olivier-de-Meel alla jusqu'au bout, et Gilles fut empoisonné. Sa cons* titution robuste ayant résisté , ses bourreaux résolurent de le faire périr de faim, et le privèrent, pendant plusieurs jours , de nourriture. Le cachot du prince donnait sur la campagne > et ses gémissements furent entendus : une vieille femme lui apporta du pain noir et lui amena un cordelier qu'il avait demandé pour recevoir sa confession dernière. Gilles > après l'aveq de ses fautes > le chargea d'aller trouver son frère et de le citer à oomparaitre devant Dieu dans cinquante jours. Peu de temps après que sa mort fut connue « Ton apprit que ses geAliers, impatients de le voir succomber, l'avaient étranglé avec une serviette» Le moine , alors fidèle li sa pr(vmesse , partit pour Saint-Michel, où se trouvait François !.«', le prit à l'écart , lui fit la sommation dont son frère mourant l'avait chargé, et disparut, laissant le duc en proie à la plus vive anxiété , tourmenté par le remords et surtout par l'effet de cette sommation terrible , à l'inflnence de laquelle il était impossible qu'an Xy.« siècle le fils d'un prince dévot pût se soustraire, François I.«» revint en Bretagne, et mourut près de Vannes au bout de trois mois.

Il 7 a lieu de s'étonner qu'aucun artiste , dans notre ville , n'ait cherché à mettre sur la scène quelques-uns des faits historiques de la province. La mort de Gilles est un sujet qui prête , et dont on pourrait tirer parti pour faire des tableaux , un drame , nn toman historique et surtout un opéra.

Quelques faits du règne de François I.«' font connaître l'esprit du temps et la topographie de notre ville; nous allons les passer en revue.

Le maitre maçon de Saint-Pierre , nommé Mathelin , reçnt 65 sons pmr la portraiture et devis du powrtal de Saint-IVieholas. — La cba-

pelle de Bon^Seconrs fat fondée par Alain Ragemont et Jeannette Philippe, sa femme, qai en firent une chapellenie. — L'économe de Thospice faisait filer les gardes-malades an profit de rétablissement, dont le régime était très-séyère , puisque Ton ne donnait aux malades qne da poisson les mercredis , rendredis et samedis, et qne Ton n> faisait usage en carême ni d'œufs , ni de viande. — Un pont en ardoises joignait le Port-Maillard au boulevard : sur ce pont se trouvait une horloge ; un connétable et des portiers étaient affectés à la garde du pont et de la barbacane. — Le pont de la Poissonnerie était connu sons le nom de Rote-Ghalandière.

Parmi les travaux de cette époque , nous citerons la barrière de la chaussée des moulins Contant, Téchelle de pierre de la tour de Sanvetont , qui était presque terminée ; la tour de Pirmil ; Tarcbe du Gué-Bforeau ; Téchelle de pierre de la tour neuve de Saint-Pierre ; la reconstruction du pont de Saint-Nicolas ; la réparation du pont couvert qui conduisait au Port-Maillard ; Tagrandissement de Téglisede Saint-Nicolas, dont la paroisse ne contenait alors que 970 veufs et mariés , et la destruction de la maison de Tabbé de Pomic , sur remplacement de laquelle fut établi le cimetière Saint-Nicolas.

Pierre II fut le successeur de son frère. Ce prince était persuadé que sa maison descendait de la famille des Saints Donatien et Rogatîen, patrons de la ville de Nantes, ce qui montre jusqu'à quel point les flatteurs altéraient les traditions généalogiques^ dans le but de plaire aux grands. Go fut lui qui fit élever la flèche de la collégiale, pyramide élancée, moins belle cependant que les flèches de quelques clochers de Bretagne ; sa hauteur était très-grande , et les Nantais , qui n'avaient point d'autre clocher de ce genre , l'admiraient beaucoup. — Lorsque le duc vint à Nantes , après son couronnement, le clergé le reçut en grande pompe ; les chanoines allèrent au-devant de lui accompagnés des reliques , pendant qne les cloches sonnaient à tonte volée. L'un de ses premiers actes fut cependant de défendre , sous peine de confiscation de biens et de punition corporelle , de publier, fulminer et exécuter les bulles et autres écrits de Rome, avant de les avoir présentés à son conseil'; mais bientôt il se reUcha de sa rigueur envers les ecclésiastiques , fit des dons aux chanoines , prêta son appni à l'évoque dans une discussion survenue entre ce prélat et Gilles-de-Biest, seigneur de Thouaré ; fonda les Saintes-Glaires sur l'emplacement de l'ancien Hôtel de Rochefort ,

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et dédommagea le rectenr de Saint-Vincent , dont cette fondation diminuait le casuel.

Sous le règne de ce prince, qui mourut en 1437 au château de Vannes , le roi de Sicile, René-d'Ânjou, et son épouse , vinrent visiter ÏSantes. — La châsse de Saint-Donatien et de Saint-Rogatien fut réparée ; cette châsse d'or et d'argent , enrichie de pierreries , éUit assez grande pour qu'un choriste pût y tenir avec sa dalmatique. — Les droits des minihis , ou lieux d'asile , furent considérablement réduits par le Pape , dont l'évéque ne s'empressa point de faire exécuter les ordres. — Nos chroniques nous rapportent aussi qu'il existait alors à la cathédrale une bibliothèque de manuscrits qui ont disparu depuis , comme la châsse de Saint-Donatien et de Saint-Rogatien , sans que l'on sache à quelle époque et de quelle manière.

Arthur m , comte de Richeroont , oncle de Pierre II , lui succéda. Sa nouvelle dignité ne lui fit pas abandonner la charge de connétable de France. Son premier acte fut de poursuivre ceux des assassins de Gilles-de-Bretagne qui avaient échappé à Pierre II , ce qui prouve , comme nous l'avons fait observer , qu'en politique , les instruments du crime sont toujours les pins responsables , et qu'on les sacrifie sans regret , lorsque l'opinion publique , au nom de la justice outragée, demande une réparation.

L'évéque ayant refusé de prêter serment et hommage au duc , une querelle survint entre le prélat et Arthur III : un procès s'en suivit accompagné d'excommunication et d'interdit, selon les habitudes du temps ; mais le duc ne tarda pas à mourir , soit que les tracasseries de l'évéque eussent abrégé ses jours, soit qu'il eût été empoisonné, comme le rapporte un auteur contemporain. — Son corps fut inhumé aux Chartreux.

François II , fils de Richard-de-Bretagne , fut le successeur de son oncle. Le nouveau duc prit la couronne en 1458 , et nomma aussitôt au gouvernement de ses places fortes ; puis il partit pour Rennes, s'y fit couronner , alla trouver le roi de France près de Tours , et s'en revint à Nantes , où son entrée eut lieu par la porte Saint-Nicolas. Plus favorable à François II qu'à son oncle , l'évéque le reconnut pour son seigneur temporel , et annula ses censures.

Le règne de François II fut signalé, dans notre ville, par de nombreuses améliorations et par une lutte constante contre la France, qui tendait de plus en plus à s'emparer de la Bretagne , pour la réunir

an royaume. Noua allons passer saccessirement en rerne ces deux ordres de faits.

En 1459 , François II , snr le conseil dn Pape , consacra 5000 saints d*or snr 6000 dont 11 était dépositaire à rétablissement, à Nantes , d nne nnirersité qui se composa , dans le principe , d*nn docteur en théologie , de 41 canonistes , de 27 légistes , 4 médecins on chirurgiens 9 et 4 maîtres ès-arts.

« On Toyait encore des lépreux à Nantes, dit Travers, et quand » on les doutait, le général de la paroisse sur laquelle ils se trou- » raient les déférait à Monajienr TOffidal ; le promoteur intenrenait ; » et , sur la contestation de la personne présumée infectée ; TOfficial » ordonnait qu'elle serait rue par des médecins et des chirurgiens ; » et, sur leur rapport, la renvoyait ou ordonnait qu'elle serait ren- » fermée à la léproserie de Saint-Ladre (Saint-Lazarre) , sur les « Hauts-Parés, ob la paroisse qui y avait intérêt la faisait con- » dnire. »

En 1460, le conseil du duc projeta le dessèchement dn lac de Grand-Lieu. — L'année suivante , François II fonda Tanmônerie de rËrail. Bientôt la ville fit construire par Guillaume Giraud , maître èsHBuvres , le boulevard de la Sausaie qui lui coûta 600 livres. En 1464, parut à Nantes le premier almanach. En 1465, le duc et son conseil décidèrent que chaque jour 14 ecclésiastiques et autant de séculiers seraient préposés à la garde des portes de ville , pendant la nuit. En 1466, les Nantais obtinrent la permission de faire bâtir fours et moulins ; d'avoir chez eux colombiers , aunes , boisseaux , balances , etc. , sans payer de redevances ; ils furent exemptés aussi du droit de ventes pour toutes les acquisitions faites par eux sous le fief du dnc ou de la Pré voté. En 1467 , le château du Bouffay fut donné par le dnc en usufruit k Guioucar , son valet de chambre. En 1468 , fut bâtie la chapelle de Saint-Antoine de Padoue , devenue depuis église des Minimes.

Le 18 octobre 1472 , le dnc accorda pour 10 ans, aux habitants de Nantes , les droits de pavage > et le dixième snr les vins vendus en détail dans la ville , les faubourgs et quelques paroisses limitrophes , à condition d'en employer les deniers aux réparations et fortifications de la ville. La communauté des bourgeois justifia la confiance du duc en élevant deux tours , l'une sur le terrain de Sainte-Catherine , l'autre sur le râteau de l'Erdre.

En 1476 , le chapitre de Notre-Dame consacra son église ; il y avait indulgences plénières .pour cenx qui la visiteraient le jour de la consécration ; aussi Taffluence des fidèles fut immense.

En 1477 , Marguerite mit au monde une fille qni fut nommée Anne, et qui est derenue , depuis, Tune des gloires du pays. La même année la porte Saint-Pierre et les deux petites tours qui la protégeaient furent démolies pour la somme de sept vingts livres. Cette entrée fut remplacée par une porte nouvelle beaucoup plus forte. Nos annales nous prouvent que Fusage de Tartillerie devenait alors , de jour en jour , plus commun. Nantes avait un gros canon appelé la Bombarde, cinq couleuvrines nommées Junon , Pallas , Vénus , Mélusine , la Grand-Margot (abréviation de Marguerite) , et vingt-cinq autres appelés Cordelières, probablement parce quelles rappelaient, par quelque ornement , Tordre de la Cordelière , institué par la duchesse ; mais cette artillerie était bien insufllsante ; aussi Gnyon-dea-Landes , canonnier de la ville , fut-il chargé de fondre 24 pièces de canon avec leurs boîtes : douze prirent les noms des douze mois de Tannée ; les douze autres ceux de douze prophètes. Ces canons n*étaient que d*un très-petit calibre , puisqu'ils n'absorbèrent que 6254 livres de enivre. — Les boulets de fer n'étaient pas encore en usage , on se servait, dit Travers , de boules de plomb appelées plombets et de boules de cuivre ; leur prix élevé força de recourir à des pierres dures et rondes. La ville en acheta à Daoulas , en Basse-Bretagne , 1800 au prix de 4 livres 14 sous 6 denien le cent; plus tard, elle en commanda un millier dont 500 à 2 sous et 500 à 20 deniers la pièce. La commande portait qu'elles seraient fournies au L^*" mai, sous peine de prison et d'excommunication en cas de retard. Les boulets de la grosse bombarde coûtaient beaucoup plus cher , et revenaient à 15 sous la pièce.

Nous trouvons aussi , dans nos annales , qu'à cette époque il j avait beaucoup de vignes autour de Nantes , à Richebourg , Saint-Clément, Saint-André, sur la motte Saint-Nicolas et ailleurs encore. La rue de Verdun venait alors jusqu'au carrefour de la Laiterie ; la basse rue de la Boucherie se nommait me de la Gouesnerie ; celle de la Clavurerie , jusqu'à Saint-Nicolas , rue du Bourgmain ; la rue des Halles était la rue de la Mercerie ; celle des Carmes , la me de TËchellerie ; celles des Carmélites et des Cordeliers , la me de Saint-Gildas et la rue Perdue. — La Saulsaie avait une halle ou une me nommée la Poissonnerie.

En 1478 furent posées les portes de bronze du grand portail de la cathédrale ; elles représenUient en relief les apôtres Saint-Pierre et Saint-PaaL L^one d^elles portait cette inscription :

Sixte quart Téglise gonyemait L'an mil cinq cent, mis hors douze et vingt ans , François, second duc de ce nom , régnait ; Pierre , prélat unique de céans , Quand fumes mis aux portes bien séans , Pour décorer ce portail et chief d'œurre ; Car richement par nous se ferme et œuvre.

Ces portes n'existent plus , la dictature populaire de 93 les a fait fondre. — Il faut reporter à la môme date le traité de commerce et de confédération entre Ghristiern 1.'^, roi de Danemarck et de Suède , et le duc de Bretagne. Dans ce traité, le roi de Danemarck s'engageait à favoriser toutes les opérations commerciales des Bretons , à traiter le duc en bon allié , à lui fournir des secours en cas de besoin. Quelques passages de ce traité feront connaître le latin usité k cette époque dans les actes diplomatiques:

Primum polHcemur quod nos sumus et eritnus bonus verus et fideits anricus eansangwinei prœdioti brUannia ducis, — Ejus honorem bonum eommodum dignitates eonservalionem pro posse curabimus , quodque nostri sui enmt amun,

Hinc subdiU prœfaU ducis consanguinei nostri poterunt tute et secure ire , redm , intrare , transire cum bonis sw4 et rébus et etiam oum ipsis aUi quicumgue ad eorum subditorum mercancias et négocia conducenda necessarii , per portus terras patrias et dominia nostra, ibique morari mereariet convursari et cum quibus cumque gentibus eujuscumque condiHonis aut nationis fuerint.

Ce traité de commerce , qui avait pour but de créer des alliances puissantes k la Bretagne , et de la soustraire au roi de France par le développement de son commerce, fut bientôt suivi d'un autre traité entre la Bretagne et rAngleterre. Celui-ci était beaucoup plus libéral que toutes les transactions qui ont eu lieu depuis entre la France et le royaume Britannique. Le passage suivant le fera suffisamment connaître:

« Premièrement. Que toutz marchands taunt du rojaume d'An- » gleterre , d'Yrland et de Calays comme les marchans des pays » et duchié de Bretâigne ; soient marchans de laines , de draps , de

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» toiles, de vins^ de fraictz, decairs, de yictalUeSy de harnois, » d^armurez , d*artillerie , de chevaux ou autres béstianlx ou de » quelqu'onques autres marchandises , leurs faiteurez ou familiers » puissent seurement aleer par meer, Tiviers, eaux doulces et par » nayieres et par terre, à pié, à chival ou austrement , en passant » d'Angleterre et dTrland ou à Galays ou même par les dicts pays , » tant d*une part que d'autre ensemble leurs biens et marchan- » dises , et merchander les ungs avecquez les aultres, de toutes ma- » nieres de marchandisez et mener et remener d'Angleterre, dTr- » land et de Galays en Bretaigne et de Bretaigne en Angleterre , » Yrland ou à Calays les marchandisez , vitres , harnois , armures , » artillerie et aultres choses quelqu'onques et que les dicts marchands » leurs facteurs et familiers , chacun d'eulx à qui il sera nécessaire » achater et avoir franchement de ceulx de l'autre port, des vivres » et les mener par meer , viviers et eanls doulces , par terre et en 7) outre la meer, les ungs aux aultres. »

D'autres articles concernaient les armes qu'il était permis d'avoir h bord , et celles que les marins pouvaient porter à terre , les vivres et provisions, les rapports des marins avec les maitres d'hôtelleries» les clercs, les pellerins et les étudiants , les pécheurs, la piraterie.

En 1479 , la communauté de Nantes reçut des lettres du roi , qui lui mandait d'envoyer des députés h Redon.

En 14B0, l'évéque fit imprimer un Bréviaire sur vélin > format in-12. L'art de riroprimerie était alors cultivé avec succès en Basse- Bretagne , aussi ce livre fut-il imprimé à* Vannes ; Travers pense que c'est le premier qui ait paru en Bretagne et même en Europe. Guillaume Touzé, riche libraire de Nantes, fit les frais de l'impression, et François Henner de Hailbrnn, en fut l'imprimeur; toutes ses pages, qui renfermaient quelques singularités, étaient numérotées en chifires Arabes. Avant cette édition , les ecclésiastiques de Nantes et du diocèse ne disaient point de bréviaire ou allaient le lire à l'église , à l'aide de quelques bréviaires qu'on y tenait à la chaîne , et qui n'en sortaient pas. Saint-Nicolas en possédait quatre de cette espèce , et un ordinaire ou directoire.

Les travaux de la nouvelle porte Saint-Pierre occasionnèrent , en 1481 , la ruine d'une salle rectangulaire de cinquante pieds de long sur 28 de large, à laquelle appartenaient des inscriptions que nous avons données au commencement de cet ouvrage. Le duc institua ,

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l'année snirante , le tir à Tarbalète dans le bot de former d'habiles archers. La môme année , il fit construire , entre Bon-Seconrs et le pont de la Belle-Croix , le monlin du chapitre de Notre-Dame.

La Tille, en 1486 , yonlut fortifier la Fosse et le Marchix. Le dnc, ponr Ini en faciliter les moyens , Ini accorda nn impi)t de 10 sous par pipe de Tin étranger , et de 5 sons par pipe de Tin nantais. Mais cette entreprise fut au-dessus de ses forces , et elle se borna à construire les deux tours de la Poissonnerie sur remplacement d*nn moulin à eau qu^elle acquit moyennant une rente qu'elle a rachetée du sieur Duqnini en 1603.

L'année suiTante moururent Marguerite-de-Foix et FéTêque Pierre Duchaffant ; tous deux furent enterrés à la cathédrale. François II les suiTÎt de près et succomba Tannée suiTante à Gonëron.

Le règne de François II ne fiât qu'une longue lutte contre la France qui faisait tous ses efforts pour s'emparer du duché de Bretagne. — Dans Tannée qui suiyit son couronnement , il fit célébrer , à Nantes , un tournois pour entretenir les cheyaliers bretons dans l'amour des armes. Mais Louis XI , qui Tenait de monter sur le trône de France , et qui continua si habilement la politique de ses prédécesseurs , de- Tait bientôt lui créer de nombreux embarras. Sons prétexte d'un Tœn il Saint-SauTeur-de-Redon , ce prince Tint à Nantes afin déjuger par lui-même des forces' de son Tassai. Le dnc fut si mécontent de lui , quMl ne fit aucun cadeau à ses officiers, quoiqu'il eût emprunté dans ce but 300 marcs d'argent. — Depuis long-temps les éTéques de Nantes refusaient de prêter serment an dnc ponr leur temporel. Amauri d'Acigné , successeur de Guillaume-de-Malestroit, son oncle, se montra aussi récalcitrant sur ce point que plusieurs de ses prédécesseurs. De là nne querelle entre lui et le duc, à la suite de laquelle le temporel de TéTêché fut saisi , et Tinterdiction religieuse lancée en guise de représailles sur le comté Nantais. L'occasion était faTorable , et le roi de France en profita pour s'ériger en arbitre. Le Pape aussi Tonlut s'en mêler ; mais le roi fit arrêter son légat, parce qu'il Tenait , disait-il , pour juger une contestation de fi^ entre ses sujets ledit duc et l'évêque de Nantes , et que le jugement de cette affaire im appartenait et non au Pape. Louis XI nomma ensuite son oncle le comte du Maine , pour examiner cette affaire. Le duc de Bretagne refusa de le oonnattre pour juge , ne Tonlant yoir en lui qu'un ar-

bitre ; mais le comte du Maine , qni avait ses instmctions , ne yonlnt point agir en cette dernière qualité. — Battu sur ce point j François II Yonlnt traîner Taffaire en longaemr, et ses procureurs se mon* trërent très-habiles à faire naître des incidents ; mais , le 31 octobre 1464 , il fut condamné par défaut. La sentence , extrêmement ayantageuse pour le roi de France , disait : a Que le temporel de rérêché » de Nantes , avec les fruits , depuis Tempéchement apporté par les » officiers du duc , serait mis en la main du roi , dont les commis- » saires qu'il nommerait pour recevoir et régir ce temporel , ren- 9 draient compte à qui il appartiendrait , avec défense au duc et à » ses officiers , sous peine de perdre leur cause et de quatre mille n marcs d*or applicables au roi , de mettre aucun empêchement à » Texécution du séquestre. Elle ajoutait que le duc devait cesser de » jouir du temporel des autres évêchés pendant la vacance , et que » défenses seraient faites au duc, sous les mêmes peines, d'empé- » cher les évêques de s'adresser au roi en première instance. »

Lorsque les conseillers du parlement de Paris se présentèrent pour mettre à exécution cette sentence, les portes de Nantes leur furent fermées. Bientôt les hostilités avec la France furent ouvertes ; après avoir pourvu à la garde de Nantes , François II partit à la tête d'une belle armée pour rejoindre les autres princes ligués; mais déjà la bataille de Monthléry avait été gagnée par les grands vassaux , et Louis XI vaincu se trouvait obligé d'abandonner pour un temps ses prétentions. Le duc obtint facilement du roi , dans la position fâcheuse où il était, l'annulation de l'arrêt du comte du Maine et la reconnaissance du droit de Regale en Bretagne, ainsi qu'un traité particulier qui le détachait de la ligue, moyennant 120 mille écus d'or , payables en deux ans , et le comté d'Estampes pour lui et ses descendants mâles; mais cette paix fut de peu de durée. François II, à la sollicitation de sa maîtresse , ayant destitué Tanguy-Duchàtel de ses fonctions de gouverneur de Nantes , ce gentilhomme se retira chez le roi , qni confisqua les terres que la dame de Yilleqniers possédait en France pour les lui donner. C'était une véritable dédaration de guerre ; aussi François U s'empressa-t-il de pénétrer en Normandie , où il s'empara de plusieurs places que le roi reprit bientôt.

Albert-de-Morlaix, dans la vie deFrançoise-d'Amboise, nous donne, an sujet de cette princesse , quelques détails curieux sur les mœurs de l'époque , qui se rattachent à la vie privée du duc de Bretagne et

senrent à faire connaître les mœurs et le langage da XY.' siècle; leur originalité nous fait nn deroir de les reproduire :

tt Pendant que la bien-heureuse duchesse Françoise vivait en estât de saincteté » le duc de Bretagne François U du nom , estant ailé mettre le duc de Normandie frère du roj Louis XI en possession de son apanage, Tan mil quatre cens soixante-cinq, s'amouracha d'une jeune damoiselie, laquelle il débaucha et emmena en Bretagne > Tentretenant publiquement au grand déplaisir de la duchesse Margueritte de Bretagne sa femme, et au scandale de tout son peuple. La bienheureuse Françoise ne le peut endurer, et en escriuit au duc et à des seigneurs de son conseil qui plus le possédoient , leur remonstrant Ténormité de ce sale péché, le scandale que causoit le mauvais exemple, riojure faite à la duchesse dame du sang de Bretagne et d'Ecosse , que ses parents s'en pourroient ressentir et venger cet outrage , en tout cas que Dieu ne lairroit impuny : que pour ce péché lors que les princes s'y embourboient , Dieu punissoit les royaumes et monarchies desquelle il causoit la ruine et désolation , leur mettant devant les yeux les exemples de David , et la division du royaume de Salomon du temps de son fils Roboam. En sa troisième lettre, qui fut la dernière qu'elle luy escrivit sur ceste matière, elle luy prédit par esprit prophétique plus qu'autrement, partie de ce qui arriva, voicy ses paroles. David tout sainct et ami de Dieu qu'il es toit, fut puny pour ce péché sale et ord , et s'il n'eut fait pénitence, l'eut esté plus rigoureusement ; son fils Salomon , avec toute sa sapience , se perdit pour s'estre abandonné aux femmes débauchées et idolâtres , et fut son royaume destruît et divisé après sa mort. Helas! monseigneur , jà Dieu ne veuille que pour vostre péché si énorme , si scandaleux , et pestiféré , Bretagne soit destmite , le pauvre peuple innocent oppressé de guerre ou peste, et que ne périssiez en douleurs et angoisses avec vostre pauvre duché: je le doute (mon cousin) je le crains , puisque vous n'estes pas plus sainct que David , ny plus sage que Salomon , et néantmoins avez affaire à vu mesme Dieu qu'eux , qui transfère les estats et royaumes comme bon luy semble , quand les princes le mettent en oubly. Le duc ne tint compte des charitables remonstrances de sa sainte cousine , et ne luy rescrivit point de response continuant toujours en ses sales et voluptueux plaisirs , au grand regret de nostre Françoise, laquelle prioit pour luy, prenoit la discipline et portoit la haire , afin qu'il pleust à Dieu luy ouvrir les

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yenx pour yoït rénonnité de son péché , duquel ne Yojant ancune discontinuation , elle obtînt congé de Palier trouver à liantes , où elle fut receuë de tout le peuple en aussi grande joye et triomphe que le iour qu*e]le y fit son entrée ducale, car les INantois Taymoient extrêmement. Le duc luj envoya au-devant les seigneurs de sa cour qui ramenèrent auchasteau, où elle séjourna quinze iours, pendant lesquels elle visita tous les iours le tombeau de son mary à riostre-Dame de Nantes > y faisant dire vn service, et recitant les sept pseaumes, faisant des aumônes pour le repos de son ame.

» Elle entretint le duc à loisir pendant ce temps, luy remonstra franchement Ténormité de son crime , de sorte qu'il fit sortir sa mie du chasteau et la logea en ville: la B. H. duchesse insistoit qn*il Ta renvoyât en Normandie, et mesme l'incitât à s'en aller ^ luy offrant grosses sommes de deniers de son propre argent pour se retirer, mais iamais elle n'y peut faire consentir ny Tvn ny l'autre. Et en cette charitable occupation , elle fut traversée et affligée par plusieurs seigneurs , qui , par le moyen de cette femme , possédoient Foreille et Taffection du prince , lequel en cette quinzaine même ne se pouvoit tenir d'aller voir sa mie en ville, en la maison où il Tavoit logée, et aussitost la B. H. Françoise après avoir consolé la duchesse , sa cousine, se fut retirée à Venues, il la fit revenir an chasteau, commençant de plus belle sa vie ordinaire. Pauvre prince! combien de fois t'es-tn repenty depuis , mais lorsqu'il n'en estoit plus temps de n'avoir suivy le conseil de ta saincte et bonne cousine? la luxure^ c'est cette sorcière Gircé, qui, privant les hommes de sens et de jugement, les transforme en bestes brustes. »

tt En l'an 1469 , dit plus loin Albert-de-Morlaix , la duchesse Margueritte de Bretagne accablée d'ennuis et de trisse de voir sa couche souillée par vue autre qui possédoit entièrement raffection de son mary, mourut au chasteau de Nantes, et fut inhumée au milieu du chœur de l'église des Carmes, en ladite ville , an grand regret de tous les gens de bien , et par cette mort ladite dame de joye demeura en pleine jofiissance du duc , lequel l'entretenoit en grand estât. La bien-heureuse Françoise pleura amèrement la mort de sa chère cousine la duchesse , fit prier pour elle , et fit tous ses efforts pour résoudre le duc à vn second mariage , tâchant à lui tronner la plus belle, parfaite, riche, et vertueuse princesse qui se pourroit rencontrer pour mettre hors cette femme. Elle travailla deux ans en cette

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affaire , et enfin par le moyen do Sr. de Lescar , gentilhomme gascon , \ny trouva la princesse Margneritte deFoix , sœur du comte de Foix , laquelle fut amenée en Bretagde et esponsa le duc à Nantes , Tan 1471 , et gaigna tellement son cœur, qu'il se refroidit extrêmement en Tamour de sa mie, laquelle, peu après, mourut de déplaisir. »

Une trèye arait mis fin aux hostilités entre la France et la Bretagne ; mais cette trèye ayant été prorogée pour le duc de Bourgogne seulement, Louis XI, qui n'attendait qu'une occasion favorable, pénétra en Bretagne h la tête de 40 mille hommes et contraignit François II , qui n'était pas en état de soutenir la lutte , à recevoir la loi. Nous ne passerons point en revue les autres faits moins importants des querelies postérieures du duc de Bretagne et du roi de France ; mais nous ferons remarquer que chacune d'elles était suivie de concessions faites aux Nantais par leur prince qui voulait se les attacher à tout prix ; c'est ainsi que les libertés locales s'accroissaient chaque fois que le roi de France renouvelait sef hostilités contre ses grands vassaux. D'autres motifs j contribuaient encore, la politique du duc étant vis-à-ris de ses hauts barons la même que celle de Louis XI à l'égard des ducs de Bourgogne, de Normandie et de Bretagne, il fallait bien , comme ce prince , qu'il s'appuyât sur la bourgeoisie. Son premier ministre Landais, était d'ailleurs un homme du peuple qui haïssait mortellement la noblesse dont il était méprisé et n'avait rien tant à cœur que de réduire les privilèges de l'aristocratie. Malheureuselnent pour François II > il ne sut pas l'appuyer assez fortement et l'arracher aux mains de ses barons , qui le firent périr.

La mort de Louis XI, qui eut lieu en 1486, ne changea rien à la politique de la France, aussi le duc fit-il nettoyer les douves du château et les fossés de la rille pendant qu'un corps de chevaliers bretons allait prendre garnison à Clisson, dont le château reçut peu après quelques pièces d'artillerie. Bientôt, un traité le lia avec le duc d'Orléans et les seigneurs français mécontents, mais la régente de France en passa un antre avec le maréchal de Bieux, le baron d'Avaugour, fils naturel du duc, et quelques autres grands seigneurs de Bretagne. François, pour se procurer des alliés, o£&rait en vain sa fille aînée à tons les princes capables de le secourir : la guerre éclata sans que le duc eût pu réunir des forces suflkantes pour résister à ses ennemis. Le maréchal de Rieux venait de s'emparer de Bedon, lorsque l'armée française entra en campagne par le

siège de Clisson^ que le baron d^Arangour livra traitreasement.

Bientôt cette armée pénétra en Bretagne; Ploennel et Vannes tombèrent an pouvoir des Français, qui vinrent alors assiéger Nantes. La position du duc était des plus critiques , mais les mesures les plus énergiques furent prises à Tinstant pour résister h Tennemi. La jeune princesse Anne quitta le château pour habiter Thôtel de Briord ; le duc se retira dans la Grande-Rue > chez un riche bourgeois nommé Guyolle; les études cessèrent à TUniversité; les paroisses et les monastères donnèrent leur argenterie pour subvenir aux besoins de la guerre ; la ville emprunta 5,566 livres de cuivre pour faire des bâtons à poudre ou fusils. Chacun cacha ce quMl avait de plus précieux : les paroissiens de Saint-Nicolas enterrèrent le superbe vitrail de leur église, ainsi que les reliques et les vases sacrés et tous firent de leur mieux pour se défendre. Cependant, le comte de Montpensier répétait les attaques et pressait vigoureusement la ville. Mais un renfort de 500 Guerandais et de plusieurs milliers d'hommes de guerre conduits par Dunois, forcèrent Tarmée française à lever le siège après 48 jours de combats inutiles. Les luttes de la politique succédèrent aux luttes armées. Le duc confisqua les propriétés des Bretons qui Tavaient trahi. La régente, de son côté, confisqua les biens que les Bretons fidèles à leur duc possédaient en France. — A force de ménagements , le duc parvint à rallier les Bretons infidèles ; et la régente, de son côté, s'efforça de se créer un parti dans la ville de Nantes. Au mois de décembre 1487, ce parti se crut assez fort pour tenter un mouvement. Plusieurs archers du duc, quelques-uns de ses domestiques et quelques gens de guerre parcoururent les rues pour exciter les habitants à la révolte, sonnèrent le tocsin à Saint-Pierre et au Bouffai et se rendirent au château pour s'emparer des Français fidèles à François II ; mais la population ne bougea point, et bientôt les coupables portèrent la peine de leur folie.

La perte de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, où périt Télite de la noblesse bretonne, força Tannée suivante François II à demander la paix, en quelque sorte à toutes conditions. La Bretagne étaitruinée, ses alliés Tavaient abandonnée ; le duc d'Orléans avait été fait prisonnier; les hauts barons, soutenus par la France, oubliaient leur origine pour ne songer qu'aux intérêts de leur vanité ; aussi François U n'avait-il d'autre parti à prendre ; mais il était trop chagrin de tous ses revers pour s'en consoler. Une maladie de langueur le fit quitter Nantes : il alla à Gouëron où une chute de cheval hâta sa dernière heure.

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Anne-de-Bretagne , fille aînée dn duc , lui snccéda et fut reconnue dnchesse, sons la tutelle du maTéchal deRîeux, qui fut nommé gonverneur de notre rille. Un des premiers soins de la duchesse fut de recommander Guégoen de Lamballe pour réyéché de Nantes; mais le Saint-Siège n*éconta point ses représentations , et nomma Robert d'Ëpinai, partisan des Français, pour succéder à Pierre Duchaffaut. Bientdt Anne se lirouilla avec le maréchal de Rienx , qui voulait la contraindre à épouser un rieillard nommé d'Albret, père de sept enfants, et ayec le roi de France , qui cherchait à lui imposer des conditions nonvelles. La jeune princesse, qui aimait la ville de Nantes, où elle avait été élevée, voulut s'y réfugier; mais le maréchal de Rieux lui en ferma les portes : elle fut mieux reçue à Rennes , où elle fît une entrée solennelle. Cependant elle eut encore beaucoup de risques à courir jusqu'à lapaix générale, dans laquelle la Bretagne fotcomprise. Le maréchal de Rieux était très-vain, aimait beaucoup Targent, et la duchesse le fit rentrer facilement dans son parti ; mais le sire d'Albret, ajant appris que sa souveraine était fiancée avec Tempèrent d'Autriche, en conçut un mortel dépit, et vendit, par suite , au roi de France, la ville de Nantes. Charles YIII, qui se trouvait alors à Tours, s'empressa de venir en personne en prendre possession, persuadé que bientôt il serait maître du duché, ce qui eut lieu dans Tannée même, par suite d'intrigues habilement conduites, qui lui donnèrent à la fois une province nouvelle et une femme du pins grand mérite.

L'on a beaucoup discuté pour savoir si les ducs de Bretagne étaient ou n'étaient pas vassaux dn roi de France. Après avoir compulsé les faits qui peuvent éclaircir cette question , il m'est resté démontré que nos dncs, antérieurs aux rois de France > ne relevaient, pour me servir de leur expression > que de Dieu et de leur épée. Faibles, ils ont prêté hommage à un voisin puissant qui pouvait les écraser; forts, ils l'ont constamment refusé , comme nons l'avons déjà dit.

U est un fait plus important , la réunion de la Bretagne à la France, auquel on n'a point donné toute l'attention qu'il méritait. On peut et Ton doit j voir autre chose que la suite d'un mariage. La loi de tendance à l'unité politique des empires , dont la force constante agit sans relâche , n'a pas été sans influence pour opérer cette réunion.

Lorsque la duchesse Anne devint reine , son duché appartenait déjà de fait au roi de France ; la Bretagne , associée depuis long-temps

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aox moQYements politiques de ce royaume en adoptait saccessiTement toutes les réformes et les institutions. C'était de Paris que Nantes et Rennes receyaient la science et la yie ; c'était arec les riyerains du haut de la Loire que les Nantais faisaient la majeure partie de leur commerce. Nantes était encore Tune des villes du Devoir comme Lyon 9 Marseille et Bordeaux. Nul ne pouvait être reçu compagnon, et par suite obtenir la maîtrise dans les corps d*état qui dépendaient du compagnonnage , s'il n'avait fait son tour de France et habité pendant quelque temps la capitale de Bretagne. Mais les compagnons , de quelque pays qu'ils fussent , étaient frères , et la loi de leur société qui se résumait en trois mots, liberté , égalité, fraternité, concordait merveilleusement avec la politique de la France , en créant par les mcrars cette unité que les cheb de la nation française voulaient établir dans le gouvernement et la circonscription territoriale. Ajoutons que depuis long-temps Nantes et Rennes dépendaient de Tours pour le spirituel; que la langue française était parlée exclusivement dans les évéchés de Nantes , de Rennes , dans un quart de l'évéché de Vannes et la majeure partie de celui de Saint-Brieuc ; qu'une habile politique avait créésuccessivementDuguesclin, Glisson et d'autres bretons, connéta* blés de France ; que le duc était devenu pair du royaume ; qu'un grand nombre de seigneurs bretons se trouvaient propriétaires en France , tandis que des gentilshommes français possédaient, par suite d'héritage, des terres bretonnes , et l'on comprendra mieux la puissance des liens qui rattachaient la Bretagne à la France et décidèrent de sa réunion, dont le mariage de la duchesse ne fut autre chose qu'une éclatante consécration.

Les huit dernières années du siècle n'appartiennent pas à la vie de Tancienne capitale du duché de Bretagne ; aussi , avant d'en raconter ce qui concerne Nantes , nous jetterons un coup d'oeil sur les dernières manifestations de la ville encore bretonne , sur les derniers souvenirs de notre ancienne nationalité. Nul doute que l'unité ne nous ait profité beaucoup; mais cette unité s'est souvent métamorphosée en une absurde et intolérable centralisation. Il est donc bon de montrer combien au Xy.« siècle la rie, sous toutes ses formes, fut puissante et développée à Nantes , pour prouver qu'aujourd'hui nous devons nous efforcer , tout en conservant l'unité définitivement conquise par la révolution , d'y joiudre , comme autrefois, cette ardeur qui poussait les provinces à rivaliser de leur mieux avec Paris.

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Il n*est point d*ép<>qae qui nous ait laissé plus de souTenirs de toute espèce que le XV. ^ siècle , aussi nous arrêterons-nous quelque temps à en étudier Tesprit dans celles de ses œuvres qui existent encore on que la tradition nous a conserrées. L'architecture , la peinture y la sculpture , les progrès politiques et religieur , le commerce , l'industrie , ramélioration des mœurs et des habitudes , tout marche alors de Iront ; la société féodale semble empressée d'arriver à son entier développement , et de graver en caractères ineffaçables les signes de sa virilité.

ABCHITBCTUEE BBLI6IBUSB.

La reconstruction des Jacobins^ les fondations de la nouvelle Cathédrale , de Notre-Dame-de-Toutes-Joies , des Saintes-Claires , de TAumOnerie de TErault , l'achèvement de la Collégiale , attestent sufilsamment le développement de l'architecture religieuse dans notre ville pendant toute la durée du Xy.<^ siècle; une analyse rapide nous mettra bientôt à môme d'apprécier la valeur relative de chacun de ces monuments.

L'église des Jacobins ne présentait d'intéressant dans son architectnre^qae sa grande fenêtre. C'est aujourd'hui une ruine pittoresque,que notre collaborateur M. Hawke ne pouvait laisser échapper. La grande fenêtre a perdu son vitrage et conservé l'élégant dessin de pierre qui le soutenait. Une arête sculptée terminait le pignon de l'église du côté droit du chœur : on la voit encore , mais le temps l'a usée. Les fenêtres du même côté, les seules que l'on puisse voir aujourd'hui, sont divisées en deux sans être géminées. La façade toute récente n'a rien qui la distingue de la façade de l'Oratoire ou de celle de Sainte-Croix : c'est un placardage sans goût , qui ne s'harmonise point avec le reste.

rtotre-Dame-de-Tontes- Joies j les Saintes-Claires , l'Aumônerie de rSrault, n'ont laissé aucun souvenir, même traditionnel.

La Collégiale possédait un clocher de pierre, dont la flèche, s'élançant au-dessus des tours de h Cathédrale, se faisait apercevoir au loin. Son architecture était élégante : peu d'églises dans le duché pouvaient lui être comparées, bien qu'elle eût été faite , si toutefois l'on pent parler ainsi , de morceaux rapportés , dont chacun avait le caractère de son temps. Les parties les plus remarquables appartenaient au XV.* et au XVL' siècle.

La Cathédrale de Saint -Pierre et de Saint -Paol, le monument religieux le plus remarquable de ]\antes , n'a jamais été terminée. IVos pères nous l'ont livrée telle qu'on la voit de FOratoire , avec un clocher du XII." siècle, un bout de flèche du XY.s un chœur et une demi-nef transversale , construits ou réparés à des époques beaucoup plus reculées. Elle est bâtie sur remplacement de Tancienne église , dont Tancien chœur et Tancien clocher terminent sa nef; nous avons long -temps cherché pour savoir à quel architecte le duc Jean Y et Tévéque de Nantes avaient confié la construction d'un monument qui devait effacer en splendeur les plus belles Cathédrales de Bretagne ; mais nous n'avons rien trouvé qui pût éclaircir cette importante question: nous savons seulement qu'un maçon nommé Mathelin dirigeait les travaux vers 1442; c'est donc dans la partie qui existe et dans un très-vieux plan sur parchemin , qui est sans doute la copie d'un autre plus ancien encore^ que nous devons étudier la pensée de l'artiste (1).

Au XV.' siècle, comme dans les précédents , une cathédrale, devait être la représentation matérielle des croyances catholiques. Le signe matériel de la religion du Christ devait donc être tracé à sa base et s'élever dans les airs avec ses murs; tandis que l'histoire entière du monde chrétien depuis la création de Moïse jusqu'au jugement dernier , devait se dérouler le long de ses pilastres , aux rentrants des ogives de ses portiques et jusque dans ses vitrages coloriés, de manière à fournir au peuple un catéchisme en imaiges qu'il pût consulter à tonte heure du jour. Pour remplir cette donnée, l'architecte de Saint-Pierre de Nantes avait projeté un édifice rectangulaire, arrondi à l'une des extrémités , dont la longueur eût été de 33B pieds sur 136 de large. La nef de cette église, adossée aujourd'hui au vieux clocher, devait former la croix sur le centre du chœur ; mais cette croix, peu visible à l'intérieur, se fut dessinée de loin à l'extérieur , les bas côtés ne devant pas avoir de toit. Vingt-huit massifs de maçonnerie extérieure et vingt-six massifs intérieurs devaient soutenir cette cathédrale > dessiner la croix, fournir les contre-forts, former le portique , soutenir les galeries , diviser les bas-côtés en vingt-et-nne

(,l)GephnnoiisaétécommaniqDëpar]ll. Sehenlt, arcbitecle da dëpartemeot, qui a en robligeance de mettre beaocoap de doeaments corieaz à notre disposition.

Xy.« SIÈCLE. 15t

diapelleSy non compris les bras de la croix , et laisser sept oovertnres : trois pour le portique de Tooest, qui forme la façade ; deux pour les portiques du nord et du sud et deux autres pour les portes des bras de la croix. Une galerie , qui existe eu partie y deyait régner tout autour de Téglise à une grande élération, se repliant aux bras de la croix le long de ses murs, pour revenir ensuite contourner le cbœur. D'un côté, cette galerie donnait sur Téglise, dont elle permettait d'admirer toutes les beautés intérieures. De Tantre , elle recevait la lumière par des fenêtres que Ton ne voit plus de l'extérieur ; mais supprimez pour un instant, par la pensée , le toit d* ardoises qui protège la belle voûte plate en granit des bascôtés de la cathédrale , et vous verrez alors la nef plus élancée^ telle qu'elle a dû exister autrefois. Les contre-forts et les arcs-boutants se dégageront aussi de manière à paraître plus élégants et plus légers. Rétablissez maintenant les vitrages coloriés aux fenêtres extérieures de la galerie » aux vingt-et-une fenêtres des cbapelles , aux fenêtres de la croix, aux vingt-neuf grandes fenêtres de la nef, à la grande fenêtre du portail, et vous conunencerez à .comprendre l'efiet d'ensemble de cet imposant édifice , dont la vie , dans toutes ses phases , se trouve si étroitement liée aux phases diverses de bonheur et de misère de notre cité.

Si de la galerie nous descendons dans l'église, nous ne pouvons qu'admirer le grandiose et lariche simplicité de son architecture: il est vrai que chacune de ses fenêtres de la nef, que les Anglais appellent ciere Hory , est d'un dessin difiérent, que toutes les sculptures sont consciencieuses, que les ornements sont fouillés eu dessous, ce qui leur donne une légèreté tout aérienne dont notre avarice bourgeoise a perdu le secret. Cependant nulle part l'art ne se fait sentir, et dans cette variété infinie de détails, l'unité vous frappe d'abord ; ce n'est qu'au bout de quelque temps que l'on peut étudier et comprendre cette multiplicité prodigieuse , qui serait bien plus étonnante encore , si le vitrail et ses peintures existaient dans leur entier. Cependant , par-dessus tout , la nef vous domine: jamais voûte dans notre ville ne s'était élevée si haut. Les pilastres qui la soutiennent ne sont plus , comme dans le passé , de simples colonnes aux chapiteaux symboliques , ni un assemblage de colonnettes^ mais une masse ridée de haut en bas par de nombreuses bandes rectangulaires qui multiplient les surfaces, les clairs et les ombres , et contribuent singulièrement à déguiser aux yeux le volume et même la forme de l'octogone dans lequel l'ar-

chitecte a taillé des saillies et des eafoncements prismatiqaes pour former les pilastres de ses trarées.

Entre deux pilastres, Ton aperçoit , aa-delà da bas-côté , une chapelle éclairée par ane fenêtre latérale , puis aa-dessos nne galerie divisée en trois, puis an-dessos encore nne grande fenêtre d^nn dessin remarquable.

Cette rue partielle est d*an excellent effet ; et « si les vitrages peints existaient, peut-être trouverait-on les fenêtres du XV."" siècle supérieures à toutes les autres. — Le dessin d'une portion de galerie comprise entre deux pilastres que nous donnons, suflSra. pour montrer tout ce qu'il j avait de gracieux dans le genre d'ornementation affecté à la cathédrale. Le dessin de la petite porte de droite , que Ton pourra consulter ensuite > nous montre avec quel art les rentrants des ogives ont été consacrés à la sculpture , et quel excellent goût a présidé partout à la décoration de chaque partie ; mais il faudra que Timagination vienne en aide , car les statues qui n'étaient pas liées à la maçonnerie , n'existent plus.

Nous n'avons rien à dire maintenant ni des contre-forts , ni de l'ensemble de la nef , si ce n'est que notre cathédrale, construite à une époque qui nous a laissé peu de monuments du même genre , réunit dans sa généralité la simplicité grecque et son ordonnance sévère au grandiose de l'art chrétien.

Des décorations en sculpture consacrées à retracer le souvenir des princes du pays et l'immense épopée catholique depuis la création jusqu'au jugement des morts , formaient , comme nous l'avons dit, une partie essentielle des cathédrales. Au XIV .« siècle , les peintures des vitraux vinrents'y associer; en sorte que l'église principale du diocèse devait contenir et l'histoire générale des hommes et l'histoire spéciale de la contrée. A Nantes , où l'on s'était proposé ce double but , l'architecte avait ménagé aux sculpteurs , tant sur la façade qu'à l'intérieur , et contre les deux derniers massib qui contribuent aujourd'hu à supporter les orgues, plus de cent cinquante bas-reliefs. Presque tous avaient été respectés en 93; depuis, un regrattage maladroit a détruit ou mutilé ce qui en restait. Aux rentrants des ogives, nous trouvons place pour 154 tableaux. Les dessus de porte fournissent cinq emplacements , pour autant de sujets , beaucoup plus développés que ceux des rentrants des ogives; près de cinquante statues à l'intérieur, non compris celles qui devaient orner les diverses chapelles , et plus de soixante à l'extérieur , non compris

on nombre aussi considérable de statuettes ; telles étaient les autres scnlptores projetées sons le règne de Jean Y ; de sorte qu'il y avait place dans la cathédrale , tant sur la façade qu*di Tintérieur , pour plus de cinq cents sujets historiques ou religieux, non compris un grand nombre de piédestaux , d'encadrements et d'ornements de toute espèce.

Nous reviendrons, à l'article de la sculpture , sur l'exécution de ces cinq à six cents tableaux ou statues dont l'architecte de Saint-Pierre voulait orner son église ; nous ne dirons rien non plus de l'ensemble de la façade , le dessin que nous en donnons pouvant suppléer avec avantage à toutes les descriptions ; mais nous ferons remarquer à nos lecteurs qu'un monument religieux comme l'église de Nantes varie ^chaque heure du jour dans l'expression de sa physionomie, de manière à faire vibrer successivement, selon ses divers aspects, tontes les cordes de l'àme , ce qui constitue surtout le mérite du genre auquel il appartient.

L'étude des détails de la cathédrale présente un grand Intérêt : à chaque pas ce sont des richesses nouvelles , dont chacune mériterait nue gravure à part. Il se mêle aussi quelque peu d'orgueil dans cet examen qui prouve d'une manière bien évidente que l'église de Saint- Pierre de Nantes est une œuvre entièrement originale , plus rapprochée peut-être du gothique espagnol et surtout du gothique anglais que de tons les autres ; mais, cependant , nettement séparée des plus belles cathédrales d*Angleterre par un faire et une ornementation d'un genre nouveau.

A la porte du sud, l'on trouve un pinacle dont nous donnons le dessin; nons regrettons de ne pouvoir y joindre la sculpture qu'il surmontait autrefois ; mais cet ornement est la partie la plus importante du petit ensemble qu'il contribuait à former , puisqu'il ne se retrouve presque nulle part ailleurs, si ce n'est dans quelques monuments espagnols. Sur les quatre massifs qui divisent la façade de la cathédrale , l'on remarque, en avants des niches détruites à coups de marteau en 1819. Leur partie supérieure présente aujourd'hui une forme pyramidale. Le dessus de ces niches, pour chaque massif, se compose de deux dais que surmontent des cAnes avec finals et crochets , et qne séparent de petites niches très-élégantes , d'un dessin assez rare dans les autres cathédrales de la chrétienté. — Ces dais rappellent, il est vrai , les oonopieê d'York et d'Oxford « mais de la même manièie

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qa'an monament de stjle toscan ou corinthien en rappelle nn antre d'architecture semblable. Quant aux niches et aux ornements placés sur les dais , il serait aussi facile de leur trouver des analogues tant en France que dans la Grande-Bretagne.

Les piédestaux de la cathédrale de Saint-Pierre sont tous très-élégants ; plusieurs sont carrés ; d'autres consistent en un simple bâton noueux qui s'épanouit à la partie supérieure , de manière à former un bouquet de feuilles de vigne et des grappes de raisin ; d'autres fois un bouquet de feuilles de chicorée , quelquefois une grosse touffe de feuilles de chêne arec des glands : ceux que nous donnons dans cet ouyrage ont été copiés à la porte du sud^ et nous paraissent caractéristiques.

Au-dessous de chacune des statues qui divisaient en deux les portes de la cathédrale , se trouvaient des sculptures intéressantes. La plupart ont disparu ; cependant l'on voit encore sous le Saint-Pierre du grand portail , qui remplace la vierge que 93 a détruite , les quatre p^res d'Orient, assis chacun dans un fauteuil et occupés de leurs écrits, qui se déroulent selon l'usage du temps et laissent voir quelques lignes d'écriture gothique. Ainsi, Saint-JérOme, Saint-Grégoire de Nasiance, Saint- Augustin et Saint- Athanase, faisaient, on le voit, partie de ce catéchisme en sculpture , qui ornait la façade de notre église. IVons ne savons trop quel est celui que notre dessin représente ; mais il est asses curieux de voir, par cette gravure , qu'an XY.' siècle, le bas-relief n'était nullement compris comme aujourd'hui , et que les fauteuils du temps renfermaient quelquefois des bibliothèques. D'autres pères de l'église ornaient encore le piédestal de la Vierge et les autres grands piédestaux des quatre autres portes; mais nos efforts pour retrouver dans les débris que la restauration n'a pas mutilés les quatre docteurs dont l'Occident se glorifie , n'ont en aucun succès.

Les diverses balustrades de Saint-Pierre ne présentent rien qui ne se retrouve ailleurs , et notre dessin des galeries suffira pour faire juger celle qui était le plus remarquable. Les contre-forts et leurs arcs-boutants n'ont pas d'ornements ; leur légèreté seule fait leur mérite. Les gargouilles n'ont rien de curieux: ce sont, en général, des monstres d'invention qui se ressemblent les uns les autres ,' et dont aucun ne nous a paru mériter d'être dessiné à part.

Les niches sont élégantes ; il en est quelques-unes d'une forme trèsgracieuse , que l'on remarque derrière le calvaire situé à l'extérieur.

Xy.« SIÈCLE. 155

nous eosskms yoala donner d'autres gravures des détails de Saint- Pierre ; mais cette étude nous eût conduit trop loin , et nous nous sommes borné à reproduire une petite fenêtre située à gauche de Torgne, dont elle est voisine. Elle montre combien Tarcfaitecture du XY.« siècle y si souvent appelée barbare , se prêtait merveilleusement à toutes les combinaisons. L*on a dit et répété jusqu'à satiété, que cette architecture n'avait pas d'unité: cette assertion disparaît devant un examen sérieux > et l'on trouve au contraire qu'à l'unité ancienne le mojen-âge a su joindre une variété prodigieuse dans les détails; quant au métier, pour lequel nous nous croyons si supérieurs , nos pères l'entendaient presque aussi bien que nous. Leur foi , plus vive et plus ardente, permettait à de simples ouvriers de consacrer leur vie à faire des feuillages fouillés par dessous , des dais en dentelle de pierre , des branches de vigne, des raisins en pierre blanche et même en granit, tandis que leur intelligence pratique et leur sollicitude pour leurs œuvres , leur faisaient inventer une foule de ces moyens que nous appelons des ficelles. Pour conserver le fer , ils l'enveloppaient d'étain ; pour faciliter Tœuvre des plus capables , les autres maçons faisaient l'office de nos praticiens ; pour donner du relief aux dentelles de pierre blanche , l'on passait par derrière des ardoises qui formaient un fond noir , et servaient de la sorte à en dessiner les contours.

L'on a beaucoup discuté dans ces derniers temps pour savoir à qui appartient l'architecture gothique ; les uns l'ont fait naître sur notre sol, d'autres n'y ont vu qu'une copie de l'architecture mauresque. Cependant il est assez naturel de croire , si l'on étudie toutes les transformations de l'art depuis le VI." siècle, que les architectes chrétiens n'ont été ni inventeurs ni copistes. Frappés d'admiration à la vue des monuments arabes et mauresques , si légers et si vivants auprès des leurs, les pèlerins de Jérusalem et les Croisés durent nécessairement rapporter dans leur patrie des souvenirs que chaque nation féconda suivant son génie particulier. De là les gothique3 espagnol , allemand, français, anglais; de là le gothique de notre cathédrale.

▲BGHrrBCTUBB CIVUB.

Une partie du Château, la Maison -de -Ville, du Bouffay, grand nombre de maisons en bois , l'hôtel Briord et quelques antres , appartiennent au Xy.« siècle.

JVous donnons > dans cet onyrage, nne gravure de la chapelle du Château , une antre de la façade intérieure de cet édifice , et quelques dessins représentant des ornements des fenêtres et de la corniche (corbel). C'est bien suffisant pour faire connaître le style et apprécier la y aleur de ce monument , que Ton ne peut juger dans tous ses détails, qu'à l'aide d'une longue-vue. De loin, les fenêtres noires et massives , rappellent à l'esprit tout ce que la féodalité avait d'horrible. De près , cette lourdeur disparait entièrement pour faire place à des feuilles de vigne grimpant , légères et hardies , tout autour des croisées.

La façade de la partie du château qui existe encore , appartient aux beaux jours de la sculpture du moyen-âge ; comme ornementation , nous ne possédons à Nantes rien de mieux que ce qui s'y voit. Les gravures que nous joignons au texte , nous permettent de passer outre , et de consacrer de plus longs détails aux choses pour lesquelles le dessin ne peut nous aider.

Chaque jour voit disparaître quelques-unes des maisons de bois du XY.' siècle, qui faisaient le plus bel ornement de notre ville, rivalisant de luxe dans leurs sculptures et leurs vitrages avec les châteaux et les églises ; aussi nous pardonnera-t-on de nous y arrêter quelque temps.

Les plus belles maisons en bois de IVantes ne nous paraissent pas antérieures au XY.*: siècle: quelques-unes, malgré tout le respect que nous professons pour l'opinion contraire, nous semblent même appartenir aux premières années du XYL'; ainsi la maison des Enfants- IVantais, placée au coin de la rue de la Poissonnerie , porte sur l'un de ses piliers une sculpture représentant des armes mi-partie de France et de Bretagne , entourées d'une cordelière , ce qui indique le règne de la duchesse Anne. Il est vrai que cette sculpture est en relief sur un creux et peut avoir été faite après la maison, ainsi que les autres ornements qui la décoraient ; cependant tout porte à penser que la maison elle-même n'est plus ancienne que de quelques années seulement.

Aucune des maisons de bois de notre ville ne possède ces petites chambras avançant sur la rue , si fréquentes en Allemagne et en Angleterre , que nos aienx appelaient aratoriolum (sans doute parce qu'ils en faisaient des boudoirs destinés à la prière) , et que nos voisins

d'OQtre-mer nomment boy windovi^. Les seoles dispositions de ce genre que noas ayons remarquées, ont été faites pour pratiquer des escaliers, et ne ressemblent pas anx fenêtres arancées dont nous parlons.

Avant la "révolution , notre ville était riche en maisons de bois , ornées de sculptures ; 93 a détruit une grande partie des sculptures , et les hôtels bourgeois , bâtis depuis mil huit cent quinze , ont fait tomber un bon nombre des maisons dont les façades rappelaient les iiabiles imagiers du moyen-ftge; nous pouvons cependant, par ce qui reste , juger de ce qui fut autrefois. Au premier abord , on reconnaît le même type dans toutes les maisons en bois qui sont dignes de fixer les yeux. Cherchez dans les rues qui conduisent de Saint-Pierre an pont d'Orléans , dans les rues de la Poissonnerie , de Belle-Image , de Saint-Nicolas , de la Glayurerie , du Port*Haillard , de la Juiverie et au carrefour de la Gasserie , partout tous remarquerez que les maisons en bois à deux ou trois étages au plus , dont tous les étages avancent sur la rue par des saillies successives , sont les seules qui aient possédé des sculptures et qui méritent d'être étudiées.

Dans ces maisons, les marchands occupaient habituellement le rez-de-dianssée. Les sculptures des piliers leur servaient fréquemment d'enseignes. Long-temps rapothicairerie situéeprès des Changes, au lien où se trouve aujourd'hui la maison Meslé n'eut d'autre annonce qn'nn pilenr triturant ses drogues dans un mortier. Ce vieux débris d'un autre siècle se trouve maintenant au Musée, où notre collaborateur M. Hawke l'a dessiné. Sur les piliers de la maison des Enfants^Nantais, l'on voit encore et les armes dont nous avons parlé , et d'autres sculptures peut -être allégoriques dont le sens nous échappe. Ailleurs c'étaient des saints, probablement les saints patrons du marchand sous l'invocation desquels il débitait ses denrées.

Les escaliers de ces maisons étaient tous très -mal disposés et très-obscurs, ceux-là mêmes qui conduisaient aux appartements des plus grands seigneurs de l'époque. La distribution des appartements n'était pas savante : le plus souvent les chambres se commandaient mutuellement, de grandes alcêves diminuaient la gêne qui en résultait, et remplaçaient tant bien que mal les corridors qui desservent aujourd'hui les diverses pièces d'un appartement. — Parfois les greniers de cinq ou six maisons bâties à la même époque, n'avaient point de séparation ; parfois aussi , surtout chez les petits bourgeois , des ponts couverts servaient à mettre en communication les deux côtés de la

rae , comme cela se Toit encore dans la rue de la Bléterîe ; mais alors c*était sar le derrière de la maison qn'araient lien ces communications d*ane rne à rantre, et nous devons remarquer que la façade seule appartient an XV.» siècle. Cette disposition était trop curieuse pour que M. Hawke pût Toublier , aussi a-t-il consacré à la rue de la Bléterie Tune de ses grarures. L'entrée de cette rae ne permet pas à deux personnes d'y passer de front , et quelques maisons possèdent des chambres avancées, mais aucune d'elles ne rappelle les oratoriolum. Cette partie de la ville nous a para renfermer les constructions en bois les plus anciennes.

Les sculptures étaient taillées dans le bois mâme qui servait à former la maison ; à Tintérieur, c'étaient des figures grotesques, des monstres , des têtes d'anges formant des pendentib , des brakets et d'autres ornements ; à l'extérieur c'étaient le plus souvent des saints ou des figures allégoriques. Les plus belles sculptures de l'extérieur se trouvaient , soit au coin de la maison , quand elle était placée à l'angle d'une rue, soit sur la façade. Parfois, des êtres burlesques, moitié hommes, moitié animaux, grimpaient le long des supports. L'on en voyait aussi quelques-uns demi--cachés dans les angles rentrants comme des singes aux aguets; on les eut crus prêts à faire pièce aux passants.

La maison des Enfants-Nantais nous est une preuve de ce que nous venons d'avancer: à son angle se trouvait la sculpture sur bois dont nous donnons la gravure ; sur sa façade l'on voit les traces de quelques saints enlevés à coups de hache. Sur la maison du carrefour de la Casserie, qui porte le n.<» 12, l'on remarque quatre statues, dont nous donnons aussi les dessins: représentent-elles les quatre ordres de l'état, le peuple, la royauté, le clergé, la noblesse ou Saint-Christophe , la Vierge , un moine et un autre personnage toutk-fait inconnu? nous l'ignorons. Ces quatre figures, qui tombent de vétusté, perdent chaque jour de leur valeur; chacune d'elles est placée sous un dais , et terminée à sa partie inférieure, par un support ou braketdont deux sont des têtes d'anges. La maison de la Clavurerie, habitée autrefois par la duchesse Anne , s'il faut en croire une tradition fort respectable à notre avis, présentait smr sa façade trois figures : IHotre-Dame-des-Anges , ainsi nommée parce que l'enfant Jésus qu'elle tenait sur ses bras, portait des ailes; Saint-Jean et Sainte-Anne. Ces figures étaient peu correctes, mais expressives et

prodoisant beaucoup d*effet. — Àraiit 89 ob les nettoyait encore anx jonn de grandes fêtes ; mais on ne les habillait pins comme au inojeii-âge. Pendant la rérolntion, une dame qni alliait à nn catholicisme ardent des sentiments très^ciriques» les parait à chaque solennité d'une énorme cocarde tricolore. Depuis cette époque , ces statues , respectées en 93 » ont été mutilées et détruites.

Dans la me de la Juirerie, la maison du n.<> 12, dont Tallée se troure encayée » ayalt sur sa porte un ornement du genre des pinacles de la cathédrale , que surmontait une ogive flamboyante de la fin du Xy.« siècle ou du commencement du XYP. Un lion, un chien, quelques feuilles de chou on de chicorée , deux tètes de chiens de mer et plusieurs autres ornements se voient encore sur sa façade qui a reçu cependant de nombreux outrages. L'escalier de cette maison est en pierre et forme une spirale; ce qui se voyait quelquefois dans les édifices en bols. Plusieurs maisons possédaient à Tintérienr des wnememts remarquables. L'on voyait autrefois , rue de la Glavurerie , dans l'hôtel delà duchesse Anne , de grandes cheminées sculptées dans le goût de la renaissance , mais il n'en reste plus rien.

Les fenêtres de ces habitations variaient beaucoup : souvent elles étaient très-nombreuses et placées les unes contre les autres, de manière k figurer une cage de verre; on eût dit que chaque maison voulait absorber en entier toute la lumière que Tétroitesse de la rue lai permettait de recevoir; d'autres fois, les fenêtres plus grandes étaient plus écartées; dans tous les cas, le vitrage était le même: il se composait de petites vitres retenues par du plomb et des baguettes de fer. Souvent les vitraux étaient peints. Chez les grands seigneurs, les quatre compartiments de la fenêtre avalent chacun leur ornement armorié ; chez les gens d'église, ces ornements étaient remplacés par des sujets religieux ; chez les bourgeois , l'artiste , plus libre dans ses allures, se livrait à tonte la verve de son eq>rit : de là des carica> tures telles que les sept péchés capitaux , ou des sujets techniques comme la représentation de tous les détails d'une profession. — Celles de nos gravures qni représentent la me Saint -Nicolas, le Bouffay, la rue Belle-Image, la maison des Enfants-Nantais, la maison Ghaumier, et les maisons voisines, la me duPort-Haillard, et le carrefour de la Gasserie nous semblent très-propres à donner une juste idée des constructions en bois du XV.« siècle et à compléter notre description.

Nons ne saurions passer ontre sans examiner maintenant comment nos pères, si avancés en fait d'art, entendaient le confortable de la vie.

Remarquons d'abord qne leurs mes très-étroites ne ponvaient souvent donner passage à une charrette , et que , par suite , nn grand nombre des habitants ne faisaient qu'à dos d'hommes et à force de bras, leurs provisions de bois , de tourbe , et de vin.

Chaque cheminée avait son tujau particulier ; Ton ne savait pas encore couder les tuyaux pour desservir plusieurs feux avec une seule cheminée.

Nous ne voyons rien qui annonce les précautions nécessaires pour se débarrasser promptement et sans inconvénient des immondices de toute espèce auxquelles donne lieu l'accumulation d^nn grand nombre d'hommes sur nn même point. Les escaliers étaient souvent très-obscurs; il existe encore à Nantes des escaliers du XY.<^ siècle et même du Xyi.«, qui ne reçoivent aucune lumière dans une élévation de quarante pieds. — Le transport de l'eau^ si nécessaire ches les pauvres comme chez les riches, se faisait à bras pour la plupart des ménages ; chacun logeait beaucoup plus à l'étroit qu'aujourd'hui, et telle maison de la place du Pilori qui contient actuellement vingtquatre habitants, suffisait aux besoins de quarante et cinquante.

Parmi les curiosités qui se rattachent aux maisons en bois de Nantes, nous devons, de plus, citer une Notre-Dame -de -Délivrance que l'on voit encore dans une cour de la rue Saint-Léonard. Cette sculpture , qu'un zèle pieux entoure fréquemment d'ofi&randes, a traversé la révolution à l'abri d'une cloison de planches qui la dérobait aux outrages en la cachant aux yeux. Elle est peinte et fort ancienne ; son style annonce la fin du Xy.« ou le commencement du XYL* siècle. Peut-être quelques parties ont été changées depuis cette époque. La Yierge nous a paru récente; mais la nouvelle Yierge est une copie fidèle de l'ancienne, et l'ensemble de ce petit monument appartient à une époque reculée. La gravure que nous en donnons permet d'apprécier sa valeur au point de vue de l'art. Les détails sont médiocres , mais l'ensemble est heureusement disposé. An devant, la Vierge avec l'enfant Jésus ayant à ses pieds des fleurs et des offrandes; des deux côtés de la Yierge, deux anges qui lui posaient une couronne sur la tête. Les anges existent encore , mais il ne reste rien de la couronne. Au-dessus , un pinacle en bois , au centre duquel se trouve le Père

Xy.* SIÈCLE. 161

éternel; aa-dessns du pinacle an Saint-Michel-Archange , écrasant le Mal représenté par nn dragon. Sur les deux colonnes qni forment rencadrement de ce relief en bois, Ton voit deux enfants ; à leurs pieds pendent les cordons de la consécration à la Vierge. — Un double toit reoouTre ce reste de la foi naïve de nos pères; une vieille plancbe Tahrite de chaque côté , et souvent encore des cierges brûlent au devaut de la Madone.

SCULPTUBB.

La grande porte de la façade de la cathédrale avait sur le piédestal qui la divise une statue de la Vierge portant sur ses bras Tenfant Jésus; cette statue a été détruite et remplacée, depuis « par un Saint- Pierre. Au-dessus, dans le timpan de la porte, en place de la rosace que Ton y voit aujourd'hui , se trouvait un tableau en relief représentant le jugement dernier. Le Père Étemel était assis, ayant la croix de son fils entre les jambes ; le Christ occupait sa droite, Marie était & la gaoche; au-dessus de la croix, le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe , planait les ailes déployées. Des deux cotés , en demicercle, se tenaient divers groupes : c'étaient les anges en arrière : puis, sur le devant du tableau, les patriarches, les martyrs, les pères de l'église et les saints ; mais il n'y avait point de saintes, et Marie était seule de son sexe, suivant l'usage du temps, qui accordait aux hommes une immense supériorité sur les femmes , et qui établissait toujours ses dualismes , l'esprit et la chair, l'homme et la femme , la synthèse et l'analyse^ la science et l'industrie, et en subaltemisant l'un des termes. Au-dessous se trouvait une peinture de l'enfer tel que le XV.** siècle le concevait: une immense chaudière placée sur un feu trèsardent recevait les réprou?és , que les diables y jetaient de tontes parts ; les uns avec les mains, d'autres avec des fourches.

Les statues des apôtres dont il ne reste aucun vestige , ornaient aussi cette porte; leurs piédestaux présentaient chacun quatre tableaux en relief: h droite Ton voit encore sur ceux qui restent , malgré les mutilations qu'ils ont subies, la construction de l'arche, l'entrée dans l'arche , le déluge, Noé plantant la vigne , ses fils l'examinant pendant son sommeil , et quelques autres sujets de l'histoire de Noé ; à gauche Ton trouve l'histoire d'Abraham. Les rentrants de l'ogive sont occupés par quarante-huit tableaux placés sur trois rangs. La droite, dans

162 Xy.« SIÈCLE.

les six tableaax inférieurs , représente la Résurrection : an-dessus se trouve une suite d*allégories composées chacune de quatre personnages dont deux sont des anges ; on dirait , en les voyant , ia conduite et pèlerinage sur terre de mesdames Anne et Isabeau de Bretagne sous ia sauvegarde des bienheureux Messeigneurs les anges gardiens ; de Tautre côté 9 vis-à-yis des tableaux consacrés à la résurrection , Ton voit les supplices des damnés, qui occupent les trois derniers rangs: puis» andessus, des tableaux allégoriques de quatre personnages entièrement identiques^ pour la pensée, à ceux qui se trouvent à droite.

La porte de droite de la cathédrale était consacrée à Saint- Pierre. Au-dessus de cette porte se trouvait une fenêtre que masquaient en partie une petite cathédrale et deux tableaux en sculpture; la cathédrale rappelait-elle ces paroles: Vous êtes pierre > et sur cette pierre je bâtirai mon église ? Quelques souvenirs d'one tradition confuse porteraient à croire que la statue de Saint-Pierre se trouvait au-dessous, sur le piédestal qui divise la porte en deux, et que des saints surmontaient les autres. Les bas-reliefs de cette porte se rattachent à rhistoire de Jacob et à celle de Joseph. Les deux tableaux en sculpture qui se trouvaient sur le timpan de la porte , aux deux côtés de Téglise , sont trop mutilés pour qu'on puisse en donner Texplication; mais, sans aucun doute, ils se rattachaient à la vie de Saint-Pierre. Les 22 tableaux de Togive nous ont paru représenter des scènes de la vie des apôtres , et spécialement de la vie de Saint-Pierre. (k>mnie sculpture , ils peuvent être critiqués sous le rapport de Texécation ^ cependant Ton doit rendre justice an talent remarquable avec lequel les personnages sont groupés.

La petite porte de gauche était consacrée k Saint-Paul ; aucun souvenir et aucune tradition ne disent quelles statues la décoraient. Audessus de la porte se trouvait un tableau d'une sculpture très-soignée^ qui existe encore , et qui nous a paru représenter Jésus au tombeau.

Sur les bas-reliefs de cette porte , Ton volt à droite Tépisode d*Agar dans le désert , et à gauche la suite de Thistoire d'Abraham. Les rentrants de l'ogive sont ornés de deux rangs de sculptures formant 22 tableaux, parmi lesquels on distingue la conversion de Saint-Paul , son voyage sur mer, son naufrage. JXous avons cru y voir le martyre de Saint-Etienne et quelques sujets empruntés aux actes des apôtres ; mais il faudrait de longues études , faites au moyen d'un échafaudage, pour préciser la signification de chacun d'eux.

Parmi toutes ces scolptores , les tableaux du rentrant de Togive de la porte de Salnt-Panl et le tableau qui la surmonte , nous semblent occuper le premier rang. Le grand tableau du sermon sur la montagne, qui se trouve au portail du nord , est fort remarquable comme composition , mais beaucoup moins sous le rapport de Texécution. Il y a dans les tableaux consacrés à la résurrection , des détails délicieux et que tons nos artistes du XIX.« siècle s'applaudiraient d'avoir sculptés ; on peut en dire autant des quatre personnages symboliques qui occupent le reste des rentrants de Fogive , et des diableries qui sont h gauche. Celles-ci avaient pour but de montrer le vice dans toute sa nudité. Par un caprice assez singulier de Tartiste , presque tous ses démons sont femelles ; peut-être aussi faut-il attribuer ce fait à la même pensée religieuse qui n'avait placé que des hommes autour du Père Eternel, dans le tableau du jugement dernier; c'est-à-dire an dualisme de Tesprit et de la chair, dont Thomme et la femme peuvent être considérés comme la personnification.

Les figures des démons sont la partie la plus intéressante des diableries ; elles prouvent d'une manière incontestable que les ouvriers et imagiers du moyen-âge (car alors la langue n'avait pas inventé de nom spécial pour les artistes) avaient fait des études profondes sur la physiologie de la tête et les rapports qui existent entre les divers penchants et la forme générale du crâne et de la figure. Bien plus , la phrénologie ne trouve rien à dire lorsque , laissant l'art de côté , elle s'empare de ces diableries pour les soumettre à l'examen d'une science que les grands observateurs de tous les siècles semblent avoir pressentie.

Nous ne pouvons juger la sculpture de l'intérieur de la cathédrale que par les encadrements des bas-reliefs qui s'y trouvaient. Le soin avec lequel ils sont travaillés annonce que les bas-reliefs de l'intérieur de l'église étalent probablement supérieurs à ceux de l'extérieur ; cependant ces derniers avaient du mérite comme composition : c'étaient des esquisses expressives et hardies , dans lesquelles les personnages étaient heureusement disposés.

Parmi les autres sculptures du XV.' siècle que Nantes possédait , nous devons citer les images d'or et d'argent données aux Carmes par Jean V , les tombeaux de Pierre-de-Bretagne et d'un évêque , le tombeau de Jean lY , le saint sépulcre des Jacobins , les nombreuse^ sculptures sur bois des maisons particulières , et les portes en bois de Saint-Saturnin.

164 Xy.« SIÈCLE.

Le dessin qae nous donnons ici da tombeau de Jean Y, est copié sur celui que dom Lobinean nous a laissé : Ton y roit le duc couché de son long sur une table de marbre carrée, la tète est couverte d'un casque en forme de bonnet pointu , auquel commence un vêtement maillé qui protège la IBgure , le cou et les épaules ; son armure de fer est complète , et recouvre entièrement tout le reste du corps , à Fezception des extrémités. Ses mains ont des gantelets serrés au poignet par des bracelets , et ses pieds , enveloppés par une armure mobile, s^appuient sur un lion. La longueur du tombeau est divisée en cinq niches , par de petits pilastres gothiques , dont les extrémités formaient au-dessous de Tentablement une dentelle en marbre ou en albâtre d*un très-bon goût.

Un autre dessin représente Pierrenle-Bretagne , seigneur de Guingamp, de Ghâteaubriant, comte de Benon, fils de Jean Y et frère de François I<^^ Ce prince , qui suc^^éda au duché de Bretagne en 1450, et mourut en 1457 , fut enterré au milieu du chœur de Téglise de Notre-Dame; sa statue était ornée d'une sorte de couronne , et recouverte d*un manteau à chaperon ; il portait à la ceinture une escarcelle.

Les sculpteurs Bretons du XY.« siècle ont laissé d'admirables preuves de leur talent. Le Finistère et le Morbihan possèdent encore des souvenirs nombreux de ces modestes ouvriers qui sortirent, sous les règnes de Jean Y et de ses successeurs, de la Bretagne bretonnante , pour porter eu France , quelques-uns môme jusqu'en Espagne , le renom du pajs qui les avait vus naître. Aussi , par un sentiment national bien naturel , nous croyons devoir décrire ici le tombeau d'Olivier-de-Glisson , connétable de France , mort en 1407, à son château de Josselin , afin de mettre en regard du tombeau de Jean Y, sculpté en Angleterre , une œuvre bretonne, dans laquelle se trouvent , à la fois, quelque chose de Tomementation de la cathédrale de Nantes, et la première pensée du tombeau des Carmes, dont il sera question plus loin.

Le tombeau de Clisson était formé , suivant Tusage d'alors, d'un massif de maçonnerie d'environ 5 pieds de haut, long de 9 et large de 4 à 5 , revêtu de marbre sur toutes ses surfaces. L'entablement se composait d'une seule pièce de marbre , sur laquelle le connétable et son épouse étaient couchés de leur long ; à leurs pieds se trouvaient un lion et un lévrier , comme dans le tombeau du duc François II ,

dont nous donnons plus loin les deHÎns. Aa-dessns de leors têtes , qae sootenaient des oreillers brodés , l^on remarquait deux dais scalptés à jour» œuvre élégante et fragile, aussi remarquable par ses ornements délicats, fouillés avec un soin tout particulier, que par les difficultés qu'il arait fallu Taincre pour Tobtenir ; deux colonnes sculptées dans le même sentiment , descendaient sur. rentable» ment, jusqu^au-dessous des pieds, ob elles étaient réunies par une trarerse ornée de croix. L'entablement était soutenu par neuf colonnes gothiques formant huit niches , destinées à receroir huit statues qui n'existaient pas au XVII.e siècle et qui n'ont pent-Ôtre jamais été faites. Chacune de ces colonnes gothiques se composait de deux pilastres, renfermant chacun deux niches étroites et longues, Tune supérieure, l'autre inférieure; chaque pilastre donnait naissance à Tune des branches de l'ogive qui était pointue, surbaissée et terminée par un gros bouquet de feuilles , d'où sortait un second bouquet plus mince et plus élevé. De simples niches , ornées de bouquets et de feuilles , servaient h réunir les ogives les unes «ux antres et formaient une dentelle moins large que celle du tombeau de Jean Y , mais plus riche et d'un meilleur goût : on eût dit une véritable draperie de marbre , suspendue , ainsi que les colonnes, à l'entablement, que tous nos ornements supportent si péniblement dans les monuments modernes. Le connétable avait la tète nue , ses gantelets ne se divisaient pas à chaque doigt, et formaient sur le dessus de la main une enveloppe présentant la fcwme d'un œuf coupé par le milieu; le reste de son armure n'avait rien de particulier ; son épouse portait une coiffure , une robe et un corsage que nous rencontrerons plus loin dans le vitrage des Gordeliers , à cela près que la robe n'était pas

armoriée.

n ne nous reste aucune des sculptures peintes du XV. • siècle ; mais la tradition nous a conservé le souvenir des plus remarquables : aux Jacobins l'on voyait à droite, à côté de la chaire à prêcher, un saint en habit de moine ; sa tôte était fendue par un coutelas qui la traversait entièrement, et le sang ruisselait de la plaie sur sa figure et sur ses vêtements; la blessure n'avait rien ôté au calme de son visage; aussi cette statue, qui était sculptée avec art et peinte avec soin , produisait-elle un grand effet. Un saint-sépulcre se trouvait è gauche en entrant , dans une chapelle spéciale de la même i; il était de pierre blanche assez tendre et passait pour une

166 Xy.« SIÈCLE.

ceone de scalptare très -remarquable: il se composait d'an coffre on pierre, dans lequel hait personnaf;es déposaient le corps de Jésns. Ces hait personnages formaient on demi-cercle derrière le torobeao , de manière à laisser voir le Christ et à présenter an spectateur huit physionomies d*expressions variées; chacun de ces personnages avait un costume particnlier^ dont une peintare très-fine relevait encore le mérite. Suivant un usage fréquemment suivi au XY,* siècle, l'artiste avait gravé , sur tons , des inscriptions en gothique , qae beaucoup de visiteurs, dans le siècle dernier, prenaient pour des caractères étrangers.

Les Cordeliers possédaient aussi un assez grand nombre de sculptures; on y remarquait, dans le cloître, un tombeau qai était déjSi dégradé en 89 ; les enfants de chœur de Téglise, qui seuls en ont conservé le souvenir , se rappellent avec plaisir qu'ils se cachaient derrière, quand on les demandait pour étudier; mais beaucoup plus préoccupés de leurs jeux que des beaux arts , ils ont oublié Tordonnance et les sculptures de ce monument. Bans Tintérienr de réglise se trouvait une magnifique statue équestre et colossale , en marbre noir, représentant Guillanme-de-Rieux, dont réponse était enterrée dans le chœur. D'autres monuments ornaient encore les Cordeliers; mais rien ne les rappelle, et la tradition les a complètement oubliés, comme pour donner à méditer sur la vanité des choses d'ici-bas.

La cathédrale possédait aussi , avant la révolution , plnsieors scnlptures peintes dont on ignore la date. Les deux plus remarquables étaient une Vierge et un Christ, qui se Ut>avaient à l'entrée du chœur. L'un et l'autre étaient vêtus de bleu.

PBINTUBSS.

Les peintures sur bois ou sur verre du XV.* siècle et les peintores sor parchemin , des mannscrits , ont presque tous péri pendant la révolution. Cependant, nous trouvons dans les débris échappés au naufrage des preuves nombreuses de l'habileté des artistes de cette époque, comme dessinateurs et comme coloristes?

Les plus belles peintures sur verre de Nantes, existaient à Saint- Nicolas, aux Cordeliers, à la Cathédrale et aux Jacobins. Les peintures des Jacobins ne sont connues que par tradition ; l'on pense que

le duc Jean V , Véréqnt da temps et le premier fondateur de lenr église, André de Vitré, s'j troayaient représentés. L'on remarquait i Saint-Ificolas , un Saint-Sébastien , plusieurs évoques de Nantes ^ les grands personnages de Tépoque. L*abbé Travers parle en ces termes des peintures de cette église :

« C'est le plus beau yitrage delà province , et il n> en a peut-être » pas dans le royaume qui le surpasse ou qui Tégale. Les principaux » événements de la vie de N. S. y sont représentés , et son portrait » si bien tiré , qu'on n'y remarque point de différence en vingt » endroits ou plus que la vitre le donne. » Dans la chapelle de Bon- Secours y à gauche du cbceur de l'église des Gordeliers , l'on voyait François I.«' , duc de Bretagne: il portait un habit de drap d'or, un manteau ducal d'écarlate rouge, doublé d'hermines, et sur le mantelet, l'ordre du Porc-Epic en or qu'il avait fondé. Isabelle Stuart , sa seconde femme, était placée en face de lui; c'était la fille puînée de Jacques Stuart L^^ , roi d'Ecosse. Son manteau était rouge , bordé d'or et de pierreries , son corset bleu, son surcot d'hermines , sa jupe était armoriée : d'un côté les hermines , armes de son mari , de l'autre les siennes qui étaient d'or au lion de gueule enfermé dans un double trés-ckœur fleurdelysé de même; sa couronne était ornée de fleurs de lys. Pierre-de-Bretagne, seigneur de Qningamp, de Ghftteaubriant, comte de Benon, fils de Jean Y , successeur de François I.«', au daché de Bretagne, était représenté sur les vitres de Notre-Dame. Sa cotte de mailles était recouverte en partie par une tunique en forme de chemise , sur laquelle se trouvaient ses armes ; sa femme Françoise d'Amboise était placée à genoux et vis-à-vis dans la même posture ; cette princesse portait un collier , un surcot d'hermines , orné de pierreries, et une jupe chargée de son blason , parti au premier d'her^ minet f au lambel de trois pendants d^azur^ chaque pendant chargé de trois fleurs de lys d'or ; au second pallé d'or et de gueules qui est Àmboise surmonté de Thouars^ qui est d'or, semé de fleurs de lys d'azur, au canton de gueules. L'on voyait encore, à ce qu'il paraît, dans le vitrail des Gordeliers , Marguerite-de-Bourgogne , fille de Jeau-sans-Peur , qui fut mariée en secondes noces à Arthur, comte de Bichemont. Sa coiffure ressemblait à celle qui est en usage chez le peuple dans plusieurs cantons de Bretagne : son surcot n'était ni en hermine ni en fourrure , mais en riche étoffe du temps ; sa jupe était blasonnée de Bretagne au lambel à trois pendants, chargés chacun de trois Uonceaux,

parti écartelé au premier et quatrième de Bourgogne moderne » au second et au troisième de Bourgogne ancien et sur le tout de Flandres. Parmi les personnages illastres que Ton remarquait dans les ritranx des antres fenêtres des Gordeliers , nous citerons François n » Hargnerite de Bretagne , Jean n, vicomte de Roban , comte de Poriioet et Marie de Bretagne ; François n était représenté à genoux , les mains jointes, la cotte d'armes chargée de son blason. Hargnerite-de-Bretagne , fille de François I/^, duc de Bretagne et dlsabelle Stnart, était dans la même posture que son mari; ses cheyeux étaient roulés en baudeau, son manteau dncaU doublé de yair, n'avait point de petit collet; un large galon d'étoffe d'or, orné de pierres précieuses, formait le tour du haut de sa robe ; sa jupe était armoriée , et son corsage recouvert d'un surcot d'hermines , partagé par une large bande de brillants.

Le vicomte de Rohan portait sa cotte d'armes rouge ou de gueules , chargée de neuf macles (for, posées trois ^ trois et trois; Marie de Bretagne, sa femme , avait un corset bleu , un surcot d'hermines, nue jupe chargée du blason de Rohan , parti de Bretagne : sa tête était recouverte d'une coiffure , ornée de brillants , qui enfermait les cheveux et formait presque le casque.

A Saint-Similien l'on voit encore un christ qui n'a rien de remarquable , Saint-Similien en habits pontificaux , une vierge naivemimt dessinée, une Sainte-Geneviève qui porte sa tète entre ses mains, un petit vitrail , le plus curieux de tous , placé dans la fenêtre du bas d& l'église , qui nous a paru représenter Jésus au milieu des Docteurs ; un lièvre , et quelques autres sujets incomplets par suite de mutilations.

L'on voit aussi quelques vitraux de couleur à la cathédrale , ils font partie delà grande fenêtre.

Nous donnons, dans nos dessins, unévêque dont la statue se trouve encore à la cathédrale ; nous ne croyons pas que ce soit Guillaume Gueguen qu'elle représente. — À cêté se trouve le sire Dnchaffaut , seigneur de la Limouiinière , enterré à Villeneuve, près Nantes; audessous François !.<' et son épouse Isabelle Stuart. Une antre de nos gravures représente encore Isabelle Stuart, femme de François I.cm François I.^r en costume simple , un grand écnyer du duc de Bretagne et Pierre-de-Bretagne , duc de Bretagne , dont la statue se trouvait à Nantes dans l'église de la collégiale. Une troisième gravure représente François 11^ Marguerite -de- Bretagne , le vicomte de

Rohan et Marie-de-Bretagne , tels qo'ils étaient peints dans les vitres de Téglise des Gordeliers.

Parmi les peintares sor bois on parchemin du XV.*^ siècle que nous connaissons , soit par les originaux , soit par des copies , nous citerons les suivantes , qui concernent notre ville.

1.0 Un François II, tiré des heures de sa seconde femme; il est représenté debout , et porte sur la tôte la couronne ducale ; son manteau a une petite queue traînante, une doublure d^hermînes et un mantelet d'hermines qui lui descend jusqu'au milieu du bras ; il est sans manches et fendu sur le côté, de manière à laisser passer les bras^ qui sont recouverts par un vêtement à manches collantes.

2.0 Un François I.»^ , tiré des portefeuilles de M. Gagnières , représente ce prince en costume très-simple ; il a sur la té te un bonnet replié sur lui-même, semblable à nos bonnets à mèche, sMls avaient le fond droit comme un sac. Son pourpoint d'étoffe légère est bouffant par derrière avec des manches à gigot et plissé par devant , de manière h former une collerette autour du corps au-dessous de la ceinture. Il porte , en outre , un pantalon collant à pied , ou dont Touverture inférieure ne se voit pas , et des souliers noirs longs et pointus.

3.^ Le grand écuyer du duc de Bretagne , tiré aussi des portefeuilles de M. Gagnières ^ a un costume semblable à celui de François I.«' , à cela près que son pourpoint n'est pas aussi bouffant par derrière , que son bonnet n'est plus le même , et qu'il tient un béret à la main.

4.0 Dom Lobineau nous a conservé le dessin d'un tableau original qui existait au couvent des Saintes-Claires de Nantes , et qui représentait Pierre II , duc de Bretagne , à genoux.

5.0 Cet auteur nous a aussi conservé le dessin d'un autre portrait original du même couvent qui représentait Françoise d'Amboise , épouse de Pierre II. Ces deux tableaux étaient exactement semblables à deux statues qui existaient encore à la cathédrale en 1789 , et qui avaient été faites , selon toutes probabilités , à la même époque. La tradition rapporte qu'ils étaient peints sur bois avec un talent trèsremarquable.

6.0 Arthur III , connétable de France, et depuis, duc de Bretagne, était peinf aux Chartreux armé de toutes pièces. Les deux dessins qui nous restent de ce tableau , l'un dans Montfaucon , l'autre dans Dom

Lobineaa s'accordeot avec la tradition pour faire penser que le tableaa original avait du mérite. Ce prince était coiffé d'un chaperon, attendu qu'il avait tiré son casque pour se faire peindre.

ÉTOFFES DU Xy.">« SIÈCLS.

Nous croyons inutile, après tout ce que nous avons dit et les divers dessins que nous avons donnés , d'insister sur les formes des costumes du XV. ^^ siècle. Le tombeau des Carmes fournira de nouveaux renseignements sur les modes suivies par les grands entre 1480 et 1510, et nous n'avons malheureusement que des données très-incomplètes sur les vêtements des bourgeois et des manant^ dont nos historiens se souciaient trop peu pour leur accorder quelques lignes ; nous passerons donc directement à l'étude des étoffes dont les seigneurs faisaient usage , et à leur emploi.

Le drap d'or se vendait 90 livres l'aune (environ 1800 fr. valeur actuelle). Les qualités les plus inférieures ne valaient pas moins de 65 livres , on s'en servait pour faire des manchons , pour orner les épées des grands aux jours d'apparat , et pour former le siège des princes ; nos marchands le tiraient d'Italie.

Pour faire les broderies des robes et des écussons , l'on se servait de canettes de fil d*or et d'argent de Venise qui coûtaient 40 sous pièce , ou 48 livres la livre eu poids.

Le drap d^écarlate coûtait 20 livres l'aune (environ 400 fr. valeur actuelle). Deux aunes et demie suffisaient pour un habit de duc ou de baron. Ce drap variait dans ses nuances, il était quelquefois violet, et servait alors à faire des coiffures. L'un des bonnets de François II , qui était de cette étoffe , avait coûté 40 sous. D'autrefois ce drap était rosé : dans son enfance , la duchesse, Anne était enveloppée^ quand on la Uevoit , de trois quartiers d'écarlats rosée. Plus tard , on lui fit un manteau d'une aune et demie de cette étoffe ^otir ia porter à l'esèat.

Jamais l'on n'a consommé plus de fourrures , et surtout plus d'hermines que sur la fin du XV."*"" siècle; elles coûtaient 10 livres la douzaine (environ 200 fr. valeur actuelle) , et il en fallait cinq douzaines pour doubler un habit ducal. Les manteaux de cette époque, les chapeaux , les robes , ne pouvaient s'en passer.

Le chapeau du grand écuyer en absorbait trois dozaines employées à le foîirer par le dedans et le rebras. Les robes , qu'elles fussent Ion-

gses on comtes , en étaient ornées. Margnerite-de-Bretagne , dudiesse de Bretagoe , légua en mourant ^ sa belle-sœur deux pannes, fune de mcartre , et (autre d'arminei ; à sa chière et bien amée^ première, dame de chambre^ la dame Duchaffaul^ une panne de martre pour longues robes » et trois autres avec gest semblables à sa nourrice , ^ la demoiselle de Tieux et à demoiselle Jaquette du Fau.

Le vtf/oMx noir coûtait 15 livres Taune (environ 300 fr. valeur actuelle) , il servait à faire des robes , des cbapeaux » des carreaux , à border le drap d'or dans une foule de circonstances , k recouvrir les autels ; il en fallait deux aunes pour un chapeau , une aune pour un carreau. — Les robes de velours étaient souvent fourrées et ornées d'hermines.

Le damas venait de la ville dont il portait le nom , et coûtait 8 fr. Faune. On l'employait fréquemment pour robes et pour carreaux. L'on choisissait de préférence pour ce dernier usage, le damas blanc ou noir. Les ecclésiastiques en faisaient aussi une grande consommation pour leurs ornements d'église. L'évoque de Mantes reçut , lors de l'enterrement du duc François II, une mitre en damas blanc dont l'étoffe avait coûté 6 livres.

Parmi les autres étoffes de soie , nous citerons encore le satin , qui servait aussi à faire des robes , des écussons , etc. , et coûtait 10 livres l'aune (environ 200 francs) ; le taffetas, qui ne coûtait que 5 livres l'aune et qui était par suite' à la portée d'un plus grand nombre de fortunes. — La soie pour franges se vendait 24 livres la livre.

Nous trouvons parmi les étoffes de laine , dont les grands seigneurs faisaient usage , des draps de 15 liv. ( 300 francs) , de 12 , de 10 , de 5 , de 4 livrés l'aune^ Il en fallait 6 aunes et demie pour un manteau, 7 aunes et demie pour robe longue , gaucourte et chaperon ; 3 aunes et demie pour robe et chaperon seulement, si c'était un domestique; 4 aunes et demie , si la personne était d'un rang élevé. Les hommes d'armes n'en absorbaient que 4 aunes , il en fallait autant pour un hamois de cheval.

Le bongran était très-employé pour doublures , la première qualité se payait 10 sous.

Une étoffe , appelée blanchet , servait à habiller les pauvres aux grands enterrements , elle coûtait 20 sous l'aune.

pàbures, bijoux, ÂPPàBTEMENTS.

Les ducs de Bretagne donnaient souvent à leurs favoris de la vaisselle d'argent. Ces cadeaux pesaient ordinairement de dix à cent marcs, et valaient par suite jusqu'à 40,000 fr. de notre monnaie ; quelquefois aussi des brillants , des bijoux et des pierres travaillées étaient la récompense des services qu'on leur avait rendus. Le sire de Rieux, maréchal de Bretagne , qui gagna le prix aux joutes du Bouffay de Nantes en 1484 , reçut du duc un diamant du prix de 82 1. 10 sous (1650 fr. valeur actuelle).

Dans tous les testaments des ducs et duchesses , les bijoux jouaient un grand rôle. Marguerite-de-Bretagne , fille de la duchesse Isabeau, légua en mourant à sa mère , un cœur de diamants et une de ses chaînes d'or à nœuds de Gordeliers ; à Marie de Bohan , sa belle-sœur une ferrure d'or pour garniture de tissus; cette ferrure était ornée de diamants et de perles ; item elle donna , disent nos chroniques , ù cette même belle-sœur, une menue chaîne d'or, faisant environ cinquante tours, un petit coffiret d'acier qu'elle avoit o ses auUres besoignes, avec un petit panier d'argent et tous les ustensiles qui se trouvaient dans le cofifre et le panier. — La même princesse donna encore un de ses colliers d'or , marqué M et F F ; une seconde ferrure d'or de grande dimension , une troisième h lermes et à armines , une coupe , une éguyère et quatre tasses d'argent.

JVous voyons figurer dans un compte de Guyon de Carné, des coupes et des aiguyères d'or et d'argent , des tasses d'argent verrees et gondouronnées , des colliers d'or et d'argent de l'ordre du duc , des colliers d'or émaillés, des diamants, des pierreries, des texus et garnitures d'argent , des pots d'argent , une seincture d'or à madame la duchesse valant GGCGXL écus ; des nibys à la môme , un escot d'or garni d'un rubis , d'un diamant, d'une grosse perle et de quelques autres pierreries; un bracelet d'or garni de six gros rubis et de six grosses perles, qui fut donné à madame de Richement; un écusson de diamant assis en un annei d'or émaillé ; deux cscots d'or , portant deux roses d'or émaillées, l'une d'azur, l'autre de blanc. Les vilains se donnaient des tableaux en relief d'ivoire ou de bois noir d'Irlande ; mais de semblables présents ne convenaient pas à la dignité et à la richesse de nos ducs. Madame d'Estampes reçut de son prince , en 1435, un tableau en or, représentant la résurrection , dans lequel

Xy.« SIÈCLE. 173

oo rodait deux anges et trois cheTallers du moyen-âge, gardant le sépulcre do Sauveur: nenf perles, neuf rabîs, des feuillages et des fleurs d*or ornaient cette précieuse composition du XV.' siècle, rfous YOjons encore figurer dans le même compte d'autres tableaux en or, de nombreuses bagues ornées de rubis, des cerfs-volants d'argeift , dont quelques-uns dorés , que le duc avait commandés pour sa devise ; des tissus longs et courts avec garnitures dorées ou en argent.

Les mœurs féodales entraînaient des habitudes qne la révolution a presque entièrement effacées: chaque seigneur était un petit prince et possédait comme tel son trésor particulier , richesse mobilière qui apparaissait dans tout son éclat aux grands jours d'apparat et de fête. Le formulaire suivant, composé d'après un grand nombre de pièces authentiques, nous semble de nature à en donner une idée.

IirVElfTÀlBE DU TBÉSOB DE KOBtS SIBB , DE **'*.

Diverses croix d'Eglises , dont une en argent doré , orné de camaïeux et de pierres précieuses.

Une image en argent de bienheureux Monsieur Saint-^^^ , patron dndit sire de ***.

Deux reliquaires en argent, dont l'un contenant un morceau de la vraie croix.

Deux calices en argent richement ëlabourés.

Chasubles et draps de soie avec franges en argent, pour orner i'auUier.

Livres d'églises , Bréviaires et Missels à fermoirs : lesdits livres richement travaillés avec images , fines peintures et ornements pour chaque feuille.

Plusieurs tapisseries à images, représentant: l'une, la vie des saints patrons dudit sieur de ***^ l'autre, la passion de notre divin Rédempteur ; une troisième , une feinte ou allégorie du chevalier de la vertu , combattant le péché sous la forme d'un épouvantable dragon; une quatrième, Pïotre-Dame la bienheureuse Marie, portant le petit Jésus sur ses bras avec , au-devant d'elle , Tabbé de Bedon qui lui présente le sire de *** , et ses hommes d'armes prêts h partir pour combattre le Turc. Lesdites tapisseries sont, chacun an , exposées en la ville de Nantes au-devant de l'hôtel dudit seigneur, pour le passage du Saint-Sacrement.

Trois coiffes et frontiers ornés d^or et de pierres précieuses.

Trois chapelets dont un en argent , les deux autres en bois précieux avec images d'argent et fines pierres.

Une attache d'argent doré.

Un fermoir d'or.

Une chaîne d'or menue à Madame de ***.

Diverses boutonnières pour chapes et manteaux. * Une ceinture d'or et deux d'argent doré.

Une image d'argent , de Messeigneur» Saint-Donatien et Saint- Rogatien , patrons de la Tille de liantes.

Burettes, clochettes, encensiers > eaubenoistiers , aspergeoirs; le tout en argent.

Nombre de gobelets , flacons , cuillers , fourchettes , pots , plats et assiettes d'argent, dont beaucoup donnés par les ducs de Bretagne.

Divers anneaux avec fines pierres.

Qpatre chandeliers d'argent.

Salières et autres menus meubles d'argent.

Sceau d'argent avec armoiries.

Pierres à guérir diverses maladies , et sainte relique qui guérit les yeux ; le tout enchâssé d'argent fin.

Bobes , mantels , surcots , chaperons ; lesdits -vêtements nombreux et en riches étoffes , fourrés d'hermines et de menu vair.

Prenez maintenant un de nos riches seigneurs du XY.» siècle , qu'il s'appelle de Sesmaisons , de Gojou , Du Ghaffaut , Toumemine on de Goulaine , et l'inventaire ci^dessus représentera passablement celui que l'on eût pu faire à cette époque en examinant son trésor.

Les appartements où se trouvaient toutes ces richesses , ne ressemblaient guères à ceux que nous habitons aujourd'hui; celui dont nous donnons le dessin , nous a paru résumer mieux qu'aucun autre le Xy.« siècle, c'est pourquoi nous l'avons choisi.

Cet appartement forme une grande chambre , l'une des plus belles du manoir féodal. Les fenêtres sont gothiques et en ogive; ce qui se voyait fréquemment alors , non-seulement en France , mais encore en Allemagne et en Angleterre; celles-ci, par leur disposition, rappellent une chambre d'un chfttean anglo- Normand, dont la date est de 1414. Le lambris est remarquable ; la cheminée présente une figure scnlptée , un prie-Dieu gothique se trouve auprès. Le lit, le buffet ou dressoir et les autres meubles sont du commen-

cernent da Xy.« siècle. Vers 1580, Ton ne voyait déjà plus de meubles de ce genre dans les châteanx récemment construits, la bourgeoisie seule les avait conservés ; les grands seigneurs se servaient alors des ameublements de la renaissance qui appartiennent plus spécialement an siècle suivant.

HBUBLES DES BOURGEOIS.

De raristocratie revenons à la classe moyenne , et pénétrons dans ses habitations du XY.' siècle. Ici , la révolution qui s*est effectuée dans les arts pour la décoration des églises et des maisons prindères , ne s'est pas encore fait jour. Dans les riches appartements de la Haute-Grande-Rue , de la rue de la Poissonnerie , de la rue de la Gasserie et de la rue de la Clavurerie, nous trouvons généralement un lit avec son banc , un prie-Dieu , un dressoir , une armoire , un ou deux grands fauteuils , une cheminée , des boiseries ou des tapisseries (souvent les deux ensemble) , une ou plusieurs fenêtres.

Le lit fort élevé, avait quelquefois , mais rarement, deux étages; il était large et pouvait contenir facilement deux on trois personnes, ou bien quatre à six lorsque les deux étages existaient. Ces lits n^étaient point garnis de rideaux et n^avaient point de ciel comme les lits à range qui furent usités dans le siècle suivant ; des portes à coulisses , le plus souvent sculptées à jour , en tenaient lieu et servaient à les transformer en armoires. Les dessins des sculptures de ces portes étaient habituellement de simples rosaces, quelquefois chez les riches Ton j ajoutait des têtes d^anges.

Le banc ou grand coffre qui régnait devant le lit était recouvert par un dessus qui se levait à volonté. Il servait probablement à mettre des vêtements. Ses pieds étaient très-courts , et au nombre de six , quand il en avait; mais Tusage voulait quMl s'appuyftt directement sur le soi. Le devant et les deux extrémités étaient ornés de sculptures , quelquefois aussi le dessus du banc était élabouré avec un grand soin. Tontes ces sculptures consistaient en arabesques, en ogives élancées , formant comme une dentelle à leur partie sepérieure et en rosaces extrêmement variées. Les plus beaux de ces coffires avaient en outre des têtes d*anges et des dessins à personnages , tirés de THistoire Sainte , .on tout-à-fait allégoriques, à moins qu'ils ne représentas-

17fi XV.» SIÈGLB.

sent, comme nous Tavons tu qnelqnefois , des scènes grossières ou Yolaptneuses. Les antres dessins empruntés à la Mythologie , tels que les travaui du sire Hercule , madame Mitwrve ou madame Cérés , n'ayant été en usage que dans le Xyi.« siècle , et assignant par suite une date plus récente aux meubles sur lesquels nous les yojons.

Le dressoir ou buffet se divisait en quatre compartiments , àeax supérieurs , deux inférieurs , dont chacun avait une porte privative , souvent une pièce avançant un peu , et disposée pour recevoir au besoin , des vases, le coupait par la moitié ; ses quatre pieds étaient ronds et tournés; des arabesques, en forme de colonne, montaient des pieds à la corniche qui dominait ce meuble de luxe; chaque porte était richement sculptée, au milieu d^arabesques se trouvait un rond ou nu ovale dans lequel on voyait, soit une t6ted*ange, soit un bouquet de fleurs , soit un sujet allégorique ou tiré de la Bible. Nous avons vu sur un dressoir du XY.^ siècle des scènes de labourage. — Sur un autre , Thistoire de Tobie. — Sur un antre , des grotesques. — Sur un antre , la demande de mariage , les époux à Téglise , le banquet des noces , et le marié se mettant au lit près de sa jeune épouse. Pfons signalerions au besoin beaucoup d'antres sujets du même genre.

L'armoire , moins large que le dressoir, était à deux battants avec ferrures en cuivre et clef de même métal ; chaque battant se divisait en trois compartiments qu'ornaient des rosaces , des arabesques , des tètes d'anges, et quelquefois, mais très-rarement, des sujets allégoriques ou religieux, ce qui tenait sans doute à la difficulté de sculpter sur bois des miniatures; mais nous devons avouer que la date des armoires nous semble plus difficile à assigner que celle des autres meubles , et qu'il en est peu qui remontent au XY.^ siècle; la plupart de celles que Ton dît de cette époque ayant plutôt les caractères du XVIe.

Les fauteuils avaient le plus souvent les pieds droits , des bras à hauteur d'appui et un dossier très*élevé ; des ornements gothiques décoraient les pieds et le dossier. Le siège était recouvert , ou par de simples planches, on par du cuir préparé. A la fin du siècle , dans cet espace qui sépare le gothique de la renaissance , on trouve des sièges d'un assez mauvais goût : les quatre piliers du fauteuil sont égaux , les bras sont très-élevés et ne peuvent servir à appuyer les coudes ; entre les deux pieds de devant il n'y a point de jour, chaque pied se termine à la partie supérieure par une pomme , et le dossier est droit

arec de misérables scalptores représeotant à peu près des carreaux de damiers.

Les cheminées des riches bourgeois du XY.' siècle avaieot des montants ornés de sculptures eu bois ou en pierre , et un entablement correspondant. Ces sculptures étaient dans le principe tout à fait gothi^es; mais, à la fin du siècle , on y vit figurer des arabesques, des cariatides et des animaux d*un goût étrange et fantasque , qui araient remplacé les sculptures symboliques du siècle précédent'; audessus de la cheminée se trouvaient habituellement ces images en relief d^iyoire ou de bois noir extrait des tourbières, dont nous avons déjà parlé ; beaucoup étaient remarquables comme œuvres d'art, mais la plupart péchaient par de grossiers anachronismes.

Les prie-Dieu avaient alors la forme qu'ils ont encore aujourd'hui ; mais la partie postérieure était plus élevée, et les plus habiles compa* gnons mettaient tout leur art à les décorer. Quant aux fenêtres, elles étaient habituellement ou longues ou carrées : les fenêtres longues se divisaient en deux parties , dont Tune se relevait en glissant dans une coulisse et pouvait rester appuyée sur un morceau de bois taillé en angle droit à son extrémité. Le plus souvent , ces fenêtres avaient un petit Titrage en plomb; et quelquefois des peintures sur verre se trouvaient placées au milieu de la partie mobile et de la partie fixe. Lorsque les ouvertures étaient carrées, la fenêtre, qu'elle eût ou non une croix en pierre à l'extérieur, se divisait eu quatre parties qui s'ouvraient séparément; les deux supérieures formaient au moins le tiers de la hauteur totale de la fenêtre. Chez les grands, des armoiries peintes sur verre ornaient chacune de ces quatre parties, mais chez les bourgeois , c'étaient des peintures conformes aux mœurs du temps , des sujets religieux ou bizarres , souvent des caricatures dans lesquelles l'artiste se donnait la plus grande liberté , faisant figurer à sa guise tous les rices et tous les ridicules de l'époque ; les moines eux-mêmes, malgré leur caractère religieux, n'y étaient pas épargnés.

nos pères avaient, comme les Romains, leurs jours heureux, leurs jours néfastes, les mots de bonheur et les mots qu'en certaines circonstances on ne devait jamais prononcer; aussi l'influence des croyances populaires se faisait-elle sentir jusque dans la forme et l'ornementation des meubles; quel compagnon imagier eût voulu sculpter ses mordantes caricatures et ses dessins licencieux sur un lit, sorte banc du lit, sur un prie^Dieu, sur le fauteuil de la chemi-

née? Aussi y de pareils sujets se voient-ils presque exclusivement sur les boiseries et les dressoirs ou buffets. Malheureusement, chaque année détruit quelques-uns des restes de ces œuvres du moyen-âge , dont le Xy.« siècle fut Tapogée et dont la renaissance tant vantée signala la décadence.

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