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» faisant moi-même de petites imaiges en bois avec un maarais coa- » tean , lorsque de vénérables prêtres me prirent en pitié et se » chargèrent de me nourrir, en me disant» travaille petit, regarde » tout ton saonl, et le clocher à jour de Saint -Pol et les belles » œuvres des compaignons; regarde, aime le bon Dieu, le doux » Sauveur , la benoiste Vierge Marie , et tu auras la grâce des grandes » choses ; tu seras en renom dans le Léon et la belle duché de Bre- » taigne; ainsi je faisais depuis long -temps pour devenir habile » ouvrier , lorsque notre duchesse Anne m'a commandé le tombeau » de notre gracieux duc François II et de la duchesse Marguerite. »
Voilà Thistoire de Golumb, telle que son marbre la donne; mais on y trouve aussi bien d'antres choses , pour peu toutefois que Ton veuille Tétudier avec conscience et non superficiellement comme la plupart des visiteurs.
Le tombeau du dernier des ducs de Bretagne, exécuté par ordre de la dernière duchesse du pays, semble celui de la nationalité Bretonne; aussi est -il entouré des attributs qui conviennent à un peuple fort et respecté, à un peuple qui a toujours montré une dévotion égale pour ses lois et pour les plus grands saints.
Le duc et la duchesse , couchés sur une table de marbre noir^ sont recouverts des insignes de leur rang; trois anges soutiennent leurs têtes sur des oreillers, en témoignage de leur mort chrétienne; à lenrs pieds , un lion et une levrette attestent qu'ils ont possédé les qualités de leurs sexes et les vertus qu'exigeait leur fonction dans le monde; la force magnanime et la fidélité. Aux quatre coins du tombeau se trouvent les quatre vertus cardinales; à savoir: la Justice, la Prudence, la Tempérance et la Force, dont l'ensemble forme la Sagesse. Les deux extrémités et les deux côtés sont ornés , en signe de regrets , par des pleureuses que surmontent les donze apêtres, et Saint-François, Sainte-Marguerite, Charlemagne et Saint-Louis.
Les figures du duc et de la duchesse sont remplies d'expression ; cette dernière surtout mérite d'être méditée ; on comprend , en la voyant, toute la pensée d'un artiste chrétien. Cette mort, dans laquelle repose Marguerite, n'est pas le sommeil agité que nous goûtons sur la terre ; son calme , sa sérénité , font penser de suite à l'éternité du bonheur dans une autre vie. Gependaut, pour faire ressortir cette expression , Golumb n'a point sacrifié les détails ,
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persuadé , sans doute » qu'une harmonie complète est préférable à Teffet obtenu par le sacrifice de quelques béantes.
Trois anges soutiennent les oreillers sur lesquels reposent le duc et la duchesse ; de face Ton n'en voit que deux. Golumb ne s'est pas inspii^ , pour les faire , des amours de la sculpture grecque , mais bien des plus jolies figures d'enfants de son pays natal. Les anges qui Tiennent chercher les âmes des princes Bretons, pouvaientils en effet prendre une forme plus agréable , surtout lorsque leurs gracieuses figures sont embellies par une religieuse poésie? Deux anges suffisaient à la rigueur : l'artiste a compris que trois anges se groupaient mieux. Le troisième a, d'ailleurs, l'avantage, par sa tôte élevée au ciel , de varier les poses , d'unir le souvenir de la vie terrestre ù celui de la vie étemelle , de rappeler l'idée de la trinité , dont il convenait au moyen-âge que chaque monument religieux renfermât quelque emblème, et peut-être aussi les trois vertus théologales , la foi , l'espérance et la charité.
La mort , pour le chrétien , n'est ni la douleur , ni la joie , ni le néant : c'est le moment rapide qui unit une vie limitée sur terre à une vie sans limite au sein de Dieu; aussi Tartiste s'est-il gardé démettre nulle part les symboles qui la caractérisent , persuadé qu'il suffisait de donner à ses figures un calme au-dessus de l'humanité.
La Justice , la Prudence , la Tempérance et la Force sont , comme nous l'avons dit , aux quatre coins du tombeau.
La Justice passe pour être le portrait de la duchesse Anne : de la main gauche , elle tient le livre des lois ; de la droite , un glaive pour les faire respecter; ses beaux yeux en amande , son front pur et large au-dessus des tempes sont des traits caractéristiques qui la rattachent à la Bretagne, et que l'artiste a dû pressentir, s'il ne les a pas fait ressortira dessein; de quelque côté que l'on regarde cette statue > l'on trouve toujours en elle le calme et la dignité qui conviennent à la justice ; il n'est pas jusqu'à la pose et aux draperies qui ne contribuent à exprimer cette vie de l'âme, ces pensées intimes et réfléchies , qui sont dans la nature du sujet.
La Prudence est une perspicacité d'avenir , fondée sur la connaissance et l'expérience du passé ; aussi Golumb lui a-t-îl donné deux visages. Par derrière , une coiffe toute bretonne entoure la tète d'un vieillard , dont les traits rappellent aussi la Basse-Bretagne ; on dirait un de ces conteurs â longue mémoire, qui n'ont rien oublié des
traditions de leors pères et des souvenirs de leur enfance ; la figure de devant est encore bretonne, ainsi que les figures des deux autres statues que nous aurons à examiner; son fronts qui laisse saillir ridéalité et la causticité , ses sourcils arqués , ses yeux en amande , son nez droit et pur rappellent les jolies femmes de réréché de Saint* Pol; d*ane main » elle tient un compas , de l'autre , un miroir, et Ton voit un serpent à ses pieds : ces attributs sont ceux de la Prudence. Ses vêtements sont un peu négligés , mais cette négligence est pleine d'art. Ici , comme dans tontes les autres statues de femmes de ce tombeau, la gorge est peu développée; ce qui s'explique naturellement par l'influence des idées dominantes à l'époque où Golumb vivait.
La Tempérance tient un mors de bride dans une main , et , dans l'autre, une horloge; ses habits rappellent les ordres monastiques , et sont un emblème de plus; sa figure est grave, sa pose pleine de noblesse et de dignité.
La Force tient une tour de la main gauche, et, de la droite, elle écrase un monstre sous la figure duquel le moyen-âge personnifiait le mal , comme nous l'avons déjà dit dans cette histoire. Cet emblème la caractérise beaucoup plus que sou casque , beaucoup plus que la cuirasse qui recouvre sa poitrine et sur laquelle les yeux sont arrêtés par an dessin très-élégant. On voit de suite que ce n'est point la force physique, mais la force morale dont il s'agit. Cette statue a dû coûter à l'artiste plus de travail et surtout plus de méditations intimes que tontes les antres; nous signalerons la pose et le mouvement de la main droite comme l'expression d'une volonté qui agit sans effort, parce qu'elle est extrêmement puissante. Le mouvement de la tête a été étadié dans le même sentiment. La figure est encore belle, quoiqu'elle ait subi les outrages du temps ; mais cette beauté est toute particulière et ne frappe point les personnes qui n'ont pas l'habitude de l'observation. La Force, telle que Golumb l'a comprise, est une femme qui doit avoir vécu long-temps sans vieillir. Elle a traversé les moments les plus difficiles avec calme et sans faiblesse , parce qu'elle possédait au plus haut degré le courage qui n'hésite pas dans les périls , et la volonté nécessaire pour le soutenir ; combieu d'artistes de nos jours , s'ils avaient pareil sujet à traiter , qui mettraient beaucoup de mouvement où Golumb s'est efforcé de caractériser par le recueillement et le calme la force de Tàme ! — Gette statue n'est pas la plus belle
des qaatre, mais c'est la plus intéressante , et c'était la plus difficile à modeler. Si maintenant il était Trai, comme on Ta supposé, qoe Columb et les imagiers de son époqae ne faisaient pas habitaellement d'esquisses en terre , combien n'a-t-il pas fallu de méditations à l'artiste ponr arriver à une œurre aussi parfaite ! Vue par derrière , cette statue présente un corsage et une robe dont l'élégance ne laisse rien à désirer ; aussi, un second dessin lui a-t-il été consacré par notre collaborateur.
Le lion placé aux pieds du duc, est un lion de conrention , un lion de blason; jamais peut-être Columb n'en arait tu d'autres, et la critique ne doit point s'occuper de ses formes , mais seulement de l'expression, qui est remarquable. La leyrette qui faisaitpartie des armes de Bretagne a été traitée ayec le plus grand soin par l'artiste , c'est une œuTre pleine de rie.
Nous ne dirons rien ni des pleureuses qui sont détruites en grande partie , ni des arabesques qui sont peut-être ce qu'il y a de mieux en ce genre , ni des seize statuettes qui ornent le tombeau ; les dessins de M. Hawke permettront aux personnes qui aiment les arts, de comparer les douze apôtres de Columb aux apôtres que Ton rencontre partout; à part quelques incorrections de dessin que notre collaborateur a dû fidèlement copier, ces statuettes sont toutes remarquables par la pose , par le caractère de la figure , par la forme de la tête, par l'élégance et le bon goût des draperies.
Nous sommes portés à croire que les arabesques qui entourent Saint-Louis et Chariemagne doraient entourer Sainte-Marguerite et Saint-François, les patrons du duc et de la duchesse; et que les arabesques de Sainte-Marguerite et de Saint-François devaient entourer Saint-Louis et Chariemagne ; une erreur a été faite lorsque Ton a rétabli ce monument t il ne nous appartenait pas de la corriger dans nos gravures.
Le tombeau de François n , appelé à Nantes , tombeau des Carmes , parce qu'il existait autrefois aux Carmes, est resté long-temps ignoré. — C'est cependant l'une des belles œuvres les plus anciennes que le moyen-âge nous ait laissées , et sa perfection assigne à son auteur un rang distingué parmi les grands artistes dont la France s'honore.
De 1506 à 1514 , époque de la mort de la duchesse Anne , nous trouvons peu de faits à signaler. — L'évéque Gnéguen étant décédé au re*
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tour d'an voyage, après avoir assisté au mariageideCiaadede France, fille de la reine Anne arec François de Valois, héritier de la couronne , Rdiert-Gnibé 9 neren de Landais , Ini succéda ; des discussions avec Louis XII l'empêchèrent de siéger; aussi se démit-il de ses fonctions en 1511, en faveur de son neveu François Hamon. La même année, la ville acheta maison et jardin pour Texercice des arbalétriers, Tenclos du quartier Sainte-Catherine, qui servait à cet usage, lui paraissant trop étroit; cette acquisition se trouvait située près de la grosse tour du Port-Gommuneau.
Parmi les coutumes de Tépoque, nous signalerons les suivantes:
La procession de la Fête-Dieu se faisait de Saint-Pierre à Saintî^'icolas , et revenait par le même chemin. Le clergé de la cathédrale y assistait seul.
Les Saints étaient habillés de linges fins et d'étoffes précieuses. De la Toussaint à Pâques on couvrait de paille le pavé des églises.
La Communion se faisait debout, à une table préparée exprès.
Le Jeudi Saint, les autels étaient lavés avec une décoction vineuse d'herbes aromatiques.
Les églises servaient de lieux d'asile aux criminels , qui souvent y viraient aux dépens des fabriques.
Les enfants exposés restaient à la charge des paroisses sur lesquelles on les trouvait.
L'usage du beurre et du lait , pendant le carême , commençait à être toléré.
Les enfants , quoique majeurs et mariés ne contractaient qu'avec l'autorisation de leur père. Une femme mariée avait besoin de l'autorisation de son beau-père et de celle de son mari.
Nous voyons encore dans nos annales, que la Chambre des Comptes se tenait alors provisoirement aux Cordeliers ; que le bas de la Fosse était habité par des pêcheurs qui, depuis, se sont retirés à Trentemonlt , et que les ponts étaient tous en bois depuis la rote Chalandière, aujourd'hui, rue de la Poissonnerie , jusqu'à Pirmil; la ville était donc peu étendue, l'industrie médiocre, la religion mal comprise, le pouvoir paternel excessif, ainsi que le pouvoir sacerdotal.
Les obsèques de la reine Anne dont nous allons parler, contribueront à faire connaître l'état des mœurs au commencement du XYI.^ siècle. Cette princesse étant morte au château de Blois , Louis XII voulut lui rendre des honneurs extraordinaires et tels qu'aucune reine
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Circa horam P^J. ÂnU meridieni, obiit in Cattro blesetis ,
ChfiiUamsiima Francorum regina, Britonum
DucUsa Anna, Francisci Britanniœ Ducis
Filiaf qaœ pairi in Bucatu suecestit, jE taies
Suœ XI y et frimum nupsit, Cum 'esset awnorum
XI V, Carolo FlIIf Francorum régi, à quo tret
Libérât suseepit^ qui immaiura mortem
Patrie ontecesserunL In secundii autem
JVuptiu cum annis œtatis suœ XXL atUgisset
Duxit eam, rex Ludovicus XII ^ uxorem^
FitOf proh dolor! excessit , duabus iantum
Filiabus superstetibus^ scilicet D. Claudia eê
Renata , corpus ejus in hoc tempio more
Regio conditum est^ cor autem atque viscera,
Una cum sepulekro parentum suorum ,
Urbs Nannetentes servat , vixit annos XXXVII
Diebus XVI minus.
Heu quantum iuctus , atque desideri loti urbi reUquit cum ad superos migraviL
Anne qai fus de Bloys transmise morfe icy , De Françoys , duc dernier de Bretagne je issy : Après la mort daqnel , en mon onzième année Par Charles roys Gaaloys me fut gaerre menée. Qne an chacun mes subgets , et hardis estrangiers Soustindrentsoubs mon nom par périlleux dangiers. Mais quand ensmes , assez l'exploit d'elle senty Il me requit à femme , et je m*y consenty , Combien que Temperenr me fit dire et savoir Que pour chère compaigne il desiroit m'ayoir. Arec Charles eus trois enfants , que mort print : Puis à Tingt et huit ans luy-méme le snrprins , De France regrettée. Après je departy Ayant vingt un an , lors du second party , Loys son successeur , me pria par instance Dont fus (grâce à Dieu) deux fois royne de France. Juste et loyal me fut , et telle je lui fus , Et au tems de seize ans, quatre beaux enfants eus