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La maison de la Porte-Blanche , me Saint-Gildaft , ou des Carmélites, n'appartenait pas encore à la commune > et Facquisition en fut faite» C'est dans cette maison qae se tenait l'Ecole de Droit.
En 1551 y sar la nouTelie de TarriTée dn roi à Nantes , la ville en- Toya François Virien à Tours avec 8 écos sols on 360 sons (an plos 360 fr. yalenr actnelle) pour y lonw 800 corselets destinés à figurer à rentrée dn roi. Une assemblée de yille tenne an chitean, régla non sans grands débats préalables et mûres délibérations la question du cérémonial. Il y fut décidé que les STOcats seraient invités à se réunir au cortège, en habits décents. On leur laissait le choix du cheval ou de la mule. L'université saisit cette occasion de prendre un costume. On assigna au recteur une chape de satin rouge crauioisi , un chaperon doublé de taifetas bleu ; les syndics eurent une chape de tabis rouge cramoisi , et les supports des facultés de droit de médecine et des arts (car» alors» liantes possédait une université complète), devaient porter des chapes de damas rouge avec capuchon doublé de bleu. Ce cérémonial était imposé, à peine de privation de droits, privilèges et émoluments.
En 1552, le roi établit un présidial à Nantes. Ce tribunal jugeait en dernier ressort, au-dessous de 200 livres, les causes qui lui étaient présentées. Les divises charges qu'il comportait , s'achetaient à prit d'argent, ce qui malheureusement imprimait à ses jugements un caractère de vénalité. — La même année , la ville s'occupa défaire réparer les ponts.
En 1553, la ville et le clergé furent imposés extraordinaîrement par le roi.
L'année suivante , Jean Cornichon établit un bureau de postes au nom et avec privilège du roi. U prenait les lettres , dit Travers , pour Paris et la route. Jusqu'alors les habitants n'avaient pu correspondre avec les autres villes que par occasion ou par messagers exprès ; ainsi Tinstitution des postes existait en France depuis près d'un siècle , lorsque notre ville fut appelée à en jonir.
Trois édits du roi, de 1555, concernent notre ville ; le premier érigea en parlement la chambre des grands jours ou conseil de Bretagne ; le second établit un siège d'amirauté à Nantes ; le troisième érigea en grande maîtrise des eaux et forôts celle qui existait auparavant. La même année , les ËtaU se tinrent à Nantes , et la ville leur fit des cadeaux de vin. L'on creusait, à cette époque , le puits de la place Saint-
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Pierre , à raison de quatre \i\ res le pied. Le Pilori n'existait pins alors sur la place de ce nom ; il avait été transféré sur celle du Bouffay.
L'institution des droits de francs-fiefs et de nouTeanxacqnêts , avait facilité aux bourgeois les moyens d'arriver à la propriété territoriale, autrefois exclusivement réservée aux nobles. Les premiers consistaient en une taxe que le roturier payait à époque fixe à son suzerain, pour jouir des terres nobles; ceux de nouveaux acquêts n'étaient que des droits de mutation semblables à ceux que nous payons aujourd'hui, mais proportionnellement plus élevés. Le roi , par une ordonnance rendue à Blois le 16 janvier (v. style) , fit rentrer les bourgeois et manants dans le droit commun, et facilita singulièrement le développement de la classe moyenne au détriment de l'aristocratie de naissance , contre laquelle nous la verrons lutter victorieusement en 89 , 93 et 1830. Une autre ordonnance du roi imposa dix deniers par mois à tous ceux qui seraient exemptés du service du guet. Nous passerons sous silence les contestations entre le comte de Sanzai et le juge Prevot de ISantes , que le comte , lieutenant commandant de la ville et du château et grand faiseur d'exactions de tonte espèce , fit traîner par les rues comme un criminel ; mais remarquons qu'il put soulever impunémentcontre lui l'indignation publique, en foulant aux pieds toutes les règles de la justice ; ses prétentions allaient jusqu'à dénier la compétence des tribunaux pour les vols, les assassinats et les autres crimes commis par ses soldats. Le parlement, fatigué de ses abus de pouvoir, informa et se plaignit au roi, lui signalant tout l'odieux d'une semblable conduite ; le comte était puissant à la cour, et rien ne prouve qu'on l'ait même réprimandé.
A ces plaintes , s'en joignirent d'antres : le comte imposait ailiitrairement les navires du commerce , et se procurait ainsi des revenus considérables au détriment des négociants qu'il faisait emprisonner sans forme de procès , lorsqu'ils ne lui accordaient pas les sommes qu'il demandait; sons ce régime de bon plaishr administratif, il n'y avait ni sûreté personnelle , ni propriété garantie , ni justice possible. Les malheureux commerçants en donnent la meillemre preuve dans leur supplique : — « Il nous tourmente si fort , disaient-ils au roi , » qu'il n'y a plus marchand qui se veuille retirer au dict lieu de i> Nantes, ni entendre au dict trafic; ne juge au dict pays même la » dicte cour qui veuille entreprendre cognaissance de ce (les abus » signalés), pardessus le dict sieur de Sanxai, homme du tout inex-
» pèrimenté au faict de justice. — Au moyen de quoy demeurent les » dkts sappliants indoement opprimés sans qu'ils en puissent avoir » raison et justice, et si cela continue en bref le dict lieu sera désert , » ensemble le dict trafic discontinuera. » — Les négociants étaient bons payeurs , comme Ton disait en cour ; cette gent éminemment tailiable méritait quelques égards , surtout lorsqu'elle parlait sérieusement d'aller habiter ailleurs et de priver ainsi la France de richesses sur lesquelles les rois dimaient fréquemment; leur supplique fut donc écoutée , bien que dressée par vilcàm contre un puissant seigneur. Une ordonnance du roi défendit au comte de Sanzai de se mêler à Tavenir, en aucune façon, du contentieux des affaires de commerce, tout en lui conservant le droit d'arrêter les délinquants que le prince lui prescrivit de traduire devant le parlement.
Une autre supplique fut adressée au roi , dans la même année ; les commerçants se plaignaient de l'énormité des impôts sur le sel , qui avaient réduit à dix mille écus dans la ville de Nantes des ventes qui s'élevaient auparavant à 500 mille , et diminué de plus de 50 mille écus le revenu du trésor, en réduisant au quart le revenu des propriétaires de marais salants ; leur réclamation affirmait, qu'nvant l'augmentation de l'impôt , les arrivages de sel dépassaient par année le chiffre de cinq mille , ce qni suppose une production de plus de 150 à 200,000 tonneaux.
Nous avons encore à signaler, pour cette même année 1557 , un incendie qui fit de grands ravages dans la me des Halles ; l'arrivée sur nos côtes de deux frégates espagnoles qni entrèrent en Loire et s'avancèrent audacieusement jusqn'au Pellerin ; le remplacement de l'hospice Saint-Clément par un collège, dont les professeurs, au nombre de cinq , y compris leur principal , Pierre Bertin , furent appelés à Nantesde Paris, qu'ils habitaient auparavant; enfin les premières prédications calvinistes. — François d'Audelot, frère de l'amiral Goligny , avait amené dans notre ville deux prédicateurs, qui exposèrent publiquement au peuple leurs doctrines. Ces missionnaires s'occupaient de la conversion du Groisic , lorsque l'évêque y arriva. Le prélat , après une procession , fit assaillir la maison où s'étaient retirés les protestants et leurs prosélytes ; mais les choses n'allant pas assez vite , il crut devofr employer une coulevrine pour les débusquer de leur position , reniant ainsi , par des actes d'odieuse intolérance, les préceptes d'une religion qni ne doit prêcher qu'amour
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et fraternité sur la terre. Les assiégés , après une vigonrease résis* tance , profitèrent de la nuit poar se sanyer an château de Garheîl.
En 1558, la communauté des bourgeois prêta an roi dix milliers de salpêtre, et fondit, arec du bronze appartenant an château, 12 canons nommés les douze apôtres ; son arsenal était toujours dans Tancienne Maison-de-Ville , sur la place du Bouffay, oh se tint bientôt le marché qui précédemment avait lieu sur la place du Change. — Les ponts de Pirmil et de la Saulsaye (de la Poissonnerie), qni n*étaient encore qu*en bois, furent emportés pendant Thirer. L*année suivante, le parlement se plaignit d'être mal logé , voulant se faire bâtir un palais aux frais des bourgeois, et le roi leur demanda 3500 livres, qu'ils soldèrent.
Quelques détails de mœurs ou de statistique qui se rapportent à la période que nous venons de parcourir , présentent de l'intérêt.
Le bourreau , en 15^58 , fut autorisé à s'emparer des pourceaux qu'il trouverait sans maître dans les rues.
En 1557, la ville ne comptait que 2300 hommes capables de porter les armes, ce qui suppose une population de 23 mille habitants au moins , et 46 mille au plus. La même année , fat tracé le plan du Marchix.
En 1556 , le quartier de veau valait de 5 à 8 sous, celoi de mouton 6 sons. — Le synode de la même année défendit aux parents de mettre leurs petits enfants â coucher avec eux, et aux prêtres d'avoir dans leurs maisons des femmes suspectes ; il prescrivait aux curés de favoriser rétablissement d'écoles pour l'enfance; toutes ces mesures étaient convenables et prouvent en faveur de l'organisation démocra* tique du clergé,dont les conciles diocésains étaient alors le dernier reste.
En 1553 , la ville avait à ses gages un procureur, un priseur et contrôleur des huissiers , uu concierge , un trompette ; les priuci* paux bourgeois , le gouverneur du château , le connétable » le sénéchal, l'Alloué, le lieuteuaut et le prévôt, formaient ses assemblées; les délibérations se faisaient de vive voix , sans qu'on en conservât les procès-verbaux.
L'on apprend d'un compte de Saint-Nicolas, de 1545 â 1546, que le grand autel était drapé comme les lits du XYI.* siècle , qu'il avait ciel , vergettes et rideaux; item (disent les comptes de fabrique), ont payé pour les fers qui portent les rideaux 83 livres de fer , à 2 sous; item pour 24 aunes de toile de Quintin, pour faire un ciel sur le grand aultier, 6 livres 16 sons; item pour 24 aunes de firanges pour
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ledit ciel , 6 livres 2 sons 6 deniers ; item poar 8 aunes de toile pour faire le fond dndit ciel , à 4 sons Panne (celle des rideaux était de 5 sons 9 deniers). De plus anciens comptes, ceux, par exemple, de la fin da siècle précédent , nous prouvent que les rideaux étaient quelquefois de couleur; on les retrouve dans ces comptes sous le nom de courtines , et sons celui beaucoup plus significatif et plus gracieux de Irésdoulx ; on lit dans l*un deulx trèsdouLc de linge l'ung où il y a trn craez perse et en rouge gamy de frange et de fil d^or.
Un acte capitulaire de Saint-r9icolas du 31 juillet 1545 , fixa le clergé à 12 prêtres pour le service de cette paroisse , parmi lesquels 2 sacristes, le curé et son vicaire. Le même acte fixa aussi leur salaire , d'après lequel un enterrement où le corps était porté par les prêtres avec procession , vigiles des morts à neuf leçons , messe à diacre et sons-diacre, ne coûtait que 18 sous 14 deniers; ce qui donnait à chaque prêtre pour droit de présence un sou 4 deniers. L'honoraire de la messe était de 2 sous 6 deniers , et les trentains de messes chantées se payaient 16 livres. Travers s'étonne y à tort, de la modicité de ces prix , qui nous semblent tout-à-fait en rapport avec le grand nombre des prêtres et la valeur des choses de première nécessité. — Les prêtres étant nombreniT, les messes devaient se payer un peu moins cher ; d'un autre côté, nous devons songer qu'en 1545, avec une livre, l'on achetait dix fois plus de blé qu'aujourd'hui avec un franc. Hais c'est qu'alors, dit Tabbé Travers dans une exaltation très-piquante de jansénisme, la vie des prêtres était plus frugale, leur habillement plus modeste ; ils se passaient de tabac , de thé , de café , de calottes de maroquin , de perruques poudrées et de larges ceintures de soie.
ÉVÉmBHBlTTS QUI SB SOlfT SUCCÉDÉ À NÂlfTES, DEPUIS 1560
jusqu'en 1600.
Deux faits : l'un, le protestantisme, appartenant à la vie générale des nations; l'autre, l'érection à Nantes d'une mairie, vont dominer tout notre récit pendant la période de quarante années que nous allons dérouler ; de telle sorte , qu'à chaque instant, l'on pourra reconnaître , en y prenant garde , l'influence qu'ils ont exercée sur les événements accomplis dans notre cité.
En 1560 » les habitants de Nantes furent autorisés par François II à
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choisir eox-mémes an maire et des échevins ; à cette époque , où Tautorité goaremementale était si avare de concessions envers la bourgeoisie, nous la rojons cependant accorder à notre ville une élection directe; sans doute , dans cette persuasion que les habitants d'une grande cité sauront mieux choisir leurs magistrats que des ministres ou des courtisans éloignés de cent lieues, et sollicités en sens divers par de nombreuses intrigues. L'université, les deux chapitres, la Chambre des Comptes , le présidial et le gouverneur s*opposèrent à Tordonnance de François II; elle ne reçut son exécution que trois années plus tard. L'Université , composée de roturiers élevés par la science, et les chapitres auxquels la religion chrétienne imposait l'obligation d'approuver une institution toute paternelle , manquèrent alors à leur mission , tant il est vrai que les parvenus sont toujours les plus durs et les moins favorables pour, ceux dont ils ont quitté les rangs.
Le protestantisme, dont les principaux membres regardaient Nantes comme une ville qu'il leur importait de posséder , commençait dès lors à remuer fortement les esprits dans l'ouest de la France. La Renaudie, zélé calviniste, profita des embarras occasionnés par la réunion des Etats dans notre cité pour j donner rendez-vous anx plus hardis de ses coreligionnaires , et méditer avec eux cette conjuration d'Amboise , que son indiscrétion fit échouer. — Plusieurs princes du sang avaient accepté avec empressement une réforme qui les débarrassait de Rome , dont les usurpations temporelles et l'influence mettaient fréquemment en question la puissance des grands , et leur exemple encourageait singulièrement les propagateurs de la révolution religieuse ; aussi , malgré l'insuccès de la conjuration d'Amboise , les calvinistes se montrèrent-ils pleins de zèle à répandre leurs doctrines. L'auberge du Chapeau-Rouge, leMarchix, la Gàcherie, un pressoir , situé près de l'Ocquidi , au-delà des moulins de Barbin ; tels étaient leurs principaux points de réunion. Le peuple, qui ne comprenait guère la réforme, parce qu'il n'avait ponrs' éclairer ni les intérêts qui faisaient agir les grands seigneurs , ni cette richesse industrielle qui lui eût permis d'avoir du loisir et de se livrer aux discussions métaphysiques , se porta , dans sa colère , contre les novateurs i leurs lieux de réunion , et les livra aux flammes. Le suffragant de Nantes, Gilles-de-Gand , évéque deRouenne, et l'archidiacre, son neveu, avaient été les instigateurs de cet incendie. Le sacriste , deux choristes
et le sons-diacre avaient dirigé le moaTement populaire ; ils forent ndnie arrêtés et mis en prison y mais Fantorité les en fit sortir avant qne leur affaire eftt été instruite. Les calvinistes, à leur toor, outragés dans leur croyance on blessés dans leurs intérêts, car ces denx mobiles se montrent toujours dans tontes les guerres civiles ou religienses, entrèrent à Nantes au nombre de trois cents , pénétrèrent en plein jour à cheval dans la cathédrale , et chassèrent les fidèles qui assistaient h un sermon ; ils cherchèrent ensuite à excuser leur conduite en disant que le peuple leur avait jeté des pierres ; mais ce coup était trop hardi pour un parti naissant , auquel il importait de ne faire preuve d*audace qu*après avoir organisé ses forces. Le clergé inquiet prêcha aussitôt la croisade contre les réformateurs , et se fit peuple pour mieux résister à ceux qui cherchaient à prendre racine dans nos contrées par une alliance avec Taristocratie de naissance. La force ne pouvant plus être employée , les calvinistes recoururent à la prédication. Deux libraires, nommés Baratz et Florent -Girard vinrent, dans ce but, de Genève avec une nombreuse collection de livres; le grand vicaire en fut instruit et s*en empara, sans que le parlement voulût autoriser leurs propriétaires à en réclamer juridiquement la restitution.
La censure serait une fonction bien digne , si elle consistait en une magistrature morale accordée à la vertu éclairée par Télection directe des citoyens. Si le censeur , ne faisant jamais appel qu*aux lumières , et à la probité des pères de famille , ne remplissait d*autre mission que de lire pour eux, et par suite de les diriger dans le choix des lectures destinées à leurs femmes et à leurs enfants ; mais on Ta considérée jusqu*ici comme un moyen de terreur, et tous les partis religieux ou politiques en ont fait Tabus le plus scandaleux. C'est h oe point de vue qu'il faut considérer Tacte du grand vicaire de Nantes , acte habile sans aucun doute , quoique peu moral en soi , la force n'étant ni un droit , ni une preuve.
Le parlement de Bretagne devait se tenir alternativement à Rennes et k Nantes ; nos bonrgeols , très-soucieux de leurs intérêts maté-^ ricls, firent tout leur possible pour obtenir la possession entière de cette institution ; leurs efforts furent inutiles , et ils perdirent tout, en voulant trop gagner. — Une magnifique cérémonie , qui eut lien à Nantes en 1562, préoccupa vivement la population, et fit ainsi diversion pour quelque temps aux inquiétudes que semaient dans les
esprits les haines religieuses. Philippe-du-Bec, alors évèqne de Vannes» vint baptiser dans nos mors la fille du gouverneur Sébastien de Luxem bourg , vicomte de Martigue et de Marie de Beaucaire.
« Ce fut le seizième juillet 1562 ; elle estoit asgée de six mois , et » eut pour parrain très-haut et très*puissant prince Antoine de Bout- » bon , roy de Nauarre , et pour marreines très-hauttes et très-puis- » sautes princesses Marie Stuard , reine douairière de France et pro- » priétaire d'Ëscosse; et Marguerite de France , fille du roi Henry D. 9 Les députez de ces princes et princesses furent logez en diuers » logis de la ville de Nantes superbement ornez , tout ainsi que si » les princes y eussent esté, comme aussi ceux des seigneurs d'Es- » taropes et de Martigues. La grande salle du bal estoit semée des » escus des armes desdits seigneurs : marchant à Féglise cathédrale, » dVn costé de la rUe alloient cent des principaux habitants de U 9 ville , portans chacun vue torche de cire blanche allumée , et de » Tautre costé cent gentils-hommes , les gens d'armes et archers , » et toute la compagnie de monseigneur d'Estampes , et la maison D.de monseigneur de Martigues , chacun la torche de cire jaune en 9 mains. Ils estoient suiuifi d'un chariot rempli de nymphes , satyres » et musiciens , qui fesoient vnc harmonieuse mélodie de voix et » d'instruments : Au haut de ce chariot estoit escrit en lettres d'or> » Tessera militis ChrûUani, et de chaque costé trois sentences d3 « Tescriture toutes rapportées au sainct baptesme. Après ce cha- » riot marchoit rUniuersité et la Justice , chaque corps tenant son » costé de rue , suiuis de six trompettes quy precedoient le héraut » de Bretagne, vestu de sa cotte d'armes semée d'hermines. Les offi- » ciers de la cérémonie suiuoient tous la teste' nue , sçauoir le sei- » gneur du Crue de flsle , portant la seruiette ; le seigneur de Ker- 9 Syman^ l'eau ; le seigneur de Kermavan , le bassin ; le seigneur de » Bazoge*^ lecresmeau; le seigneur de Goutaines, le cierge, et le » seigneur d'Jcerac portoit la fille , ayant pour ayde h sa droite le A seigneur de Sevignéj et à sa gauche le seigneur de Tivoar ar len^ et » derrière marchoit le seigneur de Choêteau-Neuf ^ qui portoit la » queue d'vn riche drap d'or , greslé de pierreries , dont ladite fille » estoit conuerte; les députez des princes et princesses suiuoient, » et grand nombre de dames et damoiselles ; toutes les rues par où TU passa cette compagnie estoient tendues de tapisseries , et depuis 9 le logis du seigneur d'Estampes insques en l'Eglise Sainct-Pierre, les
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9 mes estoient bordées des quatre compagnies de gens de pied es- » trangers , et sept compagnies des gens de pied de la garde ordi- » naire de layille ; FEglise deSainct-Pierre estoit richement tapissée, » et an milieu de la nef fot dressé vn panillon de riche estoffe , sons » lequel la fille fut baptisée par ce prélat, et nommée Maeib. Les 9 grosses cloches ayant donné le signal de Taccomplissement de la » cérémonie 9 le seigneur de Sanzaj, gouuemenr et capitaine des 9 yille et chasteau de Nantes , fit lascher tonte rartillerie , tant du 9 château que de la ville, et le sermon fait parle Théologal de IVantes, 9 la compagnie s'en retourna an logis dn seigneur de Martigues en 9 mesme ordre. » (Albert-de-Morlaix.)
Par son édit de janvier, Catherine de Médicis permit aux Calvinistes Texercice public de leur cnlte et la prédication , excepté dans les villes closes et leur banlieue. Les Protestants se hâtèrent d'en profiter ; mais les Nantais s'opposèrent à l'exécution de cette loi, qu'ils regardaient comme dangereuse pour la sûreté de leur ville, quoique leurs adversaires fussent désarmés. Dans la crainte d'nne surprise de la part des Hérétiques , la ville prit un arrêté pour contraindre tous les habitants , môme les prêtres et les magistrats, à monter la garde ; il fut défendu, sous peine de mort, de quitter les postes. Des prêts furent faits par le clergé ; une contribution fut imposée sur chaque clocher ; l'argenterie des églises exposées an pillage, fut apportée en ville; la communauté des bourgeois fit un emprunt de six mille livres pour payer une compagnie de cent cavaliers et deux compagnies de fantassins ; de fortes barrières furent placées dans les faubourgs ; les habitants et les aubergistes reçurent ordre de s'approvisionner de vivres ; tous les Calvinistes, et tous ceux que l'on supposait bien disposés en leur faveur, furent chassés avec menace d'être pendus, s'ils rentraient à Nantes ; les bateliers reçurent l'ordre de s'arrêter à Richebourg et à la Fosse. De son cêté, le clergé surveillait la circulation des livres, et s'opposait à l'introduction d'ouvrages contraires au catholicisme, excitant ses nombreux partisans au courage par des prédications , des prières, et des processions. — Des mesures aussi sévères, des précautions aussi grandes eussent fait quelque impression sur les Calvinistes, s'ils n'avaient eu des partisans dans les classes riches, et la connaissance exacte des forces de leurs adversaires. Leurs prêches continuèrent donc, même dans l'intérieur de la ville. Le 23 novembre ils s*ass;imblèrent publiquement chez un pharmacien» nommé Pinean ;
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les hommes les plus éclairés de Nantes , nu président , an maître et deux aaditenrs de la Goar des comptes faisaient partie de cette réunion. Le sénéchal yonlat la dissoudre , mais cenx qui la formaient s'y refusèrent; le ministre qui faisait le prêche, résista et prêcha le sénéchal lui-même , lui reprochant de s'opposer à la prédication de la parole de Dieu. Cependant, an dehors, le peuple^ déroué an catholicisme; et indigné que Ton eût tant d^égards pour des mécréants, parce quUls appartenaient à Taristocratie , faisait entendre des menaces; il fut contenu par ceux-là mêmes qui eussent fait pendre les membres de la réunion , s'ils n'avaient appartenu par leur naissance ou leur savoir à la partie influente de la société, tant il est vrai que, dans les affaires politiques, les hommes appellent souvent crime chez les petits ce qu'ils blâment à peine chez les grands.
La partie était trop vivement engagée entre les Calvinistes et les Catholiques pour se terminer ainsi. Bientôt les Protestants projetèrent en effet de former une seconde réunion publique, et de s'emparer de Tune des églises du catholicisme. Trois cents vagabonds, soudoyés sans doute par eux , entrèrent , la veille de cette assemblée , dans nos murs. Les autorités se trouvèrent alors dans le plus grand embarras, n'osant sévir contre des gens de distinction^ qui formaient la tête du parti adverse , et n'osant refuser au peuple une satisfaction que les lois commandaient : elles prirent donc des biais et firent de leur mieux pour éviter une collision. Les étrangers, à la solde des Protestants, furent renvoyés, et la ville fut mise en bon étatde défense. Cependant, les Calvinistes, enhardis par la faiblesse de leurs adversaires, s'assemblaient de tontes parts à Gnerande , an Croisic, à Blain, à la Roche- Bernard, à Chateaubriand, à Montaigu, à Beauvoir, à Pomic, à Macheconl. Les nobles les plus influents du pays protégeaient les prédications et les rassemblements armés ; notre ville, entourée d'un cercle d'ennemis, se trouvait ainsi dans le plus grand danger, lorsque la bataille de Dreux, si funeste aux Hérétiques , vint lui permettre de respirer. Les Calvinistes établirent, il est vrai, deux nouveaux prê-* ches: l'un à Barbin, l'antre au Marchix; mais M. de Martigues, en homme politique , les fit fermer sans bruit.
Albert-de-Morlaix , prétend le contraire. « L'an 1563, dit-il dans son ouvrage , les Huguenots , sous l'assurance de l'édict de jannier , par lequel l'exercice libre de leur fausse religion leur estoit toléré , osèrent bien s'assembler et tenir leur sabath et sacrilèges synagogues ,
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qa*ils appellent le presche, an faubourg de Nantes, nommé le Marchoix , et en yn pressoir m pen au delà des moulins de Barbîn , et à la Gascherie , de qnoj Monsieur de Martigues ayant esté adverti, il les en chassa et brûla lenr grange. » Cette yersion, tont à fait dans Tesprit d*Albert-de-Moriaix , nous parait fansse; cet écrirain doit être cru entièrement, lorsqu'il raconte les préjugés, les croyances populaires et les traditions de la Bretagne , on lorsqu'il exprime les passions de son époque, mais il dénature souvent les faits, soit par inintelligence, soit par passion politique.
L'on aurait tort de croire que, pendant ces guerres religieuses, notre Tille n'ait été préoccupée que du calrinisme: des faits nombreux prouvent au contraire qu'à cette époque d'exaltation , comme dans toutes celles qui lui correspondent , la vie sociale se développa largement sous toutes ses faces au sein de notre cité.
En 1562, le bureau de ville arrête, sur les conclusions du procureur des bourgeois, et sans s'inquiéter en* aucune façon de l'approbation épiscopale , que les curés devront résider et prêcher sous peine de saisie de leurs bénéfices. La même année, les paroissiens de Saint- Nicolas, se faisant justice , chassèrent leur curé et le remplacèrent par un ancien vicaire, sans que le clergé , qui avait alors besoin de s*appuyer sur le peuple , fît aucune réclamation contre ce retour à l'ancienne démocratie catholique. En 1564 > les bourgeois, toujours préoccupés de leurs intérêts matériels , obtinrent du roi , qui était alors dans la nécessité de les ménager, des lettres-patentes pour l'organisation de leur mairie contre laquelle protestaient beaucoup d'intérêts opposés ou rivaux. — La première assemblée des élections municipales eut lieu aux Gordeliers, le 28 novembre 1562, sous la présidence de Michel Defforts, conseiller au parlement. Geoffroy Dronet, sieur de l'Angle, fut élu maire; Yves Rocas de la Ghalonnière fut nommé sous-maire; Jean Le Loup du Breil fut nommé sous, maire. Les échevins furent Robert Pillays de Lessongère ; Jean Picaut de la Mossetière; Antoine de Mirande ; Michel Loriot; Etienne de la Berthelotière; François Salmon; René-Martin de la Thomazière; Antoine Gravoil de Saint-Michel. — Guillaume Cato> procureur des bourgeois et syndic de la ville, fut remplacé par Julien Daulfy; Guillaume Le Bret fut nommé greffier.
Ces élections furent publiées à son de trompe le 30 novembre ; il fat réglé que la réélection des échevins se ferait tous les ans , et
celle da Maire , tons les trois ans. — Le 4 décembre de la mdme année, la mairie fit connaître les attribntions que Ini conférait Fordonnance dn roi ; elle était chargée de la police : « Avecqne tout droict » de justice et juridiction d*icelle , et ce qni en despend ; de poids, » mesures , fours , moulins ; et des abns qui s'y commettent , et en » tous mestiers; et de la puniche et correction d'icenx> par amendes » prinson, si mestier est; et si elle échet plus prendre, se fera par » les juges rojaux à qui la cognaissance en dépendra; et pour ce, » leur est permis de s'assembler lors et en lienlx que bon leur sem- » blera ; et pourront commestre et instituer les officiers de ladite » yille^ iceux priver et destituer, ainsi qu'ils le yerront, et s'il y a » appel, ressortira immédiatement en la court du parlement; le tout » par manière de provision jusques autrement en soit ordonné, arec » commandement faict à tous les subjets dudit seigneur (roi) 7 obéir, » sur peine d'être pugnis comme infracteurs de ses édits et ordon- » nances, d'amende arbitraire. Faict à Nantes, etc. Michel Desforts, » seigneur du Breil. »
Les bourgeois obtinrent encore dn roi, la même année, l'érection d'un Consulat, ou Tribunal de Commerce; aux premières élections, Mathieu Vivien , Guillaume Poulain et Charles Chrétien furent nommés par les trois ordres réunis. — La ville se trouvait alors trèsobérée ; l'ensemble de sa dette s'élevait à 34,700 livres 14 sons 4 deniers ; le pavage du Port-Maillard , exécuté l'année précédente, et la construction en pierres dn pont de Pirmil, n'avaient que fort peu contribué à l'augmentation de cette dette, dont la guerre religieuse était la source.
En 1565, la mairie entra en exercice. L'une de ses premières ordonnances défendit anx charretiers d'aller boire au cabaret et d'y jouer aux cartes ou aux dés : ce dont cenx-ci ne devaient pas être trèssatisfaits. La même ordonnance fixait ainsi la dimension des fûts : longueur quatre pieds, diamètre au fond deux pieds, diamètre au centre deux pieds et demi ; elle taxait aussi le suif à deux sous six deniers., et la chandelle à deux sous dix deniers la livre.
Cette année l'on s'occupa du pont de Pirmil , dont les restes avaient été entraînés par les eaux l'année précédente ; et l'on fit au comte de Martigues et au roi deux réceptions très-brillantes : les vases en vermei' . offerts au comte de Martigues^ coûtèrent à la ville 514 livres 2 sous 8 deniers ; M."« de Martigues reçnt^ en même temps, des dragées
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et deux lîTres de soie dTspagne. Quant au roi , la rille avait envoyé an-devant de lui une galère magnifique, que le prince donna sans façon h Fan de ses courtisans , bien qu*elle ne lui eût pas été offerte par les habitants. Charles, avant son entrée solennelle, alla dîner maison des Tonrelles, chez un riche négociant, nommé Rhuys, où il reçut les salutations et sans doute aussi les compliments classiques de TUniversite en grand costume. À son entrée, le Maire lui offrit les clefs, et an dais de velours bleu doublé de toile d*or et d'argent, semé de fleurs de lys et d'écussons aux armes de France. Ce présent, bien inutile , mais consacré par les mœurs , coûtait à la ville 94 écus au soleil. La Reine arriva bientôt après, et les dépenses recommencèrent. La ville fit sabler toutes les mes qu'elle devait parcourir; quatorze haqnenées de Bretagne, et plusieurs tonneaux d'excellent vin , furent offerts à leurs majestés. Le Roi permit à la ville de s'imposer pour payer les frais de son entrée et de celle du seigneur de Martigues, qui s'élevaient modestement à la somme de 10,497 livres , non compris 200 livres qu'elle donna pour dédommagement à M. de Sanzay, afin de rentrer en possession de sa galère et des meubles d'emprunt qui se trouvaient dessus. Cependant , malgré ces dépenses, l'on s*occupa d'établir une fontaine publique; malheureusement , le projet du fontainier n'était pas bien conçu , et l'on dut l'abandonner après une tentative inutile et dispendieuse. L'aqueduc de cette fontaine a été retrouvé , en 1829 , sur la place Saint- Similien.
En 1566, nous voyons s'affermir l'autorité municipale. Le Roi confirma la mairie dans ses droits, malgré de nombreuses réclamations, et lui permit d'acheter une maison pour servir d'Hôtel -de -Ville; la même année, M. de Martigues fit défendre aux Calvinistes de tenir d'antres écoles publiques que celles autorisées par lesédits, de réciter publiquement des Psaumes et d'augmenter l'éclat de leurs cérémonies.
PhilIppe-du-Bec succéda aussi en 1666 à l'évéque Antoine-du- Crequi. L'entrée du nouveau prélat se fit avec pompe , mais sans luxe; aussi vint-il à pied jusqu'à la cathédrale. Mais ce qu'il y eut de plus remarquable dans son installation , ce fut son discours sur les devoirs des pasteurs , dans lequel cet évèque , qui avait fait partie du Concile de Trente , donna de l'église une définition tonte autre , comme le fait observer Travers , que celle qui est acceptée et usitée ' aujourd'hui , reconnaissant que les prêtres doivent participer à son
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goarerneaient , et qa*ils tîeiiiiaitleor poaToir du SaîBt-E^rit et non d*aB hoamie , quelle que soit sa puissance sv la teiie.
rîons croyons deroir signaler cette doctrine conune étant à peo près celle qni était piofossée par le diristianisne des premiers siècles, lorsque son organisation étni encore toni-Miait démocratique; elle est d'autant plus remarqnaUe» eu 1566, que Philippe-du-Bec eût infailliblement été censoré comme pen orthodoxe quelques années plus tard ; mais à cette époque de dirisions religieuses, oh les érèques araient besoin d*étre Alternent appuyés par leurs prêtres, où les prêtres eux-mêmes ne pouvaient se soutenir que par lé concours du peuple, il était nécessaire et politique, pour maintenir le catholicisme, de rerenir en quelque chose à la démocratie chrétienne des premiers temps.
Dans Tannée suiTante , la TiUe obtint de bitir deux moulins à eau. La mairie remplissait alors les fonctions de nos jugesnle-paix actuels. Les maires et écherinis, disent nos annales, connaissaient, entre pauvres, des salaires dWvriers, de domestiques , des ouvrages , des artisans, des meuniers , des moutures , et ils jugeaient sans frais comme sans appel et SUT Texposé des parties. L'Université n'avait pas encore de rang dans les c^kteonies. Philippe-du-Bec décida qu'elle marcherait immédiatement après le clergé , c'est-âh-dire qu'elle auraitlepassur la justice et la noblesse. La crainte des Huguenots porta la ville à décider une levée de cent arquebusiers. Les gens d'église récurait ordre de garder les portes en personne pendant le jour ; ils devaient être relevés la nuit par des hommes de leur choix et bien connus.
En 1568, les protestants, que la défaite de Saint-Denis n'avait point découragés , prirent les armes et manifiestèrent hautement la volonté de conquérir leur indépendance religieuse. Bientêt ils assiégèrent Chartres , et la terreur se répsudit dans toute la Bretagne. M. de Bouille , intendant-général de la province , vint à riantes avec 130 chevaux , et prit des mesures ^lergiques pour assurer le salut de la ville.
Deux pièces d'artillerie sont placées , par son ordre , sur la porte Saint-Pierre ; chaque habitant est obligé de se munir d'une hotte pour porter de la terre au fort du Port-Gommunean. Les portes du Port-Maillard et du P<^-Goinmuneau sont murées. Les divers marchés sont transportés sur les mottes de Saintp-Piene , de Saint-Nicolas et à la Saulxaye ; il est prescrit aux habitants de Nantes de se
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pooiToir de Tirres pour trois mois, et à ceux des campagnes d'amener dans nos mnrs tontes leurs provisions; la réparation et l'exhaussement des fortifications de Saint-Nicolas sont arrêtés par ordre de M. de Martigues; il est défendu de laisser entrer à Nantes aucun calviniste armé , à TeTception des gentilshommes auxquels il permet la dague et Tépée. 100 arquebusiers viennent renforcer la garnison , et bientôt ils sont suivis de 20 autres pour la garde du pont de Pirmil. La ville , de son côté , fait préparer des chaînes pour barrer les mes , visiter les casemates et les souterrains de Thôtel Briord, des rues des Carmes, de Saint-Nicolas, Sauvetout, Saint-Laurent et Saint* Pierre ; établir des barrières derrière les portes , et visiter les balles des colporteurs, ainsi que les hôtelleries et maisons suspectes. — En cas d'incendie pendant le jour, les portes seront fermées; en cas de feu pendant la nuit, les habitants devront se porter aux murailles; les Jacobins, les Gordeliers, les Carmes et 10 hommes par chacune des sept compagnies seront chargés de Téteindre; en cas d'alarme, chacun doit s'armer et se rendre à son poste ; chaque maison doit établir une cuve d'eau & sa porte; de dix maisons en dix maisons , nue lanterne doit éclairer la rue pendant la nuit. Les médecins, chirurgiens ou prêtres ont seul le droU de sortir après le couvre-feu. Les habitants des faubourgs sont tenus de faire le guet chez eux, ie capiUdn» des bourierê doit diriger toutes les immondices sur la tour du Port-Communean et les autres fortifications. L'hôtel Bizard est transformé en arsenal et consacré aux réunions des diverses assemblées de ville.
Ces mesures vigoureuses , et qui sentent l'état de siège , préservèrent la ville. La plupart forent rigoureusement exécutées , le clergé lui-même monta jour et nuit la garde, et les chanoines , occupés du service des portes, furent payés, comme s'ils avaient rempli leurs fonctions habituelles.
L'esprit d'émancipation qui inspirait la bourgeoisie , continua de se manifester malgré la guerre civile. L'année précédente, le sénéchal de Nantes avait confirmé l'exemption du firanc-fief pour les terres nobles que les bourgeois de Nantes possédaient en Anjou. En 1568, la ville décida que le roi n'aurait plus la nomination des trois administrateurs des hospices > dont elle se réserva de partager le choix avec le présîdial et le clergé. — Un messager pour Paris , aux gages de 60 livres, fut institué peu de temps après ; les lettres particulières devaient lui être
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payées. Pie y établit, la même année» raltemative dans le diocèse, ponr une durée de cinq années.
Depuis près d*nn siècle , le nombre des lépreux diminuait sensiblement. UhOpital.Saint-Lazarre, qui leur était affecté, se trouva yide en 1569 , et ses retenus purent être réunis à ceux du fprand hôpital ; il ne parait pas que depuis cette époque la lèpre ait été commune à Nantes.
Le mauTais état de leurs affaires , et la paix qui suirit la bataille de Moncontour , empêchèrent les Huguenots de rien tenter du côté de Nantes en 1569 et 1570. Cependant il ne faut pas croire qu^ils fussent anéantis ; loin de là , 18 églises caWinistes , dans le seul diocèse de Nantes, représentaient leur puissance et leur progrès. Bon nombre de seigneurs châtelains , à la tête desquels se trouvait la famille des Rohan , leur donnaient appui dans Tespoir où ils étaient de recouvrer , par la réforme , leur ancienne prépondérance , en faisant quelques concessions aux progrès de la raison publique et en diminuant le pouvoir royal pour restaurer celui des seigneurs féodaux que Louis XI avait détruit.
En 1571 , Philippe-dn-Bec fit un voyage \ Paris pour demander la suppression de Texercice public du calvinisme dans son diocèse; mais il en fut pour ses frais de route. Sous prétexte de protéger la ville ^ M. de Bouille et le comte de Sanzay lui donnèrent à héberger un grand nombre de soldats dont elle parvint cependant à se débarrasser, grâce à rinflnence dont jouissait à la cour son gouverneur le baron de Retz. La ferme des octrois produisait alors 16 mille livres par an.
Ce chiffire est bien peu de chose auprès du clrilfre actuel ; mais aussi la ville était bien moins peuplée, et renfermait un grand nombre d'habitants peu aisés , qui buvaient leur vin dans les taubourgs. — L'achèvement du puits de la place Saint-Pierre et la reconstruction en pierre du pont du Gué-aux-Chèvres datent de cette année. Une ordonnance du même temps réglait les prix de diverses denrées, sous peine d'amendes considérables aux iavemiêrs qui ne s'y seraient pas conformés; nous en extrayons les passages suivants :
« n est défendu de vendre les meilleurs et plus excellents vins » d'Anjou , de Court, de Groys et Gascogne plus haut prix que 2 sous » 10 deniers le pot, mesure nantaise; et les moindres vins desdits » crus et Sonlaiges ci-dessus , 2 sous le pot.
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)» Aussi est fait commandement aaxdits taTerniera d^avoir des men sores de 3» 4 et 5 mesures an pot , et tons antres Taisseanx ntel- » lonés à Fntellon de la ville ; de laisser descendre ceux qni ron- » dront TÎn en lenrs caves et celliers pour voir tirer lenrs vins.
» Aussi leur est fait défense de non avoir en lenrs tavernes dn »> pain à bailler à ceux qui voudront boire qni ne soit bon et du » poids de 16 onces.
» Item leur est fait prohibition et défense de non bailler à boire , 9 en lenrs tavernes , à personne de quelque condition qn*ils soient, R aux jours de dimanche et autres fôtes pendant le service divin... »
Dans une autre police de la môme année > nous trouvons le moxt^ ffiium suivant pour les auberges :
« L'homme de cheval servi à vins d'amonts et autres bons vins , à » chapons , lapereaux , perdrix et antres gibiers selon le temps , bœnf , 0 monton , veau et lard , et son cheval & cinq mesures d'avoine, pour » un jour, 24 sous. — Son valet, 6 sous. — Un valet avec deux » maîtres , 3 sous. — Item avec quatre chevaux , gratis. — La dinée 9 d'un homme de cheval , pour lui et son cheval , 10 sous. — w L'homme de pied, pour tout le jour, 14 sons. — Sur le tout un » morceau de pain et un coup à boire an matin , avec un fagot à » dîner et un à souper par homme. »
En comparant ces prix avec ceux dn jour, c'est-à-dire, en les multipliant par 3 li2 , nous trouvons qu'ils correspondent passablement à ceux que l'on paie aujourd'hui dans nos auberges de second ordre.
Michel Le Loup-Dnbreil était maire , Bonaventure de Gomplade , Jean-Paul Mahé de Eqnermère , Pierre Belly de la Grée , Aimé Adam de Sartifume , Jean Quantin , Gilles de Launay , Bernard Dnmonty , Nicolas Fiot et Guillaume Le Bret, étaient échevins , lorsque le duc de Montpensier écrivit à la ville pour faire massacrer les calvinistes. Ces braves gens , qni voulaient bien combattre la réforme , mais nullement s'associer & nn acte d'infâme cruauté , s'y refusèrent. — La lettre du duc de Montpensier mérite d'être conservée comme Tun des documents les plus curieux et les plus honorables de l'histoire de notre ville , puisqu'elle rappelle une modération et une fermeté pendant la terreur religieuse qni, malheureusement, ne fut point imitée plus tard pendant la terreur politique de 93.
« Messieurs, après tant de grâces dont ^chacun scait que le Roy Monseigneur a usé envers l'amiral , lui aiant par trois direrses fois
pardoné les conjurations et ports d'armes qu'il anroit faits contre Sa Majesté , il a esté si meschant qae de faire une noarelle entreprinse de tuer hier ou anjoord'hai tant Sa dite Majesté que la Royne sa mère, M." ses frères et tons les seigneurs catholiques estant à leur suite , où vous pourez bien penser que je n'estois oblyé. Mais Dieu 9 qui a tousjonrs à l'heure du besoing fait paroistre qu*il aime les siens y et combien la cause que nous soustenons pour son honneur est saincte et juste , a voulln et permis que cette conspiration a esté descouverte , et a si bien inspiré le cœur de nostre R07 , que 9 sur le champ, il auroit déterminé de faire exécuter contre ce malheureux et ceux de sa dite conspiration ce mesme exploict. En quoj il a esté si fidèlement et promptement ser?i et obéi , que le dit jour d'hier au matin» le dit amiral fut, arec dix on douze des plus signalés des siens, tué en son logis et jette sur le paré, et fut cette exécution suivie contre tous les principaux de ce parti qui se purent trouver en cette ville , dont il y a si grand nombre de morts , que je ne vous le sçaurois mander ; bien tous assurerai-je que les principaux chefs ont esté les premiers depeschez^ et ne s'en est que peu ou point eschappé , si ce n'e^t le conte de Montgommeri qui estoit logé aux forsbonrgs Saint-Germain-des-Prez. Par là l'intention de Sa Majesté est assez cognuë pour le traitement qui se doit faire aux Huguenots des autres villes , et aussi le moyen par lequel nous pouvons espérer de voir par cy après quelque assuré repos en nostre pauvre église catholique ; ce que nous .ne pouvons négliger de moyenner autant que nous pourrons après une telle déclaration que le Roy a faite de la dévotion qu'il a enrers icelie ; en quoy je supplie nostre Seigneur de voulloir si bien assister et faire continuer qu'il en puisse estre perpétuellement loué , et qu'il vous dolne , Messieurs , ses saintes et dignes grâces. A Paris ce 26.« jour d'aoust 1572. Youstre bien bon ami , Louis de Boubboit. »
En consultant nos annales, nous trouvons qu'en 1572 le lavement des pieds du Jeudi-Saint se pratiquait encore sous le portail de la cathédrale. C'étaient > à cette époque , le maire et les échevins qui en étaient chargés. La ville donnait ensuite à dîner aux choristes , et elle consentit à payer 8 livres 10 sons chaque fois que le diner n'aurait pas lieu.
Le devoir de méage , ou droit de deux sous par mnid de blé , sel ou Tin 9 passant sous les ponts, fut affermé , à cette époque , & raison de 27,225 livres par an^ ce qui suppose un mouvement de
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272,250 muids on enyiron 600,000 tonneaux , dont le sel formait sans*doate la majeure partie. Ce moayement, beaucoup plus considérable que celui qui a lieu aujourd'hui , serait inexplicable , si nous ne tenions compte du rôle commercial que remplissait alors notre ville qui approTisionnait Paris et le centre de la France dont elle rece- Tait en échange les produits agricoles.
Les massacres de la Saint-Barthelemy araient produit d'abord une terreur profonde parmi les calyinîstes; mais la soif de la rengeance succéda promptement à la peur et s*onit an besoin d'assurer sa couserration personnelle pour armer chacun des huguenots contre le roi. La guerre recommença donc. Le duc d'Anjoa ayant assiégé la Rochelle , les Anglais et Montgomméri s'occupèrent de raritailler cette place; n'y pouvant réussir , ils s'emparèrent de Belle-Ile. Le maire et Duplessis Guerri reçurent aussitôt l'ordre d'armer des navires et de les envoyer à la flotte française. Belle-De ayant été évacné, cet armement, qui consistait en trois petits navires, fut consacré à la garde des côtes. Nantes eut, en outre ^ à fournir pour 9577 Jivres de munitions. Cependant elle s'occupa de fonder, dans le local de FAsuerie qu'elle avait payé 1900 liv. deux ans auparavant , un hospice des pestiférés pour lequel Charles IX accorda 5000 livres à prendre sur les octrois.
Les commencements du règne de Henri m , qui succéda & son frère Charles IX , furent signalés par le retour des hostilités. La ville aussitôt se mit en état de siège , et se soumit à toutes les rigueurs de cette position. Une garnison bourgeoise entra au château que commandait le comte de Sanzay. Sa moralité n'était pas très-grande , et les habitants l'avaient en suspicion. Des corsaires de la Rochelle entrèrent en Loire , et le baron de La Garde , commandant des galères du roi , auquel le négociant Rhuys avait prêté six mille livres à la demande de la ville , ravagea nos environs au lien de combattre rennemi. Le prix du sel augmenta, par suite, énormément, et s'éleva jusqu'à 3 livres 10 sons le qaartaud. — Un arrêté de l'année 1775 , pris par le conseil du roi , enleva au maire la présidence des assemblées de ville pour la confier au sénéchal ou à son alloué. C'était un acte de plus contre les habitants qui avaient eu tant à souflfrir du comte de Sanzay et des autres officiers du roi ; mais , à cette époque , la bourgeoisie n'était comptée pour quelque chose que lorsqu'il fallait combattre l'aristocratie la plus élevée , ou payer, soit les frais de guerre , soit les folies des rois et des grands.
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LA LIGUE À NAITTES.
Les gnerres de la ligue qae nous allons avoir à raconter , pour ce qui concerne notre ville, naquirent du fanatisme religieux et de l'ambition des Guises , qui surent Texploiter avec une grande habileté , dans le but d'amoindrir à leur profit Tautorité royale ; car il est trèsvrai que les grands seigneurs huguenots et ligueurs se souciaient beaucoup moins de leur sainte religion , dont les uns et les autres avaient sans cesse le nom , soit à la bouche , soit sous la plume , que de leurs propres intérêts. — Les huguenots avaient été les premiers à chercher, dans la guerre religieuse, un moyen de relever le manoir féodal abaissé par la couronne de France , presque au niveau delà maison bourgeoise; mais ils eurent des imitateurs parmi les seigneurs catholiques > et nous aurons occasion de montrer , dans ce récit , comment Emmanuel de Lorraine , duc de Mercœur , qui pouvait avoir quelques prétentions au duché de Bretagne , du chef de sa femme, entra dans la ligue et s'associa aux vues du duc de Mayenne dans le but de s'emparer, à la faveur de la guerre civile , d'une province assez facile à conserver , si l'amour de la France n'y avait pas été déjà plus fortement enraciné qu'il ne le croyait. C'est donc d'un mouvement fédéraliste tont-à-fait féodal et oligarchique , mais appuyé par les passions religieuses , que nous aurons à faire le récit, et nous pouvons signaler > dès maintenant , ce fait important que les questions sociales se transforment aussi elles et gravitent ainsi , de siècle en siècle vers le mieux , par des progrès successifs.
La lutte du morcellement contre l'unité française se présente an début de notre histoire comme l'un des faits les plus importants ; nous la retrouvons plus tard faisant la base de la politique de nos ducs de Bretagne ; elle eutre pour beaucoup dans les guerres de Montfort et de Gharles-de-Blois , et semble se terminer par le mariage de la duchesse Anne ; mais elle reparait sur la fin du Xyi.« siècle , et se personnifie dans le duc de Mercœur , pour s'éteindre an moins momentanément avec lui , et se manifester de nouveau après la révolution de 89 , non plus au sein de la noblesse , mais dans un milieu tout-à-fait bourgeois , et infiniment plus démocrate. Ainsi , dans la réunion fédérale de Pontivy , où fut signé , en 1790, l'acte d'une ligue politique et révolutionnaire , et plus tard au sein
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des clabs girondins ou fédéralistes de Nantes , de Bennes , de Vannes , de Pontiyj, de Qnimper, et des autres villes de la province.
Cette digression noas a semblé nécessaire pour faire comprendre la liaison des faits généraux qui concernent la France avec les faits particaliers qui ne touchent que la Bretagne , et plus spécialement encore la ville de Nantes. Nons engageons le lecteur à s*en bien pénétrer, c'est le seul moyen de se rendre compte des métamorphoses qne semble subir une question qui s'est présentée vingt fois la môme , mais en empruntant , à chaque époque , les formes qne nécessitaient les modifications subies par la société dans ses mœurs, son langage, ses habitudes et ses institutions.
En 1576 , la guerre contre les huguenots est encore à Nantes une simple question de religion. Si la ville porte à cent hommes le chiffre de chacune de ses six compagnies bourgeoises , et s'occupe de faire couler TErdre dans les douves Saint-Nicolas , en coupant le rocher sur lequel sont bâties les piles du pont de Sauvetout , c'est uniquement dans Tintérôt de sa propre défense. Cependant elle entre avec ardeur dans la sainte' union qui ne semblait autre chose aux bourgeois de la communauté qu'une sorte d'assurance mutuelle contre le calvinisme ; mais j dès Tannée suivante , les événements commencent I se dessiner plus nettement. L'édit de Poitiers , par lequel le roi traitait assez favorablement les huguenots, fut fortement désapprouvé dans notre ville. L'université refusa de s'y soumettre , et le procnreur-syndic s'y opposa d'office.
Bientôt après le duc de Mercœur , ligueur ardent par intérêt , et beau-frère du roi , reçut de la communauté des bourgeois un repas splendide. Quant aux mesures prises alors pour augmenter la garnison , nous ne devons pas en conclure qu'elles indiquaient des craintes bien vives, puisque dans le môme temps les habitants du Marchlx obtenaient de combler les douves de leurs fortifications. L'année suivante , les choses restèrent dans le statu guo ; seulement le comte de Sanzay , qui , depuis long-temps , rançonnait les habitants et commettait des exactions et des concussions de toute espèce , fat appelé à la cour pour rendre compte de sa conduite. La mairie, pour s'en débarrasser, lui accorda 150 écus d'or.
En 1580, la guerre recommence, et la ville se met activement sur la défensive. Des exprès sont envoyés au roi et an gouvemenr de Nantes ; les suspects sont chassés des murs ; à chaque porte Ton
établit on registre sur lequel Ton inscrit le domicile des rentrants ; chaque habitant est tena de s'approYisionner pour six mois ; les hôteliers reçoivent Tordre de faire connaître tons les jours , au capitaine du château^ les noms de leurs voyageurs; une nouvelle compagnie bourgeoise est créée ; les barrières sont relevées et gardées , et Ton place à Pont-Roussean un prévôt de maréchaussée avec cinquante cavaliers. Sur la proposition de Tévéque , le bureau de ville forme un conseil de notables composé de trois ecclésiastiques , trois membres de la chambre des comptes , trois autres de la justice , et trois de la mairie , dans le but d*éclairer son administration sur les mesures qu'il aurait à prendre. — Montaign venait de tomber entre les mains des Huguenots; M. de la Hunaodaie, lieutenant-général en Bretagne, en prit occasion de renchérir encore sur les mesures de sûreté prises dans notre ville ; mais ses ordres , d'une sévérité excessive , n'inspirèrent aucune confiance , et tandis qu'il s'occupait du soin de ses intérêts , Nantes l'accusa , près du roi , de favoriser l'entrée des calvinistes et de taxer les paroisses an-delà des ponts , dans le but d'entretenir une horde de pillards qui ravageaient les campagnes , an lien de les protéger contre les huguenots. Bientôt une seconde réclamation fut adressée à la cour par les bourgeois de Nantes ; ils se plaignaient que l'on eût donné , pour successeurs au comte de Sanzay. MM. du Gamboot et de Gassion, qui ne s'entendaient pas entre eux.
En 1581 , beaucoup de gens armés poor piller plutôt que pour combattre, infestaient les environs de Nantes. M. Defontaine, lieutenant en Bretagne, reçut ordre de les châtier; mais il n'en eut pas le loisir , car ces rassemblements de gens sans aveu se dissipèrent d'eux-mêmes. Ce fut peu de temps après que le duc de Mercœur , frère de la reine , qui ambitionnait un commandement , fut nommé gouverneur de la Bretagne en remplacement do duc de Montpensier , malgré la survivance accordée au prince de. Bombes , fils naturel de ce dernier. Le duc n'arriva dans nos murs que le 20 mai de l'année suivante; il descendit à l'hôtel de Briord que la ville avait fait meubler pour le recevoir. Ce prince méditait, dès-lors, l'occupation de la Bretagne entière. Lié de parenté avec les Guises, il connaissait leurs projets , et devait naturellement chercher à prendre sa part dans le démembrement d'une monarchie qui , chaque jour , perdait de son pouvoir; ses actes en sont la preuve. Arrivé à Nantes
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le 20 mai, il ne fit son entrée solennelle qae le !.<' septembre, afin de laisser travailler pins long-temps aux préparatifs de sa réception. Le clergé de la ville , les deax chapitres et Taniversîté, marchèrent en grande pompe an- devant de lai à la porte de Saint-]\icolas , et le reconduisirent à la cathédrale , précédé de la milice bourgeoise ; 849 livres de poudre furent brûlées à cette occasion. Jamais , disaient les anciens de la ville, ne due de Bretagne, ne roy de France y ne fui ainsi reçu dans Bfanies,
Ce prince » que les écrivains du temps représentent comme infatigable, soit à pied, soit à cheval, comme grand capitaine, et plus grand politique encore, sut habilement tirer parti de sop entrée pour imposer au peuple par une grande pompe, et tout ce qui pouvait mettre en relief ses avantages personnels. Ce n*était point par coquetterie qu*il cherchait à faire ressortir sa taille hante et bien prise, et la blancheur de son teint qui contrastait avec ses cheveux noirs. S'il se posait de manière à laisser voir son grand front , ses yeux largement fendus et pleins d'expression ; si sa barbe et ses cheveux étaient soigneusement arrangés , selon le goût du temps, c'était beaucoup moins pour faire des conquêtes parmi les femmes des bourgeois et de la noblesse , chose si facile à un grand seigneur de son rang qui daignait être aimable auprès d'elles , que pour inspirer, à son sujet, cette prévention favorable qui commande la confiance et permet ensuite d'utiliser, dans un but politique , des qualités physiques dont les masses tiennent toujours compte à ceux qui les gouvernent.
Le duc de Mercœur possédait par ailleurs toutes les qualités morales qui peuvent donner de l'influence à un chef : sa volonté impérieuse ne pouvait souffrir de contradictions; mais il savait an besoin tourner adroitement une question , pour arriver au but. Supérieur à son entourage , il comprenait très-bien qu'avec les hommes médiocres il faut souvent supporter des bavardages* inutiles et ne point paraître tenir à sou opinion , lorsque Ton veut la faire adopter. Ses formes élégantes et polies savaient toujours adoucir ce qu'il pouvait y avoir de trop absolu dans ses ordres ; très-sobre , de mœurs pures , il joignait encore à ces qualités éminentes une grande instruction : les historiens du temps disent de lui qu'il parlait assez facilem^ l'allemand, l'espagnol, l'italien et le latin, et qu'il possédait des connaissances étendues en mathématiques. Comment s'étonner, après cela , qu'il ait eu l'ambition de devenir duc de Bretagne?
Le premier acte da dac de Mercœor fat de réviser les pensions et de rayer tontes celles qui n'étaient pas méritées. Le maire de Nantes s'en était fait accorder une de 300 livres par le dnc de Montpensier , qui fut supprimée comme les antres. Cet acte de justice fit impression sur le pays et le disposa favorablement. Bientôt le dac , dont ridée fixe était de séparer de la France Tancien duché de Bretagne , et de s'en faire le souverain , fit entendre à la ville de Nantes , qu^il lui importait surtout de mettre dans ses intérêts , qu'il avait l'intention de lui rendre le parlement ; mais cette affaire , quoique habilement négociée, ne réussit pas. ^
Quelques démonstrations des calvinistes , dans les environs de la ville, forcèrent les Nantais de se soumettre aux plus rigoureuses précautions : le guichet de la porte Maillard fat garni d'une porte de fer qui pesait 493 livres ; on en établit une pareille au guichet de Sauvetout. Bientôt le duc de Mercœur reprit les travaux des fortifications de la ville neuve et les fit pousser avec activité. Les paysans, de cinq lieues à la ronde , furent requis pour y travailler. Nantes , dont la dette s'élevait alors à 30 mille livres , fut autorisée à y consacrer cinq mille livres qu'elle y avait affectées , et qui , depuis , sous l'influence de circonstances impérieuses , avaient reçu une autre destination.
Les intentions des ligueurs devenaient chaque jour plus évidentes. Le duc de Mercœur , qui s'entendait avec les autres chefs de la sainte union , mit en campagne une petite armée et pénétra dans le Poitou ; celte excursion ne fut pas heureuse ; il perdit dans sa retraite un grand nombre d'hommes, une partie de ses bagages et tout le butin qu'il avait fait.
L'édit de Nemours, du 7 juillet, lâchement concédé par le roi au duc de Guise , défendait, sous peine de mort, l'exercice de tout autre culte que le culte catholique; aussi devint -il le signal d'une levée de boucliers des huguenots. La guerre recommença avec fureur ; le duc de Coudé vint assiéger Angers , mais notre ville lui envoya de la poudre , et les calvinistes furent battus ; à peu près dans le même temps , le duc de Mercœur forçait leurs co-religionnaires de Blain à capituler et à quitter la Bretagne. Ce suecès entretenant ses espérances , le duc , qui s'était aperçu de la firoideur du haut commerce , fit des avances au peuple, qu'il savait dévoué passionnément an catholicisme , et créa des clubs , dans le but de pousser à une dé*
nnjgogie religieuse. Les snccès da roi de Navarre et la perte de la bataille de Contras, acheyërent de loi persuader qu'il devait, pour réussir , s'unir étroitement aux classes inférieures ; aussi ne quitta-t-il Nantes qi^après avoir beaucoup fait pour la ligue.
Le dessein du roi de Navarre , en venant au secours de Montaigu , n'était pas seulement de faire lever le siège de cette ville, mais encore de s'emparer d'une partie de la Bretagne, et surtout des embouchures de la Loire et de la Vilaine ; il espérait, en faisant une descent*; à Saint-Nazaire, surprendre Guerande , petite ville très-bien fortifiée, dans laquelle il avait des intelligences ; maître dece^oste, il eût creusé deux tranchées profondes , dont les terres lui eussent servi k se fortifier. L'une de ces tranchées devait être au Nord et partir du sillon de Bretagne ; Tautre , destinée à prolonger l'étier de Méan , se serait réunie, en angle , à la première. Ces travaux devaient mettre à l'abri d'un coup de main Saint -Nazaire et le Groisic , permettre la libre exploitation à son profit des marais salants , et servir encore à inquiéter le duc de Mercœur assez vivement pour lui faire perdre toute envie de tenter de nouvelles incursions dans le Poitou.
Pour mieux cacher son but , Henri lY entreprit le siège de Glisson, en attendant les navires de la Rochelle qui lui étaient nécessaires pour le transporter sur la rive droite de la Loire ; le château , bien pourvu de munitions de toute espèce , opposa une très-vive résis* tance. Le roi de Navarre s'avançant alors vers la mer , vint attaquer Machecoul , où ses armes ne furent pas plus heureuses ; se repliant sur Beauvoir , il en fit le siège en règle. Le château de cette petite ville était flanqué de quatre grosses tours ; ses fossés , de 80 pieds de large, recevaient deux fois le jour les eaux de la mer, et le duc de Mercœur en avait confié la garde à Yilleserein , vaillant capitaine; an bout de trois semaines de siège, les navires de la Rochelle étant arrivés en vue de Beauvoir, une nouvelle artillerie se trouvant en batterie contre les murailles , il fallut capituler. Henri lY fit à Yilleserein les conditions les plus honorables , et confia la garde du château à Kergrois ; mais ses projets sur la Bretagne et les marais salants ne purent recevoir leur exécution ; d'une part , les navires de la Rochelle avaient beaucoup tardé ; de l'autre, le duc deNevers venait de passer la Loire à la tête de l'armée royale; enfin , l'assemblée générale des protestants à la Rochelle était sur le point d'avoir lieu, et lui-même en avait fixé la date afin d> assister;
aussi prit-il le parti de se retirer. Pendant qne les troupes du roi de Nararre se trouvaient à une journée de marche de IVantes, notre Tille fut constamment livrée aux plus vives inquiétudes ; le duc de Mercœur en profita pour obtenir des bourgeois un prêt de 2200 écns. Les mesures habituelles dans un état de siège furent admises alors comme une nécessité , sur la proposition du procureur syndic de la commune ; et, dans le mois de novembre , les choses en vinrent à ce point , qu'il fut prescrit à chaque habitant d'avoir une hotte pour travailler aux fortifications de Saint-Léonard.
Pentlantce temps, les Guises ne discontinuaient pas de poursuivre Texécution de leurs projets; la journée des barricades avait enlevé sa capitale au roi , qui dut s*estimer heureux d*ayoir pu sYchapper. Nantes , en cette circonstance , fit une adresse au souverain pour rassurer de ^inviolable attachement de la ville à son service ; mais bientôt Henri III étant entré en arrangement avec le duc de Guise , la ligue , déjà toute puissante , fit d'immenses progrès dans la Bretagne.
Le 12 juillet 1588, un chanoine, nommé Christi , suivi de cinquante à soixante habitants , vint an bureau de la commune , pour rengager à entrer dans la sainte union , destinée à combattre les ennemis du catholicisme. Le bureau , prudent comme le sont d'habitude les bourgeois livrés an commerce , répondit qu'il aimait beaucoup la sainte union , mais qu'il désirait cependant consulter l'évêque , les lieutenants du château , le sénéchal et les plus notables citoyens. Ceux-ci furent d'avis à leur tour de consulter le gouverneur de Bretagne ; c'était ce que désirait le duc de Mercœur , qui profita de l'inquiétude générale que cause toujours une grande me* sure pour obtenir 10 mille livres, on l'équivalent en munitions. Le 28 juillet , le procureur syndic convoqua une assemblée des notables, pour délibérer sur le projet du chanoine Christi; elle eut lieu le 29 et fut très-nombreuse, bien que lés curéa. Messieurs de la chambre, des finances et quelques autres, n'eussent pas jugé convenable d'y assister. L'évêque prit le premier la parole , et cita en faveur de la sainte union l'édit donné le même mois à Rouen , par Sa Majesté , édit dans lequel le roi en adoptait les principes. Le maire , aussitôt , demanda lecture préalable de cet édit ainsi que des lettres écrites aux habitants de Nantes , pour les engager à députer aux états de la province qui devaient ouvrir le 20 août, et aux états de Blois indiqués pour le 15 septembre. — Cette lecture achevée, l'assemblée adhéra pu-
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bliquemenl et à haute voix à i'acte d*anion; le sennent ne fat prêté que le 14 août saiyant. Il est à remarquer qu'il ne le fat qae par 60 à 80 personnes , dont 7 anciens maires , 5 anciens éche- Tins et 6 capitaines ; qu'aucun des membres dn bureau , du haut clergé, de la chambre des comptes et du présidial n'est indiqué comme j ayant adhéré. Un TeDeum et des feux de joie serrirent cependant à signaler une joie qui pouvait être générale dans le peuple , mais qui ne Tétait pas dans la partie aristocratique des habitants.
Après la prise de Beanroir, le duc de Mercœur, sons prétexte de ▼eiller à la sûreté publique, arait introduit à Nantes le régiment de Saint'Pol , malgré les représentations du négociant d'Harouis , alors maire de la ville. Bientôt il proposa au bureau de la commune de fournir de l'argent pour solder le régiment de Jarzai , troupe indisciplinée et très-pillarde, qui désolait le pays d'outre Loire, mais il fut refusé; quelques jours après, Gassion, commandant dn château , demanda à la commune trois cents écus pour solder deux compagnies qui menaçaient de passer à l'ennemi; nouveau refus de la part de la mairie , qui fut enfin contrainte de payer mille livres pour contribuer aux frais de la guerre.
Les dépenses dont elle était surchargée ne l'empêchèrent , point de réparer à ses frais les fortifications et d'acheter des munitions.
Le château de Montaigu, propriété de la dame de la Trimouille, avait été livré par elle aux calvinistes , soit qu'elle tînt secrètement pour la religion réformée , soit plutôt qu'elle eût cru convenable d'en accorder la possession au parti qu'elle regardait comme le moins dévastateur. De cette position , les troupes calvinistes faisaient chaque jour des excursions dans les communes voisines. Elles venaient même quelquefois jusqu'aux portes de Nantes; aussi notre ville avait-elle à cœur qu'on les en délogeât. Le duc de Mercœur en fit donc le siège , conjointement avec le duc de IVevers. La ville, pour reconnaître ce service, leur fit porter par dix députés des vins exquis et des confitures pour la somme de 200 écus d'or. A deux reprises différentes , elle avait fourni aux assiégeants cinquante mille rations de pain ; mais les Huguenots tenaient bon, et le duc de INevers jura qu'à moins de vingt mille nouvelles rations son armée ne pourrait continuer le siège; Nantes se hâta de les fournir. La commune était loin d'en avoir fini avec les généraux ligueurs; le 8 décembre 1588, elle dut encore leur livrer 100 mille rations de pain de douze onces chacune. La place
fut prise , et les impôts extraordinaires continuèrent à peser snr les Nantais. Trois cent mille rations de pain leur furent demandées avec la promesse d'enlever aux calvinistes plusieurs points fortifiés qui avoisinaient Montaigu. Les rations furent fournies ; malheureusement pour IVantes , les ligueurs échouèrent sur plusieurs points, et la démolition du château de Montaigu fut laissée à la charge de la commune , qui y dépensa deux mille écus, sans compter la poudre et les outils.
La mort du duc de Guise et celle du cardinal auraient dû rendre au roi son autorité , mais ce prince ne sut pas en tirer parti. Bientôt la capitale révoltée, méconnut son pouvoir^ et son exemple fut imité par les principales villes de France dans lesquelles dominait la sainte union. Le duc de Mercœur profita de cette situation critique pour essayer de se rendre indépendant dans son gouvernement de Bretagne. JNantes était la ville dont il avait le plus à cœur de s'emparer; la population lui était dévouée , à l'exception de la mairie , dont le bureau était franchement royaliste et trop habilement dirigé pour se laisser tromper.
Le 14 janvier 1589, le prince de Lorraine fit proposer à la commune de réparer et de fortifier Nantes; Tennemi n'était plus aux portes, et les bourgeois répondirent qu'ils feraient eux-mémès les réparations peu à peu , et suivant les moyens de leur communauté. — Battu sur ce point , le duc demanda une taxe sur les habitants qui se disaient exempts de garde, proposant de l'employer à solder leurs remplaçants. Le bureau de ville, comprenant que cet argent pourrait servir à d'autres usages, refusa nettement. — Le 11 février , le duc feignit des craintes, dénonça un projet contre sa personne et demanda un conseil particulier composé de catholiques zélés, disant qu'il y avait désunion parmi les citoyens. La mairie répondit que jamais l'union n'avait été plus grande , mais elle ne put refuser le conseil , c'eût été se faire accuser de calvinisme et tomber dans le piège que Mercœur lui tendait; elle mit d'ailleurs des conditions à l'établissement de ce conseil , spécifiant qu'il compterait au moins quinze membres à chaque délibération, et n'examinerait que les affaires célères , annulant ainsi sa concession par une clause difficile à remplir , celle de trouver quinze membres ponr une affaire accidentelle , et surtout quinze membres prêts à prendre une décision.
Le 23 février , le duc voulut changer la garnison de Clisson , qui , disait-il, était mal avec les gens du duc d'Avaugour, seigneur du
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lieu, ei^érant oa s^emparer de Nantes m iDOjen de cette garnison, si elle venait dans notre ville , on rédoire à merci la mairie , si elle avait rimpmdence d*envojer ses hommes à Glisson ; mais cette nouvelle mse n*ettt pas plus de succès auprès des administrateurs de la commune, ^i crurent snfllsant d'écrire à M. d'Avaugour et de le prier d'aviser aux besoins pressants. Fatigué de cette lutte , qui lui faisait perdre un temps précieux , le duc de Mercœur quitta Nantes , laissant à son épouse le soin de s'emparer de la ville. Cette jeune femme, non moins habile que son mari, prit des mesures hardies. Ce fut d'abord de faire enlever l'artillerie des galères du roi qui se trouvaient dans le port, et saisir le chevalier de Pierre Vive qui la commandait en l'absence de M. de Belle-Ille. Diverses autres arrestations faites aussi par les troupes aux ordres du duc^ eussent dû éclairer les habitants sor les projets du prince de Lorraine , et cependant Nantes consentit à recevoir des troupes dans les faubourgs et à les payer au moyen d'un emprunt sur les habitants les plus aisés. Cet arrêté, si contraire aux actes antérieurs de la mairie , n'obtint point l'approbation du maure d'Harouis , aussi donna-t-il sa démission , qui ne fut pas acceptée , le bureau ne pouvant se passer d'un homme si capable et si dévoué an bien public.
Quelques habitants, fidèles à leurs serments, essayèrent alors de s'imposer aux empiétements de la duchesse ; ils prirent les armes et barricadèrent les rues ; mais la Sainte-Union dominait et remuait à son gré les masses , aussi leur tentative n'eut-elle d'autre résultat que de prouver leur impuissance. Maîtresse de Nantes , la duchesse gagna Gassion , gouverneur du château ; c'était une créature de sa famille, dont la conscience ne fut point difficile à vaincre. Ce résultat obtenu > la terreur fut mise à l'ordre du jour. Bientôt d'Harouis, ce respectable bourgeois, qui avait osé faire barrière à la fortune du duc de Mercceur et rester fidèle à la foi jurée , fut conduit en priwa. Miron l'y accompagna. C'était l'un des receveurs-généraux de U province ; on le disait Issu d'un médecin des ducs de Bretagne , et il avait cm devoir rester fidèle à ceux dont sa famille avait reçu de nombreux bienfaits. Quatre-vingts des plus notables habitants de Nantes ne tardèrent pas à les suivre: d'autres s'échappèrent pour éviter un pareil sort. La duchesse eut soin de destituer tout ee qui n'était pas aveuglement dévoué à sa cause. Un nouveau borean remplaça l'ancienne mairie, et, pour payer sa bienvenue,
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il Yota lâchement 1800 écus d*or à prendre snr huit habitants absents, somme énorme destinée à Madame de Mercœur, qai se fit en outre autoriser à faire des quêtes dans les quartiers, pour subvenir aux besoins de ses dépenses secrètes , dépenses toujours très-considérables pour ceux dont le pouroir s'appuie sur la yiolence , au lieu d'emprunter sa force à Tafifection publique.
Enflammés de leurs succès , les ligueurs continuèrent leurs mesures terroristes. Un arrêté de la mairie décida que liantes cesserait de commercer avec les villes qui ne faisaient point partie de la Sainte-Union. Les marchands de ces villes , qui se trouvaient alors dans nos murs, furent expulsés le jour même. Quelques citoyens, plus sages ou plus habiles , firent révoquer cet absurde arrêté ; mais la proscription fut bientôt rétablie.
Dans le but de s'emparer de Rennes , le duc de Mercœnr fit arrêter le premier président du parlement , qui revenait en Bretagne par la Loire, avec sa femme et son gendre, violence qui ne lui servit à rien. La duchesse, pendant ce temps , augmentait les fortifications de Nantes et la garnison. Elle se procurait des munitions de guerre et de bouche, et faisait mille avances aux gentilshommes du comté > pour les entraîner dans son parti. Jeune, belle, pleine de grâces et d'esprit, cette femme distinguée ne négUsi^eait aucune des séductions permises à son sexe , pour arriver au but qu'elle se proposait. Aussi le roi perdit-il tout le comté nantais , à l'exception du pays de Retz , de Glisson , de Guerande et du Groisic.
Les hostilités étaient trop avancées pour qu'on en restât là. Le 1 3 avril 1589, le parlement révoque tous les privilèges de liantes, déclare le duc de Mercœnr et ses adhérents rebelles au roi. Henri III, de son cêté, ordonne la translation à Bennes de l'hêtel des monnaies, celle de la chambre des comptes, du présidial et de l'université, d'abord à Ghâteaubriant , puis à Guerande , puis au Groisic ; mais le présidial seul obéit. — A la suite de ces faits survinrent les hostilités à main armée. Le duc de Mercœur s'empara de Ghâteaubriant , puis du château du Goût, dans lequel il laissa 12 hommes de garnison, sous les ordres du curé de Gordemais. Le chevalier du Goût s'était sauvé à son approche; en se retirant du cêté de Rennes > il s'empara de Blain , où il sut se maintenir assez long-temps. — Le jour de la Fête-Dieu, la ville reçut un courrier qui lui annonçait que le duc de Mercœur avait rencontré le duc de Soissons , proche
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pirent en roi , et qa*il Ttrait vaincu. Le doc lui-même , le comte des Yertos et le marquis de Noirmoutier se trouvaieut au nombre des prisonniers. Cette nouTelle enflamma le zèle des ligueurs. Un nou- Tean serment de fidélité à la Sainte-Union fut exigé de tous les habitants ; ceux qui refusèrent de le prêter furent chassés de la ville , et Ton confisqua leurs biens : trop heureux ceux qui purent sortir sains et sanb de nos murs. Le duc profita de cet enthousiasme pour faire ii liantes nn emprunt de 20 mille écus. On convint qu^il serait volontaire , mais que les royalistes riches seraient contraints par la prison et autres moyens coercitifs d*en fournir leur cote-part. De nombreuses vexations suivirent cette délibération , et beaucoup dliabitants notables abandonnèrent une ville où Ton ne pouvait plus vivre en sûreté. Le duc de Mercœnr , voulant poursuivre ses projets sur la Bretagne , fit le siège de Vitré , pendant que M. de Guebriant attaquait Blain. Ces deux entreprises échouèrent , au grand regret des Nantais , qui avaient fourni en pure perte à M. de Guebriant la somme de 10 mille écus.
Cependant la ligue était vivement pressée par les forces réunies des rois de France et de Navarre. Henri HE , qui avait failli venir attaquer la Bretagne , et qui eût probablement, sans le conseil du roi de Navarre » perdu son royaume pour recouquMr une province , était à la veille de rétablir sa fortune , lorsqu'il fut assassiné par le moine Jacques Clément ^ de Tordre des Jacobins. La nouvelle de cet événement produisit à Paris une joie extraordinaire. Les prédicateurs firent en chaire Téloge du saint martyre ( le jacobin Clément) 9 et placèrent son image sur les autels. La duchesse de Montpeosier» qui avait contribué à fanatiser ce moine , témoigna sa joie en embrassant le porteur de la nouvelle de la mort du roi , et Mayenne écrivit bientôt aux habitants de Nantes la lettre qui suit , monument curieux des opinions et de la politique de cette époque.
« Messieurs, Dieu nous faict ordinairement paroistre ses mer- » veilles lorsque Ton pense les affaires plus déplourées , affin que 3» nous connoissiotts que nostre protection vient de sa bonté, et » que nostre espérance ne doibt point estre attachée au service des » hommes , encore qu'il s*eu serve en Texécution de ses sainctes vo- 3» lontés. Je ne veulx point répéter les œuvres miraculeuses durant 9 tous les troubles qui ont estez suscitez en ce royaume depuis « l'introduction des hérésies. Ayant sa justice divine monstre en-
n core plus onvertement les efiécts en la façon de la mort de nostre 9 ennemi , lequel s^estoit du tout bandé à la ruine de nostre saincte » religion et de tons les gens de bien qui en ont entrepris la def- » fense. Car à Tinstant qu'il se yantoit de faire saccager ceste Tille ^ très-catholique , et que desja il aroit faict le partaige de tous ses » cantons , Dieu a permis qu'ung simple religieux , poussé d^ung » zèle 9 nous en ayt délin^z et garantiz du péril auquel il pensoit » nous avoir réduitz. Or, Messieurs, c'est à tous d'en rendre grâce » à Dieu qui est nostre libérateur, et nous esrertuer plus que ja- » mais pour maintenir son sainct serrice et à n'y rien espargner. » Rendant certain tesmoignage par nos actions et desportemens que D c'est la seule fin à laquelle nous mirons , et je ne faiz point de doubte » qu'il ne nous soit propice et favorable. Yons suppliant de croire D que j'y emploieraj de ma part tout ce qui sera en ma puissance ; » me recommandant en cest endroict bien afTectnensement à vos » bonnes. grâces; priant Dien tous donner, Messieurs, et santé et » longue rie.
» De Paris, ce unzième aoust 1589. Yostre affectionné amy.
» Charles db Lobbaihb. »
Aussitôt que la mort du roi fut connue , Mercoeur envoya à Rennes le sénéchal de Fougères , pour en porter la nouvelle ; mais le parlement le fit arrêter et pendre presque immédiatement. Cette politique cruelle et prudente fut suirie de représailles. Le duc de Mercœur I qui cependant était généreux , fit pendre k son tour , sur la place du Bouffay , un jnge de Laval , qui avait eu le courage de le déclarer rebelle et traître au roi. Notre ville , que la mort de Henri m et celle du jnge de Laval avaient mise en joie, manifesta son contentement par un vote de 5600 écns. Le chapitre et le clergé, qui dirigeaient l'opinion , accordèrent 2000 livres pour aider aux irais de la guerre , et chantèrent un Te Deum à la cathédrale.
Loin de se soumettre an nouveau roi , le duc de Mercœur s'occupa plus activement que jamais d'augmenter sa puissance. Vainqueur, il arrivait au duché de Bretagne ; vaincu , sa position lui permettait d'obtenir de meilleures conditions : aussi convoqua-t-il à Nantes le parlement; mais la majenre partie de ce corps prêta serment h Henri IV.
Les ligueurs de notre ville , excités par le gouverneur de Bretagne,
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dennrent d'une intolérance iusapporUble. C'étaient dans leor sein des épurations contînaelles , et bientôt l'érêqne Philippe-dn-Bec fnt forcé de quitter son palais et de se retirer à Tours ; car il n'était plus à la hauteur de Topinion. Cependant des partis royalistes ne cessaient d'inquiéter la ville. Les mesures de l'état de siège furent reprises de nonreau ^ et , vers la fin de l'année, un impôt de 1666 écns d'or fut exigé des habitants.
En 1590, les mêmes mesures de sûreté publique furent continuées : des moulins à bras et à cbeyaux forent construits dans Tintérieur de la Tille. L'un d'eux , établi dans la me de Verdun , lui a laissé , depuis cette époque , le nom de rue du Moulin.
Le duc de Mercœur, roulant contrebalancer l'influence du parlement de Rennes , resté fidèle à Henri lY , arait établi à Nantes un nouveau parlement, qui ne reconnaissait pour roi de France que le cardinal de Bourbon , désigné par les ligueurs sous le nom de Charles X. A peine le parlement de Rennes en eût-il connaissance, qu'il instmisit le procès des membres qui le composaient, confisqua leurs biens et les fit pendre en effigie. — De son côté , le présidîal, transporté à Gnerande , décréta de prise de corps les maires et échevins qui soutenaient la ligue. — Le parlement de Nantes, à son tour, usa de représailles, et fit exécuter en effigie , sur la place du Bouffay , comme fauteurs du roi de Navarre , les membres du parlement de Rennes.
Le duc de Mercœur était extrêmement habile à tirer parti même des circonstances les plus défavorables. Le bruit d'un siège prochain s'étant répandu, il obtint de la ville une nouvelle compagnie de 20 cuirassiers et 30 arquebusiers ; à l'occasion du renouvellement du serment de fidélité à la Sainte-Union , il sut tirer du clergé 400 écns pour solder cette compagnie nouvelle. Le fort Saint-Léonard s'étant écroulé , il fit consacrer à sa reconstruction 400 autres écns destinés au Papegaut. La ville se trouvait' alors ouverte de ce cûté> ce qui lui servit de prétexte pour doubler la compagnie qu'il venait de former.
Quelques combats eurent lieu, k cette époque, dans les environs de notre ville. Le seigneur de Goulaine attaqua le château de Vue et s'en rendit maître; de son côté, le prince de Dorobes enleva Ghàteaubriant aux ligueurs , auxquels le courage commençait (à manquer , lorsqu'ils apprirent que le siège de Paris était levé , et que 4500 espagnols venaient de débarquer à Saint-Nazaire.
L'année suivante , les Etats de TUnion se tinrent à Nantes ; on y rédigea un cahier d'ordonnances en 78 articles , concernant la religion, la justice et les gens de guerre. — On arrêta de demander à Rome rétablissement à Vannes d'one commission qui dispenserait , en certaines matières ecclésiastiques , de s'adresser à Tofficial de Tours. Des bureaux de perception pour les deniers publics du diocèse furent établis à Ancenis , Ingrande , le Groisic et Cbâteaubriant qui Ten.ait de retomber au pouYoir de la ligue. Le même parlement s'occupa de juger l'évêque Philippe du Bec; ce prélat fut déclaré infâme et déchu de ses bénéfices ; le chapitre reçut ordre de demander an pape de lui donner un successeur. — Pendant la procédure, Philippe du Bec euYoja des pièces justificatives , que ses juges firent brûler par le bourreau. — Tous les seigneurs et gentilshommes reçurent ordre de prendre les armes contre les ennemis de la Sainte-Union. Saint- Mars-de-la-Jaille ayant refusé d'obéir à cette injonction, le chftteau de ce bourg fut assiégé et pris ; la ville demanda , mais en vain, sa démolition. Les châteaux de Saint-Mars-de-Goutais et de la Bretesche tombèrent aussi au pouvoir des ligueurs : ce dernier fut rasé quelques mois plus tard. Celui de Blain^ dont la garnison inquiétait vivement notre ville , fut assiégé par le duc de Mercœur. Le chevalier du Groût qui le commandait, fut fait prisonnier avec tout son monde ; ce malheureux gentilhomme fut incarcéré au château de Nantes ; son frère et plusieurs autres chefs furent envoyés sur les galères du duc, en qualité de forçats; mais ils parvinrent â s'emparer de leur navire et à s'échapper.
Le pape Grégoire avait envoyé en France un nouveau nonce , c'était le fameux Landriano , prélat milanais, non moins attaché à l'Espagne qu'à la ligue. Les bulles dont il était porteur, prescrivaient aux laïcs d'abandonner Henri IV ; les ecclésiastiques fidèles au prince étaient menacés d'excommunication et de privation de bénéfices. Le chapitre la publia solennellement â Nantes dans la Gathédrale. — Le parlement de Tours brûla cette bulle , mais celui de Nantes brûla l'arrêt de Tours et fit faire une procession expiatoire à cet e occasion. — Guymar fait observer qu'en ce temps les processions étaient en grande mode. Le feu prenait au clocher de la Gathédrale et n'en brûlait qu'une partie; procession en action de grâces. Le firoid était rigoureux, procession pour demander an ciel de le Caire cesser. Le duc de Mercœur partait pour une expédition, procession pour attirer la
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bénédiction diyine sur ses annes. Il formait quelque entreprise , procession ponr sa réossite. Il obtenait an saccèSy procession. Les hngaenots menaçaient la yille, procession. Le péril était-il grand, alors la procession se faisait en chemise et arec des torches. — Une bataille qai eut lien le 23 mai 1592, entre Tarmée du duc de Merccrar et celle de Henri lY, commandée par les princes de Bombes et de Gonti, qui assiégeaient Graon , fut une occasion noarelle de cérémonies religieuses. Dans cette circonstance , le duc de MercŒur remporta sur ses adrersaires un ayantage signalé : deux cornettes, ringt-quatre enseignes, beaucoup de prisonniers et onse pièces de canon furent le fruit de cette victoire. Les drapeaux forent attachés aux voûtes de la cathédrale , et le duc de Mercœur fit bitîr une chapelle dédiée à f^otre-Dame-des-Victoires, dans Téglise de Saint-Yincent, sa paroisse. — La terreur religieuse était alors à son comble. Les ligueurs avaient défendu d'acheter les biens des roj^alistes sans autorisation spéciale dn duc de Mercœur, toutes leurs propriétés ayant été confisquées au profit de la Sainte-Union; mais les persécutions étaient beaucoup moins cruelles à Nantes que dans les campagnes, et surtout dans la Basse-Bretagne. On se contentait dans notre ville d'enlever leurs propriétés aux partisans de Henri lY et de les jeter en prison comme fauteurs du roi de Navarre, tandis que, dans le reste de la province et surtout dans la Gomouaille bretonne , il se commettait journellement des atrocités qui surpassent tout ce que Timagination pourrait Inventer. Dieu merci , ces horreurs ne sont point de notre sujet, nous n'aurons à raconter ni les incendies de villages entiers, ni le Yiol des femmes et des filles , ni le pillage des gros bourgs et des petites villes, ni le massacre de 1500 paysans en un seul jour; car les malheurs de 93 et les horreurs dont Nantes fut le théâtre il cette époque , ne sont rien auprès de ce qui avait lieu dans le département actuel du Finistère à la fin du XYI.« siècle.
Pea de temps après la victoire du duc de Mercœur, sa femme mit an monde deux jumeaux. Leur baptême eut lieu le même jour et sans aucune pompe. Ces enfants de prince entrèrent au sein de Téglise catholique comme des enfants de vilains ; bien plus , la dnchesse leur choisit pour parrains et marraines, des gens de la classe la plus pauvre , qu'elle fit habiller proprement , et dont elle assura l'avenir par une pension , mettant ainsi de la politique jusque
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dans les actes qai semblent le plus étrangers aux affaires générales ; mais cette manière d'agir lai donnait sur le peuple une immense influence, et personne à liantes, à cette époque , n'eût osé loi faire la moindre opposition.
Le duc de Mayenne arait couToqaé les états généraux de la ligne à Paris. Nantes y fut représenté par plusieurs députés , parmi lesquels le fougueux théologal Christi, Tun des terroristes de son temps; celui-là même qui, quatre années auparavant , avait contraint la mairie de riantes, d'adhérer an pacte de la Sainte-Union. Mais Henri IV abjura le calvinisme , et cet acte habile ruina les affaires da parti opposé. Le duc de Mercœur en fut surtout ylvement contrarié, ainsi que les négociants de Nantes ,■ qui faisaient , à la faveur de la ligue et de la terreur religieuse, les plus belles affaires avec TEspagne. Cependant le duc résolut de tenir bon , et, sous prétexte de réorganiser rUniversité de Nantes , il obtint des États de Bretagne !20 mille écns qu'il employa aux fortifications. — Bientôt eurent lieu des conférences entre lui et sa sœur la reine Louise , envoyée à Ancenis tout exprès pour traiter delà paix. Le duc éleva trop hant ses prétentions, et les négociations traînèrent en longueur ; elles furent reprises à quelque temps de là , par Philippe-du-Bec , envoyé du roi , et Charles*de-Bonrgneuf, alors évéque de Saint*Malo, qu'assistait le président du parlement de Nantes, nommé DeUnnay. Malgré ces ouvertures , les hostilités continuaient toujours. Le duc de Mercœur faisait fortifier la ville , pendant que les troupes de Henri IV lui enlevaient chaque jour quelques-unes de ses places. Les pourparlers continuèrent jusqu'en 1598; à cette époque, Henri IV, moins occupé par ailleurs, marcha lui-même sur la Bretagne, à la tête d'une armée trop puissante pour qoe le duc de Mercœur pût concevoir l'espérance de lui résister. Bientôt la désertion se mit dans les rangs de la ligue ; car les traîtres sont toujours trèsnombreux dans un parti dont l'impuissance est bien constatée ; aussi le duc de Mercœur se trouva-t-il en apparence dans une situation très-fâcheuse ; mais il était homme de ressources , et pendant que ses députés adressaient au roi les excuses les plus plates sur la conduite tenue par la ville de Nantes et le gouverneur de Bretagne , le prince de Lorraine s'adressait à la maîtresse de Henri IV et lut proposait de marier sa fille au bâtard du roi. Ces deux enfants étaient fort jeunes, la fille du duc de Mercœur avait six ans ; César, duc de Vendôme > fils
naturel de Henri lY et de Gabrielle d'Bstrée , en arait quatre. Cette alliance illostre séduisit la maîtresse da roi , et le duc de Mercœur obtint son pardon à des conditions aussi favorables pour lui qn^onérenses pour les malheureux sur lesquels il avait déjà fait peser tout le poids d*ttne guerre civile suscitée par son ambition. Le roi , par un édity lui accorda 231 mille écus de gratification, cent cinquante mille livres de pension » quarante-cinq mille écus à prendre sur les impôts de la province de Bretagne , la permission de prélever un impôt de cinq mille écus sur les habitants du duché de Penthièvre ; tous les blés en magasin et 150 mille écus pour dédommager ses lieutenants ; il lui conservait en outre sa charge de capitaine de cent hommes d'armes et de cinquante hommes soldés. Ce fut à ces conditions, si lourdes pour le pays , que le duc de Mercœur quitta des fonctions qui devaient appartenir à son gendre et ne point sortir de sa famille. Cet exemple nous montre combien il est dangereux pour les peuples de vivre sous un gouvernement absolu. Les princes sont trop disposés comme tous les hommes, à dépenser sans réflexion, à distribuer selon leur bon plaisir Targent qui leur est venu sans peine , pour qu'on leur accorde avec confiance un pouvoir dont une vertu extraordinaire peut seule les empdcher d'abuser. Henri IV est , certes , l'un des meilleurs rois qu'ait eus la France : cependant, la Bretagne et la ville de liantes ont bien d'autres reproches à lui faire, que celui d'avoir disposé de leurs biens en faveur d^un grand seigneur dont l'excessive ambition leur avait été si funeste.
Le roi devait venir à Nantes, et la ville s'occupa de le recevoir. Un ÎBip^H de 17 mille écu» fut voté pour cet objet, et les plus aisés des habitants furent contraints d'en faire l'avance; douze mille écus étaient destinés aux frais d'entrée, deux mille aux hospices, et trois mille an paiement de la garnison que le duc de Mercœur devait dissoudre.
Les grands seigneurs ne tenaient pas alors beaucoup à acquitter leurs dettes. Le due de Mercœur trouva plus commode de garder pour lui la solde de la garnison de Nantes, que de la payer avant de la licencier. Il s'y ]^it d'une manière fori adroite pour commettre ce vol ; ayant rénni la majeure partie de son monde sur la place des Lices, comme pour passer une revue , il donna des éperons à son cheval , rentra en ville et fit fermer les portes. Trop faible pour attaquer Nantes , le corps passé en revue sur les Lices (aujourd'hui les Cours) se débanda et se dédommagea , sans ancun doute, par le pillage des
campagnes voisines , da manque de foi dont le duc de Mercœnr s^était renda coupable à son égard» et du tort pécuniaire qu*il lui avait causé. Cinq ou six cents hommes restaient encore au chàtean, le duc voulut aussi les licencier sans bourse délier; mais instruits par le sort de leurs camarades, ils protestèrent hautement, et le duc de Mercœnr fut obligé de leur compter leur arriéré de solde. Albert-de-Morlaix raconte ainsi ces divers événements : « L*an 1598, le roy Heaby IY , voyant quMI ne restoit pins rien de la ligue que la Bretagne, et quelques fortes places circonnoisines, se résolut de la mettre en son obéissance ^ et à cette fin fit avancer ses régiments et troupes de gens pied pour venir assiéger ladite ville , séjour ordinaire du seigneur duc de Mercœur, lequel se disposa h sodstenir le siège ,. et fit retrancher la motte de Sainct-Pierre , et avictnailla le chasteau et la ville: mais ayant assemblé la maison de ville pour sçauoir la volonté des habitants, la proposition faite , il fut prié de se retirer, afin que plus librement le peuple peut donner ses sufifrages. Il ne fut plus t6st sorti du conseil , que tons vniuerselleroent et vnanimement conclurent à la paix, se déclarans subjets et seruiteurs de sa hmbsté , et envoyèrent leurs députés , supplier ledit seigneur duc de ne se plus opiniastrer à ce party ; qu'il n'y auoit point d'apparence de soustenir seuls toute la puissance dn roy recogneuë par toutes les autres prouinces et villes du royaume ; qoe c'estoit s'exposer à la juste indignation du prince , et méditer leur propre ruine de fond en comble. Le dnc fut bien estonné de cette résolution, car il auoit tonte autre intention, mais il en fallut passer par là. Il dépescha sa femme vers le roy à Angers, pour dire à sa majesté , que le duc son mary , avec toute la Bretagne , et tons cenx qui s'avotioient de lui, se reduisoient sôus l'obéissance de sa Majesté. La difficulté estoit de faire vuider les gens de guerre du chasteau et de la ville, et empescher qa'ils ne fissent quelque désesperade à la sortie : pour y obuier , le duc fit vne feinte et courir le bruit qnll vouloit soutenir le siège , et partant reconnoistre son monde , fit commandement à toutes les compagnies de se trouuer en la prée nommée des Trois-Pendns, pour y faire monstre et toucher leur paye: sous cette amorce il les tira hors de la ville, mais ajant esté averti par vm des chefs de ces compagnies de se retirer, parce qu'ils auoient arresté de se saisir de sa personne , et en faire présent au roy , et piller la ville pour se récompenser, il se retira vers la porte Saint
Pierre, fiisant contenance de renger les escadrons, et estant sur la Motte picqaa bride aoalée vers la rille , commandant de n'y laisser entrer personne que ceux qn'il nommeroit. Les soldats se voyans frnstrez de lenr attente se débandèrent et rompirent. Or, ceux qui estoient an cbastean, an nombre de 5 on 600, craignans qn'on ne leur en fît autant, se rénoltèrent et se firent yn chef; mais le seigneur de Meroœnr (qni estoit logé ^ TEnesché) y entra par vne petite porte à pont-levis , qni donnoil en TËspron qni est près la tour des Menriers , snr la nioraille de la ville, et les tronnant tons en armes en la grande place dn chastean, les reprit de lenr rénolte, et promit vne bonrse de 500 escns à celny qni Iny nommeroit Tanthenr de la sédition : cette parole les offBnça , disans qn*ils n^admettoient pas ces menasses pour paye, qu'ils aimoient mieux s'ensenelir dans les mines, qne manque d'argent denenir voleurs de grands chemins et proye des prenosts: h cela le dnc repondit qn'il les ronloit payer, ce qni fut fait , et ainsi sortirent du chasteau et de la yille ; et peu après le dnc de Mercœor, sniui de sa cauallerie, alla tronrer le roy à Angers, où fat fait le traité le ditlème mars, par lequel la fille unique dudit seigneur docj fut accordée à César Monsieur de Yendosme, fils naturel dn roy et de madame Gabriëlle d'Estrée, duchesse de Beanfort, auquel demeura le gonuemement de Bretagne. Enfin , le roy descendit h Nantes, et y fut reçen en grande resiotiissance, et récent Tordre de la lartière d'Angleterre en Téglise cathédrale de Sainct-Pierre. »
Benrt lY ayant appris qne 13 mille écus étaient destinés à fêter son entrée, fit écrire aux habitants de Nantes qu'il les dispensait du cérémonial , ponnm qu'ils employassent les 12 mille écus an paiement •de ses gardes. La ville avait déjà fait des dépenses et voulut discuter sur la somme; elle offirit huit mille écus, puis dix mille, et finit par payer la somme entière , snr laquelle cependant le roi permit de distraire les firais de son logement. Parmi les dépenses faites par les boor^ois de Nantes à cette occasion, nous remarquons celles qni avaient pour but d'orner des couleurs dn prince , incarnat blanc et vert , les qnatone compagnies de la garde nationale; des enseignes de taffetas garnies d'écnssons et de chiffires, lesquelles coûtèrent quatre cents écus, et deux livres treize sons et desprésents de vins. Madame , saur du rai et ia GubrieUe d'Etirée (c'est ainsi qne l'on parlait alors) , devaient accompagner le roi ; on lenr avait destiné à chacune vingt
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lîTres de soie plate de tontes coalenrs , ceot Unes de confitures do prix de 252 écns y compris les boîtes, six paires de gants ambrés de 6 écns la paire. L'on arait en entre acheté ponr Madame un baril \àe noix confites, et pour la Grabrielle six eamariens, qui, avec ieor cage , rerenaient à 17 écns.
La prise de possession de la ville fat faite par Albert-de-Gondi , dnc de Retz , ancien gouTemenr des rille et cbâtean de Nantes , qni établit au château cinquante hommes et dix goujats, et reçut ensuite â la maison commune , le serment des habitants. Un Te Deum termina les solennités. Le chapitre ligueur avait eu soin de changer d'opinions pour rester en place dans cette circonstance, et ses gens avaient fait descendre de la voûte de Saint-Pierre, les drapeaux enlevés aux huguenots par le duc de Heroœur.
Le lundi , 13 avril 1598 , Henri IV it son entrée , après avoir diné k Ghasseil, aujonrdlini Chassais, avec Philippe-du*Bec, ce digne prélat, que son chapitre, égaré par les passions politiques, avait déclaré inÛme quelques années auparavant. A six heures du soir, le roi passait à cheval sous la porte Saint-Pierre , précédé et sniri par une foule nombreuse ; il se rendait au château dont la vue lui arracha cette exclamation si connue â Nantes : Fêntrê Sàini^Grù^ Um dues de Bretagne n'étaient pas de petit* compagnons.
Le lendemain, Henri IV, escorté de ses gardes, se rendit â la cathédrale. Les deux chapitres , en habits de cérémonie, le reçurent â rentrée de Téglise. Agenouillé sur un coussin de velours , le roi baisa la croix que lui présentait Tévéque de Saint-Malo , alors â Nantes, et promit de conserver et de défendre les libertés de Téglise ; puis il entra sous la nef, où il entendit un Te Demm chanté altenati veulent par la musique et les orgues. — Il monta ensuite au Chœur, où il s^arrêta pendant qne Tun de ses chapelains disait la messe.
Pendant son séjour â Nantes , Henri IV , auquel on ne saurait refuser une habileté remarquable et bien supérieure â celle de la plupart de nos rois, s*occupa presque exclusivement d'affaires; il conirma les privilèges de Nantes , j appela la Chambre des Comptes qni, d^nis neuf ans , se trouvait â Rennes , et déclara cette première cité capitaie de la Bretagne j oubliant, comme cela se fait d'habitude en pareille circonstance, au mépris de tonte justice, les services rendus â sa cause par les habitants de Rennes, pour récoiApenser des sujets dont il avait en an contraire beaucoup â se plaindre , mais que la politique lui prescri-