‹ Histoire de NantesChapitre 20 sur 47 · MINUTES · texte numérisé non relu

MINUTES

L'église des Minimes n'oflfre rien d'intéressant. Le style perpendi* culaire de l'Angleterre , le genre flamboyant , si fréquemment employé eu France et en Espagne à la même époque, l'ornementation coupée

XTI.* SIÈCLE. 277

pur tronçons de rÀllemagne , appartiennent enooro an genre chrétien. Od pent mâmey en mettant decdté tont ce qui concerne la symbolique, discater les mérites respectifs de Tarchitectore do Xni.« et de Tarchitectore do XY.^ siècle; mais ici, nous ne TOjons plus que des traditions informes de Tart dn mojen-âge. A Saint-Pierre tontes les onrertnres sont ccmstmites d'après ce principe que les fenêtres claires on fenêtres dn haut de la nef, doiyent être beaucoup plus élancées que les fenêtres des bas côtés. Dans la symbolique catholique, elles sont la figore de ce qui est spirituel et éclairé , tandis que les autres an contraire personnifient, si Ton peut parler ainsi, ce qui est bas, obscur et matériel. Cette idée ne se retrouTe point dn tout dans les fenêtres de TégUse des Minimes; elles sont fenêtres pour jeter du jour, rien de plus ; aucune pensée mystique , aucune idée d'art ne s'y rattache. L'église elle-même est très-surbaissée, très-massiTO, et ne mérite pas qn'im s'en occupe.

CHâTBâU BB ITÂUTB-OOULAIlffB.

Le ch$teau de Haute-Goulaine, situé à deux lieues de Nantes « appartient , par son architecture , an commencement dn Xyi.« siècle. Ogée , dans son dictionnaire , prétend qu'il fut reconstruit en 944 sur les mines d'un château plus ancien , dont on laissa subsister deux appartements qui furent réunis an nourel édifice; cette opinion n'est pas sontenable: tont nous porte à croire que ce château aura été réédifië, pour la seconde fois, probablement yers 1630, à l'époque où la terre de Goulaine, qui depuis a passé dans la maison Rosmadec, fut érigée en marquisat, en faveur de Gabriel-de-Gonlaine, seigneur de Goulaine, de Saint-Nazaire et dn Faonet.

L'extérieur de ce château rappelle la façade du château de Nantes et la façade de l'ancien évêché consacré depuis à la Psallette ; ce sont les mêmes ornements et le même style, avec moins d'élégance et de conscience dans le travail qu'an château et plus de grandiose qu'à l'ancien évêché.

Au-dessus de l'une des portes , l'on voit la figure dTolende de Goulaine, encadrée dans une ogive flamboyante, dont les crochets et le finial indiquent bien positivement, surtout en Bretagne, la tran-» slUon vers la renaissance, c'est-lH-dire le commencement dn XYI.* siècle.

Les armes que Ton Toit sur ce château , sont mi-partie de France et mi-partie d'Angleterre; c'est-à-dire de gueule i trois léopards d'or et d'azur, à une fleur de lys 1/2 d'or. — Jamais insigne héraldique ne fut mieux mérité; nos annales rapportent en effet qu'Alphonse de Goulaiue, n'ayant youIu recevoir des rois de France et d'Angleterre aucune récompense pour le service qu'il leur avait rendu par un traité de paix qui ménageait les intérêts des deux peuples de la manière la plus satisfaisante pour leurs souverains , ces princes lui firent accepter l'un et l'autre la moitié de leurs armes comme un témoignage de leur haute estime.

Nous avons cru devoir consacrer deux gravures an château de Goulaine; l'une représente l'extérieur; on y remarque d'abord à chaque extrémité une tourelle carrée. A l'angle de la tour de l'ouest se trouve une tourelle ronde très-élancée. L'ensemble de ce châteaa est imposant, le toit seul a quelque chose de lourd et de disgracieux, il écraserait par sa masse le reste de l'édifice , si des fenêtres élevées et très-richement ornées ne rachetaient ce défaut.

Dans la seconde gravure , nous avons placé un dessin d'une portion de tapisserie et la porte d'entrée du château. Cette tapisserie est en cuir estampé ; les figures sont peintes avec beaucoup de délicatesse et d'éclat; on y voit des lézards, des papillons, des limaçons et une foule d'arabesques, représentant des jeunes filles cueillant du raisin, des enfants et d'autres sujets du même genre ; le fond de la tapisserie est uni. L'on ne trouve pas ici ces riches dorures qu'on rencontre quelquefois sur des tapisseries du môme genre, quoique l'exécution en soit beaucoup plus remarquable ; nous devons signaler aussi la vivacité des couleurs.

Cette tapisserie décorait autrefois une salle immense; de nombreux visiteurs l'ont lacérée presque tout entière , il n'en reste qu*un lambeau que le propriétaire a placé derrière une porte , pour qu'il ne fût pas aperçu et ne tentât point l'aridité de quelque artiste peu délicat.

L'on voit aussi, dans )e château de Haute-Goulaine, des appartements décorés avec moins d'art que de richesse; nous y avons remarqué des fauteuils et des canapés du siècle de Louis XIY, sur lesquels sont représentés en tapisserie de soie les fables de La Fontaine on d'Ésope ; leurs bois sont entièrement dorés. Des landiris du XVII.* siècle représentent des paysages et des sujets allégoriques , ou tirés des

oavrages les plus connus^ comiae de la Jérosalem délivrée : les peintares en sont médiocres. Au-dessns des portes se tronvent des portraits très-médiocres aussi ; mais dans nn tromeau qoi a été enlevé , derrière une restauration qui semble appartenir an XyiL*: siècle, on aperçoit un ancien tableau bien supérieur aux autres : il est tout à fait dans le genre des premiers peintres allemands ; et représente la Foi , FEspérance et la Charité entre lesquelles on lit ces mots.: Spes , Fidei , Chantas. — On montre dans ce château une chambre où Louis XIY a couché: elle est aujourd'hui dépouillée des ornements qui Tembei-* lissaient aulrefois ; elle donne sur une terrasse et un jardin qui lui étaient privatifs. Dans chaque pièce Ton voit encore un vitrail armorié dont les couleurs sont très-belle»; quant aux armes elles-mêmes, elles se retrouvent partout et sont peintes sur un grand nombre de portes. — Nous noterons encore, en terminant, des poutres ornées de sculptures dorées > et deux cariatides dorées, qui supportent le manteau d'une cheminée.

Le château de Haute-Goulaine est entouré de douves dans lesquelles il 7 a de Teau, et Ton y entre par nn pont-levîs.

Les observations à faire sur les sculptures, les sculptures peintes, les peintures , les vitraux , les meubles et les modes, rentrent beaucoup dans ce que nous avons dit pour le Xy.« siècle; cependant nous allons passer en revue ces divers sujets.

SCULPTUBE.

M. Bosset , qui a eu Tobligeance de mettre son cabinet à notre disposition , possède plusieurs sculptures du moyen-âge ; quelques-unes sont probablement antérieures au XYL' siècle, mais nous ne saurions leur assigner une date précise :

Un tableau d'albâtre , en relief, représente Tadoration de TEnfanf Jésus; quelques parties du dessin sont incorrectes on négligées, mais l'expression est très-remarquable , et Ton ne saurait rien voir de plus délicieux que la Vierge en prières devant son enfant : non-seulement sa figure et sa pose «ont on ne peut mieux, mais sa robe est drapée avec un goût exquis. Les autres figures de ce relief sont aussi fort remarquables.

Un antre tableau d'albâtre représente rAnnonciation ; sa manière ferait supposer qa*il a été sculpté par le même artiste que celni dont nous venons de parler. Dans cetablean, la Vierge se retourne du cdté de TAnge. La figure est usée; mais la pose décèle rembarras de la Vierge et son émotion. Dans un troisième tableau en albâtre » le Christ, vainqueur de la mort, s'élance hors du tombeau» sa bannière nouTellç à la main , et d'un pied il foule déjà la société ancienne représentée par Tnn des gardes qui Teillalent auprès de son cercueil. Ici le dessin est encore incorrect; mais la pensée de l'artiste est exprimée avec tant de vigueur , qu'il est impossible de ne pas la saisir de suite. — C'est le Verbe incamé que son siècle n'a pas compris , et qui sort de la tombe en conquérant.

Par suite de l'ignorance historique de l'époque , il y a dans ce ta* bleauun anachronisme. Les trois soldats que l'on j voit, sont ha* billes en guerriers du moyen-âge.

Nous avons remarqué aussi une vierge ; elle est fort bien dessinée , mais un peu maniérée ; son costume rappelle celui des femmes bretonnes , sa figure grave est caractérisée. L'enfant Jésus (si toutefois cette sculpture appartient au XV.« siècle et représente une vierge) reçoit une corbeille de fruits que lui ofire un ange.

Une sculpture en bois du cabinet de M. Bosset , représente Loth , tenant une de ses filles sur ses genoux; sous le rapport de la composition , ce petit tableau mérite d'être étudié.

Quelques autres sculptures, parmi lesquelles quatre tableaux en relief de la passion , mériteraient une mention toute spéciale, si elles n'avaient été achetées primitivement en Bretagne, ce qui prouve qu'elles sont étrangères à Nantes.

Nous n'avons vu que des fragments d'une statue en albâtre (voyez page 185) qui représentait probablement Guillaume Guegnen, et nous ne pouvons la juger. Cette statue devait ressembler beaucoup à celle d*un autre évoque, qui est encore à la cathédrale, et dont sons donnons le dessin ; mais elle était mieux sculptée dans les parties que nous avons eues sous les yeux.

M. Ghifpplain , archiviste du département , a eu l'obligeance de nous communiquer une copie d'un procès-verbal qui se trouvait dans les papiers des Cannes. On y lit que, la reine Anne et sa fille avaient promis un autel aux Carmes de Nantes , et que ces religieux s'étant adressés à François !•«' pour que la volonté des deux reines

XYI.« 8IÈGLB. 281

fftt exécutée , des experts forent appelés pour donner leor opinion sor le prix de l'œuvre et les travanx qai restaient à faire; car elle était commencée. Ces experts étaient Jekan De$mareU , mattre taUieur {fymaiges , Jehan Morel , maitre masêon du château dudil Naiitee , Jehan Tuffereau et Jehan de la Noe , mattre* nuusom , gens cognoissane audit art de mauonnerie et ymaigerie. Un dessin de cet aatel fut fait ^ cette occasion , et nous trouvons ce qui sait dans le procès-verbal : « Noos ont les dessos-dicts, faict leur rapport qne ils troaaoient 9 pour mesure soixante dix nenf piedz et demy marbre cm et en » ont prisé et estimé, ven la beaatté da dict marbre et excellence » d'icellay , chacan pied six escns souleill , et en ont estimé la » faczon de Toeavre , tant ponr la taille, molures anticqnes , stalles, » candellabres et aaltres de dessons la dicte table et les retours » soient de pareilles pierres auecque leurs envassements , et qne 9 an-dessus de la dicte table est requis faire ung pied d'estrac ayant » nng pied deux poulces de haulteur pour porter la contre-table ci » joinct et accompagnez de deux gros pilliers estant des deux cous- » tés de Tautel plantez sur le mascif des marches , qui à présent 9 sont plantez et fondez an bas du dict autel , auecque leur pied d'es- » trac et cbapitranlx et corniches , et que les pilliers soient refanduz » et à molures , et le dedans des dicts pilliers remplis d'anticques , » selon qne Tcenvre le requiert; et qne il est resqnis faire le tour de » la dicte contre-table de pareille pierre que les pilliers , table et » anitres, et ont dict qne la dicte pierre de Daoulas est de couleur » noire et prant bon poly et approche bien prez du marbre noir , et » que ponr faire et fournir du dict ouvrage , tant pour part mas- » sonnerie et de la pierre cj-dessus, que il coustera huit cent » trente liures; oultre ont dict qne ponr parfaire la dicte table de » marbre, il faut trois ymaiges de marbre blanc , à savoir, Nostre- » Dante, Sainct Jehan et une Magdelaine tenant le pied de la croix ^ » et qne pour acheuer une cordelière laquelle est de marbre cm (ici 9 le prix est resté en blanc) et nous semble , disait la conclusion de 9 ce rapport , que si le bon plaisir dn roi est de faire acheuer la dite 9 table sellon le dnviz cy devant et la faire assoir au grand anltier 9 des dits Carmes que ce sera Tanltier le plus précieux et de grand 9 priz qui soit an pays de Bretaigne. 9 Viennent ensuite les signatures et la date du rapport , qui est de 1534. — Toutes les recherches faites pour savoir ce qu'est devenu cet antel commencé ont été vai-

ses ; ce qni semble prouver qa^il n'a jamais été terminé ; mais le procès-yerbal qui précède , a le mérite de bien constater la position sociale des artistes qni faisaient , an XYI.^ Mède , tontes les centres qni excitent notre admiration.

SCULPTVBBS PBiirrEs.

L*église des Minimes possédait nn Saint-Antoine et nne fuite en Egypte, qne nons rapportons an XYI.» siècle , sans en avoir beaucoup de prennes. Denx vieillards nous en ont donné la description , et nons la transcrirons fidèlement » n'ayant point tu par nous-mêmes les œuvres dont il s*agit.

Le Saint-Antoine était représenté comme d*babitude , et n*oflfirait rien de particulier ; il avait , selon l'usage , son porc à c6té de lui. — De nombreux ex voto annonçaient la confiance des fidèles dans son intercession.

La fuite en Egypte se présentait ainsi : La vierge , assise snr un âne , tenait Tenfant Jésus entre ses bras. Celui-ci jouait dans le giron de sa mère avec nn oiseau. Saint-Josepb tenait de la main gauche ta bride de Tàne, et de la droite nn b&ton en forme de béquille , qui fut brisé dans le siècle dernier , et que les bons moines raccommodèrent avec de la ficelle d'une autre couleur. Cette sculpture peinte était entourée d*une grille ; peut-être laissait-elle à désirer sous le rapport du dessin , comme la plupart des œuvres de ce temps; mais il eût été difficile de rien trouver de plus expressif. La figure de la vierge était douce et cependant pleine de noblesse , triste et pensive , quoique portant l'empreinte de la fermeté. Par une alliance heureuse de nuances délicates qne beaucoup des meilleurs artistes n'ont pas su deviner , et qui se retrouve dans plusieurs sculptures bretonnes , l'auteur de cette fuite en Egypte avait complètement idéalisé Marie et fait sentir la Mater dolorosa. Ce n'était pas une fille frêle dont les deux mains eussent pu serrer la taille , mais nne femme du peuple habituée aux travaux pénibles , dont le soleil avait bruni le teint. L'enfant Jésus, naïvement conçu par le sculpteur , avait été exécuté dans le même sentiment que la Vierge, c'était un fils du peuple, ses formes n'avaient rien de léché , rien de fade , il ne ressemblait ni aux anges de l'Albane , ni au Jésus de Léonard de Vinci dans sa Vierge aux rochers ; son grand firent , ses traits forts , sa fi-

XYI.* SIÈGLB. 283

gnre plus TieilKe que son âge» lui donnaient Taspect de ces robustes en&nts de l^hommede peine dont la TÎgooreiise organisation triomphe de tontes les misères qu'ils ont à sui^orter , et cependant son sourire tout enfantin arait quelque chose de sublime. Quant au Saint-Joseph , si buriesquement représenté presque partout , c^était le digne chef de cette famille ; on eût dit à sa figure graye » à sa mâle fierté, un ▼éritable compagnon du devoir.

La manière dont les artistes ont représenté la Vierge et le Christ enfant a beaucoup Tarie dans les diverses contrées de la chrétienté et aux diverses époques du moyen-âge. — Le culte de la Vierge est devenu , en Espagne et en Italie , tout«à-Cait païen. Les artistes méridionaux ont oublié le sublime caractère que TEvangile donne à Marie» pour en Caire une Vénus chrétienne. Ici la Vierge présentait son fils à Fadoration des hommes , ce n'était pas seulement Tamonr maternel qui se reiétait sur son visage « amour souvent étroit , souvent égcAste y on reconnaissait en elle la mère du sauveur du monde, et le Christ enfant faisait pressentir la force morale nécessaire pour accomplir le plus grand des sacrifices. La vieille tradition sur la manière de représenter la Vierge el Tenfant Jésus s'est long-temps conservée en Bretagne. Plus profondément chrétiens que tous les autres, les artistes de cette province ont compris la sainte famille autrement qn'on ne le fait d'habitude ; aussi , au point de vue social , et même quoi qa'on en dise , au point de vue de Tart » ils ont en complètement raison.

La Vierge , avec des traits délicats , une figure mignonne et gracieuse 9 n'est pins qu'une simple mère de famille , et le tableau qui la représente pourrait porter pour titre scène d'intérieur. Telle que la comprenaient et l'exécutaient les artistes du moyen-âge, c'était latransition de Tesclave antique à la femme afiranchie par le christianisme ; c'était le modèle de cet amour de mère qui doit se résigner aux douleurs de la petite famille pour le salut de la grande. La tendresse dans tout ce qui tient à la chair disparait alors pour faire place à quelque chose de plus noble et de plus dévoué.

PBmTUBBS SUn VBBBB.

Les vitraux coloriés semblent appartenir à deux classes distinctes. Les uns, plus petits , plus anciens , sont, en général , consacrés à des

284 Xyi.« SIÈCLE.

sujets religieni , et penvent être consultés avec avantage ponr Tétode de la symbolique catholique ; les autres , plus grands , plus récents , plus beaux comme œuyre d'art, semblent avoir la prétention de Inttw arec les tableaux des grands maîtres. Dans ceux-ci Ton trouve fréquemment , soit les portraits des personnages illustres qui les avaient commandés , soit les travaux de la corporation qui les avait fait éta« blir à ses frais. — Nantes était autrefois très*riche en vitraux de ces deux classes. 93 n*en avait détruit qu'un petit nombre ; les autres ont été brisés sous l'empire et sous la restauration. Le curé de Saint» Nicolas, au retour de Témigration, a fait descendre lui-même un vitrail superbe pour le remplacer par des verres blancs qui pussent donner plus de lumière à son église. — Peu de personnes se sont occupées de sauver les vitraux des églises de Nantes. Ceux que nous avons vus , et qui peuvent être rapportés au XYL* siècle , ne présentent aucun intérêt, à Texception d^une petite Adoration des Bergers qui se trouve dans la collection de M. Bosset. Les costumes de ce charmant tableau indiquent Tépoque des guerres de la ligue. Le coloris est à peu près monochrome ; le dessin rappelle la manière des tableaux de l'école flamande.

ADIFICBS PBIVÉS* — 1IBUBI.BS.

De 1500 i 1600 on ne bâtit plus une seule maison seigneuriale dont les fenêtres soient en ngîve ; souvent même on fait disparaître la croix de pierre placée à l'extérieur; mais le goût des vitraux peints et surtout celui des vitraux armoriés domine plus que jamais» Dans l'intérieur de la ville , les maisons en pierre deviennent plus nombreuses , et les maisons de bois prennent un caractère nouveau de fort mauvais goût; leurs sculptures permettent de reconnaître toutes celles qui sont postérieures à 1530 ou 1550.

Les chambres du XYI.* siècle ressemblent beaucoup à celles du Xy«. Cependant il est facile de signaler de nombreuses modifications, surtout pour la fin du siècle.

Les cheminées sont moins grandes; souvent des cariatides servent à supporter leur entablement. Le dessus de la cheminée est encore sculpté fréquemment , et l'ogive fait place aux dessins de la renaissance , c'est-à-dire à des arabesques de bon goût dans la première

Xyi.« SIÈCLE. 285

moitié du siècle, et à des dessins dépcumis d^esprit dans la seamde. La même remarque s'appliqne anx scnlptores de l*extëriear et de rintérienr.

Le prie-Dien , meuble nécessaire , p^d son pinacle et ses ogives ; la mode lui enlève d^abord les sept crochets flamboyants dont le ddffire indiquait la perfection dans rœuvre , et se reliait à des idées mystiques sur les nombres. Bientôt elle surbaisse Togive, pnis elle la remplace complètement par des arabesques ou des guirlandes de feuilles que les sculpteurs bretons traitaient avec une supériorité incontestable. Quelques prie-Dieu perdent jusqu'au Christ qui les ornait autrefois, et qui se trouve remplacé par une croix mobile suspendue à un crochet.

La duchesse Anne, au commencement du XYI.^ siècle, n'a plus que des lits à Tange, et la mode va bientôt proscrire entièrement le lit armoire. La Basse-Bretagne seule le conservera religieusement. Quelle noble dame désormais voudrait coucher comme une paysanne des évéchés de Vannes , Qui mper , Saint-Pol on Tréguier , lorsque sa souveraine et les dames de la cour ont adopté l'usage des grands rideaux d'étoffes brillantes ?

Les meubles subissent aussi de nombreuses modifications : sur les armoires et les dressoirs nous trouvons partout des sujets tirés de la fable , surtout à la fin du siècle. Les amours prennent la place des anges ; Yénns et les nymphes , celle de la Vierge ; les travaux d'Hercule, GérèsyjPallas , Junon et d'antres sujets mythologiques, remplacent ceux ^dont nous avons parlé dans l'analyse des œuvres d'art do XV. c siècle. Le long de ces armoires et de ces dressoirs nous trouvons des cariatides et souvent des festons de feuilles qui ne ressemblent à rien, et qui s'élèvent jusqu'à la corniche. Les bancs et les fauteuils sont sculptés dans le môme goût. Parmi ces meubles, les plus récents sont postérieurs au XVL* siècle , et datent du règne de Louis Xni ou même de celui de Louis XIV. En général , ce sont les moins précieux; la sculpture sur bois ayant brillé , à Plantes, de son plus vif éclat vers l'époque de la renaissance. Pîos lecteurs comprennent que nous devons préférer, sous le rapport de la composition , les meubles gothiques ; cependant il convient de signaler ceux da XVI.e siècle comme possédant quelquefois des sculptures aussi remarquables par la composition des sujets que par la délicatesse de l'exécution. Gérés couvrant les campagnes de moissons ,

286 XYI.* SIÈCLE.

appropriant les animaax an besoins de l'homme , et domptant les lions eux-mêmes; Toilà un dessin allégorique et mythologique qui parle autant à Tesprit que ceux du siècle précédent ; mais , pour un de ce genre , combien , surtout à la fin du siècle , de grosses naïades toutes bouffies , combien de fleuves dont la corne d'abondance laisse couler les ondes de conyention , combien de figures grotesques qui ne flattent ni Tintelligence ni les yeux!

Les tapis, assez rares dans les siècles précédents, deriennent plus communs ; les tapisseries de cuir se répandent aussi ; les tapis serrent à couvrir et les murs et les parquets ; le cuir est exclusiTement employé pour couvrir les murs et les meubles. Les dessins de ces cuirs et de ces tapis sont religieux ou mythologiques. Les plus anciens offirent des dessins religieux; les plus récents empruntent leurs tableaux à la fable , ou au caprice de Tartiste.

Le goût des coffrets et autres petits meubles de ce genre se répand chaque jour darantage. M. Bosset en possède un en bois noir dont la clef, fort curieuse, offre une couronne ^ la poignée. Dans Tintérieur , on roit des dessins en argent ciselé. Les deux plus remarquables sont la Justice et la Charité , que Ton peut comparer à nos belles vignettes. Des cariatides ornent à l'extérieur ce précieux coffiret qui , peut-être , fut donné par la reine Anne on Madame Claude, à quelque noble dame de la cour.

Vers la fin du XY.* siècle» c'était l'usage d'avoir pour l'extérieur et sonrent aussi pour l'intérieur , des portes sculptées ; il en existe encore quelques-unes dans cette rille dont les ogives flamboyantes indiquent approximativement la date. Au commencement du XVI.< siècle , le goût des sculptures sur bois ayant augmenté , le nombre des portes sculptées devint très-considérable; mais les dessins changèrent complètement : l'ogive, son finial et ses crochets furent remplacés par des encadrements dans lesquels se trouvaient des dessins mythologiques. — Dans la rue du Moulin, l'on voit sur une porte du XVI.c siècle , Hercule , Diane et Vénus que séparent des montants unis ; au-dessus de ces sculptures, l'on voit dans le couronnement un écusson et des arabesques de très-bon goût. L'on trouve à Nantes beaucoup d'autres portes du même genre ; mais leur nombre diminue de jour en jour.

XT1.« SIÈCLE. 287

COStUMBS.

Noos ne croirons pas utile, après tout ce qui précède, de passer en reme les modes. A partir de François !.<' , la Bretagne adopte entièrement les modes françaises , et Nantes n*a rien sons ce rapport qui la distingne des antres grandes cités da royaume. Le peuple seul c<msenre en grande partie son costnme et ses coutumes.

ÉcniTÂiirs DU xTi.« siècle.

Au Xyi.« siècle, Nantes a compté parmi ses habitants .quelques personnages remarquables dont nous allons rappeler les œnyres.

La duchesse Anne a laissé plusieurs mémoires que Ton dit bien écrits ; nous ne les connaissons pas , et les lettres de cette princesse que nous avons vues , étaient rœuvre de ses secrétaires.

Michel Golumb , sculpteur , a fait âi Nantes le tombeau de François n , la statue en marbre ou en albâtre de Tévéque Gueguen ; on lui attribue les arabesques de la chapelle de la Colfégiale qui existe encore, et quelques autres trayaux entièrement perdus. — Qu'avait-il fait auparavant pour mériter la confiance de la reine Anne et pour être chargé d'un aussi grand travail que le tombeau de François II , nous Tignorons.

Jacques Tioles, fourrier de la compagnie de Monsieur Latrimouille, a composé plusieurs satires ou coq-à-Fâne, des chansons, des vers en Thonnenr des dames du Mans, où ses œuvres ont paru en 1568 , chec Miérome Olivier.

Pierre Biré, sieur de la Doncinière , avocat du roi , a publié à Nantes, en 1580, sous le titre de Gazette tTÂUtin le martyre ^ son Êpùnasie , ou relation contenant Torigine , Tantiquité , la noblesse de Tancienne Armorique , et principalement des villes de Nantes et de Rennes ; cet ouvrage est curieux et savant.

Guillaume Marj a publié un volume de commentaires sur le droit

Olivier Gonin» de Paimbœuf , a laissé un livre sur les ruses employées an jeu.

Pierre Boistuaux, écrivain très-fécond, a publié des ouvrages assex nuls sur divers sujets. Voici les titres de quelques-uns : Tmde la Cité de Dieu de Saint- Augustin. — Traité des pierres

précieuses. — Traité de fÉgUse Militante. — Les Amants Fortunés. — Six histoires tragiques traduites de f italien. — Théâtre du monde discourant des misères humaines et de l'excellence et de la dignité de l'homme.

Jean Morin , président de la Cour des Comptes , a écrit, sur les antiquités et singularités de rArmorique, un ouvrage qui est perdu.

Jean Bertin a fait des épigrammes.

Desperrières Boutin a laissé un livre entier sur ce sujet : De la Prééminence de Nantes sur Rennes.

François de La Noue» né à Fresnaie, près Bourgneuf, en 1531 , servit d*abord en Italie. — Devenu calviniste, il prit part aux guerres de religion, et s'empara d'Orléans en 1567. — Il commandait Farriëre-garde à la. bataille de Jamac , et se rendit maître de Fontenay, d'Oléron, de Marennes, de Soubise et de Bronaye. — Il perdit le bras gauche à la prise de Fontenay ; mais on lui en fit un mécanique en fer, dont il se servait pour tenir les rênes de son cheval ; de là son surnom de Bras-de-Fer. — Le roi le nomma général de Tarmée destinée au siège de la Rochelle. — Il passa au service des États-Généraux en 1579 , fit prisonnier le comte d'Egmont , et fut pris à son tour. Devenu libre au bout de cinq années , il se joignit au parti de Henri lY , approvisionna Senlis , et périt an siège de Lamballe.

' Deux faits feront apprécier la valeur morale de ce grand homme : an siège de la Rochelle , un ministre protestant s'emporta jusqu'à le firapper dans un moment où il prêchait aux divers partis la conciliation ; un autre l'eût sévèrement puni. De La IHoue le fit arrêter et conduire à sa femme, à laquelle il adressa cette petite lettre : Mor dame^je vous onvoieun brutal,' tâchez de remédier au dérangement de sa raison* •

Les fournisseurs refusaient de livrer les approvisionnements de Senlis, s'ils n'étaient payés comptant. Ce sera donc moi^ dit La Noue, gui ferai la dépense ; garde son argent quiconque f estime plus [que t honneur; tandis que j'aurai une goutte de sang et un arpent de terre ^ je les emploierai pour la défense de fétat où Dieu m'a fait naître , et il engagea sa terre des Toumelles.

Xyil.* SIÈCLE. 289

DIX-SBPTIÈHB SIÈCLE.

Fiir DU eègus de HBini iv.

JbiH 1600 , le dnc de HontbMoii Tint à Nantes; on Ini fit nne réception hrUlnnte , et la Tille fit compter^ mms tant tirer à eontéquence , cent écos à son maître d*hAtel poor ses menns frais. Les bourgeois , en fiisant cette libéralité, croyaient bien qa'elle n'en nécessiterait point d'antres; Ils ignoraient que les abns sMntrodnisent facilement comme règle à la fsTenr d*an précédent, et qne , plus tard , il devient impossible de les déraciner. Bientôt ils en acquirent la preuve. M. deMontbason les invita à fournir aux frais des obsèques de M. de Lussan , mort an château, ce qu'ils accordèrent de nouveau, croyant ne compromettre en aucune façon leur avenir et celui de la ville par un acte dont ils ne oompienaient pas toute la portée. Le même duc de Montbason , sollicité quelque temps après , par la ville , de faire ouvrir la porte de Sauvetout , fermée depuis long-temps , ne voulut accorder cette demande qu'à la condition qu'elle en paierait les frais. Jean Briguet entreprit cet ouvrage pour quatre cent quatre-vingts écus.

Ifantes s'était montré trop facile envers un grand seigneur , pour que le roi ne cberchM pas à son tour à profiter de ses excellentes dispositions. Par une lettre du 27 juillet , il demanda 8,000 écus pour les frais de son mariage. La ville, très-obérée, fit une réponse évasive, et promit de suivre l'exemple des autres villes , auxquelles Henri lY adresserait pareille demande. Le roi fit bientôt de nouvelles Instances. La ville était pauvre, Henri lY venait encore (et cela sans avoir consulté ses r^résentants) de la dépouiller de ses titres de créancier sur le duc de Mercœur , qui devait à la commune des sommes considérables. — Les instances du prince donnèrent lieu li une réunion générale du conseil de la commune, dans laquelle le procureur-syndic exposa la situation financière de la Cité. « Nous devons , dit-il , plus de 80 mille écus. Des sommes considérables nous étaient dues par le duc de Mercœur , qui diminuaient beaucoup cette dette. Notre seigneur le roi a

290 XVIL* SIÈCLE.

jugé convenable de le libérer sans qnMl ait rien soldé > ni par loi, ni par ses gens. Poor payer ces 80 mille écns , nous ne devons compter qne sur nons et les revenus de la commune ; il est donc urgent d*adresser au roi une supplique : nous lui demanderons de se contenter de quatre mille écus , et d*accorder , tant pour y satisfaire qne pour payer les dettes de la communauté , la moitié des revenus des trois jeux du Papegault et un sou par pot de vin étranger, impOt qui n*est pas nouveau , puisqu*il a été créé pour les travaux du Marchix , concédé depuis à la ville , puis repris sur la ville par le domaine. Par ce moyen, nous pourrons solder les quatre mille écus demandés et payer la dette devantes.» — Cette opinion fut prise en considération; une supplique, dans le sens du discours du procureur-syndic, fat adressée an roi , qni accorda ce qni était demandé: car Ton doit rendre cette justice à Henri lY , que ft*il n*était pas très-constitutionnel dans ses formes « et sUl faisait souvent de l'arbitraire dans les cas où il eût dû tenir sa promesse on respecter des droits acqni» , il ne refusait non pins qne bien rarement les demandes qui s'appuyaient sur des motifs fondés.

Cependant , h ville ne s'empressait point de payer les 4,000 écus promis à Henri lY, et le prince fit mettre saisie sur les revenus de la commune. Le 25 août , la ville demanda main levée avec permission de prélever sur tous les habitants la somme exigée par le roi. Cette nouvelle demande , qni devait hâter le paiement , Ini fut accordée.

Une lettre du premier octobre, écrite par le roi , annonçait aux habitants la naissance d'un dauphin. Une procession , un Te Deum , des feux de joie et d'artifice , des salves d'artillerie, servirent à fêter cette bonne nouvelle , qui fit brûler à Nantes 444 livres de poudre.

Les maladies contagieuses reparurent en 1602 , et la ville fut forcée de s'en occuper. Ces maladies, sur lesquelles il ne nous reste qne des notes bien incomplètes, étaient, à ce qu'il parait, des dyssMiteries présentant un caractère typhoïde. La commune de Rezé et qnelqnes antres communes voisines de Nantes, avaient déjà beaucoup de malades , lors* qne l'épidémie pénétra dans la Cité le 5 septembre. Le bureau de ville entra en arrangement avec un prêtre, pour administrer les malades du Sanitat ; on lui donna une robe neuve , la nourriture , le logement et sept écus sols 1/2 par mois, payables d'avance. — On ne parla point de faire ap^onver ce choix par l'évêqne. k cette époqne , pareille approbation n'était pas nécessaire ; mais on Ini promit de demander la permission à Monseigneur, pour qu'il pût dire la messe dans l'église

XVn.* SlftCLB. 291

da SaniUt. La promeMO de la sonriyance dans le cas od ramnônier viendrait à décéder , fat encore slipalée parmi les conditions.

n fat pins difficile, dit Travers, de trouver nn chirargien. Le dernier reçu demandait cent écns ds gages par mois. La ville , qni trouvait ce prix trop considérable, entra en arrangement avec Pierre Sylvestre ; elle lui donna son logement dans la xue de la Boucherie , près la porte de Sanvetont , 50 écus d*or pour se meubler , 50 écus par mois, payables d'avance , et la promesse de 80 écus de gratification aussitôt que Tépidémie aurait cessé. Pierre Sylvestre s'obligea , de son côté , à placer an Sanitat un garçon cIdrwrgUn pour faire les pansements, à visiter souvent lui-môme les malades, à soigner les pestiférés de la ville et des faubourgs , de Pirmil et de Saint-Donatien , qui réclameraient et paieraient ses soins. — Il devait porter, pour être plus facilement reconnu dans les mes , une baguette blanche.

Dans une autre réunion, le bureau de ville décida de louer le manoir de la Touche, pour y mettre les pestiférés , et il accorda à leur médecin la clef de Tune des tours de Sanvetont, pomr y prendre Pair à son aise. Mais la tâche était pénible, et le malheureux maître en chirurgie fut atteint de la maladie régnante et succomba. L'embarras du bureau fut alors extrême, la maladie sévissait avec violence, et nul maître en chirurgie ne voulait soigner les malades , quelque prix que Ton mit à ses services. Un compagnon ou garçon chirurgien gagnant tnattrise eut seul le courage de se dévouer au service des malades : 40 écus par mois^ 20 écus pour son ameublement , et la maitrise à la cessation de Tépidémie , telles furent les conditions auxquelles il consentit à se charger de cette ' tâche anssi périlleuse que pénible.

Dans une troisième réunion , le bureau de ville s'occupa encore presque exclusivement de l'épidémie. Par ses ordres , on cadenassa les maisons qui renfermaient des malades ; il fut prescrit d'y passer par les fenêtres tout ce dont leurs habitants pourraient avoir besoin. Les mêmes mesures furent prises aussi pour toutes les maisons dans lesquelles il y avait eu des malades. Les convalescents devaient passer dix à douze jours à la maison de la Touche , avant de pouvoir rentrer dans le droit commun et jouir de leur liberté individuelle : ce devait être à leurs lirais , Vils en avaient les moyens , et aux frais de la ville , s'ils étaient pauvres. Les

292 Xyil.* SIÈCLE.

ateliers des tripiers fureat renvoyés hors de la Tille. Les animaax destinés à être abattus forent retenus en dehors des mnrs.

Les rues forent nettoyées y des fenx forent allumés dans les carrefours, les marchés furent transporté^ hors ville , les bonchers reçurent la défense d'exposer en vente des viandes êoufflési ou bufetées.

Quelques-unes de ces mesures étaient prudentes, mais la séquestration complète des malades ne pouvait qu'aider aux progrès de la maladie , en condamnant des personnes saines à vivre dans un air vicié ; et, par suite, en transformant un grand nombre de maisons en foyers d'infection. Cependant la maladie céda, parce qu'il est dans la nature de toutes les épidémies de cesser, au moins momentanément , au bout de quelque temps ; mais ce ne fot qu'après avoir fait des ravages et moissonné un grand nombre d'habitants , que des mesures plus prudentes eussent pu préserver.

C'est 11 dessein que nous revenons sur les maladies contagieuses et sur les moyens hygiéniques mis en usage k cette époque. En lisant ce qui précède, nous sommes indignés des mesures violentes que prenaient nos pères pour se préserver des épidémies. La suspension de toute liberté individuelle , les cadenas mis aux maisons , sont autant de moyens qui nous révoltent. Prompts à porter un jugement, nous blâmons vivement ces mesures de terreur, et nous les déclarons dignes des siècles de barbarie, sans songer qu'an mépris de la science et au détriment de tons les intérêts, notre siècle, si civilisé, conserve des lazarets où les voyageurs , arrivant par la voie de mer , sont tenus de séjourner, tandis que ceux qui arrivent des lieux infectés d'épidémie, par la voie de terre , passent librement , sans être obligés de perdre un temps précieux et de dépenser des sommes considérables pour se procurer ce dont ils ont besoin , quelquefois même pour violer une consigne dont la sévérité est habituellement en raison inverse de la fortune de cenx qui la subissent.

Nous devons remarquer encore que jamais la séquestration et les mesures les plus rigoureuses n'ont entravé les maladies contagieuses dans leur marche. Une sévérité excessive appelle l'attention des esprits bibles, exagère à leurs yeux les dangers de l'épidémie; la peur du mal fait naître le mal de la peur , et prédispose singulièrement à subir les fâcheuses influences d'une atmosphère

Xni.^ SIÈCLE. M 3

qui renfenue des miasmes dangereux. Les soins de propreté > les mesnres hygîéniqaes et les moyens propres à distraire les imaginations faibles, préserreront cent fois mieux une ville du tjrphns, de la peste on du choléra , que les cordons sanitaires et les Tazarets. Ghaqne jour cette opinion, que les bits historiques confirment, acquiert de nouveaux partisans parmi les hommes les plus éclairés , et bientôt les médecins des lazarets , et les antres employés de ces établissements seront 'les seuls à soutenir une doctrine rieillie, sur laquelle reposent les abus dont ils profitent.

Les ordonnances du bureau de Yille de Nantes, en 1602, loin de calmer les inquiétudes des habitants, contribuèrent à les augmenter, ^rès avoir cherché partout un médecin pour les pestiférés, il avait fallu se contenter d*un simple garçon gagnant maîtrise, et bientôt le Conseil eut à s^occuper des secours spirituels qui manquaient aux malades. Beaucoup de pestiférés étaient morts sans avoir reçu les sacrements^ malgré les promesses dugrand-ricaire^ qui avait dû déclarer aux recteurs que s'ils manquaient à leurs devoirs, les chefs de la cité ne manqueraient pas aux leurs ; aussi , le procureur-syndic fut-il prévenu d'advertir et d'admonester lesdits recteurs et de leur notifier que s'ils refusaient de donner aux malades les secours spirituels de leur ministère, leur temporel serait saisi et leur droit de newne confisqué pour fournir aux frais d'un prêtre à gages chargé de les remplacer.

Un calviniste, nommé Geslin , mourut vers la fin de Tannée; son enterrement donna lieu à des scènes démagogiques, que l'autorité fut obligée de réprimer. Le roi l'apprit, et parut satisfait de voir que l'on eût fait bonne justice des coupables.

Vers le même temps, la ferme des devoirs fut affermée pour trois ans, au prix de 124,200 livres.

Quelques autres faits des années 1602 et 1603 doivent être cités , non qu'ils se rattachent à l'histoire de Nantes, mais parce qu'ils caractérisent les habitudes de l'époque.

Les habitants de Machecoul , voyant avec regret que l'on eût laissé tomber en désuétude les lois contre les blasphémateurs, s'engagèrent, entre eux, à souffleter tous ceux qu'ils entendraient jurer.

En 1603 , la Ville fit dire un service solennel pour le repos de l'âme de M.^^^ de Montbazon , épouse de M. Hercnle de Rohan, duc de Montbazon, gouverneur de Nantes. Ce service coûta 463 livres; savoir, au

294 XyiL« SIÈCLE.

cirier, pour le laminaire^ 200 lîTres ; au peintre , pour les écnssons, les armoiries et les angélets, 110 lirres; et 153 livres an marchand qnî fournit les 133 annes et demie dereloursqui serrirent anx tentares. — Cette fois, dit Tabbé Travers, qui se montre toajonrs très-sérère envers le clergé, le Chapitre donna gratis ses chants et le son des cloches.

Le retour de Tépidémie , les prétentions du domaine qui réclamait mal à propos un droit de gouUe de four, la construction du Jeu de Paume, Tarrivée à Nantes d'un grand nombre de Portugais, rappellent Tannée 1603.

L'épidémie , arrêtée par le froid Tannée précédente , reparut au printemps, et fit renaître les mesures d'oppression, appelées mesures sanitaires. — Nous trouvons , parmi ceux qui s'occupaient des malheureux, un chanoine qui prêta serment entre les mains du maire, et jura de faire son devoir dans le gouvernement des pauvres ; ce chanoine portait le titre de père des pauvres. Une autre délibération nous prouve que Taumônier du Sanitat était nommé par les pères des pauvres et le bureau de ville , sans qu'il fût nécessaire d'avoir l'approbation de Tévêque, soit pour lui conférer ses fonctions, soit pour le chasser , s'il se conduisait mal , comme Taumônier qui se trouvait alors à l'hospice.

Le duc François II, ayant permis aux Nantais d'avoir chez eux aunes, crocs et fours sans payer de droits, la rétribution que le fermier des domaines réclamait sous le nom de droit de gonlle de four , n'était pas due ; aussi fut-il débouté dans sa demande.

Le premier Jeu de Paume fut établi au Chapeau-Rouge. La ville s'opposa à sa construction, comme pouvant détruire Teflfot des fortifications voisines. Le sieur de Rouvres promit , par écrit , de le faire démolir à ses frais , aus^tOt qu'il en serait requis , et la ville se désista. À la même époque, le fort du Port-Commnnean n'était plus qu'un amas de terre , et le sienr Gubaud proposa de le fermer de murs, si on voulait lui en accorder la jouissance privative sans ancun droit pour le fonds. C'était seulement un lieu où prendre Tair qu'il désirait approprier à ses besoins. Sa demande lui fut accordée.

Plusieurs ecclésiastiques réclamèrent les secours du bureau de ville en faveur d'un archevêque d'Arménie, qui faisait le pèlerinage de Saint-Jacques en Galice* Travers rapporte que la ville accorda 18

XVn.« SlftCLB. 295

lifTes à cet illustre péleriiiy qaieftt bien mieax fait, comme II robseire ayec raison , de rester reiller lui-même à la garde dn tronpean qni lui était confié. — Des Portugais en grand nombre s'établissaient alors li Nantes, et la yillene se montra pas anssi bospitalière envers ces nouveaux babitants qu'envers le prélat d'Arménie; Ton craignait que ces étrangers, cbassés de leur pays par les Espagnols, ne se livrassent an commerce et n'entrassent on concurrence avec les marchands qui se trouvaient en relation avec l'Espagne «t le Portugal. Parmi ces étrangers il y avait quelques Juifs , et les motifs religieux furent mis en avant pour masquer la cause qui faisait agir la bourgeoisie nantaise. Le duc de Montbason , le sénéchal , le bureau de ville et l'avocatgénéral du parlement, se laissèrent circonvenir; mais le roi, plus désireoz de favoriser l'industrie et de pratiquer une politique noble et généreuse que de se faire Vinstrument de Tégoîsme , déclara positivement qu'il prenait les Portugais fugitifs sous sa protection , et leur permit de rester à Nantes tant qu'ils voudraient , bisant cette fois du despotisme au profit de la civilisation.

En 1604, le roi adressa au duc de Montbazon une lettre dans laquelle il annonçait la conclusion prochaine d'un traité avec l'Espagne, et permettait aux négociants de se livrer immédiatement au commerce des blés.

En 1605 , la peste reparut, et avec elle recommencèrent les précautions habituelles contre les épidémies. Le bureau, à cette occasion , donna ordre aux pères des pauvres de choisir un prêtre pour le Sani* tat. Travers fait remarquer qu'il ne fut soumis , ni k l'approbation de révêqne ni à celle du grand vicaire , ni même & celle dn curé de Saint-Nicolas dont le Santtat dépendait ; mais si l'on songe que le grand vicaire et le curé de Saint- Nicolas n'étaient autres que les anciens chanoines Decouraut et Ghristi , les deux terroristes les plus violents de Nantes à l'époque de la ligue, et les plus hostiles à la partie riche et influente do la population , l'on concevra que le bureau ait pu facilement leur refuser une déférence que commandaient cependant leurs fonctions.

Le chapitre jouissait , li cette époque , d'une grande influence ; une délibération du bureau de ville prouve que la mairie lui demanda de suspendre le jubilé dans le diocèse , et par conséquent d'annuler le mandement qui l'avait annoncé. Cette demande était basée sur la crainte bien fondée de voir les maladies épidémiqnes s'aggraver sons

296 XVII.* SIÈGLB.

rinfluence de nombreuses agglomérations d*hommessar nn senl point.

Beaucoup d'Irlandais, croyant qu'ils pourraient s'établira Nantes, comme l'avaient fait les Portugais , cberchèrent k cette époque un refuge dans nos murs; ils étaient pauvres et incapables de rendre au pays aucun serrice par leur industrie: aussi la yille les cbassa-t-elle, sans que le roi s'en mêlât en aucune façon, peut-être même n*en sutil rien; car il était reçu à cette époque de payer les solliciteurs influents que l'on mettait en œuvre auprès du prince , les grands ayant, pour la plupart, l'habitude d'escompter les faveurs royales.

La ferme des devoirs anciens et des nouveaux fut portée cette année à 61,000, puis à cent mille livres, plus 300 livres d'épingles destinées à payer les ornements 4'église de la chapelle de la ville.

Ce fut dans la même année que le pont de la Gasserie s'écroula , et que l'on construisit la Mairie actnelle , d'après les dessins de l'architecte Héli Remigereau.

En 1607 , le froid fut si yiolent , que les voitures les plus chargées purent traverser la Loire sur les glaces. — La ville , cette année, fit des présents considérables an duc de Montbason , et dépensa 883 livres pour lui prouver combien elle était reconnaissante de l'appui qu'elle avait trouvé en lui auprès du prince. Une chaussée à Richebourg et la construction d'un chemin destiné II conduire de la Motte Saint-André au Port-Gommuneau , nous rappellent encore cette même année.

En 1608, le bureau , après quelques difficultés, reconnut Sully pour grand-voyer de Bretagne. Il craignait avec raison que l'obligation de solliciter l'approbation du grand- voyer, n'entraînât des lenteurs dans la réparation des chemins.

Henri lY venait d'établir un impôt de 3 deniers par livre tournois sur les marchandises qui entraient dans le port, ou qui en sortaient. Quelques habitants le trouvèrent injuste , et refusèrent de s'y soumettre; ils traduisirent les fermiers de l'impôt devant le présidial. — Le bureau eut peur et prit une délibération contraire à cet acte, inais le roi était déjà informé de cette opposition. Par ordonnance du 17 juin , il ôta à la ville 1^ octrois qui formaient le revenu de la Mairie, puis il donna ordre au maire de se rendre à la cour sur le champ. Le Maire s'empressa de justifier son administration, et la ville rentra dans la jouissance de ses octrois, mais le présidial fut sévèrement blâmé. Un arrêt du Conseil d'État cassa la procédure et lui défendit d'en faire de semblables â l'avenir; le même arrêt lui défendit

encore de réaoir les notables de Nantes , enjoignant aux habitants de respecter les droits de leur mairie , de lui obéir et de l'honorer.

Les dettes de la ville ne l'empêchèrent point , en 1608 , de dépenser 1500 à deui mille lirres ponr fêter le duc de Vendôme , gonremeur de Bretagne» lors de son entrée à Nantes. — Les officiers manicipaux montèrent à cheval ponr aller au-devant dnjenne prince.

Ce fat la même année que Ton bâtit le moulin Grognard , qui a beaucoup contribué à la formation de TIle-Feydeau , alors la Saulsaye.

Parmi les anciens usages encore subsistant à cette époque , nous signalerons la redevance de Tabbé de Pomic, qui devait un pain et un pot de vin à tontes les femmes du lien qui venaient relever de couches à Téglise.

L'évêque , en 1609 , refuse un canonicat de la Collégiale à un ecclésiastique qui ne savait point traduire ces deux mots latins: Nobis oranlibusy et qui ne se rappelait plus, qu'au parfait, le verbe latin parco fait peperei et non pareû Travers , avec son rigorisme habituel , se demande si le prélat avait raison de punir ainsi cette crasse ignorance , » lorsqu'un chanoine de la Collégiale n'a besoin que de savoir lire et » chanter. »

Le bureau fitrétablir sir la Motte Saint-Pierre la plantation d'ormes, l'ancienne ayant péri faute de soins.

Dans la même année , le duc de Montbazon revint à Nantes. La ville lui rendit les honneurs accoutumés , et dépensa, pour cet objet , 1655 livres tournois.

iVÉlTBMSIfTS QUI SE BÀTTACHE9T A l'HISTOIRE GÉNÉRALE DE FRAITCE.

Henri IV périt en 1610 : un misérable assassin mit fin à l'existence de ce prince habile. L'histoire pourra contester sa bonté proverbiale , mais elle rendra justice à ses grandes qualités et surtout à son intelligence pratique. Sa mort inquiéta vivement les protestants de nos contrées, et ce n'était pas sans raison. L'édit de Nantes leur accordait le libre exercice de leur culte dans les lieux où il avait été autorisé en 1596 et 1597 ; il permettait aux gentilshommes d'avoir des ministres dans leurs châteaux , et leur accordait des chambres mi-partie catholiques et protestantes ; il assurait enfin la tranquillité de leur existence et un bien-être qui allait être mis en question.

2ft» XVII.« SIÈCLE.

NanteSy qui depuis long-temps se tronvait étranger aux grands faits historiques de Tépoque , deviendra bientôt le théâtre de luttes intestines. Nous devons donc séparer en deux sa biographie. Tout ce qui concerne la cité Nantaise sera rais à part sous la forme d* Annales , et nous dirons auparavant, en peu de mots, les faits qui se ratta* chcnt à l'histoire générale du pays et de la civilisation.

Par redit de Nantes , une volonté forte avait pacifié la France ; mais les haines religieuses avaient survécu. — Le clergé catholique pouvait-il , à cette époque , voir d*un œil indifférent que des hommes quHl regardait comme réprouvés , que les véritables ennemis de son culte vinssent lui disputer son influence et s'efforçassent de marcher de pair avec lui? La religion n'était-elle pas en danger, tant que le» pernicieuses doctrines de Luther et de Calvin ne seraient pas proscrites ainsi que leurs sectateurs? N'était-il pas nécessaire^ aux yeux de tout bon catholique du temps , que Tédit de Nantes fût déchiré ? Avec un pareil état des esprits , la paix ne pouvait durer long-temps. Le parti le plus nombreux et le plus puissant désirait vivement la guerre ; elle était donc imminente. D^un autre côté , les princes voyaient avec envie la toute-puissance du souverain; ils n'étaient pas si étrangers à l'histoire , qu'ils ne sussent fort bien , an moins par tradition, qu'autrefois c'étaient les grands vassaux qui faisaient la loi au chef de l'état. Le désir d'une oligarchie puissante , d*une sorte de^ fédéralisme féodal , dirigeait instinctivement leurs pensées et leurs actes ; ainsi deux causes , l'une religieuse , l'autre purement politique , devaient nécessairement produire des troubles, qui ne se firent point attendre.

Dès 1611, c'est-à-dire un an à peine après la mort de Henri IV, la ville fut avertie que les ennemis de l'État avaient formé le dessein de s'emparer de quelques places, et des précautions sévères furent la suite de cet avis.

Deux années plus tard , les catholiques formèrent plusieurs associations pour soutenir leur croyance. Les calvinistes niaient la présence réelle de Notre Seigneur dans l'Eucharistie. Ce fut, pour les catholiques, un motif d'établir aussi ostensiblement que possible leur croyance sur ce point; aussi multiplièrent-ils les fondations, les saints , les expositions et les processions du Saint-Sacrement ; une confrérie s'établit à Saint-Nicolas, et plusieurs paroissiens donnèrent, pour leur part à la masse, 3200 livres.

En 1614, lorsque le prince de Gondë et quelques autres mëconlents s'étaient retirés de la coar> le dac de Vendôme en avait fait autant; il tenait garnison à Anc^is, d'où il menaçait la ville de Hantes , qui reçut en cette circonstance les lettres les plus flatteuses de la reine-mère , dn duc de Montbazon , et du roi lui - même. Si la mairie avait profité dn moment pour demander quelques concessions de la part du roi , elles eussent été accordées immédiatement et sans aucune observation. Les bourgeois de Nantes se conduisirent tiès-loyalement en cette circonstance ; ils ne demandèrent point le prix de la foi jurée , et prirent toutes les précautions qu*on leur recommandait. — La même année > les Ëtats de Bretagne demandèrent et obtinrent du roi la démolition des châteaux de Guerande , de Tottffoo et de Saint-Mars-la-Jaille. — Ajoutons que Louis XIII crut devoir écrire à la ville de Nantes pour lui annoncer sa majorité.

Le 31 juillet et le 4 août 1615 , les Nantais reçurent des lettres du roi y qui les engageait h redoubler de surveillance et à se défier du prince .de Gpndé , des ducs de LongnevHle et de Mayenne , dn comte de Saint-Pol , du maréchal de Bouillon et dn duc de Vendôme.

L'année suivante , les alarmes deviennent plus sérieuses. Le duc de Vendôme se trouvait à Ancenis avec des troupes. M. de Soubîse occupait le Pèlerin. Tons deux rançonnaient les paroisses voisines, prélevaient des droits sur les marchandises qui montaient et descendaient la Loire. La ville , attaquée dans son commerce , résolut d'agir ac* tivement ; mais bientôt le traité de Loodnn mit fin à ses inquiétudes. En 1621 , le prince de Sonbise , prince de la maison de Rohan et chef dn parti calviniste , prit les armes contre le roi. Quelques succès encouragèrent ses partisans, et l'année suivante quelques-uns de ses soldats s^avancèrent jusqu'aux portes de Nantes , où ils firent des prisonniers. La ville écrivit au roi , qui jugea convenable de venir eu personne pour terminer cette guerre. Le lendemain de son arrivée, Louis Xni alla coucher à Vieillevigne , où l'attendaient sept à huit raille hommes de pied et six cents chevaux avec lesquels il se dirigea sur rile-de-Ré , d'où il chassa le prince de Sonbise. Les calvinistes perdirent dans cette affaire quinze cents hommes, et sept cents des leurs furent faits prisonniers. Les débris de leur armée se retirèrent à la Rochelle^ Leurs prisonniers furent dirigés sur Nantes et mis aux fers.La ville en adieta ponr 367 liv. 10 sous. Elle fit murer les portes et les fenêtres du Sanitat, où se trouvaient ces prisonniers. De

doubles grilles et de fortes serrures servirent à compléter ces mesures de précaution. François Lhuillier, prévôt général de la connétablie de France, fut chargé du. jugement de ces malheureux; il en condamna treize à être pendus, et les autres aux galères. La sentence fut exécutée le jour même. Monseigneur Tévêque assista à leur supplice , dans le but de les convertir à la religion catholique. Travers rapporte qu'il réussit auprès de cinq d'entre eux. Les autres restèrent entassés au Sanitat. Les chagrins , la mauvaise nourriture et leur nombre , beaucoup trop considérable pour une prison si étroite, occasionnèrent une maladie grave (probablement une fièvre typhoïde) , qui en fit périr beaucoup. La mairie , inquiète , écrivit au roi pour être débarrassée de ces prisonniers. Le prince accorda leur grâce à tous ceux qui voudraient renoncer au calvinisme. Les plus fotJOMnables comprirent qu'il vallait mieux faire une abjuration apparente et subir la loi du plus fiurt , que de passer aux galères le reste de leur vie. On leur donna la liberté ; la ville fournit en outre à chacun d'eux , à titre d'aumêne, un quart d'écu, et la mairie les fit partir six par six , avec défense de revenir on de séjourner dans les fanbourgs^l Les autres, que le roi avait offerts aux Vénitiens pour leurs navires, furent transportés à Gouëron sur les galères de l'État ; ils étaient cent vingt. Les souffrances physiques et morales ne les avaient pas vaincus. Ils subirent leur jugement avec le courage que donne une conviction profonde.

Le traité de Montpellier mit fin , pour quelque temps, à la guerre civile; mais, en 1625 , les huguenots prirent les armes, et Nantes se mit de nouveau sur la défensive. Le bureau acheta deux cents livres de mèches , des balles et quatre mousquets pour compléter les 200 mousquets qu'il devait avoir. Les habitants montèrent la garde, et personne ne fut excepté. Trois fauconnanx furent placés sur des vaisseaux flamands pour protéger la rade de Gonéron. Les bateliers de Bouguenais , de Saint-Jean , de Gouëron et du moulin Gillet , reçurent la défense de laisser passer personne ; mais la ville , cette fois , en fut quitte pour la peur.

G'est ainsi que , dans les premières années du règne de Louis XIII, les grands seigneurs mécontents et les protestants fomentèrent des guerres civiles auxquelles le cardinal de Richelieu mit fin en triomphant des uns et des autres. Ge ministre était trop habile pour ôter aux réformés les privilèges accordés par Tédit de Nantes » mais

il Yoalnt que leur confirmation fût oonoédée comme une grâce , ce qni leur enleTaitleor caractère; et, par suite, supposait la possibilité d*ane réTocation. Le cardinal se flattait d'aîllenrs de ramener les protestants au catholicisme par la persuasion. Il regardait comme plus polttî<iue de diviser le parti protestant et de le ruiner par d*lia« biles manœuTres , que de le pousser au désespoir par des mesures violentes. Il fut plus sévère peut-être à Tégard des grands seigneurs. Le duc de Vendôme, soupçonné d'avoir fait partie du complot dans lequel avait trempé son frère , fut arrêté et conduit au chAteau d'Amboise. Le 8 juillet 1626, le comte Henri de Talleyrand , sieur de Cbalais , maître de la garde-robe du roi , fut arrêté comme coupable de faante trahison. Il n*avait point conspiré contre le roi , mais il était entré , avec le duc d* Anjou , dans un complot qui avait pour but d'assassiner le cardinal de Richelieu , et de débarrasser ainsi le prince du mariage que le cardinal voulait lui faire contracter avec M.i<« de Montpensier. Le duc d* Anjou était extrêmement faible. Une fois séparé de ses conseillers, il accepta sans peine d*épouser une jolie femme , la plus riche héritière du royaume , et d^abandonner à la vengeance du cardinal des amis qui s'étaient dévoués pour lui. Les duchés d'Orléans et de Chartres , six cent soixante mille livres de pensions furent le prix de cette lâche conduite. A peine les noces du prince étaient terminées que le procès du comte de Ghalais commença. Le duc d'Anjou, alors duc d'Orléans , chargea lui-même son ancien ami , et raconta tout ce qu'il savait de ses projets en présence du roi , de la reine-mère , du cardinal , du garde-des-sceaux, du marquis d'Bffiatet du sieur de Beauclerc, qui signèrent avec lui sa déclaration. Le comte de Ghalais fit lui-même des aveux qui achevèrent de le perdre.

.La commission judiciaire le condamna à avoir la tête tranchée sur la place du Bouffai. Le jugement portait en outre que son corps, divisé en quatre quartiers , serait attaché à dies poteaux et exposé aux principales avenues de Nantes , que sa postérité perdrait sa noblesse , que ses maisons seraient rasées , qu'il subirait la question pour révéler le nom de ses complices , et que sa tête , portée au bout d'une pique , serait placée sur la porte de Sauvetout.

En lisant aujourd'hui de sang-froid la teneur d'un semblable jugement , si barbare et si cruel jusque dans les moindres détails , on s'explique aisément comment les masses ont pu , dans leur colère ,

302 Xyil.« SIÈCLE.

commettre les horreurs qni ont signalé la terreur religieuse da XVI.*: siècle et la terreur politique de 93 , et Ton se demande quelle fatalité s'est opposée jusqu'à ce jour h Tabolition de la peine de mort.

Le roi commua la condamnation du comte de Ghalais pour tout ce qui concernait les suites du supplice , mais il ne lui fit point grllce de la torture. Les amis du comte espéraient cependant encore; et, dans le but de gagner du temps , ils firent cacher le bourreau. Mais le cardinal n'était pas homme à laisser échapper son ennemi. Un misérable, qui derait être exécuté, reçut sa grAce , à la condition de faire l'office de l'exécuteur. Peu au fait de l'horrible fonction dont il s'était chargé , il leva la hache et la laissa retomber sans tuer le malheureux comte de Ghalais ; un second , un troisième coup ne réassirent pas da?antage. Alors un long murmure des spectateurs rint ajouter à son trouble, et ce ne fut qu'au trente-cinquième coup de hache que la tête du patient roula séparée du tronc.

Ainsi fut terminé, dans cette yille, par le cardinal de Richelieu, ce long drame historique commencé par Louis XI , lorsque , dans son Toyage à Redon, il venait à Nantes étudier les forces du duc de Bretagne, et les moyens de mieux détruire la puissance du pins indépendant des feudataires de la couronne. L'an prépara et fonda de nouveau l'ancienne unité française au détriment des grands vassaux; il brisa leur aristocratie et la remplaça par une monarchie véritable ; l'autre , à 160 ans de distance , acheva son œuvre et consolida tout-à-fait l'unité firançaise et la monarchie. Tous les deux employèrent la ^erreur comme moyen d'arriver au but ; tons les d^px ne firappèrent que rarement et toujours les tdtes les plus élevées. La vie morale des empires serait-elle donc soumise aux lois qai président à la vie organique des hommes ? Ici, nous voyons, par un singulier hasard , l'enfantement de l'unité territoriale et de l'unité gouvernementale en France commencer et finir à Nantes, à on intervalle de 160 années ; et, pour que le rapprochement soit plus complet encore , c'est par des douleurs cruelles qne cet enfantement s'annonce et s'achève.

En 1626, la guerre de religion recommença dans le voisinage de Nantes. Le roi demanda des secours à la ville , et les douze canons nommés les douze apôtres. L'année suivante , Nantes eut à se précautionner contre les surprises des huguenots.

Le duc de Guise demanda de nouveau les douze apôtres , mais une

dépatatlon se rendit à la Rochelle , aoprèis da roi , qui se contenta de recevoir 12 mille livres, cent habits et cent paires de soaliers. En 1628, Nantes envoya ao siège de la Rochelle des pelles et des pioches, et douze beaax navires qui arrivèrent en mars devant la place.

Le cardinal de Richelieu avait montré beaucoup d'habileté et de fermeté dans sa conduite à Tégard des protestants ; ils furent traités bien plus durement sous Tadministration du cardinal Mazarin. — Sans cesse on leur suscitait de nouvelles querelles ; chaque jour c'étaient pour eux , dans tous les actes publics de la vie , des difficultés imprévues à résoudre , des outrages nouveaux à essuyer. Ici, on leur disputait leur église; ailleurs, il y avait contestation pour le collège ou le cimetière ; rarement ils obtenaient quelque chose des autorités, qui semblaient leur accorder des faveurs, quand à peine elles leur rendaient justice.

Louis XIY devait maintenir Tédit de Nantes : l'humanité le commandait , réquité lui en faisait un devoir , la politique ne permettait pas de faif^ autre chose ; mais les prières du clergé , les insinuations des jésuites , et les perfides conseils de Le Tellier et de Louvois lui firent oublier la foi jurée. D'abord (ce fut en 1669), le roi supprima, dans tous les parlements , les chambres mi-parties , et l'on ne souffrit, dans celai de Paris, qu'un seul conseiller réformé. Bientôt on défendit aux réformés d'épouser des filles catholiques ; ils furent exclus des emplois et des corps d'arts et métiers. Cependant les calvinistes résistaient avec courage. C'est ainsi qu'à Nantes ils firent signifier au procureur-syndic les arrêts rendus en leur faveur. Le premier , du 21 août 1663 , défendait de les contraindre à tendre le devant de leurs portes le jour de la Fête-Dieu ; le second défendait de leur enlever leurs enfants avant l'âge de puberté , sons prétexte qu'ils désiraient être catholiques ; le troisième ordonnait de les recevoir aux arts et maîtrises , après le chef-d'œuvre fait. En 1681 , le roi permit que les enfants des protestants fussent admis , dès l'âge de sept ans, à changer de religion, et quelques-uns furent enlevés de force à leurs parents. Enfin , l'édit de Nantes fut rapporté en 1685 , par une nouvelle ordonnance , qui proscrivait le protestantisme , bannissait ses ministres , et dépouillait les réformés des droits de citoyen.

Ogée , qui semble approuver en partie la révocation de l'édit de Nantes, ajoute cependant \ son récit les considérations suivantes :

304 XVIL» SIÈCLB,

tt Aa liea , dit-il , de ramener les calTinistes ao sein de Téglise romaine par la doncenr et la persuasion , de lenr inspirer de la confiance en paraissant plaindre leur erreur et s'intéresser à lenr malheoreux sort, on multiplia les injustices à leur égard , on les ponssa à bont, et on les força de cette manière à fuir leur patrie. LouTois, pour empêcher ces émigrations, fit garder les frontières , et remplir les prisons des fugitifs qu'on saisissait. Ces précautions ne purent retenir dans le royaume une multitude de familles qui emportèrent avec elles lenr argent comptant et leur industrie. L'Allemagne, r Angleterre et la Hollande se peuplèrent de Français, qui portèrent leur goût et leurs arts chez les étrangers, qui s'enrichirent des pertes de la France. Le nombre des fugitifs était de plus d'un million. On en arrêta plusieurs qui, attachés sur des galères ou enfermés dans des prisons , n'en étaient pas moins des citoyens perdus pour l'État. Ceux qui demeurèrent, furent persécutés par les catholiques, avec cette férocité qu'inspire à des fanatiques la différ^ice de religion. Ces malheureux, poussés à bout, prirent dans la suite les armes sous le nom de Camisards ; mais , trop faibles pour résister, ils ne voyaient de tous côtés qu'un affreux précipice , la fuite , la mort ou les fers.

» Le fameux Fléchier, depuis éYêque de Ffimes, vint alors à Nantes, par ordre de la cour, prêcher la controTerse ; n'ayant po, malgré son éloquence , convertir les calvinistes , on envoya des dragons vivre à discrétion chez ces sectaires. A la voix de ces nouveaux apôtres , il se fit beaucoup d'abjurations ; mais en ne vit ancnne conversion sincère. Enfin , on s'est peu à peu accoutumé à les voir, à les firéquenter et à les aimer. »

Ce langage, tenu au XYIIL* siècle, par un auteur dont l'indépendance n'est pas le plus grand mérite 9 nous montre combien les protestants ont eu à souffrir par suite des persécutions religieuses. Les honnêtes gens verront toujours un crime dans la révocation de l'édit de Nantes , et les hommes politiques ( nous établissons cette division qui ne devrait pas avoir lieu) regretteront long-temps encore une décision de bon plaisir, qui a privé la France de ses enfants les plus capables et les plus dévoués.

XVn.* SIÈGLB. 305

ifABVE DB LOUIS xni. — 1610 A 1643.

La noayelle de rasstssinat de Henri lY consterna les habitants de Rantea. Les uns craignaient le retour des guerres de religion ; les antres y les persécntions qu'ils araient subies à une autre ^oqne. — La Tille ordonna desserrices funèJl>res et des prières, qui durèrent trois jours et coûtèrent douze cent trois livres deux sous. — Une dépntation partit ensuite pour assurer le jeune prince et la régente de la fidélité des Nantais. Cette démarche leur fut très-agréable, et ils en témoignèrent toute leur satisfaction par une lettre adressée au bureau.

Ce fut à cette époque que le chapitre décida d'écrire en langue ▼ulgaire ses délibérations , et que les églises de Nantes commencèrent à adopter le rit romain. L'éréque , pour faciliter cette mutation , fit imprimer un propre des saints , accommodé à Tnsage de Rome^ dans lequel il ne plaça que des saints nés dans le diocèse» on qui y eussent ▼écQ. Deux années plus tard , il fit imprimer un processionnal , puis un propre des messes de nos saints « puis enfin le rituel de Paul Y, arec notes et additions.

Nos annales disent qu'en 1610, il n'y avait à Nantes qu'un seul fabricant d'ean-de-vie.

L'année suivante (1611) , la garde nationale occupait cinq postes, les Changes, Sauvetont, Saint-Pierre, Saint-Nicolas, et la Poissonnerie. Le poste des Changes était seul tenu de faire patrouille; l'officier de garde allait prendre le mot d'ordre au château.

Il n'y avait pap alors de confiseur à Nantes : des confitures données & HH« de Montbazon, de Rohan et de Brissac avaient été achetées chez les apothicaires.

La placé Saint-Pierre , où se trouvaient auparavant le cloitre des Chanoines et le cimetière de Saint-Pierre > fut consacrée cette année aux réjouissances publiques. On y plaça une colonne portant les armes du roi , du duc de Yendôme et de la ville , dont l'architecte Belliard avait fourni les dessins.

C'était sur cette place que se tirait autrefois la quintaine du roi.

Les maladies contagieuses reparurent en 1612 : le bureau de ville décida de suite d'ouvrir le Sanitat aux malades; on y plaça les infinniers et les infirmières que réclamait le service avec un aumônier. Hessire Jean Gnineheno-Duportal fut chargé de cette fonction ; mais

répidémie ne fut pas de longue dorée , et bientôt messire Jean Johanneao , économe dn Sanitat , prévint l'administration qne la maladie avait cessé. Cet économe et Tanmônier montrèrent le pins grand zèle , et méritèrent les témoignages de reconnaissance qu'ils reçurent du bureau de ville. M. Duportalfut attacbé pour une année au Sanitat: la ville lui paya sa pension , son logement, et lui accorda vingt livres de gages par mois , sauf par après à kd pourvoir do plus grande récompense dans tes occurenees.

Le Sanitat était trop étroit; la ville acquit quelques vignes dans le clos de la Touche pour son agrandissement. Les nouveaux bâtiments, la chapelle, les ferrures et la menuiserie lui coûtèrent 8 à 9 mille livres ; elle tint à ce que ses armes fussent mises sor la cloche, pour prouver que l'ouvrage avait été fait k sesdépens. Nous trouvons , dans le compte des dépenses , que l'ouvrage de maçonnerie revint h 4 livres 18 sous la toise , ce qui fait exactement quatre fois moins qu'aujourd'hui , et semble assigner à l'argent une valeur quatre fois plus élevée.

— Un Saint -Roch, un Saint-Sébastien, et d'autres sculptures figuraient dans ce compte.

Le Chapitre obtint, dans la même année, de rentrer dans la perception du droit affecté par Jean Y k la construction de la cathédrale.

— Les jésuites de Rennes et de la Flèche se firent accorder, pour l'entretien de leurs collèges, la moitié des droits du Papegault.

En 1613, la ville fit enfermer de haies vives et de fossés la plantation d'ormes de la motte Saint-Pierre. — Elle accorda 30 livres aux cordeliers pour acheter un nouveau tabernacle. La même année, l'Évèque et le Chapitre firent un concordat pour h nomination des cures. — Choisis pour arbitres entre l'Évoque et le Chapitre d'Angers, ils déclarèrent, sur le vu des pièces fournies de part et d'autres, que le Chapitre d' Angers avait/un'c/fc/tofi épiscopale dans son territoire, et était exempt de la juridiction de l'Évèque; le parlement de Paris, appelé à juger cette sentence , la confirma.

Il y avait sur les ponts , en 1614 , une pyramide dont il ne reste que le souvenir; elle était située à l'entrée du pont de Pirmil, du côté de Vertais, et servait probablement, dit Travers, à indiquer Tannée dans laquelle le pont de bois avait été remplacé par un pont de pierre. Pourquoi notre siècle néglige-t-il tous les souvenirs du passé? Pourquoi les maisons privées les plus curieuses et les monuments publics n'ont-ils pas des inscriptions rappelant les souvenirs qui s'y ratta-

xyn.« SIÈCLE. ao7

dhent. Chaque TÎlle deTniU tenir à posséder ainsi mue histoire lapidaire accessible k tons les habitants. — Une pièce de la même année proare qu'il existait alors nne forêt k Boat-de-Bois , dans les lieax tiayersés aojonrd'hni par le canal de Breta^e; elle portait le nom de forêt d'Hâric.

Snr la nouvelle de la prochaine arriyée dn roi, le bureau de ville s'occupa de lui faire une magnifique réception; elle décida d'abord de commander deux tableaux au peintre Diard; Tun, de huit pieds de haut; Tantre» de neuf: le premier représentait le roi à dieral • et l'autre Henri IV en Hercule^ habillé à la française , ayant 9ou$ êôi pied» tHi dragon , gardien du jardin des Hespérides , gui lui présenie mn rameau d*or chargé de trois pommes. Un théâjtre fut construit à la porte Saint-Nicolas, et l'on y plaça les tableaux du peintre Diard et d'autres ornements. La ville fit demander, au Groisic sept galions équipés, afin de donner au roi sur la Fosse le spectacle d'un combat naval ; on éleva aussi un château de bois pour simuler une attaque de place forte. Ces premières dépenses montèrent très-haut; mais la ville, quoique obérée, ne s'arrêta pas en si belle route ; au liea de songer k payer ses dettes , elle commanda un dais de velours ronge cramoisi , long de sept pieds, avec les armes et les chifires du roi, des broderies, des clinquants et crépines d'or; plus, dix enseignes neuves: six aux couleurs du roi, trois à celles de la reine et une aux couleurs de la ville. Ces divers objets coûtèrent 2,729 livres 14 sous 4 deniers, moins la façon du dais, qui revint à 600 livres.

Le roi et la reine , marchant sous le dais , entrèrent en ville par la porte Saint^-Kic^las où se trouvait un théâtre chargé de musiciens. Ils furent reçus par M. Gharette de la Colinière , qui leur présenta trois clefs d'argent doré pesant près de deux marcs. Le cortège se rendit ensuite à la cathédrale , où l'on chanta un te dbum.

Après le combat naval de la fosse , Louis XHI , sans plus se gêner, fit don des galions, achetés ou loués par la ville , à l'enseigne de ses gardes-du-corps , qui voulut bien les rendre pour 300 livres. Ge divertissement donné an roi revenait déjà k plus de dix mille livres. — Les valets du prince prétendirent queledais sous lequel Louis Xm avait marché , leur appartenait, et la ville , pour le ravoir , fut obligée de débourser encore 320 livres. Mais ce n'était pas tout : il fallut donner une couverture de Chine de 50 écus au comte de Treme , qui prétendait avoir droit de s'emparer des douze tapisseries et des trois

g08 XVn.« SIÈCLE.

tapis qni araient seiri aa théâtre de Samt-Nicolas , et le chapitre de la cathédrale fat obligé de donner one indemnité de 6 lifies ant aumôniers du roi, qai yoolaient avoir le carreau et le tapis dn priedien placé à la cathédrale.

L'Histoire ne saurait taire les antres folies faites dans cette circonstance f et nous croyons devoir énnmérer successivement les diverses dépenses qae la ville dut encore acquitter.

L'artificier du roi reçut 290 livres de récompense pour un feu d*ar* tifice, qui fut tiré des plates-formes de Saint-Pierre, et que lems majestés purent voir sans sortir du château.

Dix-neuf barriques de vin de Grave, â 54 liv. la barrique ; trentesix pipes de vin nantais â 48 livres la pipe ; dn vin des Canaries pour la somme de 247 liv. 10 sous , et des bouteilles; le tout montant à 337 liv. , furent distribués aux seigneurs de la Cour , aux Etats assemblés à Nantes , ainsi qu'aux gens du roi.

Les confitures présentées aux dames coûtèrent 227 livres et 16 sous.

Les gens du roi reçurent en outre les sommes suivantes :

Le fourrier des deux cents Suisses 136 liv.

Les trois huissiers de la chambre dn roi 270

Les archers gardes-du-corps 60

Les six trompettes du roi 19 4 s.

Les porte-chaises du roi 32

Les archers de Thôtel du roi 20

Les gardes de la porte du roi 48

Les valets de pied de la reine 12

Le chef de gobelet dn roi 80

Le même pour vin du roi 20

L'huissier de la salle de la reine 32

Les porte-chaises de la reine 12 16 s.

L*huis8ier de la salle du roi 80

Les héraults-d'armes du roi 36

Les huissiers du conseil-d'état 45

Les chevancheurs de récurie 45

Les trois musiciens qui avaient joué à l'entrée du roi. 101

Le roi fut enchanté de la réception qu'il avait reçue de ses bons Nantais. Il approuva toutes les dépenses faites à son occasion. Hais la chambre des comptes ne fut point de son avis: elle voulut bien, cette fois, les enregistrer , mais elle fit prévenir le bureau de rille d'être à l'avenir plus économe des deniers publics.

XyiL^ SIÈCLE. 309

Les États de Bretagne qoi se tinrent k Nantes pendant le séjour de Louis Xin demandèrent en Tain la destrnction de la toor de Pirmil. Le gonyamement leur accorda la démolition des châteaux de Guerande , de Touffou et de Saint-Hars-de-la-Jaille. Nantes avança 2^000 livres pour ces travaux.

An départ du roi » la ville lui donna , en face du château , le spectacle d*mi très^beau feu d'artifice » qu'elle fit tirer sur Teau, ^ l'entrée de la nnit. Cette nouvelle consommation de pondre éleva de 1757 livres le chiffre de ce qui avait été dépensé pour fêter Louis Xm.

En 1615 f les prêtres cédèrent à Messieurs de la Chambre des Comptes le privilège, de porter le dais lors de la procession , et les religieuses du tiers-ordre obtinrent la permission de bâtir dans la cour de la Chambre des Comptes une chapelle , qui n'existe plus.

En 1616 9 on frappait des doubles â Nantes ; l'édifice de la monnaie se trouvait situé près de Saint-Léonard. La même année , le roi créa hait sergents de ville â la nomination du maire et des échevins. — Le père André-Bonlanger-Angustin , connu sons le nom de Petit- Père-André , prêcha le Carême à Saint-Nicolas. La paroisse » pour lui exprimer sa satisfaction » lui vota 30 livres au-dessus de ses honoraires.

En 1617, les Turcs , dont la marine est aujourd'hui si misérable , enlevèrent trois vaisseaux de Nantes, à l'entrée de la rivière. Les marchands envoyèrent aussitôt des députés à la cour , auxquels se joignirent ceux de la ville ; les uns et les antres supplièrent Louis Xin de faire mettre un frein à la piraterie.

Six pleureurs furent institués par le bureau pour inviter aux enterrements des bourgeois les plus notables. La ville leur fournit des habits de deuil.

A son entrée à Nantes , le comte de Rochefort devait recevoir du bureau de ville 1000 fr. d'argenterie et 1500 fr. de meubles ; mais il préféra recevoir le tout en argent , et Nantes se soumit â ses désirs.

La transformation du cimetière de la cathédrale en une place publique, l'érection sur cette place de la colonne Belliard, l'acquisition par la ville du moulin Contant , l'augmentation du collège Saint- Jean , la mort de l'évêque Charies-de-Bourgneuf, et l'établissement des Récollets sur les Ponts , datent aussi de la même année.

L'érêqne Charles-de-Bourgueuf , en mourant^ fit un testament dont

310 XYn.« SIÈCXB.

la teneur devrait serrir de modèle à toi» les homme» édairés : il légna ses riches tapisseries k la cathédrale. On les tendait anx solennités ayant la rérolntion; en 93 1 eUes ont été yolées, et noos croyons ifo'il en existe encore anjonrdlim. Il donna sa biUiothèipie, estimée 10 mille livres , aux oratoriens, qni réussirent enfin à s'éta* blir dans notre cité.

En 1618 , la reine-mère tint à Nantes. — Les religieuses de la réforme de Sainte-Thérèse s'établirent dans la me Saint-Gildas. — Les Etats se tinrent à Nantes, et le bureau de Tille fit des dépenses considérables en dragées et en yins destinés aux grands seigneurs qui en faisaient partie. — L'on bâtit sur Tile Feydeauy alors la Saulsaye, une cokue pour le poisson, qui n'existe plus.

En 1619, le chapitre fit travaillera la Cathédrale; la ville délégua Tun de ses anciens maires pour assister aux marchés. Sa délibération mentionne l'orgue et de nouveaux bâtiments , comme les constructions dont le chapitre voulait s'occuper. — La même année , elle accorda des secours aux capucins, comme elle en avait accordé précédemment aux récoUets. — La chapelle du Sanitat fut lamteisaée , et cet ouvrage coûta 203 livres. — Des seaux en cuir , destinés aux incendies, furent achetés pour remplacer les paniers d'osier goudronné dont on se servait auparavant.

Nos archives prouvent qu'yen 1630 , il existait , sur Ttle Feydean , un reste de mur de ville. Un habitant, nommé Chrétien Robin, fut condamné à démolir un édifice qu'il avait commencé à bâtir sur cette mine. — A la même époque > il existait des coutumes religieuses tout-à-fait oubliées depuis , comme de joncher de paille firatche les églises, anx époques de Noèl et de l'Epiphanie, peutêtre en mémoire de Tétable de Bethléem ; d^ semer des feuillages et des rameaux aux fêtes solennelles , de présenter un coup de vin et quelques bouchées de pain anx communiants dans la quinzaine de Pâques, ce qui rappelai beaucoup mieux qn'aujourd*hui la communion du Sauveur et de ses apôtres. Le jour du Vendredi Saint , les églises étaient tendues d'étoffes noires semées de croix blanches, comme l'indiquent les comptes de fabrique.

L'année 1621 nous rappelle quelques faits importants, parmi lesquels nous signalerons : L'emploi des chiffres arabes. — La mort de Philippe Thibaut , qui fut empoisonné avec des figues an moment oU il venait de renoncer â l'évéché de Nantes. — La levée du plan

de la Tille et le jaogeage des barriques. Le plan de Nantes fut fait par Gaillanme Bmnet des Bordes» qui dessina « en outre , un bastion que Ton croyait ntile pour défendre la porte da Port-Maillard : il reçnt 36 lî?res pour ces deax travaux. — La rille décida , quant au jaugeage des barriques , que la pipe serait de 332 pots ou 464 pintes de Paris, que la barrique serait de 116 pots. Le merrain des pipes fut fixé à 4 pieds 2 pouces de long, celui des barriques à 2 pieds 8 pouces. Il fut défendu d'employer , dans la fabrication des futailles , ni bois rouge cossonné ni aubier.

Les Etats de Bretagne se tinrent à Nantes en 1622; le bureau de rille, malgré le mauyais état de sa caisse , trouya le moyen de payer des collations et des bals aux grands seigneurs; cette coutume ajoutait peut-être encore au mépris de Taristocratie pour la classe roturière.. — Les capucins s'établirent à Nantes la même année. — La ville arrêta de présenter 16 candidats pour les élections des maires et 24 pour les écbevins. Les élections pour la nomination des juges du commerce se faisaient dès cette époque , beaucoup mieux , puisqu'elles étaient directes. — Un quai fut construit M la Fosse, au prix de 7 livres la toise; malgré la différence de râleur de l'argent , il est facile de reconnaître qu'aujourd'bni nous construiri<Mis un semblable quai beaucoup plus chèrement. — ^Le parlement défendit encore, en 1622, aux cabaretiers, de rendre de la riande ou du poisson cuit , sans doute à la requête des aubergistes et des cbarcatiers.

En 1623, la rille eut à payer pour cadeaux faits aux Etats par son bureau , du pain , du gibier , des friandises et 7334 bouteilles de rin. — Les paurres furent renfermés an Sanitat , et la reine-mère posa la première pierre du courent des Galrairiennes dans le pré Balline.

L'année suirante , le quai de la Fosse fut prolongé de 200 toises. La* rille fit jeter sor ce point les sables qui obstruaient l'Erdre et le port de la Poterne; les ourriers furent payés à raison de 6 sous les hommes, et 4 sons les femmes , ce qui semblerait prourer que l'argent râlait 4 à 5 fois plus qu'aujourd'hui.

Le diner d'installation donné en 1624 , à M. d'Haronis de l'Epinal , président an présidial , que Tappui des ducs de Vendôme et de Montbazon fit accepter comme maire , rerint à la rille à plus de 1260 lirres (aujourd'hui 5040 fr.) sans compter le pain , le rin et le louage de.la raisselle d'étain. L'abbé Travers s'indigne à bon droit en racontant ces folles prodigalités du bureau de rille. — Celte même année les

312 XTII.o SIÈCLE.

maladies contagieases repararent. Pierre Dorion imprima à cette occasion, par ordre de la ville, un liyre da docteur Mello, contenant ia vraie description de la peste avec les moyens de s'en préserver.

Une verrerie existait depuis assez long-temps dans Tévêché : Antoine Rîbes , qni en était propriétaire / obtint de s'établir à la Fosse pour fabriquer des bouteilles et de la vaisselle blanche.

En 1626, la ville dépensa en festins 2095 liv. on 8380 fr. , valenr actnelie ; de plus , elle donna des vins aux gens du roi pour la somme de 4070 liv. , qui représente au moins 16,280 fr. — L'établissement des Ursnlines , la réparation de la chapelle de Miséricorde, Tacqnisition de la caserne actuelle de la gendarmerie par les prêtres de rOratoire , dont le collège a fourni presque gratuitement à Nantes , pendant de longues années, les enseignements les meilleors, se rapportent à la même année.

En 1627 , la ville s'endetta pour faire une brillante réception an maréchal de Thémines, gouverneur de Bretagne* Jamais roi de France n'occasionna plus de frais et d'embarras par son entrée. Après lui avoir donné un dîner magnifique à la Saozinière , le corps de ville se rendit k cheval à la Fosse , et lui fit servir une collation pour laquelle rien n'avait été épargné. Arrivée la porte Saint-Nicolas , il reçut du maire cinq clefs d'argent ; quatre échevins l'y attendaient et le conduisirent à Saint-Pierre sous un dais très-riche, qu'ils portaient eux-mêmes. Devant le dais marchaient les croix et bannières des paroisses. Après le dais , le clergé , les religieux et le chapitre marchaient en procession. Les mes étaient tendues comme pour le passage dn Saint-Sacrement an jour de la Fête-Dieu. Le cortège arrivé à l'église, on entonna un TeDeum^ après lequel le maréchal fut ramené à l'hêtel de Briord. Ses valets s'emparèrent dn dais, et la ville fut obligée de leur donner dix pistoles pour le ravoir, i^rès cette fastueuse entrée, vinrent des bals et des fêtes, qni augmentèrent beaucoup la dette de la communauté des bourgeois. — La charge de miseur ou trésorier de la rille était élective , elle fut érigée en office en 1627. — L'année suivante, la ville fit bâtir la halle du Bonfiay, qui lui coûta 12,235 livres , et le chapitre de Saint- Pierre fit commencer les grandes voûtes de la cathédrale.

Une distribution de vin, le jour des Rois, qui coûta 2242 liYxes; un emprunt de 139,631 livres » contracté par la ville au denier seixe; la construction du couvent des Ursolines; la fondation de

Thospice de rHermitage par les Gapacins, et la création de leur établissement sur l'emplacement do Gonrs Henri lY , Tintroduction à Nantes des religieases de la Visitation, sont de Tannée

Le blé fat très-cher en 1630, et le parlement défendit de le laisser exporter môme d*un diocèse dans on antre. Le bureau de ville obtint d'en importer à Nantes jusqu'à concurrence de 500 tonneaux. Il fit aussi marché arec un particulier qui devait en fournir 2000 setiers. An mois d'octobre , le froment s'éleva jusqu'à 18 livres le setier. Le bureau de ville s'occupa de la surveillance et de la police du pain ; mais le peuple , poussé à bout par la misère , et ne sachant à qui s'en prendre , accusa ses magistrats de s'entendre avec les boulangers et de spéculer sur les blés. Quelques émeutes eurent lien à cette occasion: la mairie fut obligée d'employer la force armée pour les réprimer. — L'année suivante , les blés ne baissèrent point de valeur. Le pain de seigle se vendit jusqu'à deux sous la livre , prix excessif pour l'époque , puisqu'il représente sept à hnit sous, valeur actuelle. La ville, pour venir au secours des pauvres, prit 5000 livres à constitut. La disette et la mauvaise nourriture donnèrent naissance à une affection typhoïde , appelée peste par nos chroniques. Le Sanitat s'ouvrit encore pour recevoir les malheureux atteints de l'épidémie , et les précautions , pour éviter tout contact avec les personnes qui soignaient les malades , furent redoublées. Par ordre du bureau de ville , une nouvelle ordonnance parut bientôt après l'ouverture du Sanitat ; elle promettait trois sous à ceux qui tueraient les porcs et les chiens errants , et qui les traîneraient dans un charnier (Teusé sur la Motte Saint- indré.

En 1632 , la ville , quoique très-obérée , fit une dépense excessive de vin à la Fôte des Bois; elle acheta, en outre, 40 pipes de vin d'Anjou , qu'elle fit déposer dans les caves de THôtel-de- Ville. — Cette année, l'épidémie, suspendue par l'hiver, reparut au printemps ; le bureau décida de faire abattre successivement toutes les chambres communiquant d'une maison à une autre, comme il en existe encore dans la rue de la Bléterie.

L'on publia la défense en 1635 de mettre en mer aucun bâtiment

sans qu'il fût armé> et le commerce avec l'Espagne fut défendu pour

cause de guerre.

MonsiBUB , frère du roi, étant venu à Nantes , le présidial , le cha-

314 Xyil.« 81ÈGLE.

pitre et la chambre allèrent le saloer an Gbapeau-Roage, où il était descenda. Le présidial et le chapitre en robe et bonnet , la chambre en capot , bonnet et toqne de reloars.

L'année 1636 rit acheyer le qnai de la Maison-Rooge et commencer celui de THôpital. — Pierre Dorion imprima , pour la première fois , la Vie des Saints de Bretagne , par le père dominicain Albert de Morlaix. — La cherté des yiyres et nne épidémie rendirent cette année très-malheureuse pour le peuple , et Tautorité eut à résister à une émeute sérieuse.

Beaucoup de Portugais yenaient chercher fortune à Nantes , comme sous le règne de Henri IV. Les Nantais, peu bienyeillants à cette époque envers les étrangers , considéraient comme yolées les richesses que ceux-ci se procuraient par leur industrie. A les entendre, ils étaient dépouillés de leurs propriétés par les Portugais. Toutes les fonctions, même indépendantes, que ces étrangers s^étaient créées, étaient autant d'usurpations sur les droits des commerçants de Nantes, et les Juifs n'étaient guère plus mal yus ; aussi, poussé par les chefs du commerce , le peuple en yint-il un jour à faire une yioienle émeute dans le but de chasser de la yille des hommes inoffensifs , qui contribuaient à sa prospérité. Le 23 novembre les choses arrivèrent à ce point , que le bureau de ville fut obligé de prendre des mesures pour rétablir Tordre. Les portes et barrières furent remises en état , des chaînes furent tendues dans les rues , de fortes patrouilles parcoururent la ville , et Ton défendit , sous peine de mort , de tirer la nuit des coups de fusil ou de pistolet. — Le bureau eût dû aller plus loin , et rechercher quels étaient les auteurs de rémeute; mais il s'en garda bien dans la crainte de compromettre des personnes influentes , dont il partageait la jalousie et la haine contre les Portugais. L'émeute apaisée, il se contenta de prendre les noms des Portugais et de faire dresser l'inventaire de leurs armes.

Dans la même année (1636) , M. Gabriel de Beauveau fut nommé évéque , et les États se tinrent à Nantes.

M. de la Heilleraie demanda au bureau de ville trois maisons meublées pour y loger ses amis , et six pour les seigneurs des États; mais le bureau eut le courage de refuser.

En 1637, il y eut une nouvelle émeute à l'occasion des Portugais.

XTn.« SIÈCLE. 315

Les principanx habitanti de Nantes en forent les instigateors ; Loois Xin les punit en destitoant le maire et les écheTins.

Cette mdme année nons rappelle rétablissement d'one poste anx lettres dont les courriers partaient deux fois la semaine. Les lettres étaient taxées : celles d*nne demi-feuille» à 3 sous; celles d'une feuille» à 3 sous, et les paquets d*une once, à 5 sous. La tille promit des encouragements pécuniaires à rentreprenenr, sMl parvenait i réussir y et lui donna 800 litresde gratification.

L'administration continua aox Oratoriens la jouissance du collège Saint-Glément , oCi Ton faisait d'excellentes études.

Les États se tinrent à Nantes en 1638 ; ils accordèrent au roi deux millions, et la rille ,^près leur avoir fait distribuer 6,750 bonteilles de Tins étrangers , leur donna encore un bal , sur la demande de M. et M."« de la Meilleraie.

L'évêque fit cette année un Mandement pour défendre aux religieux de quêter sans autorisation ; il leur défendit aussi de confesser , dans les paroisses, sans la permission des recteurs ; mais le prélat, à son tour, fat attaffué par les boulangers, qui se plaignaient qu'il eût transformé , sans autorisation , les moulins deBarbin en une papeterie, et il fat prié Tannée suivante , par le bureau de ville , de les rendre à leur ancienne destination.

En 1640 , la ville fit transporter an moulin Goûtant la fabrique de pondre qui existait place Sainte-Catherine.

Il n'y avait pas encore de Bourse ; la ville en fit bâtir une près la chapelle Saint- Julien. ElieBrosset^ architecte > en fournit les plans et dirigea les travaux , qui coûtèrent 8300 livres. — Cette Bourse existe encore en partie. L'on en voit des restes dans la cour d'une maison de la me de la Fosse , où se trouve aussi une ancienne chapelle aujourd'hui transformée en cave. — M. Hawke a cru devoir conserver par un dessin le souvenir de cet édifice destiné à tomber bientût.

L'évêque Gabriel de Beauveau érigea, en 1642, en séminaire, la maison de Mal voisine; il suffisait avant, pour entrer dans les ordres, d'une retraite de quelques jours chez les oratoriens.

Le Propre nantais, imprimé en 1639, fut réimprimé cette année par les soins du grand-vicaire Michel Laubin.

L'hûpital , reconnu pour malsain , fut transporté smr Tile Gloriette. H. de la Meilleraie approuva ce changement , promit de donner le

terrain pour bâtir le noarel hôpital , et fat reconna pour premier fondateur.

An jonr de Noël , MM. dn bureau se donnaient des bougies aux dépens de la Tille : depuis quelques années cette dépense montait trèshaut, aussi la Cour des Comptes refnsa-t-elle de Tappronrer ; le roi, sur ce refus , modifia ainsi les exigences de la mairie de Nantes , il accorda :

18 livres de bougie blanche an maire ; 12 à chacun des six échevins et syndics ; 6 au greffier;

8 livres de bougie jaune au juge-prévùt ; 6 au lieutenant:

8 au procureur du roi; 6 à chacun des miseurs, contrôleurs de la ville et des ponts.

Page 1