BÈOITB BB LOUIS XIV
Louis XUI mourut en 1643 , et son fils Louis XIV écrivit aussitôt à la ville, qui s'empressa d'envoyer une députation le féliciter. Les frais de cette députation montèrent à 2,327 livres; le sénéchal recevait 12 livres par jour, et les autres députés 9 livres. — « Administrateurs, dit à ce sujet Guymar, que vos promenades sont coûteuses au peuple « ne saurez-vous jamais ménager sa bourse?..» -^ Cette boutade de sansculottisme a son côté plaisant; mais Tobservation de Guymar est fondée.
Cette année, le pain de fleur de froment valait deux sous et demi la livre , celui de méteil un sou et demi , celui de seigle un sou quatre deniers. La communauté de ville emprunta 18 mille livres dont elle avait besoin à cause de la disette, et elle acheta des blés de Dantzick qu'elle revendit au prix coûtant; le firoment valait alors 13 et 14 livres le setier; ce qui prouve que l'argent valait à cette époque au moins trois fois plus qu'aujourd'hui.
Le roi , en 1644 , permit aux nobles et aux gens de robe de commercer sans déroger. — Il autorisa , la môme année , la U'anslation de l'hospice sur l'île Gloriette : le terrain fut exhaussé ; on combla un ancien canal creusé, dit-on, par l'évéque Félix, et les travaux furent adjugés. Mathurin Busaonnière se chargea de la maçonnerie, à raison de 6 livres la toise de 6 pieds: Jean Oorsemaine convint de 15,000
Kfres pour U charpente , et René Roassean de la coaTertore, ï raison de i5 U?res 15 sons la toîse de 12 pieds carrés.
Le nombre des candidats aax places de Maire et d'Échevins était très-restreint. Sons prétexte d*ajonter aox droits des électeurs, mais, en réalité, pour faciliter l'action dn pouToir, M. de la Meilleraie arrêta qoe les listes seraient triples ; que celles des maires se composeraient Tnne de sept officiers dn présidial ou procureurs, Tautre de sept membres de la Chambre des Comptes, et la troisième , de sept marchands; que les listes pour Técheyinage porteraient chacune 14 noms de candidats pris dans les trois ordres ci-dessus.
La même année , le roi confirma les privilèges de Nantes , et continua le privilège d*annoblir aux places d'auditeur à la Cour des Comptes.
La reine d'Angleterre passa par Nantes pour aller aux eaux de Bourbon ; la ville lui fit une réception magnifique, qui coûta 2,400 livres.
La même année Ton institua, dans la chapelle de Miséricorde, une dévotion qui s'y pratiquait encore avant la révolution , depub l'Ascension jusqu'à la Pentecôte, dans la vue d'honorer les onze jours que la Vierge avait passés an désert après l'ascension de son fils.
Jacques Malherbe entreprit, en 1645, la construction dn portail de rflêtel-de-Ville, qui ne fut achevé qu'en 1648. — L'année suivante , le roi autorisa la formation à Nantes d'une société de commerce et de navigation, & laquelle il accorda un privilège de vingt années; le nombre des actionnaires était illimité , et les commerçants étrangers y étaient admis.
Un synode dnmois de mai de la même année défendit aux parents, sous peine d'excommunication, de mettre leurs enfants à coucher avec eux, lorsqu'ils étaient âgés de plus d'un an.
Deux années plus tard le commerce faisait construire , près la chapelle Saint*Julien, une Bourse, qui coûta 8,300 livres.
Le 23 avril de la même année, une troupe de comédiens obtint l'autorisation de s'établir au jeu de paume et d'y donner des représentations ; elle était dirigée par Molière lui-même, qui dressa son théâtre sur des trétanx.
Ce jeu de paume existait encore il y a quelques moir, et notre collaborateur s'était empressé de le dessiner avant qu'il disparût > dans la craintede laisser échapper ce souvenir précieux de l'un des plus grands
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homme» qoe la France ait produits. — Molière ne fat pas heureux Si Nantes; très-snivi d'abord , il eatàsnbir la concorrence redoutable d'un Vénitien nommé Segalla , qui montrait des marionnettes.
Un synode de 1649 défendit aux prêtres de porter an cimetière les corps des laïques. La Mairie institua huit porteurs pour les remplacer.
On projetait depuis long-temps de réunir tous les pauvres dans une maison commune , et le Sanitat fut affecté provisoirement à cet usage.
En 1651 les eaux couvrirent la place du Bouffaj et montèrent jusqu'au chœur de Téglise des Garmes. Le pont Rousseau fut mis hors de service par cette crue extraordinaire. Le pont de la Saulsaye et deux arches de celui de la Madeleine furent emportés. — Le commerce entra cette année en jouissance de la Bourse. — Les Oratoriens bâtirent leur église , qui sert aujourd'hui de magasin à fourrages. — La ville s'occupa très-activement cette année de ce qui concernait lenonvelhôpital. — L'évéque voulut rentrer dans son ancien droit de police sur les vassaux du fief des Regaires , mais le bon temps était passé. Les bénédictins éprouvèrent aussi un échec en cherchant à rentrer en possession de la cure de Sainte Croix , qui leur avait appartenu autrefois.
Un incident assez curieux signala cette année l'ouverture des Btats. Le duc de Vendôme , rentré en France , vint à liantes et s'empara de la présidence. Les ducs de la Trimouille et de Rohan s'y opposèrent. Le maréchal de la Meilleraie, pour éviter à ce conflit des suites fdchenses y peut-être aussi par jalousie contre le duc de Rohan « fit placer des soldats autour des Jacobins où se tenaient les Etats et barricader les rues voisines. — La duchesse de Rohan s'en plaignit vivement an maréchal. Celui-ci ne répondit pas convenablement, et la dnchesse lui répliqua en le frappant à la figure avec sa pantoufle. Le maréchal , vivement irrité, fit signifier à la duchesse de Rohan, qu'une partie de la noblesse avait reconduite en triomphe aux Cordeliers , qu'elle eût à quitter Nantes sur le champ , ou qu'il ferait tirer le canon sur sa demeure. — La duchesse se plaignit au parlement , qui paraissait disposé à lui donner gain de cause;.mais la Cour lui fut défavorable, et , pour cette année , le roi défendit aux trois ducs de paraître aux Etats.
C'était l'usage , dans le temps, de porter aux processions de gros cierges appelés torches ; chaque corporation avait la sienne , et la ville en possédait une pour laquelle la commune payait chaque année 50 livres. Cette torche ne pouvant plus servir , le bureau en commanda une nouvelle en. bois, ornée de dorures, de pein-
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tores et de scalptores, qui en éleyèrent le prix à 600 livres (aa moins 1800 fir. , ralenr actaelle.) — Le froment râlait alors 9 à 10 livres le setier.
Les pères des panvres s'étaient permis d*enfenner à Thospice , sans autorisation , an homme et nne femme de mauvaise vie ; mais lejnge prévôt, ayant été informé de cet abus de pouvoir, s'y transporta et fit forcer les portes que Ton refusait d'ouvrir.
L'ouverture de la place des Jacobins date de 1653 ; il n'y avait alors en Bretagne aucune chaire de théologie. Sur la demande du préfet du collège de l'Oratoire , il en fut établi une dans son collège. Le bureau accorda 200 livres pour cet objet.
Le 20 janvier de cette année , messieurs du corps de ville allèrent en procession à Saint-Sébastien. Le déjeûner et le diner qu'ils firent h cette occasion coûtèrent 300 livres à la commune (900 fr. , valeur actuelle.) C'est ainsi que , sous le masque de la dévotion , un abus aussi scandaleux que celui des cadeaux de vin , prenait date , et devenait règle dans la vie de la cité.
L'évéque de liantes , alors à Paris , fut du nombre de ceux qui condamnèrent les cinq propositions de Jansénius. L'abbé Travers , en rapportant ce fait, laisse supposer que les fameuses propositions ne se trouvent point dans le livre condamné , et il ajoute crûment que Monseigneur de Beauveau n'était pas assez instruit pour juger, en connaissance de cause, du livre de Jansénius, et qu'il ne l'avait jamais lu.
Une proposition faite à la ville pour payer les pères de l'Oratoire un prix plus élevé , signale un fait assez curieux sur l'abaissement de la valeur de l'argent. De 1625 à 1654 , toutes les denrées avaient augmenté, disait-on, de moitié. (P(os recherches disent un tiers.)
L'industrie commençait à prospérer à liantes. La brasserie et la fabrication des eaux-de-vie occupaient 200 chaudières ; et , conséqoemment , près de 800 personnes ; mais on se plaignit au bureau de ville que ces usines incommodaient, et qu'elles faisaient renchérir les combustibles. Le bureau , composé de gens de loi , de propriétaires terriens et de demi-lettrés, prit un arrêté en vertu duquel il fut défendu de fabriquer de la bière dans le diocèse de Nantes , et des eaux-de-vie dans la ville et les faubourgs. Cet arrêté, tout-à-fait injuste , puisqu'il proscrivait complètement l'industrie la moins dangereuse , nous prouve, par sa teneur, qu'il y avait des proprié-
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taires de vignobles parmi cenx qui participèrent âi sa rédaction. C'est ainsi, dn reste, qne sous le règne da grand roi Tindustrie était protégée.
La yille , en 1655 , publia la première ordonnance concernant les maisons qni menacent raine.
La même année fat posée la première pierre du collège Saint- Clément.
Des comédiens obtinrent, en 1656, la permission déjouer à Nantes à charge de se comporter honnestement et modestement^ sans faire actions ne dire paroles sales et dissolues ; ils devaient de plus payer nne contribution pour les pauvres. — Ce fait semblerait prouver dn peu de moralité des comédiens à cette époque. — Nous ne prétendons pas qu'ils soient très-moraux aujourd'hui; mais plusieurs du moins comprennent l'importance de leur mission.
La même année, le bureau, pour aider les pauvres du Sanitat, les chargea de tout ce qui concernait les enterrements : les prieurs étaient payés 20 sous ; les porteurs , 8 ; les tendeurs de deuil , 4 ; les enfants portaient les torches sans salaire. — Aujourd'hui les enfants seuls vont encore aux enterrements ; mais les hospices reçoivent une rétribution. Nous devons ajouter que cette coutume contribue
beaucoup à entretenir , chez ces enfants , les vices et l'amour de l'oisiveté, qui les conduisent plus tard sur les bancs de la Cour d^Âssises.
Le bail de l'octroi de 5 sous par pipe de yin passant sous les ponts était alors de 6900 livres, ce qui correspond à 27,600 pipes on 55,200 barriques. — La ville continuait à faire de folles dépenses en cierges , en bougies et surtout en vins.
En 1659, le bureau, voulant accorder aux oratoriens le monopole de Tinstmction , les jacobins furent obligés de fermer leurs classes d'humanités , de philosophie et de théologie.
Un brasseur , plus avisé que ses confrères , obtint , la même année, de rétablir son usine et de faire seul de la bière, à la charge de donner 3000 livres par an.
Les glaces arrêtées en rivière depuis Noël 1659, ne laissèrent le fleuve libre qu'au mois de mai 1660.
La première taxe sur la viande de carême date de 1661. Un seul boucher avait alors l'autorisation de vendre de la viande pendant cette partie de Tannée. (îe monopole temporaire était mis en adju-
dication aa profit des panrres : 2 soos la lirre , tel était le prix de 1661. Moins élevé proportionnellement que celui des blés , ce prix laisse à supposer qa'alors le peaple poorait échanger ses salaires pins facilement qa*aajoiird*hai contre nne nourriture confortable.
Nos annales rapportent encore à la môme année quelques autres faits qui méritent d'être cités.
La construction de la tour du Bouffa jr fut commencée , elle revint , une fois bâtie , ài 2,150 livres.
Le firoment valait alors 16 livres 10 sous le setier , le seigle 11 livres 10 sons.
Les Etats s'ouvrirent à Nantes le 21 août , et le bureau de ville fit, k cette occasion , une dépense en vins qui s'éleva à 1,802 livres.
Louis XIY vint à Nantes le l.«^ septembre; il arriva vers une heure de Taprès-midi. On ne l'attendait que le soir, parce qu'il devait dînera Glermont: il fut cependant très-bien reçu. François de Beauvilliersy comte de Saint-Aignan , qui se trouvait à la suite du roi, fit à ce sujet quelques vers que Gujmar nous a conservés; les voici :
Maints carosses formaient à Mauves un petit cours ,
Pour des courriers mouillés bien consolant concours.
Dans ce brillant état quittant nos rossinantes
Et n'en piaffant pas moins nous entrâmes dans Nantes,
Oii des grands et petits l'on vit avec plaisir
A l'aspect d'un grand roi contenter le désir.
Tout 7 parut joyeux; plusieurs disertes langues
Excédèrent le roi par leurs doctes harangues;
L'illustre maréchal nous y reçut au mieux ,
Tout y flatta le goût , tout satisfit les yeux.
Le roi vit des remparts tirer dans la prairie
Deux cents pièces au moins de belle artillerie.
En divers lieux de là chacun se partagea ,
Puis magnifiquement au château l'on mangea.
Après le diner, les autorités furent admises à faire leur cour au roi. M. Poulain de la Yincendière, maire de Nantes , harangua sa majesté fin genou à terre, et lui présenta quatre cleCs d'argent doré, aux armes de Franceet de Bretagne, qui avaient coûté 672 livres, y compris le bassin dans lequel elles se trouvaient. Louis XIV, ûtant son chapeau, répondit au maire que les défis de la ville étaient en ixcfg bonnes mains pour qu'il les acceptât. 41
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Les antres autorités de IXantes forent admises après l'autorité municipale à se présenter devant le roi. S. M. était accompagnée du prince de Gondé , du duc d'Enghein , de MM. de Beaufort, Fouquet , Leteiiier, deLomelie, de Lyonne et àe Gnenegaud; son voyage avait pour bat l'arrestation de Fouquet , accusé de dilapidation et de complots contre Tétat. L'abbé de Goislin accompagnait Louis XIY eu qualité d'aumônier. Il paya au curé de Sainte-Badegonde 35 sons pour chaque nuit que le roi avait passée an châiteau.
Les blés étaient rares dans l'Anjou, et le roi permit à la ville d'An^ ^ers de tirer de Bretagne 600 tonneaux de seigle. Remarquons ce fait, il nous montre à combien de difficultés la circulation des produits de première nécessité était soumise à cette époque. Les municipaux de Nantes , craignant quelque émeute dans la ville , si les blés venaient à y passer en simple transit , décidèrent de placer un bateau armé sur la Haute-Loire, afin de s'opposer au départ des navires qui n'auraient pas tenu planche à liantes. Louis XIY en fut instruit et fit appeler le maire à la cour. Celui-ci, redoutant la colère du prince , prétexta une maladie. — Travers prétend même , qu'il se retira à Buzai, pendant que le corps-de- ville et le présidial assistaient à un enterrement simulé.
Les pères jésuites , Louis-de-Goulaine etIVicolas d'Harrouis , présentèrent nne requête au nom du roi , pour s'établir à Nantes. Le bureau eût voulu la rejeter , mais cette requête était faite au nom de Louis XIY , et ils craignirent de se compromettre.
Les blés étaient cbers en 1661, ils augmentèrent encore en 1662, et la position des autorités devint difficile ; car elles ne savaient ou en prendre , vu les entraves de toute espèce qui s^opposaient à la circulation des grains; des maladies épidéraiques qui décimèrent les classes pauvres , furent la suite de la mauvaise nourriture dont le peuple faisait usage.
L'année suivante > la ville vota cent livres pour être distribuées en prix aux meilleurs élèves du collège Saint-Clément.
La tour du Bouffay fut terminée , la cloche de l'horloge fondue par RenéLandonillet, pesait 16,532 livres. Le maréchal et la maréchale de la Meilleraie, furent ses parrain et marraine. — Cette cloche coûta 550 livres de façon , la balustrade en fer de la tour, pesant 11,702, coûta 2,837 livres ^ et fut payée sur le pied de 4 sous 6 deniers la livre; la plomberie» la dorure et la peinture , re-
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yinrent âi 4,500 livres. Les inoarements de Thorioge avec ses poids ne s'éleyèrent qa*à 4900 liyres, le raarteaa de Thorloge coûta 60' livres , la charpente 1420. — Les gages de Thorloger forent fixés à 90 livres par an.
Les présents de vins aor Etats , étaient devenus tellement rninenx » qo*an arrêt dn conseil da roi défendit aux receveurs et communautés des villes de Bretagne d*en faire dorénavent , sous peine d^ôtre privés de leurs deniers d'octroi.
Les Etats se tinrent à Nantes cette année , Golbert y assista en qualité de commissaire do roi , Claude de Sesmaisons de la Sansinière , présida les premières séances.
Une police de 1664 taxait à 5 sons 6 deniers le pot (deux bouteilles) de vin nantais , à 13 sous celui d'Anjou , à 16 sous celui de Graves , h 20 sous le vin étranger , à«35 sons la couchée d'un voyageur avec son cheval. Le pain blanc superflu à 2 sons la livre , celui de méteil à 13 deniers , celai de seigle à 9 deniers.
La pêche de la moroe et la pêche de la baleine occupaient, dès cette époque , un assez grand nombre des navires de la place ; mais les Anglais contrariaient notre commerce de tontes leurs forces ; ils empêchaient depuis longtemps nos baleiniers de cuire à terre , exerçant contre eux des violences , quand la crainte ne suffisait pas ; €*est ainsi qu'ils préludaient à ce despotisme maritime que les victoires de leur célèbre amiral Hawke parvinrent à consolider. Cependant Golbert luttait de toutes ses forces pour soutenir le commerce du pays. Dans son désir de former une compagnie des Indes orientales , il fit écrire à la ville de Nantes par le roi lui-même. Cette démarche décida quelques négociants de Nantes à en faire partie.
L'année suivante la ville obtint une chambre de dhrection . composée de six membres dont cinq choisis dans le commerce de Nantes, et un sixième résidant h Paris. Les six premiers directeurs furent Jean Lory , Antoine François, François Yalleton, député à la première assemblée, Etienne Bureau, Etienne Grillaud et André Bonssineau; Mathurin Verger, notaire, fut nommé secrétaire ; Jacques Yalleton fut chargé de la caisse; Guillaume Nidelet , de la tenue des livres.
En 1665 , le fils du duc de la Meilleraie prit le commandement de la ville et dn château. Cet habile administrateur , qui garda trop peu de temps la direction des affaires de Nantes , fit une foule de réformes
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qui recommandeot son sonvenir ; entré en ville modestement , il supprima de snite et les frais de réception solennelle et les frais d^amenblementpoorsa maison. Ces derniers montaient à 1200 livres. Il défendit aox écoliers > aux laquais, aux pages, aux compagnons dn devoir de porter des armes dont ils faisaient chaque jour un mauvais usage. Il ordonna aux soldats de la garnison de sortir dorénavent sans armes , de ne point parcourir la ville par bandes , de se retirer au château avant 8 heures du soir en été, et en hiver avant 6 heures. H abolit un grand nombre de dépenses inutiles, telles que le vin des rois, et réduisit la plupart des autres. Il restreignit dans leurs limites les particuliers qui avaient obtenu des concessions d^emplacements k vie, et prescrivit à la commune de faire chaque mois une retenue de 2,400 livres jusqu*à liquidation complète de sa dette , qui s'élevait h 30,000 livres.
M. Sébastien Rosmadec, marquis de Molac, qui succéda k M. de la Meilleraie , fit aussi une entrée très-modeste à Nantes : une décharge d'artillerie signala seule son arrivée , qui eut lieu le 15 avril 1666.
La ville , cette année , dépensa beaucoup pour des services solennels en Thonneur d'Anne d'Autriche, mère dn roi.
Les marchands ne se réunissaient pas à la bourse: la police leur enjoignit de s'y trouver depuis onze heures du matin jusqu'à une heure après midi , sous peine de 20 livres d'amende.
Le fait suivant nous montre tout le danger des gouvernements de bon plaisir. Le marquis de Beauveau, frère de Tévéqne de Nantes et son héritier, voyait avec peine que ce digne prélat fût généreux et bienfaisant; puissant en cour, il le fit déclarer prodigue , et priver , comme tel , de l'administration temporelle de son évéché^ puis il sollicita et obtint contre son frère me lettre de cachet, qui le confinait en son prieuré de Grammont, près de Tours. Le gouverneur de Nantes, le bureau de ville, le chapitre et le clergé sollicitèrent en vain son élargissement.
L'université n'avait point encore à Nantes de chaire de droit ; en 1666 elle obtint de la ville un local temporaire chez les Carmes.
M. de la Meilleraie avait refusé les 2000 liv. votés pour son ameublement. M. de Molac en demanda 3000 à la viUe , tant pour ses meubles que pour son logement. Le bureau réduisit cette de^
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mande à une renie «nnaelle de 3000 lÎTres. C'est ainsi que les hommes qai sont au ponvoir transforment bientôt en usage » et , par sQîte en droit » des déférences qni sont toutrà-fait exceptionnelles dans le principe.
Le roi y qni s'était fait donner Tétat de situation des communautés, rendit un arrêté qui leur défendait de faire aucune dépense y soit en yIus , soit en dîners ou déjeuners , comme elles en a?aient Thabitude. Il ne leur fut plus permis de dépasser 30 livres pour les feux de joie , d'envoyer plus de deux députés aux Etats , et de dépenser plus de 5000 livres pour Tentretien du pavé. Cette dernière défense n'était pas raisonnable. Celle concernant les députés était beaucoup plus fondée. C'était une habitude à cette époque , de choisir pour député , non pas un censitaire , mais le plus digne et le plus capable de remplir le mandat qjiï lui était confié. Il était donc convenable que celui qui abandonnait ses affaires pour s'occuper de celles de la ville , fût indemnisé ; mais il était abosif que des hommes Influents se fissent adjoindre à une députation , comme cela se voyait fréquemment , dans l'unique but de voyager aux frais de la ville et dans la compagnie de ses véritables mandataires.
Les Biscayens s'étaient emparés de plusieurs navires appartenant au port de Mantes. La ville adressa , en 1G67 , une plainte âi Colbert, intendant de la marine. Ce fut cette même année que le bureau décida d'offirir à l'avenir une épée à tous les maires et de donner 300 livres pour faire peindre les maires qni auraient rempli leurs fonctions denx années de suite.
Depuis long-temps les places de maire, d'échevins, de syndics et de greffier de la ville annoblissaient âi Mantes ceux qni les possédaient. Le conseil d'état restreignit, en 16G9, ce privilège, à la charge de maire exercée pendant trois années consécutives. — Ce fut à cette époque que le jeu de la Soûle qui existe encore en Basse-Bretagne , dans Tarrondissement de Pontivy , fut proscrit du diocèse de Mantes par l'évêque, qui le défendit sous peine d'excommunication. Ce jeu consistait à enlever an milieu d'une foule » souvent très-considérable , une bonle de cuir lancée par le seigneur , on par son représentant , et à la loger (c'est le mot usité dans la Basse-Bretagne) soit dans une ferme, soit dans une auberge. Celui qui logeait la soale était bien vu
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aax assemMées de toates les jeunes filles , et les antres ne ponyaient continuer leur jen qu'en la rachetant , c'est-à-dire en payant à boire k tons ceux qui pouvaient entrer dans la ferme ou dans Tauberge.
L'éYÔque , M. de Ponthus , projeta en 1670 de dessécher les marais de Barbin ; mais ce projet n'eut point de suite. Rien ne serait encore aujourd'hui plus facile , si l'on voulait abaisser la chaussée de Técluse, et peut-être que Ton pourrait ainsi concilier les intérêts de la navigation et ceux de Tagriculture» qui ont été complètement sacrifiés dans les derniers travaux faits à Nantes sur la rivière d'Erdre.
Une partie du Château avait été incendiée , elle fut rebâtie à la même époque.
Le 18 août de cette année, la ville, très-obérée, se tira par uneïaillite de la fâcheuse position oii Tavait placée une prodigalité déraisonnable. — Trop puissante pour traiter avec ses créanciers sur le pied de Tégalité , et pour en venir à un concordat» elle décida et déclara , avec Tautorisation du Conseil d*Etat, qu'elle rembourserait , avant tout, ceux des prêteurs qui feraient remise du tiers de leur créance, et qu'elle cesserait de payer Tintérêt des sommes qu'elle avait prises à constitut. C'était, en d'autres termes, donner 66 p. ^'o à ses créanciers. Ce*remède énergique et peu moral ne soulagea que momentanément l'administration.
Le pont de la Poissonnerie, démoli en 1755, pour faire place au pont actuel , datait de 1670.
L'évêque publia , l'année suivante , un livre intitulé la Lumière du Chrétien , qui fut imprimé par Pierre Querro. La dernière édition de cet ouvrage a été supprimée depuis par le successeur de M. de Ponthus , comme renfermant des principes contraires aux droits de l'église Gallicane.
Les jésuites, à force d*intrignes , arrivaient à leur but, malgré l'évêque et le bureau de ville; établis à Nantes depuis peu , ils se trouvaient assez riches déjà pour acheter l'hôtel de Briord.
L'on construisait alors le haut de l'église actuelle de Sainte-Croix ; le portail , nu peu plus récent , ne fut commencé que 14 ans plus tard.
Par contrat du 5 février 1672 , la ville donna à perpétuité aux Oratoriensle collège Saint-Clément, à la charge d'y enseigner les humanités, la philosophie, la théologie, et de ne prendre que 240 livres de pension. Elle se réservait le droit de surveillance , et continuait i
pajer poar les proiésseiirs la somme de 2300 liv. ; mais elle déclara dans son acte que les oratoriens ne ponrraient aliéner , vendre ni céder tont on partie de leur collège , et qu'il reviendrait à la ville , si ienr congrégation venait à quitter Nantes. — Le résultat decette cession , et de nombreux legs faits aux oratoriens , fut de leur permettre de donner presque gratuitement à Nantes une instruction très-soignée à tous les jeunes gens qui avaient le désir d'en profiter. — Nous ne regrettons pas leur corporation: mais nous sommes contrariés vivement de voir qu'aujourd'hui rinstruction soit proportionnellement bien plus coûteuse qu'au XYII.* siècle; et, conséquemment, à la portée d'un trop petit nombre.
Un prêtre missionnaire du diocèse, René Lévêque , fonda en 16f2, à Saint-GIément , la communauté de ce nom : c'était , comme le dit très-bien M. Meuret , en corrigeant l'erreur de Guymar , un séminaire destiné aux missionnaires. A la même époque il créait , dans l'intérieur de la ville , la communauté des Pénitentes. D'après un usage du temps , la ville fournissait alors h la Fête-Dieu des gants , des ru^ bans et des bouquets aux maires , échevins, officiers et juges-consuls.
Plusieurs faits curieux rappellent l'année 1673. Une émeute violente signala l'établissement de l'impôt sur le timbre et du monopole pour la vente du tabac. Les femmes elles-mêmes s'en mêlèrent, deux d'entre elles y jouèrent le principal rôle; l'one , épouse d'an menuisier nommé Yallone , signalée à M. de Molac comme ayant poussé le peupTo i la sédition , venait d'être arrêtée et conduite au château, lorsque Tévêque crut de son devoir d'essayer, par sa présence, ii ramener an calme des esprits trop irrités , pour ne pas résister à la force armée. Cette démarche si honorable, faillit devenir funeste au prélat. Une autre femme, l'épouse d'un confiseur, le fit arrêter par les mutins , qui l'emprisonnèrent dans la chapelle Saint- Yves. La position de M. de Molac devint alors très-difficile ; sommé de livrer immédiatement la femme Yallone , s'il ne voulait pas que l'on usât de représailles vis-â-vis de l'évêque , et sachant bien que les femmes eialtées auxquelles il avait affaire n'entendraient pas raison , il ne savait s'il devait tenter de vive force la délivrance du prélat , avec le petit nombre de troupes dont il disposait , ou s'il convenait mieux de relâcher une femme violente , mais au fond peu coupable , et par suite d'éviter à M. de Ponthus de mauvais traitements : réflexion faite, il adopta ce dernier parti. Cette mesure prudente évitar Tefifia-
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sion da sang, et permit de fermer les yenxsar ce qoi s*était pstté; la cour, qui ne comprenait pas cette oondaîte si sage, et qui eût préféré une répression énergique et impitoyable , le blAma fortement ; il fut même suspendu dans son gouyemement , et remplacé temporairement par M. de Lavardin.
Le synode de cette année publia plusieurs sages règlements. Mais , à côté de mesures conrenables , il s'en glissa une qui montre combien l'esprit conservateur a de puissance , surtout en ce qui concerne les habitudes. Il ne sera point permis aux ecclésiastiques , disait le statut dont nous parlons , de porter perruque , à moins quHls n*en aient obtenu la permission du pape ou de Tévéque.
Une police du temps taxe ainsi diverses denrées :
Pmx ACTtJBL.
Le bon bœuf, le mouton et le veau. 2 sous 1;2 la liv. 0,55 c.
Le lard 4 1;2 0,65
Les gros chapons lardés 12 — 2,50
Les petits chapons lardés 9 — 1,25
Deux poulets 8 — 2
Une perdrix 13 —
Un levraut 10 — 2
Un lapin , un canard , une bécasse* 8 —
La chandelle 4 1;2 ~ 0,75
Le bon beurre 5 1;2 — 1,10
L*on voit, par celte police, que les perdrix coûtaient plus cher proportionnellement que les autres gibiers ; si les blés se vendaient alors à peu près moitié moins qu'aujourd'hui , les autres denrées coûtaient environ trois fois 1;2 moins cher que maintenant; d'où il résulte que 1000 livres de revenu à cette époque représentent au moins pour la nourriture 2750 francs valeur actuelle.
On forma, en 1674, des compagnies de milice bourgeoise destinées è défendre les côtes menacées par les flottes ennemies.
En 1680 , un afireux incendie brûla grand nombre de maisons dans les mes de la Casserie , de la Glavurerie et du Bois-Tortu.
La ville perdit, en 1682, le droit de deux sous par muid de blé , vin et sel , remontant le fleuve. Un nouvel incendie brûla 29 maisons dans la rue de la Glavurerie et les ruelles adjacentes.
Le jardin du Papegaut fut donné par la ville , en 1685, aux apothicaires , qui en ont toujours joui depuis cette époque. — L'année
suivante le roi d'Aagleterre, Jacques II, passa par Nantes, pour se rendre à Brest; il fut reçu avec grande pompe; la milice bourgeoise était sous les armes , et Tartillerie annonça son arrivée.
La monnaie de Nantes. ne travaillait pins depuis long-temps; elle fut occupée en 1690 à la refonte des espèces. — L^érection à Nantes d'un siège d'amirauté , la création d'officiers des eaux et forêts , Tinstitution d'une charge de secrétaire greffier-héréditaire de la communauté , datent de la même année.
En 1693 , le gouvernement, très-obéré, créa, pour se procurer de l'argent , on grand nombre de charges vénales. M. Proust acheta , grâce à l'appui de puissants personnages > celle de maire, que la ville racheta de sa veuve , à l'époque de sa mort.
En 1694 , les sœurs de Sainte-Catherine s'établirent an Manoir de la Touche , oîi elles ont été remplacées par des prêtres irlandais.
La ville n'avait pas encore d'éclairage; ses premières lanternes datent de 1695, elles étaient an nombre de 150, et beaucoup moios bien disposées que nos réverbères actuels. — On n'j brûlait que de la chandelle ; pendant plusieurs années, l'éclairage ne se fit que pendant les trois mois d'hiver.
En 1699, l'ancien séminaire fat démoli et reconstruit sur un nouveau plan, par les soins de M. Gouprie de Lessongère, archidiacre de la Mée.
STATISTIQUE DB irAlTTBS ▲ LA FI5 BU XVII. « SIÈCIB BT AU COmiBffCBHBlIT BU XVIU.<
Nous voici à cette époque de crise religieuse et politique, si diversement jugée aujourd'hui par les partis que la France renferme.
La féodalité existe encore , mais elle s'use continuellement contre l'esprit d'indépendance et d'égalité de la nation. Les lois vieillies ne conviennent plus à la génération qu'elles enchaînent : ce sont des fers rongés de rouille. De son côté , une philosophie critique et impuissante âi produire , mais forte , mais unie malgré les nombreuses bannières de ses chefs , se précipite tête baissée sur le catholicisme , et s'évertue à le renverser sans savoir , du reste , comment elle remplacera cet antique lien des hommes et des peuples ; elle se jette d'abord ^ la remorque de Luther, qu'elle abandonne bientôt pour se placer sur le terrain des Voltaire , des d'Âlembert , des Rousseau.,
des Diderot et de tant d'autres déistes , athées , oa indîfiérents , dont la plupart n'avaient sonci de créer nn nouvel ordre de choses ; mais qui tous tendaient à s'affranchir ponr Tesprit comme pour la chair, des absolutions de Rome anssi bien que des servitudes féodales. Le moment de transition est venu : il faut que la révolution se fasse dans les esprits , avant d'éclater sur la place pnblique , et ce n'était pas trop d'un siècle pour achever de miner les fondements de l'ancienne société. Nous dirons , plus tard , quelle part prit notre ville à cette démolition si rapidement achevée dans la nuit du 4 août 1789; auparavant nous devons arrêter nos regards sur les derniers siècles que nous venons de raconter, sur l'aspect de Nantes à la fin de l'époque féodale; enfin, sur les progrès de son commerce et de son industrie. Avant de passer à la ville nouvelle, il faut graver dans les esprits , la ville de nos pères.
On déprécie souvent trop le moyen-àge , et Ton oublie que , dès le IX.« siècle , le peuple de nos villes avait des droits de bourgeoisie qui , s'ils n'étaient pas encore écrits et reconnus par les lois , n'en existaient pas moins. Il n'est pas d'ailleurs dans l'ordre des choses , que la guerre, le meurtre^ le brigandage, l'anarchie et le despo* tisme , donnent naissance immédiatement aux lumières et h h liberté. Du X.e au XV.« siècle nous trouvons pen de progrès à signaler ; mais les trois suivants nous ofirent une série d'améliorations successivement plus nombreuses.
Le XY.c siècle nous a donné , dans cette ville , une foire importante , une école , un procureur de la commune , un conseil électif des notables , plusieurs hospices , quelques couvents , une université, des traités de commerce avantageux et une garde bourgeoise. Le Xyi.« siècle a organisé cette garde bourgeoise , renouvelé les traités, étendu les relations commerciales; nous lui devons encore des quais, des travaux d'agrandissement , nn service de postes avec Paris , une municipalité , nn présidial , un tribunal de commerce , des améliorations dans la salubrité et surtout dans la police. Le XYII.« siècle nous a donné de nouvelles relations de commerce , la fabrication de la bière et des eanx-de-vie , plusieurs couvents , grand nombre d'édifices publics et d'embellissements , THôtel-Dieu , deux halles , nue bourse et plusieurs quais , nn collège , des écoles publiques et gratuites, plus de latitude que par le passé pour la nomination des maires et des échevins, la création de commissaires de police , l'é-
dairage des mes , des comités de cominerce et la cessation des maladies épidéroiqnes. En jngeant les faits sans passion , on tronve qne chacan d'enx est la conséquence directe da précédent.
COHMBRCB.
Au commencement du XYIII.e siècle , Nantes se troarait déjà dans une situation très-prospère , comme on en pourra juger par Taperçu suivant.
Le principal commerce se faisait arec les îles de TÀmérique , où l'on expédiait annuellement 50 navires de 80 à 300 tonneaux ; savoir : 25 à 30 à la Martinique , 8 ou 10 à la Guadeloupe » 1 ou 2 à Gayenne , 1 ou 2 à la Tortue , 8 ou 10 à Saint-Domingue. Les cargaisons pour le voyage étaient du bœuf salé dlrlande en tonneau de 200 livres , des toiles pour le ménage , pour emballage et pour l'habillement des nègres, des moulins à sucre, des chaudières^ etc. Quelques navires passaient à Madère , où ils prenaient des vins ; d'autres partaient avec un chargement de sel pour aller au Gap-Vert à la pèche des Tortues , qu'ils revendaient dans les colonies pour la nourriture des nègres. Les retours se faisaient en denrées coloniales dont une grande partie était reprise à Nantes par des navires hollandais pour le nord de l'Europe , excepté les sucres bruts qu'il était défendu d'exporter.
Le commerce de Terre-Neuve et du Grand-Banc occupait 30 navires faisant chacun deux voyages ; ils partaient avec du sel et leurs provisions. Quelques retours se faisaient par l'Espagne et le Portugal; où ils se débarrassaient d'une partie de leurs cargaisons pour prendre les denrées du pays. Outre les navires Nantais, 60 bâtiments de la Bochelle et d'Oleron apportaient dans notre port le produit de leur pèche : tonte cette morue remontait la Loire , pour se débiter à Paris, dans le Lyonnais et l'Auvergne.
U existait à cette époque , entre notre place et la côte nord de l'Espagne , des relations fort étendues , suites d'un traité demi-religieux , renouvelé par Charles YIII , sous le nom de contractation ; il 7 avait même une société établie entre Nantes et Bilbao. Plus anciennement , elle avait eu des navires à elle ; mais alors cet usage n'existait plus, seulement les commerçants nantais avaient encore Toix délibéra tive à Bilbao et vice versa.
334 XVII.o SIÈCLE.
Saint-Nicolas, Saint-Satarnin, Sainte-Radegonde , Notre-Dame, Saint- Denis , Saint-Léonard , Saint-Similien , Saint-Clément et Saint-Donatien. Mais , outre les églises que nous venons de citer, on trouTait encore Saint-Sympborien accolée an cimetière Saint-Sîmilien, Tonte- Joie près THôtel-de-Ville , Saint-Julien sur la Fosse , etc., deux sémi-* naires dont Tnn pour les missionnaires , et de nombreux couvents d^hommes et de filles , en sorte que prêtres , abbés , moines et religieuses formaient environ le centième d*nne population de 40 h 42,000 habitants.
En regard des institutions religieuses , nous pouvons placer les constructions guerrières qui protégeaient Nantes. Les unes entouraient la vieille ville , les antres la ville neuve da Marcbix. Les premières commençaient an château ; elles se dirigeaient vers TErdre en suivant les mottes Saint-Pierre et Saint- André. On trouvait d'abord la tour du Duc, puis celles du Doyenné de Saint-Laurent et du Mûrier, bâties en 1200 , et placées sur l'espace planté d'arbres qui forme un angle an-devant de la maison Marion : pins loin , le bastion et la demi-lune Saint-Pierre , un peu avant d'arriver à la place Louis XVL Après avoir laissé le Cours Saint-Pierre , alors place des Lices , on trouvait la tour de TEvèché et celle de Guy de Thouars de 1200 , la tour de Pierre-de-Drenx , élevée seize ans plus tard , une casemate alors toute récente ; enfin Ton descendait h TErdre en suivant la tour du Trépied et celle de Chauvin , qui étaient encore de 1200 ; celle du Papegault et le bastion Sainte André , qui dataient d*nn siècle ; pais la grosse tour sur laquelle on lisait cette inscription MCCXXVII. Près de cette tour était une glacière ; là le mur de ville faisait un coude et suivait la rivière jusqu'au Port-Commnnean , dont le pont était défendu par la tour du Moulin aux Hamois. Entre le pont des Petits-Murs et celui du Port-Commnnean se trouvait la tour de TArbalétrie. Au pont des Petits-Murs les fortifications passaient sur la rive droite de TErdre. Ici on rencontrait d*abord la tour de TErdre et celle de Hant*le-Pied ; puis , plus en avant , le pont , la Porte et la tour de Sanvetout, qui dataient de 1227. Entre ce point et la me Saint-Nicolas se trouvaient les tours de Grimaud , de Corbin et de Saint-Nicolas , construites dans le même temps. Auprès de THôtel actuel des Etrangers commençait une douve profonde et remplie d*eau , appelée douve Saint-Nicolas ; elle occii^ait une partie de la
XYIL* SIÈCLE. 333
nerie , la brasserie , prospéraient et pr^uiient de l'accroissement. Lors de la pêche de la sardine, Nantes recevait ponr sa part, pinsieurs centaines de tonneaux , quelques-unes de nos barques prenaient part à la pêche duhareng, enfin la pêche en rivière de Talose, da saumon et de la lamproie , faisait rivre encore un assez graud nombre d'habitants.
Le comté Nantais contenait plusieurs mines connues de charbon de terre; mais la senle dont les houilles fussent estimées, celle de Nort , appartenait au duc d'Uzès , et il n'était pas permis d'en extraire. Quant à Tagriculture , elle ne sera encouragée que 50 ans plus tard.
C'est une question controversée que celle de l'existence au moyenâge, d'une époque religieuse et d'une époque féodale, distinctes Tune de l'autre. L'Histoire devantes semble prouver que, chez nous, la noblesse et le clergé ont marché de front.
Ce n'étaient point de petits seigneurs , même au temporel , que les évêques de notre ville. Ils jouissaient de la forêt de Sautron , du bois de Chassais , dix communes leur payaient la dime en nature , et plusieurs par abonnement» Dans leur fief des Reguaires, ils rendaient la justice et nommaient les notaires et les sergents ; à la Foire Nantaise , qui durait quinze jours , chaque année, sur le Marchix , et pendant laquelle les marchands ne pouvaient étaler ailleurs, ils partageaient avec le roi le droit de perçue. Sur toutes les denrées qui entraient en ville et passaient sur les Hauts-Pavés et autres terrainS' de leur domaine, ils recevaient encore une rétribution : la douzaine de moutons payait 8 deniers, la charretée de grains, 6 ; celle de planches, 12 ; les mules, 5 , etc. Mais le plus beau des droits de Monseigneur, c'était Je banc du vin. Pendant 15 jours , personne à Nantes ne pouvait vendre du vin sans sa permission ; et son traitant savait la faire payer. Ce privilège rapportait par ferme , 6,300 livres tournois en 1674. En 1639 , le spirituel et le temporel de l'évêché réunis , étaient affermés 18,000 livres : admettant que le fermier gagnât moitié , le revenu brut était de 36 mille livres , et correspondait à un re* venu actuel d'environ 100 mille francs.
4 côté des évêques , seigneurs temporels et spirituels , vivaient en paix à l'ombre de l'autel » les curés et les vicaires des 13 paroisses de Nantes , Saint-Jean , Saintr-Laurent , Sainte-Croix , Saint-Yincent ,
336 Xyil.« SIÈCLE.
» brûler an cierge mince , qui en embrasse U circonférence , tant il f» est long. Dès le détoar de la prairie de Maures , nous distinguons )» devant nous les ponts avec leurs maisons qui paraissent cà et là 9 au milieu des masses touffues de saules et de peupliers , et se » prolongent l'espace de trois-quarts de lieue. Sur la droite est la » ville, bâtie en amphithéâtre, le Château , les diverses fortifica- » tions y la tour neuve du Bouffiy qui porte si légèrement son n dôme et ses belles moulures en plomb , les maisons grisâtres avec » leurs toits d'ardoises, la longue 'flèche de la Collégiale , la cathé- » drale qui s'élève majestueusement au milieu d'une ceinture de » feuillage que lui forment les jeunes arbres de la butte Saint-Pierre, » enfin la rivière de Loire avec ses nombreux navires qui voguent » ou déchargent sur les quais leurs cargaisons ; tout cet ensemble » forme un coup-d'œil le plus ravissant que j'aie jamais vu en au- » cun pays. C'est merveille de voir comme sur notre bateau chacun » veut en jouir et se complaît en explications. Bientôt nous voguons » sur le canal Saint-Félix : à droite est le Château , à gauche la 9 partie de l'Ile-Gloriette , nommée préede laMagdeleine, devant » nous le moulin Grognard et la Sausaie (Feydeau) , dont les ponts » s'étendent de chaque côté comme deux bras. Nous laissons en » arrière le quai des Jacobins , et nous voici au Port-Maillard. » Le cœur bat en mettant le pied à terre de songer que Ton se » trouve dans si ancienne ville de France , la plus commerçante , » peut-être , et la capitale de notre province , qui toujours sut se » tenir indépendante d'aucun vasselage et ne fut jamais soumise » long-temps par conquête. Mon hôtellerie était la Groix-Yerte , n sur la route de Vannes, dans la ville neuve, et j'eus à traverser » pour j arriver une bonne partie de Nantes , la rue de la Monnaie , » la place du Bouffay dont les arbres sont abattus et faisaient au- » trefois Tavenue du Château , la rue de la Poulaillerie , celle de » Belle-Image , les Changes, la me des Halles , le pont des Halles , » la rue de Sauvetout ou de la Boucherie , le pont de Sauvetout » et la place Bretagne
» Je désirais visiter les lieux les plus intéressants , et je m'ac- » cordai ce plaisir. Près de la rue de la Boucherie , Ton me mon- » tra une maison , dans laquelle la duchesse Anne a, dit-on, long- » temps habité. A l'Hôtel-de-Ville , je vis les portraits des maires
» de Nantes, exposés en quelque sorte à la reconnaissance publique. » Malbeureosement , la plupart ayant été gens de bassesse et de » poltronnerie enrers les grands seigneurs , afin d^en obtenir des » titres et des pensions sur les octrois , ils ue méritent que mé- » pris pour lenr lâcbeté et leur vilainie à dépenser , en présents » aux nobles , les deniers du peuple. Le maire actuel , M. Proust , » digne successeur de ses devanciers , dit hautement qu'il faut liât- » ter le comte de Toulouse , gouverneur de la province , et le mar- » qnis de Molac , gouverneur de la ville , parce que cela plait anx » hommes d'illastre naissance , de se faire protecteurs des grandes V cités et de la bourgeoisie. Au surplus , cette manière de penser, si » elle ne lui a pas profité en estime , lut a procuré d'être fait maire » héréditaire , au mépris de toute justice , et d'avoir sa part dans le 0 revenu de la ville (1).
9 J'appris toutes ces choses en promenant , et bien d'autres en- » core , comme la dépense de plus de mille livres tournois , payée » par la mairie ponr un service à noble dame marquise de Molac. Il » est beau sans donte d'avoir plus de 100 mille livres tournois de 9 revenu , comme cela a lieu pour la communauté de Nantes; mais » on est bien marri d'en voir employer grande partie à solder du vin » le jour des rois, de belles régalades à l'installation des maires et » des échevins , des gants et bouquets à la Fête-Dieu , et des cadeaux » à ceux qui n'en ont aucun besoin , comme les gouverneurs et les » rois de France ; aussi les Nantais qui sont un peu ladre», mais du » reste bons payeurs , se plaignent-ils de ce que la mairie doit , s» lorsqu'elle devrait être très-riche à pouvoir bâtir de beaux édi- » fioes pour embellir la ville. Ce serait cependant utile , car les rues » y sont étroites et sans apparence ; Nantes n'est pas grand, et l'on » s'y perdrait aisément , ce n'est que venelles et détours , c'est à 9 peine si quelques monuments , comme la cathédrale , fixent l'atten- » tion. Du reste, c est une ville déplaisir et d'ouvrage pour le peuple » et surtout pour les ouvriers ; ceux-ci ont un lieu nommé la Danse » des Dames, vis-âi-vis le bastion, et au bas de la Motte Saint-André , » 0(1 ils se divertissent fort , pendant les soirées d'été. Les marins
• (i)La ville a payé . deptiis, 86,213 liv. à la veuve de M. Pronst , poor rentrer dans le droit d'élire les Maires. Ce serait anjoard*hm plus de 258,000 francs.
338 XVII.e SIÈCLE.
» n'y vont guère, mais souvent les commis-négocianU et lesécolîen, » qui s'y prennent quelquefois de belles passions ou de querelles.
» J'ai remarqué que nulle part les pavés n'étaient en bon état ; il » en coûte cependant , chaque année , 6700 livres tournois (aujour- » d'hui environ 24 mille francs) pour les entretenir , ainsi que les » portes et les ponts. 11 n'est plus, du reste , permis de construire , » sur la voie publique , trapes , perrons , chàssi», étaux , échoppes , » etc. , et les maisons qui menacent ruine sont abattues sur le champ,
en vertu d'une vieille ordonnance qui vient d'être renouvelée.
D Je ne saurais trop louer la manière dont la police est faite à
Nantes , auprès des autres villes de France. Crainte que les voya- » geurs ne soient trop rançonnés , il y a dans chaque hôtellerie an » maximum affiché au lieu le plus apparent , sur lequel on peut se » consulter pour le paiement de sa dépense. Les échevins veulent que » les hôteliers gagnent, mais honnestement et sur le nombre, afin » de faciliter la visite de la ville aux étrangers. Cependant la vie est » chère dans un lieu si proche de tontes les denrées ; mais cela tient » aux droits du roi » à ceux de Monseigneur l'évéque et aux octrois de » la mairie ou communauté des bourgeois , comme ils l'appellent » » qui en surchargent le prix. Aussi le vin de Bordeaux se vend-il 9 » sous la bouteille, celui d'Anjou 6 sous et 6 deniers; celui de » Nantes 3 sous, et ainsi des autres objets de consommation. La » ville est éclairée pendant les trois mois d'hiver au moyen de laB- » ternes. Chacun est tenu de balayer le devant de sa maison , et les » communications pour les lettres sont très -commodes. Tous les » mardis et samedis, à 6 heures, il y a courrier pour Paris et autres » villes de la route , et pour la Picardie , le Dauphiné , la Flandre , » la Hollande , etc. ; les retours sont les mardis et samedis , à 8 » heures du matin. Il y a en outre quatre courriers qui partent aussi » chacun deux fois la semaine pour les autres routes. L'hôtel des » postes est rue de Briord. La nuit , le service du guet permet que » l'on dorme sans inquiétude ; Nantes est d^ailieurs paisible. Chose ') assez étonnante , le service des incendies est bien organisé , et » cependant la ville n'a pas encore de pompes. Dans le dernier de ces * accidents , des manœuvres appelés LamèaUei , qui viennent en » assez grand nombre de l'évéché de Saint-Brieuc et surtout des 9 communes de Lamballe , Moncontour , Plœuc et Plaintel > se dis* » tinguèrent par leur activité.
Xyil.« SIÈCLE. 339
9 Je Tîs 9 arant de quitter Nantes , tirer la qaintaine de l'érôqae. « G^est vieille coatome et droit seignearîal , dans tout le comté, que » le tir de cette qointaine. Les jeones mariés de l'année sont tenus , » à certaine époque , de renîr briser une lance en bols contre un 9 poteau à leur seigneur ; et , s'ils manquent , les assistants ne se 9 font faute d'en faire des gorges cbaudes et de rire tout leur saoul; « car c'est signe, à ce qu'ils disent, que le tireur n'a point fait » bon choix an jour de ses noces, et qu'il n'a point trouvé sa * fiancée en tel état qui lui eut été fort avenant. En général , la 9 qnintaine se tire à cheval , en trois courses , dans chacune des- » quelles on frappe de la lance contre le poteau du seigneur ; quant 9 à celle de Tévéque , elle se tire en bateau , et c'est par ma foi un 9 divertissement fort agréable que les vassaux procurent ainsi, non- 9 seulement à Monseigneur , mais encore h eux-mêmes et aux étran-
9 gers. »
Je ne terminerai pas cette espèce de statistique sans dire un mot des institutions qui existaient ^ cette époque et du revenu de la communauté. Très - considérable dès 1700, il montait à plus de 100 mille livres tournois, équivalant à près de 400 mille fr. d'aujourd'hui. Les octrois en formaient la presque totalité. Ils se percevaient sur les marchandises qui entraient à Nantes , d'après un tarif qui n'avait guère varié depuis 1598.
Les objets de droguerie et d'épicerie payaient 3 liv. par charge (la charge était de trois cents livres) ; ceux de mercerie , 1 livre ; les étoffes de toile et de laine , 1 liv. ; le coton en balle, 6 sous par charge ; la cémse et les teintures, 6 sous; les viandes fumées, 5 ; le goudron, la grosse toile écme, 1 sou par pièce; la chandelle de suif, 5 sous; les cuirs de Buénos-Ayres et de Russie, tannés ou non tannés, 3 sous pour
10 peaux; la quincaillerie, 10 sous par charge; le savon et le salpêtre, 6 ; le sel,10 sous par muid nantais; le sucre raffiné, 1 liv. par charge; terré ou brut, 12 sous; le vin du dehors, 12 sous par pipe; le vin au débit; 1 sou par pot , quand il était du cru , et 2 s'il n'en était pas.
Tous les navires au-dessus de 3 tonneaux venant ù Nantes , soit du haut , soit du bas de la Loire , payaient 5 sous ; il y avait encore des droits de sortie des marchandises , de pavage , et plusieurs autres ; enfin, des rentes au nombre de 44, dont quelques-unes méritent d'être citées. Le moulin Talensac était affermé 110 liv. , les halles du
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BoalTaj, 1020 lir.; la maison joignant rHôtel-de-Ville , 400 Ht.; le moulin de la Saulsaie, 450; la Cohue (halle) aux poissons, 300; les boutiques adossées à Téchelle du palais , 400 liv. ; le droit d'ajastage et étalonnage des mesures , 500 liv.
Tons les corps d'arts et métiers avaient leurs règlements particuliers, qui établissaient, 1.^ qu'il fallait être catholique pour exercer sa profession ; 2.° un fonds commun pour payer deux messes annuelles, dont une^iponr les défunts ; Z."" la défense, à ceux qui n'étaient pas reçus maîtres, d'exercer; 4.o les couditions de la maîtrise et celles de Tapprentissage. Il y avait aussi un maximum pour le prix de la journée de plusieurs d'entre eux.
Les élections des maires et des échevins étaient faites par les notables. Dans le principe, il fallait avoir été échevin pour devenir maire; mais en 1700 , cet usage était tombé en désuétude. Les échevins , il leur tour, nommaient les députés aux États, leurs choix étaient souvent dictés par les grands seigneurs. Ainsi nous trouvons aux preuves de Travers , une lettre de M. de Molac , qui demande à la communauté des bourgeois , de nommer son homme d'affaire , ce qui fut fait; l'élection des maires n'était pas toujours ratifiée par le roi, et toujours elle était influencée. Celle des juges-consuls se faisait mieux; tous les commerçants étaient électeurs. Pour devenir juge consul, il suffisait d'être commerçant; et, pour devenir président, d'avoir été membre du tribunal. La Chambre de Commerce se composait de tous ceux , quel qu'en fût le nombre , qui avaient été jnges consuls.
A la fin dn|Xyn.c siècle, les propriétés n'étaient pas morcelées dans l'évêché de liantes, comme elles le sont aujourd'hui; on y trouvait de très-grandes terres, et ce serait oublier un fait fort important que de ne pas mentionner les principales et les noms de leurs propriétaires.
La terre de Chftteaubriant , la baronnie de Derval et la seigneurie de Chantoceaux, appartenaient à un Bourbon.
Le duc de Coislin possédait son duché de Coislin , les baronnies de Pontchâteau et la Roche-Bernard.
M.<nc la duchesse de Lesdiguieres possédait l'ancien duché de Retz, dont Macheconl était le chef-lieu.
Xyil.o SIÈCLE. 341
La baronnie d*Aiioeiiis appartenait aa doc de Gharost.
La terre de Glisson se troavait entre les mams du comte d*A> rangoor.
Le marquisat de Blain était la propriété du dac de Rohan.
iprès ces grandes propriétés, on citait encore, an commencement du Xyin.« siècle , la terre de Goulaine appartenant à M. de Rosmadec.
Les terres de Donges et d'Assérac appartenant an marquis d'A$sérac de la maison de Rienx.
Celle du Fougerai appartenant an marquis de Grequi.
Le manuscrit que nous avons consulté pour écrire ce qui précède j signale les maisons du ricomte du Pouldu et du comte de Tonmemine, comme les plus distinguées de réyôché nantais. La première était issue de la branche du Gué de Tille , de la famille des Rohan; la seconde, dont le nom se retrouve souvent dans les Annales de la Bretagne , était la branche cadette des seigneurs de la Hnnaudais. — Après ces familles historiques , on citait encore à Nantes, vers 1700, les de Sesmaisons , dont il j avait deux branches, jouissant d'une vieille réputation de vertu, qui les faisait marcher de pair avec les plus grands seigneurs ;
M. de Grapado , de la maison de Lohéac ;
M. Dupréd'Orvanlt;
M. Dubois d'Avaugour;
M. de Ghevigné ;
M. de la Muce Ponthus.
Toutes ces familles et quelques autres , qui peuvent nous échapper , étaient originaires du pays.
Lorsque 3k cent quarante ans de distance, et après trois révolutions qui ont détruit Tancien ordre de choses pour y substituer le gouvernement de la boorgeoisie, Ton arrive à jeter un regard en arrière , le cœur saigne en voyant que la cause du peuple ait si peu gagné , et Ton se garde de répéter des lieux commons sur cette vieille noblesse qui a si souvent compris sa mission comme un protectorat paternel. — Noms célèbres , parchemins , titres héraldiques , armoiries , tout cela n'est rien , ne sert à rien pour celui qui ne brille ni par sa capacité , ni par sa vertu. Mais quelle puissance un nom respecté donne à Thomme qui a le bonheur de le porter! Cherchons donc dans ce qui précède un double enseignement ; voyons
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la terre inféodée à qaelqaes propriétaires et les gënératioiis se succédant les nnes aux antres antonr de rimmobile château dn seigneur. Rappelons-nous Téconomie sociale de Tépoque» la dime, la corvée , la taille et les prestations sans nombre imposées aux travailleurs, que du moins le manoir féodal secourait alors de son mieux, lorsqu'ils succombaient sous le poids dn travail on des ans. Puis , de tous les noms anciens , si respectés dn peuple et de la bourgeoisie , si en honneur môme dans la noblesse , cherchons combien ont survécu. Voyons ensuite les noms nouveaux placés à côté des autres ; que leurs droits soient exhibés , et qu'un interrogatoire exact nous donne leurs titres actuels. Ont-ils légitimé leur fortune par son usage? Leur élévation vient-elle de services rendus au pays, ou de basses usurpations ? Y a-t-il dans la pensée de ceux qui les portent quelque désir d'effacer les vieilles familles par un plus grand amour du pays et de l'humanité, par de plus grands services rendus à la civilisation , par un plus noble usage de la richesse et de la puissance ? Cette étude , que tout citoyen doit faire , rend juste enrers le passé , sévère pour le présent , et donne à celui qui s'en occupe la véritable intelligence des hommes, la vraie science de l'histoire.
DBS AETS PENDAHT XS XVII.< SIÈCLS ET AU COMHBHGEMSKT