DU XVIII
Les églises de Sainte-Croix , de l'Oratoire et des Jacobins appartiennent, par leurs façades, à cette période que nous étudions actuellement.
Aux époques organiques de la vie des peuples , lorsque la société tout entière est animée d'une seule pensée et marche an même but , lorsqu'il y a une foi commune inspirant tous les actes sociaux, l'architecture est le premier des arts. La sculpture et la peinture sont les moyens dont l'architecte fait usage pour donner de la vie \ certaines parties de son œuvre, pour embellir les détails et réunir à la fois dans son travail l'unité d'ensemble et de conception et la multiplicité d'effets. Mais, lorsque la croyance vient à s'affaiblir, lorsque chaque homme , au lieu de s'inspirer de la pensée commune, se réfugie dans son for intérieur pour demander à sa raison solitaire des règles de conduite , aussitôt l'individualisme s'empare des beaux-arts; l'architecture « qui ne vit que par le grandiose de l'en-
semble, s'efface , la scalptare et la peinture apparaissent alors avec d'autant plos d'éclat, qa'eUes peuvent latter avec un art dégradé.
Ces idées ne sont pas purement spéculatives: nous en trouvons la confirmation dans le passé , et nous avons vu de nos jours les néo-catholiques, les saint-simoniens et les fouriéristes embrasser avec ardeur cette opinion. Les disciples de Fourier, plus que tous les autres , ont attaché une grande importance à Tarchitectonique , qui a souvent été le sujet de leurs écrits.
C'est à ce point de vue qu'il faut se placer pour juger les églises de Sainte-Croix , de l'Oratoire et des Jacobins. Leurs façades n'ont certes rien de religieux , et les intérieurs du XVII.' siècle ne le sont pas davantage. La renaissance de l'art grec a complètement effacé la pensée catholique.
▲BCHITECTUBE CIVILB.
Les châteaux de Chassais et de la Seilleraie , grand nombre d'hôtels et de maisons bourgeoises de Nantes appartiennent au XVII.» siècle et an commencement du XVni«.
Le château de Chassais , ancien séjour des évoques de Nantes , n'offre rien de pittoresque , cependant M. Hawke l'a dessiné pour compléteren quelque sorte l'histoire de l'art à Nantes , par les monuments de cette ville. Chassais, aujourd'hui , appartient à M. de Bondy, c'est nne habitation très-agréable , située à deux lieues de Nantes ,
en Sainte-Lnce.
Le château de la Seilleraie, appartenant autrefois à la famille d'Harronis , est aujourd'hui la propriété de M. le marquis de Becdeiièvre. Ce château est beau , très-vaste , c'est une véritable demeure princtère.* Depuis M. d'Harronis, les nouveaux possesseurs > l'ont considérablement augmenté et embelli : on y remarque le vestibule , l'escalier, nne galerie de tableaux dont le nombre peut s'élever à 600; plusieurs salons ornés de portraits; une chapelle richement décorée. — - Le jardin, dessiné par Le Notre, en 1680 , a été réparé par le propriétaire actuel , qui a fait mettre le parc à l'anglaise , et construire le temple qui domine toute la contrée.
L'hôtel de Becdelièvre, situé à Nantes, me de Briord, appartient â la même époque , les escaliers en sont très-remarquables ; son architecture simple et sévère fait honneur au bon goût du président de la Conr des Comptes, qui le fit construire.
Nous signalerons encore Thôtel de La Tollaye, dans la rae Pïotre- Dame, près la place Dumoustier; Thôtel Rosmadec^ me de la Gommnne , dont le bel escalier est terminé par des sculptures en rondebosse qui ont du mérite ; une maison sitnée sur la place da Portau'Vitt, et sur laquelle la date de la construction se trouve inscrite.
FEINTUEE ST SCULPTUEB.
Il est rare de trouver , dans la vie d*une ville et d*ane famille, une succession non interrompue de cinq hommes se léguant en quelque sorte de père en fils la noble mission de donner Texemple des vertus publiques et privées, et de prendre Tinitiative pour toutes les améliorations à introduire dans la cité qu'ils habitent. La famille de Becdelièvre mérite , sons ce rapport , une mention toute spéciale. Les cinq premiers présidents de ce nom , qui ont successivement dirigé les travaux de la Chambre des Comptes , n*ont pas été seulement des magistrats intègres , des censeurs souvent sévères pour les folles dépenses de Messieurs les municipaux , nous leur devons encore Tiropulsion que les arts reçurent à Nantes à Tépoque qui nous occupe. Ils appelèrent successivemeni dans cette ville les hommes les plus distingués. Leurs salons , ouverts à toutes les célébrités , virent fouler leurs riches tapis par les grandes illustrations de ce siècle si fécond. Madame de Sévigné , Le Notre , Le Brun , Mignard , Petitot et d'autres encore , ont habité Thôtel de la rue de Briord et la Seilleraie.
Madame de Sévigné a daté quelques-unes de ses lettres de ce château , auquel son souvenir ajoute un nouveau mérite. C'est de là qu'elle disait à sa fille , en lui parlant de M. d'Harrouis , le digne fils de l'ancien maire de Nantes :
« M. d'Harrouis veut , je crois, vous écrire , tant je le trouve enthousiasmé de vous : je l'aime , comme vous savez, et je me divertis à l'observer. Je voudrais que vous vissiez cet esprit supérieur à toutes les choses qui font l'occupation des autres , cette humeur douée et bienfaisante , cette âme aussi grande que celle de Turenne : elle me paraît un vrai modèle pour faire celles des rois, et j'admire combien nous estimons les vertus morales : je suis assurée que, si M. d'Harrouis mourait, on ne serait non plus en peine de son salut, qu'on ne l'a été de celui de M. de Turenne. »
XVn.« glÊGLE. 345
La collection de tableaux de ce château renferme des Yan-Dyck , des Le Brun, des Mignard , parmi lesquels no portrait de M.*"^ de Sévigné en Diane chasseresse , donné par elle-même à M. d'Harronis; on y remarque encore les portraits des cinq premiers présidents de la Chambre des Comptes , nn Petîtot dn plus grand prix ; enfin beaucoup d'œnvres des antres artistes des règnes de Louis XIV et de Louis XY. Le vestibule est orné de peintures représentant Apollon chassant la Nuit, le Crépuscule et TAurore; les figures sont plus grandes que nature. Dans le dôme de la chapelle se troure Thistoire de la Passion. A Nantes, dans Thôtel de Becdelièvre , on voyait aussi des tableaux de mérite. Le plafond dn salon de cet hOtel était de Lemoine; nne poutre dorée le divisait en deux : d*un côté Vénus et les Amours; de Tautre, Minerve et les attributs de la science. Une grande peinture de Michel Comel décorait le même salon : elle représentait le comte de Toulouse en grand-amiral , entouré de toutes les divinités de la mer, qui venaient lui rendre hommage.
Quelques-unes de nos églises possédaient, avant la révolution , des tableaux de grands maîtres : à TOratoire on remarquait deux tableaux de Le Sueur , Tun représentant une Descente de €roix , Tantre la Conversion de Saint-Paul ; mais le plus beau des tableaux de cette église c'était un Massacre des Innocents , dont Fauteur nous est inconnu. Le tableau du maitre-antel des Jacobins représentait Saint- François-de-Paule marchant sur les eaux , son manteau lui servait de voile. Une antre église possédait un tableau dn Poussin , représentant Moïse faisant jaillir Tean du rocher.
BIBLI06BÀPHIE.
Les écrits publiés à Nantes, ou par des Nantais , an XVII.« siècle , n*oflfrent rien de remarquable ; nous allons cependant citer les principaux ouvrages et leurs auteurs :
L*Bspine, gentilhomme dn Croisic, a laissé un poème imprimé à Liège , intitulé : la Parure dei Dames.
Gabriel Hullin a pnblié , en 1616 , un traité de la nature et usages des marches séparantes les provinces de Poitou , Bretaigne et Anjou.
Odet de la Noue fut, comme son père, écrivain et gnerrier ; nous avons de lui des poésies chrétiennes (Genève, 1594) , et deux ouvrages intitulés , Tnn : Description de la Tyrannie et des Tyrans
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(Reims , 1577) ; Ttatre , paradoxal : Que les advenUés mùhî plus neressaires que les praspériiés (en vers, la Rochelle , 1588).
Gabriel Clément et Mello le jeune ont publié Tun et Tautre des écrits sur la peste. Je n*ai pu me les procurer.
Berthand nous a laissé un traité sur les religions , intitulé : De ara liber singularis,
Albert Padiolean, avocat , est Tautenr de stances en vers sur Thistoire des Saints de Bretagne , de Recherches sur la juridiction de la Chambre des Comptes et la régale , d*un ouvrage sur Tétat présent et passé de Jérusalem.
Le capucin Raphaël a écrit un livre intitulé : L'ExaUaUon de la Couronne de JV. S. Jésus-Christ , imprimé à Rennes.
René Cerisier, jésuite; Jacques Lebrun» jésuite; Bonaventnre de Sainte- Anne y carme; Félicien de Sainte-M agdelaine , canne; Daniel Hervé » de TOratoire ; et Vincent Ghristi , théologal de Nantes , ont publié de nombreux livres de piété et de théologie.
Georges Reveau , conseiller an présidial de la Rochelle, nous a laissé une relation en latin du siège de cette ville, imprimée à Ams^ terdam; Motays est Fanteur d^nne Coutume de Bretagne (Nantes, 1725) ; Adrien Cardinal , d'un livre de Modis latine loquendi (Nantes, 1690).
Le Pajs a fait imprimer à Paris les ouvrages intitulés :i.^ Jmeufs, Amitiés et Amourettes; 2.» le Démêlé de l'Esprit et du Ceamr; 3.* Zélalide; 4.<» Recueil de Poésies,
Martin de Lanone nous a laissé deux traités , im d'Arithmétique , puis un autre sur Tart de vérifier les écritures.
Pendant la durée de ce siècle, notre ville , si riche en méchants écrivains, ne produisit qu'un artiste > Charles Errard, peintre et architecte , mort à Rome en 1689. Il peignit à fresque la coupole do chœur de notre cathédrale ; mais le vandalisme de 93 a détruit son ouvrage. On lui doit plusieurs tableaux et les dessins de Téglise de TAssomption , à Paris. Il a été, de plus , directeur de TAcadémie française de peinture.
XVin.» SIÈCLE. 347
DIX-HUITIÈMB SIÈCLE.
FUT DV RÈ69B DE LOUIS XIY.
JLss dépenses annaellesde la ville, poar Tentretien des ponts, des qoais » des portes et des parés , s'élevaient à 6600 on 6700 liv. qu'elle était autorisée à prendre sur les deniers de Toctroi. Ce chiflre est curieux, si on le compare au chiffre actuel.
L'année 1701 nous rappelle un tremblement de terre qui eut lieu dans la nuit du 20 au 21 janvier.
En 1706, un affreux ouragan porta l'épouvante dans tout l'évéché; les marais salants furent détruits; un navire de Paimbœuf, soulevé par les vagues et par le vent , fut lancé dans un jardin à Donges ; un autre navire fut jeté sur la prairie à Nantes; le bois des Bécollets fat déraciné , et de nombreux dégâts de toute espèce laissèrent un profond souvenir dans l'esprit de ceux qui en furent témoins.
En 1708, un éditduroi ordonna au propriétaire du bois de Launay d'affranchir l'ile de Ghézine. On construisît , sur le ruisseau du même nom , une chaussée et un pont pour communiquer de la ville à l'Hermitage.
La ville acquit cette année la charge de lieutenant-général.
L'année suivante le froid fut extrêmement rigoureux à Nantes , comme partout ailleurs. En 1711 , il y eut une grande inondation : une partie des ponts de Pirmil fut enlevée. Suivant le devis de Thevenon , ingénieur de la province , les réparations urgentes à j faire , montaient à 85 mille liv. Un arrêt du conseil-d'état ordonna de lever une moitié de cette somme sur la ville et les faubourgs , l'antre sur le reste du diocèse.
En 1712 , la ville défendit de nouveau de faire des constructions avançant en saillie sur la rue , et de bâtir en bois. Cette ordonnance était le complément de celle qui défendait de ne rien établir sur la voie publique.
M8 XVm.e SIÈCLE.
£d 1713, il fat défendu de faire et de rendre de Tean-de-vie de marc de raisin. Un édit de la même année accorda les privilèges de la noblesse aux maires et aax échevins ; mais ils devaient payer poor en jouir. A cette époque , où le trésor se trouvait obéré , TÉtat faisait argent de tout , et spéculait avec raison sur la sotte vanité de boorgeois enrichis.
Le mouvement qu'une pins grande habileté avait imprimé à notre commerce de 1500 à 1700, ne se ralentit pas au commencement du XYIII.i: siècle ; Ton fit môme , à cette époque , quelques spéculations hasardées , qui prouvaient Teffervescence des imaginations. Il semblait que, pour faire fortune , il ne fallût qu*acheter et vendre. 97 nan vires se dirigèrent, en 1715, sur nos colonies; mais^ au retour , leurs produits ne trouvèrent pas de débouchés , bien que le roi eût permis de réexporter 10 mille barriques de sucre en franchise. Ainsi marche la prospérité des peuples , d*oscillatîons en oscillations et d*écoles en écoles , lorsque rien ne règle les spéculations.
COMMSlfCBMBHTS DU HÈGITE DB LOUIS XV.
Une ordonnance du roi avait nommé H. Proust et ses descendants maires héréditaires , comme s*il était raisonnable d'admettre que le fils de celui qui dirige habilement les affaires d'une grande cité doive être nécessairement Théritier de son père pour les rertus et la capacité. Les abus de ce système , qui se trouvait basé sur futilité des privilèges héréditaires , sautaient déji^ tn^ aux yeux pour qu*ils pussent résister à Tinfluence de l'opinion , et le roi rendit à la ville, eu 1717, le droit dont Loui» XÎV l'avait injustement dépouillée.
La même année , Louis XY rétablit la liberté du commerce avec Saint-Domingue , en faveur de 12 ports de l'Océan , parmi lesquels Nantes figurait.
L'on discutait encore beancoi^, à cette époque, sur les matières religieuses, et la vieille querelle du jansénisme n'était pas éteinte. La bulle unigenilw réveilla les passions , et mit la dirision au sein du clergé. La Faculté de Théologie , la Faculté des Arts , M. de la IHoe-Ménard , neuf curés des paroisses, de Nantes, et plusieurs prêtres très-recommandables s'unirent aux évêqnes de Mirepoix , Montpellier , Boulogne et Sens , ainsi qs*à la Faculté de Théologie de Paris , pour faire appel au futur concile de la constituti<m tiit>-
§mUui de Clément XL L*acte en fut dépoté anx giefies de Tofficialité des qoatre évéqaes et aa greffid du parlement de Bretagne. Mécontent de cette protestation , H. de Beanvean interdit les denx Facultés et nn grand nombre de prêtres , ce qni Ini fit beaucoup d'ennemis.
En 1717, le marédial de Montesquieu Tint à Nantes: on lui offiît les clefs de la ville; mais il les refusa , parce qu'elles ne lui étaient pas présentées dans un bassin d'argent (en pareille circonstance , le bassin qui contenait les clefs restait à celui auquel on les offirait). Il n'en fut pas ainsi de 60 bouteilles de vin de Bourgogne qu'il a'ccepta sans se faire prier. Le 10 août de la même année , la ville acheta de M. Luxançai de la Hautière le droit de faire tirer des pavés du rocher de l'Hermitage. Le 22 , la police défendit anx muletiers » voituners » gabariers et portefaix , d'entrer dans la salle de la Bourse depuis 11 heures du matin jusqu'à 1 heure de l'après-midi.
Dans la nuit du 17 au 18 février 1718 , la halle du BoufTay fut brûlée. On sentit alors la nécessité de pompes à incendies, mais on manquait d'ai^ent; et, pour s'en procurer, l'on eut recours à une loterie de 10 mille livres , dont cinq mille furent accordées aux gagnants , et le reste consacré à l'achat des pompes. Le but ne saurait légitimer les moyens; et la loterie autorisée par la ville, dans cette circonstance, n'était autre chose qu'un impôt prélevé sur l'ignorance par des hommes qui devaient très-bien sentir ce qu'il avait de peu moral.
En 1719, il y eut, au commencement de l'année, de grandes eaux , qm détruisirent les râteaux de la rivière d'Erdre. L'été fut remarquable par nne sécheresse qui rendit la Loire gnéable à Richebourg et même à la Fosse.
COHPLOT FÉDÉBâLISTB.
La Bretagne , nous l'avons déjà fait remarquer , a joué un grand rùle dans tous les mouvements fédéralistes dont la France a été témoin depuis l'origine de la monarchie. Son isolement , la forme de son territoire, sa position à l'une des extrémités de la France , la langue spéciale d'une partie de ses habitants , ses traditions his^riques d'indépendance locale, l'appelaient à protester contre les abus de la centralisation ; et si ses premiers actes de fédéralisme n'avaient point
UO XTin.« SIÈCLE.
an caractère bien net, sachons du moins gré à nos pègres de n'aTOîr jamais accepté sans murmure aucun despotisme et surtout celui de coortisans dépravés.
Le complot de Bretagne n^est pas encore bien connu : nous devons à ceux qui périrent victimes de leur dévouement à la cause qn^ik avaient embrassée, de les laver du ridicule dans lequel on a voulu les faire tomber.
Les Etats, depuis long-temps, r^ouasaient avec courage les nouveaux impôts. Fatigués des prodigalités de la cour , de son luxe, et surtout de sa corruption , les trois corps de la province , composés presque entièrement de gens peu roués en affaires, mais francs , pirobes et de bonnes mœurs, résolurent de résister de toutes leurs forces aux pernicieux exemples que le régent donnait chaque jour à la France. En 1717 , ils refusèrent de voter, par acclamation, le don gratuit, sorte de liste civile de Tépoque : c*était là le témoignage le plus manifeste dlmprobation .qu*ils pussent domer au chef de TËtat. M. de Montesquieu essaya , mais en vain , de calmer les esprits ; il eut beau prendre séparément les membres les plus indisposés contre la cour , aucun ne céda ; car tous étaient convaincus que la morale publique ne saurait exister sans vertus privées , et que les £tats tombent en mines, lorsque ceux qui gouvernent nefont d'appel qu'aux mauvaises passions des 'hommes smr qui leur pouvoir s'appuie. Le vote du don gratuit par acclamation étant de règle , le vote sans acclamation fut suivi , et cela devait être , de la dissolution des Ëtats.
Rentrée dans ses foyers , Taristocratie bretonne se prit à raconter avec orgueil comment elle s'était conduite ; on admira son courage civil, la leçon donnée an pouvoir et à des courtisans méprisés et dé* testés. Les esprits s'échauffèrent , et la séparation de la Bretagne de la France fut mise en question , non que les Bretons regrettassent d'être Français , mais parce qu'ils avaient honte de voir les gens les plus immoraux et les moins honorables à la tôte des affaires du pays. — La duchesse du Maine , qui eût voulu donner au duc du Maine la place du Régent , pro^ta très-adroitement des dispositions des Bretons, faisant appel à leurs souvenir» , remuant les esprits avec beaucoup d'adresse; ceux-ci, par l'espoir de la restauration de leur ancienne nationalité; d'autres, par la promesse des places qu'enviait leur orgueil; prenant chacun par son côté faible, Jc'est-à-dire par ses sentinpients et par ses haines. — Bientôt elle se lia avec Tambas-
sadeiir d'Espagne, le prince de Gellamare^ et alors il fut décidé qu'une flotte se présenterait sur les cotes de Bretagne , poar appayer le mou? ement insurrectionnel de la province , tandis que le Régent serait enlevé.
Le prince de Gellamare avait confié des papiers importants à un agents qui fut arrêté. La conspiration , déjà connue du pouvoir , devint alors complètement prouvée. Le duc et la duchesse du Maine furent arrêtés.
Les nobles bretons ne se laissèrent point abattre par ce contretemps. La plupart continuèrent d'entretenir des relations avec l'Espagne; et, dans l'année 1719, ils prirent les armes, tandis qu'une flotte espagnole croisait en vue du Port-Louis. Le maréchal de Montesquieu , qui avait la garde des cOtes de Bretagne, arriva assez à temps pour disperser les révoltés et s'opposer au débarquement des Espagnols.
Résignée à subir les événements qui avaient trahi ses espérances , la duchesse du Maine voulut rentrer en grâce ; son mari ne pouvant plus prétendre an premier rang dans l'Etat , la duchesse diminua de ses prétentions sans pouvoir se résigner à se passer d'un rôle. Une déclaration écrite, dans laquelle elle désignait tous ses complices , fut le moyen qu'elle employa pour obtenir son pardon. — Le Régent, qui eût peut-être fermé les yeux en toute autre circonstance , surtout si les coupables n'avaient été mus , comme la duchesse du Maine , que par de misérables idées de vanité , fut inexorable. Agir autrement, c'eût été permettre aux nobles et à l'aristocratie du Tiers de discuter sur les mœurs de la cour , sur la vénalité , la C9rmption et la prodigalité des plus grands dignitaires de l'Ëtat ; c'eût été admettre un contrôle que l'on ne voulait pas subir , accepter d'avance des réformes auxquelles on n'eût pas voulu se soumettre ; et puis il est digne de remarque que les hommes les plus corrompus ne sont intolérants et sévères que pour les gens de bien. Des lettrçs-patentes du 3 octobre 1719 instituèrent à Nantes une Chambre royale ponr juger les complices de la duchesse du Maine. Devant cette Chambre comparurent quatre gentilshommes bretons , les moins coupables ; mais les plus recommandables par leur caractère et leurs vertus privées. — Un assassinat juridique mit fin à leur existence, et plongea la ville de liantes dans la consternation. La chronique , publiée en 1829 dans le Lycée Armoricain , vient
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h Tappai de notre opinion ; écrite par Ton des témoins oculaires de cette exécution , elle met dans toat son joor et Tiniqaité des pon- Toirs et les vertus privées de ses victimes ; nous en citerons donc les passages les plus importants :
Relation Fidelle de ce qui ,$e passa à ta mort de quatre Messieurs gentilhommes , qui eurent la tête tranchée, au Bouffé de Nantes , le mardi de la Semaine-Sainte , vingt-six mars , entre les neuf et dix heures du soir ; mil sept cent vingt.
(c Messieurs les Commissaires de la Chambre royalle s'assemblèrent vers les cinq heures du matin. Leur séance ne finit , ni leur dîné ne commença, qu'à la demie après quatre heures du soir. Monsieur de la Griolais , grand pronost de Nantes , étoit venu auant quatre heures chez les RR. PP. Carmes demander , par ordre de la Chambre royalle, quatre confesseurs pour assister des Gentilhommes à la mort.
» Les Pères Pierre, Mathieu, Georges et Nicolas se rendirent au chasteau de Nantes, conduits par M. de Galiné, exempt de la maréchaussée. On les introduisit dans la chambre que MM. les Commissaires venoient de quitter pour aller dîner après avoir porté leurs jugements. M. de la Griolais les avertit que quatre gentilhommes étoient condamnés à la mort , et que leurs arrêts dévoient être exécutés sous deux heures. Il ne falloit pas manquer de leur en donner avis , afin qu'ils prissent mieux leurs mezures , et qu'ils missent or-« dre à leurs affaires et conscience.
» Monsieur de Thalouet-Lemoyne fut le dernier à qui on prononça l'arrest. Je fus introduit dans la chambre lorsque le greflSer en lisoit les derniers mots. Il étoit pour lors à genoux comme avoient été les trois autres Messieurs. Immédiatement derrière luy étoient debout trois ou quatre exécutteurs. L'on me fit demeurer un peu plus loing. Il me semble encore voir Monsieur de Thalouet se relouer d'un air fort pensif, les yeux baissés, mais avec la plus grande tranquillité du monde , pendant qujB les exécutteurs leur lioient les mains et les fouilloient , et les conduisoient. Et on me dit de les suinre dans la chapelle. Gomme nous y entrions , Monsieur le marquis de Poncalais qui n'auoit rien dit , voyant entrer M.*"* de Montlouis et de Goèdic , s'écria : « Ah! voilà un bien bonnette homme que l'on fait mourir! » Il veut l'embrasser, en disant:» Ah! quelle injustice! » Pois, se
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toornant vers moy: « Ah! père, quelle injustice! » M. do Thaloaet lay répondit trop bas pour que je le pusse entendre ; je dis seulement alors : « Eh ! Messieurs , ce que nous ne pouvons empescher , souffrons-le d*une manière grande , généreuse et chrétienne : rèceuez de la main de Dieu et non de la part des hommes la disgrâce qui vous est arrinée. »
» Comme M. de Poncalais continuoit de parler un peu haut , M. de Montlonis et le père Mathieu qui étoient dans le confessîonal , le prièrent de ne point interrompre ; c^est ce qui le fît se retirer à main droite au haut de la chapelle. Je fis alors un petit compliment à M. de Thalonet , tout bas , pour ne point faire de peine à nos voisins : « La » providence me destine à vous rendre service , Monsieur , dans une » occa^n bien importante, mais bien triste: c'est pour moi bien de » Thonneur, mais bien de Taffliction. Puisque Jesus-Christ a bien 1» voulu mourir pour nous, nous mourrons aussi très- volontiers pour » Inj et pour notre salut ; honorés-moy , je vous prie , Monsieur , de » toutte TOtre confiance: je ne la demande que pour votre utilité. » Ah! Monsieur, il faut mourir d*un grand cœur pour celuy qui est » mort pour nous et dans la môme semaine qu*il est mort pour vous. » M. de Thalonet me répondit : qu'il regardoit comme une grande grâce de Dieu de mourir dans la semaine sainte^ et témoigna que je luy ferois toujours plaisir de luy parler de la passion de Jésus-Christ.
« Comme il me parut s^auancer vers moy, je pris la liberté de Tembrasser. J*ajouttay d'un ton plus hardy: « Oh! Monsieur, le monde » s*énanouit et s'enfuit loin de vous ; Téternité s*anonce et se présente » à vous ; j*ay ordre de vous le dire , Monsieur , Tétemité qui est si » longue, n'est éloignée de vous que de l'espace de deux heures: » deux heures de temps bien courtes, mais bien ménagées, vous » procureront une éternité de gloire et de bonheur ; ne perdons pas » un moment d'un temps sy prétieux, oublions tout le monde, ne » pensons plus qu'à Dieu , an ciel et à Téternîté. » M. de Thalonet se mit à genoux pour commencer sa confession , il y étoit depuis peu de temps ; mais , comme M. de Poncalais , qnoyqu'il fût à l'autre bout de la chapelle, pour peu qu'il parlât, faisoit tout retentir, M. de Thalonet me dit : « En vérité , le marquis parle sy haut que l'on ne » s'entend pas parler. » Je le priai de se seoir et d'examiner un peu sa conscience^ pendant que j'irois appaiser M. de Poncalais qui se plaîgnoît auec assez de modération, mais d'un accent un peu trop
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éleyé. Jamais je ne loj entendis prononcer aucuns jurements , ny aucunes parolles injurieuses. Yoicy à peu près ce qu*il disoit: « Quelle » injustice! lier les mains à des gentilshommes; cela ne se doit pas » faire. Nous Toilà donc condamnez à mort, sans jamais avoir tiré » Tépée ny un seul coup de pistolet contre l'Etat. Voilà donc cette » royale chambre qu*on disoit agir auec tant de douceur! Quelle » douceur! Tant de foisonm'anoit dit: Poncalais^ dis tout, déclare tout » ce que tu sçais ; c'est le moyen de nauoir point de mal. J'ai fait tout » ce qu'ils m'ont demandé , et ils ne font pas ce qu'ils m'ont promis. » On me disoit dimanche que M. de Miftne auoit entre ses mains la » grftce de M. deMontlouis. Qnoy donc, luy lier les mains et à nous » aassy! sommes-nous donc les quatre victimes, pendant fu'on en » épargne d'antres plus coupables que nous. » Il ne nommoi^cependant personne.
9 Touttes les plaintes de M. de Goidic étoîent de s'écrier de temps en temps: « Seigneur, pardonnez - moy mes péchez; mon Dieu, » saunez mon àme! » M. de Montlouis gardoit toujours un profond silence , parce qu'il ne sortoit presque pas du confessional. Je m'anançay fort respectueusement vers M. de Poncalais , et luy dis d'un ton assez bas, afin qu'il me répondit de même: « Ah ! Monsieur, » que je suis désolé de tous voir dans une sy triste situation; 9 il me semble auoir en autrefois l'honneur de tous voir au collège » de Rennes: ah! que ne pnis-je> à quel prix que ce soit, contribuer » à votre consolation. » — « Ah! mon père, me dit-il, d'un ton et » d'an air fort doux, nous sommes condamnez. » — « Eh bien! » Monsieur, repris-je, le fils de Dieu a bien voulu être condamné » luy-môme le plus injustement du monde. Ce qui se troune le plus » admirable dans tout le cours de sa passion , c'est qu'au milieu de » touttes les injustices et de tous les outrages qu'on luy faisoit , il » gardoit un silence qui a quelque chose de diuin. C'est le propre » des grandes &mes de souffrir, et de soufifrir courageusement touttes » les phintes injustes. » Nous nous entretînmes tout bas et admirablement , M. de Poncalais et moy , enuiron l'espace d'un miserere. Son confesseur, qui entendoit ce que nous disions, se joignit à moy pour l'encourager, et l'exhorter à un silence généreux. Nos exhortations eurent tout le succez que nous souhaittions. Je me retiray , en saluant. MM. de Poncalais et de Coidic, qui étoient sur le marchepied de l'antel, se saluèrent. Ce dernier, voulant me rendre mon salut: « Oii est^
XYni.« SitoLB. S95
» dit41 9 non chapeau! Oh sont nos chapeaux? » — « Ah! qn*aaons- » nona besoin de nos chapeaux , répondît en souriant M. de Poncalais, n Ton nons en ostera bientost le moule. »
9 A peine fus-je de rMour auprès de M. deThalouet, pour entendre sa confession, que M. de Poncalais et M. de Goidic se mirent à genoux pour commencer la leur; ce qu'ils firent à différentes reprises. Gomme il n*7 anoit qu'une chaise pour M. de Thalouet et pour moy, je le fis toujours asseoir, excepté quand j'entendis sa confession à deux reprises , ou quand nous nous mîmes à genoux tous deux pour faire ensemble quelques prières. Je passay le reste du temps è me promener d'un bout de la chapelle à l'autre, en ruminant ce que je pourrois dire de plus touchant à M. de Thalouet pour l'animer et le consoller. A mesure qu'il me yenoit quelques pensées , j'allois les loy suggérer, et puis je me repromenois. Tl m'écoultoît toujours auec bien de l'attention; et, après auoir entendu sa confession, je luy demanday sy je pourrois luy rendre quelques seruices , en écriuant k quelqu'un de sa famille ou He sa connoissance. Il me pria d'écrire à M."« de Thalouet, son épouse, et me répéta deux ou trois fois son adresse , crainte que je l'oubliasse. Environ demi qnart-d 'heure après, je luy dis qu'il falloit s'armer de patience, et de courage, et de résignation contre les approches de la mort; que, sy la yne d'une mort prochaine luy causoit quelques allarmes, il falloit se remettre deuant les yeux Jesus-Ghrist au jardin des Oliues plongé dans une tristesse mortelle et une sueur de sang à la vue du calice de sa passion , et malgrez des impressions sy terribles, ]^otestant généreusement plusieurs fois à son père qu'il demandoit l'accomplissement de sa sainte Tolonté. M. de Thalonet me répondit qu'il n'étoit pas tant afDigé de mourir, que de laisser une femme désolée et de panures enfants sans aucune ressource ; il répetta ces mots : Pater non mea voiuntoê $êd tua ftat. Je luy représentay Jesus-Ghrist dans la croix , qui anoit été extrêmement affligé de la désolation de sa Sainte Mère, qu'il royoit présente , comme elle l'anoit été de la mort de son dinin fils ; « Unisses, luy dis- » je, Totre affliction à celle de Jésus et de Marie sur le Galnaire ; » recommandex-lenr Madame votre épouze et Messieurs vos enfants; » ils ne pordrcHit pas leur père qui est dans les deux. Yous-méme, » en y allant deuant eux, leurs servirés de puissant intercesseur » auprès de Dieu ; il est le protecteur des Tenues et dçs orphelins. » Roua fimes ensemble quelques prières. « N'écriués point d'abord è
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» mon épouace, me dit-il : enceinte, je crains qn*en recenant la noa- » nelle de ma mort, elle menre de donlenr, parce que c'est elle qui » est cause que je sais icy ; cause innocente! Elle croyoit bien faire , » aassy bien que tons mes amis qni me conseillèrent comme elle, » de me rendre , parce qu'ils s'imaginoient que le prince régent ne » demandoît qu'une soumission. » Il m'enjoint en même temps d'écrire à M.>n« Sainte-Catberinne,relli9ieu8e bospitallièredeGuemenez, dans Tespérance qu'elle prendroit touttes les mesures possibles pour disposer pen-à-pen M.>B<^4e Tbalouet à une sy triste nonuelle.
» Vers ce temps > M. de la Griolais , grand prenost de Nantes^ entra dans la chapelle, tenant d'une main un encrier auec des plumes, et de l'autre, du papier blanc; il me dit tout bas qu'il étoit appropos de sçauoir si ces quatre Messieurs auoient quelques deptes , soit à Téglize, soit à quelques particuliers, afin que Ton écriuit les premières sur le papier commun , les secondes sur le papier timbré* pour que les formalitez de justice fussent mieuY obsemées. Il resta par prudence auprès de la porte en dedans , et m'enjoignit d'aller feire à tous , de sa part, cette proposition. J'allay d'abord à M. de Poncalais, mais son confesseur étant assez proche de luy : après avoir fait une profonde réuérance au Marquis» je dis comme en confidence au conCesseur, mais d'un ton assez distinct pour que le Marquis pût l'entendre: « Voila M. de la Griolais , grand prouost de Nantes, (pà yient d'entrer; » il ne rient icy que pour faire plaisir à ces Messieurs. Il demande , » et il est prest d'écrire sur du papier commun ou du timbré , les dep- » tes dont ces Messieurs seroient redeuables ou à l'église ou bien aux » particuliers; il y va de l'honneur et de la consdence de ces Mes- » sieurs de les déclarer; ils ont trop de cceur et de piété pour ne le » pas faire , faites-en la proposition à M. de Poncalais. » J'auance trois ou quatre pas pour dire à*peu-près la même chose à M. de Coidic et à son confesseur tout à la fois , parce que tons les deux se tenoient debout et appuyez sur la cornière de l'autel , et se joignoient de sy prest, qu'on ne pouYoit parler à l'un sans parler à l'autre.
» Gomme je descendois an bas de la chapelle , je ri^ M. de la Griolais et M. de Poncalais se saluer mutuellement auec touttes sortes de ciuilités, et le père Mathieu , confesseur de M. de Poncalais, vint en même temps àmarencontre« « Votre Monsieur, me dit-il^ a-t-il quel- » ques deptes ? Il est de son honneur et de sa conscience de le dédarer. » Parlez-luy-en. M. le grand prouost s'offire de lesfiure payevé »
XTIIl.* 8IÈGI4B. 957
» H. de la GiiolMftsotlU , et ne tarda paa à iMenir.
» Il lDe donna cettiniaaion d*aller demander à œa Messieors s'ils anoient qnelcpies arrangementapartiçaliers à mettre dans leors affaires temporelles. M. de Poncalais répondit d'un ton an peu élerë : « Deux » hewea ponr mettre ordre à tontes nos affiires tei^N>relles et a » notre ooBscieftfie! N'est-il pas Tral 9 Honsienr de la Griolais , qne les 9 Tores nons donneroient plos de temps? » — « Ponr moi, reprit » M. de Goidic, il me fandroitponr le moins huit jours , afin démettre
• à mes affaires tout Tordre qoe je dois; mais notre atrest porte du » moins Tingfr-quatre lienies, je feray toute ma diligence posûble. » -- « Pourrn qne j'achèye ma confession généraUey dit BL deMont-
• louis 9 je seray content; mais ce n'est pas trop d'une nnit ponr la » bien faire. »
» M. de la Griolais , rempli de charité et de politesse , pour ne point faire peine à5»s Messieurs , pamt fort appronrer ce qu'ils disoient , et se rharçaa d'en fiiire le rapport k H. de Ghasteaanenf et de l'appuyer de tout son pooroir.
» Pendant que M. de la Griolais s'absenta pour reporter sa reqneste è M. le Commissaire de la Chambre royalle, j'allay dire k Monsieur de Thalouet , toujours retiré en prières an bas de la chapelle , qu'ils aroient quelques espérances de roir le lendemain ; qne M. le grand prouostétoit alléy à la prière des trois autres Messieurs, rers Messieurs les Commissaires, solliciter un jour de délay ; mais , au lieu de se réjouir, comme je l'espérois , de cette nourelle , il me répondit , en jetant an grand hélas J « Mon père, ce délai ne senrlroit*il point au diable » ponr noua perdre? Pour moy, je suis tout prest: pourqnoy attendre » jnsques à denuin pour mourir. »
» Je le félicitai sur une aussi heureuse disposition. Il me dit alors que M.«« de Thalouet n'ignoroit qu'une seule de ses dettes , qui étoit cinquante écus du^ depuis long-temps à son firère, officier dans les^ troupes 9 mais qu'il n'étoit pas nécessaire d'en rien dire à M. de la Griolais, parce qne M.>"*de Thalouet ne manquerait pas de les donner au moindre avis qne je lui en donnerois. Je me ris alors un peu embarrassé: la parfaite confiance qne H. de Thalouet témoîgnoit pour son épouse, ne laisaoit aocnn donte de son zèle à payer cette dette ; mais la crainte de la confiscation de ses biens me fit appréhender qu'on la B^t hors d'état de le faire. Dans le moment que je me promenois en rérantaur cette dificuHé» M. de la Griolais rentra et me ditd'alier
^S9 xYin.« siÈcur.
demander à ces HeMienn en quel endrait ils soohtiloieBt être enferrés. G*étoit leor dire en taille-douce : « Votre reqneste est lejetée, il 9 faut mourir sans déiay. » Cependant, M. de h Griolais, poor s'exempter de donner aacnne réponse prédse et claire qni pût allarmer ces Messieurs , leur dit assez liante qoMl ét«it reno transcrire aussy ce qo^il n'auoit écrit pour chacun d*enx que coitfnséBient sur un papier commun.
» Une demi-heure après , les trois exécoteors entrèrent dans la chapelle. Le principal fit une espèce de compliment on d'exense è M. dePoncalais. Il serra ensuite les liens dont ses mains étaient attachez. M. de Poncalais dit alors que cela étoit fort inutile, qn*il iroit tranquillement à réchaffant, sans avoir les mains liées. Sur oe que Texécutenr lui représenta que c'étoit à regret qu'il \nj faisoit cette peine , mais que son devoir lui oUigeoit. « Fais donc! » dit froidement le marquis. L'exécuteur alla pour en faire autant k H. du Goidic; mais, l'ayant trouvé assez serré, il ne le toucha pas. Aibrs M. du Goidic s'écria : « Après ringl-hnit ans de services, voilà donc ma » récompense ! Tai de mof-méme exposé mille fois ma vie et ma teste » pour le prince, et il me la fait ôter aujourd'hui sur un échaffaut. » L'exécuteur s^avança vers H. de Thalouet; mais quand je luy dis d'un ton un peu chagrin: « D a les mains assez liées! » Il s*en retourna vers la chapelle , sans venir jpsqn'à nous.
« H. de Hontlouis, dont la confession ne finissoit point, retarda notre sortie encore près, de demi • quart d'heure que j'employay à animer M. de Thalouet, en lui représentant les dispositions extérieures et intérieures de Jesus-Ghrist conduit à quatre différents tribunaux , an Calvaire, par les rues de Jérusalem. Nous sortîmes et marchâmes jusquesàlaplaceduBonffiiy, dausoet ordre: M* dePoncalais le premier, ensuite M. du Goidic^ puis H. de Thalouet, et enfin M. de Montlonis; chacun de ces Messieurs avoit son confesseur à sa'gauche , pour l'entretenir; un des exécuteurs marchoit après M. de Poncalais; l'antre après H. du Goidic , le troisième après H. de Montlouis : ce dernier , en descendant l'escallier du château, leva les yeux vers une fenestre où étoit Madame son épouze, et loy dit fort tendrement: « Adieu, » Madame. » Je l'entendis Iny répondre avec beaucoup de larmes et de cris, mais je ne distfngnay pas les paroUes.
» A peine fûmes-nous sortis du chutean , que Ton fit halte ; pendant que M. le greffier de U chambre royalle lisoit tout haut on
XVIH.« SIÈCU. 359
papier, en ftisaot prononcer à rexécnttenr les mêmes parolies qne Injr, La marche recommença, « Vous rojei» mon père , me dit M. de m TlMlonei» nons nons laissons condaire comme des agneaux à la » boncherie. » — « Cest qn cela , l«j répliqnai-je , Monsieur y qne n TOUS Tons rendez pins semblable an fils de Dien. Il pouroit d*ane » senlle parolie reuTerser et annéantir tons ses ennemis , mais il crnt » qu'il étoit plus digne de Iny de faire éclatter la pénitence qne la » &Nrce. n y a plus de générosité à supporter courageusement le mal » qne de le repousser arec impatience ; il y a plus de mérite deyant » Dien et plus de Téritable gloire deyant les hommes. » Quelques moments après, les cris et les gémissements du peuple , que nous entendions, me doiuièrent occasion de Iny dire: « On plaint votre » sort. Monsieur, et on ne plaignoit pas celnj du fils de Dieu. » Il me protesta plusieurs fois qu'il n'aroit dans le cœur le moindre ressentiment contre ceux qui le faisoient mourir, ni contre aucunes autres personnes.
« Comme nous entrions dans la place du Bouffaj : « Est-ce icy , mon père, me dit-il. » — « Oui, Monsieur, c'est icj Totre cal?ere, » luy répliquai-je, c'est ici que tous derez quitter la terre pour aller » au ciel; les cienx sont déjà ouverts pour tous, sy tous souffrez » bien généreusement et chrétiennement. »
Plus nous STancions, et plus nons découTrions de soldats > c'est ce qui me fit luy dire : «e II y a infiniment plus d'anges qui tous attendent » et tous receTront sTec joie dans le ciel , qu'il n'y a de soldats pour « être témoins de TOtre départ. »
On nons plaça comme en file à douze ou quinze pas de l'échaffaat, que nons Toyions de côté. M. du Goidic se trouTa le plus sTancé , M* de Thalouet le touchoit , et M. de Poncalais étoit un peu à l'écart , près de H. le greffier, qui étoit à cheTal , à la teste de plusieurs cavaliers et faisoit encore répetter les parolles à l'exécuteur. M. du Goidic, en considérant l'échaffaut, s'écria: « 0 monde trompeur 1 Quel » malheur de n*j fier 1 Après ringt-huit ans de serrices , est-ce donc là » ma récompense? » Son confesseur et moy , nous le consoUames le mieux qu'il nons fut possible , en le priant de faire attention aux récompenses étemelles. M. de la Griolais m'euToya dire par son exempt, IL de Galine qn'il falloit empescher ces quatre Messieurs d'sToir la Tue sur l'échaffaut. M. de Goidic et M. de Thalouet y tournèrent le dos à la première prière que nons leur en fîmes. M. de
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Poncalais , malgf é les instances de son confessent et les miennes , fe regardoit toujours, en nons disant: « Quel spectacle, pères, quel » spectacle! » L*exécatenr ayant demandé à M. de la Griolais par leqael il commenceroit, il Iny dit de les prendre an hazard , mais que M. de Poncalais restât le dernier, parce qu'il ne paroissoit pas si disposé que les autres. Il s^adressa à celui qui se trouva le plus proche; c'étoit M. deMontlouis, qui Iny dit: a Poufqnoy moy le premier? » L'exécuteur Tassura qu'il en souffriroit moins. Son confesseur Texhorta à regarder en tont la volonté de Dieu et à Taccompllr généreusement. Il alla ensuite dire adieu aux trois autres ; il» firent tons quatre leurs adieux, et réciproquement ils s'embrassèrent pour la dernière fois, autant que le ponvoient des personnes qui avoient les mains liées. L'exécuteur monta le premier, le patient ensuite > et le confesseur alloit le dernier. Sur l'échaffaut, M. deMontlonis fit paroitre beaucoup de fermeté, de piété et de résignation. Onand je le ris prest à s'agenouiller auprès du poteau, je dis un peu haut: « Sancta Maria ^ » mater Dei , ara pro nobiê, » Je ne prononçay que les quatre premiers mots ; M. de Goidic et M. de Thalouet continuèrent avec moy , et le dernier ajouta le Satve Regina^ en regardant taiftost le ciel, tantost son confesseur, ou moy, d'un ton de voix ferme, mais fort attentif. M. de Thalouet disoit en môme temps la môme prière, les yeux baissés et d'un ton plus bas.
» Aussitost que M. de Hontlouis eût reçu le coup mortel , je criay un peu fermement: « Àh! Messieurs , ah ! Messieurs, il est déjà dans » le ciel ! le temps des douleurs est passé pour luy , il jouit de la gloire » de Dieu. » Les Pères Pierre et Georges dirent à peu près la môme chose à leurs pénitents. Un des exécuteurs étant venu avertir M. de Thalouet de monter sur l'échaffaut , je lui demanday s'il n'avoit rien sur sa conscience qui lui fit peine, il me répondit que non. Dès qu'il eut les mains déliées , il dépouilla tranquillement lui-môme son habit et sa veste ; mais , quand l'exécuteur pour faire tomber la chemise an bas des épaules, h déchira assez doucement devant l'estomac, mon cher pénitent me parut frémir de peur. Je tftchay de le rassurer, en l'exhortant à consommer bien généreusement son sacrifice à Dieu , et à élever son cœur vers le ciel. Il cria avec larmes , d'une voix tremblante , mais distincte à tons les assistants : « Ah ! Messieurs , priez » Dieu pour moy. » J'en vis plusieurs oster leurs chapeaux et ré* pondre; « Oay , Monsieur, nons le ferons. » En se mettant à genoux
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aaprès du poteau « il recommanda son Ime à Diea a?ec bien de la feireor, en|Nrononçant plosieors fois: « Jésus Maria ^ Jésus ^ soyezmoy mon Jesusl » et moarut eo prononçant ces mots.
9 Vous saurez , Monsieur , qu'il y aroit sur réchaffant trois exécutears : celui qui deyoit donner le coup mortel étoit à la gauche du patient ; Fautre , qui deyoit achever de couper les peaux qui pouroient rester , étoit à la droite ; le troisième tenoit avec les deux mains la teste du patient pour Tempescher de yarier et la tirer à lui. Le saisissement qai me surprit à layuedu corps mort deM.deMontlouis étendu sur Tautrebord deTéchaffant, et le désir d'estre toujours sous les yeux de M. de Thalonet, fit que je me mis à costé du troisième exécuteur; cette situation fut cause que les deux jugulaires ouvertes comme deux pompes, me couvrirent de sang le visage et la chappe. Je descendis aussitost de Téchaffaut , et, sans faire réflexion sur le triste équipage ob j'étois , je courus vers MM. de Poncalais et de Goidic ; je leur criay en les abordant: « Ah! Messieurs, que je suis édifié! ah! la belle » mort! Jamais je ne vis de mort plus chrétienne; il est mort en pro- 9 nonçant le nom adorable de Jésus et de Marie 1 » M. de Poncalais me répondit: « Le vôtre, mon père^ étoit le plus honneste homme 9 do monde; ils sont tous trois honnestes gens, mais où trouver an n monde un aussi honneste homme que H. de Thalouet? « — « Hé! 9 Mousieur , repris-je tout hors de moy*mème , imitez-le donc, imitez » sa générosité à sonffirir chrétiennement. » Pendant que le père Pierre luy inspiroit des sentiments fort chrétiens sur la patience et le pardon des injures , le père Georges m'avertit que j'avois le visage et la chappe ensanglantés. En m'essujant , je vis M. du Goidic monter sur réchaffant , s'y mettre un peu de temps à genoux avant de se déshabiller, pour offrir à Dieu son sacrifice ; je me toumay encore vers M. de Poncalais , en lui disant de nouveau: « Ah ! Monsieur , imitez 9 votre cher amy ; imitez ses résignations et sa générosité à mourir n chrétiennement. «
» J'entendis M. de Goidic dire plusieurs fois: fn Jésus Maria, Credo », et je le vis en même temps recevoir le coup de mort. M. de Poncalais, qui ne voulut jamais perdre la vue sur les trois Messieurs décapitez avant luy , se tourna pour lors vers M. le greffier de la chambre royalle, et luy dit d'un ton assez élevée parce qu'il étoit iln peu éloigné : « Mousieur le greffier , vous avez de l'argent à moy , ne 9 manquez pas , je vous prie , de dire prier Dieu pour moy. » M. le
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greflSier en le saloant , le loy promit. Le Marquis se tooma vers son confesseur et moj. « Je prie Dieu , mes pères t nous dit-il , qu'il » m*enyoye tout le mal que je sonhaite aux autres ; je ne veut de mal » à personne , je pardonne de bon cœur à tous ceux qui m'en font. » L'exécuteur Taverlit incontinent de monter sur réchaffaut. « Voilà , » dît^il, un compliment triste. » Cependant , il te snirit fort tranquillement ayec son confesseur. Sur le point de monter sur réchaffaut, son confesseur m'a dit qu'il se tourna vers quelques Messieurs pour
leur demander pardon
» Après toutes ces exécutions, un des Messieurs de la maréchaussée vint à nous dire d'aller faire ouvrir notre églize , pour recevoir les corps de ces Messieurs. Nous tâchâmes à prendre notre chemin vers les Rôtisseries et par la rue Baclerie ; mais nous trouvâmes les rues barricadées par quantité de charrettes et trois rangs d'infanterie ; de sorte qu'il nous fallut retourner par la rue du Port-Maillard , par o& nous étions arrivés. Cette rue, aussy bien que celles du Château et des Jacobins étoient barricadées et bordées de soldats des deux côtés. » Fort peu après notre retour, les exécuteurs, escortés par plusieurs archers à cheval , amenèrent les quatre corps dans un chariot. Au lieu de venir, comme nous l'espérions, à la porte de l'Ëglize, ils s'arrêtèrent à la porte du couvent; et les corps, sans autres finges que leurs chemises , furent transportés par le cloître sur le tombeau des relligieux , où nous avons coutume de mettre nos relligieux morts pendant l'oflSce de la messe de leur enterrement. Afin de faire le lendemain la même chose pour les quatre Messieurs , nous eûmes soin de distinguer les quatre têtes, et, après avoir placé chacune avec le corps qui lui convenoit , on en marqua les noms sur quatre billets différents avant de les ensevelir. M. de la Griolais vint luyraême reconnoistre et approuver la distinction qu'on avoit faite. Quelque temps après, M. de Chateauneuf nous envoya dire par un de ses gardes, qu'il falloit, dans la nuit même, et auplustost, enterrer ces corps sans aucun son de cloches ni chants d'églize , avec ordre de dire la grande messe du lendemain avec des ornements blancs. Le Père sacristain fit entrer des femmes dans le bas chœur de l'églize pour ensevelir les corps , et quatre hommes pour faire quatre fosses sur une mên^e ligne , an haut de la nef, pendant que les relligieux qui étoient dans le chœur d'en haut, récitoient matines et laudes de l'oflSice canonical. Après qu'ils eurent fini , le Révérand Père Fortnnat,
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soBS-iNrieuT , fit les quatre enterreinents en récitant arec les antres relligieux » mais sans chanter > la prière ordinaire de Tégltze ponr rînhnmation des morts.
» M. de la Griolais les vint voir de grand matin, et, snr ce que le Père sacristain lui représenta que nos rnbriqaes nons defiendoient le mercredi-saint, à la messe, les ornements blancs , et ne permettoient qne les violets, il dit que Tintention de M. de Ghateauneof étoit seulement que nous ne nons servissions point d'ornements noirs , comme on a coutume pour marques de deuil ; et que , pourvu que la grande messe ne fût pas pour ces Messieurs , nons ferions bien de célébrer le plus qne nous pourrions de messes basses pour le repos de leurs Ames ; ce que Ton n*a pas manqué d'exécuter ponctuellement. »
Nous avons conservé le plus qu'il nous a été possible du récit du père Nicolas. Le fragment suivant de la lettre de Madame de Thalonet achève de mettre au jour la conduite du pouvoir dans ce jugement inique :
« Mon cher époux n'est donc plus, mon très-révérend père, et i'ay été privée de recevoir ses derniers soupirs... ah! mon père , que ce calice est rude et amer pour moi , et que mon cœur en est pénétré. Je perds le plus aimable et le meilleur époux qui jamais ait été , et cela par ma faute. Je fus trompée, trompée mon cher père, par des officiers qui le furent eux-mêmes , et je fus assez malheureuse que de le porter à s*aller rendre entre leurs mains , sur la parolle qu'ils m'avoient donnée que c'étoit un sûr moyen pour obtenir grâce. Il suivit aveuglément tous mes désirs, et, par malheur, le plus insupportable pour moy , c'est son amour et le mien qui nous a perdus. Quels étoient ses sentiments à cet égard , 0 mon trèscher père? et de quelle manière s'est-il expliqué à notre égard , 0 mon très-cher père ? Que vous a-t-il dit des quatre pauvres orphelins qu'il m'a laissés avec un bien qui ne va pas à deux cents livres , pas même à cent livres de rente ? Mandez-moy , je vous prie , par la S.^' Passion de Notre Sauveur , tous ses sentiments et tout ce qu'il vous a dit à mon sujet. Que j'appréhende qu'il m'ait fait quelques injustices pour le malheureux avis qne je Iny ay donné ! Je vous prie, mon cher père, puisque vous êtes celuy de mon cher époux, mandez-moy tout ce qu'il vous a dit de moy et de nos très-chers enfants ; dites-moy encore sy vous estes persuadé que son âme gé-
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nérease et noble ait trouvé grâce aoprès de Dien. Mon amour et mon cœur sont avec luy , mon père , et ce sera la dernière mort qui me donnera de rattache à Dieu.
» Vanité trompeuse du siècle de fer, je ne veux plus aspirer qu*à rétemité bienheureuse , pour y voir mon Dien et mon cher Thalouet! Quel spectacle, mon cher père, d'une femme qui n*a pas encore vingt-quatre ans ! La voir perdre son cher époux aimé d*nne passion qui tenait de TidoUtrie^ de le voir périr innocent d*un crime imputé 9 et de périr d*une main sy criminelle et sj barbare ; et me laisser quatre pauvres petits enfants , dont Taîné a cinq ans. Voilà l'état pitoyable où je me suis réduite moy-mème! Heureuse, hélas! sll ne m*a^ oit jamais connue! Encore une fois, mon cher père, que vous en a-t-il dit ? »
On lit dans une autre lettre de Madame de Thalonet: « Je ne vous désapprouve pas , mou cher père , d'avoir communiqué les dernières volontés de mon cher épouxThalouetàM.de la Griolais; mais quant à la confiscation , je n'en vois pas. Le seul bien de mon cher époux Thalouet était la vertu , et nulle violence n'a droit de luy oster , car il jouit à présent, à ce que je me persuade, sans craindre que Ton luy puisse ravir, du souverain bien qu'il possède. Mais encore, mon père, supposé que l'on m'ostftt le peu de bien qu'il m'a laissé , croyez-vous que je n'anray pas assez de courage pour aller mandier de quoy décharger sa conscience , plustost que de la laisser engagée ? Je n'aurois jamais pensé qu'une extrême pauvreté fût le comble de mon malheur , et si mon cher Thalouet eut voulu suivre mes premiers avis , nous eussions éprouvé ailleurs , nous eussions toujours été assez heureux n'étant pas séparés. Enfin » mon cher père , soyez persuadé que ce qu'il doit sera payé , et que je n'épargneray ny seings ny travaux pour le repos de son ftme. »
Que l'on rapproche maintenant ce qui concerne les quatre victimes du complot de Bretagne , des précautions prises pour empêcher la sympathie populaire de se prononcer en leur faveur et des moyens employés à leur égard , on aura la mesure de la justice de leurs juges, et l'on reconnaîtra que la Cour , en les frappant , avait surtout pour but d'imposer silence aux protestations de toute nature que ses vices faisaient naître chez les honnêtes gens des diverses classes de la société française.
MAIBIS XBLLIBB.
Gérard Mellier , trésorier de France et général des finances de Bretagne, fat éla maire et installé le !.«' juillet 1720. C'était un homme d'affaires dans tonte l'acception dn mot y et son administration a laissé dans cette yille des souvenirs qni ne s'effaceront jamais. Lié avec les savants^ les artistes et les industriels de son époque , il savait les employer les uns et les autres suirant leur spécialité pour contribuer au bien-ôtre de la ville » dont il se trouvait le premier magistrat.
Au début de sa carrière , Gérard Mellier fit arrêter que l'on aplanirait la Motte Saint-Pierre 9 et qu'elle serait entourée de murailles, dépense utile qui ne coûta que 4,000 livres, et donna à la ville une promenade dont elle avait besoin. Les premières plantations de cette colline dataient de plus d'un siècle , mais les baies qui l'entonraient ne la protégeaient pas suffisamment. Six années plus tard des plantations nouvelles lui firent changer son nom contre celui de Cours Saint-Pierre.
Bientôt un sieur Ballet , obtint de verser 70 mille francs dans la caisse municipale , pour construire une bourse nouvelle. La ville lui prolongeant en échange de neuf années son bail des octrois , c'était tirer aussi bon parti que possible d'un monopole consacré par l'usage.
Le pont de Pirmil était coupé , le maire insista auprès dn conseil d'état , et deux arrêts autorisèrent Nantes à faire reconstruire quatre piies et trois arches , qui coûtèrent 125,000 fr.
Un arrêté de la ville, en date du 7 novembre , décida que la commune achèterait les prairies au Duc et de la Madelaine , dont l'acqaisition devait être si favorable à son développement régulier. Malheureusement cette décision n'a pas eu de suite , son exécution eût rendu Pfantes l'une des plus belles villes d'Europe , et aujourd'hui è 118 années de distance , l'avenir de la cité est étroitement lié avec l'emploi qu'elle fera des plaines d'allnvions qui bordent ses ports de la Haute et de la Basse Loire.
Quelques habitants, plus industrieux et plus habiles que la masse de leurs concitoyens, proposent des plans plus avantageux ^encore à la ville qu'aux intérêts privés dont ils senties représentants; mais leurs efforts semblent devoir échouer contre l'inertie des uns et la basse
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envie des autres. Ces derniers n'ont ancane objection à faire contre les innovations proposées; mais ils le^ combattent, parce qu'elles peuvent ajouter à la fortune d*autrui , sans augmenter la leur.
Un maire est toujours coupable, lorsque Faction du pouvoir devient tyranniquedans là cité dont il est le premier citoyen ; son devoir est de donner sa démission, s*il ne peut obtenir justice pour ceux que Taulorité centrale a lésés dans leurs intérêts ou dans la jouissance de leuisdroits: mais , en échange , on lui doit des remercîments chaque fois que Tautorité supérieure vient à réparer ses torts, ou à reconnaître ses erreurs. Sa responsabilité, qui esttrès-grande, est proportionnelle aux services quMl peut rendre et à la reconnaissance qu'il peut mériter. Ce fut sous la mairie Mellier que les docteurs exclus de TUniversité pour fiait de doctrines furent réintégrés dans leurs fonctions. Ce digne magistrat avait Tesprit trop élevé pour ne pas honorer Tindépendance des hommes de science au lieu de chercher à leur imposer les opinions du gouvernement. Cet acte , tout-à-fait en dehors des intérêts matériels de Nantes , nous montre M. Mellier sons un nouveau Jour.
Une des tours de la Poissonnerie servait d'asile aux vagabonds et aux pauvres; dans cette espèce de minihi, où la misère pouvait trouver repos et sécurité, où les sergents se gardaient bien de chercher à remplir leurs fonctions , tous les malheureux abandonnés de la société vivaient fraternellement ensemble , sous la direction d'administrateurs bénévoles qui seuls pouvaient y pénétrer sans crainte, parce que seuls ils avaient eu le courage de s'occuper de leurs souffrances , pour les adoucir , et de mériter leur reconnaissance par leur dévouement. M. Mellier , désireux d'améliorer cet état de choses et de supprimer ce reste du moyen-âge, fit décider par le bureau de ville, que les administrateurs de la tour de la Poissonnerie, recevraient mille francs par an , à la charge toutefois de faire balayer les rues de INantes par leurs administrés.
Les échevins de Nantes n'assistaient pas très-exactement aux séances de l'Hôtel-de-Ville. M. Mellier, pour stimuler leur zèle , fit admettre l'usage des jetons de présence. Ceux des absents étaient confisqués au profit de leurs collègues. La même année fut commencé le quai du Port-Lorido.
L'usage de faire peindre les Maires de Nantes et de placer leurs portraits à rHôtel-de-Ville , tombait en désuétude , l'on y revint en 1721], et le roi rendit à ce sujet une ordonnance dans laquelle il
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approuvait ce retour à Tancien ordre de choses ^ trouvant convenable, disent les considérants « que les citoyens de ladite ville puissent décorer leur salle d*asseniblée des images desdits maires , pour retracer^ par une tradition de reconnaissance, les noms> les qualités et les louables actions de ceux desdits maires qui , par leur activité et par leurs soins , auront rendu leur ministère recoromandable à la postérité , et pour que les uns ni les autres ne soient pas exclus des honneurs qu'on a décernés à leurs prédécesseurs. »
Il est à regretter que cette collection de portraits, aussi curieuse sous le rapport de l'art qu'au point de vue archéologique , ait été détruite en 93.
Nantes contenait un nombre immense de maisons de bois , et les îucendies étaient alors bien plus redoutables qu'aujourd'hui ; aussi la Mairie s'occupa-t-elle de l'achat de nouvelles pompes. Un arrêt du conseil d'état du 13 janvier,lui permit de mettre en loterie 20 mille livres et d'en prélever cinq mille pour les pompes qu'elle voulait avoir : une retenue du quart devant être faite sur les lots gagnants. — Nous ne saurions approuver, nous Tavons déjà dit, ce système de loterie. Mais si l'on tient compte de l'époque et des circonstances , l'on devient plus indulgent , et l'on reconnaît que M. Mellier eût difficilement pu mieux faire. — La création d'un corps de pompiers et la réforme des règlements sur les incendies étaient le complément nécessaire des mesures déjà prises. M. Mellier s'en occupa , et bientôt la ville posséda quarante pompiers , et des règlements sévères pour tout ce qui concernait les mesures à prendre contre le feu. Les habitants furent chargés de se surveiller les uns les autres; chacun d'eux devait avoir deux seaux pleins d'eau pendant la nuit , sous peine d'amende , et mettre une lumière à sa fenêtre, s'il entendait crier au feu. Les architectes , maçons, charpentiers, couvreurs et ramoneurs , devaient se porter sur le lien de l'incendie pour se mettre à la disposition des autorités. Dix hommes de la milice bourgeoise devaient s'y porter aussi pour maintenir l'ordre , et grand nombre de propriétaires furent tenus de se pourvoir , chacun à leurs frais , d'un seau de cuir bien confectionné.
Le 17 octobre 1726 , la Mairie fit acheter une nouvelle pompe eu Hollande ; elle coûta , toute garnie , 976 livres 6 sous ; son tuyau était long de cent vingt pieds.
Beaucoup d'autres améliorations matérielles signalèrent la même
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année: les places dn Port-an-Vin et du Pilori forent alignées et rebâties; la halle dn Bonffay , incendiée en 1718 , fnt rebâtie en pierre ; THôtel de la Monnaie fut agrandi ; les pnits de Saint-Pierre et des Changes, bonchés depnis long-temps, forent corés et livrés au poblic. L'on décida de réparer celui de Saint-Léonard , ce qui fot fait deux années plus tard. La ville obtint du domaine, sous la redevance annuelle de dix livres y le terrain vague de la Saulsaje. Le revenu de la ville était alors de cent quatre mille livres , somme qu'il est difficile d'apprécier exactement , mais dont la valeur représente 250 à 300 mille francs. C'est ainsi qu'avec de faibles ressources un habile administrateur savait cependant produire beaucoup.
L'année suivante , le roi augmenta le nombre des juges-consuls, ce qui était encore une amélioration.
En 1723, la première compagnie de la Fosse fut privilégiée, son capitaine devint lieutenant-colonel de la milice bourgeoise avec le droit de remplacer le maire, en cas d'absence, dans ses fonctions de colonel de la milice urbaine , qui se composait alors de quinze compagnies. — L'époque dont nous faisons l'histoire nous rappelle un pouvoir très-ombrageux , et cependant nos villes jouissaient alors , sans inconvénient, de libertés qu'elles ont perdues depnis.
De nombreux embellissements nous rappellent encore l'année 1723. Le pont de bois de Sauvetout fut remplacé par le pont de pierre qui existe aujourd'hui ; un pont de bois fut jeté sur TErdre pour faciliter la circulation entre la vieille ville et le Marchix ; la rivière d'Erdre fnt rétrécie et curée depuis le moulin des Halles jusqu'à son embouchure; les pêcheries des Ponts furent détruites moyennant une indemnité de 4512 livres accordée à leurs propriétaires; la ville fut autorisée à construire le quai de Chézine , et 24 riches propriétaires furent autorisés à démolir le moulin Grognard^ et à construire à leurs frais, sur la grève de la Saulsaye, les quais, les cales et les principales maisons de cette île , qui , depuis , a pris le nom d'Ile-Feydeau.
Le grand nombre de constructions nouvelles achevées , commencées ou projetées, ne répondait pas encore aux désirs de M. Mellier : partout où ce mafre habile apercevait une amélioration possible , il s'empressait aussitôt de faciliter aux citoyens les moyens de l'obtenir ; aussi une nouvelle Bourse fut-elle commencée en 1724. La façade du quai de THOpiUl , depuis le pont de la Belle-Croix jusqu'à
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kl maison Laurencin appartient h la même année. Les plans antériems à cette époqne nous montrent , dans cette partie de la yîlle , un Inras de Loire lieanconp pins large que celni qni passe anjoard'hni d erant TBôtel-Dieo. Une grère dangereuse ponr la navigation régnait sur une grande étendue : cinq propriétaires oflrirent de resserrer la riTière et de construire un quai nouveau , ce qui fut accepté. Les autres faits qni concernent Tannée 17!24 sont en général trop insignifiants pour trouver place ici. Cependant quelques-uns peignent les mœurs et méritent âi ce titre d'être cités. Jusqu'alors les marchands en détail avaient été regardés comme aptes à devenir échevins; cette année « on les raya de la liste , et rien ne prouve que ces braves gens , plus soucieux de leur fortune que de leur honneur , aient songé le moins du monde à réclamer. Les étudiants s'étaient emparés des Cours Saint-Pierre et Saint-André ; tantôt ils y frappaient les promeneurs avec leurs porte-feuilles , tantôt ils s'y battaient avec leslaqnais et les gens de livrée de la noblesse. Le juge prévôt leur défendit de s'attrouper et de porter des armes, sous les peines prescrites par les règlements contre les écoliers et les valets. Les pères de famille, maîtres d*école et pédagogue»^ ainsi que les maitros qui se faisaient suivre à pied , en chaise on en voiture par leurs gens, furent rendus civilement responsables de l'exécution de cette ordonnance ; mais les peines corporelles infligées la première fois n'étant pas suffisantes , il fut défendu aux écoliers et aux valets de former des rassemblements et de marcher plus de deux ou trois ensemble , sous peine , pour ces derniers , du fouet , du carcan et des galères; car c'est ainsi qu'à celte époque l'on comprenait l'égalité devant la loi.
Michel Le Cochais, comédien du roi, était venu à Nantes avec une troupe pour exploiter la province. Nous trouvons le passage suivant dans l'ordonnance du juge-prévôt qui le concerne : c II leur est permis de représenter la comédie , au lieu de leur éta- » blissement , pourvu qu'ils ne s'écartent point de la bienséance et « des bonnes mœurs , à ia charge de donner aux écoliers du droit , w éoiKSB biiieU francs du parterre , cliaque jour de représentation , non » compris celui de l'écolier qui aura soin des billets , parce que lesdits n écoUers observeront une conduite régulière pendant les représen- 9 tations. A cette fin, défenses leur sont faites d'y faire aucuns 9 tronbleB , et d'y entrer armés d'épées , de cannes ou bâtons , sur 9 les peines portées , etc. » 47
Une aatre ordonnance nous roootre qae Ton taxait eocote les tables d*hOte : le repas du maître coûtait 25 sons , et celai do ralet moitié moins ; le pain blanc Talait alors 29 deniers la livre , oelni de méteil 20 deniers; la viande de |Hreraière qualité était taxée à 5 sons , celle de qualité infMeure à quatre. M. Meuret a reproduit dans ses jâm^ naies deux autres fragments de police que nous devons lui emprunter ; ils n'exigent point de commentaires, les voici :
« // est défendu à tous artùani ^ gène de métier et ieurs garçoms , n dPaUer jouer ni se débaucher de leur travail tes jours ouvrables ; leur est » enjoint de se tenir en leurs boutiques , et i/'y tnwailler pour Futilité eu » public, — Les ckarretiersy erocheteurs^ nuuuBUvriors, porte^faix^ gagne- » deniers et autres de pareille condilion » risquaient la peine du collier 9 pour la première fois, et le fouet ^ux la seconde, s*ils s'avisaient 9 de surfaire leur travail , ou de boire d'autre vin que celui du cru. »
M. Mellier fut continué comme Maire en 172S. La même année 9 M. de Sanzai fit ' à liantes son entrée épiscopale» Aussitdt son arrivée , ce prélat visita les curés pour les engager à se soumettre à la bulle Unigenitus et à ne point se rendre appelants de cette buUe au futur concile; mais tous montrèrent la plus bonorable fermeté.
M. Mellier continuant son système d'améliorations , fit interdire, en 1725 y la construction de nouvelles maisons en bois; une seconde ordonnance prescrivit de voûter les caves, et défendit d'avoir des trappes pour y descendre.
L'établissement des pauvres et des vagabonds ayant cessé d'exister à la tour de la Poissonnerie, les mille firancs qui leur étaieaC accordés pour le balayage de la ville furent donnés au Sanitat, à charge d'entretenir la propreté des rues.
M. Mellier eût voulu établir une promenade pnbUque sur la prairie de la Madeleine; les propriétaires s'y opposèrent. Lés entrepreneurs de l'île Feydeau obtinrent, à cette époque, un arrêt du Conseil qui les autorisait à joindre leur ile à la place du Port-au-Yin^ par un pont de Pierre. — La même année, les officiers de la milice bourgeoise obtinrent le droit d'assister aux assemblées générales de la ville; liberté qui a été supprimée depuis avec un bon nombre d'antres.
La nouvelle Mairie fut installée en 1726. Le Roi , voulant réoompen* ser les services de M. Mellier, lui envoya l'ordre de SainV-Laure et du Mont-Garmel, avec une médaille d'or représentant d'un côté, le Roi; de l'autre, la Reine. Le bureau de ville fit graver cette médaille,
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liiisi qu'une partie de la lettre d'eiiToi da ministre , sur nne bme de lironie qai fat placée à l'Hôtel-de-YiHe snr le manteao de la obeminée de la grande salle. La cérémonie d*in8tallation fat trte-brillante : les Oratoriens, jaloax d'y figorer, y lorent de méchants rers composés par an de lenrs élèves, en Thonnenr de M. Mellier.
Les spéculations Indostrielles occupaient beaucoup les esprits. Une société se forma popr entr^rendre le canal de Nantes à Saint-Malo par RenneSy qui forme aujourd'hui Tune des portions du canal de Bretagne.
A partir de cette année, la direction des hospices, qui ne comptait que trois membres, se composa de sept administrateurs, à savoir: de Tévéque, des trois députés nommés par le Chapitre , le Présidial et la Mairie, puis de trois bourgeois.
L^on ne parvenait à THermitege qu'en faisant de longs détours ; un tenrain marécageux séparait cette partie de Nantes de la Fosse. La première pierre du quai de Chézine fut posée le 21 août, avec une grande pompe.
tM Jpoihicairet s'occnpaient beaucoup de leur Jardln-des-Plantes; H. Mellier, voulant montrerpubliquement combien il attachait d'importance à eetétablissement, décida que le bureau de ville irait le visiter. BfH. LeFèvredes Férouières etDnpIessis Richard , docteurs-médecins, montrèrentau bureau de ville les plantes nouvelles, pendant que Tanden syndic des apo£/kicaifi0#, M. Lafiton, achevait la préparation de la grande thériaque réformée.— LeJardin-des-Plantesélaitalors en relation avec celui de Paris : M. de Jussieu recevait de Nantes un grand nombre déplantes exotiques , et renvoyait en échange à notre ville les graiaesdont elle avait besoin ; ajoutons qu'un arrêté du Roi , dont nous devons faire honneur à M. Mellier, prescrivait à tous les capitaines de navires de rapporter de leurs voyages des graines de plantes exotiques et de les déposer au Jardin^des-Apolhicaires.
L'enlèvement des boues et des autres immondices était , en 1727, on grand embarras pour la ville, qui fat obligée, par suite de la négligence des fermiers, de résilier le bail qu'elle avait passé pour la répurgation.
Ce fut la même année que M. Mellier institua l'Académie de Musique . Deox cents amateurs formèrent cette association , qui se réunissait dms la salle de la Bourse; peut-être eût-elle duré long-temps , mais
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le liea de réaoioii se trouvait placé au-dessus de la chapelle ; des repas y forent donnés, et révèqne appoy a la plainte do coré de Saint-I^icolas , qoi demandait qoe ces assemblées profanes et bruyantes se fissent pins loin d*on lieo consacré ao coite. L'Académie, obligée de déloge, ne sorrécot que fort peu de temps à ce déplacement inutile.
L'on s'était imaginé ài la cour que le tombeau de la reine Anne renfermait un trésor : M. Mellier reçut ordre de le faire fouiller; mais on n'y trouva que trois cercueils de plomb et pn coflle de même matière avec des inscriptions.
En 1728 , le jardin de l'Hôtel de Ville fut planté d'après le plan de M. Gabriel, contrôleur des bâtiments et jardins du roi. Un noavean marché fut établi à Nantes le lundi. Il fut prescrit, de nouveau , de faire voûter en pierre toutes les caves des maisons qui seraient bâties dans la ville ou les faubourgs. La verrerie de la Fosse fut rétablie. Les réparations du pont de Pirmil furent adjugées à M. Laillaud , pour 190,500 liv., et M. Mellier, qui dirigeait si habilement les afbires municipales, fut continué dans ses fonctious. La ville, à cette occasion, lui offrit une épée, en témoignage de la reconnaissance publique.
M. Mellier avait projeté de dessécher les marais de l'Entre , en supprimant l'ancienne chaussée de Barbin. Cette rivière eût eucoie été navigable, puisqu'il existait un barrage au-dessous du Port-Gommnuean. L'abaissement du niveau de l'eau eût permis de consolider et de livrer à l'agriculture d'immenses terrains, qui forment des plaines marécageuses ; la salubrité publique y eût gagné, car ces plaines inondées sont une source de fièvres intermittentes pour les lieux circonvoisins. Pent-ètre cette heureuse pensée eût-elle été mise à exécution , si le cahier des charges n'avait contenu , pour les entrepreneurs , des clauses trop rigoureuses.
La ferme des octrois de liantes fut adjugée le 1.^' septembre 1739, pour douze ans , à un nommé Grosset, moyennant 104 mille lirres et 110 mille livres de pot de Tin.
M. Mellier mourut cotte année , emportant avec lui les regrets et l'estime de ses concitoyens. Quoique trésorier général de Bretagne, il n'avait point de fortune. Une pension de mille livres , que le gonvemement lui avait accordée sur les octrois déliantes, contribuait à le faire vivre ; ses talents , son habileté comme administrateur , et son désintéressement , peuvent être inroqués comme preuve par ceux
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qai soatieBDent qoe la fortane ne crée pas Tiiidépendance , et qoe le maire d'une grande cité peut être choisi parmi les citoyens qui possèdent nu reyenn médiocre.
À peine H. Mellier était-il mort, que déjSi Tadministration, devenue molle et flexible laissait persécuter de dignes prêtres , sous prétexte qn'ils étaient jansénistes; plusieurs curés furent chassés, d'antres forent emprisonnés ; des Sulpiciens furent chargés de remplacer les récalcitrants du séminaire et de la communauté de Saint-Clément.
En 1732 y rérêque publia un nouTeau tarif des droits dus aux prêtres et aux fabriques de la rille et des faubourgs. L>nnée suivante, sous prétexte d'embellissement , les chanoines de la Cathédrale firent combler une crypte qui se trouvait au haut du chœur. Les tombeaux des évêques Henry le Barbu et Pierre Diichaffaud furent rasés par ces y.andales> qui n'avaientpointpour excuse, comme les révolutionnaires de 93 , leur défaut dMnstruction. Le même sort fût arrivé au tombeau de Jean Y que les manœuvres avaient ouvert et pillé, si le substitut du procureur-général n'y avait mis opposition. Le chapitre vendit, pour payer les travaux , un Saint- Jean d'argent , des mitres précieuses laissées par les anciens évêques , et que tout leur faisait un devoir de conserver; nue Vierge et un crucifix d'argent, enfin des bijoux de prix.
Les frères de la doctrine chrétienne s'établissent à Nantes.
Les ventes de la Compagnie des Indes s'étaient faites jusqu'alors à Nantes; elles furent transférées à Lorient à cette époque, quoique cette dernière ville n'ofirît, sous ce rapport, que peu de ressources.
Une déclaration du roi du l.«' octobre 1735 fit transférer à Rennes l'ËGole de Droit.
La halle de la grande boucherie et l'église Saint-Léonard furent incendiées à la même époque.
En 1737 9 on démolit la porte Saint- Jacques.
L'année suivante , la Retraite-des-Femmes fut fondée dans la rue Saint-Léonard , et le duc de Brancas fut nommé gouverneur de Nantes.
En 1740 , nos commerçants , qui jusqu'alors n*ayaient consommé que des chanvres du pays , commencèrent à en faire venir du Nord ;
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des prohibitions ahfordes . établies sur les aôtres par Vï^tmùMl de BretagDe , doonèrent de raclinté à ce oonnerce. La atoe amée , b eoromoDaoté des écoles fot instituée; boH ans asparavast les firèfea ignoraotios s'étaient établis dans notre Tille , oà ils rendaient d*atiles lerrices. G^est aussi de la même époque que date i^nstitntion des concours pour les places de curés. Jusque-là , pendant nue certaine partie de Tannée , le Saint-Siège avait joui du |MiTilége de noBser aux places vacantes; en 1740 , il te désista de cet avantage , et le roi de Frauce autorisa le nouveau mode de remplacement proposé par la cour de Rome. Sa mise à exécution fut fortement recommandée aux évéques.
Le pont de la Gasserie s*écroula en 1741 ; vingt-cinq à trente personnes périrent victimes de cet accident. Ce pont, comme presque tous ceux de cette ^loque^ avait des maisons des deux côtés. Nos ponts sont mieux aujourd'hui que ceux que bltiasaient nos pères; étendant, les constructions latérales avaient de grands avantages, eo ee qu'elles préservaient de la pluie et surtout du vent. Sans reTenir aux ponts do moy en-ige> noua pourrions, sous le double ra^ort de Tart et du comfortable faire bien mieux que ce qui existe.
Les fonds commençaient dès-lors à être abondants; le discrédit dans lequel étaient tombées les spéculations financières, par suite du peu de succès de celles de Law , les fit refiner vers les constructions: aussi beaucoup de mes furent élargies vers cette ^loqne ; un grand nombre de maisons nouvelles Tinrent remplacer celles qui menaçaient mine, surtout dans les mes des Chapeliers, de la Jniverie, dans la Haute et la Basse-Grande-Rue , aux Ghanges , aux environs de la Gasserie et dans les mes des Carmes, de Verdun, du Ghiteau , du Chapeau-Rouge, de Gorges et de la Fosse.
En 1743, le quai Brancas et le quai Flesselles furent commencés; la Contrescarpe, et la Porte-Neuve située à rentrée du Harchix, furent démolies.
En 1745 , la ville fit des réjouissances ruineuses en Thonneur des victoires de Flandres, et le quai de la Poterne fut élargi. Le inînce Charles Edouard , fils du prétendant au trône d'Angleterre , descendit à IVantes, la même année, à l'hôtel de la Maison-Rouge: il était recommandé à un armateur Irlandais, VL Walsb, qui lui loua un vaisseau de 66 et une frégate.
En 1746, les Anglais attaqaèrent la tille de Lorient: 500 hommes de Botre milice bourgeoise volèrent à son secoors. La même année, M. Pierre Manclerc de la Mnzanchère fat nommé éféqne , à la place de H. de Sanzai , décédé.
En 1748, nn étalon de la mesare des draps , soieries , toiles , etc. , fot déposé à rHôtel-de-Ville; sa longnenr était de 3 pieds 7 ponces 10 lignes 5/6. Gnymar fait observer qne cette mesare correspond exactement è quatre pieds romains ; ce qai indiquerait Torigine de notre aune. L'année suivante, des expériences de boulangerie firent adopter on règlement de police qui prescrivait et prévoyait les variations coirélatives des blés et du pain.
En 1751 , la maison du bénéfice des Sauiners, devenue depuis Thôtel du Gheval-Alanc , fut donnée à THôtel-Dieu , moyennant une minime redevance.
La ville avait perdu. Tannée précédente, an de ses citoyens les plus respectables, Nicolas Travers, prêtre, vicaire de Saint-Saturnin, auquel nous sommes redevables de Thistoire des évêqnes de Nantes et de plnsienrs autres écrits.
En 1752 , révêqne céda à la ville les moulins de Barbin ; la même année , il fut nommé un commissaire de police pour surveiller les étrangers. En 1753 , les juges-consuls furent portés sur] le budget de la ville , pour une somme de 5,000 liv. , et la bibliothèque des Qratoriens devint publique. Les charges les pins importantes étaient alors vénales. Le duc d*Algnillon acheta pour six cents livres, celle de lieutenant-général de Bretagne : le vendeur était le duc de Ghaulues.
En 1754 , la ville acheta la charge de substitut du procureur-syndic, pour la somme de 3804 livres, profitant ainsi d'un abus pour ajouter à ses privilèges. L'année suivante , les tours de la Prévoté et les fcHTtifications du Porl-Maillard furent démolies.
L'année 1757 nous a laissé le souvenir de la fondation de la Société d'Agriculture de Bretagne , qui a produit un si grand bien dans toute la province. Ses mémoires , publiés en deux volumes , forment on ouvrage très-intéressant à consulter. On y trouve des idées avancées pour l'époque, sur le fermage, la culture des terres « le commerce des grains et plusieurs points importants d'économie agricole et politique. Ces mémoires méritent d'être placés à côté des annales de Boville. Écrits dans un temps où de grossières erreurs dominaient même les gens instruits , ils font justice de ces erreurs. Cette
Société d'Agriculture s'occupa aussi des antres améliorations qn^elle pouvait hâter. Elle fit fonder à JXantes une école de dessin, qui existe encore aujourd'hui, et que le duc d'Aiguillon encouragea fortement. La première pensée de cette Société d'Agriculture appartient à M. Montaudouin de la Touche , négociant de Nantes. Cet habile commerçant avait présenté aux États un mémoire dont les conclusions furent adoptées. Paris et les autres grandes villes de France et d'Europe n'avaient pas encore d'institutions semblables ; mais elles s'em* pressèrent de suivre l'exemple de la Bretagne.
C'est à la même époque, et sous l'influence de la même Société , que l'ingénieur Magin étudiait les travaux à faire pour améliorer la Loire entre Nantes et Paimbœuf. Nous savons aussi qu'il fat chargé de présenter les projets d une digue destinée à servir d'abri an port de Piriac. La pèche des harangs avait donné 200 mille livres de bé* néfice aux pécheurs de la c6te dans l'année 1737 > et les hommes intelligents avaient à cœur d'encourager cette industrie.
En 1757 , l'on commença le pont de la Poissonnerie ; Madame la marquise de Becdelièvre et M. le duc d'Aiguillon en posèrent la première pierre. — M. Gacault fut chargé de lever le plan de la ville , le fort du Port-Gommuneau fut démoli.
L'année suivante , M. Louis Langevin établit à Pfantes la première manufacture d'indiennes que nous ayons eue : ses produits trouvérent leur placement à la côte d'Afrique. — Une société était chargée d'approvisionner do nègres nos colonies, mais n'ayant pas les fonds suffisants , les commerçants de Nantes firent ce trafic sons son nom , en lui payant 15 et 20 pour 100 de dédommagement ; ce qui prouve combien ce commerce était lucratif.
En 1760, M. B...., marchand, fonda le premier cercle littéraire que nous ayons eu : on y trouvait , dit M. Brun , imj^imenr' sur la Fosse (dans son almanach de 1765 , almanach fort curieux et Eait dans un bon esprit de civilisation) , det Uvre* en tout genre , brochures, ouvrages périodiques , gazettes ^ etc. , tout y est tenu en ordre par un bibliothécaire f et en sûreté par un concierge ifui loge dans tapparto» ment ; il en coûte à chaque associé un huis par an. — La même année, M. Geinerai acheva les promenades de la Motte Saint-Pierre et de la Motte Saint-André , qui furent nommées Goors des Etats.
En 1761 , la ville acheta la charge de procveor-syndlc, qa^elle paya 28 mille livres.
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L*aDDée snirante, elle fit constroire , sur les plans de M. Celneray , Técoie de chirorgie , me Saint-Léonard , où se trouve anjonrd'hni le Muséam. Ce fat cette môme année qne le Parlement de Paris chassa les jésuites; celai de Bretagne saivit Texemple da Parlement de Paris; et, par soite, l'école d'Hydrographie qu'ils avaient établie à Nantes se trouva supprimée ; mais un nommé De Lyon fut chargé d'enseigner cette science et de remplacer les révérends pères.
En 1763 , fut commencée la Chambre des Comptes, maintenant le palais de la Préfecture. Les plans de cet édifice remarquable sont encore de M. Ceineray qui en surveilla Texécution. Le dessin que nous en donnons a été copié par M. Hawkesur une gravure de cette époque. En 1764 , la mairie , jalouse de suivre Timpulsion donnée par M. Mellier , souscrivit un emprunt de 300 mille livres , pour continuer les embellissements. La même année , sans être aussi prospère qu'il le devint ensuite , le commerce de riantes se présenta cependant sous un meilleur aspect qu'aujourd'hui.
Le tableau suivant fera connaître le mouvement du port pour le long-cours et le grand cabotage.
^ ombra iIm oaTiros. Tonnage.
Navires partis pour la côte de Guinée 29 6,660 tx.
Pour les iles d'Amérique 234 53,820
Navires étrangers employés an commerce d'impor-
Ution et d'exportation 575 62,324
Total 838 122,804 tx.
Le mouvement du port , pour le petit cabotage , se trouve dans le tableaa ci-dessous :
Nombre dei bat ires. Tonoagc.
Navires de cabotage étranger 113 16,168 tx.
CaboUge français 483 19,574
Total 596 35,742 tx.
En 1665, il fut exporté 17,000 tonneaux de blé., pour l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre et le Nord; et, dans le coftrantde 1666, il fut expédié à la côte de Guinée 108 navires pouvant prendre h bord 37430 esclaves du prix de 1000 livres , et même au-delà , terme moyen , ce qui représentait une valeur de plus de 37 millions*
A cette époque, la confrérie commerciale, connue sous le nom de Contractation , n'existait plus depuis 36 ans. Notre ville possédait
qaelqaes établissements industriels , parmi lesquels on remarquait : la fabrique d'indiennes de M. Langevin, établie depuis sept ans, qui produisait annuellement 5000 pièces; la fabrique de cordages de MM. Brée et Bodichon , située près des Irlandais : elle consistait en deux grandes corderies , dix-sept magasins , deux pompes à incendie attachées à rétablissement, et journellement elle occupait 1,200 personnes. Les négociants-armateurs étaient au nombre de 200 , sans compter une foule d'autres que l'on appelait regiûcoles , parce qu*ils spéculaient plus spécialement sur les produits du pays. Le Jardin des plantes jouissait, depuis la mairie Mellier, du privilège de recevoir gratuitement des capitaines de navires une certaine quantité de graines exotiques. Il y avait une école d'hydrographie , une autre de dessin , dont nous avons parlé , une école primaire pour les garçons , tenue par les Frères de la doctrine chrétienne , une écolç des Ursulinespour les filles; deux autres, ténues par les dames de Saint- Charles , pour les filles des faubourgs ; plusieurs cercles littéraires ; une nouvelle académie de musique , qui , depuis 1751 , donnait des concerts. La chambre ecclésiastique , présidée par Tévéque , se composait de 11 membres. La milice bourgeoise avait en tout 18 compagnies , variant en nombre depuis 90 jusqu'à 425 hommes. Le barreau comptait 35 avocats en exercice, 47 procureurs au présidial. Les notaires montaient à 33 , et le collège des oratoriens donnait presque gratuitement l'éducation à cette foule immense de jeunes gens qui suivait la carrière du barreau , étuditit la médecine ou se livrait à l'industrie.
Le commerce, en 1765, se chargea du bail de l'octroi, et mit une enchère de 100 mille livres sur le fermier. — Il résulte d'un recensement , fait en 1766 , que la population était alors de 90 mille âmes , c'est-à-dire qu'elle avait plus que doublé dans l'espace de 66 ans. Ce fait n'a rien d'extraordinaire , les imm&met constructions et le mouvement du port devaient avoir fixé à Nantes un nombre considérable d'ouvriers. Cependant l'on regarde généralement le chiffre de 80 mille âmes comme plus exact. En 1768 , la façade du quai Brancas fut achevée par M. Geineray. En 1770, le même architecte fit bâtir l'édifice qui fait le.milieade la place du Bouffay. La ville, endettée , emprunta 300 mille livres qu'elle remboursa , par Toie de loterie y dans l'espace de 7 ans. — Le célèbre Perronnet vint à
XyiII.» SIÈCLE. 379
Ffantes , à cette époqne , ponr examiner les tnyaax hydranliqnes de ringénienr Magin ; on commençait dès-lors à sentir la nécessité de rendre la navigation plus facile de Nantes âi Paimbœaf, ofi, depuis 60 ans, les navires étaient obligés de se décharger sar des gabares, tandis qu'ils remontaient auparavant jusqn*à Gonëron sans alléger.
En 1771 , notre viUe posséda des fiacres ponr la première fois. En 1772, la communauté du bon pasteur fut confirmée. Le roi accorda aussi à la ville les attérissements faits et à faire au-dessus et audessous des ponts , et le droit d*emprunter 500,000 liv. remboursables en 7 ans , par voie de loterie , afin de rétablir le pont Rousseau, détruit par Tinondation de 1770. En 1774 , Ton ouvrit la route de Rennes , et Ton construisit la chaussée de Rarbin , â*après les plans de M. Geineray.
Le comte d*Artois , depuis Charles X , vint à Nantes en 1777 ; un manuscrit de cette époque raconte ainsi la réception qui lui fut faite: *
« Monseigneur le comte d'Artois arriva le vendredi , entre cinq et « six heures du soir; Ton était allé au-devant de lui jusqu'aux Trois- » Moulins , SUT la route de Vannes , à-peu-près à une lieue de Nantes. « A droite et à gauche , sur la route , se trouvait un petit camp » formé de cinquante tentes, et très-abondamment pourvu de ra- » fraîchissements de toute espèce.
» Nos Messieurs du commerce et d'autres avaient formé deux corps: » L'un de cent et quelques hommes , tous habillés de vert , avec » galons d'or , parements et collets cramoisis, panache blanc au cha- » peau. C'était la livrée de ses gardes, livrée jolie, plaisant aux » dames; mais c'était une livrée , et Messiews du commerce eussent » pu se montrer autrement qu'en valets. L'autre compagnie se com- » posait de cinquante cavaliers en uniforme de cuirassiers. Le pre- » mier corps avait pour chef M. Dronin, armateur de cette ville ; » le second , M. Giraud, propriétaire , qui se trouvait en sous ordre.
» Ces deux compagnies attendirent le prince à leur camp ; une n batterie annonça son arrivée. Après le compliment d'usage adressé » par M. Dronin , auquel le comte d'Artois xépondit avec courtoisie , » le cortège se mit en marche avec tout l'ordre possible , malgré la 9 multitude de peuple et la quantité d'équipages qui . barraieiït le » chemin ; il (at ainsi escorté jusqu'au château , au son d'une musique » guerrière et au bruit des canons que l'on avait placés de distance j» en distance, depuis le camp jusqu'à la ville.
isn xvin.* siÈojL
an chitean , le prince j reçat les coaplîBeBts tf'asaçe » en pareille circoDstance ; car c'est à qui se fera remarquer es sem- « bbble cas par les ad ola lions les pi os plaies et les pins absnrdes. A A sept heores, il s<^ît à pied airec loate sa oonr, ettrayersa la « ville pour se rendre an spectacle ant acclanalions dn peuple , qni ^ paraissait trës-salisfaît de cette démarche. I^ dragons et les cnî- » rassiers étaient en arrière et prenaient tontes précautions pour ne
* causer aocnn accident. La salle était artbtement décorée. Le spec- » tacle se composait de ia Pat lie de Chtute de Henri IV et de Rmte ei » Coloê, Le prince parut content da jen des actenrs : on le vit les a^
* plandir , ce qui lui ralnt à Ini-mérae les rivât et les bravos dn par- » terre. A la fin de la pièce , il fat saloé par M. Gomnrille » le prîn- « cipal acteur de la tronpe , et la manière çraciense dont il reçut
* cet habile comédien lui valut de nonrean applaudissements.
9 A sa soitie du théâtre , le prince fut reconduit par la cavalerie ^ nantaise , qui lui oflrit de lui serrir de garde ywe qn*il accepta.
» Le lendemain, il se rendit à la cathédrale arec tons les sei- » gneors de sa suite et sa garde de dragons et de cnirasMCis nantais. 9 Monseigneur Tévéque avec les chanoines, était à Tattendve an » bas de Téglise à vingt pas de la grande porte; il j avait un coussin 1» à rentrée, et vis-à-vis nu fauteuil. Le comte d^Artois se mit à » genoux sur le coussin ; Tévéque alors s^assit dans le fauteuil ; on » lui plaça sa mitre sur la tète , et de là U adressa an prince m dis- » cours après lequel il lui présenta Tean bénite ; puis il le recony^ doisit an chœur en entonnant le Te JDeum. La messe fut courte, >» mais accompagnée d'une très-belle musique. Anssitdt le mûsa esi » prononcé , le prince monta sur les tours de Saint-Pierre avec toute » sa suite ; puis il monta en voiture pour s'aller promena sur les » Cours. Après avoir dîné sur le quai Flesselles , cbes M. de U Mu- » zancbère, joué deux parties de panme avec M. le marquis de Bec- 9 delièvre, le dievalier de Goigny et M. de Manvillain , et vu lancer » à Cbézines un navire aoqael ou donna le nom de ComUe (fjirtois , n le prince revint ii la Bourse pour les illuminations. Le temps était » mauvais , et il s*empressa d'aller an spectacle , où le commerce avait n préparé nnbal magnifique; il parut très-satisfait et dansa sept fois. » Le lendemain, à nenf heures 1|4 , il partait an son dies tambours ; « des décharges d'artillerie annonçaient son passage.; nos dragons n et nos cuirassiers Tescortaient comme à son arrivée; ils le recon-
XYI1I.« SIÈCLE. 38i
» doisirent josqa'à la Charrière, où le prince les remercia beaucoup. % Peu de temps après , Temperenr Joseph II vint à Nantes : « Il ar- V riva (dit le même manascrit) le 14 juin, et descendit chez Caton^ 9 hôtel de la Poste , dans la roe de Gorges. Trois heures après son s arrivée , il se promenait dans les mes avec le comte Menon , » commandant da château ; il alla jusqu'à Textrémité de Ghézines , » et fut remarqué par beaucoup de personnes; son habit, sa » veste f ses culottes étaient puce , à boutons d*acier , son chapeau 9 uni avec une petite plume noire ; il portait une queue , des bot- » tines et une petite canne ; tout son exlérienr était très-modeste. » C'était un habile musicien , et M. Pelloutier le conduisit au Ger- » de Musical, où il fit sa partie sur la basse. »
Guymar, dans ses Annale» de Nantes ^ se borne, avec son rigorisme accoutumé , à donner la date de l'arrivée du comte d'Artois etde l'arrivée de l'empereur d'Autriche: « je n'entrerai point, ajoute- » t-il , dans le détail des fêtes qu'un peuple trop bon donna à l'occa- » sion du passage de ces deux princes, parce que , d'après la conduite 9 postérieure de l'un et de l'autre , le français n'a pas besoin que j'en » retrace le tableau pour être guéri de la dispendieuse manie de fêler » ces prétendus grands. »
En 1781 , la ville fit reconstruire le pont Maudit, refait depuis en 1830. L'hospice des enfants trouvés date de 1782 , il a été bâti sur les plans de M. Crucy , de même que les quais et la cale de )a Poissonnerie, qui datent de 1783.
Guymar nous apprend qu'en 1782 , il naquit à Nantes 1448 garçons et 1417 filles, qu'il mourut 2771 hommes et 1996 femmes; qu'en 1782, il naquit 1446 garçons et 1412 filles , que la mortalité fut de 2458 hommes , et 2060 femmes; que l'on compta 751 mariages en 1782, et 866 en 1783.
En 1784, il fut lancé , dans la cour des Enfants-Trouvés, un superbe aérostat, dont la nacelle contenait MM. Coustard de Massy et Mouchet; le premier, lieutenant des maréchaux de France ; le second , oratorien : 80,000 personnes assistèrent à ce spectacle extraordinaire pour notre ville qui resta déserte. Les voyageurs aériens , disent nos archives , descendirent à la Regripière et rentrèrent à Nantes aax acclamations du peuple. La chapelle de Bon-Secours, qui tombait en ruines, fut rétablie la même année. La fonderie Gandin , située à Bel- Air, mit en vente
382 XVm.e SIÈCLE.
les premières cheminées économiqoes en fonte que Ton ait ynes à Nantes ; et les élèves de Técole de dessin reçurent des prix de la Mairie. Guymar , qni s'est occnpé a?ec raison de faire connaître le prix des denrées à diverses époques , rapporte dans ses Annales , qu'en 1784 le pain blanc fut taxé, en septembre, à 34 deniers la livre ; le pain de méteil , k 24 ; celui de seigle , à 18 ; la viande (veau^ bœuf et mouton) , à 6 sons 6 deniers la livre. Le prix moyen du blé, dans cette année, fut de 215 à 250 liv. le tonneau; le seigle valut de 160 à 170 ; le vin de Vallet^ 200 k 220 livres le tonneau ; Teau-de-vie , 130 à 135 les 29 veltes.
En 1785, une verrerie et une brasserie s'établirent & Gouëron; une autre brasserie fut installée au bois de Launay. Le froment valut de 205 à 300 liv. le tonneau: ce dernier prix était très-élevé pour le temps ; le vin de Vallet tomba à 140 et 100 liv. le tonneau ; Teande-vie , à 72 liv. les 29 veltes. La môme années le receveur des fermes, M. Graslin , commença cette nouvelle ville qui forme anjonrd'hni le plus beau quartier de Nantes ; la reconnaissance lui a conservé son nom. En 1786, le droit de vendre la viande de carême fut adjugé à un boucher 13500 liv. ; la livre de viande se payait alors 6 sous 9 deniers, terme moyen ; la même année , M. Douillard , architecte » construisit la Halle au Blé ; une voiture mit en relation Nantes et Paimbœuf, elle faisait un voyage par semaine ; deux berlines à 6 places forent établies entre Nantes et Angers poor correspondre avec les diligences de Paris à Angers ; enfin des clubs furent institués dans notre ville , c'étaient alors des réunions bien innocentes , contre lesquelles cependant les femmes se liguèrent et publièrent des écrits qni ne nous sont point parvenus. La oonstruction de Tentrepdt date aussi de la même époqne.
En 1787, M. Brie-Serrant proposa d'établir un canal de Nantes h Pomic.
Le froment varia cette année de 175 à 255 livres le tonneau. Le droit de boucherie de carême fut affermé 16,400 livres. En 1788 , le prix moyen de la viande en carême fut taxé à huit sous. Il s'établit deux berlines qni allaient en deux jours à Rennes. La Salle de spectacle fut construite , sur les dessins de H. Hathurin Gmcy , par la commune. Le prix du froment varia de 170 à 310 livres le tonneau. M. Gailland demanda Tautorisation d'établir des fontaines dépuratoires ; mais il ne l'obtint qu'en 89, et pour un temps limité, ce qui fit manquer son projet.
XYIIL* SIÈCLE. 383
Quelques antres faits d'une moindre importance , on qui se rattachent moins directement à Thistoire de rïantes» méritent encore d*ôtre cités:
Une lettre de Brest , de 1778 , qui fut copiée à plus de deux cents exemplaires et colportée dans tonte la ville , apprit à Nantes le combat de la Belle-Poule.
Une seconde lettre apporta , dans le mois de juillet , desnonyelles de la bataille d'Onessant, dans laquelle la flotte française avait obtenu des avantages marqués sur les Anglais ; elle fut lue avec d'autant plus d'avidité qu'elle annonçait que VÂmphion^ monté par des marins bretons, et commandé par M. de Trobiant , était , de tons nos vaisseaux , celui qui avait le plus souffert et dont l'équipage avait montré le plus d'énergie.
Les nouvelles de la guerre d'Amérique préoccupaient beaucoup les esprits y et notre gouvernement prenait une part bien vive an succès des révolutionnaires du Nouveau-Monde. Le sloop le Marsouin , commandé par Nicolas Martin , arrivé à Paimbœuf , le 30 septembre 1778 , après trente-deux jours de traversée , se trouvait à peine en rade qu'il fnt entouré de visiteurs, sitôt que l'on sut qu'il arrivait de Virginie. Le lendemain , chacun racontait à Nantes que le comte d'Estaing, envoyé par Louis XVI pour soutenir la canse américaine, avait été forcé d'abandonner la station de New- York, ses vaisseaux tirant trop d'eau pour passer la barre qui se trouve à l'entrée du port; mais on ajoutait comme correctif ses nombreux succès; il n'était bruit non plus que du jeune marquis de Lafajelte; on ne doutait pas qu'à la tète des 15000 Américains qu'il avait , disait-on , sons ses ordres , il ne l'emportât sur l'armée anglaise, forte de six mille hommes.
Le 15 février 1783 , une société de jeunes négociants donna un bal à l'hôtel Rosmadec, pour fêter la conclusion de la paix avec l'Angleterre.
Dans le mois de mars de la même année ^ du 6 au 8, l'He Feydeau fnt couverte par les grandes eaux ; le 9 , l'eau couvrait la place du Port-au-Vin; le 10 , l'eau barrait l'entrée du café duGoromerce; le 14, la moitié du Port-ao-Vin était découverte. Dans la vieille ville , les grandes eaux atteignirent le pied de la Petite-Echelle-Saint-Nicolas ; an 5 avril, elles commencèrent à décroître rapidement; le 7, la rivière était rentrée complètement dans son lit*
En 1784 , M. de la Lanrencie remplaça H. Augustin Frétât de Sara , en ^alité d'évèque.
384 XVm.* SIÈGLB.
Le 26 décembre y les glaces parurent en rivière , la débjicle se fit le 31 ; mais le froid reprit le 19 et fat extrêmement rigoareax jusqa^aa 6 février, le dégel ne fàt pas de longue dorée. Le froid reprit le 7, et dura josqa*an 20; mais les glaces ne se brisèrent qne du 25 au 26 février.
Le 21 juillet 17B4 , à 6 beures 3i4 du soir, la couverture de Téglise de Saint-Saturnin tomba en entier; beorensement Téglise était entièrement vide.
Le 24 septembre de la même année, la nouvelle salle du Gbapeau- Rouge fut livrée au public.
En décembre, la rivière fut couverte de glaces depuis le 17 décembre jusqu*au 5 janvier, et , cbose remarquable , les glaces reprirent au mois de mars ; le 2 , le 3 et le 4 la Loire cbarria.
Le 26 mars 1785, fut placée la nouvelle borloge de la catbédrale.
En 1785, la sécheresse fut très-grande, et lesp&turages manquèrent. Les paysans de Gouëron et des lieux circonvoisins s^attroupèrent et conduisirent leurs bestiaux dans les communs renfermés par afféagement. Le seigneur du lien voulut les faire retirer; mais les paysans s'y refusèrent, et il lui fallut demander main-forte à Nantes. On lui envoya d'abord des cavaliers de la maréchaussée avec un détachement d'invalides du Château, qui forent obligés de céder à Témeute.
Le Parlement, en apprenant cette nouvelle, donna Tordre au sénéchal de Nantes de descendre à Gouëron avec deux conseillers au présidial et le Procureur du Roi ; 100 dragons et 26 cavaliers de la maréchaussée les avaient précédés ; un nouveau détachement de dragons à cheval et 130 dragons k pied les suivirent de près. A la vue de ces forces imposantes, les paysans se retirèrent dans leurs maisons; mais les autorités s'emparèrent d'abord de deux femmes et de leurs enfants, puis d'un paysan, puis d'un autre paysan , nommé Rondeau, qui passait pour le chef de l'émeute, et tous furent enfermés dans les . prisons de Naines.
Le 12 août 1785 furent achevés les travaux du nouvel orgue de la cathédrale. Quelques jours après , M. Glicquot, qui l'avait livré , terminait les réparations de l'orgoe des Ursulines.
Le l.«' septembre, l'archidochesse de Saxe et son époux, visitèrent la ville et les monuments de Nantes.
En avril 1787, commencèrent les travaux de démolition de la tour des Espagnols. Sur son emplacement , l'on s'occupa de construire une
XVUl.e SIÈGLB. 385
Boarelle halle, qui était termiDée le 12jainl789. La même année, les jeunes gens de Nantes firent ane Rosière, c'était la fille d'un jardinier. Peu de temps après, un onrrier nommé Vincent^ et par sobriquet la lâme, fut pendu pour avoir dérobé dans Tintérieur du château 1/2 livre de cuivre ; la disproportion énorme qui existait entre le délit et la peine, nous a fait un devoir de citer ce crime judiciaire.
En 1788 , les trois enfants du duc d'Orléans vinrent k Nantes avec madame de Genlis pour visiter la ville. Cette année, le froid fut trèsdur: il commença le 15 octobre, et continua jusqu'au 21 novembre ; h cette époque il redoubla , et la rivière fut bientôt prise. Le dégel commença le 12 janvier , mais la rivière ne fut libre que le 23 ; il y avait tant de neige et de glaces dans les rues, que l'on fut occupé à les enlever jusqu'en février.
Les douze dernières années du XVIII.' siècle forment une époque à part; transition brusque et violente de la monarchie vers le règne de la démocratie bourgeoise, k laquelle devaient aboutir quarante ans d'efforts et de combats. Nous terminerons donc ici les faits du Xyin.« siècle par un aperçu rapide sur les hommes de cette époque et sur les progrès de toute nature de la ville de Nantes > depuis 1700 jusqu'en 1788.
CiftLiftBBITÉS HB BABTBS kV XVni.* SIÈCLB.
Jean Barin^ grand chantre de la Cathédrale, est l'auteur d'une traduction en vers français , des Elégies amoureuses d'Ovide (Rouen 1676) , de Vénus dans le cloître ou la religieuse en chemise , et de /^ vie de Françoise dÂmboise^ duchesse de Bretagne, fondatrice des Carmélites.
C'est lui dont Peccot a dit dans ses Chapitres en vers:
Dans son église Cathédrale ,
Le bâton de chantre à la main ,
Nantes te vit en chape triomphale , Ou parcourir le chœur ou chanter au lutrin ;
Mais l'auguste cérémonie
Ne t'ofirait rien qui te trompât , Ovide t'inspirait et non la liturgie ,
• Ta marmotais Magnificat , Et ta rimais qaelqae élégie»
Germain Boffrand a figuré parmi les membres de TAcadémie d'architecture.
Jean de la Roche a laissé 9 volâmes de sermons. Jean de la Noé-Menard est aateor d'an catéchisme. Jean- Arthur de la Gybonaii , originaire de Saint-Malo> doyen des maîtres aax comptes de Bretagne , a publié plusieurs écrits , parmi lesquels un ouvrage sur Torigine , les fonctions et Texercice de la Chambre des comptes (2 volumes, Nantes 1721.)
Gérard'Mellier est plus connu par les services qu'il a rendus à notre ville, comme administrateur, que par ses écrits. Nantes lui doit une statue.
Jean-BapUste-Morvan de Belle-Gairde , a composé une trentaine d'ouvrages ; il était si fortement attaché au système de Descartes , qu'il quitta , plutôt que d'y renoncer , la Société de Jésus , dont il faisait partie.
Mathurin-Vesiière de la Croie , d'abord bénédictin, pais protestant, avait une immense érudition, et possédait toutes les langues mortes et vivantes.
Pierre HunauU et Joseph Hunault^ son petit-fils, tous deux médecins habiles peuvent être rappelés à ce titre.
Nicolas Travers. Nous sommes redevables à ce laborieux écrivain d'une Histoire des Évêques de Nantes , que M. Forest publie en ce moment (avril 1838). Le manuscrit de cet important ouvrage fut acheté 1200 livres par la ville en 1751 , fait remarquable , et qui n'aurait pas lieu aujourd'hui.
Outre ce livre , on doit encore à l'abbé Travers quelques autres publications: en 1734, il publia sur la juridiction et l'approbation nécessaire pour confesser, une consultation qoi fut censurée par la Faculté de Théologie de Paris , et réfutée par le père Bernard d'Arras. L'abbé Travers ne se tint point pour battu , et répliqua en 1736. Plus tard , il développa ses opinions canoniques dans un livre qai a pour titre : Pouvoirs légitimes du premier et du deuxième ordre dam r administration des sacrements et du gouvernement de CégUse. Cet ouvrage , remarquable sous le rapport de Térudition , déplut fort aux autorités ecclésiastiques de Nantes. — L'abbé Travers , qui se sentait plus instruit et plus capable que ses adversaires , les attaquait rude-
XVni.« SIÈCLE. 387
nent. Anssi sévère pour les autres ipiMl TëUiit pour lai-méme , le pieox vicaire de Saint^SatamiD se permettait d'examiner les pou- ▼oirs et les droits de TEpiscopat , et de prooyer , dans sa brochure , qne son évéqne lai-même était dans Terreiir. Nantes avait alors pour évéqne M. de Sanzai , qni ne goûta nullement les observations de son sobordonoé, et loi répondit en faisant censurer son livre et en obtenant contre lai ane lettre de cachet. Travers , exilé an coavent des Cordeliers de Savenay , n'obtint de sortir de prison qu'en 1748 , et encore è la condition de ne rien publier désormais sur les affaires de Téglise. Il mourut en 1750 , le 15 octobre , à Tàge de cinquante-six ans 9 laissant de nombreux souvenirs et beaucoup de manuscrits qui, la plupart, sont restés inédits.
FrançoU'Séraphique Bertrand ^ avocat, a composé un volume de poésies et un mémoire ponr le commerce de Nantes contre celui de Saint-Malo.
Chevayê^ son ami, nous a laissé quelques morceaux de poésie latine.
Ogée, ingénienr-géographe des États de Bretagne, a beaucoup fait. Nous avons de lui une carte de Bretagne , une carte du comté nantais (la première est aujourd'hui fort rare, je ne connais point la seconde) , un atlas itinéraire , puis un Dictionnaire Historique et Géographique de notre province. Ce dernier ouvrage a été rédigé par H. GresUer; mais c'était H. Ogée qui en avait conçu le plan et réuni les matériaux.
Le médecin Bonamy (François) mérite une mention tonte spéciale, moins encore pour sa Flore des environs de Nantes (Nantes, 1783) , qni prouve de l'habileté comme botaniste , que pour «on zèle à répandre et k cultiver la science. Cet honorable citoyen , né à Nantes en 1710 , descendait d'une famille patricienne de Florence , établie en Bretagne , depuis près d'un siècle. Loin de professer > avec la noblesse de son temps, qu'étudier les sciences, c'était déroger, il passa une partie de sa jeunesse dans les amphithéâtres de Montpellier et de Paris ; puis il revint à Nantes , où il exerça la médecine et professa la botanique pendant cinquante années. Ses cours furent toujours publics et gratuits ; il faisait entretenir à ses frais un jardin botanique , dans lequel on cultivait toutes les plantes exotiques dont les graines étaient apportées par les capitaines de navires. — Membrefondateur de la Société d'Agriculture de Bretagne , il a publié , dans
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les Annales de cette Société , un mémoire fort carieox sor une jemoie fille sans langue qai parlait , avalait et faisait tontes les antres fonctions dépendante» de cet organe. Il mourut en 1780, laissant aux hommes d'antique origine un exemple dont ils devraient profiter. Vic-d'Azyr, chargé de prononcer son éloge an sein de rAcadémie de Médecine dont Bonamj était membre , acheva son discours par ces paroles qui terminaient dignement le résumé de ses actes : « Hon- » neur au citoyen qui, se distinguant par un patriotisme aussi louable » laisse à son panégyriste le soin de rapprendre , lorsqu'il ne sera » plus , à son siècle et à la postérité. »
^ouyuer père et fils étaient des mathématiciens distingués, le fils surtout que TAcadémie des Sciences couronna trois fois , et qu'elle reçut dans son sein.
Jean-Baptiste Bernard a laissé des ouvrages intitulés : Problèmes de Physiologie hydraulique du corps humain, etc.
Chardin, jésuite, a mérité sa célébrité.
ThulauXf auteur de poésies et d'une comédie, les Libertins dupés ^ n'est plus connu que de ceux qui ont fait une étude spéciale de l'Histoire de Nantes.
Desforges Maillard écrivit dans le Mercure , sous le nom de M.*** Malcrais de la Vigne , et reçut en cette qualité des déclarations fort tendres de Voltaire et de Destouches.
P^arsavaux Kerlin a composé un traité des droits des communes et des bourgeoisies.
Ânge^Gabriel-Meunier de Kerlon est auteuf du Roman d'un jour , des Soupirs de Daphné , des Dortoirs de Lacédémone , de Psapion ou la Courtisane de Smyme , avec les Hommes de Prométhée , et de plusieurs autres ouvrages; il avait plus de fécondité que démérite réel. — Il est si commun d'écrire, et si rare de savoir penser!
Le père Louis ^ capucin. Ce respectable ecclésiastique s'occupa beaucoup de botanique; il aida le docteur Bonamy dans ses recherches.
Le Florœ JYannetensis prodromus , le premier ouvrage de ce genre publié à Nantes, et le mémoire intitulé Addenda ad Florœ IVannetensis prodromum , sont en^ entier l'ouvrage du docteur Bonamy ; mais il avait trouvé dans le père Louis presqu'un collaborateur.
Terrille , chanoine , auteur très-fécond , nous a laissé des ouvrages de droit canon.
Paul Fïgneu a écrit plusieurs mémoires sur le commerce.
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JUouei était on chtitirgien très-habilo comme opérateur. On croit qu'il a écrit plusieurs mémoires ; nous avons fait de rains efforts pour nous les procurer.
Gabriel Maniaudomn a fondé la Société d'Agriculture de Bretagne , dont nous avons en occasion de signaler les importants travaux ; il a écrit plusieurs mémoires, et des poésies; mais c'est surtout comme commerçant qu'il a rendu de grands services k notre ville et bien mérité de ses concitoyens. L'abbé Goyer, philosophe ingénieux et même profond pour son époque , lui rend toute justice dans un ouvrage assez rare aujourd'hui, et qui a pour titre : BagateUes momies et Philosopkiq^B.
Jean Grou a fait une traduction de Platon , dont nous ne saurions juger le mérite ; car nous ne la connaissons pas.
Guymar est l'imprimeur et l'auteur des Ânnaies Nantaises. Son livre, bien qu'écrit souvent en style des halles , ne manque point d'un certain mérite. C'est une œuvre de patience qui atteste de la franchise et du bon sens. Pfous devons lui savoir gré d'avoir , le premier, résumé Travers, et fait connaître cette mine si abondante en documents précieux.
Grastin a laissé plusieurs mémoires d'économie politique ; un , entre autres , sur la richesse et l'impôt. L'un des quartiers de Nantes porte son nom : c'est celui dont la construction lui est due.
Bubaueix était un médecin distingué.
En suivant cette longue liste avec un peu d'attention , on voit de suite la différence qui existe entre le XYIII.'' siècle et le précédent ; nos auteurs nantais du XYUI.' siècle se sont occupés , les uns de sciences , les autres de philosophie ; un assez petit nombre , de dévotion ; et c'est tout le contraire parmi ceux du XYII.« ; il y a aussi , chez les premiers, une grande supériorité sous le rapport de l'étendue des vues, ce qui devait être. Plus l'on s'élève vers l'avenir, et plus l'horizon s'agrandit.
An XYin.' siècle, Nantes donna naissance à plusieurs guerriers illustres , ce sont : Barin de ia GaUssonnière qui vainquit le fameux amiral Bing , s'empara du fort Mahon et fut chargé de régler les limites du Canada. Fïé^ qui, après plusieurs hauts faits d'armes , reçut le commandement d'un navire de 26 canons , et s'empara , au milieu d'une escorte nombreuse, de lord Hamilton , qui se rendait à son commandement des lies-du-Yent et Sous-le-Yent. Cassard^ que
390 XYIII.« SIÈCLE.
Dttguaj-Trooin , sou ëmale , appelait le premier marin de son siècle. En 1709, il commandait le yaissean Y Éclatant, et soutint, en vne de la flotte ennemie , un long combat contre cinq yaisseaox anglais ; en 1712, chef d'une escadre , il soumit, dans une seule campagne , Sant-Iago , Surinam , Berbiche , Sainte-Eustache et Curaçao.
On ne sait que trop combien les services que Cassard arait rendus à sa patrie furent mal récompensés. — Chargez des courtisans de rémunérer le mérite , les hommes d'antichambre obtiendront les honneurs et les grades ; les citoyens dévoués seront oubliés et mis de côté, quelquefois même persécutée, s'ils réclament ce qui leor est légitimement acquis. Ainsi , sous un régime de l^n plaisir, il est plus avantageux d'être maître des cérémonies on chambellan , que grand homme de mer ; mais tôt ou tard l'histoire fait justice des abus , en livrant au mépris de la postérité ceux qui les ont créés on maintenus.
COHMSBCB ET IimUSTBIE DB NÂ5TBS AU XVni.« SIËCLB.
La plupart des grands projets qui occupent aujourd'hui le Conseil municipal de Nantes et les industriels de cette ville , se retrouvent dans les vieux cartons de la Mairie et dans les mémoires qui nous restent sur le XYIII.» siècle.
Nos pères avaient compris, avant nous , que le curage de la Loire est une question vitale pour le port de Nantes. M. Mellier , les Etats et leur ingénieur Magin , s'en étaient occupés. Le canal proposé dans ces derniers temps par M. Lemierre , pour redresser le canal Saint- Félix , en joignant la rotonde du Port-Maillard à la partie de la Loire qui se trouve en face du Blotterean , n'est que la reproduction, avec les amendements que comporte notre industrie nouvelle , d'un ancien projet de M. Mellier. Nous avons eu occasion de montrer que l'inintelligence et la rapacité de quelques Nantais avaient seuls fait obstacle aux grandes améliorations projetées , il y a plus d*un siècle , pour la prairie de la Madeleine et la prairie an Duc. La construction entière de l'Ile-Feydeau , de ses cales et de ses quais, par une compagnie , nous prouve que nos pères savaient s'entendre et s'associer aussi bien qu'aujourd'hui, lorsqu'il fallait réunir des fonds considérables pour exécuter de grands travaux. Peu avant la Révolution , M. Brie-de-Serrant proposait un canal de Hantes à Por-
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nie 9 entreprise utile, si elle arait en seulement ponr bnt d'établir des relations, à bas prix, entre le port de Nantes et celui de Pomic; mais peu raisonnable en ce qu'elle tendait à remplacer Paimbœnf par une autre ^yille , et à créer , en quelque sorte à la Loire , une seconde embouchure tout-à-falt inutile. Le canal de M. Brie-de- Serrant devait déboucher dans la Loire entre Nantes et les passes les plus difficiles ; aussi a-t-il été abandonné. L'on songea encore , dans le siècle dernier, à dessécher le lac de Grand-Lien ; mais les difficultés de l'entreprise &rent renoncer à ce projet. Si maintenant nous passions en revue le nombre Immense d'hôtels et d'édifices que le Xvill.* siècle a construits dans notre ville , nous aurions quelque indulgence ponr cette époque de transition, qui ne pouvait faire mieux ni plus.
Nous avons, à diverses reprises, signalé la situation du commerce de Nantes; il n'est donc pas inutile, avant de passer outre , d'exa-^ miner sa position an commencement de la Bévolution.
£n 1790 , le mouvement du port fut de 97,900 tonneaux pour le long-coora, 42,220 pour le grand cabotage, ce qui donne un total de 140,120 tonneaux > non compris le petit cabotage. Dans ce mouvement qui occupa 530 navires entrés et sortis , l'Angleterre figure pour 29; le Danemarck, pour 13; la Suède, pour 8; la Hollande, pour 76; l'Allemagne, pour 110; l'Espagne, pour 15; le Portugal, pour 9; l'Italie, pour 11; lHe-de*France , pour 3; les Etats-Unis, pour 8 ; Gayenne , pour 3 ; les Antilles , ponr 205 ; le commerce des nègres , pour 40.
Le commerce des Antilles était , comme on le voit , le plus étendu; aussi , après Bordeaux , dont en 87 et 88 les relations avec ces co-' lonies avaient été doubles des nôtres , Nantes se trouvait la première phce du royaume et remportait sur le Havre et sur Marseille. Avec Saint-Domingue surtout , nous avions des relations très-importantes; un nombre considérable de colons de cette 21e , qui renfermait 405,528 noirs et 792 sucreries , se trouvaient liés d'affaires avec nos négociants , qui les avaient crédités ou commandités , à tel point qu'ils s'étaient mis è découvert , à leur égard , d'une somme évaluée à 50 millions pour tontes les Antilles , dont ils avaient reçu la majeure partie. Il n'y avait point à Nantes , à cette époque , môme parmi les artisans, de famille qui ne s'intéressât au commerce. Cependant les bteéfices avaient beaucoup diminué , parce qu*au lien d'avoir affaire
directement aux colons et de receroir de saite on paiement, soit en argent , soit en denrées coloniales , c*était aYec des commission-* naires qu'il fallait traiter ; mais les navires donnaient encore habituellement 100 fr. nets de bénéfice par tonneau. Les frais d*armement et ceux d'assurance , qui s'élevaient de 3 è 5 fr. pour 0|0 , étaient compensés par le bénéfice des ventes. Quant aux capitaines des navires, ils avaient 5 pour 0|0 sur les ventes et 150 fr. de fixe par mois ; aussi, avec de Tordre, ils devenaient bientôt riches , sur* tout quand ils faisaient les voyages de Guinée.
Le commerce des Indes Orientales était peu de chose, et Ton discutait lieaucoup pour savoir s'il valait mieux le confier è une compagnie, ou le rendre libre. Le commerce du Pïord avait peu changé depuis 1700.
Le commerce des grains subissait les variations qui lai sont naturelles; quant au prix du froment, qui était, terme moyen, de 90 fr. le tonneau en 1700, il oscillait entre 180 et 300.
Le commerce du sel avait marché en déclinant En 1557, nos salines produisaient plus de 300 mille tonneaux , puisque, chaque année, ce nombre remontait la Loire. En 1700, cette fabrication n*était déjà que de 86 à 90 mille tonneaux. En 1790, elle n'allait pas à 59 mille.
La situation des forges ne présentait pas de changements , mais des clouteries s'étaient élevées qui exploitaient leurs fers; elles occupaient 400 ouvriers.
Les métiers à toile étaient au nombre de 2,400, dont 500 h Nantes; une blanchisserie au chlore donnait h leurs produits la dernière préparatioii.
La fabrication du coton semblait faire des progrès , et les filatures mécaniques s'introduisaient. Les fabriques de toiles peintes, au nombre de neuf, occupaient 4,500 ouvriers.
La chapellerie fournissait , année commune , 50 mille chapeaux pour la traite et les colonies.
Deux moulins, l'un à vapeur établi à la Sécherie, l'autre situé sur l'Erdre , donnaient des farines étuvées et séchées ; le premier pouvait moudre 15 à 18 tonneaux dans 24 heures ; le second, bien moins important, est rétablissement de ce genre le plus ancien que notre ville ait possédé.
Nous trouvons encore qu'en 90 , la brosserie , la tannerie , la mé-
XVIIl.* SIÈCLE. 393
^[isserie , étaient dans un état prospère. La rerrerie occupait quarante ouTriers et dix manœaTTes, pour lirrer au commerce 500 mille bon* teilles; une seconde yerrerie existait à Gonëron. Trois brasseries, dont une dans ce dernier lien , et plusieurs autres industries plus secondaires , araient un placement avantageux de leurs denrées et semblaient deroir prendre une extension rapide.
BKàUX ÀBTS.
Nous n'avons aucune peinture du XYITL« siècle qui mérite d*ètre citée. L'entrée dn chœnr de ia Cathédrale, la maison de riie-Feydeau qui porte le nom de Temple-du-Goût, la maison n.<> 4, place du Pilori, plusieurs autres sur la Fosse et la place do Port-au-Yin sont des types de cette époque de décadence. Cependant Tbistoire de l'art serait incomplète , si quelques dessins ne leur étaient consacrés ; aussi notre collaborateur a-t-il eu soin de ne point laisser de lacune dans son œuvre. Antérieurement au XYIII.' siècle, on se servait de cariatides pour supporter les balcons , mais alors du moins , comme on peut s'en convaincre, en examinant celles de la maison Clemensin, place Saint-Pierre, ces sculptures avaient une valeur réelle. — Vers la fin du siècle , Ceynerai s'efforça de ramener Tarcbitecture dans une meilleure voie; c'est à lui que nous devons le tracé de la route de Rennes, défiguré depuis par un pont inconcevable; le tracé de la pro» menade de Barbin , si beurensement plantée > malgré toutes les prévisions défavorables , par MatburinPecot ; leqnaiBrancas dont la façade serait digne d'nn palais, le quaiFiesselles, la place Louis XVI, et THôtel d'Aulx, si remarquable par son élégante simplicité.
La musique était alors beaucoup plus cultivée dans les églises qu'elle ne Test aujourd'hui; mais rien ne prouve qu'il y eût des artistes distingués parmi les nombreux amateurs que Nantes renfermait à Tépoque de la Révolution.
Quelques négociants rimaient des couplets, des bouquets à Cloris et d'antres gentillesses du même genre; les habitués de leurs tables appelaient cela de la poésie.
Les modes venaient de Paris et n'avaient aucun caractère spécial. V^oltaire, Diderot, Rousseau étaient les auteurs en vogue.
Nous n'ajouterons rien à ce court exposé^ dans la crainte de tondier dans des redites ou d'anticiper sur l'avenir.
394 XVIIL* SIÈCLE.
ÉTÉNKMBirrs BB Là, BÉT0I.1ITI09.
Depoîs long-temps , le besoin d'une plus grande égslifé dans les charges et les ayanlages socianx se faisait vivement sentir, sortoat an sein de la bourgeoisie, dont la partie éclairée formait, sons le rapport intellectuel , Télite de la nation. Gbaque jour le malaise d*nne société désorganisée s*exprimait par des troubles et des discussions orageuses au sein des États et des Parlements; en Bretagne, surtout, Ton gémissait des prérogatives exorbitantes de la noblesse et da haut clergé , Ton en sonfirait plus que partent ailleurs, et Ton était en position d*en juger de plus près; aussi ne failait-ii qa*une démonstration vigoureuse contre les abus , pour sonner le tocsin révolnUonnaire, et cette démonstration fut faite.
Le premier novembre 1788, Ton procédait à riantes aux élections des députés du Tiers-Etat qui devaient aller siéger à Rennes , lorsque le peuple , assemblé en masse, adresse une requête au bureau municipal chargé défaire les élections. La scène était préparée d'avance, la bourgeoisie déjà toute puissante avait délibéré depuis long-temps; mais il lui fallait pour agir et faire peur au pouvoir, ra|*pni réel du peuple. M. Giraud-Duplessis , procureur-syndic du roi» demande que cette requête soit examinée; et, par suite d'une délibération du corps municipal , les mandataires nommés furent chargés de réclamer au nom de tous les citoyens: l.o que le Tiers-Etat eût un député, avec voix délibérative, par 10 mille habitants, que ce député ne pût être noble , ni anobli , ni délégué , sénéchal , procureur fiscal , on fermier des.seignenrs ; 2.» que l'élection de ces députés fût h deux degrés ; 3.^ que les députés du Tiers-Etat fussent égaux en nombre à ceux des deux antres ordres, dans toutes les délibérations, et que les voix fussent comptées par tête; 4.» que les curés, remplissant cette fonction depuis 10 ans, fussent admis, quoique roturiers, en nombre convenable dans Tordre du clergé, et que l'une des places de procnrenr-général-syndic appartint au peuple ; 5.o que les corvées personnelles fussent abolies et l'impôt réparti également sur tontes les possessions. La délibération n'était pas encore signée qne le peuple, ayant à sa tête MM. Cottin , Ghaillon et plusieurs autres , se présenta pour appuyer les conclusions de M. Giraud: elles furent acceptées, grâce à l'influence des rassemblements révolutionnaires, et nullement
Xyni.« SIÈGLB. 395
parce qu'efles éUient jostes; aussi j eot^-il résistance de la part de ^elqoes membres; mais le même joory ie peuple se réunit une seconde fois^ et MM. Girand>Duplessis» Gottin, Ghaillon , Yidement, Cadon fils , Clavier , Jarry , Mynier , Blin , Bisson , Dubem et Yarsavaax furent choisis pour aller à Paris présenter au roi une copie de la requête des habitants de Nantes , et demander, en leur nom , ia permission de s'assembler pour délibérer sur leurs affaires , chaque fois que les circonstances Texigeraient.
Le 18, cet arrêté de la Mairie, contre lequel avait protesté une partie du bureau , fut dénoncé au Parlement et supprimé par un arrêt ; mais , aussitôt Farrêt connu , les corps de métiers et les habitants se réunirent de nouveau , et choisirent , pour correspondre avec la députation , MM. Baco , Gninebaud , Paul Bernard , Tessier , Bridon, Lonvrier, Leroux et Mellinet père. Ils les autorisèrent à réunir le peuple et à faire tout ce qui paraîtrait nécessaire pour le succès de la demande.
MM. Plumard > Bodin des Plantes, Geslin, Ghardot, étaient les membres du Conseil Municipal qui voulaient conserver Tinégalîté des droits et des charges an détriment du Tiers-État ; le 2 décembre , la Commune décida, pour les écarter, quUl serait adressé une seconde demande au roi , afin d'en obtenir une nouvelle formation du conseil de ville ; en même temps elle réclama Tautorisation de nommer directement les députés de la province , refusant le maire pour député, comme étant anobli, et Ghardot^ comme ayant manifesté des opinions contraires aux intérêts de la Commune. Elle crut encore devoir demander une adhésion aux arrêtés des villes et paroisses, i*abolition des firancs-fiefs et Tadmission des hommes du Tiers-Ëtat à toutes les charges de la magistrature , aux services de terre et de mer , dans les institutions royales et provinciales avec les prérogatives attachées jusqu'alors à la noblesse.
Le 15 décembre , le député Giraud exposa aux ministres le but de sa mission : il leur montra combien le peuple se plaignait , à bon droit f de payer seul les charges de l'État , et demanda une répartition proportionnelle de Timpêt. « Il faut> ajoula-t-il, que le Tiers- État soit représenté de manière à n'être pas opprimé par les autres ordres; ce qui ne peut avoir lieu , si l'on n'a pas égard aux pétitions dont je suis porteur. » Les ministres l'accueillirent convenablement , mais ils renvoyèrent sa demande aux Etats de Bretagne , en pro-
mettant , cependant , d*aser de l'omnipotence do roi , s'ils refusaient à*y ayoir égard; qaant à Fabolition des francs-fiefs, ils loi dirent que c'était un article i part, an snjet doqnel ils se proposaient de présenter nne loi conininne à tout le royanme.
Le 20 décembre^ 6irand> de retour i Nantes^ rend compte de ses démarches, et propose de nommer des dépotés eitraordinaires aox Etats , avec mission de sorreiller la conduite des antres. Il est appuyé par MM. Gottin et Baco. Cette demande reçoit Tapprobation de la Commune , et tous les trois sont choisis arec MM. Chaillon , Jarrj , Chanceanlme, Generois et Mellinet père , pour remplir cette mission.
Les Etats s'assemblèrent; les députés ordinaires et extraordinaires de Nantes s'y rendirent ; mais il fut impossible de rien obtenir en faveur de Tordre du Tiers de la part des deux autres. A Rennes comme i Nantes Ton protestait partout contre les privilèges de la noblesse et du dergé. Gnépin stiné , l'un des étudiants en droit de cette ville , venait de rédiger un manifeste que Ton avait trouvé trop calme et qui n'avait été publié qu'après avoir subi de nombreuses modifications sous le rapport de la forme ; car rirritation était vive. C'était une sorte de déclaration des droits , la demande positive d'une réforme complète. Les nombreuses adhésions placées an bas de cet écrit lui donnaient une grande importance , et l'aristocratie de la province s'en était effrayée ; aussi refusa-t-elle moitié par peur, moitié par égoisme, d'accéder aux réclamations de U bourgeoisie , qu'elle savait appuyées par les corps de métiers.
Ob s'arrêtera , demandaient les puissants de l'époque , cette fureur de changements? accordez au Tiers-Ëtat des pririléges dont il ne jouissait pas autrefois, et vous ne le satisferez en aucune façon; tandis que , par un manque d'énergie , l'on encouragera le peuple à vouloir, comme la bourgeoisie, sortir de sa sphère. — Les fils de nos manants , disait l'un d'eux , n'aspiraient qu'à la boutique ; changez ce qui existe , et vous les verrez étudier le droit , la médecine. Les maçons et les savetiers voudront donner k leurs enfants des profes* sions libérales; qui sait, peut-être, s'ils n'auront pas l'Impudeur de demander nn jour des grades pour eux dans les armées du roi !
Louis Xn, fidèle i sa promesse , prononça la dissolution de l'assemblée des États , en l'ajournant à l'année suivante. Les députés du peuple obéirent et se retirèrent; ceux de la noblesse et du clergé persistèrent à vouloir régler seuls cette affaire impi>rtante.
Xyill.* SIÈCLE. 397
Tonte la proTÎnce en fnt indignée , les habitants de Aennes , et surtout les jennes gens des écoles , témoignèrent hautement leur mécontentement : des rixes s'en suivirent , dans lesquelles deux étudiants furent tués par les nobles , qui avaient fait feu sur le peuple; aussitôt un député vint à Nantes solliciter du secours, et le jour même 9 k 7 heures dn soir, il y eut réunion k la Bourse. Il faisait extrêmement froid : Tâpreté de la saison semblait ajouter encore à rirritation des esprits. Le représentant de la jeunesse de Rennes^ , qui se faisait appeler Omnes Omnibus , nom remarquable en ce qu'il résumait à lui senl tonte la pensée révolutionnaire, prit la parole au milieu d'une foule extrêmement nombreuse. Il commençait à peine, et des applaudissements lui apprirent quelle vive sympathie animait son auditoire ;*son discours passionné , prononcé avec une voix accentuée , produisit un effet immense sur les jennes gens qui récoutaient ; aussi quand , après avoir exposé tous les griefs dn peuple, toute la misère dn Tiers-£tat , il s'écria : Citoyens , Ut patrie est en danger , mafrehons pour la défendre! Ce fnt une approbation unanime, et comme une fièvre générale ; on se serrait la main , on se promettait secours et appui. Séance tenante , une protestation fut rédigée. Les considérants en ont été conservés, et nous les donnons ici comme propres k faire connaître l'esprit public , son exaspération , et surtout celle qui animait la jeunesse :
« Frémissant d'horreur à la nouvelle de l'assassinat commis à » Rennes , à l'instigation de plusieurs membres de la noblesse ; con- » voqnés par le cri générai de la vengeance et de l'indignation; re- » connaissant que les dispositions pour affranchir l'ordre dn Tiers » de l'esclavage où il gémit depuis tant de siècles , ne trouvent d'obsa tade qne dans cet Ordre dont l'égoisroe forcené ne voit dans la » misère et les larmes des malheureux qu'un tribut odieux qu'ils 9 voudraient étendre jusque sur les races futures.
n D'après le sentiment de nos propres f<Nrces et voulant rompre le 9 dernier anneau qui nous lie; jugeant d'après la barbarie des moyens « qu'emploient nos ennemis pour éterniser notre oppression, que nous 3» avons tout à craindre de l'aristocratie qu'ils voudraient ériger en » principes constitutionnels, nous nous en affranchissons dès ce » jour.
» L'insurrection de la liberté et de Tégalité intéressant tout vrai » citoyen dn Tiers , tous doivent la favoriser par une inébranlable et
«98 XVIU.« SIÈCLE.
» indivisible adhésion; mais principalement les jeunes gens, classe « henrense à qui le ciel accorda de naître assez tard pour pouvoir i> espérer de jouir des fruits de la philosophie du XVIII.' siècle.
» Jurons tous , au nom de Thumanité et de la liberté , d'élever un » rempart contre nos ennemis , d'opposer à leur rage sanguinaire le » calme et la persévérance des paisibles vertus , élevons un tombeau » aux deux martyrs de la cause de la liberté , et pleurons sur leurs » cendres jusqu'à ce qu'elles soient apaisées par le sang de leurs >» bourreaux.
» Avons arrêté , nous , soussignés , jeunes gens de toutes les pro- » fessions , de partir en nombre suffisant pour en imposer aux vils » exécuteurs des aristocrates ; regarderons comme infâmes et dés- 9 honorés à jamais ceux qui auraient la bassine de postuler ou même » d'accepter les places des absents.
» Protestons d'avance contre' tous arrêts qui pourraient nous dé- « clarer séditieux , lorsque nous n'avons que des intentions pures et » inaltérables. Jurons tous , au nom de Thonneur et de la patrie , » qu'en cas qu'un tribunal injuste parvint à s'emparer de quelqnes- » uns de nous et qu'il osât un de ces actes que la politique appelle » de rigueur, qui ne sont en effet que des actes de de^oUsme, sans- *) observer les formes et les délais prescrits par les lois, jurons de » faire ce que la nature , le courage et le désespoir Inspirent pour p sa propre conservation. »
Le lendemain , deux cents jeunes gens se trouvaient dès le matin sur la place du Port-au-Vin. Bientôt ils partirent pour Rennes , et d'autres, en plus grand nombre, ne tardèrent pas à les rejoindre.
Les mémoires du temps nous ont conservé, avec de longs détails, toutes les particularités les plus insignifiantes du voyage et de l'arrivée des Nantais à Rennes. Mais aucun ne nous a transmis l'opinion des révolutionnaires de 88 sur les événements de la {vovince h cette époque intéressante de notre histoire. Nous devons donc suppléer à leur silence. Les traditions et des notes paiificulières nous serviront à combler cette lacune.
Il n'y avait en 88, ni association, ni carbonarisme; c'était la société tout entière qui voulait renverser l'ancien ordre de choses ; quelques nobles et quelques prélats faisaient seuls obstacle à la réforme. La conspiration était donc générale. Nantes et Rennes donnaient k la province et aux autres provinces voisines un vif élan. A Bennes se
trouvait le foyer de rinsnrreclion; : c'était de Ik qae Tesprit ré- Tolationnaire s*écou1ait à grands flots sur le reste da pays. Mais Nantes , qnliabitaient de riches commerçants disposés à faire de grands sacrifices ponr raflranchissement du Tiers^Etat, possédait pins spécialement Tinitiative. L'on pensait à Rennes, l*on agissait è Nantes 9 et le reste de TOnest snirait docilement Timpulsion. L'Ecole de Droit de Rennes était le principal centre insurrectionnel ; et , malgré son défaut d'unité d'opinion , elle agissait comme un seul komme arec un ensemble admirable. Parmi les étudiants , quelquesuns seulement avaient conservé la religion de leurs pèi^s , sévère» pour enx-mômes , indulgents pour les autres , de mœurs austères , disposés à tout sacrifier pour le triomphe de leur cause , ils étaient très-habiles à tirer de TEvangile les conséquences les plus démocratiques et possédaient une grande influence sur leurs condisciples. Pamphlétaires, ils savaient faire abnégation d'amour-propre et rester dans Tombre. Hommes d'action, ils n'hésitaient jamais, au contraire , à se placer au premier rang. D'autres , en bien plus grand nombre , appartenaient aux diverses écoles philosophiques , ou professaient pour les doctrines la plus grande indifférence. Parmi ceux-ci , les uns se donnaient déjk le titre de philanthropes ; les autres , plus égoïstes , disaient nettement que leur orgueil ne pouvait supporter Tinfériorité du Tiers ; ils ne comprenaient pas que la révolution pût demander moins ou plus que l'émancipation de la bourgeoisie. Le peuple était un auxiliaire sur lequel leur faiblesse aimait à se reposer , sans s'inquiéter le moins du monde de savoir si la bourgeoisie et le peuple partageraient par égale partie les dépouilles des vaincus ; car ils ne comprenaient pas encore que les manants fussent assez osés pour se comparer aux fils des plus anciens bourgeois du pays. — En dehors des écoles , le parti révolutionnaire n'avait guère plus d'unité. Quelques nobles , remarquables par l'étendue de leurs connaissances ou le libéralisme de leurs opinions; quelques prêtres logiques dans leur christianisme ; quelques magistrats qui sentaient les vices des institutions dont ils étaient les soutiens ; d'antres magistrats , mus seulement par l'égoîsme et dont les places ne donnaient pas la noblesse an bout d'un certain nombre d'années d'exercice ; beaucoup de boutiquiers qui détestaient , au fond du cœur^ l'aristocratie qu'ils servaient à genoux dans leurs magasins; des avocats , les uns sans clientelle , les antres doués d'une grande
sopériorité d'intelligence ; des médecins entraînés par leurs étndes vers les réformes sociales qa'ils espéraient obtenir ; les corps de métiers emprisonnés dans des règlements absurdes et sonrent dégradants ; des professeurs de collège qui viTaient en esprit dans les républiques de Rome et d*Àtbènes : tels étaient les éléments divers qu'un même désir d'égalité sociale réunissait alors omtre la royauté de Louis XYI , et les institutions aristocratiques sur lesquelles elle s'appuyait
Si la question avait été posée dès lors comme elle Test aujourd'hui^ si Ton avait compris où pouvait conduire une première réforme , nul doute que la bourgeoisie effrayée n'eût reculé au moment d'agir et retardé son afiranchissement, dans la préoccupation que l'émancipation future des prolétaires n'eut pas manqué de lui causer ; mais son intérêt actuel lui fermait les yeux , et son éducaticm n'était pas aasea avancée pour qu'elle pût comprendre que le peuple subirait un jour son joug avec autant d'impatience qu'elle supportait en 89 celui de l'aristocratie de naissance. Blessée dans sa vanité , lésée constamment dans ses intérêts, elle ne songeait pas aux manants, si petits auprès d'elle; et sa pensée unique , son idée fixe » c'était de s'élever jusqu'à la noblesse pour partager ses privilèges et son bien-être.
Telle était la situation des esprits » lorsque l'école de Rennes se prit de querelle avec la noblesse. Les étudiants montrèrent du courage, et les gentilshommes ne leur cédèrent en rien ; un seul d'entre eux, M. de Keratry se cacha derrière ses jalousies pour tirer sur des jeunes gens, auxquels peu auparavant il demandait la vie à genoux; mais sa conduite fut vivement stigmatisée par les deux partis.
Après avoir demandé secours aux Nantais , Omnes s'était adressé aux Angevins. Deux pièces imprimées \ Angers vinrent donner un appui moral aux actes révolutionnaires des jeunes Bretons du Tiers- Etat ; voici la première :
Arrêté des jeunet gem de lu ville é^Angen du 4 février 1789.
ce Nous, jeunes citoyens de la ville d'Angers # informés par la clameur publique et la communication qui vient de nous être donnée des arrêtés de Messieurs les étudiants en droit et en médecine, et de Messieurs les membres de la Basoche , des attentats commis en Bretagne contre les jennes citoyens , par des membres de la noblesse, assemblés au sujet de la tenue des Etats ;
» Gonndénnt que» dans le moment où la liberté fraBçaise tonche à sa ré^nération , il n'est pas an véritable citoyen qui ne Yoie avec indignation Taristocratie que quelques nobles Tondraient établir ;
» Qn'nne pareille forme de gonTemement , qui soppose des esclaveSy ne pent être regardée qne comme nne riolation manifeste des droits les plus saints de la natnie , et qu'elle est surtout essentiellement contraire à l'ancienne et yéritable constitution de Temptre des Francs ;
» Que c'est un devoir sacré pour tons ceux qui aiment encore la pairie , de s'opposer arec toute l'énergie dont ils sont capables à une innoration aussi désastreuse et aussi flétrissante ;
» QnMt est de la dernière importance pour la sûreté publique et rhonneur de la nation , que de pareils excès soient k l'instant réprimés;
» Atobs délibéré et unanimement arrêté qn>n qualité d'bommes et de citoyens, nous sommes et serons toujours prêts à voler au secours de nos frères injustement opprimés , sans nous écarter du respect dû aux lois, et de la fidélité que nous jurons à notre prince ;
» Que, désirant uniquement recouvrer des droits inaliénables et Imprescriptibles , nous ne formerons de réclamations que sur des usurpations intolérables / et nous ne nous opposerons qu'aux prétentions révoltantes que quelques membres de l'Etat oseraient élever contre les pouvoirs incontestables et la légitime aniorité de la nation ;
» Adhérons tons aux arrêtés de Messieurs les étudiants en droit et en médecine et de Messieurs de la Basoche.
Nota. Quoique des lettres de Bretagne nous annoncent à l'instant nne suspension dans les troubles , nous persistons dans nos premières résolutions, et signons, etc. »
La seconde publication avait pour titre :
Arrêté des mères , sœurs , épouses et amantes des jeunes citoyens d'Angers, du B février 17B9.
Ces deux pièces étaient très-remarquables , en ce qu'elles admettaient l'une et l'antre la souveraineté de la nation , en ce qu'elles considéraient les di*oits des citoyens comme imprescriptibles et inaliénables, en ce qu'elles faisaient très-bon marché de la propriété qu'elles attaquaient directement en provoquant ù la destruction des privilèges de la noblesse^ consacrés par nne longue suite de siècles. On y retrouve encore le désir de rattacher les traditions du passé aux espérances de l'avenir, et cependant plusieurs des fils des bourgeois et des bonr-
402 XYIII.* SIÈCLE.
geoises qoi signèrent ces deux arrêtés , devaient on jour s'opposw à l'abolition de TesclaTage ponr les enfants des noirs de nos colonies; tant il est vrai que lUnjnstice qui nens frappe est h senl«> que nous cherchions à détruire !
Les IVantais qui partirent ponr Rennes , apprirent en ronfe que les denx partis araient fait la paix; cependant, ils continuèrent leur marche. Les autorités de Rennes entrèrent avec eux en pourparlers, ne voulant pas qu'ils vinssent en ville ; mais ce fat inutilement. Les chefs du parti dn tiers avaient très-bien compris qne les demi-mesnres compromettraient la révolution; ils s'opposèrent donc de tout leur pouvoir à une transaction qui eût diminué leur influence morale; il leur importait que les huit cents IHantais fassent vus et comptés à Rennes^ et leur persistance triompha. Se fier à Tautorité qui , de son essence , était conservatrice ; accéder è ses désirs en renonçant à fraterniser avec les volontaires de liantes, c'eût été commencer le combat par nue fausse manœuvre et compromettre l'avenir de la réforme par nue lâche et imprudente concession.
Bientôt, les paroisses et les corporations furent réunies dans le but de nommer des députés ponr rédiger les doléances du pays, et siéger à ces Etats-Généraux qoi devinrent la célèbre Assemblée constituante. Dès lors , les événements se pressent les uns snr les autres : chaque scène de la capitale retentit dans les provinces , où elle est imitée. On sait que de Broglie et Lansbèque , sont chargés d'arrêter l'énergie des Parisiens , et l'inquiétude fait que l'on s'arme. Le 16 juillet , on saisit les deniers royaux, afin d'ûter au gouvernement Ions ses moyens d'action. Le 17, des marins envoyés k Paimbœuf pour chercher des blés , s'emparent en môme temps des poudres qui s'y trouvaient ; en revenant à Nantes , ils visitèrent les monastères et les châteaux , dans le but de connaître la quantité de provisions de toute espèce dont ils étaient pourvus. Le 18 , on apprend , â liantes , la prise de la Bastille. Quelques citoyens , sous la conduite de MM. Ândrieux et Lemonnier^ officiers de la milice bourgeoise , vont au château et somment le gouverneur de le livrer à la garde nationale, en lui faisant connaître le sort du commandant de la Bastille. Les Nantais, au bout de quelque» heures , se trouvèrent de la sorte entièrement maîtres de leur ville. Le surlendemain, grande alarme! on annonce que des dragons arrivent par Montaign : tout le monde s'arme , jusqu'aux femmes et aux enfants, qui montent dans les chambres et les greniers du bois, des pierres,
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du TCftre cassé et préparent de Teao boaillante. Cinquante hommes, munis de haches, se tiennent prêts k conper le pont de Pirmil ; mais Talerte est fansse, et la caralerie, envoyée à la décoarerte, rerient sans 'avoir rien vn.
Le désir des réformes, qni animait le Tiers^Etàl, avait pénétré jnsqae dans les casernes. Le 15 août, le régiment deRohan forma le projet de se débarrasser de ses officiers et de les remplacer par des militaires qui ne fussent ni nobles^ ni ariêiocmiei ; vers neuf à dli heures du soir ce régiment sortit en armes, et les meneurs se rendirent à la Halle-Neuve, où se trouvaient beaucoup des jeunes gens qui avaient fait le voyage de Rennes. Les sons-officiers et les Nantais fraternisèrent; les premiers , promirent de ne point prendre les armes contre les roturiers , sMls venaient k se révolter à main armée, «c Nous sommes des enfants du peuple, disaient-ils, c^est avec le peuple et pour le peuple seulement que nous voulons combattre. « En sortant de la Halle-Neuve, le régiment, conduit parles sous-officiers, se mit k parcourir la ville dans tous les sens^ quelques soldats voulurent se porter k des violences contre les chefs dont ils étaient mécontents , et la garde nationale fut forcée de sMnterposer entre eux. Le régiment se réunit alors et se porta chez le colonel, M. d'Hervily, auquel il demanda ses drapeaux. Celui-ci, dévoué k la cause royale, répondît courageusement ; mais que pouvait-il faire seul et sans appui contre une masse armée ? Cependant, il ne céda qu'après avoir été blessé. Le régiment de Rohan revint alors au poste de la Halle-Neuve, où il déposa ses drapeaux entre les mains de la garde nationale; là, les chefs protestèrent de nouveau de leur dévouement à la nation ; plusieurs discours furent successivement prononcés, discours brefs, mais énergiques, qui se résumaient ainsi:
c Nous sommes tous Français , tous enfants de la nation! L'armée » et la garde nationale s'uniront pour combattre les privilèges. L'armée » se rappelle qu'elle est sortie des rangs du peuple; elle est prête k » verser son sang pour la patrie. Mais elle refosera de tirer sur ses » concitoyens, et de se faire l'instrument du despotisme royal. La » garde nationale est prête k suivre l'armée à la frontière, et k lutter » avec elle de patriotisme et de dévouement. »
Ainsi 9 dans ces moments d'exaltation , la nation déchirait les fictions constitutionnelles pour exprimer crûment son opinion , et montrer au grand jour les passions dont elle était animée.
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Le lendemain (les retoors semblables sont si firéqnents) le régiment deRoban, an peu honteux d'avoir enfreint tonte discipline^ revint dana ses casernes. Les jennes gens de Nantes entrèrent alors en pourparlers avec le colonel qu'ils avaient mis sous bonne garde à Thôtel Henri IV » place Grasiin, et Von convint qne tout serait oublié de part et d'autre. Le mardi eut lieu une grande revue de la garde nationale et dn régiment de Boban , parade brillante dans laquelle la garde nationale et les soldats firent assaut de politesse; on échangea des drapeaux, on stembrassa , on se fit mille protestations de dévouement , protestations sincères sans doute dans le moment ; mais auxquelles les hommes de sens ne pouvaient se fier: quelques nobles et quelques révolutionnaires, plus habiles que leur parti, comprenaient seuls qu'il ne pouvait y avoir de paix durable entre des ofliciers habitués à mépriser le Tiers-Etat, et des soldats qui s'étaient ùiit pardonner , à main-armée, les cris de vive la nation, vive la liberté , vive l'égalité , à bas notre colonel et les aristocrates!
La ville était mécontente de la municipalité , de nouvelles élecfions lui permirent de manifester haufement son opinion. Damsi de Ker^ vegan fut nommé moiV» ; Mai$onn»m>e^ avocat, êêuê-m&ire ; Far$aotmx^ Dubem, Legrû aine. Rosier ^ Cornet ^ échevins; Giraud-Daplessis fut continué procurear*sjndic , et Ménard de Rochecave, greffier. Phi« sieurs cérémonies brillantes suivirent ceaélectiona. Le 22 août, le Maire se rendit k l'Hôtel-de-Ville accompagné des volontaires etde la cavalerie; de là le cortège sortit pour aller entendre la messe aux Gordeliers.
Le lendemain, le nouveau maire fit prêter serment an régiment de Rohan , dont les officiers étaient très-suspects. La cérémonie ont lieu sur les Cours. Les canonniers, les invalides, Messieurs de la cavalerie , les volontaires et la milice bourgeoise s'j trouvaient en grande tenue. Une fois le serment prêté , les officiers de tontes les armes se rendirent à la Cathédrale, où fut chantée une grand'messe en musique, suivie d'un Te Dewm, L'évêque se présenta dans la nef en habits pontificaux, et salua le maire et les officiers.
Le dimandie , 30 août , tes drapeaux des volontaires furent bénis à la Cathédrale. Les troupes se trouvaient en bataille dans la nef; l'évêque se présenta lui-même à la balustrade dn chœur, et prononça un discours.
Remarquons, avant de passer outre, qu'à cette époque oh les esprits étaient très-peu portés à la religion, les cérémonies religieuses étaient
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cqpradaBltrès-noinliroiises et très-brillantes; remarquons aussi qa'k tontes les cérémonies pnbliqnes, les masses et la bourgeoisie surtout criaient à tue tète Tire le roi ! quoiqu'elles eussent déjà dans le cœur le pins yif désir d*abolir la rojauté.
Nous ne sommes encore qu*en 89 , et cependant nous royons déjk s'organiser tous les éléments d'action et de résistance qui , plus tard , joueront un si grand rôle. La surreillance des ennemis de la révolution nécessitait un Comité de Salut Public ; celui que créèrent les élections du mois d'août, portait le nom de Comité permanent; nous j voyons Bellier jeune; Bouteiller père» le plus riche négociant de Nantes; Bridon, orfèvre; Gallliaud, Cantin, Ghanceanlme, Ghiron ; Clavier 9 qui figurera dans le mouvement Girondin ; Coustard, delà YUle, Delahaie , Dnclos le Pelley jeune, L. Drouin, Drouin de Parcay, Dupoirier, Duval, Felloneau, avocat du roi; Fellonean, maître particulier ; Forestier, Foulois , Fourmi père , Fruchard , Gallon père, Carreau, Gedouin, Genevois, P. Gerbier, Guesdon, Guiliet, Laënnec> Lambert, Le Bas , Le Cadre, LeLasseur de Ransay, Le Pot, Le Ray^ J.j Leroux^ Lieutaud , de Troisville, Louvrier, Maussion^ Meslé, Pinean , Marchand , Possin> Guillet , Raimbaut , Sabrevois ; Sottin de la Goindière, devenu depuis ministre de la police ; Toché> Turquety , Yaudei. La simple lectmre de cette liste, nous montre que Taristocratie bourgeoise de Nantes et quelques anoblis de très-fraiche date étaient h la tête du mouvement. — Des compagnies de volontaires, destinées à traduire en actes les délibérations du comité * se formèrent rapidement. À la fin d'août^ Nantes possédait 1200 volontaires divisés en 12 compagnies , deux de chasseurs , deux de grenadiers , quatre de fnsilliers, deux de francs maçons, une de canonniers maries, une antre de cavalerie. Les noms de ces compagnies étaient significatifs; il y avait la compagnie de la Liberté, la compagnie de V Égalité ^ la compagnie de la Fraternité , la compagnie du Patriotisme , la compagnie de la Constance , etc. Les loges maçonniques dans lesquelles s'achevait l'éducation morale et philosophique de la jeunesse , jouaient alors un rôle important, et tous ceux qui avaient quelque ambition s'empressaient de s'y affilier; c'était là que les citoyens iniuents proposaient les grandes mesures. Placées en dehors de l'autorité , elles prenaient ris-à-vis d'elle le droit de conseil > et souvent une initiative qu'il eût été difficile de réprimer.
Bien des faits importants remplirent le reste de l'année; nous allons passer en revile les principaux.
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Les blés étaient chers , les ennemis de la réToIntion étaienl sospects d^accaparements, la mairie décida, sous prétexte de faciliter , Tapi^royisionnement de procéder à an recensement général ; mais elle araît en réalité pomr bat de faire ane doable liste des partisans de la rérolotion et des amis dn passé. On reconnut , par cette opération t qu'il existait 3,928 propriétaires dans la yille et les faubourgs.
En septembre , la patrie eut besoin de secours pécuniaires, et les révolutionnaires (le nombre alors en était immense) s'empressèrent de faire leurs ofires ; de jeunes écoliers donnèrent 260 liyres, et les élèves de M. Lafenillade, 669. À la même époque, une grande mesure fat soumise an vote populaire. Le 30 septembre, 136 paroisses de la sénéchaussée de IVantes, contre 74, renoncèrent aux privilèges de la province , accordèrent aux députés des pouvoirs illimités, et signèrent leur adhésion aux décrets du 5 août.
Dans le mois suivant, la Mairie organisa deux nouvelles compagnie» de cavalerie , et divisa la ville en onze districts , dont chacun devait fournir environ 750 gardes nationaux. Chaque district devait avoir on major et cinq compagnies. La garde nationale , tout entière, avait pour colonel, le maire; pour mijor-général , H. de La Boardonnais; et, pour aides-majors généraux , MM. Binet et Le Vieux.
L9 peuplé, à Toccasion de la nomination das officiers, choisit aussi, pour chaque districts un commissaire de police , un jnge-de-paix et son suppléant. Les choix tombèrent en général sur des hcnnmes dignes, à tous égards, des fonctions qu'ils étaient appelés h remplir, ce qui fournit une preuve en faveur de Textension dn système électoral.
A la inème époque , on régla le jrostume de la garde naticmale ; le voici :
Habit bleu doublé de rouge.
Collet et parements écarlates.
Revers blancs.
Liseré rouge et blanc.
Boutons jannes avec une fleur de Ijs coupée d*hennine , et le nn« méro de la division.
Houpette du chapeaa , blandie avec une hermine an milien ; épanlettes et contre-épaulettes en or.
Dans le mois de décembre , la Mairie reçnt une lettre de Qnimper pour le renouvellement dn pacte fédératif , anciennement formé entre lies diverses villes de Bretagne. La municipalité et le comité d'admi-
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■ktntioa adhérèfent an nom de leur connnuDe k rarrMé de Qaimper, et décidèrent en ontre que^sanf la désapprobation de TAssemblée nationale 9 les membres de la noblesse et do clergé qui n'auraient pas abjuré les serments faits à Rennes et h Saint-Brienc , seraient décbas des droits de citoyens actifs.
ITW.
Dès le commencement de l'année , les kommes âgés formèrent un bataillon de vétérans » composé de quatre compagnies, nommées la Persévérumee , rUamumftf, la Sagene et la Prudence. M. Pimparay fut cboisi pour les commander. — La moisson avait été mauvaise » et Ton était inquiet sur lesapprorisionnements; partout on s'opposait à la libre circulation des grains. Les babitants de Saintp-Matburin et des Rosiers avaient retenu des bateaux chargés de blés qui descendaient à Nantes. Un détachement de la garde nationale partit pour les réclamer : des représentations appuyées par deux pièces de canon ne pouvaient manquer d'être favorablement écoutées dans ces vil<lages ; aussi les jeunes Nantais furent-ils bientôt de retour.
La fédération bretonne, annoncée depuis long-temps, eut lieu à cette époque dans la ville de Pontivy. Des* habitants de Nantes s'y rendirent. Les cérémonies de ce pacte provincial n'ont aucun ra|^ port avec l'histoire que nous écrivons; mais nous devons à ceux qui le formèrent de rappeler sou bot et son esprit.
Les chefs de cette solennité , qui a laissé de si profonds souvenirs dans la Bretagne et les provinces voisines , étaient Ghondieu , d'Angers , et Le Quifuio de Rhuis , depuis membres de la Convention ; Ponsard et Blin , députés de Reunes ; le dernier , montagnard ardent en 93 , s'opposa fortement à toutes les mesures démagogiques et au séjour de Carier dans sa ville natale; Blad, de Brest; Besley, de Dinan, qui a siégé et siège encore (1838) à la Chambre des Députés; de Ghampeanx , de Saint-Brienc ; Moreau , de Morlaix , et Goépin ainé> de Pontivy ; ces deux derniers avaient été prévôts de l'École de Droit, et jouissaient de la plus grande influence sur la jeunesse de la province.
Il ne pouvait entrer dans l'esprit de ces hommes qui tous ont fait preuve du plus ardent patriotisme , de se borner au programme insignifiant signé à Pontivy , ni de rêver un fédéralisme qui n'était en-
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core dans la pensée de personne ; mais ils croyaient dès lors , on doit le dire , à une nouvelle forme de gouremement pins propre à iavoriser les progrès de la nation vers un meilleur état de choses. Entraînés vers la république , par leurs études et leurs opinions , ils se promirent d'employer tous leurs efforts à détruire jusqu'au dernier vestige des institutions féodales. Constituer en France des droits égaux pour chaque homme au moment de sa naissance > sauver è tout prix la patrie du joug de l'étranger , se préparer à rintérieur contre les troubles civils, réclamer pour tous les enfants de tontes les classes l'éducation la plus propre à développer leurs facultés , enchaîner la royauté par les iois> de manièro à la rondro impuissante pour le mal ; appeler tous les citoyens , chacun selon ses lumières , à prondre part aux affaires du pajrs : tel fut le véritable programme de la réuniou de Pontivy.
Les habitants de Nantes qni s'y trouvaient, furent de rotonr, dit un manuscrit que j'ai entre les mains , dans les premiers jours de février. Leurs récits durent contribuer è préparer leurs concitoyens aux événements qui survinrent ; mais l'influence de cette fédération n'eût point snrvécu aux événements du jour , si elle n*avait servi à mettre en relations régulières un grand nombre d'hommes qni ont joué d^nis un rôle important : ainsi Lanjuinais et quelques antres députés attachés à la Gironde ; Baoo , qui était maire de Mantes , lorsque cette ville fut attaquée par les armées vendéennes ; Sauveur , de la Roche-Bernard , dont la mort fut un glorieux martyre ; Sottin la Gouindière , qui devint ministre de la police , et presque tons ceux qui ont figuré avec quelque éclat dans les années si orageuses dont nons allons raconter les événemails.
Le 8 février , la nouvelle administration municipale prêta serment de fidélité ; M. Kervegan avait été réélu maire ; les citoyens Rosier , Dubern , Legris atné , Yarsavanx , Drouin de Parcaî , Dobrée , Lepot, Ghanceaulme, Barre, Fourmi père > Cantin , Pineau, avocat; Riédy, Clavier, Lefebvre de la Chauvière, Laënnec, Grenevois, Sanqnet, avocat, procureur de la commune ; Blanchart, son substitut ; Ménard-de-Rochecave , substitut en second , avaient été nommés conseillers municipaux. La prestation de serment se fit avec la plos grande pompe. Un dessinateur fit le croquis de cette cérémonie ; son dessin gravé Si l'eau forte fut tiré à un grand nombre d'exemplaires ; mais il est aujourd'hui fort rare. Le 14 , la môme céré-
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monie fal renouvelée : cette fois , le dergé ajant en I6te M. de Boîssien 9 dojreo de la cathédrale , se rendit sur la place Looîs XYl an son des cloches , et vint fraterniser avec les antres citoyens de Nantes. Une fois le serment prêté, M. de Boissien entonna le Te Deum et alluma nn fen de joie. Le soir, il y ent dans tonte la ville nne brillante illominatioB.
L'évéque n*avait pn accompagner son clergé sor le Gonrs. Le 21 il se présenta à la Mûrie , où. M. Kervegan reçut son serment. Au mois de mars, les juges-consuls vinrent aussi prêter le serment cinqne au nom du commerce dont ils étaient mandataires.
Du 7 an 13 avril , les électeurs constituèrent leur assemblée , arrêtèrent une adresse à rAssemblée IVationale, et procédèrent à la nomination des membres du département : Benoîstou , Leroeignen , Papin, Méanle, Bufrexou, Lepelletier , Fremont, Coostard, David, Roch, Duboueîx, Yrignault, Estafel jeune, Franchetean , Joyau, Lejeune , Goeffé , Bingeard , Cre^el , Meignen , Ernonlt , Payen , Drouet, Videment, langent jeune. Marié, Bouvais, Maupassant, Cornet, Huet, recteur^ Gandon, Grihant, Larragon, Degner, Mourain et Leooote, obtinrent le plus de voix; Letoumenx fut nommé procnieur , et Orellier, secrétaire-général. Grihaot , Mourain, Marié , Papin , Nugent , Dufrexou , Gomet et Joyau , formèrent le Directoire avec Letoumenx et Grellier. Les autres composèrent le GonseîL Leurs premières séances eurent lien dans la grande salle
des Jacobins.
Le district de Nantes ent pour administrateurs Goiquaud père , Donnet , Ghe vy aine , Frnneau , Marié , Paul Gerbier , Basile , prêtre ; Sottin la Goindière , Guesdon , Desclos Lepeley aîné , Bertrand , Badaud, Lefebvre de la Gbaovière , procureur-syndic; Gainche , secré* taire-général; Yallin aine, trésorier.
Le aO mai , le dialriâ décida que ses séances seraient pabliqnes , persuadé que les citoyens auxquels on confie des charges administratives ne sauraient opérer à buts-clos et qu'ils doivent an contraire permettre à tons de s'assurer , par eux-mêmes , de la manière dont sont g^és leurs intérêts. Nos lois, postérieures à 1B30, ont supprimé la publicité , et avec elle tontes les garanties qui s'y rattachent ; un conseiller municipal peut aujourd'hui sacrifier les intérêU publics à ses intérêts privés , ou mettre la plus grande négligence à se présenter aux réunions^ sans que ses mandataires aient le
moyen de s'en assurer. C'est ainsi qne l*on a fait bon marché, depais peu , d*Dne des premières libertés conquises par nos pères.
La foire dn 20 mai fot troublée d*une manière fâchease : les ennemis de la révolution , voulant pousser les paysans à la révolte , répandirent le bruit que les péages étaient abolis ; ceux-ci refusèrent de payer les droits d'octroi ; de là , des troubles qui eussent été réprimés plus tôt, si Fautorité n'avait tenu beaucoup à éviter toute effusion de sang. L'émeute ne fut entièrement terminée que le soir ; M. Kervégan put alors se retirer chez lui avec la satisfaction d*avoir bien rempli le premier de ses devoirs , celui de traiter paterneileiiient^es administrés. Heureuses les villes dont les premiers magistrats, aux jours de troubles , savent ainsi mettre de côté leur amour-propre et donner Fexemple dn calme et de la modération !
Le 25 juin 1790 , eut lieu la fédération gén^*ale entre la garde nationale et les troupes de ligne qni se trouvaient dans le département. Le 2G , fut posée la première pierre de la colonne des Cours. Le soir on donna au spectacle une pièce analogue à la circonstance , qui avait pour titre : l'Inaugufation du Temple de la Liberté, (1)
Le club des Amis de la Constitution , Tnn des premiers que nous ayons k signaler, était devenu, depuis long-temps, le rendez-vous de tous les hommes les plus éclairés de IVantes. C'était là que se faisaient remarquer François Mellinet ; Antoine Peccot, que des bons mots et l'indépendance de son caractère devaient plus tard conduire à Paris, an nombre des cent trente-deux Nantais; Fouché, qui figurerait fréquemment dans cette histoire, s'il n'avait fait détruire partout les pièces qni le. concernaient; élevé à l'Oratoire, il avait pris de bonne heure , daus le cloître, l'habitude dn silence et de l'observation. Le professorat avait développé sa faculté d'analyse; nul ne disséquait mieux une intelligence de manière à reconnaître les ressorts qni la faisaient agir; nul ne savait mieux éviter de faire voir son opinion , jusqu'à ce que rassemblée dont il faisait partie eût manifesté la sienne; nul ne savait parler plus à propos et d'une manière plus convenable pour flatter les mauvaises passions de la majorité. L'on remarquait encore dans cette réunion le peintre Bougon, homme
(1) Oo donnait alors de temps à aotre des pièces de eircoostance. Peu aa paravaot , on avait jooé one aotre pi^ce iotitulëe : ^es Fêtes Nantaises.
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aimable , auquel on donna pins tard , ponr lei procorer des moyens d>xtstence, nne place dans T Administration de la Marine, réritable sinécnre dont il a long-temps touché les appointements sans faire de senriee réel ; Français , pins connu soos le nom de Français de Nantes, dont nous redirons bientôt les premiers jours de fortune; Baco, alors député, et depuis maire de Nantes, homme ferme et dévoué à la cause réfolutîonnaire; Guineband, Douillard , et un grand nombre d'autree, la plupart administrateurs de la rille, ou aspirant à le derenir.
La Société des Amis de la Rérolution , en Angleterre , avait applaudi aux efiérts de la nation française ; le club des Amis de la Constitution, désireux de lui prouver sa sympathie dans la personne des Anglais qui habitaient Nantes , invita ceui-ci à un repas splendide, qui eut lien sur le terrain des Capucins. C'était nne occasion favorable pour donner de Timportance an club, et permettre à ses chefs de se mettre en évidence. Ils étaient trop habiles pour la laisser échapper; aussi , cette fête fut-elle remarquable sous tous les rapports : Tenclos était orné des statues de Louis XYI , de la Liberté , de Charlemagne et de Diane chasseresse» on y voyait cette inscription: Abolition de la FéodttHié; chaque arbre était orné d*nn drapeau et d*nn bonclier , sur lequel on lisait le nom d'un héros on d'un philosophe ; une longue suite de couronnes et de guirlandes se continuait d'un arbre à l'autre; au milieu s'élevait l'autel de la Concorde ; sur l'autel reposait le globe du monde , ayant an-dessus de lui le bonnet de la liberté , et , des deux o6tés, deux cassolettes où l'on brûleit de l'encens; ou lisait sur les faces de l'autel: Pairie^ Égaiiêé^ Union, Liberté, Outre les décorations , les arbres portaient encore des inscriptions dn genre de celles-ci : Ràfoiution (T Angleterre y Révolution de France y Charta Magna , Fédération du i^ aoûty Fédération Bretonne, Prise de la Boitille , etc. Après le défilé des convives , le président déposa sur l'Autel un drapeau sur lequel se trouvait cette inscription, dont il donna commnnicalf on :
Céleste paii , ô sainte bomaDité ,
Qa*aux pieds de yos autels la France etVAngleterre
Jurent de rappeler les peuples de la terre
Ans lois , an vrai bonheur qu'offre la liberté.
Cette fête fit nne impression profonde sur les esprits ; annoncée le
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matiu , comme nne graode solennité , par vîngt-et-nn ooopt de canon , elle se tennina parnn spectacle eilraordinaire , anqnel les amis de la coDstitntion conduisirent tons les Anglais qni afaîent assisté è la fête: on jooa fFarwick et V Anglais à Bordeaux; entre les denx pièces » les danseurs exécutèrent le pas anglais.
Le club de la Constitution ne tarda pas h se réonir. M. Français, qui le présidait, proposa d*en?oyer une dépntation en Angleterre pour remettre à lord Stanfaope et à sa Société la bannière qni arait figuré au banquet de Nantes , et le récit de la fête que nous Tenon» de raconter. Tons les membres, pénétrés de la nécessité de ^Dpager les idées révolutionnaires , et de resserrer les liens qu'établissaient entre les réformistes des diverses contrées, des sjmpatbies Gomwinés, s*empressèrent d'accéder ài la proposition da président et de voter des fonds pour les frais du voyage. Une liste fut dressée, sur laquelle M. Français invita ceux des membres qni savaient Tanglais à vouloir bien se faire inscrire , et il plaça son nom en tète , quoique sachant à peine quelques mots de cette langue. Boogon s'inscrivit en* suite. Leurs noms étant restés seuls : ils furent dédarés dépotés dn club des Amis de la Constitution , et reçurent à œ titre un mandat qni permit ài M. Français de se mettre en Tue et de faire parler de lui. Ainsi , dans les révolutions, Ton voit trop souv<mt les bonmes les pins capables , sous le rapport de Tintelligence , chercher tons les moyens d'arriver aux honneurs et à la fortune , an lien de s'inspirer des senti* ments généreux qni animent les masses. — Le voyage de MM. Français et Bougon coûta seize mille livres aux Amis de la Constitution , qni reçurent en échange quelques lettres datées de Londres ; leur contenu n'offrant rien de bien intéressant, nous n'avons pas cm devoir les transcrire.
Des mesures révolutionnaires suivirent de près les fêtes des Amis de la Constitution. Le jeudi 12 octobre 1790 , MM. Coiquand , Desdos* Lepeley, Laine et Lacbanvière congédièrent les chanoines de la cathédrale k l'issue des vêpres. Le 15 du même mois, les mêmes commissaires du Directoire retournèrent à la cathédrale accompagnés d'un détachement de trente hommes , et firent apposer les scellés sur tout ce qui appartenait à cette église. Le dimanche 17 octobre , les chanoines cessèrent leurs fonctions sacerdotales. M. l'abbé Poignan dit une première messe, à Saint-Pierre, sans diacre ni sons-diacre. Dans le mois suivant, les chanoines de la collégiale furent aussi congé-
diës. Le 15 Dorembre, réfôqae arrive à Nantes : il j était regardé comme nn contre-rérolntionnaire ardent , et les scellés furent apposés immédiatement sur ses malles. Le 25 , les vétérans commencèrent le service du GhMean, et la garde nationale prit possession des autres postes.
Les troubles de Nancj avaient en un grand retentissement dans toute la France 9 et, partout, les patriotes plaignaient leurs co-réligîonnaires politiques ; Nantes ne pouvait rester en arrière , et les membres du club des Amis de la Constitution crurent encore devoir donner Tiropulsiou. Le 11 novembre, ils firent dire une messe de requiem au couvent des grands capucins : un catafalque d'une richesse extrême, des drapeaux formant des trophées, une musique brillante et un détachement de soldats contribuèrent ài donner de Téclat à cette cérémonie révolutionnaire, que d'autres devaient suivre d'assez près. Le lendemain, en effet, l'installation des juges-de-paii dans la salle du présidial , fit connaître au peuple une juridiction nouvelle , dont il devait espérer de grandes amélioratious. Le 28 , une revue de la garde nationale eut lien sur les Cours. La bourgeoisie , qui dirigeait alors les affaires , voulait rompre avec le passé ; des drapeaux nouveaux , et une consécration nouvelle de ses emblèmes, lui paraissaient nécessaires; aussi, quatre vieux drapeaux furent-ils déposés è Féglise de Saint-Pierre. M. Le Goûteux, aumônier et vicaire de Sainte-Croix^ dirigea la partie religieuse de cette réunion ; ce fut lui qui dit la messe k Saint-Pierre et bénit les bannières nouvelles.
Noos ne sommes point encore à Tépoque de la tourmente ; la lutte n'est engagée qu'entre le Tiers et la Noblesse, et cependant les événements se pressent les uns sur les autres. Le i.*>r décembre , Nantes, voit installer M. Garrean, pour procureur de la commune; M. Kerbodot» pour son substitut, et huit nouveaux officiers municipaux. La ville de Guerande , habitée par des nobles , manifeste ses opinions , et Mentôt deux détachements , l'un du régiment de Kohan , l'autre de la garde nationale, partent pour y porter, disent les mémoires de l'époque, leê sentiments civiques dont ils sont animés. Ce fut là le dernier fait important de l'année; événement bien insignifiant, si on le compare à ceux qui se passaient dans la capitale.
414 XVin.« SIÈCLE.
Les mesures révolationnaires de U fin de Tannée précédente se con^ tinaont en 1791.
Le 21 janvier y TUniversité prête le serment cÎTiqne devant ia n^anicipalité.
lie 23 , à l'issne des Grand'Messes , MM. les Rectenrs de Saint- IHicolas , Sainte-Croix » Saint-Similien , et trois chapelains de Saint- Pierre prêtent serment en présence du 1 •«' bataillon de la garde nationale.
De jeunes patriotes forment an nouveau club , et TadministratioD leur concède pour cet usage Tancien couvent des Cannes.
Le 24 janvier , le département , en exécution des décrets de TAssemblée nationale » réduit les paroisses de Piantes et faubourgs ù huit et deux succursales.
C'était beaucoup, sans doute, que de prendre de pareilles mesures et d'organiser des foyers d'insurrection morale contre les principes qui avaient régi jusqu'alors la société française ; mais il Importait aussi à l'ordre du Tiers, dont la victoire paraissait assurée, de se mettre k l'abri d'un retour aux anciennes coutumes et aux lois féo» dales. « M. de La Lanrencie, disaient les administrateurs du départe- » ment, appartient à la noblesse, et, partant, h raristocratie du clergé. » C'est notre ennemi né , nous devons nous en défaire. » Des attaques contre ce prélat les conduisirent k leur but , et il donna sa démission. Le 13 mars , les électeurs du département procédaient à son remplacement, « Voyes , disait Tnn d'eux , combien notre marche est ra- » pide; encore quelques efforts, mes chers concitoyens, et nous » aurons atteint le but. Reprenons les libertés dont jouissaient » nos pères , et sachons y joindre celles que réclame notre civlll- » sation. Dans l'ancienne constitution du clergé , le peuple choisis- 9 sait lui-même ses curés et ses évéques, ordre de choses admirable » et tout-à-fait chrétien , puisqu'il remettait la puissance morale 9 entre les mains des hommes reconnus pour les plus aimants et les 9 plus dévoués! Non^ avons su fouler aux pieds les préjugés et les » superstitions de nos pères, mais ce serait dépasser le but que d*ou- » blier de faire revivre tout ce qui pouvait dans les anciennes con- D tûmes contribuer à l'afiranchisaement du Tiers-Etat. Rappelons-
XVni.« Sl6CLB. 415
» DOUA , en procédant à réleetion qai ra nons occuper aajourd*hnl , » qne c^est le premier pas dans une Toie tonte nonvelle, et songeons, » en formant notre choix , \ cette parole de rÉrangile , ii vous 9 voulez être le plus grand parmi vas frères , faiies^vous leur servi- » leur. »
Après quelques antres discours rédigés dans le mdme esprit qne celui quiprécèdcy les électeurs, accompagnés du l.«' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie li Saint-Pierre. C'était le dimanche, Ils j entendirent une Grand'Messe en musique, puis Télection commença. Goustard , Tnn des orateurs des clubs de Nantes , fut élu président. Le reste de la séance fut consacré ài la formation du bureau. Le lundi 14 mars , on procéda an scrutin secret à la nomination de rEréque. M. Minée obtint au premier tour 151 Toix ; mais ce nombre n'étant pas suffisant pour constituer la majorité , un se* cond scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint- Thomas-d*Aquin , obtint la majorité absolue, et fut proclamé premier Ëréque constitutionnel de Nantes. Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le brnit du canon apprirent bientôt k toute la ville que le département avait fait choix d'un nouveau prélat. Quelque^ jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures vacantes de Gasson , de la Chapelle-sur-Erdre, de Nort et de St. -Sébastien, Tancien recteur de Gasson , M. Monceau , de Saint-Nicolas , M. Chevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et M. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n*était pas encore rompu entre Louis XVI et la Nation. Le 25 mars eut lieu à Nantes, sur les Cours, une cérémonie Imposante; elle avait pour but de fêter le retour du roi li la santé ; mais le 10 avril , jour de Tinauguration du pavillon de la nation , la fête fut beaucoup plus populaire. À cinq heures 1/2 du matin , sept coups de canon réveillèrent les habitants; à 11 heures toutes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Yis-ài-vis l'hôtel Montandouin se trouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait Installé un autel pour dire la messe. A midi, le curé de Saint-Nicolas s'j rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, H. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé, on l'appela le Mirateau; puis le pavillon blanc fut amené et remplacé par celui de la nation ; k ce signal , tonte la rade exécute la môme manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
Les mesures réyolationnaires de U fin de rannée précédente se codtinnent en 1791.
Le 21 janvier y TUniversité prôte ie serment civiqne devant la n^unicipalité.
Le 23 , à l'issae des Grand'Messes , MM. les Rectenrs de Saint- IHicolas , Sainte-Croix , Saint-Similien , et trois chapelains de Saint- Pierre prêtent serment en présence da i." bataillon de la garde iia« tionale.
De jeunes patriotes forment un nouveau club , et TadministratioD leur concède pour cet usage Tancien couvent des Carmes.
Le 24 janvier , le département , en exécution des décrets de l'Assemblée nationale , réduit les paroisses de liantes et faubourgs à huit et deux succursales.
C'était beaucoup, sans doute, que de prendre de pareilles mesures et d'organiser des foyers d'insurrection morale contre les principes qui avaient régi jusqu'alors la société française ; mais il importait aussi à l'ordre du Tiers , dont la victoire paraissait assurée, de se mettre k l'abri d'un retour aux anciennes coutumes et aux lois Modales. « M. de La Laorencie, disaient les administrateurs du départe* » ment, appartient à la noblesse, et, partant, à l'aristocratie du clergé. » C'est notre ennemi né, nous devons nous en défaire. » Des attaques contre ce prélat les conduisirent k leur but , et il donna sa démission. Le 13 mars , les électeurs du département procédaient k son remplajcement. « Voyez , disait l'un d'eux , cpmbien notre marche est ra- » pide; encore quelques efforts, mes chers concitoyens, et nous » aurons atteint le but. Reprenons les libertés dont jouissaient » ncM pères , et sachons y joindre celles que réclame notre cirili- » sation. Dans l'ancienne constitution du clergé , le peuple choisis- » sait lui-même ses curés et ses évoques , ordre de dioses admirable » et tout-à*fait chrétien , puisqu'il remettait la puissance morale 9 entre les mains des hommes reconnus pour les plus aimants et les 9 plus dévoués! Nou9 avons su fouler aux pieds les préjugés et les « superstitions de nos pères > mais ce serait dépasser le but que d'où- 9 blier de faire revivre tout ce qui pouvait dans les anciennes cou- D tûmes contribuer à l'afiranchissement du Tiers-Etat. Rappelons-
XVni.e Sl6CLB. 415
» noOA , en prooédant à réleelion qni Ta nous occuper aojonrd'hni , » que c*est le premier pas daasnne roie toate nonyelle, et songeons, » en formant notre choix , à cette parole de rÉrangile , si vont 9 voulez être le plus grand parmi vos frères y faiies-vous leur servi- » leur. »
Après quelques antres discours rédigés dans le mdme esprit que celui qui précède* les électeurs « accompagnés du !.<' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie k Saint-Pierre. C'était le dimanche^ ils y entendirent une Grand'Messe en musique, puis Télectîon commença. Goustard, Tun des orateurs des clubs de Nantes , fut élu président. Le reste de la séance fut consacré k la formation du bureau. Le lundi 14 mars , on procéda au scrutin secret à la nomination de rEréque. M. Minée obtint an premier tour 151 voix ; mais ce nombre n*étant pas suffisant |M>ur constituer la majorité , un second scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint- Thomas-d*Aqnin , obtint la majorité absolue, et fut proclamé premier Ëréque constitutionnel de Nantes. Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le bruit du canon apprirent bientôt à toute la ville que le département avait fait choix d*un nouveau prélat. Quelque^ jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures vacantes de Gasson , de la Chapelle-sur-Erdre, de Nort et de St.-Sébastlen, Tancien recteur de Gasson , M. Moricean , de Saint-Nicolas , M. Chevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et M. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n^était pas encore rompu entre Louis XYI et la Nation. Le 25 mars eut lien à Nantes, sur les Cours, une cérémonie imposante; elle avait pour but de fêter le retour du roi à la santé ; mais le 10 avril , jour de Tinanguration du pavillon de la nation , la fête fut beaucoup plus populaire. À cinq heures 1/2 du matin , sept coups de canon réveillèrent les habitants; à 11 heures toutes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Vis-à-vis Thôtel Montaudouin se trouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait installé un autel pour dire la messe. A midi, le curé de Saint-Nicolas s*j rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, M. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé, on rappela le Mirabeau; puis le pavillon blanc fut amené et remplacé par celui de la nation ; à ce signal , toute la rade exécute la môme manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
414 XVin.« SIÈCLE.
Les mesures réyolationnaires de la fin de Tannée précédente se coutinaont en 1791.
Le 21 janvier y TUniversité prôte le serment civique devant la nyanicipalité.
Le 23 , à rissne des Grand'Messes , MM. les Rectenrs de Saint- INicolas , Sainte-Croix , Saint-Similien , et trois chapelains de Saint- Pierre prêtent serment en présence dn 1 .«' bataillon de la garde na* tîonale.
De jeunes patriotes forment un nouveau club , et TadministratioD leur concède pour cet usage Tancien couvent des Carmes.
Le 24 janvier , le département , en exécution des décrets de )*Assemblée nationale , réduit les paroisses de liantes et faubourgs ù huit et deux succursales.
C'était beaucoup, sans doute, que de prendre de pareilles mesures et d'organiser des fojers d'insurrection morale contre les principes qui avaient régi jusqu'alors la société française ; mais il Importait aussi à Tordre du Tiers, dont la victoire paraissait assurée, de se mettre à Tabri d'un retour aux anciennes coatumes et aux lois féodales. « M. de La Lanrencie, disaient les administrateurs du départe- » ment» appartient à la noblesse, et, partant, à l'aristocratie du clergé. » C'est notre ennemi né, nous devons nous en défaire. » Des attaques c(mtre ce prélat les conduisirent ài leur but , et il donna sa démission. Le 13 mars , les électeurs dn département procédaient k son remplajcementy « Vayes , disait l'un d'eux , cpmbien notre marche est ra- » pide; encore quelques efforts, mes chers concitoyens, et nous » aurons atteint le but. Reprenons les libertés dont jouissaient » nos pères , et sachons y joindre celles que réclame notre cirill- » sation. Dans l'ancienne constitution du clergé , le peuple choisis- » sait lui-même ses curés et ses évéques , ordre de choses admirable » et tont-k-fait chrétien , puisqu'il remettait la puissance morale » entre les mains des hommes reconnus pour les plus aimants et les » plus dévoués! Nou^ avons su fouler aux pieds les préjugés et les » superstitions de nos pères» mais ce serait dépasser le but que d*ou- » blier de faire revivre tout ce qui pouvait dans les anciennes cou- » tûmes contribuer à Taflranchissement dn Tiers-Etat. Rappelons-
XVni.* SIÈCLE. 415
» noOA 9 eo procédant à réleetion qnî ra nous oocaper aujourd'hui, » que c*e8t le premier pas dans une voie tonte noovelle, et songeons, » en formant notre choix , k cette parole de rÉrangile , si vous 9 vouiez être ie plus grand parmi vos frères , faiies^vous leur servi- » tour. »
Après quelqaes antres discours rédigés dans ie mdme esprit que celui qui précède, les électeurs, accompagnés du l.«' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie à Saint-Pierre. C'était le dimanche, ils y entendirent une Grand'Hesse en musique, puis Télection commença. Goustard , Tnn des orateurs des clubs de Nantes , fut élu président. Le reste de la séance fut consacré k la formation dn bureau. Le lundi 14 mars , on procéda au scrutin secret à la nomination de rEréque. M. Minée obtint au premier tour 151 roix ; mais ce nombre n'étant pas suffisant iM>ur constituer la majorité , un second scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint- Thomas-d*Aqnin , obtint la majorité absolue, et fut proclamé premier Ëvéque constitutionnel de Nantes. Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le bruit du canon apprirent bientôt à tonte la ville que le département avait fait choix d*nn nouveau prélat. Quelque^ jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures vacantes de Gasson , de la Ghapelle-sur-Brdre, de Nort et de St.-Sébastlen, Tancien recteur de Gasson , M. Moricean , de Saint-Nicolas , M. Chevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et H. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n'était pas encore rompu entre Louis XYl et la Nation. Le 25 mars eut lieu à Nantes, sur les Cours, une cérémonie imposante; elle avait pour but de fêter le retour du roi à la santé ; mais le 10 avril , jour de Tinauguration du pavillon de la nation , la fôte fut beaucoup plus populaire. À cinq heures 1/2 dn matin , sept coups de canon réveillèrent les habitants; à 11 heures toutes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Vis-à-vis Thôtel Montandouin se trouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait installé un autel pour dire la messe. A midi, le curé de Saint-Nicolas s'y rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, M. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé, on l'appela le Mirabeau; puis le pavillon blanc fut amené et remplacé par celui de la nation ; à ce signal , tonte la rade exécute la môme manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
414 XVin.« SIÈCLE.
Les mesures réyolationnaires de U fin de Tannée précédente se coutinnent en 1791.
Le 21 janvier y TUniversité prête ie serment ciyiqne devant la n^unicipalité.
Le 23 , à l'issue des Grand'Messes , MM. les Recteurs de Saint- INicolas , Sainte-Croix , Saint-Similien » et trois chapelains de Saint- Pierre prêtent serment en présence du 1 .«' bataillon de la garde na*
tionale.
De jeunes patriotes forment un nouveau club , et Tadministratioii leur concède pour cet usage Tancien couvent des Carmes.
Le 24 janvier , le département , en exécution des décrets de l'Assemblée nationale » réduit les paroisses de JN'antea et faubourgs ù huit et deux succursales.
C*était beaucoup, sans doute, que de prendre de pareilles mesures et d'organiser des foyers d'insurrection morale contre les principes qui avaient régi jusqu'alors la société française ; mais il importait aussi à l'ordre du Tiers , dont la victoire paraissait assurée , de se mettre k Tabri d'un retour anx anciennes coutumes et aux lois Modales. « M. de La Lanrencie, disaient les administrateurs du départe- » ment» appartient à la noblesse, et, partant, à l'aristocratie du clergé. » C'est notre ennemi né , nous devons nous en défaire. » Des attaques contre ce prélat les conduisirent à leur bat , et il donna sa démission. Le 13 mars , les électeurs do département procédaient à son remplacement^ « Voyes , disait l'un d'eux , combien notre marche est ra- » pide; encore quelques efforts, mes chers concitoyens, et nous » aurons atteint le but. Reprenons les libertés dont jouissaient » nos pères , et sachons y joindre celles que réclame notre civilij» sation. Dans l'ancienne constitution du clergé , le peuple choisis- » sait lui-même ses curés et ses évéqqes, ordre de choses admirable » et tont-à-fait chrétien , puisqu'il remettait la puissance morale » entre les mains des hommes reconnus pour les plus aimants et les » plus dévoués! Nou^ avons su fouler anx pieds les préjugés et les » superstitions de nos pères , mais ce serait dépasser le but que d'où- » blier de faire revivre tout ce qui pouvait dans les anciennes con- » tûmes contribuer à rafiranchissement du Tiers-Etat. Rappelons-
XVni.« SIÈCLE. 415
» DOUA y en procédant à réleelion qni va nons oocnper anjoard*hni , » que c*est le premier pas dans une voie tonte nooTelle, et songeons, » en formant notre choix , h cette parole de rÉvangile , ti vous 9 vouiez être ie piui grand parmi vos frères , faiies-vous leur servU » tour. •
Après quelques autres discours rédigés dans le même esprit que celui qui précède, les électeurs , accompagnés du l.«' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie à Saint-Pierre. G*était le dimanche, ils y entendirent une Grand^Messe en musique, puis Télection commença. Goustard , Tun des orateurs des clubs de Nantes , fut élu président. Le reste de la séance fut consacré ài la formation du bureau. Le lundi 14 mars , on procéda au scrutin secret à la nomination de rEréque. M. Minée obtint au premier tour 151 Toix ; mais ce nombre n*étant pas suflbant pour constituer la majorité , un second scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint- Thomas-d*Aquin , obtint la majorité absolue, et fut proclamé premier Ëréque constitutionnel de Nantes* Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le bruit du canon apprirent bientôt à toute la fille que le département avait fait choix d*un nouveau prélat. Quelques jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures vacantes de Gasson , de la Ghapelle-snr-Erdre, de Nort et de St. -Sébastien, Tancien recteur de Gasson , M. Moricean , de Saint-Nicolas , M. Ghevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et H. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n^était pas encore rompu entre Louis XYl et la Nation. Le 25 mars eut lieu à Nantes, sur les Gours, une cérémonie imposante; elle avait pour but de fêter le retour du roi à la santé ; mais le 10 avril , jour de Tinauguration du pavillon de la nation , la fête fut beaucoup plus populaire. À cinq heures 1/2 du matin , sept coups de canon réveillèrent les habitants; à 11 heures toutes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Vis-à-vis Thôtel Montaudouin se trouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait installé un autel pour dire la messe. A midi, le curé de Saint-Nicolas s*y rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, M. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé, on rappela ie Mirabeau; puis le pavillon blanc fut amené et remplacé par celui de la nation ; à ce signal , toute la rade exécute la même manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
414 XVin.« SIÈCLE.
Les mesures réyolotionnaires de la fin de Tannée précédente se coutinaont en 1791.
Le 21 janvier y rUnWersité proie le serment cmqne derant la n^onicipalité.
Le 23 , à l'issae des Grand'Messes , MM. les Recteors de Saintriicolas , Sainte-Croix , Saint-Similien , et trois chapelains de Saint- Pierre prêtent serment en présence dn 1 .«' bataillon de la garde na* tionale.
De jeunes patriotes forment un nouveau club , et TadministratioD leur concède pour cet usage l'ancien couvent des Carmes.
Le 24 janvier , le département , en exécution des décrets de )* Assemblée nationale , réduit les paroisses de JN'anteft et faubourgs ù huit et deux succursales.
C'était beaucoup, sans doute, que de prendre de pareilles mesures et d'organiser des foyers d'insurrection morale contre les principes qui avaient régi jusqu'alors la société française ; mais il importait aussi à l'ordre du Tiers, dont la victoire paraissait assurée, de se mettre k l'abri d'un retour aux anciennes coutumes et aux lois féo» dales. « M. de La Lanrencie, disaient les administrateurs dn départe- » ment, appartient à la noblesse, et, partant, ài Taristocratie du clergé. » C'est notre ennemi né, nous devons nous en défaire. » Des attaques contre ce prélat les conduisirent à leur but , et il donna sa démission. Le 13 mars , les électeurs dn département procédaient à son remplaicementr « Vayes , disait l'un d'eux , combien notre raarehe est ra- » pide; encore quelques efforts, mes chers concitoyens, et nous » aurons atteint le but. Reprenons les libertés dont jouissaient » nos pères , et sachons y joindre celles que réclame notre civili- JD satipn. Dans l'ancienne constitution du clergé , le peuple choisis- » sait lui-même ses curés et ses évéqqes, ordre de dioses admirable » et tout-ài-fait chrétien , puisqu'il remettait la puissance morale » entre les mains des hommes reconnus pour les plus aimants et les » plus dévoués! Nou^ avons su fouler aux pieds les préjugés et les » superstitions de nos pères , mais ce serait dépasser le but que d'où- » blier de faire revivre tout ce qui pouvait dans les anciennes con- » tûmes contribuer à rafiranchissement du Tiers-Etat. Rappelons-
XVni.* SifiCLB. 415
» noOA f eo procédant à réieelion qnl va noas occuper anjourd'hai , » que c*est le premier pas dansane Toie tonte nonvelle, et songeons, » en formant notre choix , h cette parole de TÉvangile , si vous 9 voulez être ie plus grand parmi vos frères , faites-vous leur servi* » tour. »
Après quelques antres discours rédigés dans le même esprit que celui qui précède» les électeurs , accompagnés du l.<' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie à Saint-Pierre. C'était le dimanche, ils y entendirent une Grand^Messe en musique, puis Télection commença. Goustard , Tun des orateurs des clubs de Nantes , fut élu président. Le reste de la séance fut consacré k la formation du bureau. Le lundi 14 mars , on procéda au scrutin secret à la nomi* nation de TEvéque. M. Minée obtint au premier tour 151 roix ; mais ce nombre n'étant pas suflbant pour constituer la majorité , un se* coud scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint- Thomas-d'Aquin , obtint la majorité absolue, et fut proclamé premier Ëréque constitutionnel de Nantes. Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le bruit du canon apprirent bientôt à toute la yille que le département avait fait choix d'un nouveau prélat. Quelque^ jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures vacantes de Gasson , de la Chapelle-sur-Brdre, de Nort et de St. -Sébastien, Tancien recteur de Casson , M. Moricean , de Saint-Nicolas , M. Chevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et M. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n*était pas encore rompu entre Louis XYI et la Nation. Le 25 mars eut lieu à Nantes, sur les Cours, une cérémonie imposante; elle avait pour but de fêler le retour du roi k la santé ; mais le 10 avril , jour de Tinauguration du pavillon de la nation , la fête fut beaucoup plus populaire. A cinq heures 1/2 du matin, sept coups de canon réveillèrent les habitants; ài 11 heures toutes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Vis-à-vis Thôtel Montandouin se trouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait installé un autel pour dire la messe. A midi, le curé de Saint-Nicolas s'y rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, M. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé, on l'appela le Mirabeau; pnis le pavillon blanc fut amené et remplacé par celui de la nation ; à ce signal , tonte la rade exécute la même manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
414 XVin.« SIÈCLE.
Les mesores révolationnaires de la fin de Tannée précédente se continuent en 1791.
Le 21 janvier y rUniversité prête le serment cÎTiqne devant la n^unicipalité.
Le 23 , à l'issne des Grand'Messes , MM. les Rectenrs de Saint- INicolas , Sainte-Croix , Saint-Similien , et trois chapelains de Saint- Pierre prêtent serment en présence du 1 .«' bataillon de la garde nationale.
De jennes patriotes forment un nouveau club , et TadministratioD leur concède pour cet usage Tancien couvent des Cannes.
Le 24 janvier , le département , en exécution des décrets de l'Assemblée nationale » réduit les paroisses de Plantes et faubourgs ù huit et deux succursales.
C'était beaucoup, sans doute, que de prendre dépareilles mesures et d'organiser des foyers d'insurrection morale contre les principes qui avaient régi jusqu'alors la société française ; mais il importait aussi à l'ordre du Tiers , dont la victoire paraissait assurée , de se mettre à l'abri d'un retour aux anciennes coutumes et aux lois féo» dales. « M. de La Laurencie, disaient les administrateurs du départe- » ment» appartient à la noblesse, et, partant, ài l'aristocratie du clergé. » C'est notre ennemi né, nous devons nous en défaire. » Des attaques contre ce prélat les conduisirent à leur but > et il donna sa démission. Le 13 mars , les électeurs du département procédaient à son remplacement, « Voyez , disait l'un d'eux , opmbien notre marche est ra- » pide; encore quelques efforts, mes chers concitoyens, et nous » aurons atteint le but. Reprenons les libertés dont jouissaient » nos pères , et sachons y joindre celles que réclame notre cîTllt- » sation. Dans l'ancienne constitution du clergé , le peuple choisis- » sait lui-même ses curés et ses évêqqes, ordre de dioses admirable » et tont-à-fait chrétien , puisqu'il remettait la puissance morale n entre les mains des hommes reconnus pour les plus aimants et les » plus dévoués! Noo^ avons su fouler aux pieds les préjugés et les » superstitions de nos pères , mais ce serait dépasser le but que d*ou- » blier de faire revivre tout ce qui pouvait dans les anciennes con- » tûmes contribuer à l'afiranchissement du Tiers-Etat. Rappelons-
XVni.* SIÈCLE. 415
» noOA y eo procédant à l'éleelioii qni vanoas occuper aajoard*huî, » que c*eat le premier pas dansane roie toale noayelle, et songeoDS, » en formant notre choix , k cette parole de rÉvangile , si vous 9 vouiez être ie plus grand parmi vos frères , faiUs-vous leur servie » tour. »
Après quelques antres discours rédigés dans le même esprit que celui qui précède, les électeurs , accompagnés du !.«' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie à Saint-Pierre. C'était le dimanche, ils y entendirent une Grand^Messe en musique, puis Télection commença. Coustard , Tun des orateurs des clubs de Nantes , fut élu président. Le reste de la séance fut consacré k la formation du bureau. Le lundi 14 mars , on procéda au scrutin secret à la nomination de TEvéque. M. Minée obtint au premier tour 151 roix ; mais ce nombre n*étant pas suflbant pour constituer la majorité , un se* cond scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint- Thomas-d*Aqnin , obtint la majorité absolue, et fut proclamé premier Ëvéqne constitutionnel de Nantes. Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le bruit du canon apprirent bientôt à tonte la rille que le département avait fait choix d'un nouveau prélat. Quelques jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures vacantes de Gasson , de la Ghapelle-snr-Erdre, de Nort et de St.-Sébastlen, Tancien recteur de Gasson, M. Moricean, de Saint-Nicolas , M. Chevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et M. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n'était pas encore rompu entre Louis XYI et la Nation. Le 25 mars eut lieu à Nantes, sur les Cours, une cérémonie imposante; elle avait pour but de fêter le retour du roi h la santé ; mais le 10 avril , jour de Tinanguration du pavillon de la nation , la fête fut beaucoup plus populaire. À cinq heures 1/2 du matin, sept coups de canon réveillèrent les habitants ; k 11 heures tontes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Vis-à-vis l'hôtel Montandoain se trouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait installé un autel pour dire la messe. A midi, le cnré de Saint-Nicolas s'y rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, M. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé , on l'appela le Mirabeau; puis le pavillon blanc fut amené et remplacé par celui de la nation ; à ce signal , tonte la rade exécute la même manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
414 XYin.e SIÈCLE.
Les mesures révolationnaires de la fin de l'année précédente se continnenten 1791.
Le 21 janvier, TUniversité prête le serment ciyiqne devant la nynnicipalité.
Le 23 , ^ l'issne des Grand'Messes , MM. les Rectenrs de Saint- Nicolas , Sainte-Croix , Saint-Similien , et trois chapelains de Saint- Pierre prêtent serment en présence dn i." bataillon de la garde na* tionale.
De jennes patriotes forment un nonvean clnb , et Tadministration leur concède pour cet usage Tancien couvent des Carmes.
Le 24 janvier , le département , en exécution des décrets de l'Assemblée nationale , réduit les paroisses de INantea et faubourgs il huit et deux succursales.
C'était beaucoup, sans doute, que de prendre de pareilles mesures et d'organiser des foyers d'insurrection morale contre les principes qui avaient régi jusqu'alors la société française ; mais il importait aussi è l'ordre du Tiers, dont la victoire paraissait assurée, de se mettre à Tabri d'un retour aux anciennes cootumes et aux lois féodales. « M. de La Lanrencie, disaient les administrateurs du départe- » ment, appartient à la noblesse, et, partant, à l'aristocratie dn clergé. » C'est notre ennemi né, nous devons nous en défaire. » Des attaques contre ce prélat les conduisirent à leur but, et il donna sa démission. Le 13 mars , les électeurs do département procédaient ë son rempla* joement, « Yoyes , disait l'un d'eux , combien notre marche est hh » pide; encore quelques efforts, mes chers concitoyens, et nous » aurons atteint le but. Reprenons les libertés dont jouissaient » nos pères , et sachons y joindre celles que réclame notre dvili- » sation. Dans l'ancienne constitution dn clergé , le penpie choisis- » sait lui-même ses curés et ses évêques, ordre de choses admirable 9 et tout-à-fait chrétien , puisqu'il remettait la puissance morale 9 entre le» mains des hommes reconnus pour les plus aimants et les 9 plus dévoués! Nou9 avons su fouler aux pieds les préjugés et les 9 superstitions de nos pères, mais ce serait dépasser le bnt que d*ou- 9 blier de faire revivre tout ce qui pouvait dans les anciennes cou- 9 tûmes contribuer à l'affranchissement du Tiers-Etat. Rappelons-
XVni.« SIÈCLE. 418
» nous y eo procédant à rélection qni va noos oocaper aajoard*hiiî , » qae c^est le premier pas dansane roie tonte nonvelle, et songeons, » en formant notre choix , ë cette parole de rËrangile , $i vous » voulez être le plus grand parmi vos frères , failes-^vous leur servie » tour. »
Après quelques antres discours rédigés dans le même esprit que celui qni précède, les électeurs , accompagnés du l.<' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie à Saint-Pierre. C'était le dimanche, ils y entendirent une Grand'Messe en musique, puis Pélection commença. Goustard, Tun des orateurs des clubs de Nantes , fut élu président. Le reste de la séance fut consacré à la formation du bureau. Le lundi 14 mars , on procéda au scrutin secret à la nomî* nation de TEvéque. H. Minée obtint au premier tour 151 voix ; mais ce nombre n'étant pas suffisant |)onr constituer la majorité , un second scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint- Tbomas-d'Aquin , obtint la majorité absolue, et fnt proclamé premier Ërâque constitutionnel de Nantes. Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le bruit du canon apprirent bientôt h toute la ville que le département avait fait choix d'un nouveau prélat. Quelque^ jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures vacantes de Gasson , de la Chapelle-sur-Erdre, de Nort et de St.-Sébastien, Tancien recteur de Casson , M. Moriceau , de Saint-Nicolas , M. Chevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et M. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n'était pas encore rompu entre Louis XYl et la Nation. Le 25 mars eut lieu i Nantes, sur les Cours , nue cérémonie imposante; elle avait pour but de fêter le retour du roi à la santé ; mais le 10 avril , jour de l'inauguration du pavillon de la nation , la fête fut beaucoup plus populaire. A cinq heures 1/2 du matin , sept coups de canon réveillèrent les habitants ; à 11 heures toutes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Vis-à-vis l'hdtel Montandontn se trouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait installé un autel pour dire la messe. A midi, le curé de Saint-Nicolas s'y rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, M. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé, on l'appela le Mirabeau; puis le pavillon blanc fnt amené et remplacé par celui de la nation ; i ce signal , toute la rade exécute la même manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
414 XYin.* SliCLB.
Les mesures révolntionnaires de la fin de ruuiée précédente se continaenten 1791.
Le 21 janvier, l'Université prête le serment civiqne devant la n^nnicipalité.
Le 23 , à l'issne des Grand'Messes , MM. les Recteurs de Saint- Nicolas , Sainte-Crpix , Saint-Similien, et trois chapelains de Saint- Pierre prêtent serment en présence du !.<' bataillon de la garde nationale.
De jennes patriotes forment un noaveaa clnb , et TadministratioB lenr concède ponr cet usage Tancien couvent des Cannes.
Le 24 janvier , le département , en exécution des décrets de TAssemblée nationale , réduit les paroisses de Nantes et fanbonrgi à huit et deux succursales.
C'était beaucoup, sans doate, que de prendre de pareilles mesures et d'organiser des foyers d'insurrection morale contre les principes qui avaient régi jusqu'alors la société française ; mais il importait aussi à l'ordre du Tiers, dont la victoire paraissait assurée, de se mettre à Tabri d'un retour aux anciennes coutumes et aux lois féo* dales. « M. de La Lanrencie, disaient les adoiinistrateurs du départe- « ment» appartient i la noblesse, et, partant, ë l'aristocratie du clergé. » C'est notre ennemi né , nous devons nous en défaire. » Des attaques contre ce prélat les conduisirent à lenr but , et il donna sa démission. Le 13 mars , les électeurs du département procédaient ë son remplacement, « Yoyes , disait l'un d'eux , combien notre marche est ra- » pide; encore quelques efforts, mes chers concitoyens, et nous » aurons atteint le but. Reprenons les libertés dont jouiraient 9 nos pères , et sachons y joindre celles que réclame notre ciTili- » sation. Dans l'ancienne constitution du clergé , le peuple cboisis- » sait lui-même ses curés et ses évêques, ordre de dioses admirable » et tout-ë-fait chrétien , puisqu'il remettait la puissance morale » entre les mains des hommes reconnus pour les plus aimants et les 9 plus dévoués! Noua avons su fouler aux pieds les préjugés et les 9 superstitions de nos pères « mais ce serait dépasser le but que d*ou- 9 blier de faire revivre tout ce qui pouvait dans les anciennes con- 9 tûmes contribuer à rafiranchissement du Tiers-Etat. Rappelons-
» nous , en procédant i rélection qni va noos occuper aajoard'hiiî , a qae c*est le premier pas dans nue voie tonte nouyelle, et songeons, » en formant notre choix , à cette parole de rËrangile , ii vous 9 voulez être le plus grand parmi vos frères , faiies^vous leur servi- 9 Uur. 9
Après quelques antres discours rédigés dans le même esprit que celui qui précède, les électeurs , accompagnés du l.«' bataillon de la garde nationale , se rendirent de la Mairie à Saint-Pierre. C'était le dimanchey ils y entendirent une Grand'Messe en musique, puis TélectioB commença. Goustard , Tun des orateurs des clubs de Nantes , fut élu président. Le reste de la séance fut consacré à la formation du bureau. Le lundi 14 mars , on procéda au scrutin secret à la nomi* nation de TEréque. H. Minée obtint an premier tour 151 roix ; mais ce nombre n'étant pas suffisant pour constituer la majorité , un second scrutin fut nécessaire. Cette fois , M. Minée , curé de Saint* Thomas-d*Aquin , obtint la majorité absolue, et fut proclamé premier ÉT6que constitutionnel de Nantes. Le carillon des cloches de Saint- Pierre et le bruit du canon apprirent bientôt h tonte la yille que le département avait fait choix d'un nouveau prélat. Quelque^ jours auparavant , les électeurs du département avaient nommé aux cures vacantes de Gasson , de la Ghapelle-sur-Erdre, de Nort et de St.-Sébastien, Tancien recteur de Gasson , M. Moricean, de Saint-Nicolas , M. Chevreuil , chapelain de Saint-Pierre, et M. Letort , ancien vicaire de Saint-Sébastien.
Tout n'était pas encore rompu entre Louis XYI et la Nation. Le 25 mars eut lieu ài Nantes, sur les Cours, une cérémonie imposante; elle avait pour but de fêter le retour du rot 1 la santé ; mais le 10 avril , jour de l'inauguration du pavillon de la nation , la fête fut beaucoup plus populaire. A cinq heures 1;2 du matin , sept coups de canon réveillèrent les habitants ; à 11 heures toutes les troupes se rangèrent en bataille sur les quais. Vis-à-vis l'hdtel Montaudoutn se trouvait un navire nommé le Cerbère , appartenant à la maison Bernard , sur lequel on avait installé un autel pour dire la messe. A midi, le curé de Saint-Nicolas s'y rendit en grande pompe; aussitôt son arrivée, M. Kervégan fit un discours. Le nom du navire fut changé , on l'appela le Mirabeau; puis le pavillon blanc fut amené et remplacé par celui de la nation ; à ce signal , toute la rade exécute la même manœuvre aux cris répétés de vive la nation! vive le roi! vive la
liberté ! au milieu des coups de canon et des cris répétés h Tenvi par les niasses; 10 mille chapeaux s'élèrent au bout des épées et des baîonneltes en signe d'acquiescement à ce qui se passait^ et la force armée crie de toutes «es forces: yive la nation! vive la loiiM.d^HcrTÎly, colonel du régiment de Rohan , se fit remarquer au milieu de Taliégrosse générale par son air de mauvaise humeur: on rengagea ë crier comme les autres: vive la nation! vive la loi! il répondit un peu grossièrement; alors, quelques hommes vigoureux le saîsnrent; déjë il était démonté, déjà Tune de ses épaulettes était enlevée, lorsque MM. Coustard et Deurbroucq s'interposèrent entre le people et Inî. Le lendemain , M. d*Hervily recevait un passeport de la mairie avec ordre de quitter Nantes sans délai.
Le 11 avril» Il y eut à Saint-Pierre une cérémonie funèbre en Thonnenr de Mirabeau ; depuis long-temps, les patriotes les plus prononcés le suspectaient d'avoir fait alliance avec la conr. « Quelle confiance , disaient-ils 9 voulez-vous que nous ayons en un homme qui s'était créé d'aussi grands besoins ; quelles vertus pouvaient exister ches un misé* ràble à la fois dissipateur, joueur, libertin ; chex un ralsérabie qni eut mangé avec les muscadins , ses amis , et les filles de TOpéra , la fortune de la France, s'il avait pu en disposer? » Les modérés répondaient que Mirabeau avait rendu de grands services , que ses intriçms avec la cour n'étaient pas prouvées ; ils passaient légèrement sur ce qni concernait ses mœurs , n'attachant qu'une médiocre importance à ses dépenses effrénées.
De vives discassiohs s'élevèrent au sujet de la cérémonie funèbre , fil il fut décidé qu'un seul bataillon de la garde nationale serait de service à cette occasion. Il est digne de remaïqne , qoe les accusations de trahison ne planent guère que sur ceux qui les ont légitimées par leur conduite antérieure. Par rapport à Mirabeau , le bon sens populaire de Paris et des provinces devança le jugement porté par les hommes instruits , qni sont trop faciles en général à se familiariser avec les vices des gens haut placés par leur talent, leur naissance ou leur fortune, et qui excusent souvent en eux sans aucune peine, ce qu'ils appelleraient immoralité, crime même quelquefois ches les hommes dea classes inférieures.
Le 16 avril , H. Minée fit son entrée épiscopale i 5 heures lf2 du soir; il étajt en chaise de poste , et ne s'attendait point à la réception qni l'attendait; mais Nantes voulait fêter son éln. A l'entrée de la ville.
XYIII.» 8IÈGLE. 417
il rencontra un détachement de cavalerie qoi lai servit d^escorte; depuis l'entrée de Saint-Clément jusqu'à la Cathédrale, le régiment de Rohan , les canonniers du château , les invalides et la garde nationale tout entière formaient la haie; le corps de cavalerie était derrière la voiture; jamais souverain ne fut reçu plus magnifiquement. Sur les Cours et dans les endroits nn peu larges , il y avait des équipages ; partout ailleurs, dans les mes, aux fenêtres, sur les voitures et sur les toits une foule immense; à l'entrée de Saint-Clément, Tévèque trouva M. Eervegan i la tôte de ses adjoints et du Conseil municipal : il descendit alors de voiture avec M. Vassal , son beau-frère. « Monseigneur , lui dit le Maire , ce ne sont plus les hauts barons qui vous attendent pour vous porter en fauteuil à la Cathédrale , c'est le peuple entier qui vient au-devant de vous, conduit par ses magistrats et les hommes les pins respectables de notre ville , désireux de recevoir votre bénédiction. 9 II ajouta quelques autres paroles, mais à voix si basse qu'elles ne furent point entendues. M. Minée répondit avec modestie, et, se plaçant à cdté de M. Kervegan, continua sa roule vers Saint-Pierre. Le département, le district, les différents corps et les clubs de Nantes le haranguèrent chacun à leur tour. « Monseigneur^ loi dit l'un des orateurs, cette foule immense, ce » brillant cortège, cette unanimité si touchante de toutes les classes » de citoyens , vous montrent quelle différence nous établissons entre » l'élu du pouvoir papal et l'élu de la nation; nous ne voulons plus 9 de ces prélats orgneilleux , si fiers d'une mitre qu'ils devaient à leur 9 noblesse et nullement à leurs vertus; et nous vous avons choisi » pour être le pasteor de citoyens libres ; pour les diriger dans le 9 sentier de la vertu en leur enseignant à s'aimer les uns les autres « 9 à respecter la Constitution qui affiranchit le Tiers-Etat de la ser- 9 vitade ; à désirer tontes les améliorations dont nos institutions sont 9 susceptibles; à aimer et chérir tous les hommes et à sacrifier leurs 9 biens , leur vie même pour le triomphe des opinions qui font le 9 bonheur des sociétés. 9 M. Minée répondit qu'il ne séparait point les devoirs du prêtre de ceux du citoyen ; que l'Evangile était une source abondante où l'on pouvait puiser les opinions les plus généreoses ; que notre Seigneur ne s'était fait homme et n'avait consenti à BBioiirir de la mort infamante des esclaves que pour racheter l'humanité de tout esclavage et de toute servitude; que la mission du pasteur était de faire aimer les bonnes lois , celles qui constituent entre les
/il g XVIII.« SIÈCLE.
hommes l'égalité et la fraternité. A chaque discours des orateors^ k chaque réponse de Tévéque , c'étaient des bravos , des TÎyat qni se communiquaient d'un bout à l'autre du cortège; mais, cette fols , les applaudissements redoublèrent. — Bientôt l'on entra à Saint-Pierre. La cérémonie terminée, M. Minée fut reconduit en grande pompe chez M. Vassal , son beau-frère. La foule le suivait en criant rire Monseigneur! vive notre évéque !
Le lundi 18, M. Minée fit visite à la mairie, au département, aux districts , à tons les corps et aui divers clubs ; partout il fut on ne peut mieux reçu. — Le parti opposé n'avait pu voir sans grande douleur ces élans du peuple et cet enthousiasme général pour un évéqne , nommé selon les anciens usages du christianisme. Il redoutait beaucoup de voir les doctrines évangéliques devenir, entre les mains d'hommes nommés par le peuple, un instrument de réforme, un moyen révolutionnaire. Connaissant mieux que personne le radicalisme de l'Evangile selon Saint-Mathieu et des épHres de Saint-Paul , les prêtres qui n'avaient pas voulu prêter serment , pronostiquaient déjà la chute de Louis XVI et Tabolition de la royauté , dans cette persuasion où ils étaient, que l'Evangile serait la base sur laquelle s'appuierait la révolution. Le 19, ils se réunirent aux Saintes-Claires, dans le but de coordonner leurs moyens contre-révolutionnaires. L'autorité en fut prévenue ; mais déjà l'asseipMée était dissoute : cependant MM. Chatillon , Taillebois , Vallery , les deux abbés Racault , les deux moines de la communauté , ettrois autres moines furent arrêtés aux Saintes-Claires. La police saisit en leur présence un paquet de libelles contre M. Minée , une ordonnance de Tévêque démissionnaire ou destitué « une excommunication lancée par lui contre Minée, ses adhérents et tous les prêtres qui avaient prêté serment à la Constitution, plusieurs autres imprimés, et2B exemplaires d'un écrit encore humide et sortant de la presse.
L'installation de M. Minée eut lieu le premier mai , à neuf heures du matin. Plusieurs milliers d'habitants sortirent de Saint-Pierre pouraller chercher, chez M. Vassal, l'évêque constitutionnel; à leur retour, les cloches sonnaient à toutes volées , annonçant aux habitants de Nantes l'installation du nouveau prélat. M. Minée dit la messe , revêtu des habits pontificaux; puis il monta en chaire et prêcha pendant une heure. Il s'étendit très-longuement sur la concordance des devoirs du chrétien et du citoyen. La cérémonie terminée, le nouvel évêque
XVni.« SIÈCLE. 419
sortit de la Cathédrale » accompagné des corps admiBwtratifs et des électears de chaqae district, an nombre d^enviroB 400; Tenait ensuite la compagnie de la Concorde; la garde nationale bordait la haie le long de son passage; tontes les troopes de la garnison étaient aussi sons les armes. Après la procession , la garde nationale et les clubs donnèrent nn diner splendide anx divers corps de la garnison et auc administrateurs delà rille; vers trois heures, une députation se rendit avec la musique de la garde nationale , à la demeure de l'évéque , pour le prier de Tenir au diner recoToir de nouToan les témoignages de Testime publique. A son entrée dans le lien du banquet , tous les conTÎTOs se leTèrent et burent à la santé de Monseigneur, que M. Ker- Tégan proposa à peu près en ces termes: « A notre digne prélat , à celui qui ne Tent point séparer les doToirs du prêtre de ceux du citoyen! » L*éT6que, TiTement ému, répondit ^ et son discours fut couvert d*applandîssements. Après les vêpres , le Maire se rendit sur le Cours, où se trooTait un feu de joie , auquel il mit le feu , aux cris répétés de vive ta Nation! vivefEvéquê! Le soir, il j eut illumination générale.
Les Nantais n*étaient pas encore complètement éclairés sur le compte de Mirabeau ; quelques hommes seuls persistaient à le représenter comme un traître ; c^étaient en général des gens laborieux , habitués à priser par-dessus toat Tordre , Téconomie , le travail et les bonnes mœurs ; mais Topinion contraire dominait dans les clubs; aussi commandèrent-ils un service extraordinaire en Thonneur de ce grand orateur, dont Téloge funèbre fut prononcé par Fabbé Fouché.
Des mouvements réactionnaires devaient suivre nécessairement tontes les mesures révolutionnaires adoptées par la bourgeoisie qui se trouvait au pouvoir; on sV attendait, et les émeutes de Challans , de Saint-Aignan , de Carquefou> furent réprimées avec la plus grande facilité.
A Saint-Aignan et à Carquefou , beaucoup de paysans ne voulaient pas reconnaître les curés constitutionnels, c*est-à-dire , ceux qui avaient prêté serment de fidélité à la nation. Des détachements de la garde nationale de ISantes , partis pour les installer , furent assaillis à coups de pierre, et la mutinerie primitive devint un véritable combat qui coûta la vie à plusieurs personnes. A Carquefou surtout , la résistance fut très-vive ; un renfort de cinq cents Nantais déconcerta les paysans, qui se sauvèrent à toutes jambes. 10 hommes et 3 femmes furent faits prisonniers et amenés au Bouffay.
420 XYIll.* SIÈGLB.
Le lendemain, trente habitants de Garqoefoa, hommes et femmes, ayant le maire k leur tête, se présentèrent au département, implorant la grâce des détenos ; M. Minée les avait devancés ; aussitôt i^aifaire de Garquefou terminée, il s'était empressé de demander la grâce des prisonniers. Pris en flagrant délit de rébellion , ils étaient passibles d'une peine grave , mai» Tévéque fit aisément comprendre aux autorités qu'un pouvoir fort doit toujours pardonner, quand il le peut ; qu'il vaut mieux pécher par indulgence que par sévérité ; qu'il est plus politique de chercher è faire des amis à l'autorité, que de rendre ses ennemis implacables, et de les conduire au désespoir par une rigueur mal entendue. La députation de Garquefou fut conduite du département au secrétariat de l'évéché , bien surprise de la bienveillance d'un évéque qu'on lui avait représenté comme un monstre ; M. Minée la reçut avec beaucoup de bonté : « Mes enfants, leur dit- » il, les prêtres ont pour mission d'enseigner et de propager le » christianisme , c'est-à-dire la doctrine de Jésus-Ghrist , celle que les » apôtres nous ont transmise dans les Évangiles. Or, que dit cette >» doctrine : aimez-vous en frères, vivez en frères, respectez les lois » du pays dans lequel vous vivez. Les prêtres qui ont prêté serment » de fidélité à la constitution , loin d'être blâmables , sont les seuls » qui aient rempli leur devoir jusqu'au bout; ils n'eussent pas » continué à être dignes d'enseigner la morale de l'Évangile si leur » intérêt privé les avait dominés au point de leur faire oublier le » respect qu'ils doivent à la nation et à la constitution qu'elle s'est » donnée. Allez en paix, vivez en bon accord avec les gens de toute » opinion , et conseillez bien à vos parents et à vos amis, qui sont au » Boufifay , de ne plus écouter à l'avenir les conseils perfides de ceux » qui auraient désiré la continuation des abus. » Ge petit discours tout paternel produisit beaucoup d'effet sur les paysans de Garquefou, et ajouta encore à la popularité de l'évêque^
L'émeute de Saint-Aignan n'eut point de suites. Le 13 et le 14 mars, rentrèrent les détachements expéditionnaires de Ghallans ; le dernier ramenait seize prisonniers , parmi lesquels une femme et deux nobles : MM. Durortray et Guéry .
Le dimanche 15 mars, les électeurs nommèrent vingt-et-un curés constitutionnels.
Tout réussissait aux prêtres assermentés; les comn:unes se soumettaient et acceptaient les curés choisis par les électeurs ; les émeutes
XVllL* 81ÈGLB. tôl
s'apaisaient, et qaoiqii*il8 fassent, en géaéraU moins estimables indiridnellement qae les prêtres qui ayaient refusé le serment à la constitation , cependant ils avaient lieu de croire qn^on long avenir leur était réservé ; mais il est dans la nature de Thomme d'abnser de la victoire, pour eiercer des actes d'intolérance. Le 28 mai, quelques femmes exaltées , car il s'en trouvait un bon nombre dans Tenlourage des prêtres constitutionnels , demandèrent au département Texpulsion dei prétrei réfraeUnres et dei bigoisM. Irritées d'un refus dicté par une sage politique , elles résolurent de saisir la première occasion pour punir elles-mêmes des personnes coupables du crime de ne pas penser comme elles. Le deuxième jour des Rogations, les sœurs du Sanitat s'étant retirées dans leurs chambres à l'approche de la pnK cession , après avoir caché les ornements de leur église , les dévotes constitutionnelles, que l'opinion publique a flétries, montèrent dans leurs chambres et les fouettèrent.
Les religieuses des Goëts avaient constamment refusé de reconnaître l'évoque Minée ; les mômes fanatiques , accompagnées d'un grand concours de peuple, se portèrent i leur couvent. Les religieuses eussent été fouettées sans l'intervention de la garde nationale; mais le couvent fut évacué, et la force armée les ramena à Pïantes. L'autorité les fit conduire en voiture au GhAtean, là leurs parents et leurs amis vinrent les réclamer; bientôt elles rentrèrent sans bruit dans leur asile, malheureusement le scandale avait eu lieu et le mal était fait; déjà les hommes un peu clairvoyantspouvaient prévoir une guerre religieuse, qui n'eût peut-être jamais eu lieu sans l'intolérance du parti constitutionnel.
De nouveaux événements, survenus dans la capitale, achevèrent de séparer la nation en deux camps bien distincts. Le 22 juin , Nantes reçut une lettre de ses députés, conçue en ces termes :
Paris , le 31 jaio 1791 , à 2 heures et demie du matio.
« Messieurs et chers concitoyens , grande , mauvaise et triste non- » velle. Le roi est parti avec sa famille; la reine, à 10 heures du » soir ; le roi , sur les deux heures de la nuit. Amis et citoyens , du » courage, de la vigueur , des précautions; un ralliement prompt et » soutenu de toute la force active. Un réveil à toutes les municipa- » lités. Gardons-nous des malveillants, etc.
» Signé GHAULOif , Bàco , Gottih , Jà£bt , Gibâud.
j» Gette lettre est commune à Messieurs du district et de la muni-
422 XVlII.o SIÈCLE.
» cipalité 9 qui voudront bien noDs excuser , si nous ne lear écrivons » pas particoiièrement. On ne sait ancnns détails. Le peuple est dans » l'agitation. Le roi avait envoyé Tordre (est-il dit dans un petit blN » let collé à la lettre) an ministre de n'apposer le sceau de TËtat )» sur aucunes expéditions. L'assemblée en a ordonné le rapport par » devant elle , les ministres présents. »
Aussitôt qu'il eut pris lecture de cette lettre , le département con* voqna le Directoire du district , la municipalité , ainsi que les chefs des différents corps militaires alors à Nantes, et leur en donna communication.
On arrête de mettre sur pied la force armée, de garnir les postes, de placer de nouveaux corps-de-garde à toutes les entrées de ville , de s'assurer des gens suspects et d'apposer les scellés sur leurs papiers , de garder les poudres , munitions et magasins d'armes , de mettre un embargo sur les navires , de nommer des commissaires pour visiter les paquets apportés par les courriers , afin de prévenir on de découvrir les correspondances dangereuses ; de dépêcher des exprès aux districts du ressort à l'effet de leur recommander les mesures que leur dicteraient leur patriotisme et leur sagesse , et d'en faire part au département , ainsi que des dispositions de leurs administrés; enfin , de faire prêter aux officiers et soldats , dans leur arrondissement , le serment de fidélité à la Nation et à /a Lui.
Voici la formule de celui qui fut prêté par les militaires présents à l'assemblée :
« Je promets sur mon honneur d'être fidèle à ta NaU/tm , et de ne 9 prendre part ni directement , ni indirectement , mais au oontrairo » de m'opposer de toutes mes forces à toutes conspirations, trames » et complots qui parviendront ài ma connaissance , soit contre la » Dfation, soit contre la Constitution et les décrets de T Assemblée » Nationale ; d'employer tous les moyens qui me seront confiés par » les décrets de l'Assemblée Nationale, pour les faire observer è » ceux qui me sont subordonnés par les mêmes décrets ; consentant, » si je roanqne à cet engagement , à être regardé comme un homme ' » infâme , indigne de porter les armes , et d'être raiyé du nombre des » citoyens français. »
Dumourier, présent à cette séance, détache sa croix de Saint-Louis, la remet au vice-président , et promet de ne la reprendre qu'après le serment qu'il prête en effet. (Tout le monde sait comment il l'a tenu.)
XyiII.« SIÈCLE. 428
Dn>nart de Lesey , capitaine an 25.« régiment , arant de lever la main dit : « Lorsque nons avons prêté serment à la Nation , à la Loi » et au Roi , nons ne Tavons prêté an roi qne snbordonnément à la » Nation et à la Loi. Le Roi anqnet nons avons prêté ce serment, est n le Roi reconnu par la Nation , mais autant qu'il est fidèle exécuteur • de la loi. Dn moment qn^il a abandonné la Nation , nous ne con- » naûtoni plus que la nation eUê-même , et Ut lois qu'elle a eonien-- » ties. 9
Gonstard , qui rentrait an moment oti le vice-président remettait à Dumonrier sa croix, proposa que le ruban tricolore remplaçât le ruban poncean de ces sortes d'insignes. Tons ceux qui en étaient porteurs, acceptèrent la proposition aux applaudissements des citoyens présents.
La cérémonie dn serment achevée , on arrête , sans désemparer , la rédaction d'une proclamation an nom des trois Corps administratifs. Letoumenx, procureur-général du département, etLefebvre- Ghanvière , procureur*syndic dn district , sont nommés commissaires pour rédiger cette proclamation que voici :
« Citoyens,
» Le roi est parti ; mais le véritable souverain , la Nation reste , et n les Français dignes de la Liberté sont plus qne jamais maîtres de )» leur sort : la Constitution est faite. Le destin de l'Empire est fixé , » et sa durée , assise sur les bases éternelles de la raison et de la » justice» n*a jamais pu dépendre de la volonté et de la présence » d'un homme.
» Le pouvoir qu'il exerçait et qn*ll a cru anéantir par sa fuite , A n'était-il pas le nôtre ? N'était-ce pas laS Nation^qni le lui avait » délégué ? Il reste donc encore tout entier à sa source.
9 L'Assemblée Nationale,. dépositaire de la volonté générale, en » avait revêtu celui qu'elle avait trouvé sur le trône dn despotisme ; » mais se ressaisissant, au nom de la Nation , de ce même pouvoir, » elle le conservera , on le déléguera pour les intérêts et le salut » de la patrie.
» Comblés de ses bienfaits , rassurés par ce qu'elle a fait , sur ce » qu'elle peut faire encore, espérons tout de sa sagesse; croyons A qu'elle saura faire servir au bonheur de la France un événement 9 médité pour sa mine. Ceux qui ont su créer la Liberté sauront la » maintenir. Mais c'est i vous, c'est à tous les bons citoyens de
424 XVni.o SIÈCLE.
» la seconder. Partageons , h Veari , la gloire de sauver la patrie. » RalHons-noQs antonr de cette sainte Gonstitntion ponr laquelle » nous avons jnré de verser notre sang.
» Citoyens , voilà le moment où le vrai patriotisme sera mis à » répreave. Veillons sur nos ennemis. Observons les Iftdies qai ose- » raient abandonner Tétendard de la Liberté ; mais gardons*nons des » excès ; et faisons voir à l'Europe étonnée que la Nation française , » en perdant un roi qui Ta trompée, n^en a pas moins conservé cet » ordre , cette union , cette fierté que peut seul inspirer le véritable » amour de la Liberté. FidéUté à ta JYaUon et à la Loi, »
Cette proclamation , donnée dans la nuit à Timpression , est affichée dès 7 heures du matin. Des exemplaires en sont expédiés aux districts et aux communes du ressort, pour être lus et affichés partout.
L'assemblée s'était séparée à 3 heures et demie du matin , après avoir arrêté en dernier lieu que , vu la gravité des circonstances , les trois corps administratifs se rassembleraient chaque soir, à cinq heures, à la maison Commune ; que les séances seraient publiques; qu'en outre , un comité composé d^un membre de chacune des trois administrations passerait la nuit pendant quelque temps pour veiller à la tranquillité publique , les plus jeunes devant commencer.
Le 23, à 10 heures du matin , arrive un second courrier extraordinaire ; il était porteurde la lettre suivante de M. Baco.
Paris, ce 22 join 1791.
Messieurs e(t chers concitoyens.
Le courrier que nous vous avons envoyé hier matin vous aura instruits de la fuite du Roi ; TeCfet qui en est résulté n'est pas celui qu'on en attendait, au moins pour le moment. Nul désordre , nuls regrets; les malveillants cherchaient sur les figures les mouvements de la consternation on de la fureur ; ils n^y ont remarqué que ta froide indignation et le mépris qu'inspire et doit inspirer à tout français la vile et odieuse conduite du Roi qui , au mépris de ses serments répétés , avant et depuis son séjour à la capitale , malgré ses dispositions civiques , annoncées avec faste depuis la Révolution, a osé fuir et abandonner son poste. Il nous a remis ou fait remettre une déclaration écrite de sa main , du style d'un mauvais écolier, où il se plaint entre autres choses de ne pas être bien logé dans le vaste palais des Tuileries , de ne recevoir de la nation que vingt-cinq millions, quoique la nation, par
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lai on poor loi soit écrasée d*ane dette immense ; il nons dit qu'il n'a pas été libre , qu'il a été forcé dans son yœu. Que de mensonges ! Quelle perfidie! L'assemblée prend la pins grande précaution pour assurer et maintenir l'ordre.
« M. de Rochambeau , commandant le Nord de la France ; H. d'Afiry , commandant dans l'intérieur ; nombre d'officiers généraux, ont promis et juré à l'Assemblée fidélité à la rfation et secours de leurs forces et de leurs talents. Ce matin doit être proposé^ à l'AssembléCy un serment pour les militaires ; enfin , il faut connaître ses amis et ses ennemis. Citoyens et amis, voilà un grand moment; vous déploierez sans doute tout le patriotisme que les départements voisins de Paris ont déjà manifesté depuis le départ du Roi. Une conscription de Tolontaires nationaux est ordonnée; ils seront payés du moment qu'ils entreront en exercice. D'avance , disposez-les à partir; armez les bras de nos bons citoyens; relerez le courage de tous par l'exemple du Tôtre. La liberté publique est menacée , tous ne serez pas les derniers à la défendre. Veillez nos prêtres , nos factieux, nos imbéciles. Vous TOUS montrerez, Messieurs , dignes de votre réputation dans ce jour de crise.
«Vos représentants mourront à leur place,si vous redevenez esclaves.
dLcs ordres, les courriers sont envoyés dans les places fortes, sur les frontières , pour les mettre , par des af^rovisionnements de vivres et de munitions , en état de défense. Nous sommes incertains à cette heure (dix heures du matin) , du chemin qu^a pris le Roi. On dit qu'il a été vu sur la route de Metz. Les mécontents disent que M. de Rouillé l'y recevra; mais les citoyens sont patriotes zélés; mais la garnison est entière à nous. Les officiers sont contre. Les dangers s'ouvrent de toute part.... Unis et fermes, nous résisterons. Nous vous en conjurons , Messieurs , électrisez les cœurs , que nos concitoyens se hâtent de s'enrôler , de se préparer par des exercices. Vous recevrez une proclamation de l'Âsseroblée, en réponse à la déclaration du Roi. Peut-être serait-il bon que vous en préparassiez Tefiet par un écrit aux habitants du département; votre sagesse, votre patriotisme nous font tout espérer du succès des moyens que vous prendrez.
9je vous envoie le journal des débats etdécrets: vous y lirez le succès des opérations de l'Assemblée, qui est tenante depuis hier matin et qui est secondée puissamment par le département, la municipalité et tous les citoyens.
«Les armes du roi ont été effacées partout, et en cela les citoyens témoignent, d'une manière simple et énergique, leurs sentiments sur le Roi actuel.
«Vous veillerez aussi sur les moissons, sur les propriétés. Je ne sais , Messieurs, pourquoi tant de recommandations; près de vous, sans doute, elles sont inutiles, mais il faut se les répéter réciproquement pour arrêter les brigands tentés de profiter des moments de trouble.
» Vous ponrez , Messieurs , communiquer ma lettre.
» Je suis arec des sentiments fraternels,
» Messieurs,
y» Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
BAGO. y>
Le courrier qui apportait cette lettre du député Baco, était, en outre, chargé d'une seconde lettre manuscrite du ministre de Tintérienr. Les trois corps se rassemblent; et, après avoir pris lecture de la dépêche, ils en ordonnent le dép6t au secrétariat, la transcription et Timpression; les conseils du département et du district sont convoqués, puis on lève la séance pour se rendre ii la procession de la Fête-Dieu.
Les grands événements révolutionnaires s'annonçaient chaque jour par des mouvements plus graves : quelques émeutes avaient seules troublé jusqu'alors dans la Loire-Inférieure et la Vendée la tranquillité du régime constitutionnel. Le 1.'^ juillet, six cents hommes armés se réunirent au district des Sables , dans le château de M. de Lezardière. Les gardes nationales des villes voisines se disposaient à les attaquer, lorsqu'une flotte de 26 voiles ennemies parut à la côte; un exprès partit alors pour Nantes et vint y demander des secours; 360 gardes nationaux se mirent en route à 10 heures du soir, et 50 dragons les suivirent le lendemain. — Les rebelles, prévenus de Tarrivée de ce renfort et de plusieurs anUres , profitèrent d'un orage pour évacuer le château, qui fut pris et brûlé ; la flotte ennemie regagna la hante-mer sans avoir pu opérer son débarquement. Ainsi se termina cette tentative, qui révélait aux Vendéens le secret de leurs forces et la possibilité d'une insurrection.
Au mois d'août eurent lieu les élections: il y eut division entre les électeurs de liantes et ceux de la campagne ; MM. Goustard , Benoiston, Marie Monraîn, Papin, Français, Dnfrexou, Monneron, Launai, furent nommés pour la 2.« législature. Ces nominations étaient
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Imn de tranquilliser le parti rojaliste; aussi ne cessait-il de conspirer contre nn ordre de diose qu'il acceptait par force. Le 5 septembre, les cartes de confiance donnèrent naissance à une émeute assez violente, préparée depuis long-temps par les ennemis de la révolution; déjà Ton avait désarmé grand nombre de gardes nationaux dans la rue du Moulin et dans les petites rues voisines de la mairie, lorsqu'un détachement assailli trop vivement à coups de pierre et serré de très-près, fit feu sur la multitude; il n'y eut heureusement qu'un seul homme de tué* Le maire «t sou -conseil décidèrent alors d'arbwer le drapeau ronge et de le promener dans tonte la ville , ce qui fut exécuté sur^e-cbamp; toutes les troupes parcoururent les divers quartiers et restèrent cinq heures sous les armes. MM. les munidpanx donnèrent lecture de la loi martiale dans les principaux carrefours et même dans les faubourgs.
L'installation des prêtres assermentés ayant donné naissance [à de nouveaux troubles, surtout dans les communes de Bouguenais et de Gouëron, la force armée s'y porta vivement, comprima les contrerévolutionnaires et ramena des prisonniers, dont l'évéque Minée obtint encore la grice.
Le 14 septembre, le ministre de l'intérieur écrivait aux autorités de la ville de Nantes:
« Le Roi, Messieurs, a annoncé hier à l'Assemblée Nationale qu'il acceptait la Constitution ; Sa Majesté vient de consacrer solennellement cette acceptation dans le sein de l'Assemblée Nationale , an milieu des applaudissements et de l'allégresse universelle. Je m'empresse. Messieurs, de vous apprendre ce grand événement, qni doit être l'époque du retour de l'ordre et de la paix. J'ai l'honneur de vons envoyer plusieurs exemplaires de la lettre du Roi. Je n'ai pas besoin de vous recommander de loi donner toute la publicité possible. Votre patriotisme, votre amour pour le Roi, votre zèle pour la chose publique, vous guideront assez dans cette mémorable circonstance.
(c Le Miniêtre de P Intérieur : signé Delbssabt. »
La lettre du Roi fut aussitôt imprimée et publiée. Le 25, la proclamation de la Constitution fat annoncée le matin par une salve de 26 coups de canon. A trois heures après midi^ le maire et les officiers municipaux se rendirent au département pour y prendre la bannière nationale ; tous les corps administratifs sortirent ensemble et parcou-
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rorent la yille ; ils étaient précédés d^an trompette , et accompagnés de deax détachements, Tnn d^infanterie, Tantre de caTalerie; après aToir proclamé la constitution dans tons les carrefours , ils se rendirent snr les Cours, où se trony aient la garde nationale et les différents corps composant la garnison. M. le maire s^étant placé an bas de la colonne, proclama la Constitution et fit un discours ; M. Minée en prononça un autre , et la cérémonie se termina par une salve de 21 coups de canon. Le soir, an Pilori , les bourgeois allumèrent un fen*de-joie ; et distribuèrent, h leurs frais, aux pauvres , du pain , de la viande et dn cidre. Nous avons retrouvé les discours prononcés eu cette circonstance par MM. Kervégan et Minée ; ils ne contiennent rien de saillant , et nous nous abstiendrons de les reproduire. Cependant on lit, dans le discours de M. Kervégan , ces paroles significatives : « Pardonnons de » bonne foi , Citoyens ; oublions pour jamais les malheurs que nous » avons épronvés , croyons que notre Roi nous aime. »
Les nouvelles élections eussent porté de nouveau Daniel Kervégan h la mairie ; mais il refusa , en exprimant ses motifs dans une lettre extrêmement modeste que les patriotes dn club le plus ardent lui retournèrent en en modifiant toutes les phrases , de telle sorte qu'elles devinrent , chacnne , Téloge le plus complet de son administration.
Le 30 novembre eut liisu Tinstallation de la nouvelle mairie. Pfons croyons devoir citer les noms de ceux qui acceptèrent dans ce moment de crise, les pénibles fonctions d'administrateurs. C'étaient B. Giraud , maire ; Bridon , Carié , Yilmaîn , Kirouard , Godebert , Bonrcart , F. Mellinet père , Bougon , Bonnart, prêtre ; Douillard, mu* nicipaux. Lepot , Rosier, Barre, Cantin , Yallot , Dobrée , Sonlatre^ prêtre ; F. Hardy , Trioche , Athenas , C. Sanlecque , Le Maître , Lefobvre , curé de Saint-Nicolas ; Goullin , Gandin , Legris aîné , Lambert , Bruneau , Dehergne aine , Dehergne jeune , Paimparay, notables. Borvo , procureur de la commune.
Le reste de Tannée n'offrit rien de remarquable. La défiance et l'irritation se glissaient chaque jour davantage dans les esprits: quelques prêtres réfractaires agitaient le département , et les administrateurs prenaient des arrêtés sévères pour déjouer leurs sourdes menées. La rigueur est un mauvais moyen , quand il s'agit d'éteindre des convictions ; les prêtres devenaient des martyrs , et les persécutions dn pouvoir leur créaient à juste titre de nombreux partisans.
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Budgets.
Noos possédons les budgets de Nantes , pour les années 1790 et 1791 ; ils sont intéressants à consulter , sons plusieurs rapports ; et nous en placerons un extrait sons les yeux de nos lecteurs. '
Lorsque Yint notre première révolution , la yille s'était ^déjà af* firandiie de plusieurs sinécures h sa charge, qui absorbaient un revenu de 25,180 livres; en 1790, elle supprima de nouveau grand nombre d'articles , parmi lesquels se trouvaient les suivants :
A M. de Brancas, indemnité de logement, 2000 liv.;
Au même pour les portes , 1200 liv. ;
Au Lieutenant du Roi , 2000 ;
Au subdélégué, 1200;
Au secrétaire de Tintendant , 1000;
Pour installation des maires et échevins , 800 ;
A Timprimeur, 60;
Jetons de la mairie , 1600 ;
A 3 couvents pour aumônes, 310.
Le total des économies , faites cette année-là , sur les traitements , fut de 28,511 liv.
Le bourreau recevait à cette époque le logement et 1200 liv ; le» tambours, 1280 Uv.; les gardes de villes, 3600. Le commerce avait on dépoté à Paris, qui était payé 3000 liv. ; la police ne coûtait que 3000 Uv. ; les trois architectes de la ville recevaient 4350 liv. ; on accordait an maire, 700 liv. pour un secrétaire; 240 liv. au 4 huis* sien de police ; 200 à Thorloger ; 4250 aux oratoriens , pour le collège; 800 au bibliothécaire; 1000 au professeur d'hydrographie.
On peut résamer ainsi le !.«' budget publié par la mairie de Nantes:
DÉPBNSBS.
Honoraires et gages 61,660 liv.
Pensions viagères 5,079
66,739 liv.
Rentes dues à des ecclésiastiques. . . . 13,842 liv. 3 s. 2 d.
Rentes dues à des laies 16,548 13 4
Rentes dues au domaine national. . . â,793 10 4
34,184 liv. 6 s. 10 d.
430 XVin.« SIÈCLE.
Intérêts de trois emprunts contractés , le 1 ••' et le 2.«, pour les constructions da quartier Graslin ; le 3.' , pour celle du spectacle, l.e' Emprunt, intérêts de 107,000 Mv. . 5,350 Ut.
JYota. ^amortissement ayait réduit cet emprunt de 16,000 Uy.
2.e Emprunt , intérêts de 1 50,000 Ht. . . 7,500 3.e Emprunt , intérête de 285,000 Ht. . . 14,250
27,100 Ht.
Rentes qui ^'étaient pas encore amorties. 14,116 Ht. 13 s. 4 d.
Dépenses fixes 33,600
Dépenses Tariables mémaùre.
Total génébal des dépshsss. . . . 175,740 Ht. » s. 2 d.
A l'article des recettes on trouTe que, du i,^^ JauTier an 30 octobre 1790 , les octrois ayaient fourni 162,638 Ht. 18 s. 10 d. Ce qui faisait aTOC les fermes , loyers ,
Tentes et démolitions déjà perçues. . 214,959 Ht. 9 s. 11 d. On estimait que Foctroi donnerait jusqu'au
l.e' jaQTier 157,362
Les fermes 35,355
Les autres reTenus de toute nature. . . 29,324
Total gAstéhal dbs begbttbs, . . . 437,000 Ht. » s. 11 d.
On Ht , au rapport de M. Laënnec , qui se trouTe en tête de ce budget, que la Tille de IVantes , en 90, acheta 1172 nniformesde garde national dans les magasins de TEtat ; elle les fit reteindre^ et Tendre à très-bas prit ; la Tille dépensa aussi 30 mille francs, dans les 15 premiers mois de l'organisation de cette milice , pour fournir à ses
besoins.
Les ateliers de charité , commencés en 89 , furent continués en 90 , et coûtèrent plus de 150 mille liTres. Au moyen de cette entreprise municipale , les quais furent réparés , des démolitions nécessaires eurent lieu , une chaussée fut établie entre la Loire et le Château ; le marais de Barbin fut comblé au tiers , une promenade fut faite de- Tant le Cours Saint-Pierre , une autre promenade fut plantée dans le quartier Saint-Léonard ; la Bourse fut fondée , ratterrissement de l'île Feydeau fut exhaussé et liTré au commerce , et des réparations furent faites aux paTés et aux promenades. A la fin de son mémoire ,
le rapportenr estimait à 3 millions et demi les ressources actuelles ou prochaines de la Tille. Il semble , au premier abord , en voyant ce chifire éleré, que la situation de la mairie était très-prospère; mais si Ton songe aux dépenses imprévues telles que celles que causa Tapprovisionnement qu'il fallut faire pour prévenir la disette , et qui ne sont pas portées dans le compte ci-dessus , Ton jugera tout -autrement sa position.
Le budget de 1792 montre que les embarras s*étaient accrus rapidement. La dette de toute nature était de 4 millions 692,529 liv. 14 sous 6 deniers , et Tactif de 3 millions 668,434 liv. 1 sou 8 deniers , d'où Ton voit que la dette excédait Tactif de 1 million 24^095 liv. 12 sous 10 deniers. On voit aussi ^ par ce budget , que la garde nationale ne coûtait alors que 20 mille liv. ; que la salle de spectacle , donnée aujourd'hui gratuitement par la ville , était affermée les années précédentes 17,000 livres , et ne produisait plus , depuis 1790 , que 10 mille liv. ; que la Halle-an-Blé donnait 6000 liv. de revenu.
On peut établir , ainsi qu'il suit , le résumé de ce budget , pour les comptes apurés de 1791.