THBRMIDOB, ÉVÉNEMENTS QUI SUIVIRENT
La nouvelle des événements du 9 thermidor produisit à liantes et dans toute la Bretagne la plus vive sensation. Les Girondins pensèrent qu'ils sortiraient des prisons et reviendraient aux affaires ; les Royalistes conçurent quelque espérance, et les Jacobins furent terrifiés, ceux-là du moins qui agissaient avec intelligence et comprenaient les événements de la Convention. A défaut des pièces du temps, qui sont détruites on cachées , nous avons consulté les souvenirs de quelquesuns des hommes les plus prononcés de l'époque , et voici ce qu'ils nous ont répondu.
« Les révolutionnaires de liantes n'avaient aucune sympathie pour » Robespierre ; c'était à leurs yeux un principe, une doctrine vivante, » quelque chose de radical et d'absolu , sans entrailles et sans exaU » tation; mais ils croyaient à sa probité, à son dévouement à la » cause populaire, à son désintéressement, à son génie ; ses discours 9 et la Déclaration des droits sur laquelle vos petits journalistes » glosent à plaisir, c'était bien ce qu'il y avait de plus avancé à » cette époque , et vous n'avez pas été , depuis , beaucoup plus loin ; » Robespierre était donc notre guide , et quand nous le vîmes tomber » sons les coups de tout ce qu'il y avait de plus vil et de plus mépri- » sable à la Convention , nous désespérâmes de la République. — Il ne
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» fallait pas grande intelligence poor prévoir nne réaction contre- 9 révolationnaire. L'élargissement des patriotes égarés, tels qae les » Girondins , allait de droit; mais celnides Royalistes et des véritables » suspects 9 pour parler le langage da temps , c'était la plos grande » faute , et elle fut bientôt commise. — ^L'on nons a beaucoup accusés, » Ton nous accusera beaucoup encore. Préoccupés du salut de la « patrie, nons avons souvent oublié les mesures et les précautions » auxquelles on songe dans les temps de calme; mais Ton a vu des » capitaines de navire couper tous leurs mâts pour éviter le naufrage. » Dieu vous préserve , vous autres qui nous jugez à 40 ans de dis » tance , d'avoir jamais à subir pour le salut de la France , les terribles » nécessités d'une époque telle que 93! et , sans vous préoccuper des 9 événements extérieurs, jugez , par les seuls événements de la Yen- » dée , de ce qui devait se passer à IHantes :
» Aussitôt la levée des 300 mille hommes ordonnée > les provinces » de rOuest se révoltent; bientôt une division funeste sépare les » républicains en deux camps; c'est alors que la guerre de la Vendée » devient terrible. Nantes résiste aux efforts des révoltés, mais sur j» les deux rives de la Loire , ils obtiennent des succès ; après notre » déroute de Saumur, la bataille de Gholet gagnée par Kleber, nous i> faisait espérer la fin de la guerre , quand son théâtre seul vient » changer. Transportée sur la rive droite , l'armée vendéenne obtient » des avantages décisifs. Tandis que l'armée républicaine, démoralisée » et désorganisée , est en pleine déroute sur le Lion-d'Angers, les » royalistes marchent sur Laval. La consternation des répnblicaitts » fut alors â son comble.
» Justement alarmés , les représentants nous écrivent lettres sur » lettres; toutes se ressemblaient, toutes disaient : Patriotes , redou- » blez d'audace et d'énergie, .armez les volontaires, emprisonnez » les suspects , disposez , au nom de la nation, de toutes les ressources » du pays , chauffez les clubs et multipliez-vous , les circonstances » l'exigent. Ces ordres , nous les avons ponctuellement exécutés; et, 9 dans les jours de démoralisation , la crainte , le désir de la ven- » geance et le délire révolutionnaire les ont souvent dépassés de bean- 9 coup. Si l'échec des Vendéens devant Grandville nous ranime et » nous calme un instant, nons apprenons bientôt, coup sur coup, » nos revers de Pontorson, de Dol , d'Antrain , et la désorganisation » de notre armée. Quelles nouvelles pour des hommes qui vivaient
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9 tons de privations , et qni devaient se montrer calmes et confiants à » la tète des tronpes, anx administrations etdans les clubs. Ce n'était » pas une rie que la nôtre , nos têtes étaient en feu, et cette fièvre 9 révolutionnaire y cette fièvre qni agitait tons les républicains, a duré j» une année entière ; elle a commencé et fini avec les grands dangers » dupays.Laterrenr sur laquelle on fait tant de commentaires , était » reflet naturel des souffrances des patriotes , de leurs inquiétudes , » de leurs chagrins, de leur crainte d*ètre trahis denouveau, comme ils » Tavaient été tant de fois ; c'était aussi la suite des maladies physi- » ques et morales qui accompagnent les grandes commotions politiques. 9 Nous pensions, au 9 thermidor, qu'elle eût cessé , une fois le danger » passé , et nous avons déploré Tévénement qui livrait le pouvoir à » des hommes corrompus , à des Fouché, à des Tallien et autres qui » cherchaient à se faire pardonner leur conduite en parlant de clé- » mence et d'hnmanité. Robespierre était d'ailleurs pour nous nnphi- » losophe plus propre à diriger la France pendant la paix que dans 9 les jours d'orage > et nous comptions sur lui pour régulariser l'action 9 du gouvernements une fois les ennemis vaincus. »
Cette manière d'envisager les événements de 93 et la chute de Robespierre, porte avec elle ses commentaires. Qu'on l'adopte on qu'on la rejette , il faut avouer cependant qu'une politique inhabile dirigea dans l'Ouest les événements qni suivirent le 9 thermidor. Dans nos
contrées^ où la camaraderie plutôt que l'opinion avait armé les Girondins (1) contre la Convention, où Sotin, Lanjuinais et leurs amis n'avaient soulevé à grand'peine leurs concitoyens contre la Montagne, qu'en leur représentant les montagnards comme des hommes tons prêts h relever un trône pour y placer un roi de leur choix : fait grave , coudnant et qui ne -saurait trop être répété ; il était juste , en 94 , que les prisons s'ouvrissent pour les patriotes égarés qu'elles renfermaient Il était nécessaire encore que les royalistes et les suspects fussent
^1) Petit-DeTen da président dd comité iosarrectionoel - fédéraliste de la Bretagne, et fils d*an des secrétaires de ce comité^ j*ai enteodo cent fois traiter cette question par des hommes qui , sans aimer les inootagoards , regrettaient ane' iosorrection qni avait favorisé les monvemenu royalistes de FOuest , divisé les répablicains et ré a ai momentanément, soos le même drapeau, Poysaie, Wunpfen et les partisans les pins dévoués de la révolution.
traités avec la plas grande hamanité. Mais c'était folie de songer k mettre en liberté tons les ennemis de la Répobliqne, et cependant c*est ce qai eat lien. — Guermear et d'antres conrentionnels , pins que terroristes en 93 , se trôneraient dans TOnest après le 9 thermidor ; ils avaient à faire oublier bien des fantes et cmrent s'en laver en agissant de la manière la plas impardonnable.
Si an gonvemementabasedesaforce pour faire périr les prisonniers politiques à coups d'épingles , s'il se venge en altérant leur santé par des travaux auxquels ils ne sont pas habitués, par un séjour dans des lieux humides ou par une mauvaise nourriture et des tortures morales, il est infâme. Honte à ceux qui approuvent nue semblable conduite , car la guillotine et la noyade sont moins cruelles que certaines détentions! mais reconnaissons aussi qu'il est dans les obligations de ceux qui dirigent le pouvoir, quel qu'il soit, de ne le trahir par aucune faiblesse; or, après le 9 thermidor, la mollesse des autorités, les tracasseries auxquelles furent soumis les patriotes exaltés dans un grand nombre de villes, ceux-là mêmes doDt l'exaltation avait toujours été noble et généreuse ; la mise en liberté d'un très-grand nombre de suspects et de royalistes avoués, donnèrent rapidement au parti contre-révolutionnaire une puissance et nue énergie que la déroute de Savenay semblait avoir détruite. Instruite par l'exemple des Républicains , la chouannerie , qui commençait i s'organiser, comprit qu'elle devait employer la terreur pour arriver à son but. Faire peur, c'était s'opposer à l'approvisionnement des villes et donner naissance, dans les grands centres, à des émeutes populaires; c'était aussi discréditer un pouvoir trpp faible pour protéger ceux de ses partisans qui habitaient les campagnes: c'était encore faciliter la désertion parmi les réquisitionnaires et le recrutement dans les rangs des chouans. Dans un court espace de temps , plus de six cents admi* nistrateurs et de 1200 patriotes furent égorgés dans les campagnes da département de la Loire-Inférieure. Celui-ci était arraché de son lit la nuit , et on lui brûlait les pieds jusqu'à ce qu'il eût donné son dernier écu et tous les renseigueme^ts qui étaient à sa disposition. Un autre était assassiné à coups de baïonnette devant sa femme et ses enfants ; qaelqaes-ans subissaient, avant de succomber, les mutilations les plus affireuses; ailleurs tin chef de chouans , jaloux de dépasser les égorgeurs de liantes , hachait en morceaux , après l'avoir cruellement supplicié, un homme nul sous tous les rapports; puis d'une main rouge de sang , il écrivait son nom sur la muraille.
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Hoche, à sod arrivée dtinsl'Oaest, comprit très-bien la position; il vit qa'one * imprudente réaction aviHt encoaragé les ennemis de la Répobliqne , mais qu'il était trop tard ponr revenir sur le passé ; aussi s*empressa-t-il de tracer le plan d'une politique k la fois sage et ferme, conciliante sans faiblesse, prudente sans timidité et surtout tolérante, parce qu'elle avait ponr base Tamour de la patrie le plus par, le républicanisme le plus^incère, la philosophie la plus éclairée. — Hoche , enfant du peuple , ancien caporal aux gardes françaises , oe cachait pas les rapports qu'ail avait eus avecMarat; c'était le révolutionnaire le plus ardent dn pays ; connu ponr tel par les Jacobins de Nantes, il en reçut le meilleur accueil. Ceux qui avaient pris parti pour kl Gironde, le fêtèrent aussi. Entouré d'affection et de confiance, le jeune général se trouva bientôt en position d'agir en quelque aorte en dictateur; noble puissance que la sienne , car elle était basée sur la confiance absolue de ses concitoyens !
S^B plan de campagne fut très-simple, il faut , disait-il, laisser è chacun ses opinions, tendre la main aux hommes égarés, employer tontes les ressources de son intelligence pour faire des partisaps à la Aépnbltqne et rétablir les rouages du gouvernement. Aux Girondins , il proavait la nécessité de la terreur k une certaine époque , et les tristes résultats de leur politique de sentiment et de réaction tout ensemble. Aux jacobins , il montrait les funestes effets des excès de la terreur , la division qu'ils avaient jetée dans les rangs des républicains et l'exaspération qu'ils avaient produite parmi les royalistes. A ces derniers , il parlait an nom dn pays : voulez-vous la paix , disait-il , je voos la donne , telle que la République doit l'accorder ; avec tonte sécurité pour vos personnes et yos propriétés , avec liberté entière de conscience. Voulez-vous la guerre? soit, la République est assez forte pour écraser nue poignée de rebelles indignes de pardon. Aux prêtres réfractaires , il écrivait ainsi : « Monsieur, je sais le lieu de votre retraite; soyez prudent , discret ; n'agissez pas contre la République , et comptez sur mon appui ; si vous abusiez de ma confiance ponr fomenter des troubles, je vous ferais prendre et fusiller immédiatement.» — Ce fut sous l'influence de cette politique toute nouvelle qn'eorent lieu les conférences de la Jaunais , dans lesquelles les diplomates patriotes ne montrèrent pas une grande habileté ; car les hostilités ne cessèrent point .complètement.
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En 1795^ Giraod Daplôssis fat nommé maire » pour la seconde fois; il eatpoursQccesseary Tannée «nirante , Gilbert de Beanfraochety commissaire des poudres et salpêtres.
Le 24 avril 1796/François-Athanase Charette de laGontrie, générai en chef de Tarmée royale catholique, fut fusillé à liantes sur la place Viarme ; il était âgé de 33 ans. Arec lui cessa la guerre civile qui désolait la Vendée. Le hasard a fait jouer à Charette un rôle auquel il n'était pas destiné. Peu capable comme militaire , envieux et petit avec ses compagnons d'armes , il fut toujours an second rang , tant que vécurent d'Elbée, Beauchamp et Larochejacquelin.
La môme année ^ la Loire déborda ; les eaux montèrent de 14 pieds 8 pouces.
Une plus grande tranquillité du pajs ayant permis de s'occuper des intérêts intellectuels , l'école centrale du département fut instituée. A l'installation de cette école , qui eut lieu sous la présidence de M. Francheteau , assisté de MM, Clavier » Le Gall , Gourlay et Poton , et à laquelle assistait Letoumenx , commissaire du Directoire exécutif , M. Francheteau prononça un discours fort remarquable pour l'époque, et que Ton attribue à Huet, alors employé de l'administration du département. C'est une rue rapide sur la science et les arts , pleine de ces aperçus qui dénotent l'habitude de penser. Nous en citerons quelques phrases , qui firent sensation , et qui en montreront l'esprit
» Quelques hardis calculateurs ont voulu déterminer l'époque où les sciences abandonnant l'Europe , iront loin de nous créer un nouveau monde.... La France empêchera l'accomplissement de cet efiroyable augure ; si les arts n'ont que passagèrement Illustré l'antiquité , c'est que, pour s'instruire , il fallait aller au loin étudier d'obscures sentences et de froids monuments ; c'est que l'art de fixer la pensée était trop imparfait , c'est qu'Homère confiait aux reuts ses poèmes harmonieux , et que Socrate abandonnait à ses disciples le soin de recueillir ses maximes ; c'est que , corrompu par les poètes , trompé par les orateurs, l'État se vit souvent forcé d'en proscrire la profession ; c'est qu'avant qu'on eût trouvé l'application des plus abstraites conceptions aux usages communs de la rie , les sciences ne pouvaient être considérées que comme d'oiseuses occupations. . . . « Qui eût pensé que cet art anathêmatisé par les superstitieux, ridi-
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enlisé par les sages d'alors , arili par les fripons qui Texerçaient , dégagé des inystères des Lnlle et des Flamel , deviendrait entre les mains des physiciens français , le premier des arts , celni qni donne à nos manufactures des procédés anssi simples qne sûrs , qui a multiplié nos mojens de ratncre et découvert dans les végétaux qui nous entourent des principes nutritifs , inconnus ou méprisés ? Qui eût pensé qde le pyrrhonisme , corrigé par un philosophe français /eût pu révéler aux Diderot , aux d^Alembert , aux Condorcet , la théorie des probabilités , celle du calcul conjectural , qui servent de base au système do finance d*nne nation célèbre , qui parmi nous ont réglé les formes des élections et des jugements criminels , et donnent les éléments de Tarithmétique politique , quMI n'appartient qu'à nous de perfectionner. Heureux qui peut suivre les progrès de Tesprit humain et consacrer ses loisirs k Tétude de découvertes journalières ! »
A M. Franchetean succédèrent RoUin et M. Poirier. Le premier prononça « au nom du jury d'instruction , un discours vide de pensée, plate répétition des opinions les plus vulgaires , oti le sens était constamment sacrifié à la forme de la phrase. Le second présenta un résumé des services que TÉcole centrale pouvait produire. Bientôt les cours commencèrent. Le dessin, Thistoire naturelle, les langues anciennes, les langues vivantes, les mathématiques, la physique, la chimie, la grammaire générale, les belles-lettres, Thistoire et la législation y furent professés. C'est ainsi qu'entourée d'ennemis, la République , occupée à soutenir le défi qu'elle avait adressé aux rois de l'Europe, en leur jetant pour gant la tête de Louis XYI, organisait cependant à l'intérieur les moyens de civilisation qni devaient assurer le triomphe des doctrines de liberté.
En 1797, Daniel Kervégan fut nommé maire, comme son prédécesseur, sous le titre de président de l'Administration municipale. Il fut remplacé la môme année par M. Douillard, architecte; il ne se passa du reste dans notre ville aucun fait remarquable , si l'on excepte l'inondation du 19 mai , dans laquelle les eaux montèrent de 11 pieds 4 pouces.
Le 29 prairial an VI (18 juin) , eut lieu la fôte de l'Agriculture, sous la présidence du citoyen Saget , qui avait succédé à M. Douillard. Ce fut l'une des plus brillantes de la République. Pendant qne les autorités se réunissaient à l'Hôtel-de-YiUe, des musiciens exécutaient une ouverture li l'extérieur. A deux heures , le cortège se mit en
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moins long-temps à se rétablir, La perte des Vendéens n'est pas connae: tout porte à croire qu'elle fat plus considérable. La garde nationale se composait alors de 9 bataillons , y C4)mpris les vétérans , de 307 canonniers , 87 caraliers, 180 pompiers ; le tont formant un effectif de 11,425 hommes.
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En 1800 9 la préfecture fut instituée. H. Letoumeury de la Manche , est le premier préfet que nous ayons eu. Le 25 mai , le plancher du magasin des artificiers de la tour des Espagnols s'étant écroulé, le feu prit aux poudres et fit sauter la tour , une partie du grand bâtiment de la chapelle et le logement de Tétat-major. 60 personnes furent tuées , pareil nombre blessées , 101 maisons éprouYèrent de grands dommages, des pierres furent lancées de tons côtés, Pone entre autres du poids de 200 kil. jusque sur le Cours, oii on la voit encore aujourd'hui. La perte en immeubles causée par cet accident fut évaluée à 397,000 fr., celle en meubles à 156,300. Par bonheur, la grande poudrière ne sauta point, ce qui préserva la YÎllede désastres incalculables. Cet accident aurait dû faire ouvrir les yeux h l'administration sur le danger de conserver des poudres an milieu d'un quartier populeux ; mais les diverses mairies qui se sont succédé depuis cette époque ont apporté, dans cette affaire, la plus grande on pour mieux dire la plus coupable négligence.
M. Fellonean succéda la même année, comme maire, à H. Saget; il s'occupa de faire rétablir le jardin de l'Hôtel-de-Ville d'après le plan dessiné, en 1728, par Gabriel, architecte du roi. L'ingénieor Foumier fut chargé de ce soin.
En 1801, Clande-Sylvain Paris, négociant, fat nommé maire. Cette même année, la Loire déborda, les eaux s'élevèrent de 14 pieds 11 ponces.
En 1802, entlien la première séance pnbliqne de la Sodété des Sciences et Arts da département. — L'établissement des bains , titné sur la place de la Petite-HoUande, fut commencé sur les plans de l'architecte Cmcy.
Le 15 août , Napoléon Bonaparte , premier consol , fut proclamé coDsol à vie. Nal dans notre ville ne manifesta de mécontentement. Il 7 a de ces moments poor les gouvernements , où Tusurpation devient très-facile, ott Findififérence des gouvernés donne pleine latitode anx plos proches héritiers dn pouvoir. Le génie de Napoléon lai avait créé nne grande iofluence , la fortune lui permit de profiter des circonstances , et il se tréna.
NAJITBS, SN l'an X ET EN L'àN XI.
La statistique deHuette nous permet de juger avec connaissance de cause cette époque qui tient le milieu entre la République et TEmpire.
La statistique se compose de tout ce qu'il y a de positif en économie politique; par suite, elle embrasse le gouvernement et ses rouages , les richesses dans tout ce qui concerne leur production , lenr distribution et leur consommation. Plus parfaite, elle finira par établir d'une manière rigoureuse le degré de bien-ôtre moral et physique dont jouit la société dans les diverses classes qui la composent , et le jour viendra oh Thistoire ne sera plus qu'un résumé rapide des tableaux synoptiques qu'elle aura tracés. D'ici-là , profitons de tons les matériaux qui sont en notre pouvoir pour faire juger et comprendre les diverses phases de notre ville.
En 1802, le mouvement dn port, pour le grand cabotage , n'était plus que de 18,501 tonneaux, savoir : 13,704 importés, 4,797 exportés. Sur cette quantité, qni formait le chargement de 136 bâtiments, le tonnage français ne s'élevait qu'à 1,882 tonneaux. Le long-cours se trouvait dans une position encore pins déplorable, relativement ik nos anciennes relations. Son tonnage total, au lieu de s'élever à 98,000tonneaux, comme en 90, ne fut que de 18,471 tonneaux chargés sur 104 navires. 4,269 tonneaux furent importés , et 13,202 exportés. Le tonnage français ne s'éleva , sur cette quantité si minime , qu'an chiffre de 8,066. Le' petit cabotage s'était mieux soutenu : 588 bâtiments avaient importé sur notre place 26,305 tonneaux, et exporté 17,610 tonneaux anx prix de 9 , 13 et 17 fr. le tonneau pour la côte Nord; 18 , 20, 23 pour la Hanche ; 8, 12 , 18 pour la oôte dn Snd , 25 ponr la Méditerranée. La signature des prélimi-
naires de paix fat connue à IVantes le 15 yendémiaire» et dès le 26 on annonçait quelques navires en armement ponr Saint-Domingae. 45 bâtiments furent proroptement expédiés , savoir : 3 ponr la Martinique, 14 pour les Cayes, 14 pour le Cap, 6 ponr le Port-au- Prince, 2 pour Saint-Marc, 4 pour Jérémie , et 5 pour les côtes d'Afrique. Le prix du fret varia , pour les Antilles , de 100 à 140 liv. le tonneau , et les assurances de 3 à 5, comme en 1790 ; mais nos navires trouvèrent , dans la plupart des colonies , les habitants ruinés , et nos denrées s'y vendirent à des prix inférieurs à ceux d'Europe. Lorsque la guerre survint de nouveau , on vit de suite les assurances monter rapidement à 50 et 60 pour 100, taux auquel les Anglais qui assuraient nos marchandises n'avaient plus intérêt à les faire prendre.
En Tan X , 8 navires furent dirigés sur lUe-de-France , c'était 5 de plus qu'en 1790 ; mais il ne faut pas attribuer cette augmentation à un déplacement de notre commerce. Ces navires avaient pour mission de rapporter à Nantes les prises faites par nos corsaires et déposées , pendant la guerre , à TIle-de-France.
L'industrie avait en général moins souffert que le commerce de nos orages politiques. En Tan XI , les mines de Nort et de Montrelais livrèrent 108,125 hectolitres de charbon de terre. Les salines nous offrent, pour 1802, un produit de 44 à 48 mille tonneaux. La fabrication des clous , liée à nos relations d'outre-mer i avait été réduite de 80 mille quintaux métriques à 10 mille ; la fabrication des toiles n'occupait plus que 230 métiers , au lieu de 500 , dans la ville de INantes. La blanchisserie an chlore avait cessé ; 7 établissements s'étaient formés pour la filature mécanique du coton. Les corderies occupées pour le compte de la marine nationale n'avaient ni prospéré, ni déchu. La chapellerie ne fournissait plus qu'à la consommation locale. La concurrence des indiennes de fraude avait entièrement ruiné nos fabriques. La verrerie ne fabriquait plus que moitié de ses anciens produits ; les raffineries et les distilleries avaient subi l'influence d'une guerre maritime.
Parmi les établissements de notre ville se trouvaient : une fabrique de pipes occupant 8 ouvriers, une autre de faïence, servie par 50 ; une manufacture de porcelaine qui en employait 40. Les diverses tourbières , exploitées par 4 mille 247 ouvriers , produisaient
3 millions 247 mille centaines de mottes , ao prix de 0,10 le cent. La clonterie » à Nantes » occapait 240 onrriers ; les fonderies , 30; les toiles peintes » 1300 ; la Terrerie , 31 ; la raffinerie ,144.
On comptait , à cette épo4pie , pour tont le département , 14 pharmaciens , 13 architectes , 174 aubergistes , 213 boutiquiers , 241 bouchers, 52 charcutiers , 243 boulangers, 1 brasseur, 4 bouquinistes , 8 constructeurs de navires , 284 maitres-charpentiers , 247 cordonniers , 1441 cabaretiers , 35 commissionnaires de marchandises , 10 droguistes , 1 entrepreneur de roulage , 8 fabricants de mouchoirs , 24 de cotonnades , 182 épiciers , 7 fabricants d*eau-de- Tie , 9 de chandelles , 1 facteur d*instrnments , 4 luthiers , 25 ferblantiers , 23 fariniers , autant de grainetiers , 4 imprimeurs-libraires, 3 libraires , 12 limonadiers , 24 horlogers , deux manufactures de brosses , 6 d'indiennes , 2 marbriers , 86 marchands de bois à brftier, 41 de draps, 188 de vin en gros, 142 négociants, 124 médecins , 3 dentistes , 74 perruquiers , 4 poôliers , 84 propriétaires de bateaux caboteurs , 42 quincailliers , 32 revendeurs , 37 ronliers , 75 tanneurs. Sans doute , le plus grand vice de ce tableau , ce n'est pas d*6tre incomplet , mais bien d'être fautif. Cependant, il serait à désirer que, pour chaque époque , on pût en dresser de semblables ; ils donneraient matière à des rapprochements curieux > et jetteraient un jour tout noureau sur la distribution des produits, partie de Téconomie politique que jusqu'ici Ton n'a pas encore étudiée.
Les prix de la main d'œurre en Tan XI , étaient de 2 fr. 50 pour les tailleurs de pierre , les charpentiers , les plombiers et les menuisiers ; de 2 fr. 25 pour les maçons et les marbriers ; ils rariaient de 90 c. à 1 fr. 75 c. pour les manœuvres ; les serruriers étaient payés 3 fr. y et les sculpteurs 5 et 6 fr. par jour.
En général , 100 fr. placés en immeubles rapportaient , à cette époque , de S fr. à 5 fr. 55 c. pour les prairies , de 5 fr. 60 à 5 fr. 80 c. pour les terres labourables , de 5 fr. 80 c. à 6 fr. 25 c. , pour les vignes , de 8fr. 33 c. à 10 fr. pour les maisons de ville. Prêtés , 100 fr. rapportaient sur billet de 9 à 10 fr. 50 c. ; sur hypothèque de 6 à 9 fr. ; à la grosse, pour les Antilles, de 15 à 18 fr. ; à la grosse , pour TLide , de 36 à 39 fr.
Le prodaît de Toctroî de Nantes , en Tan XI , se trouve au tableau suivant :
Boissons 196,282 fr. 12 c.
Comestibles 114,182 14
Combustibles 41,434 92
Fourrages. • 11,878 46
Matériaux 20,797 67
Marchandises diverses 77,921 48
Droit d*ancrage 45,845 55
Total 508,342 fr. 34 c.
La même année, les centimes additionnels produisirent 20,000 fr., le dixième des patentes^ 6,000 fr. ; les fermes des domaines, 391,730 f., dans lesquelles se trouvent compris 362,360 fr. produit net du bail de Toctroi, formant un total de 417,730 fr. Les dépenses s'élevèrent à 410,747 fr.^ sur lesquelles les frais de bureau figurent pour 38,581 fr. ; la garde nationale et les pompiers, pour 10,500 fr. ; l'éclairage , la voirie et la police , pour 77,850 fr. ; les hospices et le bureau de bienfaisance, pour 222,700 fr. ; Tinstruction publique, pour 8,000 fr. ; le culte, pour 17,600 fr.
Les cours de Técole centrale étaient passablement suivis. Le professeur de dessin Lamarie avait 114 élèves; celui de mathématiques Barret, 102; celui de langues anciennes Bonnetnant^ 43; celni de belles-lettres Renou, 27; celui de grammaire générale i^oirtér, 12; M. Darbefeuille avait 20 élèves à son cours de physique et de chimie; Le Meignén, 9 à ses leçons d'histoire naturelle. Le professeur de législation RolUn , n'avait personne , et le cours d'histoire n'avait pas Heu.
On comptait 124 maîtres et maîtresses qui donnaient des leçons à 1549 garç(>ns et 568 filles. Le prix de l'instruction variait depuis 1 fr. jusqu'à 10 fr. par mois. Notre ville avait encore six écoles secondaires, dans lesquelles on comptait 29 professeurs , 117 pensionnaires , 74 demi-pensionnaires et 220 externes. Le prix de la pension variait entre 5 et 600 fr. , celui de Tinstruction , entre 96 et 120.
Le bureau de bienfaisance de Nantes secourut , en l'an XI , 8659 individus, sur lesquels 1,586 femmes et 4,039 enfants; le nombre des naissances avait été, en 1790, de 3,750 garçons et 3,526 filles; le
chiifre des mariages , 1,626; celai des décès, 6^098. En l'an X , il naquit, dans Tarrondissement, 2,585 garçons et 2,309 filles ; en Pan XI, 3,007 et 2,801 ; en Tan X> il se fit , dans Tarrondissement , 880 mariages; en Tan XI, 1363; en Pan X, il 7 ent 4081 décès ; en Tan XI, 5065. La popnlation de Tarrondissement était d*enyiron 155,000 âmes.
En 1803 (an XI de la république) , le champ de sépulture , connu sous le nom de clos de Miséricorde , fut entouré de murs , le portique d'entrée fut éle?é sur les plans de Mathurin Peccot , architecte- ▼oyer. La place Grasiin fut pavée, le pont d'Erdre achevé, et Tautel principal de Saint-Pierre rétabli et réparé par les soins de H. Louis Ogée, architecte, conservateur des bâtiments civils du département. M. Jean-Baptiste Duvoisin était alors évéque déliantes; la môme année, les Sœurs de la Sagesse de Saint-Laurent-sur-Sèvres furent rétablies an Sanitat.
En 1804 , M. Bertrand-Geslin fut nommé Maire de Nantes , et MM. Ghaillou , Arreau , Amable Savary, négociants, Felloneau , ancien maître particulier des eaux et forêts, furent nommés adjoints. Le 29 avril, les Sœurs de la Charité de Saint-Laurent-snr-Sèvres furent rétablies à THospice civil.
Le 27 mai , Napoléon fut proclamé empereur ; toutes les autorités lui prêtèrent serment de fidélité ; peu de temps après , par arrêté du Maire, TAigle Impériale fut inaugurée sur THôtel de la Mairie, et la statue équestre de Tempereur , dans la salle du conseil.
Cette aigle impériale et cette statue équestre, qui n'étaient d'aucune utilité et dont l'inauguration n'avait d'autre but que de recommander au pouvoir un maire plus courtisan qu'administrateur, ont disparu pendant nos troubles civils , il n'en reste plus que le sou* venir , et cependant cette leçon n'a point profité aux Mairies qui ont remplacé celle de 1804.
Le 6 janvier , le couronnement de Napoléon fut fêté dans notre vilUd.
5i0 XIX.« SIËGIiE.
Le 21 février , la Loire s^élera de 12 pieds , et déborda. La même année, Téglise de Saint-Donatien , détruite pendant la révolution, fut rebâtie par la bienfaisance des demoiselles de Trevelec et des habitants de la paroisse. — INapoléon , tout en se faisant le restaurateur du culte , ne voulait point consacrer Toppression du protestantisme. L'église réformée voulait un temple à Plantes , et le Préfet , fidèle aux instructions de son maitre^ en fit lui-même l'ouverture et présida ^ Tinstallation de M. Pierre De Jonx , pasteur de Genève, en qualité de président de Téglise consistoriale des départements de la Loire-Inférieure et de la Vendée.
L'ancien bâtiment des Ursulînes fut réparé et disposé pour devenir le collège impérial. La partie du cimetière de Miséricorde , destinée aux réformés, fut entourée d'une enceinte de murs. La même année, l'ingénieur Foornier découvrit une inscription romaine extrêmement curieuse , qui faisait partie du tribunal de commerce que Nantes possédait avant l'invasion des Bretons insulaires.
Le 23 mai, on fêta le second couronnement de l'Empereur > comme Roi d'Italie. Napoléon était alors extrêmement populaire. Beaucoup de républicains et de royalistes s'étaient ralliés à lui. Quelques Nantais , en petit nombre , Leminihy , entre autres , pronostiquaient déjà cependant la chute de celui qu'ils appelaient, dès jcette époque , le tytvn,
Cette année , les archives de la Mairie furent réunies et mises en ordre par M. Fournier. Le Cours Saint-André fut déblayé et planté ; le local actuel de la bibliothèque, réparé pour la recevoir ; la collection du Musée fut achetée 38,000 fr. , un tiers aux frais de la commune , et les deux autres tiers au frais du département ; le Pont-Rousseau fut reconstruit sur les dessins de M. Rapatel; enfin les Ursulines prirent possession de leur nouvelle communauté, rue Saint-Clément Cette même année, la Loire déborda : les eaux s^élevèrent à 15 pieds 7 ponces au loirimètre.
L'année 1807 nous rappelle la construction et le pavage de la nouvelle Poissonnerie , l'ouverture de la rue Napoléon (rue Royale) , la
constroction de la serre da Jardin des Plantes, dont M. Ogée a?ait foami les plans; rachèyement des réparations de l'ancien bâtiment des Ursnlines ; la réunion des Dames carmélites, qui furent autorisées à yirre en communauté , rue Saint-Clément , et le rétablissement du séminaire. Cette année compléta, dans notre yille, les restaurations religieuses. IHapoléon mériterait de grands éloges , s'il avait eu en ?ue la liberté de conscience , et si ces restaurations a?aient en pour but Tamélioration morale et intellectuelle des hommes dont il était le chef. Malheureusement , ses actes sont empreints d^nn caractère d*égoisme et d'ambition personnelle qui lui enlèvent tons droits à Testime et à Taffection de la postérité. — IVapoléon pouvait et devait vouloir pour les séminaires une instruction philosophique plus élevée, un enseignement scientifique beaucoup plus étendu , mais les lumières et l'indépendance du clergé qui en eussent été la suite , ne concordaient pas avec ses arrière-pensées de despotisme.
En 1808 , fut posée la première pierre du portail de THôtel de Ville , élevé sur les dessins de Mathurîn Cruc^. Le Lycée impérial fut ouvert le 6 mai. La veille , avait eu lien à la Mairie la seconde séance publique de la Société des Sciences et Arts du déparlement. Le 19 , survint un violent orage mêlé de grôle , qui dura une heure; des jardins furent ravagés, des murs emportés ; Teau du ruisseau ao coin de la rue de Guerande s'éleva de 4 pieds. Le 31 , Ton institua une garde d'honneur pour recevoir Napoléon. Elle se composait de deux compagnies d'infanterie de 150 hommes chacune , sous le commandement de M. De Monti de Saint-Pem , et d'une compagnie de cavalerie, dont M. Montandoin était chef d'escadron. M. Deurbroncq, colonel d'infanterie > commandait le corps entier. Le 1.'^ août , eut lieu l'installation de l'Ecole de Médecine, sons la présidence de M. de Celles, alors préfet. M. Laënnec fut chargé de la clinique interne et de la matière médicale; M.Blin , de la thérapeutique et de lliygiène; M. Darbefenille , de la clinique et de la pathologie externe ; M. Cochard , des opérations et des accoachements ; M. Lafond , de Tanatomie. Cette école eût pn devenir à Nantes la source d'un enseignement médical, mais elle est constamment restée incomplète. Aujourd'hui même » après 30 années d'existence, elle a besoin d'un amphithéâtre
d'anatomie » de cabinets de cbiinie et de physique , d*aii drognier , d'une collection anatomiqne , d'un jardin botanique, d'un chef des travaux anatomiques et de professeurs suppléants.
Le 9 août , à 3 heures du matin , Napoléonentra dans nos murs, accompagné de Timpératrice Joséphine. Ils quittèrent Nantes le 11 ^ midi. Nos autorités , dans cette circonstance , mirent tout en œuvre pour obtenir Papprobation du maître. Elles oublièrent (ce qui était alors si commun, et ce qui Test encore aujourd'hui) que le premier de* voir des magistrats consiste à soutenir leur dignité d'homme , et à ne s'humilier jamais que devant la loi.
Le 16 janvier 1809 , les eaux de la Loire débordèrent et s'élevèrent à 16 pieds 11 pouces. Le 26 eut lieu l'ouverture de la bibliothè* que dont M. Carcani fnt nommé bibliothécaire. Dans la même année , le pont de Sauvetont fnt rétabli ; les quais du Port-Maillard et du Château furent commencés par l'architecte Sanvaget , sur les plans de M. Dubois-des-Sausais , ingénieur en chef , et les dames du Refuge s'établirent à Nantes, sous la protection du curé de Saint- Pierre , qui les appuya fortement.
L'école gratuite de dessin avait été supprimée en même temps que les antres cours de l'école centrale : elle fnt rétablie le 1.^^ janvier 1810. Le 1.'^ mars , la Mairie acheta la collection de tableaux de M. Cacault. Le 13 juillet, elle passa un marché avec M. Sablet-, et promit de lui payer 15,000 fr. six tableaux destinés à orner l'intérieur de la Bourse. Le 18 août eut lien , sous la présidence de M. Bertrand- Geslin , l'ouverture du Musée d'Histoire Naturelle , dont la direction fnt confiée à M. Dnbnisson. Le 31 , à 7 heures 55 minutes du matin, on ressentit à Nantes un tremblement de terre qui dura 4 secondes. Le 17 septembre , la construction d'nn pont provisoire aux Petits- Murs fut arrêtée. Le 14 novembre, M-^^^ veuve Foomler donna à la Mairie les maBuscrits de son mari. Cette nràme année , nne dépntation du Collège Electoral de la Loire-inférieure , composée de MM. Bertrandmeslin , Dnfon , Deurbroncq , de Kersabiec et du Cambout .
sepféseiila à rEmperenr , qui Ini adreua ses paroles : « G*est en en- » trant dans yos mars qae j*at appris que des Français avaient renda » mes aigles sans combattre , et sTaient préféré la tie et le déshon- » nenr aux dangers et à la gloire. (1) Il n*a fallu rien moins qne » l'expression des sentiments de ma bonne ville de liantes , ponr » me rendre des moments de joie et de plaisir : j*ai éprouvé an milien 9 de voos ce qn^on éprouve au milieu de ses vrais amis; c*estvous dire » combien ces sentiments sont profondément gravés dans mon cœur. »
Au mois de janvier 1811 , le quai do château fut planté. Au mois de mars , la Mairie fit une adresse à TEmpereur » au sujet de la naissance du roi de Rome. C'était un assemblage de lieux communs , et de phrases louangeuses, nous nous abstiendrons de la reproduire; puissent du moins les Mairies à venir mieux comprendre leur devoir et leur mission en pareille circonstance ! Le ministre Montalivet autorisa la ville à dépenser 30 mille francs pour faire des réjouissances ; aussi furent-elles très-brillantes et très-onéreuses pour Nantes. Bonaparte était alors au faite de la gloire ; et » dans notre département. Ton ne maudissait pas encore le conquérant, dont les victoires illustraient la patrie , dont le génie fécondait le sol de la France , et qui , de quatre planches et d'un tapis de velours, avait su faire un trône appuyé sur un peuple trop confiant, auquel , en échange de ses services , il devait essayer nn jour d'imposer la féodalité nouvelle de courtisans parvenus , et les vieilles aristocraties ralliées an pouvoir.
Le 11 septembre > la Mairie prit divers arrêtés au sujet de la con»» truction du canal de liantes à Brest « que l'on devait terminer en trois ans, de Nantes à la Vilaine. Le 30 décembre , la salle de spectacle de la rue Rubens fut condamnée.
Le25janrier 1812, la Mairie transcrivit un arrêté du ministre qui prescrivait de faire l'inventaire des meubles de la Préfecture. Pende
(I) L^Emperenr taisait allasion à la hontaose caj^alation du général Dnpont en Espagne.
514 XIX.« SltCLB.
temps aaparavant, Ton avait créé des charges de mesnreiirs de grain assermentés.
Le 22 février, M. Debay père fnt envoyé à Giisson chercher la collection de tableaux achetée par la ville ; plnsienrs d*entre enx forent presque immédiatement confiés en prêt anx églises. Le 19 mars, JNapoléon donna 100,000 fr. aux indigents de Nantes; le bureau de Charité en reçut 20,000 pour sa part. Pîons ferons remarquer à ce sujet , que , sous TEmpire , la charité a toujours été confondue avec Taumône , et que Napoléon s'est constamment montré médiocre économiste. Donner 100 mille francs aux indigents, ce n*est que soulager momentanément, pour les rendre plus dures, ensuite, les misères d'une grande ville. L'organisation régulière du travail et la création d'associations de prévoyance peuvent seules tarir ht source du paupérisme.
Le 20 mars , l'architecte- voyer reçut Tordre de planter le Cours Napoléon ( aujourd'hui Cours Henri lY). Le 31 , un décret impérial défendit la pêche en Loire avec des nasses , depuis 40 brasses en amont des ponts jusqu'à l'embouchure du fleuve.
Le 20 avril, 6,600 liv. forent allouées aux soupes économiques. La grande cherté des vivres forçait les autorités à s'occuper des classes pauvres ; mais elles continuèrent à vivre dans leur imprévoyance , et la famine ne les fit sortir que momentanément du cercle étroit de leurs habitudes.
Le 3 mai , la promenade et le pérystile de la Bourse furent livrés au public. Le 5, les élèves boursiers de la commune entrèrent au Collège. Les langues mortes étaient alors regardées comme le fond nécessaire de toute bonne éducation , et les administrateurs ne pensaient pas à l'utilité dé l'éducation professionnelle.
A peu près à la même époque eut lieu l'adjudication des travaux qui restaient à faire dans l'intérieur de la salle de spectacle.
Au mois de juillet , une société non subventionnée vint exploiter le Théâtre. Le 14 août , la Bourse fnt entièrement livrée au public. Au mois de décembre , les travaux qui restaient à faire à l'Hôtelde-ville furent mis en adjudication.
A la fête de l'anniversaire du couronnement de Napoléon, qui eut lieu le 6 décembre , la mairie dota une rosière , qui fnt mariée à un militaire retraité ; ce fait n'a pas besoin de commentaires. — Dans le cours de l'année 1812, le pain fut constamment à un prix élevé ; mais
des traTanx abondants permirent an peuple de supporter la cherté des Tiyres sans se plaindre ; le nombre des onfriers était d^ailleurs pen considérable , et par snite » leurs salaires s'éleraient aa-dessns du taux actuel.
Le 23 janTier 1813 Ja mairie arrêta d'ofinr à TEmpereur 50 ca- Taliers montés ; un impôt extraordinaire de 63,000 fir. servit à payer leurs cheyanx et leur équipement. Le 5 février, le sieur Gonty-Bigot demanda à être autorisé à établir des monlins-à-ean aux ponts de Pirmil et de la Magdelaine. Le 6 mars, l'on commença les travaux du canal de Nantes à Brest dans Tintérieur de la ville , à Textrémité de la rue de la Gasserie, dont quelques maisons furent démolies. Dans les premiers jours de mai, MM. Ghanveau et Richard furent autorisés à établir une digue entre Biesse et la prairie an Duc. Le 17 eut lieu Tinstallation de la nouvelle mairie ; le Baron Dufou succéda au baron Bertrand Geslin; MM. Boismorin, Bossel, de Bercy , Roger , furent nommés adjoints.
An mois de juin , M. Darbefeuille , professeur de physique et de chimie à Thosplce de Nantes , eipliqna publiquement dans la grande salle de la mairie Tusage des boites de secours pour les noyés.
Le mois suivant (14 juillet) eurent lieu les obsèques du vénérable évêqne Duvotsin : homme de bien , prêtre éclairé , il fut regretté des habitants de Nantes.
Le 13 novembre, la mairie décida de faire lire dans les églises, au prOne de la grand^messe , une instruction sur la vaccine.
Le 2 février 1814 furent transcrits , sur les registres de la Mairie, les règlements de police concernant la boulangerie , qui sont encore en vigueur aujourd'hui. Le 10, Boissy-d'Anglas arriva dans notre ville en qualité de commissaire extraordinaire. Dans le même mois , il fut établi un péage au Pont des Petits-Murs. Le 25 mars , la Mairie s'occupa de fonder, au profit des hospices , Tinstitution usurairedite Mont-de-Piété autorisée par un décret du 3 novembre précédent ; le 28 , elle créa la perception d'un droit de pesage sur les places du Bouffay et du Port-Gommuneau.
Noos sommes bien loin maintenant des goerresde FEmpire, etnons jngeons habituellement avec partialité tes événements de cette époqne. Il est donc nécessaire , pour ceux qui ne connaissent que par les journaux le règne de Napoléon , de passer en revue l'état du commerce , de Tindustrie , des sciences et des arts dans notre ville , pendant toute cette période de IQ années. Il est aussi indispensable dUnterroger les souvenirs de Topinion publique.
Le commerce maritime ne pouvait exister pendant les guerres avec TAngieterre. L'armement des corsaires donna lieu ii quelques spéculations heureuses sous le rapport pécuniaire. Pions nous garderons bien d'approfondir la manière dont elles forent faites , il est de ces scandales qu'une grande ville enregistre dans ses traditions et dont rhistoire ne peut immédiatement s'emparer.
L'industrie ne pouvait prendre un essor rapide pendant que les Idées guerrières faisaient fermenter toutes les têtes pensantes. — Le gouvernement ayatt créé de nombreux travaux , mais la plupart devenaient extrêmement onéreux au trésor par la manière dont ils étaient exécutés ; car , sous l'Empire , il n'y arait point de liberté de la presse, et beaucoup trop d'employés profitaient de la peur qui do* minait les esprits, pour voler avec efronterie , bien sûrs de ne point trouver de dénonciateurs parmi leurs inférieurs et parmi les jonma* listes. Si un écrivain , en parlant d'un établissement fondé par le pouvoir , se fût permis , à cette époqne , de signaler les abus , on ne se fût point contenté, comme aujourd'hui , de mettre son livre h l'index et de regretter les lettres de cachet ; mais il eût certainement expié dans les prisons sa franchise et son dévouement à la chose publique.
Faute de bras , l'agriculture était faite en grande partie par les femmes , ses progrès marchaient lentement : elle réclamait avant tout des routes , des canaux et surtout des chemins vicinaux, travaux que le manque d'hommes rendait impossible.
La littérature , comprimée par la censure, n'était, sous l'Empire, qu'une freide imitation d'imitateurs assez froids eux-mêmes , tels que Fontanes et Delille. M. Jouy et le Journal des Débats faisaient les délices de sociétés qui ne savaient os n'osaient penser. A liantes , comme dans les antres villes , les écrivains se bornaient à des tradnctions presque toujours décolorées, et à des analyses des ouvrages des anciens. La critique elle-même croyait avoir rempli son rûle , quand elle avait présenté quelques réflexions grammaticales sur un
oayrage. On s'occupait de la forme, et l*on négligeait le fond complétement.
Quelques hommes s*occupaient d'archéologie , mais de quelle manière? On inscrivait des dates les unes à côté des antres, et comme il était reçu de dire que le moyen-4ge n'avait rien produit qui valût la peine d'être étudié comme œuvre d'art , on croyait avoir écrit l'histoire archéologique de la ville , quand on avait relevé les époques de toutes les fondations. Nul ne se reportait par la pensée dans les temps anciens , pour les faire revivre avec leurs églises gothiques , remplies de fidèles croyants , avec leurs costumes pittoresques , leur despotisme féodal , leurs franchises communales et leurs luttes de tous les instants.
La science et la philosophie n'étaient cultivées que par quelques adeptes : la science , comme moyen de satisfaction individuelle ; la philosophie » comme partie obligée de l'enseignement untversi* taire. Nul n'eût o&é demander publiquement à ses concitoyens : Sommes-nous heureux? Quels sont les moyens d'améliorer le sort physique , moral et intellectuel de tous ? Nul n'eût abordé franchement les questions si graves que le paupérisme soulève ; nul en écrivant l'histoire ne se fût permis de penser et d'écrire qu'elle avait d'autre but que de raconter les événements qui se groupent autour des chefs de nations et de leurs courtisans.
Personne d'ailleurs, dans notre ville, qui fût tourmenté de la fièvre du prosélytisme ; personne qui eût soif de progrès, et qui liât , en quelque sorte , sa vie tout entière à la vie sociale. Si notre Mairie formait des bibliothèques et des musées, c'était moins pour répandre les lumières que pour suivre l'impulsion du chef de l'Etat et satisfaire son amour-propre. Sans le savoir, elle accomplissait la pensée d'un despote qui croyait assurer sa puissance , en faisant servir les arts à dorer les chaînes du peuple.
Les libertés dont on jouissait alors étaient nulles, la crainte la plus grande dominait tous les esprits ; personne n'eût voulu blâmer publiquement la marche des affaires : le courage civil avait complètement disparu; les mères elles-mêmes qui avaient acheté trois et quatre remplaçants pour leurs fils n'eussent pas osé élever la voix contre celui qu'elles détestaient de tout leur cœur. Dans les journaux la censure , au théâtre la censure , partout la censure , et comme complément , la prison pour ceax que la censure n'effirayait
pas; car jamais , en 93 , an nom da Saint pnblic, an milien des traUsons et des guerres , les Montagnards mêmes ne firent pins de terrenr que TEmpire an sein dn repos. Il y ent encore cette différence, c*est qne la terrenr de TEmpire avait ponr bnt d*engonrdir toutes les facultés intellectnelles et sociales de la nation ; et, certes , les souffrances de Sainte-Hélène n*ont pas trop expié les crimes politiques de celui qui ponrait tant faire , et qui a ai peu fait pour le bonheur de l'humanité.
PBBKltRB IIBSTàUBàTION.
Le 9 avril , Ton apprit à Nantes la nouvelle du retour des Bourbons et de Tabdication de Bonaparte: c'était le soir, bieutôt la ville fut complètement illuminée; mais moins pour fêter des maîtres inconnus que le départ d*un homme dont Tambition avait fait couler des torrents de sang et privé tant de mères de leurs fils. On se denntndait du reste ce que c'était que les Bourbons. Les enfants et les jeunes gens n'en avaient pas entendu parler; les hommes plus âgés se rappelaient seuls que Louis XVI avait deux frères , dont Tun le comte d'Artois était venu dans nos murs ; aussi partout on les entourait , on les pressait de questions; d'un côté l'on espérait revoir les beaux jours du commerce maritime de notre vflle, de l'antre l'on craignait des réactions.
Le maire et le préfet publièrent des proclamations en faveur du nouveau gouvernement. Le maire, armateur et par conséquent homme de paix et d'industrie , envisageait la Bestauration sous le point de vue des intérêts matériels. Le préfet , M. de Barante , oubliait trop souvent qu'il devait tout à Bonaparte ; qu'il avait été l'exécuteur servile de ses ordres et qu'il avait contribué ponr sa part , dans notre département , à faire hair le despotisme de celui contre lequel il cherchait à exciter l'animadversion. Quant au peuple , le nouveau gouvernement lui semblait avoir mission de procurer la paix, de créer de grands travaux industriels, et par conséquent d'élever le prix de la main-d'œuvre , de supprimer ou au moins de modifier les impôts sur le sel , sur le tabac et sur les boissons. Un Boi , ponr lui , c'était de la gloire et dn bien-être. L'Illusion ne fnt pas de longue durée: peu sagace en fait de doctrines et de métaphysique constitutionnelles, il ne comprit point la nouvelle dynastie , et bientôt ses regrets se manifestèrent II notre théâtre. Il fallut supprimer dans
la Feitale les aigles romaines qai ne poaraient pins paraître sans recevoir des applandissements unanimes.
Le 2 juillet , le duc d'Angouléme tint à Nantes ; on espérait, par sa présence, exciter Tenthonsiasme dans les masses: rien ne fnt négligé. Les traditions napoléoniennes n'étaient pas perdues , et 23,335 francs furent dépensés pour sa réception. Mais ce prince, plus recommandable par ses qualités privées que par son intelligence et son instruction , ne connaissait pas le peuple, et nuisit à sa cause en donnant de nombreuses preuves d'incapacité* De leur c6té , la Mairie et la Préfecture» qui eussent dû redoubler de zèle pour lier notre ville i un gouvernement qu'elles aimaient, ne surent pas s'y prendre. Bans tonte Tannée 1814, la Mairie se borna ii faire acquisition du cabinet de tableaux de Tingénieur Fournier. Quant au Préfet, il eut la maladresse d'annoncer, trop positivement dans une proclamation, que les droits-réunis ne seraient pas supprimés. Tout était donc mûr cbez nous , comme ailleurs , pour un nouveau changement , lorsque l'homme à la redmgoUe grite mit le pied sur la terre de France.
1815. — iftvÉlVEMEirTS DES CB5T JOURS.
Le 12 marsl815, le journal deNantes instruisit notre ville du débarquement de Bonaparte. Aussitôt chacun fnt dans l'anxiété , et les journées devhurent trop longues, pour l'impatience des habitants. Le 13, le Maire fit placarder une proclamation fort prolixe et faible de logique en faveur du pouvoir. C'était un véritable plaidoyer» qui ne produisit aucun effet. Quand on parle au peuple, il faut être bref; d'ailleurs, plaider sa cause» c'est admettre qu'elle puisse être perdue. Le 14, M. deBarante adressa aux Maires une proclamation du môme genre; quoique bien écrite, elle prêta à rire aux bonapartistes. C'est qu'en effet» dans le danger, l'homme de tète ordonne et ne prie pas. Le 16, on ouvrit un registre à la Préfecture pour les volontaires qui voudraient s'enrûler et marcher de suite contre l'Empereur. Le 19 , le chevalier Zimmer, major du 61. « d'infanterie, publia un ordre du jour qui se terminait ainsi : Soldats! je vous recommande très-exprèssèment, lorsque le prince de la Trémouille passera devant vos rangs , de faire entendre des cris répétés de vive le roi. Cet ordre du jour était trop remarquable pour que nous pussions le passer sous silence , car II annonçait à la fois le désir du major de se faire bien venir du
prince de la Trémooille, son pen de confiance dam le royalisme de ses soldats et peat-ôtre aussi le pen de solidité de son propre déyonement. Le 22, ^ onze heures du matin, la i.'« compagnie des Tolontaires rojanx reçut un drapeau sur le Goars , des mains dn Maire; il portait pour devise Dieu, (e roi et ia patrie: M."« la baronne de Barante en attacha la cravate: à c6té d'elle se tronrait le général F07 , une énorme cocarde blanche an chapean. Ce fut loi qui harangua les volontaires au moment de leur départ. Immédiatement après la bénédiction , le maréchal-de-camp Grosbon , qui commandait le détachement, se mit en marche.
Le lendemain , le général F07 , qui , depuis , sons la seconde Restauration^ lia sa fortune anx intérêts de I» bourgeoisie dont il a serri la cause avec un très-grand talent, parcourait les rues de Plantes une cocarde tricolore an chapean; applaudissant du geste anx imprécations de la foule contre les Bourbons. Sur le Cours , en passant la rerne des troupes, il arracha la croix de Saint-Lonis qu'il avait 11 sa boutonnière: SoldaU , s*écria*t-il , en la jetant à terre , je ne veux pas if une dé* coration qui se gagne à ne rien faire. — Les légitimistes étaient Indignés; mais les actes du général Foy flattaient les passions populaires, et le pouvoir déchu ne pouvait rien contre lui. Plusieurs royalistes Font accusé de n'avoir agi ainsi que par vengeance. M. Felioneau , disent-ils, lui avait fait, an nom de leur parti, des propositions beaucoup au-dessous de ses prétentions* Pour nous , quel qu'ait été le motif d'une aussi lâche conduite , nons avons cm qu'il était conyenable de la signaler. Plus les hommes sont remarquables par leur talent > plus ils doivent se distinguer aussi par. leur moralité publique et privée.
Le 24, les proclamations impériales étaient affichées dans nos murs ; et ceux qui les lisaient , ne se lassaient point de nSpéter ce passage si bien adapté à l'esprit de l'époque : Qui prétendrait être nuÉttre chez vous ? qui en aurait le pouvoir ? Reprenez ces aigles que vous aviez à Ulm^ à Justerlitz^ à lena^ à EylaUt à Friedlandf à Teudela , à EssUng , à fFagram , à Smolensk , à la Moscon^a , à Lutoen^ à MontndraiL Pensez-vous que celte poignée de Français , aujourdthm si arrogants , puisse en soutenir la vue ? Ils retawmeronl d'où ils viennent, et làf s'ils le veulent, ils régneront connne ils prétendent avoir régné depuis 19 ofu/ Le 25 mars, la ville fut illuminée , et l'enthonsiasme fut à son comble ; mais grand nombre d'habitants qui croyaient
aroir à se plaindre de H. de Barante , se portèrent Ters sa demeure , dont ils brisèrent les vitres. Les antorités eurent beaucoup de peine à faire cesser le désordre. M. de Barante , forcé par Topinion publique de quitter son poste , fut remplacé provisoirement par M. Dufeu. Le 5 avril , le baron Bonnaire , son successeur, entra en fonctions : aussitôt son arrivée , il s*empressa de publier une circulaire sage et ferme , à laquelle il donna la plus grande publicité. A peu près à la même époque» le baron Dufou quitta la mairie. Il eut pour successeur Tanden maire, M. Bertrand-Geslin , dont le dévouement à Napoléon était bien connu.
La cessation entière du commerce et des armements , suite nécessaire du retour de l'Empereur , avait jeté sur la place publique une foule dé jeunes gens et d'ouvriers inoccupés. Tous faisaient de la politique, et Texaltation ne leur manquait pas. Aussi ^ lorsque les craintes d'une guerre étrangère et de la guerre civile eurent fait naître > dans les écoles de Rennes, l'idée de donner une seconde fois un grand exemple et de former une fédération bretonne , tous nos compatriotes y applaudirent. Bientôt des députés se rendirent dans cette ville , où fut rédigé le second pacte fédératif.
Le 28 avril, des mandataires des autres départements de la Bre* tagne , vinrent fraterniser à Nantes. On leor fit une réception plus remarquable encore par sa cordiale franchise et l'enthousiasme général , que par les fêtes dont elle fut Toccasion. M. Baré jeune , avoué, harangna cette dépntation au moment où elle entrait dans nos murs; il lui rappela le pacte fédératif de Pontivy aux premiers jours de la Révolution et l'utilité d'un second lien destiné à soutenir les droits des citoyens et l'indépendance de la patrie. Bientôt une commission fut organisée sous la présidence de BL Yarsavaux. Elle se composait de MM. Golombel, Démangeât, le baron Méjan, Lacroix , Baudry , Ferdinand Favre , Delaunay jeune , Franchetean jeune, Blanchard > avocat; Bnet, avocat; Tartoué, Ganilh, Mabon et Guibert-Lasalle. Son secrétaire était M. Drouet. En quelques jours, elle forma six compagnies de fédérés , et les noyaux de plusieurs autres.
Le 13 mai commencèrent les élections. Le duc d'Otrante, ministre de la police , le général Dumoustier et le baron Bertrand- Geslin reçurent mandat pour représenter le département. M. Roussel, négociant de Saint-Brieuc , fut nommé député du 3.' arrondissement
fm XIX.» SIÈCLE.
commercial de France , composé dn Finistère , du Morbihan , des Gdtes-da-Nord , de la Loire-Inférieure , dllle-et-Vilaine , de la Mayenne et de la Vendée. MM. Dnfen , conseiller de préfecture ; Michel de la Brosse , François Démangeât , maître des forges ; Lunean père; Hnet; Brouard , maréchal-de-camp; Bivand aîné, avoué à Ghàteanbriant ; Gourlay , ex-tribnn; Barrieu, procureur impérial à Paimbœnf; Ghiron dn Brossay, ex-juge, complétèrent la dépntation; soit comme mandataires, soit en qualité de suppléants.
Fonché , duc d*Otrante , était justement et généralement méprisé. Gepondant nous le voyons figurer dans la députation des Gent- Jours, tant il est vrai que nous faisons toujours trop bon marché des vertos privées et publiques , et que nous sommes naturellement trop disposés à pardonner aux hommes dn pouvoir les antécédents les plus honteux.
A mesure qne les chances de guerre extérieure devenaient plus fortes , les anciens chefs vendéens, revenus de leur première stupeur, mettaient plus de hardiesse dans leurs opérations. Dès les premiers jours de mai , des insurgés en grand nombre s'étaient montrés sur la rive gauche de la Loire. Le 29 , les fédérés de Rennes pensant que leurs frères de Nantes pouvaient avoir besoin de leurs secours , partirent an nombre de 300 pour venir leur prêter main forte; ils étaient commandés par MM. Desbois , ancien officier , et Ton remarquait dans leurs rangs MM. Gaillard-Kerbertin , Bernard aîné, Bernard jeune, et le tailleur Le Perdit, ancien maire de Bennes, dont notre province conservera long-temps le souvenir. Ghacnn s*empressa de prendre chez soi les jeunes patriotes qui formaient cette colonne mobile, et de lenr offirîr la table. Ils passèrent à Nantes quatre jours , et partirent en témoignant lenr reconnaissance pour Taccaeil qu'ils araientreçu.
Les troubles de TOuest , bien moins graves cette fois qu'en 93 , ne furent pas de longue durée. Le 27 juin, Lamarque , général en chef de l'armée de ta Loire , adressait à ses soldats l'ordre du jour suivant :
<c Soldats , nous avons terminé la guerre de la Vendée , cet heureux résultat est dû autant à votre discipline et à votre humanité , qu'au courage que vous avez déployé aux combats d'Aizenai , des Marais , de Saint-Gilles d'Aiguillon , de Legé et aux deux journées