‹ Histoire de NantesChapitre 28 sur 47 · HH · texte numérisé non relu

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LITTÉEATURS, À]tTS, SCISHCES.

La tendance de nos concitoyens à l'émancipation des intelligences ne s^est manifestée, pour la première fois , sous la Restauration » qn'en 1822 par la publication du Lycée Armoricain , journal mensuel , qui s*est soutenu neuf années, et dont M. Camille Mellinet fut en même temps le fondateur et Féditeur. Le Lycée résume à lui seul tous les efforts faits ^ Nantes pour produire quelque bien et pour éclairer les esprits. Il était, du reste, Tœuvre d*bommes étrangement disparates par leurs études et leurs opinions. Les uns y écrivaient pour se rendre utiles ; d^autres , ne ponrant se faire une réputation dans le monde sarant ou littéraire de Paris , se rabattaient sur la proyioce , et lui demandaient une célébrité que la capitale leur avait refusée; d'antres i)ncore s'y préparaient pour Tavenir , en y déposant leurs essais ; aussi n'est-ce point un recueil soutenu et pour le style et pour l'esprit de rédaction. A côté d'articles remarquables dans leurs divers genres, tels que ceux de MM. Edouard Ricber , Souvestre , Ghapplain , Athenas , de ToUenare , etc. , il s'y trouve souvent de plates rapsodies on de méchants vers. Cependant, ce recueil offre de l'intérêt; il en présentera encore davantage , quand il aura vieilli. Alors la critique montrera sans peine , dans ce chaos d'idées de toute espèce , la fer* mentation d'une crise; elle fera ressortir le rôle de l'éditeur > qui a sa se servir de bien des esprits différents, employer le bon , le médiocre, le mauvais même, pour créer chez nous une individnalité provinciale et nous faire sortir de l'ornière , en réveillant le sentiment du mci.

Nous devons au Lycée Armoricain , et surtout à H. Richer , d'avoir signalé ce fait, que la littérature du moyen-Age est originaire de notre Armorique. La petite Bretagne est, en effet, la première des contrées d'Occident où s'établit la féodalité , et lorsque les iiruptions des Francs et des autres barbares venaient modifier l'idiome des Gaulois et des Bretons , seule ^lle conservait le langage des Celtes, arec les superstitions et les traditions du pays. Le génie des andens bardes avait chez noi^s des successeurs , comme il en a même encore aujourd'hui dans quelques cantons du Finistère , des Côtes-do- Nord et du Morbihan, où l'on trouve des chants populaires, desain nationaux , et des hommes qui exercent la profession de poètes aux

grandes circoosUnceft de la vie (1). Notre province devait donc être le berceao de la littératore romane. An siècle de Gharlemagne , où les poésies celtiques jouissaient de quelque renom , elle possédait, pins qne tontes les antres contrées, ces idées de féerie et d^enchantenent qui s'étaient conservées d'âge en Age dans son sein. Elle avait aussi, plus que toutes les autres , Thabitude et les mœurs delà féodalité.. Les enchantements, les ménestrels, les paladins, les fées, devaient donc jouer un grand rôle dans ses ballades. La suprématie des gentilshommes, la presque égalité qui régnait entre eux , la nullité du peuple , les idées de servage mêlées aux idées d'amour, la religion chrétienne et les souvenirs du culte druidique, tons ces faits réunis formaient le fond des chants primitifs , d'après lesquels on a écrit les romans de la Table-Ronde. Ce qui confirme cette opinion > c'est que la Bretagne, dans ces romans, est presque toujours le lien de la scène ; c'est que Tristan , le Léonais , le célèbre Amadis, Morgane, la fée, qui était l'une des vierges de l'île de Sein>Uerlin l'enchanteur, ont réellement appartenu à l'Armorique, où Ton trouvait aussi le château de Joyeuse-Garde , Blanche-Couronne, et plusieurs lieux célèbres dans les livres de la chevalerie.

Le Lycée Armoricain contient encore des articles fort intéressants sur l'histoire de Bretagne , sur la psychologie et sur les améliorations dont rVantes est susceptible. On peut citer comme une des particularités de la vie littéraire du poète romantique de l'époque , que jW. Victor Hugo a publié dans le Lycée Amunicain des fragments d'une traduction toute classique de VEnéide,

Le 23 novembre 1826 fut publié , par M. Camille Mellinet, le 1." n.« du Breton. Ce journal, qui paraissait les mardi , jeudi et samedi de chaque semaine j était consacré uniquement à la littérature, aux arts, k l'industrie : son but spécial était de satisfaire à des besoins d'études pratiques. On peut lui reprocher du verbiage, des redites, le peu de soin de la rédaction; mais il présente, cependant, ce que nous avons de plus complet sur la statistique de Bretagne et le mouvement industriel de la province de 1826 à 1827^ époque à laquelle il fut réuni an journal politique de Nantes.

(1) Plosiears habitants de la Bretagne breloonante , se sont proposé , à diverses reprises, de publier ces chants et ci's airs nationaui, nous devons regretter qu'ils ne Taient pas fait.

La Revue de f Ouest, qni parât le28janTier 1829> reprit la tAche do Breton, MM. Soarestre , Ghapplain et moî nous nous chargeâmes ie la rédaction. G*était de notre part , ainsi qne de la part de H. Camille Mellinet , qui en était encore Téditeor et le fondatenr , one entreprise toat-à-fait désintéressée. Quelques articles non^ forent enroyés par des personnes étrangères , et notamment par HM. Duchatellier et Hngnet, de Saint>Brienc. La Revue de rOtie^i paraissait tons les mercredis. Elle a cessé 10 mois après son apparition. La rédaction en était plos soignée qne celle de Tancien Breton. Elle exprime parfaitement bien , par son ensemble , Tétat des esprits dans notre rille en 1829> et les améliorations dont on j sentait le besoin. On y tronre des tues snr Tindastrie et les arts, des propositions atiles, dés recherches curieuses > des tableaux de mœurs, des chroniques du moyen-âge , et le compte-rendu des ouvrages et des inyentlons qui faisaient bruit.

Au mois de février 1830 , parut la première livraison des Annales de ta Société Académique , qui , jusque-là, n'avait fait connaître ses travaux que par des rapports de fin d'année et par le Lycée Ârmoricaim. D'autres livraisons se sont succédé, depuis, les unes aux autres; quelques-unes renferment des mémoires intéressants , beaucoup d'antres des publications inutiles^

Le Journal de la Section de Médecine de la Société jicadémùfue existait sous la Restauration. Le Comité de Salubrité publiait, depuis 1826 , des compter-rendus fort intéressants.

Parmi les ouvrages publiés à liantes, de 1815 à 1830, il en est plusieurs qui méritent de fixer l'attention ; nous citeronsd'abord ceux d'Edouard Richer , cet écrivain avait reçu de. la nature une fécondité extraordiuaire: Son Histoire de Bretagne est écrite avec verve et élégance ; c'est de beaucoup la plus exacte et la plus intéressante parmi toutes celles qui existent. Cependant, on peut adresser A Ridier le reproche de n'avoir pas exprimé comment il comprenait Tépoque féodale et les phases successives des diverses classes de la société, lorsqu'il était plus capable qne personne de faire un pareil travail. Ses voyages dans le département de la Loire-Inférieure peuvent être cités comme modèles en leur genre. Les Cosmopolites et le Pêcheur sont deux débauches d'esprit, auxquelles il n'a manqué, pour avoir vogue , que d'être publiées à Paris par un homme en réputation. Le premier de ces ouvrages est une satire fort spirituelle de nos Sociétés

Académiques , dn grand brait d« leurs apprâto et de la petitesse de leurs résultats ; le Pécheur est une fable ou pluldt un petit drame trtsplaisant, dans lequel on fait toucher an doigt cette vérité: qu'il y a un point où le désir d'avoir raison et la persuasion oÉ l'on est d'avoir trouvé la térité tout seul , équivalent à nm folie complète. En 1830 Ed. Ricber s'occupait de pnbKer, sur ia doctrine de Swedenborg, mi grand ouvrage qui était attendu avec impatience, surtout en Angletene, en Allemagne et aui ÉtaU-Unis. M. de Tollenaro père en a effectaé la publication après la mortdeBieber (8 vol. in-8.»),

M. Souvestre fit paraître , en 1829 , nn recueil d'élégies intitulé- Tnù Femmes poélee inconnuee ; petit livre plein de charme , dont une partie éUit réellement l'œuvre de trois femmes. En 1830 , il publia ses iïA.««i>w«^M,- beaucoup de pièces de ce recueil ont été reproduites dans te releur et d'autres journaux de la capitale. Depuis , il a fait imprimer deux brochures, avant son départ de Nantes, Vvm sur la méthode Jacotot, l'autre sur les Arts considérés comme moyen de gouvernement. On trouve, dans les diverses œuvres que M. Souvestre a pnbUées à «antes, «ne grande disposition à personnifier tout ce qui l'entoure, ktont idéaliser, * répandre autourde loi une vie qui déborde Infiuencé. à l'éporine ob il habitait cette ville, parles écrits de ces hommes qui se sont imposés an publie commedegrands maîtres, et dont ht succès a dépendu tout autant de leurs intrigues que de leur talent M. Souvestre s'occupa de ces choses vagues qui flottent mystérieuses «ntre le ciel et la terre, et qui, chaque jour, disparaissent avec les idées mystiques , comme ces fantômes qui ne peuvent supporter le grand jour. Il pleura et se lamenta, dans ses élégies, avec les antres poètes, sans comprendre alors, comme il l'a fait depuis, qu'il est pitoyable de voir un homme de cœur parler sans cesse de ses souffrances, et prétendre en quelque sorte au monopole de la douleur lor«iae autour de luida société lui présente des plaies, des misères affimoses et lorsque l'élégie peut grandir beaucoup en prenant un caractère sociaL

M. Ludovic Chapplain (aujourd'hui bibliothécaire de la ville de «antea) a publié, en 1825, une notice historique sur le tbéStre de Naatea; en 1629, une Description des rives de la Loire entre Nantes et Ao^; nous loi devons aussi une foule d'articles imprimés dans divenjMirMU. OopMt ^ en deux mots , rendre compte de sa manière • la ploM k la mam, c'est un causeur plein d'esprit; son style est

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facile et par; placé sur un plus grand théâtre » il eut obtenu le inénie succès que Tautenr des Hermite$,

Sons le titre de Vendée Poétique et Pittoresque , H. Massé (Isidore) a fait paraître un ouvrage en deux yolumes , renfermant beaucoup de recherches historiques ; c*est une imitation assez mauvaise des lettres de Dupaty, sur Tltalie, et de plusieurs livres de ce genre. On y rencontre quelques détails descriptifs intéressants; mais c'est tout. L'auteur a complètement abandonné le point de vue philosoplûque, aussi ses recherches ne prouvent-elle» qu'une érudition aveugle. Que nous importent, en effet, les événements de notre histoire, lorsqu'on ne peut en tirer aucune déduction ? Que nous importe encore qu'un auteur fouille dans le moyen-âge, s^il ne sait pas nous le faire comprendre? Bonchamp, La Roch^acqnelin , €athelineau, d^Elbée auraient dû figurer dans cette œuvre. M. Isidore Massé a trouvé plos commode de nous donner des phrases d'amonr ; c'est, qu'en effet, l'on recule aisément , lorsqu'il s'agit d'esquisser, d'une main hardie, d'aussi grandes figures. Cette critique est sévère et, cependant, nous ne pouvons rien dire de plas favorable de la partie artistique de l'ouvrage en question. L'art littéraire ne consiste pas h lier ensemble quelques mots sonores, quelques phrases habituées à se retrouver partout; i bégayer Bernardin de Saint-Pierre on Ghâteanbriant; la nature, cet assemblage de mondes mystérieux , ofiGre mille poésies , quand on sait l'étudier dans l'harmonie de nos campagnes, dans l'évolution successive de l'humanité, dans les replis du cœur de l'homme; mais (a Vendée Poétique ne renferme que compilations et copies, excepté, comme nous l'avoua dit, quelques descriptions, en petit nombre, dans chacune desquelles il faut encore faire part an pathos et an mauvais goût.

M.i^« ElisaMercœnr, morte de misère k Paris, depuis la Révolntlon de juillet, a publié à Pfantes^ sons la Restauration, plusieurs pièces de vers dans le Lycée Armoricam^ et un recueil de poésies ; il y avait chez elle un talent réel , auquel il n'a manqué qn'nne bonne direction.

M. Le Boyer est auteur d'un Traité eut le Calendrier, d'un Guide du Voyageur dans notre ville et le département, ouvrage en deux volumes , qui est à sa troisième édition (imprimerie de Forest) , d'une série de notices sur les hommes célèbres de Nantes, puMiées d'abord dans les Etrennes nantaises , et réunies depuis à l'Itinéraire dn département.

M. Le Gadrea publié, comme critique de Touvrage de M. Le Boyer , m Tolome in-S.^ de Recherches sur les antiquités de IVantes,

Pendant qn*i1 sobissait la seconde détenlion infligée à son patrîotitmCy M. Yîetor Mangin Si composé une brochure ayant pour titre VjÊmi de la Charte en prison. C'est , comme tons les ouvrages de ce genre , une rerne des circonstances et des objets qui environnent Tantear. On y voit , du reste , à combien de petites tracasseries est exposé i'àomme qui veut , en tontes circonstances , exprimer franchement son opinion. Quand aujourd'hui on prend la collection de VJmi de la Charte ^ pour relire les articles condamnés , on est réellement étonné des susceptibilités de nos gouvernants de cette époque.

Nous devons à H. Meuretdeux volumes, qui ont paru sous le titre d^ Annales de Nantes. On doit les considérer comme un -grand service rendu à notre ville par ce laborieux écrivain; on regrette seu~ lement de voir que Tesprit de parti Tait parfois empêché de rendre jnstice à des opinions consciencieuses contraires k la sienne.

Quelques articles de M. de Commequiers sur divers points de philosophie , publiés dans le Lycée Armoricain , formaient une suite ; Tantenr les a réunis en une brochure.

M. Charles de la Roussière a écrit un ouvrage Sur le 'sentiment religieux^ considéré dans son principe et dans son application. On peut le résumer en deux mots: si l'on rejette la légitimité et si Ton accepte le divorce , la société n'existe pjus.

Nous devons revendiquer encore-, quoique imprimées ailleurs que dans notre ville, les œuvres de M. de Tollenare, les Lettres vendéennes de M. Walsh , un Traité de Morale de M. 6. Démangeât , V Économie poktùfue de M. Louis Say, et les ouvrages sur Tart militaire y de M. Hellinet père , qui a rendu , depuis , de si importants services à la dévolution belge.

Les arts, moyen si puissant de civilisation , devraient être du domanie pnlilic. Il n'était si petite ville de Grèce qui n'eût ses temples et ses musées. Non contente de dominer sur FArchipel , de couvrir la merde ses voiles, d'appeler an Pyrée les produits de tous les peuples et le Inze de l'Orient , Athènes s^enorgueillissait encore de ses muaidens, de ses peintres, de ses sculpteurs et de ses architectes. Dans h dté de Minerve, il ne snfllsait pas d'être riche , on voulait vivre an miHea des chefe-d'œnvre d'une terre inspirée. Mais, il Nantes, la

fortune, pendant toute la Restauration , s'est accumulée en masses (Vécus dans quelques coffres, au lieu de fixer les regards sous la forme de statues , de monuments , de tableaux , d*aqueducs , de fontaines , de bains publics , de cirques, etc. , an lien de charmer nn peuple en* tier par des fôtes pompeuses. L'art , privé d'avenir et de croyances , a été tout-à'fait bourgeois; heureux de vivre an coin du feu, de faire partie d'un cercle littéraire , de percevoir le prix de leurs fermages, nos artistes se sont bornés à copier des paysages» à chanter la romance du jour sans désir de créer, sans besoin d'èpanchements. Aussi, que citer depuis 1815? Supprimex les sculptures de M. Debay à rHùtel-de-Ville , les statues sans caractère historique de M. Molchneth, qui forment quatre piliers aux entrées des Cours, la statue de Louis XVI, celles de la Bourse , de MM. Debay et Robinot- Bertrand , enfin, celles du Thé&tre; et, sous oe rapport, il ne reste plus rien. Parlerons-nous de la peinture , lorsque pendant 15 années , le musée Gacault est resté enfoui à rHôtel-de-Ville , exposé aux atteintes des rats et de certaines personnes pen scropnlenses sur les moyens d'enrichir une collection ? De la musique ? lorsque M. Rebeyrol est le seul qui ait écrit. Quant à nos architectes» ils ont mieux mis le temps à profit. La Halle- aux-Tôiles , la chapelle Saint-François, Tbôtel Cbardonneau , le passage Bouchaud , livré au public depuis juillet 1830, le pont Charles X, aujourd'hui d'Orléans» et quelques édifices particuliers, en fournissent la preuve. Malheureusement, les arts ne sont pas compris, leur utilité politique n'est pas sentie par cette aristocratie bourgeoise, qui veut du calme à tout prix, et qui s'imagine que dormir, c'est user de ses facultés. — Vous voulez jouir en paix , soit ; mais comprenez donc qu'aux arts seuls est dévolne la grande mission de préparer l'avenir industriel de l'hnmanité, en lui donnant ses fêtes pacifiques , comme elle a eu , dans un autre âge, ses toumois«t ses gladiateurs.

Pendant que nos compatriotes oubliaient ainsi l'un des moyens les plus puissants de bien-être, M. Le Cadre formait unesodéléà laquelle nous devons ces expositions de flenrs qui embeHisseat, chaque dimanche, le jardin de la Bourse, et donnent une vie nouvelle à notre horticulture* Les femmes, ne craignirent pas d'en faire partie ; pourquoi craignent-elles, davantage de s'abandonner à leois

élans ; les arts , comme les fleurs , ne sont**il6 pas une exfNressioB suave et harmonieuse de la vie , et doit^on rougir de les cultiver?

Son» le rapport scieniffîqae, il nous reste pea de chose à citer , la pki» graade partie des travain de nos compatriotes ayant été analysée f ou pablîée en entier dans le Lycée Âmmrieam , les Ânnaies de la Société AoadénUgua , et les recoeils périodiqaes déjâi mentionnés. U est y du reste , nn Ait qne nous ue pouTons passer sons silence. A répoque oii le docteur Bertrand , de Rennes , Tune des gloires de la Bretagne , écrivait dans ie Gioôe , ses articles si remarquables sur Textase et le magnétisme animal qui réunirent Tapprobation des penseurs et des physiologistes les plus éclairés , M,^^ de Saint-Amour vint h ^Nantes ,• et tenta des guérisons du genre de celles opérées par le prince de Hohenloe. Ce fut d*abord chez elle une affluence iacommensurable ; mais Topinion publique ne tarda pas à changer. MM. Bicher et de Tollenare , qui partageaient avec cette dame les doctrines de Swedenborg , adoptaient la possibilité de guérisons obtenues de la divinité par ses prières. Un public incrédule QÎait tout. U ne se trouva , dans notre ville , aucun esprit assee philosophique pour suivre les faits avec soin. Il est , du reste , bien constant que M,*»^^ de Saînt«-Amour obtenait «sur l*esprit des personnes qui venaient la consulter un ascendant extraordinaire , que sa foi vive et sa manière s en quelque sorte iuspirée , leur imposaient beaucoup ; nous devons donc regretter que des violences indignes 4*hommes civilisés aient mis obstacle à des tentatives de goérison qui n^olfraient aucun inconvénient , et pouvaient , bien étudiées , servk beaucoup aux progrès que nous faisons chaque jour pour percer les mystftres de Tintelligence « en fournissant quelques pages de plus è rhistoire ée Textase et du magnétisme animal , que Bertrand a si heoreuaemeat napprochés. — Cette étude eût été d'autant plus intéressante 9 qu'au moyen-âge Nantes a possédé beaucoup de ces extatiques qui se croj^aient possédés du démon.

La Bestaoratioii a tu créer divers cours scientifiques dans notre ville. Bn 1826 « MM. Piban-Qufeilèay » Gox et Cormeray, commencèrent des leçons de chimie , qu'ils ont continuées pendant plusieurs années^ Chacun des trois professeurs , à son tour , enseignait une paftie spéciale, et les deux autres faisaient les préparations qui , toujomra trè»»soîgnéea , donnaient un attrait de plus à leurs séances , auxquelles 'aaaiatait un public assez nombreux. . £n février 1828 » nn jeune avocat de Bennes , d^une grande érudition , M. Le Poitevin , commença nn cours de droit commercial.

Les qainze premières leçons forent pnbliqnes et gratuites ; aussi la curiosité lai amena on pablic nombreux; mais le professeur ajant exigé une rétribution de 10 fr. par mois de ceux qui pooraient la payer, les auditeurs devinrent plus rares^ Sans se laisser décourager par cet essai , le professeur , qui avait fait preuve de talent , et qui du reste avait la conscience de ses forces, proposa de faire un cours gratuit , à condition qn^on lui aecordeiaît le local. Cette idée fut goûtée; des négociants instruits et quelques pères de famille , secondèrent fortement cette nouvelle tentative ; mais la majorité j opposa une force d'inertie décourageante* Cependant , dans une ville où chaque commerçant peut être appelé à remplir les fonctions de juge au tribunal de Commerce , ou de membre de la Chambre commerciale, les connaissances judiciaires sont très-importantes. Le cours de M. Le Poitevin devait ôtre suivi d'un cours de mathématiques commerciales, d'autant plus utile, qu'il est honteux pour un homme de fnances (et cela se voit très-fréquemment) de ne pas savoir calculer les intérêts composés d'une somme> et par suite, d'être incapable de préciser nettement l'action des caisses d'épargnes , de la caisse d'amortissement, des compagnies d'assurance sur la vie , etc.

En 1829 , j'essayai , malgré l'insuccès de M. Le Poitevin , dans une autre partie, d'établir un cours de chimie industrielle. Mon but était d'enseigner à mes auditeurs les éléments de la chimie , et de leur donner quelques notions sur la construction des cheminées et des fourneaux , spr la vapeur et les machines motrices , enfin sur quelques industries spéciales , comme la fabrication du fier, du sucre de betteraves , de la fécule , toutes si misérablement exploitées dans l'Ouest* Ce cours , passablement suivi , donna naMaanoe à quelques améliorations; mais l'indemnité que j'avais reçue de la mairie n'ayant pas couvert tous les frais, et la mairie s'étant trouvée très-obèrée après la Révolution de juillet, j'ai dû nécessairement discontinuer. J'ai publié la première et la dernière .séance de ce conrs. Dans la première, après avoir présenté un programme de la marche que je comptais suivre , je crus utile et instructif de montrer les modifications subies par l'industrie depuis l'antiquité jusqu'à pons , et j'essayai de faire sentir que l'économie industrielto est # comme tontes les sciences , et plus même que beaucoup d'autres , susceptible d'offrir de vastes sujets de méditations ; qu'elle mérite , par conséquent, tonte l'attention des esprits les plus pUiosophiques. Dan» la dcv*

nière, je montrai qoels seriices directs et indirects la connaissance des phénomènes naturels pent rendre h I*agrico1tare ; je disentai arec font le soin possible plusieurs questions importantes ; enfin , j^essayai dMnspirer à mes auditeurs Tamonr de la science , en leur montrant que les questions de commerce et dMndustrie se lient aux questions morales. « Non , leur disàis-je en terminant, ce n*est pas seulement » des pièces de fer ajustées et limées qu'il faut yoir dans une ma- » chine à Tapeur , il y a quelque autre chose encore que la surface » brillante et polie. Au-delà des soupapes et des tuyaux de conduite, 9 au-delà dé la Tapeur elle-même , je trouve une idée d'ensemble et » d'harmonie , un être de création humaine , soumis à notre volonté » pour remplacer notre puissance, une espèce de résumé de nos 9 connaissances et de notre ciTilisation , un garant de nos progrès » à Tenir ; j'aperçois enfin une sorte de réflexion de cette haute in- » telligence à laquelle nous sommes arrivés. »

A répoque où j'achevais mes leçons de chimie industrielle > M. Noisette professait, au Jardin des Plantes, la taille des arbres. C'est ainsi que partout Ton Toyait des efforts en sens divers. Ils ont en pour effet d'assurer la réussite complète de tout ce qui a été fait depuis dans la même direction.

IITDUSTBIE A6BIC01S.

L'industrie, sons la Restauration^ a marché en sens inverse du commerce extérieur. Ses premières années ont été médiocres , et, dans les dernières, nous avovs tous pu remarquer une fièvre de production qui n'a pas peu contribué à la crise de 1830. Produire ^ tel était le mot d'ordre. Aussi , de nombreuses usines de toute espèce se sont formées, et la plupart ont déjà succombé. Il semblait que les établissements industriels fussent une mine d'or inépuisable, et tous s'y intéressaient avec une confiance qui ne s'explique que par cet entraînement général vers certaines idées , qui domine de temps à autre dans la vie des peuples. L'esprit d'association , mal entendu , et traduit à leur profit par les gérants des établissements qui presque toujours montraient peu de bonne foi, a fait consommer inutilement autant de capitaux sous la Restauration que le système de Lavr dans le siècle dernier. Des hommes crédules , et qui ne comprenaient pas l'industrie ; des hommes qui s'imaginaient que l'un ne gagne que ce

qui est perdu par l'autre, faisaient un beau projet d'osine sur le papier, eu ayant soin de créer tout d'abord pour eux et leurs amis des places lucratives. Ils cbercbaient ensuite des actionnaires assez confiants, pour leur lirrer leurs fonds; mais, lorsqu'il s'agissait de faire marcher cette usine , dont les frais s'élevaient toujours beaucoup au-delà des prévisions , et qui se trouvait surchargée d*un luxe énorme d'employés , l'argent manquait. C'est ainsi que la sordide et sotte avidité des entrepreneurs les conduisait à leur propre ruine.

L'esprit d'association est, certes, le levier le plus puissant de l'humanité, et la source où nous devons puiser remède pour les maux qui dominent notre ordre de choses actuel. Mais le véritable esprit d'association, ce n'est pas l'ignorance crédule des uns, la friponnerie aveugle des autres , une bataille de ruses entre des actionnaires et des directeurs ; au contraire » c'est un accord entre ceux qui possèdent les instruments de travail et ceux qui ont capacité pour s'en servir. L'esprit d'association eût pu produire merveille dans notre ville, et il 7 est presque éteint après avoir été usé , absorbé en quelque sorte par de fausses spéculations.

C'est surtout à partir de 1825 que Ton a commencé à liantes k spéculer sur les ressources jusqu'alors trop peu connues que présentaient nos campagnes. A cette époque, les uns achetèrent des do* maines considérables pour les revendre en détail ; d'autres essayèrent de défricher et d'améliorer : malheureusement , la plupart des entreprises de ce genre n'ont pas répondu à l'attente du public. La plus remarquable est , sans contredit , la ferme-modèle créée par H. Haentjens, à Grand- Jouan, prèsIXozai, et dirigé par M. Hieffel, ancien élève de Roville. Beaucoup de personnes avaient fondé sur cet établissement de grandes espérances que ceux qui comprenaient les spéculations agricoles ne pouvaient partager. D'un côté, la terre de Grand- Jouan avait été vendue très cher ; de l'autre, cet établissement renfermait dans son sein un germe de ruine , le véritable directeur étant absorbé et laissé dans l'ombre par le faûeur de l'affaire. Cette position a changé depuis; cependant, malgré l'activité et le talent administratif de M. Riefiel , nous ne croyons pas qu'il lui soit donné d'opérer une révolution agricole dans nos départements; les fermiers ne faisant que des baux de 3, 6, ou 9 ans , n'ont aucun avantage à considérer les terres qo^ils- cultivent comme leur propriété personnelle , et à leur confier leurs capitaux ,

certains qa'ils sont de traTailler aniqoement poar leurs propriétaires, et de n^obtenîr on second bail qa*à des conditions pins élevées; noos ajouterons qaMl ne lear est point facile de se procurer de l'argent h bon marché, à canse dn régime hypothécaire, et noos ne mettrons qu'en troisième ligne la difficoité des commonications et ieor ignorance, comme caose de Tétat stationnaire de notre agricoltore. L'emploi des engrais azotés poWérolents , la création de routes et d'écoles nonTelies modifient chaqoe joor l'état des choses. Cependant l'exemple de pratiqoes mieox entendoes ne sera pas perdo poor ceux qoi font valoir par eax-mémes leors domaines. Le désir do gain et l'esprit d'imitation introdoiront nécessairement d'henreoses innovations dans leors établissements.

Les fermes -modèles sont snrtoot avantageuses , en ce qo'elles consacrent Thabitode d'âne nouvelle forme de bail dans laquelle le propriétaire ou les propriétaires deviennent actionnaires et commanditaires « et le fermier commandité on gérant de l'entreprise. Jusqu'ici on n'a pas su en tirer tout le parti possible , mais il faut en accuser ceux qui possèdent le sol et qui veulent tout accaparer , honneur et profit : combien n'en avons-nous pas vu offrir à de jeunes laboureurs actifs, laborieux et instruits, de se mettre à la tête d'exploitations de cette nature? ils faisaient mousser dans le public (je me sers ici de l'expression consacrée) leur amour du progrés , leur philanthropie^ leur déiir de perfectionner le plus utile des arts , et de venir en aide aux cultivateurs de nos campagnes ; mais , en réalité , de toutes leurs belles propositions et de leur libéralisme passés an crible , il ne restait le plus souvent qu'une double spéculation , l'une de vanité , l'autre d'argent; d'un côté, c'étaient la députation, la croix-d'honneur, des médailles d'or , des éloges dans les journaux, une réputation de dévouement aux intérêts du pays , que l'on voulait obtenir; de l'antre, c'était une vente à gros bénéfices que l'on désirait efléctner.

Au moment de la fondation du couvent des Trappistes de Meilleraie, quelques personnes pensèrent qu'il en naîtrait un grand bien pour le pays ; mais elles furent bientôt détrompées : les Trappistes formèrent peu d'élèves ; et , loin d'être utiles , ils ne firent qu'apporter dans leur arrondissement une concurrence d'autant plus redoutable , qu'ils se servaient d'instruments perfectionnés d'un prix trop élevé pour les paysans , et que la main-d'œuvre leur revenait à vil prix.

55i XIX.« SIÈCLE.

Parlerons-nous maintenant des travaux agricoles de notre Société Académique ? Nous sommes peu partisan, nous Tarouons , de tontes ces sociétés d'agriculture qui couTrent notre patrie , et qni n'ont jamais su jusqu'ici, pour la plupart, que publier des recettes d'apothicaire et donner de misérables primes , lorsqu'il y avait des abus profonds à réformer , des questions vitales h traiter. Qu'importent au paysan tous les projets d'assolement que vous tracez au coin du feu dans votre cabinet , souvent pour une série de plusieurs années , puisqu'il lui faudrait, pour en faire usage , des capitaux qu'il ne possède pas ; que lui importe d'améliorer la terre qu'il cultive , puisque encore une fois il risque souvent de travailler uniquement pour son maître? Vous l'appelez brute, ignorant, arriéré; mais il serait bien coupable d'imprudence, s'il s'abandonnait à vos conseils et s'exposait à la misère dans l'unique but de tenter des améliorations qni profiteraient presque exclusivement è d'autres, au risque de subir des écoles ruineuses pour lui. Nous ne prétendons pas faire le procès à nos compatriotes ; mais ils sont restés , comme toutes les sociétés agricoles de France , au-dessous de leurs fonctions ; ils louaient avec exagération la charrue il avant-train de M. Athenas, tandis qu'ils passaient sous silence celle de Roville ; nous ajouterons qu'ils ont même peu fait comme théoriciens , et qu'ils n'ont pas su mettre à profit les écrits d'Arthur Yonng, deSainclair, de Thaôret de Mathieu de Dombasle. Ils n'ont rendu de services réels que pour l'amélioration des chevaux. Plusieurs mémoires de MM. Paquer, Camille Mellinet, Robineau de Bougon et Edelin de la Praudière, ont eu pour but de montrer la fausse route suivie par le gouvernement dans la direction de nos haras. N'est-ce pas , en effet , quelque chose d'étrange > qu'au lieu de chercher à améliorer la race bretonne, qui possède des! bonnes qualités, on fasse , pour obtenir des changements dans les formes , les croisements les plus disparates. Tons les animaux , quels qu'ils soient , sont influencés , non-seulement par leur origine, mais encore par une foule de modificateurs, tels que le climat , la nature du sol , la nourriture , toutes choses dont il est absurde de ne pas tenir compte. — On doit aussi à notre Société Académique d'avoir fait venir à IVantes des étalons bas-bretons pour la serte de nos juments.

C'est un fait bien remarquable , et qui doit être signalé dans ce livre, que les bénéfices immenses perçus sans bourse délier et sans

courir de risqnes par les propriétaires fonciers dans l*espace d*ane vingtaine d^années. Leors terres se rendaient an denier 20 , elles se rendent an denier 30 et 40, et lenrs baox ont augmenté da qnart, aonvent dn tiers ; en sorte qn^nne terre qni valait en Tan X 20,000 fr« et donnait 1000 fri de revenn, produit anjoard*bui 1,250 fr.de reveno, et se Tend , terme moyen , 36 à 40 mille francs. Il n'est pas difficile de comprendre après cela pourquoi les cultivateurs paient des fermages plus chers sans avoir perfectionnéleur industrie, et pourquoi le prix des céréales s'est toujours élevé.

Gomment faire pour que le sol perde entièrement le caractère féodal que lui imprima la conquête, et pour que les intérêts respectifs da propriétaire et du cultivateur soient mieux conciliés qu'aujourd'hui? Yoilà l'une des questions les plus sociales que l'économie politique puisse entreprendre de résoudre.

ODUSTEIS HAUUFAGTUEIÈRB.

De 1815 à 1820, Ton songe peu à créer de nouvelles fabrications; mais le commerce > plus considérable, donne une vie nouvelle à celles qui existent. La traite des nègres surtout, qui se fait presque publiquement, absorbe beaucoup de produits. De 1818 à 1825, nous voyons de nouvelles usines qui s'élèvent à celé des anciens ateliers qni prennent de l'extension ; M. Baudry établit son moulin à vapeur et ses bains; M. Dobrée, fonde TËtablissement de la Basse-Indre, et commence ses essais sur le feutre à doublage; M. Fenwick, lance sur la Loire les premiers bateaux à vapeur; MM. David et Sébille s'occupent du laminage du plomb; les premiers tentent encore la fabrication de la cémse; M. Rochery ajoute à sou Établissement de noir animal , la préparation du sel ammoniac et du savon commun ; nous voyons aussi s'élever trois fabriques de noir animal , une autre de noir de fumée , deux de colle forte , trois de chandelles , une de chapeaux de feutre , deux de chapeaux vernis, une d'acide sulfuriqne et de sulfate de fer, deux fourneaux pour la préparation des cendres gravelées, une buanderie par la méthode de Bertholet, deux fourneaux à coke , trois amidonneries, une fabrique de caramel pour la coloration des eanx-de- vie, trois établissements pour la préparation de l'urate de chaux et de la pondrette, une fabrique de carton et papier à enveloppe , nne lithographie , et quelques autres encore.

En 1825, M. Alban de Yilleneaye, Tan des hommes les plus capables de la Restauration et le plus habile des administrateurs qui se sont succédé à la préfecture de Nantes , créa une exposition des produits de notre industrie , dans le but d*exciter une louable émulation parmi les fabricants (1). Les joumani de la ville lui donnèrent une grande publicité , et rendirent compte de ses résultats , ce qui fut d*nn bon effet ; peut-ôtre contribuèrent-ils ainsi à la réaction qui se fit dans les affaires au profit du commerce intérieur et de Tindustrie. Les capitalistes , dont les fonds regorgeaient sur la place, sentaient quMl fallait entrer dans une nouvelle roie; mais ils montrèrent peu de discernement dans remploi de leurs fonds : des établissements mal conçus, des hommes incapables furent encouragés et crédités par eux. En 1827, une seconde exposition des produits Tint stimuler le zèle des fabricants (2) et contribuer à préparer la crise de 1830^ par Télan qu'elle donna à la concurrence.

(1) A la soite de cette exposition , M. Thomas reçol une médaille d'or poar les fers de la Basse-Indre , MSI. Bertrand Foormand , mécanicien ; Guillemet aîné, fabricant de tissas ; Blanchard^ fabricant de papier 4 Bonchet, peintre à Glisson , obtinrent des médailles d*argent. Des médailles de bronze forent décernées aux religieux de la Trappe pour leurs travaux agricoles ; à MW. Babounean fils, pour ses ouvrages de forges; Bernard , fabricant de monchoirs; Bettinger , pour ses cuirs à la jusée ; Bouscaren , ponr des peaux de veau dré ; Colin , fabricant de conserires alimentaires ; Huelte , opticien ^ Laverge , tanneur et corroya or; Mesnil père, fondeur; Sébille et David, pour plombs laminés ; Gbolet , dessinateur et graveur $ Molcbneth , sculpteur. Des mentions honorables furent obtenues par MAI. Baodry et compagnie pour leurs farines ; Bonchaud, raffinenr ; Dezaunay poor farines étuvées; Dijon , filateur ; Hortier, fabricant de cordages ; Le Coq , fabricant de chapeaux cirés ; Lelong poor ses produits chimiques ; Constantin Legrand , tonnelier ; Camille Bf ellinet , imprimeur et lithographe: Polo, taillandier; Yallet, filateur ; Vinet, fabricant de coutils; Bedert jeune, de Chateaubourg , Mulnier fils, Pejtavin, Pioou, peintres ; Barème , sculpteur à Ancenis ; Grootaërs , sculpteur à Nantes.

(2) Voici le résultat de cette seconde exposition :

M. /)o^r^0 reçut une médaille d'or pour ses feutres à doublage. Des médailles d^argenl forent décernées à Uni. Laverge , ponr ouvrages de corroierie et de tannerie; SébiUe et David ^ pour des tuyaux de plomb laminé sans soudure ; Bouscaren , ponr des peaux de ireanx ciré , recherchées dans le commerce; Grootaërs, poor divers ouvrages do scolptnre. Des médailles de

Les usines qai se sont établies dans notre yille , de 1825 à 1830 , sont très-nombreases ; la plupart ont soccombé on n*ont obtenu qu*nn demi-succès. Parmi les nouvelles branches d*industrie9 la navigation en rivière, au moyen des bateaux à vapeur, se présentait sous le jour Je plus satisfaisant; aussi a-t-elle donné lieu à une gnerre véritable d'écus et d'habileté, qui a en malheureusement ses vainqueurs et ses victimes ; ce qui n'a pas empêché d'établir encore deux nouveaux serrices , l'un pour remorquer les navires de Paimbœuf à Nantes , l'autre pour remorquer les marchandises entre Nantes et Angers, et plusieurs autres bateaux destinés aux voyageurs , l'un sur l'Erdre , les autres entre Nantes et Orléans. Pendant la courte période que nous examinons , nos raffineries de sucre augmentaient considérablement la masse de leurs produits. Elles n'employaient , dans le principe, que du noir de Nantes; mais leur consommation s'étant élevée au-delà de quatre milliers par jour , elles ont dA recourir aux noirs de Morlaix, d*Angers, de Paris et surtout de Bayonne. Cette dernière ville , qui s'approvisionne d os en Espagne , nous en a fourni jusqu'à 400 milliers par an. Le noir animalisé, autrefois enfoui dans des fosses au sortir des raffineries , est devenu, depuis qu'on en fait usage en agriculture, et surtout depuis 1825, l'objet de grandes spéculations. A cette époque, ses propriétés jusqu'alors peu connues, furent mijses en évidence par M. Ferdinand Favre , aujourd'hui maire de notre ville. Bientôt Ton sut que six à huit hectolitres de ce précieux engrais pouvaient fumer très-fortement un hectare de terres ,

bronze à MSI. Blot^ armorier; Pradaiy boaoetier; Geiger ^ facteor de piano ; Vie , pour de petits oovrages de fonte très-dëlicatement ezécotës ; Charpentier , graveur en taille-donce $ Camille Mellinet^ imprimenr; Caillaud, carrossier; Po/o , taillandier ; Testée Mulnier ^ Blondel. peintres; Guillemet ^ architecte. Des mentions honorables furent accordées à MM. GaUère et Jaunet , armoriera ; Héron et Victor Mangin , poor cartonnage ; Le Cog^ poor chapeanz vernis; Saser^ bottier; âfouniot, ponr des instruments de contellerie et de chirargie; Meslet^ doreor sur bois ; Bernard y fabricant de tissos ; Luperger^ poor on piano ellipliqoe ; Dorgère , ferblantier ; Portier ^ filateor ; Perraud^ poor étoffes de laine fabriqoées au métier ; Bernard (déjà nommé) ponr des procédés inventés par Ini poor le blanchiment do lin ; Douillard frères , poor divers plans d^architectore ; Donnée poor divers tableaoz.

et donner ane récolte pins belle qne les engrais d'étables et d'écaries (1). Des expériences nouvelles ne tardèrent pas à démontrer que, snr les trèfles , sur les prairies et snr tontes les plantes conpées en rert , cet engrais produit encore de pins beaux résultats qne cenx obtenus snr les blés; aussitôt, le prix des noirs s^éleva, des spéculateurs habiles achetèrent tons les résidus des raffineries, et firent déterrer ceux qni étaient enfouis. L*un d'eux , après avoir parcouru la France, se dirigea sur les ports de Télranger, obtenant à vil prix nn produit qu'il devait revendre Irès-cher à Nantes ; on le vit traverser la Russie en chaise de poste, précédé par un coureur, menant nn train de prince, et dissipant par anticipation dans de folles prodigalités Timmense fortune qu'il eût pu réaliser en quelques années.

Plusieurs fabriques de noirs animalisés s'établirent à Nantes , sons la Restauration; mais elles n'ont pas en de durée, leurs opérations n'ayant point été conformes aux théories de leurs fondateurs.

C'est ici le lieu de faire observer combien les capitalistes étaient faciles en affaires de 1825 à 1830 et de montrer comment à Nantes, comme ailleurs, les gens habiles, c'est-à-dire les fripons de la hante société , s y prenaient pour faire fortune ; nous ne citerons qn'un seul exemple. Un propriétaire de landes de nulle valeur publie nn jour qu'il a du minerai de fer sur son terrain (on en trouve presque partout en Rretagne) ; plus tard , il publie qu'il possède aussi de la houille, et les journaux répètent à Tenvi ses assertions. Ànssitdt, les capitalistes le pressent de former une Société en commandite ponr l'exploitation du fer , industrie qni était de mode à cette époque. Il résiste , on le somme , an nom de l'intérêt public , de se laisser fléchir ; forcé de se rendre , il vend sa terre , par philanthropie , quelques centaines de mille francs (peut-être huit ou dix fois sa valeur) , puis il s'intéresse à l'entreprise ponr une somme assez minime. Rientêt les actionnaires colportent partout leur projet d'usine , projet lithographie et d'un fort bon effet snr le papier ; ils disent à chacun les dimensions des fourneaux , la quantité de combustible nécessaire poor

(t) Cette asserlion est enlièrement contraire aoz donoëes foomiespar M. Payea , daos les divers articles qa*il a publiés sur les engrais. Gependaot, elle est exacte.

les alimenter , la quantité d*air qne la soufflerie fournira par seconde i etc. « etc. ; mais » au jour de la mise en train , point de bonille , irapossible d*aller plas loin ; chacun se désespère , excepté le marchand de terre qui se retire aiec un honnAte bénéfice. A la même époque, des commis-Yoyagenrs dont les maisons vivaient elles-mêmes sur le crédit , et se sont anéanties an moment de la crise commerciale, parcouraient notre province cherchant à placer des crédits.

Parmi les usines créées sur notre place , de 1825 à 1830 , nous avons encore à citer une fabrique de chapeaux de feutre , une amidonnerie, une fabrique de chandelles , une épuration d*huiles , deux fourneaux à coke , nn moulin à vapeur , un établissement ducaux minérales factices , nn fourneau pour le charbon de tourbe , une étuve è vapeur pour coarber les bordages de navire , une blanchisserie mécanique , une seconde lithographie , une usine pour Téclairage au gaz de la résine, et six sucreries de betteraves ; ces derniers établissements devaient produire, d'après les prospectus, 600 mille kilo., et promettaient aux aclionnaires des dividendes de 20 et 25 pour 0/0. Mais la plupart des entrepreneurs ignoraient si la betterave pourrait prospérer sur le sol qu'ils allaient exploiter, et toujours les actionnaires étaient de véritables dupes : ici , Ton proposait 4 et 5,000 fr. à un gérant , qui ne devait passer que six mois à rétablissement et s'occuper uniquement de fabrication ; ailleurs , les directeurs demandaient 5 pour 0/0 sur les ventes et les achats; il j avait , sur le papier, des projets au moyen desquels les directeurs devaient recevoir 25,000 fir. avant que les actionnaires touchassent un sou ; aussi, en 1832 , la perte subie par cinq de ces établissements, qui avaient succombé r s'élevait-elle à plus de 300,000 fr.

INDUSTEIE COHHBBGIALB.

Le commerce a lieu , quand on met un produit à la portée des consommateurs ; il est profitable , quand ce produit acquiert une valeur nouvelle , supérieure à ses frais de mouvement. La commission , la banque , le courtage , les assurances , sont autant de moyens et de formes appropriés à ses besoins. C'est la principale industrie des villes qui , comme la nôtre , ont un port et un entrepôt considérable, à l'embouchure d'un grand fleuve. En examinant ses phases à Nantes, de 1815 à 1830 , nous trouvons d'abord qu'au premier moment de

la paix y il prend une immense extension. Les affaires s'améliorent tont'à'Conp : Tannée 1814 arait donné 20 faillites , nous n*en comptons qne 3 en 1815 et 2 en 1816. Mais, dès 1817, les Tentes ne correspondent plus à la production , tandis qne , d*nn antre côté , nos magasins sont remplis de denrées coloniales; anssi, une crise commerciale s'annonce par 10 faillites , et se continue les trois années snivantes , en produisant 14 faillites en 1818, 16 en 1819 , et pareil nombre en 1820. Nos commerçants , étonnés de tron?er la détresse an sein dn mouvement industriel , le plus grand quUls eussent vu depuis 90, regrettaient Saint-Domingue , source de tant de fortunes, et demandaient de nouveaux débouchés. Les plus habiles s'occupèrent de trouver remède au mal , et Tun d'eux , M. Dobrée , rédigea à cette occasion un mémoire qui fut adressé , en 1821 , à la chambre des députés, sous forme de pétition. Il demandait : 1.^ que les colonies fussent autorisées à expédier à l'étranger leurs sucres , tant bruts que terrés , pourvu qne l'importation s'en fît par navires français de la métropole ; 2.» qu'il fût accordé à ces sucres une prime de 7 fr. 50 par 50 kilo, de sucre brut, et proportionnée pour les terrés; ^,^ qne nos colonies fussent contraintes à ne consommer que les produits du sol ou du commerce de la mère-patrie ; 4.« qu'il fût défendu aux colonies de posséder d'autres navires que les seules embarcations nécessaires à leur cabotage; 5.» que les sucres des colonies fussent soumis en France aux mêmes droits que ceux des pays étrangers. Toutes ces mesures , extrêmement favorables anx commissionnaires et surtout aux armateurs français , pouvaient se traduire ainsi : Imposer à la mère-patrie une charge annuelle d'environ 10 millions de francs , afin de pouvoir commercer plus librement avec les nations étrangères. Cette pétition , bien qu'elle consacrât des avantages réels pour la France , n'eût aucun succès. A peu près dans le même temps, M. Levesque aîné , maire et négociant de liantes , publia une brochure qui répondait à celle de M. Dobrée ; elle était écrite avec conviction, mais sons l'influence de préjugés. L'auteur émettait, comme indubitable , cette assertion qu'aux colonies mille individus consomment plus que dix mille en France ; il partageait du reste l'opinion arriérée de la balance du commerce, sur laquelle les États fondaient autrefois leur économie politique , et regardait comme une perte le numéraire que nous envoyons dans l'Inde en échange des épices. Ensuite de ses principes il demandait qne nos colonies fussent

freintes h receroir de nous toat ce que noos ponrons lear fournir , et que Ton accordât en retour à leurs denrées , tu qu'elles ne peuvent se vendre qu*en France , Je privilège de notre consommation. Sous ce rapport , il présentait des considérations souvent justes et toujours spécieuses. Au résumé , le mémoire de M. Dobrée n'a point cette portée que Ton était en droit d'attendre de lui; c'est simplement l'œuvre* d'un homme d'affaires. On croirait , en lisant celui de M. Levesque , qui est moins bien pensé , et dont les parties sont liées et s'appuient moins fortement , que c'est l'œuvre d'un colon de la Martinique ou de la Guadeloupe.

Le besoin de faciliter l'escompte, et les avantages que les banquiers retirent de leurs paiements anticipés par la retenue qu'ils font sur la valeur des billets au porteur, dont ils soldent le montant, portèrent, en 1821 , plusieurs négociants de notre ville à créer une Société pour l'exploitation de cette industrie. De là l'origine de cette institution qui porte le nom de Banque ds NanUt , et qui n'est en réalité qu'une entreprise particulière: on voit, dans ses statuts , que la durée en était fixée à neuf années; le capital social à six cent mille francs, divisé en six cents actions de mille francs chacune; que la Banque ne doit escompter que des billets de commerce revêtus de trois signatures réputées solvables , et dont l'échéance n'excède pas le terme fixé par le conseil d'administration, ou les billets revêtus de deux signatures notoirement solvables, et avec la certitude qu'ils sont créés pour fait de marchandises ; qu'enfin , elle ne peut émettre de billets pour une valeur triple , y compris les sommes dues par elle dans ses comptes courants, ou envers les particuliers, du capital de ses actions.

Cette Banque , jusqu'ici , aurait pu rendre d'immenses services; et, cependant, elle n a été d'aucune utilité pour le public. Les administrateurs, se conformant à la lettre et à l'esprit de ses statuts, ont toujours rétréci leur crédit , lorsque les affaires devenaient difficiles. On peut même les accuser de s'être montrés étroits dans leur gestion. En effet, pour ne jamais agir qu'à coup sûr, ils ont toujours eu soin de n'escompter que des billets qui portaient en quelque sorte hypothèque ; tandis qu'en étendant le cercle de leurs opérations , ils eussent fait des bénéfices beaucoup plus considérables , et donné naissance à un plus grand mouvement des capitaux et de l'industrie dont , ensuite , ils eussent eux-mêmes profité les premiers. A diverses époques , et notamment en 1827 , on leur a reproché de faire monter le taux de

562 XIX.e SIÈCLE.

l'escompte en refusant de solder la totalité des bordereaux qui leur étaient présentés; ils profitaient, pour exécuter cette manœuvre financière, des moments où le commerce de notre ville se trouvait avoir besoin 4e fonds pour ses achats habituels anx foires d'Anjou dans le mois de mai , et en septembre , à Tépoque des moissons et des vendanges. On voit , par le tableau qui sait, quels ont été les dividendes de cette entreprise jusqu'en 1831.

Dividendes de la Banque de Nantet , répartis entre les Jclionnaires,

1822. — 21,900 f. on 36 f. 50 c. par action de 1000 f. , an nombre

[de 600.

A Tépoque oh quelques négociants formaient une Banque dans notre ville , M. Henri de la firosse y établissait une Compagnie d'assurances mutuelles. Les commencements de cette association furent pénibles. Les concurrents essayèrent de jeter dans le public des préventions contre ce mode d'assurances. M. de la Brosse répondit , et fut assez heureux pour réunir au 25 septembre 1820 plus de 9 millions , minimum fixé par le gouvernement pour la valeur des propriétés qui seraient mutuellement garanties au commencement de la société. A la fin de 1821, la valeur totale des propriétés assurées s'élevait au-delà de 15 millions de francs , elle s'est accrue successivement chaque année , et montait à 30,279,490 £r. au l.«' janvier 1830. On voit, aux rapports de M. de la Brosse, président de cette société, qu'en 1825, époque à laquelle 407 propriétaires se trouvaient libres de n'en plus faire partie, 10 seulement se retirèrent. Les pertes de cette société ont été, année commune, de 1 sur 10,000, chiffre déjà constaté en Angleterre.

En 1822 , les armements de liantes pour la pèche de U baleine fixèrent l'attention publique. Ils devinrent , deux ans plus tard , le

900 actions.

sujet d^nae intéressante commanication à la Soeiété Académique par M. Thomine. Noos résumerons ici en quelques mots le mémoire si plein de faits de cet économiste. Conduit après la paix en Angleterre par les affaires de sa maison , M. Dobrée eut occasion de remarquer combien la pêche de la baleine emploie de navires et de marins chez nos voisins d'ontre-mer. De retour en France » il fit venir de la Grande-Bretagne les ustensiles et les hommes nécessaires pour introduire chez nous cette industrie que les Basques ont exploitée les premiers, et , dès 1817, il expédia pour la pêche, le trois-mâts le Nantais^ sous le commandement du capitaine Winseloo, qui revint au bout de 14 mois chargé du produit de 27 baleines. 2 mois et 1/2 après son retour, ce navire fat remis en mer. Pour ce second voyage, aucun des ustensiles venus d* Angleterre ne fut employé. Les harpons , les lances et autres instruments de fer, furent fabriqués par M. Babonneau; les lignes par M. Chalas; les chaudières par M. Mesnil; les pirogues par M. Boudet. Après 15 mois de mer, ce navire revint à IVanles , chargé du produit de 29 baleines. Dans un troisième voyage de 18 mois, le Nantais rapporta dans notre port le produit de 33 baleines. Des succès aussi remarquables ne pouvaient passer inaperçus , et bientôt les premières maisons de Nantes suivirent Teiemple de M. Dobrée. Un capitaine, M. Thébaud,se distingua, parmi tons ses collègues, par son habileté^ qui lui a valu sur notre place le surnom de Théhaud-Baleine ; il mit tant de zèle à connaître toutes les parties de la pêche, qu'il devint capable d'entreprendre un voyage avec un équipage entièrement composé de Français qui ne s*en étaient jamais occupés. La pêche de la baleine a eu pour notre ville le plus heureux résultat; non-seulement cette industrie nous est restée , mais nous lui devons encore Tintroduction à Nantes du feutre à doublage et des câbles en fer. Le peu de durée des câbles de chanvre sur les fonds de corail porta M. Dobrée à faire venir d'Angleterre des chaînes qui ont servi de modèle à MM. Bertrand-Fourmand , Babonneau et Potel. La fabrication du feutre à doublage est restée propriété de sa famille par suite du brevet d'importation qu'il avait pris pour s'en assurer l'exploitation.

La renommée nous avait annoncé successivement raffranchissement de toutes les anciennes colonies de la Péninsule , et nos commerçants fixaient vers ces nouveaux états des regards de convoitise , ils ne parlaient à la Bourse que du Mexique, de Guatimala, du Pérou, de

S64 m^.* SIÈCLE.

la Colombie, do Chili et da Brésil; ils enraient j troorer le placement des marchandises qu'ils j enrojaieot, avant la RéTolation, par ITspagne et le Portogal , et se complaisaient dans rénomératioo des richesses de ces contrées: les mines d*argent do pajs , dont Cortex fit la conquête; les olÎTiers, les vanilles, les indigos, les bois de teintore, les baumes , les résines et les antres productions des tropiques que fournit Guatimala; les miues d'or, d*argent, de platine, de sel gemme , les émérandes , les quinquina , les cacao , les cafés , les sucres de la Colombie, où commandait le Napoléon du I^ouyeau-Monde; les mines d'or, d'argent, de mercure, de plomb, de cuivre, de sel gemme, les sources de pétrole du Pérou ; ses quinquina , ses baumes , ses résines; les chinchillas du Chili et ses productions minera logiques; les cuirs de Buénos-Ayres et les ressources que présente la Plata pour la navigation fluviale dans Tinténeur de la république et pour le commerce avec Corientes et le Paraguay ; enfin les miues de toute espèce du Brésil, son abondance en bois de teinture et denrées des tropiques. Ils énuméraient encore la population de ces anciennes colonies de l'Espagne et du Portugal, et ils essayaient de calculer approximativement leurs besoins. Mais le gouvernement qui tenait plus au principe de la légitimité qu'à la prospérité de la France se garda bien de reconnaître les nouveaux états d'Amérique et d'entrer avec eux en relations suivies; aussi l'Angleterre et les Etats-Unis s'emparèrent-ils presque exclusivement, par des traités avantageux , du commerce de ces contrées. L'Angleterre, persuadée qu'après avoir crédité leur indépendance , elle en obtiendrait des conditions plus avantageuses , leur prêta 315 millions 600 mille francs, et forma, pour exploiter leurs mines, des compagnies dont le capital s'élevait âi 36 millions. C'est ainsi que nous seuls ne savions pas tirer parti des circonstances, et que notre ville subissait l'influence d'une politique arriérée.

De 1821 à 1830 il nous reste , sons le rapport du commerce, peo de faits à citer; an relevé des faillites nous trouvons les chifires suivants :

AlINÉBS. HOMBRS DES FAILLITES.

Ces chiffres ne suffisent pas poar donner une idée de la situation de la place. Chaque année, en effet, liquide celle qui Fa précédée, et les mauvaises affaires de 1830 ne se sont montrées qu'en 1831. D'un autre cdté, Textrèmo concurrence et les tentatives si fréquentes, en fait de nouvelles industries^ peuvent produire des sinistres sans que le crédit d'une ville soit ébranlé , et que Ton ait cessé à'y négocier avec avantage. Je dois donc rappeler que les années 1825, 1826 et 1827 ont été très-bonnes pour Nantes , et que , dans cette dernière , les opérations sur les grains^ habituellement si hasardeuses, ont constamment réussi; grand nombre de navires de notre port furent chargés de blé pour Marseille , et tous y rendirent leur cargaison avec bénéfice.

En 1829, M. Busseuil, imprimeur, éleva une concurrence à la Feuille Commerciale de M. Mangin , sous le nom d'Écho du Commerce, Ce journal, auquel coopérait M. Jalaber > se présentait avec des conditions avantageuses de rédaction, d'impression et de modération dans le prix d'abonnement ; mais il n'a pu se soutenir. Cette entreprise prouve > du reste, que le mouvement des affaires était considérable.

Jusqu'ici nous avons passé sous silence ce qui concerne la traite des noirs, mais comment taire que notre ville s'y est livrée sans interruption pendant les 15 années de la Restauration et que beaucoup de nos maisons les plus solides se sont enrichies à ce trafic? Des âmes pieuses ont pu colorer leur négoce du manteau de la religion et prétexter de la nécessité du baptême pour les malheureux de la cOte d'Afrique; hypocrisie!.... D'autres, plus sensés, avouaient hautement que les affaires étaient difficiles et que l'amour du gain l'emportait chez eux sur l'humanité.

L'on aura peine à comprendre un jour comment l'administration a pu laisser violer les lois et ne pas voir ce qui se passait sous nos yeux. A Dieu ne plaise que j'essaie de la disculper , non plus que ces assureurs qui formaient pomr les navires négriers des contrats d'honneur dont ils refusaient ensuite de solder le montant , en profitant de l'im-

possibilité où se trouvait Tarmateur de ies ponrsuirre derant les tribunaux.

Le résumé ci-joint des opérations de la société anonjme d* Assurance de notre ville est un document de plus , qui permettra de mieoi comprendre la marche du commerce sous la Restauration.

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