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Il est important de faire observer, pour rintelllgence de ce tableau : 1.» que la place de Nantes est en grand renom de prudence, et que , par suite , la Société dont nous publions les opérations a beaucoup assuré pour Rouen > le Havre et Bordeaux ; 2.<> que les assurances faites pour les risques de la rivière de Loire sont réunies i celles de mer ; 3.<> que la Société n'ayant été autorisée que pour ( ans , les années 1822 et 1827 sont chargées d*nn report > ce qui en
grossit les chiffres; 4.® qu'en 1830 les chiffres sont beaucoup trop faibles proportionnellement aux affaires qui se sont faites , ce qn4l faut attribuer à la grande quantité d'assurances portées sur la place de Londres. L'on sait en effet qu'il existe en Angleterre une loi qui dégage les assureurs , en cas de guerre , des assurances pour risques de guerre , contractées envers les étrangers ; mais l'on sait aussi que Ton a trouvé moyen d'éluder cette loi , soit par un contrat d'honneur de la part de l'assureur , qui s'engage à renoncer an bénéfice de la loi , soit par l'entremise d'un tiers , qui se charge de l'affaire et cautionne l'assureur envers le négociant étranger , dans le cas de manque de parole; tant il est vrai que la paix est, aujourd'hui , le premier besoin des peuples , et qu'ils ne peuvent plus renoncer aux transactions dont elfe est la source. Enfin , il faut observer encore que les chiffres ci-dessus ne représentent que le 10.« des assurances faites chaque année dans notre ville.
Le mouvement du port et l'état des denrées consommées annuellement sont encore deux éléments qui permettent de juger la situation du commerce de 1815 è 1830.
La moyenne des années 1825, 1826, 1827, 1828, 1829 et 1830,
nous donne les chifires suivants pour ce qu'on appelle le long-cours et
le grand cabotage , et pour l'importation et Texportation par navires
étrangers.
Exportations par navires français.
nombre Tonnage Tonnage effectif. I^ombre des
des bâtiments, des navires. hommes d'équipages.
Par navires étrangers,
Importations par navires nationaux,
Par navires étrangers.
Les années 1828 et 1829 nous donnent pour moyenne
du petit cabotage :
Navires sortis,
Navires entrés,
Le nombre des bâtiments de tonte natore» qoi entrent habituellement dans le port et qnî en sortent , s^élëre à près de 8,000 , d'où nous devons conclure qu'outre les 4,755 navires ci-dessus , 3,000 bateaux , allèges , etc. , contribuent encore à la mouvance des affaires dans notre cité.
Eu rapprochant ce tableau de ceux que nous avons déjà fournis pour des époques antérieures, nous trouvons que le commerce de notre ville a beaucoup déchu de son ancienne prospérité sons le rapport des relations extérieures , et qu'il n'est pas plus considérable qu'en iZOO; quant au petit cabotage , nous sommes porté à croire que jamais il n'a été plus florissant que pendant la seconde Restauration. La consommation comparée des années comprises entre 1816 et 1830 n'offre pas de grandes variations dans les denrées de première nécessité , si l'on en excepte le vin , les fourrages et les matériaux de construction , qui nous donnent le résultat suivant :
Vins en cercle. . . . 31^96 hec. 87,001 hec.
Vins en bouteilles. . . 142 hec. 232 hec.
Foin 3,993,130 kil. 6,130,760 kil.
Paille 331.070 kil. 617,460 kil.
Avoine. ...... 8,386 hec. 68,422 hec.
Chaux 13,937 hec. 48,191 hec.
Plâtre 500,461 kil. 1,168,235 kil.
Ardoises, carreaux, tuiles. 3,635,383 kil. 5,447,590 kil.
Tuffeaux 124,740 kii. 687,405 kil.
Nous trouvons aux registres de l'octroi qu'en 1817, année moyenne, pour la consommation des autres denrées , il fut tué à Nantes 2,724 bœufs et vaches , 20,597 veaux , 24,278 moutons , 7,072 porcs , 1,986 porcs de lait, et que notre ville reçut en outre 38,948 kil. de viande dépecée, 238,916 de poissons salés , 2,709 barils de harengs salés, et 126,733 de fromages étrangers.
Parmi les comestibles, nous trouvons encore 477 hect. d'huile, 1,771 de bière , 908 de vinaigre , 4,394 de châtaignes.
Au chapitre des combustibles figurent 139,994 kil. de suif, 11,543 de chandelles , 436 de bougies , 5,440 de cire , 756 hectolitres d'hoile commune , 30,039 stères de bois de corde, 1,808 de bois irréguliers, 5,498 charretées de racines, 672,250 cotterets^ 485,565 fagots de boulangers , 1,015,465 fagots cureU , 1,167,026 à un ou deux liens, 52,366 hect. de charbon de bois » et 93,793 de hooilie.
Le tableau suivant, quoique n'ayant pas nn rapport aossl direct que ceax qai précèdent arec la marche des affaires y est cependant de nature à mettre en évidence la prospérité commerciale née en France des quinze années de paix de la Restauration.
Nous avons déj^ fourni pour Tan XI, les chiffres des diverses professions dans le département, en signalant ce fait, que c'est par de semblables étndes , mais plus générales et plus complètes , qn*il sera possible nn jour de se rendre nn compte exact de la division da travail et de la distribution des produits. On ne verra donc pas sans intérêt ceux-ci qui placent sur deux lignes parallèles les années 1815 et 1830.
Années.
PBOFESSIONS.
Avocats stagiaires.
Id. admis an stage»
Imprimeurs ,
Id. lithographes ,
Libraires ,
Journaux , recueils périodiques ,
Docteurs-Médecins ,
Officiers de santé ,
Chirurgiens-dentistes ,
Sages- femmes,
Pharmaciens ,
Ecoles secondaires ,
Pensionnats de demoiselles ,
Professeurs particuliers de mathématiques ,
Écriture et tenue de livres ,
Professeurs de dessin et peinture,
Sculpteurs ,
Graveurs ,
Marchands de bois ,
Brasserie,
Brosseries ,
Chapeliers,
Confiseurs ,
Cordiers,
Draperies ,
Epiciers et droguistes ,
570 XITL* SIÈCLE.
FaieDceries , Filatures de coton , Fonderie en fer , Luthiers, Meubles et glaces , Orfèrres , bijoutiers , Capitaines an long-cours ^ Raffineurs , Quincailliers , Bouchers , Vins en gros.
Boulangers ,
Deux conclusions sortent de ces chiffres: Ta première, que les professions de luxe ont plus augmenté en nombre que les antres; la deuxième, que, sons la Restauration, le sort du peuple est resté stationnaire, pendant que celui de la classe moyenne s'améliorait rapidement. INous eussions pu compléter ce tableau par une statistique des ooTriers de toute espèce que renfermait notre cité sous la Restauration; mais, nous avons pensé qu'il était mieux de ne rien dire à ce sujet que de publier les renseignements inexacts que possède la Mairie.
ITÉCBOLOGIB DB 90 A 1830.
Si Ton passe en revue les hommes marquants de notre Tille qui sont morts de 90 à 1830 , on voit avec satisfaction qu'ils ont beaucoup fait auprès de leurs devanciers. Nous rappellerons , en quelques mots , pour chacun d'eux , leurs titres è notre' souvenir.
Pelierinj avocat, membre de l'assemblée constituante, a écrit sur le droit public de la province de Bretagne.
François CacauU, ambassadeur à Rome, amateur distingué en peinture , a réuni la collection des tableaux de notre Musée et laissé une traduction des poésies allemandes de Ramier.
'Ceineray et Crucy , architectes , vivront long-temps dans la mémoire des habitants de Nantes; le Théâtre, la Bourse, le Cours Henri IV , le quai Brancas , la Poissonnerie , le quai Flesselles , la place Louis XYI , la route de Rennes , le palais de la Préfecture , enfin nos plus beaux édifices sont leur ouvrage : il y avait peut-être
plus de facilité , plu d'abondance chez Crucy ; pins de grandiose et de aimpiîcité chez son pvédécesseun
JLe Deisi de KerwaUmt , HoaUre à la chambre des comptes , s'occupait de poésie: il a laissé une traduction inédite de Martial.
Pimre levéque^ membre de Tlnstitot, était un mathématicien distingué.
Bougon , peintre d'histoire > a joué un rôle fort honorable dans notre révolution.
MeiUneit le père du général qui a dirigé en 1831 le siège de Maëstrich 9 prit une part active aux événements de 89. Lié avec Voltaire , d'Alembert , Florian et les beaux esprits de cette époque, sa correspondance avec ces hommes célèbres offrirait sans doute quelque intérêt , si elle était publiée. On lui doit plusieurs écrits d'économie politique y et il n'a pas été étranger aux ouvrages publiés par Graslin. Eu 91 » il fut nommé député à la Convention par le dépar- ■tement de la Loire-Inférieure.
Laérmee^ médecin habile et très-érudk, a écrit plusieurs mémoires scientifiques , et rédigé l'un des premiers budgets de Nantes.
Âlhenas , cet homme actif jusqu'aux derniers instants de sa vie , a J»eauconp contribué à faire l'éducation de ses compatriotes : fort ins- -truit en chimie et en archéologie» il a laissé un grand nombre de mémoires, dont plusieurs inédits.
Httet^ l'auteur de la statistique de Tan X, fut proposé sous la république par son compatriote Sotin , pour être ministre de l'intérieur. On le trouva trop jeune , comme si la jeunesse n'était pas une garantie de courage et d'activité. Il a prouvé depuis, par sa statistique du département de la Loire-Inférieure , par un ouvrage sur l'admis nistration , par plusieurs autres écrits et par toute sa vie , que ce poste éminent n'était pas au-dessus de lui. Ses principes politiques ont toujours été l'expression de ses croyances , et sa vie publique la mise en pratique de cette pensée que tous les hommes d'inteU Tlgence doivent avoir pour but l'amélioration physique , uiorale et intellectuelle de leurs semblables. Très-instruit en économie politique , très-érudit et doué d'une grande facilité comme écrivain, il était l'un de ces hommes d'avenir qui marchent en avant de leurs compatriotes. ISous devons regretter qu'il n'ait pas publié , comme il en a eu l'intention, grand nombre de pièces autographes qu'il s'était procurées pendant qu'il remplissait les fonctions de secrétaire'^
général aa ministère de Tintérieur. Plusieurs de nos hommes influents eussent été mieux appréciés sous la Restauration et n'eussent pas caché 15 années leur bassesse sons le masque hypocrite du dévouement au pajs. On doit regretter aussi qu'il n'ait pas publié son histoire des courtisanes de Rome y ouvrage écrit en latin , et ses recherches sur Téconomie politique des anciens , sur les moyens qu'ils mettaient en usage pour faire vivre leurs armées et transporter leur matériel de campagne. Nommé député en 1815, il fonda, à la rentrée des Bourbons , le Journal du Commerce. Dans l'un des premiers procès intentés à la presse libérale , seul il se présenta devant les juges pour répondre de ce qu'il avait écrit, tandis qne ses confrères du CofislituUonnel et des autres journaux descendaient à la fiction, ou pour mieux dire à la lâcheté d'hommes de paille payés pour subir la prison. Aussi ce ne fut pas sans quelque émotion qne l'op vit ce publiciste plein de cœur et de fermeté assis au milieu des autres gérants responsables. De tous les Nantais qni ont figuré depuis la Révolution , Huet est sans contredit le pins pur comme homme politique , le plus capable comme homme d'affaires , comme penseur et comme écrivain.
Antoine Peccot , l'ami intime de Huet , était l'un de ces hommes dont le caractère original et les saillies continuelles font le channe des sociétés. Administrateur du département en 1792, membre en club de la halle, où il se prononça énergiquement en 93 en faveur de la Gironde , bien qu'il partageât cependant les principes démocraticpies de la Montagne, il fut du nombre de ceux que l'absurde Comité révolutionnaire de Nantes fit traîner de prisons en prisons jusqu'à Paris. Nous avons de lui un volume de poésies que son fils a publiées, et plusieurs autres ouvrages inédits ou peu connus (1).
(1) PecGot élait matérialiste : il crojait , du reste , à la perfectibilité hamaine , et fut toujours républicaia , nidme sons Tempire ; nous ea trouvons la preuve daas les ?ers suivants extraits de soo livre :
Hélas ! j'ai plié luon esprit
A des principes trop sévères;
Mon cœur , d'illusions trop chères,
Depuis trop long- temps se nourrit.
Do moins je soumettrai mon Ame.
Cette pure et céleste flamme ,
Feuehé^ doc d'Otrante, ancien oratorien arant 89, et conventionnel en 93 , se fit thermidorien après la chate de Robespierre ; c*était nn homme d'on mérite très-éminent , mais entièrement dëponrTn de moralité ; serviteur de tons les régimes , il a été snccessirement terroriste , réactionnaire , bonapartiste et royaliste , et Ton doit le regarder comme Tan de ceux qai ont le plos contribué avec le prince de Talleyrand à la démoralisation de notre époque. — Nos pères ont consacré nn monument à la mémoire des grands hommes , nos neveux compléteront un jour leur pensée en inscrivant quelque part les noms
Qne m*iDSpira la liberté , Je te la voue , 6 vérité !
Poor TEtat toujours plein de lèle Je fos on pea répablicain.
Uoe petite pièce intilolée /e Brin de Paille est plus conclnante encore ; la voici :
Le Brin de Paille.
Vojez-voas ce dindon ?
La stopide volaille ;
Qai n^admirerait pas son immobilité
Sons le poids de ce brin de paille.
Ainsi, par toot nn peuple, imbécille canaille, Un gouvernement est porté.
Imbu de l'esprit voltairien , Peccot attaqua rudement le catholicisme ^ il ne ménagea point non plus ceui do ses compatriotes qui faisaient la traite des noirs.
Quand la loi dn plus fort est tout En France on peut voler la voiture pnUiqoe ,
Et traiter des noirs en Afrique % La justice condamne et Tintérét absout.
Ainsi se terminait une pièce de vers fort remarquable pour le fond , publiée par lui contre cet odieu trafic.
des mÎDistres et des prÎDces dont la condoite a laissé des sonrenirs odieux.
SoUn La Coindiére^ ministre de la police sons la répabliqoe, avait de Ténergie et de la capacité ; il eût fait réussir le moaTement de rOnest en faveur de la Gironde , si les députés girondins n'avaient montré la plus grande faiblesse. Bonaparte, ne pouvant le corrompre, le mit de •côté. Sorti pauvre d*un poste où tant d'antres font de scandaleuses fortunes, il est mort dans un état voisin de l'indigence. — L!on nous a proposé, en 1831, d'écrire ses mémoires, mais beaucoup de documents nous manquaient; nous n'avions à notre disposition aucune des lettres écrites ou reçues par Sotin à l'époque de la terreur; et en 1836, lorsqu'un épicier de Nantes a vendu à la livre une correspondance dans laquelle se trouvaient des lettres de Lanjuinais, Baco, Sotiq, Gnépin aine, Kervelegan, et plusieurs autres fédéralistes, nous sommes arrivés trop tard pour utiliser ce dépôt des opinions de l'époque la plus importante et la plus instructive de notre bistoire.
7.-jB. Ogée , ingénieur de la province de Bretagne : nous avons cité ses œuvres.
Jecm^Joseph-LouU GrasUn , receveur-général des fermes du roi à Nantes, auteur de plusieurs opuscules d'économie publique, est le fondateur du nouveau quartier de la ville qui porte son nom.
Coustard de JUaisy était colonel des volontaires de Nantes.
Pierre CacauU était frère du sénateur: nous. lui devons un plan de Nantes.
Bougon j peintre d'bistoire : nous avons en occasion d'en parler.
Chaleaitbo^rg , peintre en miniature.
Bacqua^ chirurgien d'un rare mérite : la ville lui a fait élever, dans le cimetière de Miséricorde, en témoignage de la reconnaissance publique, un tombeau fort mesquin.
Bfot^GourviUe j comédien: ses talents et sa conduite avaient su vaincre avant la révolution les préjugés qui pesaient et qui pèsent encore snr ceux des artistes quijie livrent au théâtre. Jeune, il avait porté les armes et reçu plusieurs blessures.
Le comte Louis-Charies Buchaffaui de Besné était lieutenant-général des armées navales.
PeUoutier et BouUiUer^ négociants: Huet a dit ce qui suit de Bonteiller dans sa statistique , en parlant du commerce et de Tinduslrie de Nantes, dont il avait passé en revue les sommités:
9 Je poarrais citer encore cet homme sarant autant qae modeste, qui se liyrait aux plus rastes spéculations dn commerce, fondait les plus belles fabriques qu'ait eues Nantes , et consacra sa rie et sa fortune à des actes de bienfaisance. H. Bauteiiler , ce chef d*une maison que toute TEurope commerçante a connue , qui créa de si beaux établissements au-delà des mers, qui soutint les commencements de la réTolution de ses conseils, de son crédit, de ses capitaux , fut Tictime des désordres qu'elle produisit , et n'en abandonna jamais les principes , qui , parvenu à Textréme rieillesse , TÎt , sans regrets peut-être, ou du moins sans murmures, son immense fortune s'anéantir à la fois dans les deux mondes, ses possessions de St.-Domingue détruites et sa confiance dans le papier de l'état trompée. »
Foumier , architecte -rojer , commandait le détachement des Nantais qui marchèrent au secours des députés de la Gironde et se réunirent aux Brestois qui les avaient devancés. Il nous a laissé une carte de l'ancienne ville de Nantes, que nous ne donnons pas dans cet ouvrage, parce qu'elle n'était point originale, mais copiée seulement sur le plan de Defer; nous a vous aussi de lui plusieurs volumes manuscrits de recherches sur nos antiquités. Voici son épitaphe , composée par lui-même:
pubbb hicolas foueitibb.
Légiste et financier ,
Et moine et cavalier ,
Artilleur , fantassin ,
Ingénieur, marin,
Architecte, officier,
Commandant , prisonnier ,
Vétéran , citoyen ,
Académicien ,
A Nantes antiquaire »
Vojer , pensionnaire ,
Sans fortune et sans bien,
Maintenant, moins que rien.
Dorion , versificateur infatigable , est l'auteur de plusieurs épopées qu'on ne lit pas.
Grelier a coopéré au dictionnaire de Bretagne d'O^^e. La rédaction de ce livre est son ouvrage , le plan et les recherches appartiennent h Ogée.
if."' Bufresnoy est trop connoe par ses poésies pour qa'il soit nécessaire d'en dire davantage.
Thomas Dobrée , consol des Etals-Unis : des mes comme spécatàtear et beaucoup d'habileté pratique en avaient fait ran des premiers négociants de PCantes: il a beaucoup fait pour la ville.
Baudry , docteur-médecin , homme actif et hardi , auquel n'ont manqué ni les grandes entreprises , ni les grandes pensées; chaud en industrie comme il Tétait en politique. C'est à lui que nous sommes redevables des Omnibus. — Le premier, il employa à riantes les engrais pulvérulents. Soit inconstance, soit besoin de créer, il passait sans cesse d'uiie spéculation à une autre spéculation. Mais , pour le malheur de notre ville , un jour il douta de lui-même et succomba à la crainte de l'infortune.
Anloine Le Ray , poète ignoré , connu seulement de Bérang<ur , de quelques artistes et de ses amis, an nombre desquels Ed. Richer était l'un des plus intimes , a laissé de profonds souvenirs ches ceux qui l'ont connu. M. Camille Mellinet , l'imprimeur de ce livre , possède un grand nombre de lettres de lui , écrites avec toute la franchise et l'abandon de l'amitié. Elles contiennent des détails fort cnrienx sur ce qui se passait à liantes li l'époque de la charbonnerie.
Ils méritent aussi que l'on consacre leurs noms , ceux qui, dans la jouméedn 30 juillet, succombèrent victimes de lenrpatriotisme. Cumul, Reseau f Racineux , Chauvet, Bolteau^, Rigaud^ Robert ^ Potin ^ Lasnier , rorm , vous avez bien mérité du pays : puisse la ville où s'exhala Totre dernier soupir ne jamais oublier que votre sang fut rersé pour le triomphe des droits populaires ; puisse votre dévouement profiter un jour à la France ! Hommes de cœur, vous fûtes grands comme les circonstances, vous jetâtes courageusement vos tètes dans la balance à côté de vos opinions, et vous réussites à la faire pencher. Vos frères et vos fils se rappelleront qu'à côté des dangers du combat, vous avies encore la perspective de l'échafand.
29 BT 30 JUILLET.
Depuis long-temps une rumeur vague jetait dans le public des bruits de coups d'Etat et de cours prévotales, comme pour sonder Topinion.
Des incendies , qoe les libéraax attribaaieDt à des agents secrets du ponroir , et qne Tan des rédacteurs de Pancien Globe , le docteur Bertrand, eipliqnait par sa théorie sur les monomanîes contagieuses , désolaient PlIle-et-Vilaine , la Mayenne et Maine-et-Loire. Tout faisait pressentir un craquement dans notre machine sociale , lorsque le 29 juillet an matin, les ordonnances de Chartes X sont placardées dans les rues de Nantes^ Aussitôt Taniiété se peint sur les figures, les patriotes s'abordent sans se parler, ou leurs paroles sont brères. Vers le soir éclate un violent orage qui suit les rires de TErdre , et , comme dans des moments aussi critiques , le coeur rivement ému cherche partout des sympathies , il semble à chacun que ce bouleversement de la nature n'est que rayant-coureur d'une tempête encore plus terrible.
Les libéraux se divisaient en quatre séries distinctes. Les républicains, les bonapartistes, Taristocratie bourgeoise jalouse du rang et de la position sociale des nobles, et la masse des patriotes. Les répoblicains , en très-petit nombre , séparés les uns des autres par leur ftge «t leurs habitudes , ne se connaissaient pas , et ne purent s'entendre. Cependant ils prirent l'initiative. S'apercevant que le Château n'était içardéquepar quelques artilleurs , l'un d'eux vint sur la place Grasiin chercher quelques hommes pour s'en emparer et commencer ainsi la révolution.
A cette proposition , cinq hommes seulement répondirent; plus de vingt autres refusèrent. Une heure plus tard , il n'était plus temps , un bataillon d'infanterie gardait le château et ses avenues.
Bientôtcependant l'indignation publique, d'abord calmeetsilencieose fait explosion au théâtre. Alors , par les ordres du général Despinois , qui commande la ville , un bataillon du 10.« forme un grand cercle sur la place de la Comédie. Les cris de meure Charles XI Â bas Charles X! f^vtf /a /ifterteV retentissent dans les groupes > entièrement composés de jeunes gens et d'ouvriers : on discute, on s'agite , mais aucun chef ne se présente > ancun homme ne se montre pour servir de drapeau , et, faute de s'entendre , on ne fait rien.
Cependant il est 10 heures 1;2, les cris diminuent, et la foule commence à s'écouler, lorsque les autorités, contrariées de voir encore des rassemblements, ordonnent aux gendarmes de les dissiper. Un roulement se fait entendre ; aussitôt les citoyens sont chargés jusque sur les gradins du théâtre ; des pierres pleuvent sur la gendarmerie ; mais
la place est évacaée, et qnÎDze jeanes gens sont arrêtés. Ainsi commencèrent les premières hostilités.
La nnit se passe , nnit d'angoisses et de suenrs froides. An point da jonr« quelques patriotes sont déjà debout et prêchent Vinsnrrection.
A Thenre du courrier , une foule considérable se presse dans la me de la Poste et dans celles qui Taroisinent, la révolte imminente devient le sujet de toutes les conversations ; déjà Tes libérant se divisent en deux nuances distinctes : les uns appartenant à la haute bourgeoisie voudraient conserver la charte de Louis XYIIT , un changement de ministère leur suffirait ; soumis à ce qu*i1s appellent la légalité « ils semblent plus redouter les orages révolutionnaires, si cruels an commerce , que le despotisme ; ils se réunirent chez M. Bonrnichon pour aviser aux moyens de mettre leurs propriétés à Tabri. Les autres > plus jeunes on appartenant à la dasse du peuple , ne veulent plus de Bourbons et le proclament hautement; pour eux, ta révolte est le plus saint des devoirs. — Hs voudraient délivrer les prisonniers faits dans la journée précédente, empêcher le Morbihan et la Vendée de se réunir; ils voudraient surtout faire une diversion en faveur des patriotes parisiens , aussi tous raettent*ils le temps à profit. Ecoutez leurs discours : — Un chef : il tCy en aura gu après la victoire, — Mais que faire ? — Compter d'abord sur nous , puis encore sur nous et marcher. — Mais si personne de marquant ne nous dirige? — Les hommes marquants ont peur de se compromettre^ Us ne viendront qu'à la curée. — Despinois est lâche : faisons du bruit pour F étourdir y et nous gagnerons du temps, — // faut semer tagitation , si ton veut un mouvement populaire.
Bientôt, vis-à-vis de la douane, se forment de nouveaux groupes, où Ton tient le même langage ; mais partout on sent le besoin d'ensemble, aussi Ton décide qu'un député sera envoyé vers les notables commerçants de la ville réunis chez M. Boumichon. Messieurs , dit-il , nous attendons le résultat de votre délibération: les jeunes gens et les ouvriers sont prêts ^ que décidez^vous ? L'un d'eux alors prenant la parole: Messieurs^ n^ admettons point les jeunes gens dans notre réunion; nous voulons la charte et la paix, rien de plus; si nous demandons la réorganisation de la garde nationale, c'est uniquement pour protéger nos biens , nous ne désirons pas de révolution. — Cela euffU , répliqua l'envoyé , nous ferons nos affaires tout seuls. Cependant le courrier arrive : il en sort un voyageur qui se hâte
de disparaître pour se soustraire aux recherches de Taatorité; mais la voiture a ses ilenrs de lis enlevées, mais ce rojageur a pris part au combat et l*a raconté ; quelques meneurs qui s*empressent de comparer tous les récits , s'aperçoivent qne la victoire n'est nullement décidée en faveur des patriotes ; cependant ils le dissimulent avec soin et vont partout , au contraire » proclamant à haute voit le massacre des Suisses et de la garde« — Jeunes étudiants^ hommes des faubourgs , c'est à qui redira votre gloire et la honte des habits brodés cachés dans les caves.
Les notables du commerce s'étaient portés chez le maire. Pendant qu'ils sollicitaient la réorganisation de la garde nationale , dont quelques-uns d'entre eux espéraient ensuite faire usage pour tenter un mouvement révolutionnaire , des hommes d'action se réunissaient sur la place Graslin. Les meneurs de chacune des fractions du parti libéral essayèrent alors d'amener la masse à leurs opinions. Les républicains (il n'7 en avait pas 20 À cette époque dans toute la ville de Nantes) perdus au milieu des groupes , s'agitaient et s'usaient en impuissants efforts. Les napoléoniens n'étaient pas mieux écoutés, nais les plus mal reçus du peuple, c'étaient ceux qui parlaient de transaction.
Plus de mille hommes couvraient la place Graslin , lorsque Ton apprend que le maire a refusé aux notables du commerce de laisser armer et organiser la garde nationale; aussitôt une clameur immense s'élève du sein de cette foule, et le mécontentement populaire fait entendre un murmure terrible. Le peuple se prenait de colère; l'instant paraissait favorable pour l'entraîner, lorsqu'un jeune homme qui, dans son illusion, se croyait arrivé à la pratique des théories pour lesquelles le peuple français a subi un si long martyre, se dresse, lève son chapeau , et s'écrie de tonte la force de ses poumons: plusderois , vive la répuôHgue !
Personne ne répondit ; mais les plus proches voisins du jeune homme rengagèrent à se retirer, en lui disant qu'il se perdait. Les napoléoniens , de leur côté , essayèrent aussi de s'emparer de la masse , et l'un d'eux répéta plusieurs fois de suite : F^ive Napoléon II! sans réussir \ entraîner la multitude. Pendant quelques instants , l'agitation fut à son comble sans avoir aucun but , aucune direction; quelques hommes se mettent à crier à tue tète : Vive la Charte/ Mais on leur impose silence, et bientôt les cris: Plus de Charte, vive la Mterté,
à bai iet Bourbons, meure Charies X! sont répétés par le plos grand nombre. Des cris de vengeance contre le maire lenr succèdent, et des flots de peuple qne domine la colère se précipitent vers sa demeure, en annonçant les projets les pins sinistres. Quelques hommes veulent arrêter et diriger le mouvement: vains efforts! ils sont entraînés» et leur voix se perd ; Tun d'eux cependant* monté sur des décombres, parvient à se faire entendre; il s'était isolé de la masse en demandant la république; mais la circonstance était favorable ponr reprendre part 5 la direction du mouvement révolutionnaire, et il en profite: Citoyens, s'écrie-t-il , prenons garde d*élre trompés^ mais aussi ne soyons pas aveugies dans notre colère ; ayons pour nous lu force d'une bonne cause^ et ne versons pas le sang les premiers ; commençons par demander de nouveau l'organisation de la garde nationale , et cependant armons-nous par prudence ; une fois prêts au combat, que fou nous refuse ou que ton ne nous refuse pas^ le cœur nous dira ce qu'il faudra faire. Cette harangue produit effet : le peuple s'arrôte et députe Toratenr vers le maire pour connaître ses intentions.
Un garde-de-ville passait , il avait contribué à l'arrestation des 15 jeunes gens incarcérés la veille. Soudain , un artisan lui arrache son sabre, il allait Ten frapper, maïs on s'y oppose. Une lettre adressée an préfet par Je maire est saisie sur Tagent public. Le député envoyé chez M. Levesque s'en empare et se rend chez lui. Cest ainsi , Mon^ sieur, dit-il , en la lui remettant cachetée , que nous entendons la U~ berté et la marche que nous devons suivre ; voyez du teste ce que vous voulez faire pour la tranquillité de la ville dans les circonstances critiques oii nous nous trouvons, M. Levesque était royaliste , et il avait prêté serment de fidélité à Charles X ; impuissant à comprimer le mouvement et comprenant qu'organiser la garde nationale c'était travailler au profit delà révolution, il ne donne que des réponses évasives ; aussitôt qu'elles sont connues , des cris de mort et de vengeance se font entendre de nouveau. Une seconde députation remonte alors chez lui : dans son escalier même Ton engage l'un des membres qui la composent, et qui est armé , à l'arrêter comme étage, s'il y a moyen de le soustraire à la fureur du peuple , 5 favoriser sa fuite dans le cas contraire. Deux misérables veulent se joindre à la députation , il faut, disent-ils, jetor ta famille Levesque par les fenétres et incendier la nudsoti. Ceux qui tenaient ce langage n'appartenaient pas au peuple , à ces classes souffrantes que Ton accose si
sooTent de pillage et qoi se monfreDt tons les jonrs si résignées dans leur misère. (Tétaient d'estimables boorgeois fort bien vêtus. Quelques paroles un peu vives , prononcées le pistolet au poing et accompagnées d'une démonstration énergique , lesforcèrent à se retirer.
Jusqu'alors le maire avait pu gagner du temps; mais cette fois, il n'était plus possible d'éluder. Ceux qui demandaient l'organisation de la garde nationale « parlaient au nom de l'ordre public > quoique leur intention bien positive fût au contraire de pousser à la révolte^ Le maire, pour échapper au danger qui le menaçait, promit tout ce qu'on lui demanda , bien décidé , du reste , à ne point trahir ses opinions et son serment. On l'a beaucoup accusé depuis ; cependant , il est positif que , pendant tous les pourparlers, personne n'était dupe, et que 9 rojalistes et révolutionnaires , chacun cherchait à tirer tout le parti possible de sa position. Bientôt l'un des députés sortit, et le peuple entendit ces paroles rassurantes: « Les prisonniers sont aux 9 mains du procureur du roi. M. le maire ne peut rien pour eux » qu'intercéder vivement; quant à la garde nationale, il va s'occuper » de la rétablir. Du reste, il s'entendra avec le général et le préfet » pour les mesures à prendre ultérieurement : ainsi donc, ouvrez vos » rangs , qu'il puisse se rendre librement à la mairie. » Des cris de vive ta liberté! vive la charte! succèdent à cette communication, et Qf. Levesque , entouré d'un cercle de jeunes gens qui le protège , se rend à l'Hôtel-de-Ville.
Une heure se passa , le peuple attendait l'exécution des promesses du maire, lorsqu'il apprit que ce magistrat, loin d'appuyer l'organisation delà garde nationale, s'y opposait de tontes ses forces. Quelques patriotes décidés songèrent alors à se procurer des armes ; il& quittèrent la place Graslin, accompagnés d'une trentaine d'individus, qui les abandonnèrent au détour d'une rue ; d'autres , réunis en un groupe, pensaient qu'il serait urgent de se mettre sur la défensive, j^â bien! leur dit l'un d'eux ^ vous êtes là comme des filles ^ vous criez assez haut, mais vous n'agissez pas. Est-ce ainsi qu'on fait les révolu^ lions ? L'occasion est propice , il faut la saisir. Dans les moments de danger^ l'homme de télé montre à ses adversaires une audace gui les étonne, une célérité qui les prévient. Ces paroles, prononcées avec énergie, furent reçues par des applaudissements. Alors l'orateur proposa de faire del'Erdre une ligne de défense en barricadant tons les ponts. Il proposa encore de barricader de môme le pont de la Poissonnerie et de
coaper l'an des ponts de la Laire : par ce mtfytm , disait>U , m^tu amfns fH/ur nouê tout Ut motaeamx quartiert, la place Bretagne, le Marckir et riU'Feydeau.
Lorsqu'il fol qoestioD de qniUer la place Grasln po«r aettre ce projet ^ eiécnlion , il ne se troora que deux oa tnns artisaBs qn ▼onlossent se compromeUre et sairre celai qal renaît de les karançncr. Bientôt cependant ce petit groope descendit la me Crébillon , oft quelques jeones gens les rejoignirent. Le Bornent était critiqne , il sV gissait de savoir si , an nombre de cinq on six , Ton conuMncerait les actes d'hostilités. Denx personnes se détachèrent pour aller porter dans tonte la rille et surtout ii la Bourse cette nonrelle que Ton allait couper les ponts ; les autres pensèrent qn^n trarersant la place Boyale et les rues en courant et en criant , ils exciteraient h curiosité et seraient suif is par le peuple. Ce moyen leur réussit: arriTés au pont de la Poissonnerie, ils étaient déjà 15 k 20; ils 7 reçurent de nombreux renforts 9 les uns Tenant de la Bourse , les autres de la place du Bouffay sur laquelle se trouvait une grande foule. Au pont de la Magdelaine , quelques ouTiiers munis de pioches Toulurent s^arrêter , mais sur les obserratlons de ceux qui dirigeaient le mourement , ils passèrent outre; bientôt ils se trouvèrent au nombre d enriron cinquante au pont de Pirmil. Il j eut lii comme un moment d^hésitation , soit fatigue d'une course rapide, soit appréhension de se mettre ouyertement et en plein jour en état de rébellion ; mais une main décidée enleva une pierre du pavé et la jeta dans la Loire , aux cris mille fols répétés de vive la liberté! Les hommes qui se sentaient le plus capables condaisirent Fopération : ils commandaient, on obéissait; en moins d'une demi-heure Tarche fat coupée. Les uns alors s'occupèrent de faire retirer sur la rive droite les bateaux qui se trouvaient sur la rive gauche, les antres rentrèrent en ville pour se procurer des armes. Déjà deux cents patriotes se trouvaient réunis à la Bourse. Ils n'avaient point de chef 9 et personne parmi les anciens militaires auxquels on proposait le commandement ne voulait l'accepter. An bout d'une heure ou dent de confusion, 150 hommes armés, n'écoutant aucune des justes observations qu'on leur faisait , se portèrent vers la demeure du général Despinois pour réclamer les prisonniers. Quelques patriotes, plus calmes et plus capables, se joignirent à eux pour diriger leur colonne. Arrivés sur la place Louis XYI , ils étaient à peine 80 , un coup parti, on ne sait trop comment , devint le signal de la lutte qui s^établît
entre eox et les soldats du 10.« léger. Beancoop de ceux-ci prirent la fuite , mais nne compagnie , arrirant aa pas de charge de la caserne , les remplaça et se posa de manière à former un demi-cercle avec les postes de Thdtel d'Aulx et de Saint-Pierre. Une décharge faite de très-près, atteignit 47 patriotes , parmi lesquels 10 ont succombé. Ceux-ci se retirèrent à leur tour, les uns en jetant leurs armes , un plus petit nombre avec un admirable sang-froid. L*un d*eux , voyant le général Despinois à sa fenêtre , s'avança jusqu'à dix pas de la troupe 9 et tira dessus , mais une balle morte le renversa fort heureusement pour lui y et le sauva d'une décharge à laquelle il n'eut pas échappé. Telle fut l'issue de cette folle démonstration , qui ne pouvait avoir aucun résultat.
Peut-être eût-il été possible , si les patriotes s'étaient mieux en-^ tendus de profiter du désordre qui fut aussi grand parmi les militaires que dans les rangs des citoyens armés , de monter chez le général et de s'emparer des autorités par un coup de main hardi. L*nn de nos concitoyens, bien connnpar son énergie, en fit la proposition an milieu du trouble qui suivit la fusillade , mais ce fut en vain. Ceux qui s'étaient réunis malgré l'avis de leurs concitoyens pour aller sur le Cours, se débandèrent aussitôt que la troupe eut fait feu. Pendant qu'une cinquantaine d'hommes tenaient bon et se faisaient tuer on blesser , les autres fuyaient dans toutes les directions. L'on vit alors plusieurs des meneurs se sauver à toutes jambes. Plusieurs se cachèrent, d'antres s'empressèrent de passer l'Erdre ; mais leurs armes , qu'ils avaient lâchement abandonnées, ne tombèrent pas au pouvoir des soldats , elles furent relevées et emportées noblement par quelques-uns de ceux qui s'étaient le plus vivement opposés à Téchaufiburée du Cours.
Le sang avait coulé, l'exaspération marchait en croissant ; aussi , en un instant , les postes de l'intérieur de la ville furent désnrmés , et les douaniers , qui se portaient au pont dePirmil , furent arrêtés dans leur marche; la plupart étaient d'excellents patriotes , loin d'opposer delà résistance , ils s'empressèrent de donner au peuple les cartouches dont ils étaient pourvus. Les rassemblements continuèrent jusqu'au soir , où la foule se dissipa ; quelques ouvriers restèrent seuls au poste central , observant une discipline toute militaire , et prouvant , par leur conduite, la moralité du peuple français. Le lendemain samedi, la chambre de commerce prit sur elle d'administrer en l'absence des
aotoritét. EDBemie par son essence de tonte révolotion , elle ne songea qu'à ses intérêts dn jour, et se borna à laisser les affaires dans le statu quo , sans se mettre à la tôte d'an sonlèvenient qu'elle voyait déjù gros de faillites , et dont elle ne comprenait pas toute Patilité. Dès le 30 jnillet , Ton avait proposé an général Dnmoatiers ancien soldat de Tempire , de se mettre à la tête de rinsorrection ; trop âgé pour avoir encore Tactivité nécessaire en pareille circonstance, trop peu éclairé pour comprendre Timportance d'nne révolution que personne ne voulait faire au profit d*an homme , il avait refusé. Le 2 août, vaincu par les sollicitations de ceui qui n'avalent pris aucune part ^ Tinsarrection , il accepta le commandement de la garde nationale , lorsque tout était déjà officiellement terminé. Ses débats ne furent pas heureux : son premier ordre du jour placardé dans les rues enjoignait aux habitants de ne pas détourner les soldats de l'obéissance passive qu'ils devaient à leurs chefs. On lui attribue aussi la défense qui fut faite dans les divers postes de prendre la cocarde tricolore.
Dans la nuit du 2 au 3 août, le général Despinois quitta Nantes pour passer dans la Vendée , qu'il ne réussit pas h soulever. Il se porta d'abord au-devant de ses cuirassiers qui , faute de pont , avaient été forcés de remonter jusqu'à Saint-Julien, et de passer la Loire à gué.
Dans notre ville comme à Paris, les royalistes furent tellement déconcertés de la révolution de juillet, qu'ils ne surent rien faire pour en arrêter les progrès, lie général Despinois eût pu , cependant, sll avait compris sa position, jouer un grand rôle, peut-être même balancer la fortune dn peuple; mais il perdit le temps en délibérations.
Telle fut la révolution de jnillet à Nantes. Des patriotes ardents prirent l'initiative ; le peuple les suivit. Les royalistes laissèrent faire, et d'autres ne s'occupèrent qu'à dépecer les administrations ponr s'y placer eux , leurs amis et leurs créatures. Un instant les démocrates hésitèrent, incertains de savoir s'ils n'enlèveraient pas à la commission commerciale la direction des affaires. Il n'existait pins aucune autorité. Le champ était libre ; ils avaient pour enx leur audace, leur conduite récente, et l'appui du peuple qni toujours est prêt à suivre ceux qu'il a vus payer de leur personne dans les moments de danger. L'incertitude qui entourait encore tontes les nouvelles de Paris , les empêcha d'exécuter nn projet qni eût obtenu facilement une réussite temporaire.