‹ Histoire de NantesChapitre 6 sur 47 · VI.« 8IÈGLB. tt · texte numérisé non relu

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n eut pour saocessear on de ses parents nooimé Nonnichkis, qoi fat par le roi. Grégoire de Tours fait remarquer à oe sujet qne cet éwèqae est le premier qui ait reçu % Nantes le pouroir épiscopal de l'autorité temporelle. FcHrtunat nous apprend qne c'était un grand personnage , et qu'il possédait sur la limite du comté Nantais une teire où sa femme et lui reçurent Saint-Germain , lorsqu'il retournait de Nantes à Paris.

Toutes nos chroniques s'accordent à faire un grand éloge de Saint- Félix. Cependant on ne saurait Texcuser d'aroir enfermé sa propre nièce dans un cloître , et de l'aroir contrainte à prendre le voile pour Tempécher d'épouser un jeune homme de grande famille , nommé Pappolen , auquel ses parents l'aTaient fiancée. On doit lui reprocher encore d'avoir donné asile an misérable Ricalfe , après Tavoir tiré avec adresse du monastère oti il avait été si justement renfermé. Des lettres publiées par Grégoire de Tours , constatent que Félix et lui se brouillèrent au sujet d'une terre de Féglise de Tours , que Grégoire ae voulut pas lui céder. Ces lettres, fort amères, ne sont pas hono* raUes pour ceux qui les ont écrites. Cependant , les procédés et les injures de Grégoire ne sauraient excuser Félix d'avoir pris sous sa protection Ricnlfe , si connu par son odieuse conduite envers l'évéque de Tours.

Pappolen succéda à Félix dans le gouvernement du comté Nantais, l'année même de sa mort. Ce fut aussi dans la même année, ou, peu de temps après, que la milice Nantaise accompagna le roi de France au siège de Bourges, dont elle revint chargée de butin.

Depuis 583 jusqu'en 594 , les Bretons ne cessèrent de harceler les Francs , dont ils ne voulaient pas pour voisins. En 587, 588 , 589 , Waroch ravagea le comté Nantais et fit les vendanges à son profit. Gontran, dans sa colère, envoja contre lui deux de ses généraux, Pappolen et Erbracaire; mais le rusé Breton les attaqua séparément. Pa^iolen et son armée succombèrent d'abord ; Erbracaire , adouci par les présents de Waroch , consentit à lui accorder la paix à des conditions onéreoses; mais, à son retour en France, il fut attaqué par les Bretons , au passage de la Vilaine , et son arrière-garde fut massacrée par les soldats de Waroch, sans qu'il s'en échappât un seul homme.

En 594, Waroch, h la sollicitation de la célèbre Frédégonde, porta la gnerre sur le territoire des Francs. Une bataille décisive , dans laquelle le comte de Vannes fat vainqueur, eut lieu entre Rennes

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et Vitré ; ce qui lui permit de reconstituer en partie le royaame Armoricain , et de léf^er à ses successeurs un pouroir indépendant.

C'est une grande question pour quelques-uns des historiens de la Bretagne , que de savoir si cette province relevait ou ne relevait pas, dans le principe , du roi de France. Cependant il est déjà , et il sera encore mieux prouvé dans cet ouvrage , que les ducs de Bretagne ont dû faire hommage aux rois de France chaque fois qu'ils n'étaient pas assez forts pour soutenir leur indépendance , les armes à la main.

Avant d'arriver à l'époque où la féodalité se trouva fortement organisée dans tonte l'Europe , écrite dans les lois , passée en habitude dans les mœurs , nous croyons utile de jeter un coup-d'œil sur la situation du duché dont Nantes était la capitale , et d'examiner les diverses classes d'hommes qui Thahitaient et la situation géographique des principales races auxquelles ils appartenaient.

L'aristocratie se composait alors du duc de Bretagne , des comtes , des autres possesseurs de fiefs nobles , des évêques , des moines et des autres ecclésiastiques. La masse comptait dans ses rangs les bourgeois des villes , les coliberts , les serfs , et les mainmortables.

le duc de Bretagne, dans le principe , possédait en propre certains fiefs et n'avait pas le droit d'en acquérir d'autres; sa succession se divisait également entre ses enfants; ce ne fut que par usurpation que l'aîné devint l'héritier présomptif par droit de naissance.

Les comtes prêtaient hommage au duc, et par conséquent relevaient de lui. Leurs petites souverainetés n'étaient pas primitivement héréditaires; ce fut aussi une usurpation qui consacra l'abns de laisser à la lignée ce qui était primitivement la récompense des services rendus à l'état.

Les autres possesseurs de fiefs nobles portèrent d'abord le nom de tyrans ou mactiemes ; ils relevaient des comtes ou des ducs.

Les bourgeois des villes représentaient les collèges de métiers {col^^ legia opificum de la société romaine) ; plus tard, ils furent sonmis, quoique libres, à certaines charges féodales, telles que droits d'aunes, de crocs, etc., dont ils se rachetèrent à l'époque où ils acquirent, en la payant, l'organisation municipale.

Les coliberts étaient à peu près alors ce que nous appelons aujourd'hui domaniers, afféagistes ou colons. Leur condition variait en Bretagne ; les uns ne devaient qu'une rente fixe , à laquelle on adjoignit plus tard la dime et les corvées; le fonds leur appartenait

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qnll fût posfiiUe au propriétaire de les expulser autrement que pour défaut de paiement. Les autres étaient tenanciers à domaine congéable. Possesseurs des édifices etsnperficM des teires qu'ils cultiTaient, ils ne deraient non plus au propriétaire qu'une rente fixe ; mais, faute de la payer, leur propriété lui retournait ; mais le seigneur pourait eneore les expulser, en leur remboursant leur partie de la ferme ; mais eux-mêmes araîent le droit de demander le Gongément, et, par conséquent, de se faire restituer en argent leurs améliorations. Ckez ces derniers, c'était dans certaines localités le plus jeune des enfants qui héritait; et, s'il venait h mourir sans enfants, sa tenue retournait au propriétaire : de là ce dicton du morbikan : C'est «ne Minonresse , pour Indiquer une fille riche.

Les serfs se dirisaient en deux classes , les serfs proprement dits et les serfs de main-morte. Les premiers pouraient posséder , hériter , se racheter de la servitude et deyenir domaniers. Ce sont eux qui se sont transformés les premiers en métayers. Les seconds étai^it dans une situation bien infMenre : il n'y avait chez eux d'autre héritier que le pro^iétaire appelé pins tard le seigneur ; ils ne pouvaient ni se m»rier , ni dianger de demeure sans autorisation ; on les vendait comme le bétail; ils faisaient partie du cheptel. Les premiers remplacèrent, comme nous l'avons dit, les cokms romains ; ils eurent quelques franchises de moins, et l'arbitraire des maîtres de plus. Les seconds succédèrent aux esclaves ; leur affranchissement presque total eut lien dans le moyen-âge , malgré l'opposition vax^ cessive de quelques seigneurs , parmi lesquels nous citerons Bertrand Duguesclin. Bu 89 , il n'en existait plus qu'un très-petit nombre , les autres étant devenus successivement serfs et métayers, par suite de l'abolition des usages de main-morte.

Nous n'avons pas dû fafre figurer dans ce tablean la propriété allodlale que l'on retrouve en France aux premiers siècles de la féodalité. Les allons étaient des terres libres de toute redevance. L'impossibilité de les conserver telles au milieu d'une société barbare dans laquelle le plus fort faisait trop souvent la loi , et la politique de Gharlemagne religieusement suivie par ses successeurs, les transformèrent en fiefs vers le XI.^ siècle. Chacun alors se trouvait dans la nécessité de se faire assurer par de plus puissants que soi contre les risques de brigandage , et nul ne pouvait vivre isolé.

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Il n'y a jamais eu en Bretagne qn*nn petit nombre d'alleus ; cependant il en a existé même dans le comté Nantais ; le nom seul de certaines familles et de plusieurs terres en est une preuve suffisante.

Le clergé forma peu à peu une hiérarchie parallèle à celle des laïcs. Les évéques, aussi anciens dans la province que les comtes , marchaient leurs égaux. Ils étaient à la fois seigneurs spirituels et temporels ; leurs places furent long-temps électives ; le peuple et les prêtres concouraient à ces élections dont la forme a souvent varié , et dont Teffet était quelquefois de mettre la puissance aux mains d'hommes sortis des derniers rangs de la société , et de créer ainsi Faristocratie de la capacité à cêté de l'aristocratie de la naissance.

Les couvents auront bientôt , comme les nobles , leurs tenanciers , leurs vassaux et leur seigneur, auquel ils devront hommage; c'étaient déjà de petites républiques , des lieux d'asile pour les penseurs , les seules associations possibles aux premiers temps de la féodalité, aussi c'est à eux en grande partie , surtout, par suite du riche héritage de science qu'ils nous ont transmis , que nous sommes rede< vables de notre civilisation actuelle.

Les curés venaient ensuite : hommes du peuple, pour la plupart, ils furent assez long-temps élus par leurs paroissiens. Liens de la société, moyen d'union des différentes classes , protecteurs du pauvre par la puissance de cette doctrine qui enseignait à tous la liberté , l'égalité et la fraternité , ils étaient prêtres dans toute l'acception de ce mot, avec toute la puissance morale attachée à un ministère aussi sublime.

Du tableau que nous venons de tracer l'on doit conclure que , pour devenir indépendant et se soustraire à l'oppression , l'honune du peuple était condamné, au YI.*^ siècle, à se consacrer au sacerdoce, ou à s'envelopper de la robe du moine : heureux s'il avait en lui quelque sympathie pour cette liberté mystique que l'on trouvait au pied de l'autel ou à l'ombre du doitre.

Si des diverses classes de la société , nous passons à l'examen des races différentes qui habitaient la Bretagne , nous retrouvons encore celles que nous avons déjà signalées. Dans les anciens évêchés de Quimper et de Saint-Pol-de-Léon , des Kimris , plus ou moins purs ; dans celui de Saint-Brieuc , des Gaèls ; dans celui de Vannes , beau-

roopd*IbèreftetdeKiiDrift ; ëans celni de Rennes, des Gaëls et quelqnei Ibères ; dans celai de Nantes , des Gaëls et des Saxons ; puis , sur les oenfins de (Aaqne peuplade , des Métis, reconnaissables par Theurenx ou le disgracieux croisement des races.

n serait intéressant de pousser plus avant et de creuser cette question ; mais, malhenrensement, plus on étudie les races, plus on reste cooTaincu de la difficulté de rapporter exactement à leurs types pri* mitife les diverses peuplades d^une contrée comme la BretagM. Un examen superficiel présente à l'esprit de nombreux aperçus , qu'une obscfration plus attentive réduit souvent à Tétat de doute.

L'on peut dire encore aujourd'hui des Kimris , comme il y a treiie siècles: leur tête est longue; leur front large et élevé ; leur nés re^ courbé, la pointe en bas, tandis que les ailes sont relevées; leur menton est proéminent; leur taille généralement haute.

Chez les tiaéte, la tète est beaucoup plus ronde, et les traits sont arrondis; le front est plus bas que celui des Kimris et souvent bombé; le nez est droit; la taille moyenne.

Chez les Ibères, nous trouvons une taille petite (Iber , en breton, signifie petit homme) ; un front assez bas , large et faisant saillie audessus des yeux ; des pommettes prononcées.

Chez les Saxons du Groisic, la nuque est forte; le diamèlie de la tète , derrière les oreilles , très-considéraUe ; cependant la tête est plus souvent longue que ronde. Peu développée généralement audessus des tempes , elle laisse proéminer en avant un front assez bas , et qui , fréquemment s'applatit rapidement à la partie supérieure ; les pommettes sont très-saillantes; le menton est prononcé; le nez n'a que peu de caractère ; la taille eet élevée.

L'on trouve encore en Bretagne deux sons-types très-distincts qui semblent provenir d'un croisement derace, peut-étredn croisement de la race bretonne avec les Ibères et les Gaëls. Dans l'un de ces types qui se rapprochent beaucoup du type Kimri , la tête est large au-dessus des tempes; le front présente un grand développement, la partie inférieure est en saillie ; les yeux en amande sont inclinés à l'angle interne comme chez les Tartares; le menton est proéminent; le nez droit on très-légèrement courbé; la taille moyenne,mais ayant peu d'harmonie dans ses proportions ; le buste ayant souvent trop de longueur pour les jambes. Dans l'autre, qui tient à la fois duGaël et du Kimri , les femmes sont généralement beaucoup moins jolies, et les traits présen-

» vailler Ji la campagne pour gagner sa vie ; mais si son corps se » courbait yers la terre dans ce pénible trayail , son esprit s'élevait » incessamment à Dieu , qu'il ne discontinnait jamais de louer et de » prier intérieurement.

» Une fois , qu'il était au faîte d'un arbre qu'il émondait , la » branche sur laquelle il avait le pied se rompit : il fit au moment sa » prière accoutumée , et coula si doucement de branches en branches » qu'il ne se fit aucun mal ; dont il fut lui-môme surpris. Cet accident » lui fit faire une réflexion pins particulière aux obligations qu'il » avait h celui qui l'avait secouru. Que fais-je , dit-il , et pourquoi » différer davantage à me consacrer uniquement au service de oe » Seigneur dont le secours m'est toujours si présent et si favo* » rable?Ii prit au même instant la résolution d'abandonner ia » maison et ses parents pour se consacrer tout entier à Dieu.

» Ce ne sont pas toojours ceux qui quittent de plus grandes for- » tunes qui quittent le plus ; et sauvent celui qui n'a presque rien » dont il se puisse dépouiller, peut dire avec plus de vérité qn*U » se défait de tout, que celui qui abandonne de grands biens. Ce » fut ainsi que le pauvre Friard abandonnant le monde, ne laissa » pas de faire un grand sacrifice, quoiqu'il fût peut-être sans bien, » puisqu'il renonça même au désir d'en avoir. Il alla se consacrer » à Dieu dans la solitude avec un abbé, nommé Sabandns» aupa- » rayant officier du roi Giotaire; et un diacre, nommé Secondellus; n et vraisemblablement Friard ne fut d'abord reçu dans la com- » pagnie des deux autres que pour les servir.

» Ils se retirèrent tous trois dans une ile de la rivière de Loire , » appelée Windunet, où ils bâtirent chacun une pauvre cellule et » 7 vécurent dans les rigueurs d'une pénitence presque incroyable , » et dans une application continuelle à Dieu. L'abbé Sabaudus ne » put résister long-temps à de si grandes austérités, et quitta la » partie pour retourner dans son monastère. Friard et Secondellns » eurent plus de persévérance , et se firent une loi de ne sortir jamais 9 de leur ile. C'a été cette loi qui a porté Grégoire de/Tours à nommer » Saint-Friard reclus; car d'ailleurs il n'était pas enfermé dans sa » cellule.

» Secondellus mommt entre les bru de son cherconfirère, qui lui » rendit , en cette circonstance , tous les bons offices qu'il pouvait at- » tendre de sa charité , et ToBterra dans l'aratoire de leur ile.

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B Saiint-Fiiard ne demeura pas néanmoins seul dans cette solitude , » plusieurs disciples y vinrent apprendre de lui le chemin assuré » de la perfection ; car Ponction du Saint-Esprit et son application » continuelle à Dieu Favaient rendu un excellent maître de la vie » ^irituelle. Voici une de ses actions^ qui est fort instructive , voyant » qu^un bâton sec qu*il avait planté en terre avait reverdi et por- » tait des fimits , il le coupa et le fit brûler pour retrancher cette » occasion de vaine gloire , dès qu'il sut que les peuples venaient n par curiosité voir cet arbre et ses fruits miraculeux. Action bien n plus estimable que le miracle qu'on estimait tant.

» Se trouvant près de sa fin , il envoya prier Félix de Nantes d<* » le venir voir , parce qu'il ne voulait pas mourir sans avoir reçu le » baiser de paix de son prélat. » — Félix qui avait , dît Travers , quelques affaires, lui fit répondre qu'il ne pourrait l'aller voir si tAt. Alors Friard se leva sans fièvre en prononçant ces paroles : // est ju$U ttaUendre notre frère. On dirait, aujourd'hui que la fraternité chrétienne n'est plus de niode , Sa Grandeur^ Monseigneur, comme l'observe judicieusement le digne abbé Travers. Félix étant arrivé quelque temps après, Friard lui dît : Saint évéque, vous retardez bien le voyage que foi à faire. Aussitôt la fièvre le reprit ; et , après avoir passé la nuit du samedi en prières avec l'évéque , il mourut saintement ledimanche matin, 2avril 573. DomMorice, dont nous reprenons le récit, ajoute qu'une admirable odeur, au dire de Grégoire de Tours, qui pouvait l'avoir appris de Saint-Félix même , remplît an moment de sa mort la pauvre cellule de Friard, et embauma tous les assistants.

VIE DE SÀIlfT-MÀRTIir.

« La tradition de père en fils , outre les anciennes histoires , porte qu'avant que Jules-^aesar eût conquis les Gaules , la ville de Nantes estoit bastie de part et d'autre de la rivière de Loyre , voire estoit plus grande et peuplée du costé de midy que du costé du nord , à cause que ladite rivière joint à celle de Sevré , qui venant de CUsson, j tombe au Pontr-Rousseau , fluoit de toute sa grandeur de ce costé du midy jusqu'à ce que Saint-Félix en divertit le cours de l'autre costé , par le moyen du canal qu'il fit faire entre les prées de Mauves et de la Madeleine , le long des murs de la ville et du port ou Fosse de Nantes. Or , les habitants de cette Nantes méridionale , ayant adhéré aux Yannetois, leur ayant aydé de conseil, d*armes , d'hommes

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et (l'argent , contre Jules-Gaesar , se ressentirent de la fureur de ce {prand capitaine, lequel ayant rompu Tarmée navale desdits Vannetois , et rendu leur ville tributaire à Tempire romain , entra avec son armée victorieuse dans la Loyre et se vint présenter devant .\antes , dont la ville qui estoit vers le uort se rendit , mais ceux du costé du midy , craignant sa fureur , ne Toserent attendre , ains se sauvèrent plus avant dans le pays , emportans le plus beau et le meilleur de leur bien , et se cachèrent dans les marets que faisoit la petite rivière de Boloigne , se tenans à couvert parmy les joncs , pavots et autres herbes do marets , sans s'ozer trouver à la campagne qui estoit couverte de soldats romains , lesquels ayant pillé cette Nantes méridionale y mirent le feu y et abbatirent ses murs , tours , portaux et édifices publics , dont on voit encores quelques vestiges au bourg qui de cette adventure s'appelle encore Rezay , comme qui dmii Razé, Et depuis, Paulus iËmilius, proconsul des Armoriques pour les Romains , voulut rebastir ce costé méridional de Nantes , mais en deçà la rivière de Sevré , au lieu ou alioutisseni les magnifiques ponts de Nantes , lequel encore aujonrd'huy s'appelle le bourg de Pire-Mil , voulans dire de Pauie jEmile.

» La furie des soldats romains passée , et la colère de Ga^sar appaisée , les Nantois qui s'esloient retirez dans ces herbiers marescageux , voyans que ce lieu se pouvoît fortifier estant de diffîcille accès pour pouvoir estre forcé , craignans aussi semblables surprises s'ils se rebatissoient sur le bord de la Loyre , laquelle en une marée pouvoit porter les armées navalles entières , jusqnes dans leur port , considerans aussi que ce lieu n'estoit privé de la navigation dite rivière , ains s'en servoit fort commodément n'en estant éloigné que de deux lieues , navigable sur la rivière de la Boloigne , qui porteroit les batteaux jusques h ce lieu : tontes ces considérations les firent résoudre à bastir une ville en ce lieu , laquelle fut par eux nommée HERBArcBS , et en latin herbabillà , à cause du grand nombre de joncs , pavots et antres herbes aquatiques et marescageuses qui y estoient, et leurs avoient servi de refuge lorsqu'ils fuîoientla colère de Ga^sar. Cette ville s'accrut tellement en moins de six cents ans, que, du temps de Saint-Félix , c'estoit une des plus grandes , riches et florissantes de Bretagne : mais , comme ainsi soit que l'abondance et prospérité cause la méconnoissance et superbe , les habitants de cette ville s'estoient tellement plongez dans le luxe , et si adonnez

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à tonte sorte de vices et abominations , qne Saint-Félix , comme bon pasteur , et soigneux du salut de leur ame , se résolut de les envoyer prescher et tâcher à les destoumer de leur mauvaise vie , et connoissant Saint-Martin estre de vie sainte et exemplaire , il jugea qu'aucun ne se ponrroit mienx acquitter de cette mission que luj : partant , il Vy envoya. Le saint s'y en alla , et estant entré en la ville fut laissé long-temps sur le pavé sans qu*aucun le voulut loger; enfin une bonne femme prenant compassion de Iny , le retira en sa maison , et , en recompense de son hospitalité , elle et son mary se convertirent ii lafoy par les saintes prédications de Saint-Martin, lequel prescfaoil infatigablement ce peuple obstiné , mais en vain ; car , fermant les yeax à la lumière céleste , et les aureilles aux salutaires instructions du Saint-Archidiacre , ils se moquèrent de luy et de sa religion , et en Tinrent jusqnes là , que de lui defTendre la chaire.

» Saint-Martin , voyant Tobstinée opiniastreté de cette cité , se résolut de s*en retourner à Nantes , et s'estant mins en oraison , Dieu lui révéla rhorrible punition dont Tincrédulité de ce peuple devoit estre chastiée , dont il avertit son hostesse et son mari qui , seuls s'estoient convertis à sa prédication , leur commandant de sortir de la ville ensemble avec luy , et quelque bruit et tempeste quUls entendroient qnMIs se donnassent bien garde de regarder derrière soy vers la cité. Hs sortirent tous trois hors la ville, et n'en cstoient encore guère loin, que Saint-Martin s'estant rais en oraison, il se fit un effiroyable tremblement déterre, laquelle s'ouvrant engloutit cette ville, avec ses tours , murs , chasteaux , faux-bourgs , et autres appartenances, qui , en moins d'une heure , fondirent en abysme , et en leur lieu se fit un grand lac qui contient deux lieues de long , et une et demie de large , et sept de circuit , et s'appelle h présent le lac de Grand-Liett, L'hôtesse de Saint-Martin oyant le fracas et tintammare que causoit la cheutedes édifices , les cris et lamentations de ceux qui perissoient, se détourna pour regarder que c'estoit , sans se soucier de la deffense du Saint , mais elle en fut punie sur le champ , ayant esté convertie en une statué de pierre.

» Après cette horrible punition, Saint-Martin vint à Nantes rendre raison de sa mission h son evesque Saint-Félix , puis se défit de ses bénéfices , et ayant recen sa bénédiction se mit en chemin pour aller à Rome, ayant en sa compagnie un saint personnage nommé Maximin. Ayans dévotement visité les saints lieux et satisfait à leur

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déyotioD, ils se mirent en chemin pour s'en retourner, ayans prias un asne pour porter leurs hardes et les soulager en leur voyage. Uit jour, comme ils passoient près d'une ville, Saint-Martin commanda à Maximin ,son compagnon, de Tattendre sur le grand chemin pendant qu'il iroiten la ville adieter des vivres , Maximin attacha son asne h un arbre , là auprès , et s'endormit , mais à son réveil il ne trouva plus sa beste, qu'un ours sortant de la prochaine montagne avait dévorée, dont il demeura bien estonné , et ne sçeut que dire à Saint-Martin , quand il' fut de retour; mais Dieu lui révéla ce qui estoît arrivé, de sorte qu'il n'en fit que sous-rire, disant: eh bien mon frère. Dieu nous pourvoira d'autre voiture ; à peine eut-il proféré la parole , que l'ours se présenta à luy , doux et traitable comme un agneau , lequel leur servit long-temps à mesme usage que faisoit l'asne qu'il avoit dévoré , au grand estonnement de ceux qui le voyoient basté et sanglé , porter de grands faix de bois au monastère du saint.

» Ayant accomply le voyage de Rome, désireux de la perfection religieuse, il se mit à voyager en plusieurs royaumes de TEurope, visitant les monastères pour apprendre leurs règles et observance , et estant revenu en Italie il fut au mont Cassin , oii il apprit la règle de Saint-Benoist, laquelle il copia et apporta en France (comme nous dirons cy-après). Sortant du mont Cassin, il se retira en un her*mitage dans les Alpes, où il passa trois années, endurant les rigueurs de l'hy ver et autres incommoditez , et voyant que le passage estoit extrêmement difficile par ces montagnes , il le rendit plus facille pour les pèlerins , ayant par sa seule oraison sans autre ferremens ny secours humain , escarpé de grands rochers , et basty des ponts sur les torrens et rivières, et fait sourdre des fontaines d'eau vive es lieux arides et secs , fichant son baston en terre , l'eau desquelles rendoit la santé aux malades. Tandis que Saint-Martin se tint clos en cet hermitage , Dieu voulut le manifester an monde , et le retirer de ce lien pour le salut de plusieurs peuples.

« Car, la fille d'un roy d'Espagne estant possédée du malin esprit , ne cessait de crier qu'elle ne seroît délivrée , jusqu'à ce que l'hermite Martin , qui faisoit sa pénitence dans un rocher des Alpes , la vint voir. Le roi^ extrêmement désireux de voir sa fille délivrée de cet esprit immonde , le fit chercher et amener en sa cour où , estant arrivé , il chassa l'ennemy et délivra la princesse.

n Le roy ayant veu cette merveille , luy fit présent d'une grosse

somme d'or et d'argent, laquelle il distribua tonte au\ pau%Tes sans rien réserver , seulement il demanda au roy une grande table de marbre pour en faire une table d'autel , ce qui luy fut accordé , et le roy la fit charoier jusques au bord de la mer , en intention de la faire charger sur un navire pour l'envoyer en Bretagne ; mais Saint-^ Martin se confiant en la miséricorde de Dieu , ayant fait oraison , la fit pousser en l'eau et monta dessus avec son compagnon , et alors par un prodigieux miracle, ce marbre, nonobstant la pesanteur, naturelle , se glissa sur les ondes sans aller H fond , servant de passage au saint qui , par un second miracle non moins grand , arriva le mesme jour sain et sauve à la coste de la province de Neustrie (c'est la I^ormandie), où , ayant mis pied à terre, il fut receu du peuple avec l'honneur que méritoit sa sainteté. Tout le monde restant étonné d'avoir veu cette lourde pierre nager sur l'eau. Il ne se voulut arrester en ce lieu , mais passa en Bretagne et s'arresta en une forest qu'on appelloit Btt-^men , c'est-à-dire Roche noire , oti il se bastit un petit hermitage d'oziers et autres arbrisseaux , qu'il tissut en forme de clayes, et le couvrit de fueilles d'arbres et de gazons de terre , et ce lieu estant sec et aride , il obtint de Dieu une bonne fontaine, l'eau de laquelle se convertissait souvent en vin pour son usage. » Encore bien qu'il se fût expressément retiré en cette solitude pour fuir la fréquentation du monde , si est-ce qu'il y estoit hanté et visité , non-seulement du menu peuple qui venoit recevoir ses advis salutaires et la guérison de leurs infirmitez , mais encore des seigneurs et gentils-hommes , lesquels luy offrirent des terres , héritages et possessions qu'il accepta pour fonder et dotter un monastère ' lequel il bastit en l'honneur de Saint- Jean-Baptiste , en un lieu nommé vBRTOU, deux licnës de Nantes, et y ayant receu grand nombre de religieux , leur donna la règle de Saint-Benoist qu'il avoit apportée du Mont'Casnn en Italie. Ce fut en l'an 575 que le monastère de Vcrtou, fut fondé, et deux ans après l'église fut dédiée par Saint-Pelix, éresque de Nantes , qui se servoît de Saint-Martin et de ses religieux pour l'instruction de ses diocésains. La vie qu'il menoit à Vertou , et la saincteté de ses religieux estoit si grande , que de toutes parts on le venoit trouver pour recevoir son habit, de sorte qu'il se vit accompagné de trois cens religieux , et son monastère n'en pouvant contenir si grand nombre , il luy en fallut fonder de nouveaux , l'un desquels fut celuy de nvRiir qu'à présent on nomme Saint-Georges--

(fe-Monlaigu , en bas Poictou , qui est un Prieuré dépendant de l'Àbliaj^e de Saint- Jouîn de Marne aussi bien que Vertou , et les femmes voulans servir Dieu sons sa règle aussi bien que les hommes, il bastit et dotta un monastère de filles à i>uri5 , oti il yestit grand nombre de filles vertueuses et de maison.

» Faisant travailler au Gloëstre de Vertou , il planta en terre son baston , duquel il s'estoit servy en ses voyages, lequel print racines, porta fueilles , devint un grand arbre , lequel estoit visité des Pèlerins qui , par dévotion , en prenoient des rameaux. Ayant achevé Tédifice de son monastère de Burin, Dieu le voulut recompenser de ses longs et pénibles travaux , il tomba malade , et conneut qu*il en monrroit : il appella ses religieux , et les exhorta à Tobscrvance de la règle , et à persévérer constamment en leur vocation , puis s^estant confessé généralement ,au Prieur du monastère , il receut les Sacrements de rEucharistie et Ëxtrème-Onetion ; et comme il approchoit des traits de la mort , il apperceut le diable grès de sa couche, lequel il chassa , luy commandant par la vertu de issds-christ , de se retirer dans ses cachots infernaux , et af aut les yeux et le cœur élevez au Giel , rendit son a me à Dieu, le vingt-quatrième jour d'octobre » Tan de grâce cinq cens octante et neuf. »

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