‹ Histoire de NantesChapitre 7 sur 47 · FONDATION DU MONASTÈRE D'AINDRE · texte numérisé non relu

FONDATION DU MONASTÈRE D'AINDRE

(( £n ce temps estoit evesque de Nantes en Bretagne , un saint personnage nommé Pasqnier, lequel connaissant le firuit que faisoient les religieux bénédictins , es lieux où ils estoient , désireux de s'acqiiiter de sa charge pastorale , et s'ayder du trarail et prières de ces bons pères, envoya vers Lambert, abbé de Fontenelles, luy demander Herblpn et quelques autres de ses mojnes, pour peupler un monastère ^ qui leur vouloit bastir en son diocèse: le bon abbé ayant leu la lettre de Tevesque en loiia Dieu , et en conféra avec ses religieux , tous lesquels , bien qu'il leur faschast de se deffaire de Saint-Herblon , voyant néantmoins qu'il y alloit de la gloire de Dieu, et avancement de leur ordre, y consentirent, et luy nommèrent douze aulres religieux pour aller avec luy, tous^ lesquels ayant pris la bénédiction de leur abbé , et congé des autres religieux , vinrent en Bretagne , et se rendirent à Nantes, Tan 643 où Saint-Pasquier vint audavant d'eux suivi de son clergé et de tout le peuple, et les récent, chantant, Ecce quam bonum et guamjucunda, etc^ eic, Benedictus qui venit in nomine Damini. Saint-Pasquier les logea dans son manoir episcopal ,

oii Us furent visilés des principaax de Nentes , et le reste de la journée se passa à conférer de leur dessein^

» Le lendemain , les Saints Pasquier et Herblon ayans dit messe , s'embarquèrent en un batteau que Fevesque avoit fait équipper an port de la Fosse de Nantes, et ayant fait prière à Dieu , le suppliant de leur faire connoistre le lieu qui leur seroit plus commode pour Vy serrir en Tobseryance de leur règle, ils levèrent les voiles, et dévalèrent la rivière de Loyre , furent portez à la rade d'une isle appellée Aindre, du mot latin Ântrum, qui est Tune des plus belles de cette rivière , estant en hy ver environnée de toutes parts des eaux de Loyre, el en esté jointe à la terre ferme , par de belles prairies, surpassant en hauteur les autres isles de ce fleuve, ayant quelques petites tertres ou collines qui s'avancent dans la rivière en forme de petits caps ou promontoires, dont elle se deflend contre les débordemens de ce grand fleuve, qui aux hautes marées refoule et halle les autres isles , sans incommoder cette ey , près laquelle il y a une autre isle moindre nommée Aindrin ou Aindreiîe, en laquelle y a voit jadis une chapelle de S. '-Martin; à présent y a un chasteau de plaisance , nommé Chasteau d'Jindreite. Le batteau arrivé à la rade d' Aindre s'y arresta tout court , ce qui fit connoistre aux Saints que c'estoit là le lieu qu'ils dévoient choisir. Ils entrèrent dedans, et l'ayant feconnu tres-commode pour leur demeure , s'en retournèrent à Nantes, où ayant tracé le plan du futur bastiment, les ouvriers furent appelez de toutes parts pour j travailler en diligence.

» Les bourgeois de Nantes se conformans h leur Saint -Pasteur, contribuèrent si libéralement à la construction de ce monastère , que dans deux ans il fut accompli , Saînt-Herblon y fit faire deux églises , lesquelles Saint-Pasquier dédia , l'une en l'honneur de Saint-Pierre , l'autre à Saint-Paul, l'an 646 , à laquelle solemnité se trouvèrent les habitans de Nantes , et une grande multitude de peuple des environs , et n'oublia Saint-Pasquter à bien dotter et renter ce monastère, qu'il fournit de tontes choses nécessaires , tant pour le service de l'église , que pour la commodité des religieux. Saint-Herblon ayant amassé en ce lieu grand nombre de religieux, menoit une vie plus 4'ange que d'homme , de sorte que l'odeur de ses rares vertus, et de la saincteté de ce lieu s'espandit non seulement par la Bretagne , mais encore par tontes les provinces circonvoisines. Priant une nuit en l'église de Saint-Pierre , il vit l'âme de Mauronce , abbé du monastère de Glanne

(c'est Saint-Florent- le-Vieil -sur-Loire), nouvellement decedé, laquelle les anges presentoient devant Dieu , de quoy il donna avis à ses frères , lesquels en furent platnement informez le lendemain , qu'un messager leur en apporta nouvelles asseurées.

» Allant une fois par pays, il fit rencontre d'un comte breton , nommé 4mauld, homme meschant et vicieux; le saint abbé le saliia, et puis le reprimenda doucement, luyremonstrant Ténormité de ses vices. Déjà ses satelites mettoient la main à Tespée, n'attendant que le commandement de leur maistre , pour courir sus au saint et à ses confrères. Mais Dieu toucha tellement Amauld, qu'il l'escouta paciemment, et le remercia , et luy promit de s'amender, le suppliant de prier pour luy, et descendant de cheval fit tirer une bouteille de vin qu'un de ses gens portoit, et pria le saint de boire à sa santé, mais quand ce vint à verser, il ne s'y en trouva qu'une petite goûte , le comte rougit de honte , mais Saint-Herblon ayant fait le signe de 1^ croix sur la bouteille, elle se trouva si plaine qu'elle versa sur les mains et manchettes du comte, qui but de ce vin, comme aussi toute sa suite qui estoit de six hommes, Saint-Herblon et ses moynes , et après se trouva encore toute plaine : ce que voyant le comte, il s'agenotiilla devant le saint abbé, et ayant receu sa bénédiction, poursuivit son chemin. En mémoire de ce miracle, cette bouteille fut recherchée et rendue au monastère d'Aindre , et se monttoit aux pèlerins qui y alloient par dévotion.

» Se voyant déjà caduc et penchant vers le tombeau , il se retira en solitude en Aindrette , pour se disposer à bien mourir, et avant qne sortir du monastère il avisa ses religieux de dioisir, l'un d'entre eux, qui en son absence gonvemeroit la maison; ils éleurent d'entre ,eux un nommé Auffiroy, lequel Saint-Herblon confirma, puis se retira en sa solitude: ce nouveau supérieur s'acquitta très-mal de sa charge, molestant ses religieux de telle façon , qu'ils furent contraints de s'en plaindre au saint abbé , lequel le reprit de sa sévérité et rigueur : cela n'ayant servy de rien , Dieu le punit sévèrement , car une nuit Sainf-Herblon (encore vivant et retiré en sa solitude) luy apparut , et de la crosse ou baston pastoral le frappa à la teste, duquel coup il tomba malade, et peu après il mourut, criant qu'il brûloit. Saint- Herblon leur donna un autre supérieur, nommé Donatus, homme vertueux, qui les gouverna avec grande prudence et douceur; cependant Dieu voulant couronner les mérites de son fidelle serviteur

yil.« SIÈCLE. 41

Saint -Herblon, permit qii1l fot saisi d'ane maladie, laquelle le minant peu à peu , lay fit counoistre qu'il tiroit à sa fin : il manda h ses reli^eux le venir trouver en sa solitude , ausquels il recommanda Tobservance de la règle , puis leur donna sa bénédiction , et ayant dévotement receu les sacremens , les yeux et le cœur élevez en Dieu, il rendit son ftme à son Créateur, le 25.« jour de mars, environ Tan de grâce 684 , le quatre-vingt et troisième de son âge.

» Son corps , revêtu de ses habits abbatiaux , fut porté de son hermitage d*Aindrette au monastère d'Aindre, oti ses obsèques célébrées , il fut ensevely an cimetière commun des religieux , et près de Iny le prieur Donatus, qui ne luy a voit guère survescu. Les religieux éleurent pour abbé un personnage fort éminent en vertu et saincteté nommé David , du temps duquel Saint-Herblon apparut h on de ses religieux nommé Sadreunte, et de la lumière qui renvironnoit esclaira toute sa chambre , luy révéla la gloire de laquelle il jouîssoit au ciel, il lui commanda de dire à Tabbé David , qnll levast son corps du lieu oti il estoit , et le fit honorablement ensevelir en église et monastère de Saint-Pierre, près le maistre autel , puis disparut : le moyne Sadreunte recita cette apparition h son abbé , lequel assigna jour pour faire cette translation, auquel il leva ce saint corps de terre et le porta en Feglise de Saint-Pierre , oti il fut révéré d^une grande multitude de peuple , qui s'estoit trouvée à cette solemnité , et fut recrée d'une fouëfve odeur qui sortit de ce saint corps, et durant trois jours parfuma tonte Teglise.

» Pendant cette translation, arriva une chose digne d'estre remarquée , c'est que la procession conduisant le saint corps par le cloistre pour le porter en Feglise, quand il fut vis-à-vis de la porte réfectoire, il devint si lourd et pesant qu'on ne le pouvoit lever: tous les assistans bien estonnez de cela , l'abbé David leur dit: Mes frères, je vois bien ce que cecy veut dire : il y a icy grand nombre de pauvres , nostre bon père défunt , comme il a été en son vivant fort miséricordieux envers eux , aussi veut-il que nous l'imitions en cela , et ne se laissera porter plus avant, que nous ne leur ayons donné raum(>ne. Alors par son commandement , le dépensier apporta une plaine corbeille de pain, qu'il distribua aux pauvres , et incontinent le saint corps devint aussi léger qu'auparavant , et fut aisément porté en l'église , od il fut déposé en un beau sepulchre qu'on lui avoit disposé , où Dieu a opéré de grands miracles par son intercession, n

42 Vll.o SIÈCLE.

Les chroniques qui précèdent ne sont pas une oiseuse digression , car elles attestent que la tendance ascétique et cloistrale était an déclin du VI.' siècle et pendant le Vn.*^ , au comté nantais , comme ailleurs. Le courant que grossissaient chaque jour les intelligences les plus remarquables et les plus propres à réformer la société. On s*en convaincra mieux encore si , au lieu de s^airôter au diocèse de Nantes , Ton prend la Bretagne tout entière pour la soumettre à son examen. Au YI.' siècle, nous trouYons en Bretagne, S.i-Joevin , S.t-Gildas , S.>-Trever , S.^-Armel, S.'-Guenael , S.i'Ruelin, S.*-Kérek , S.i-Briac,S.i-Goneri, S.t-Mandez, S.^-Tudy, S.»-Allor , S.i-Hernin, S.^-Mieu, S.*-Efflam et son épouse la vierge SJ« Honoré, S.>-Sané, S.*-Sezny, S.>-Million ouEmilion, S.'-Oudothée, S.^-Lunaire , S.-- Jttdual , S.>-Samson, S.*-SuUau, S.'-Hervé, SJ-Goueznou, S.>-Magloire, S.^-Tenenan, S.*-Tanguy, S.i-Aaron,et bon nombre d'autres , ce qui prouve que la Bretagne armoricaine était , à cette époque , le pays des saints , comme le dit Dom Lobinau. Toutes les solitudes, ajoute le même auteur, étaient peuplées d'anachorètes très-parfaits, comme dans Tancienne Thébaîde, dont la plupart étaient originaires d'Irlande ou de la Grande-Bretagne; de plus, un grand nombre de communautés, établies en diverses contrées, j vivaient d'une manière si pure et si austère, selon les lois que S.*-Patrice avait données aux moines de la Grande-Bretagne et de THybernie , qu'il est à croire que l'Armorique ne renfermait pas moins de saints que de moines. Si nous passons maintenant au YII.' siècle , nous voyons entre autres , parmi les saints bretons de cette époque , S.^-Bndoc , S.i-Similien (abbé), S.*-Gnignolé , S.*-Martin, de Vertou; dont nous avons donné l'histoire ; S.*-Malo, S.'-Gudwal , S.'-Meen , S.^- Austole, S.*-Maelmon, S.^-Judicael , S.*-Jndoc, S.^-Leri , SJ-Elan , S.«-Winnoc.

Le seul aspect de ces deux listes suffit pour prouver que la Bretagne Bretonnante fut bien mieux partagée en saints personnages que la partie Gallo-Armoricaine , et surtout que Tévèché de Nantes ; ce qu'il faut attribuer sans doute à la paix intérieure dont elle jouissait , et ù son voisinage de la Grande-Bretagne.

Vers le milieu du siècle eut lieu, dans notre ville, un concile dont les canons méritent d'être signalés. Ses décisions défendirent de recevoir à la communion ceux qui vivaient dans des inimitiés, et ceux qui, n'étant pas en voyage, entendaient la messe .dans d'autres églises que celles de leurs paroisses.

Le même concile ordonna aux recteors de fournir le pain béni : il lenr apprend (ce qn'on oublie aujourd'hui si fort , dit Tabbé Tra- Ters) que les offrandes et les dîmes quMls reçoirent des fidèles sont le bien des pauvres dont ils n'ont que Tadroinistration , qu'il en faut faire quatre parts, une pour Tentretien de Féglise , une autre pour les pauvres, une troisième pour le curé et son clergé , une quatrième dont Févêque pourra dispos» après avoir pris conseil de son clergé sur sa destination. Cette excellente disposition fut adoptée par Gharlemagne , qui la consacra dans ses capitulaires. L'on trouve encore , dans les actes de ce concile , des règles sur la conduite des recteurs auprès des malades ; il leur enjoint de se contenter de ce qui lenr sera volontairement offert pour les sépultures , de ne pas boire pins de trois coups aux repas ecclésiastiques , il défend d'exploiter à la fois plusieurs églises ou bénéfices , et contient des dispositions propres h réformer les mœurs du clergé. Mais ces efforts ne purent empêcher le catholicisme de dévier beaucoup des préceptes de l'évangile ; être bon chrétien vers la fin du siècle , c'était , suivant un grand nombre de prêtres , fréquenter l'église , y apporter des présents susceptibles d'être offerts à Dieu sur fautel , ne goûter les fruits de la terre qu'après en avoir consacré les prémices à la divinité , savoir par cœur le credo et le paUr, payer la dime aux églises et leur donner de l'argent pour le rachat de son âme , brûler grand nombre de lumières devant les images des saints. En suivant cette ligne de conduite on pourra , disaient-ils , se présenter avec confiance au jour du jugement , et dire : donne-nous Seigneur ; car nous t'avons donné.

Nous ne trouvons au VII.c siècle en dehors de la vie religieuse que peu de faits concernant l'histoire de notre ville. Sur la fin du siècle , le roi de France inonda la Bretagne de soldats , et parvint à s'emparer de Nantes, de Rennes et de plusieurs autres cités; il établit des comtes à Rennes et à Nantes , et les chargea de gouverner le pajs. Âgatheus fut le premier ; avide et peu respectueux envers le clergé , il s'empara , après leur mort , des revenus et des titres des évêques de Nantes et de Rennes , sans permettre de les remplacer. Àmolon , son successeur , suivit son exemple et prît aussi le titre d'évêque avec les revenus de l'évêché de Nantes. — Cette réunion des pouvoirs temporel et spirituel dans la même personne fut trèsr faneste à notre ville; les évêques, en rentrant dans le domaine di|

spirituel , cherchèrent à retenir le plus possible du pouvoir temporel , et donnèrent lien, par suite, à des collisions entre la hante noblesse et le clergé.

HriTIÈMB SIÈCLE.

JjB vin.' siècle est aussi pauvre que le VU.* en faits d*histoire locale. La Bretagne, démembrée par le roi de France, était bien faible, lorsque Grallon monta sur le trône ; aussi ne prit-il que le titre de duc de Gomouailles. Les divisions de ses successeurs entraînèrent la soumission de toute la province.

C'est à cette époque qu*il faut rapporter Tusage des cloches dans les principales églises de notre province, quoique plusieurs en fussent probablement pourvues , puisqu'elles avaient des clochers ; c'est aussi à la même époque qu'il faut faire remonter l'organisation régulière du régime des fiefs , régime que Gharlemagne ne créa point comme on Ta dit , mais qu'il sanctionna en rendant les fiefs héréditaires , ce qui n'existait pas pour un grand nombre. Depuis lors , le droit de propriété territoriale est devenu , pour un temps , droit de noblesse , et la concession des terres a été entourée de formalités nombreuses , destinées à lui donner du relief, afin d'imposer au peuple. Parmi les cérémonies d'usage , l'hommage , la foi et l'investiture , furent bientôt regardées comme essentiellement rigoureuses.

L'hommage , profession d'obéissance et de dévouement de la part de l'inférieur envers le supérieur , se faisait à genoux. Le vassal avait la tête nue , il plaçait ses mains dans celles du seigneur , que personne dans le principe ne pouvait représenter dans cette cérémonie , lui promettait de le fidèlement servir, et en recevait ordinairement l'accolade.

La foi consistait dans un simple serment.

Il y avait investiture , lorsque le seigneur ou son délégué avait présenté au tenancier une motte de gazon , et lorsque cette cérémonie avait été accompagnée de publications officielles ou bannies d'appro* priement qui , à Nantes , ont eu lieu très-long-temps à la porte des Changes.

Le vassal était tenu, non-sealement de combattre pour son seigneur, mais encore de lui prêter aide pour marier son fils ou sa sœur. Cet aide consistait , pour les gentilshommes , en une somme d*argent , seule taie qn'ii fût permis de leur imposer. Lorsque survinrent les croisades, on établit le droit d'aide pour les guerres de Palestine; et, pins tard , lorsque la Bretagne eut été réunie à la France , et par suite le comté de Nantes au domaine de la couronne , notre ville fiit souvent sollicitée d'aider de ses deniers à marier nos rois , privilège ou plntdt abus en échange duquel on leur faisait officiellement part de ces mariages. Ce fut aussi du temps de Gharlemagne que s'établirent dans notre province les fiefs d'office. Ils consistaient en une concession de terre en échange de laquelle le vassal devait remplir certaines fonctions chez le suzerain , comme de le servir à table , de porter sa bannière, onde lui tenir Tétrier , lorsqu'il montait à cheval.

Divers auteurs prétendent que, sous la domination de Gharlemagne, Arastagnus , roi de Bretagne , et Hoëi , comte de Nantes , suivirent l'Empereur en Espagne, à la tôte de dix mille hommes, et qu'ils périrent à Roncevaux avec l'invincible Roland , si célèbre dans les romans de chevalerie. Leurs faits d'armes furent si nombreux et si beaux , dit Tarchevôque Turpin , qn'on les chantait partout en belles romances.

NBUVIÈME SIÈCIB.

Mjk Bretagne , au IX.< siècle , nous offire le corieilx spectacle d'une nationalité à demi détruite, cherchant à se réorganiser, malgré les efforts de deux autres nationalités puissantes et rivales qui tendaient à l'absorber. An nord et au sud , les Normands , peuple à demi->pa!en , avec lequel la race bretonne , si religieuse et si chrétienne n'avait aucun point de contact , aucune liaison de langage ou d'mgine , et que ses traditions devaient au contraire la porter ^ détester. A l'est, les Français: ceux-ci, dans les évéchés limitrophes de la Bretagne , dépendaient , comme Nantes et Rennes , de Tévéque de Tours , qui lui-même reconnaissait le chef des Français

46 IX.o SIÈCLE.

pour son soaverain temporel. Nantes , la plus importante des rilles de Bretagne , faisait nn grand commerce avec tontes les villes françaises dn bord de la Loire. A Rennes , à Nantes , an Mans et à Angers , la langue était la même , et la race pins on moins pure , appartenait à la môme souche. Tons ces motifs devaient nécessairement faire pencher nn jour la balance en faveur des Français , malgré la politique souvent habile de leurs adversaires. Le JX.< siècle est en quelque sorte le point de départ de cette lutte qui va s'établir entre les trois peuples Normand , Français et Breton , et qui se terminera par la réunion définitive de la Bretagne à la France. Nantes en sera souvent le théâtre; aussi son histoire va-t-elle présenter nn intérêt qu'elle ne pouvait offrir auparavant. An travail d'émancipation , nous aurons souvent à joindre ses efforts de nationalité , le récit de ses combats , de ses victoires et de ses revers; quelquefois aussi les luttes intestines de Faristocratie nobiliaire et de Taristocratie sacerdotale. Quant au peuple , il était trop peu de chose encore., pour que nos chroniques se soient occupées de conserver le souvenir de ses vœui» de ses souflfrances et de ses actes.

Au commencement du IX.' siècle, les Bretons prirent les armes pour se soustraire au joug des Français; .mais ils furent vaincus et soumis par l'armée de Charlemagne. A la mort de ce prince, ils crurent l'occasion plus favorable : cette seconde fois , la fortune trahit encore leur courage, Mprvan, leur chef, fut vaincu et tué. Louis-le-Débounaire , héritier de l'empereur Charles, commandait lui-même en personne l'armée qui marcha contre eux. La Bretagne Bretonnante fut d'ailleurs la seule partie de la province qui prit part à l'insurrection; aussi fot-elle traitée militairement. Louis, avant de quitter le pays , réunit à Vannes les principaux chefs , et leur fit reconnaître Nominoë comme son représentant; puis il revint à Angers , d'oh il était parti à la tête de son armée. Ce fut alors , dit-on , qu'il ordonna la construction, sur la rive droite de la Loire , 4'une levée destinée à contenir le fleuve et à mettre les vallées à fabri de ses débordements.

Les moines s'occupaient alors beaucoup de travaux agrico/les. L'abbé Anioul , qui s'était établi au commencement du «iècle à Saint- Philbert, obtint, en 819, de Louis-le-Débonnaire, une charte qui l'autorisait à changer le cours de la Boulogne , qui se jette dans le lac de Grand-Lieu: peut-être de nomlvenses améliorations eussent-

elles suivi cette tendsuce des ordres monastiques , si les g;aeiTes et sQrtoat les invasions des Noimands n'étaient venaes les entraver.

En 842, la Breta^e était encore sonmise à la France, lorsqae rîominoê résolut de se rendre indépendant et se mit à rœuvre. Son premier acte fut d*appnyer Lambert II, qui voulait s'emparer du comté de J^antes, que gouvernait au nom du roi, Rainauld, comte d'Herbange (pays de Retz). Il lui accorda un secours de troupes commandées par Eripsoé , son fils , au moyen duquel Lambert parvint à s'emparer de Nantes et de son territoire. A la suite de ces événements y Pîominoë prit le titre de roi , et Lambert celui de comte ; mais le triomphe de ce dernier ne fut pas de longue durée : les Nantais, qui étaient déjà plus Français que Bretons, le chassèrent aussitôt qu'il eut congédié ses auxiliaires. Irrité contre eux , Lambert alla trouver les Horinands et leur proposa de ravager la ville ; ce qui fut bien vite accepté. Le 24 juin 843 , après avoir remonté la Loire sur une flotte de 67 bateaux formés de claies , revêtues de peaux, ces brigands arrivèrent à Nantes précédés par les moines d'Aindre, qui avaient fui à leur approche, emportant avec eux ce qu'ils avaient de plus précieux dans leur abbaye. C'était le jour de la Saiut'Jean-Baptiste , la ville était remplie de pèlerins des deux sexes , mais dépourvue de soldats. Les Normands y entrèrent sans résistance, pillèrent partout, massacrèrent les habitants jusques dans la Cathédrale , ainsi que les prêtres et l'évêque qui officiait à l'autel , firent un grand nombre de prisonniers , et se retirèrent chargés de butin pour ravager le comté Nantais.

AJbert-de-Morlaix raconte ainsi cet événement:

« Les Normands cependant se mirent à la voile , et se rendirent deuant Nantes : Saint-Gohard , voyant l'ennemy si près , conuocqna le peuple en l'église Cathédrale , et l'exhorta à endurer patiemment le martyre , si telle estoit la volonté de Dieu: puis se disposa pour dire la grande messe le iour de Saint-Jean-Baptiste, 24 juin l'an 843. Cependant , au poinct du iour , les Normands sautent à terre , et se disposent à l'assaud , plantent leurs eschelles aux pieds des murailles, lesquelles ils gaignèrent aisément sans beaucoup de résistance , courent par les rués massacrans tout ce qu'ils rencontraient, sans pardonner à âge ny sexe. Au bruit que l'ennemy auoit gaigné la muraille , tout le peuple tant de la ville que du pays circon voisin qui s'y estoit réfugié , tant pour éuiter la rage de ces barbares que

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pour célébrer la feste de Saint-Jean-Baptiste, s'encourut en l'église Cathédrale, s'y enferma et barricada, implorans le secours du ciel, qui seul leur restoit. Les barbares estans arriuez à Saint-Pierre y donnent Tassant , les uns d'arrivée mettent les portes en pièces , les autres entrèrent à l'escalade par les vitraux et fenestres, et ayans comme loups carnaciers forcé le parc de la bergerie de Jésus-Christ , se ruèrent de force sur cette populace désarmée , frappant à tort et à travers, écrasant la teste des petits enfants contre les paroirs, ouvrant le ventre des femmes grosses pour en tirer leurs petites créatures my-vivantes , traînant les vierges par les cheueux , et usant de toutes les cruautez et insolences dont ils se purent adviser.

» Tandis que ces cruels massacres se commettoient en la nef de Péglise, le glorieux pontife Saint-Gohard estoit à l'autel, et célébroit la messe pontificalement seruy et assisté' de ses archidiacres y tous ses chanoines , chantres et chappelains , et les moynes du monastère d'Aindre estans dans le chœur en leurs sièges; et encore bien que les cris pitoyables de cette multitude qu'on égorgeoit peslemesle sans pitié ny mercy , fust capable de troubler les esprits les plus rassis , si est-ce que le Saint-Prélat , et à son exemple ses officiers et chanoines ne se troublèrent ny ne prindrent la fnitte , ains attendirent constamment que les barbares ayans forcé les barrières et clostures du chœur , les vinrent massacrer en leurs sièges , chacun tenant son rang et faisant son office , ils montèrent insolemment à l'autel ayans forcé les chanceaux , tuèrent les officiers assistans du Saint-Pontife , lequel disant le sursum corda à l'entrée du préface de la messe, fut rudement arraché de l'autel par un de ces barbares, lequel l'ayant jette par terre , luy fist voler la teste de dessus les espaoles , tout revêtu de ses habits pontificaux comme il estoit.

» Les barbares Normands ayans massacré Saint-Gohard , laissèrent son corps séparé de la teste parmy les autres morts , pour les faire brûler en l'incendie de son église , mais nostre Seigneur pourveat d'honnorable sépulture à son Saint-Martyre par un estrange miracle , car les Normands estans près de donner le feu à la pile de fagots et meubles qu'ils auoient dressée au mitan de l'église , le corps dn Saint-Pontife Gohard se leua sur pied, et tenant sa teste en se» mains 9 sortit de l'église au grand estonnement des infidèles, et alla directement au faux- bourg nommé de Riche-Bourg ^ situé sur le bord de Loyre, suiuy de grand nombre de Normands curieux

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de Toir «pielle issue suroît cette menreiUe. Estant srriiié aa bord de TeaUy il monta dans nn battean qui s'y tronna miraculeasemenl disposé, ayant deax iambeanx allamez d'nn costé et d'antre , lequel monta araont la Loyre , sans ayde de voiles ny de rames , et estant airiné à la Pointe ^ laissant le canal de Loyre à droicte » entra dans la livière de Ma^ne^ et se Tint arrester an port d* Angers , sans qne les flambeaux se fassent esteints ny consommez, le long d*nn si grand chemin, qui est de dix->sept lieues de Bretagne. Le peuple d*ABgers voyant ce battean sans guide ny pilote , arresté au milieu du fleuTe, courut sur le port voir que c*estoit, et se doutant bien qu'il y anoit quelque chose de miraculeux, en donnèrent avis à Feuesque, lequel conuocqua son clergé (excepté ceux de Saint* Pierre qui iie s'y peurent si tost rendre) et aliaprocesslonellcment sur le port; mais comme il voulut monter dans le batteau , il se retira du riuage dans la rivière, demeurant an milieu sans remuer: les processions des antres églises vonlurent essayer , s*ils y pourroîent pas entrez , mais le mesme leur arrina. Enfin les doyen et chanoines de Saint-Pierre y vinrent , et incontinent le batteau s'approcha du rivage , dans lequel ils entrèrent aisément, et trouvèrent le corps dn Saint- Prélat, lequel ils enveloppèrent en de beaux linges blancs , et le portèrent par la ville chantans des hymnes et cantiques , jnsques à leur église , et là Tenuelopperent en un riche drap de soye qu'ils mirent dans nn cofire de bois , avec denx placques de plomb , esqnelles estoit écrit le tiltre de son martyre en lettres romaines ainsi, en l'vne, f I. H. C. SEPVLTVRA QVIESCIT HVMIUS GOHABDY S N AWNETENSIVM , et en Taulre , PATER ET MARTYR : et ayant fermé le tout, l'enterrèrent honorablement, et Dieu manifesta depuis la gloire dont il jouîssolt dans les cieux, par les grands miracles qui se firent à son tombeau par laps de deux cens cinquante ans qu'il demeura sous terre sans estre lené. »

Mange, Tiffauge, Herbauge, le monastère de Montclair, depuis Prieuré de Saint-Philbert-du-Gellier , eurent le même sort qne Nantes. L'abbaye d'Aindre, dont les moines avaient été tnés à Nantes, fut entièrement tniklée, et les Normands se retirèrent tranquillement à rUe d'Her, aujourd'hui Noirmoutier, pendant que le comte Lambert rentrait dans la cité qu'il avait fait ravager. Heureusement pour les captUi , une dîscnssion survenue parmi les vainqueurs , au sujet du partage des dépouilles , leur permit de se sauver et de revenir li Nantes. 7

Trois mois après , Lasannus , évoque de Vannes , réconciliait la cathédrale , tandis qne Lambert rétablissait son autorité méconnue y feignant une grande douleur au sujet des désastres qui étaient son ouvrage. Bientôt il fit sa sœur abbesse d'une riche communauté, située au faubourg Saint-Clément, dans le voisinage d'une petite abbaye d'hommes , du nom de Saint-André. L'on ne sait sous quelle règle étaient institués ces monastères, dont les revenus sont devenus , depuis, la propriété de l'église de Saint-Pierre.

Il semblerait , au premier abord , en consultant nos auteurs , que les Normands durent massacrer tous les habitants de Nantes et ruiner toutes les propriétés. Cependant, les faits que nous venons de citer prouvent le contraire ; probablement ils laissèrent de côté les esclaves qu'ils n'avaient aucun intérêt à massacrer oii à tranfr> porter avec eux à Noirmootier. Gomment , d'ailleurs , supposer qu'ils aient pu , sur 67 bateaux d'osier , recouverts de peaux , emmener un grand nombre de prisonniers avec un immense butin ? Quelque minime qu'était au IX.« siècle la population de Nantes , on ne peut guère l'évaluer à moins de huit mille âmes, si l'on songe que la ville possédait dès -lors, outre la cathédrale, les églises de Saint- Similien , Saint- Julien , Saint-André, Saint-Yincent , Saint-Cyr, Saint-Saturnin et Saint-Denis, dont plusieurs étaient assez vastes pour contenir plus de mille personnes ; comment , par suite , est-il possible d'admettre que ces huit mille personnes aient été massacrées ou emmenées à Noirmoutier?

Les comtés d'Herbauge (pays de Retz), de Tiffauges et de Mauges (Saint-Florent-le-Yieux) , furent donnés par Lambert à ceux qui l'avaient le mieux secondé; ce qui nous permet, d'après notre chronique, d'assigner pour limites sud, à l'ancien comté Nantais, la rivière de Laion qui se jette dans la Loire , au-dessous de Mont- Jean ; rironne , le ChJlteau de Pierre-Feinte , Ariac , et le Lay, qui se jette dans la mer, près l'Ile-de-Ré.

Peu après la réconciliation de la cathédrale, un Concile eut lieu à Lire. L'on y condamna ceux qui tentent de savoir quelle sera la dorée du règne du prince et de son successeur, en même temps qne Ton prescrivit d'obéir aux lois de l'église et des gouvernements , en tout ce qu'elles commandent de juste , de raisonnable et de conforme , soit aux canons, soit au droit des gens. Ce fut pendant ce Concile qn'Actard fut nommé évéque de Nantes. Aussitôt promu à cette dignité , cet

éTdqoey qni étadt roné au parti firançais, eut des pooipariers a ver Nominoë « dans le bat de chasser Lambert. Gharles--le-GhaaTe , qne Nominoê avait vaincu entre TOiist et la Vilaine , promit au prince Breton , sans doute à la sollicitation d'Actard , de lui accorder une amnistie , s'il voulait tourner ses armes contre le comte de Plantes.

Oubliant son ancienne alliance, le descendant de Mériadec somma Lambert de laisser les JXantais en repos : fort de cet appui , Véyéqae profita du mécontentement du peuple , qne Lambert faisait travailler par corvées à bâtir une nouvelle tour pour s'y mettre en sûreté , et Texcita à la révolte.

Chassé une seconde fois par les Nantais , et incapable de résister à Ifominoê , Lambert se retira à Graon , sur la rivière d'Oudon , où il éleva un diâtean , dont les restes subsistent encore. Une fois fortifié au bord de la Loire , dans une position très-favorable, il se vengea d*Actard et des nantais , en ruinant le commerce du fleuve»

IVominoê ne tarda pas à s'apercevoir que Lambert avait le même intérêt que lui à combattre la domination des Francs , et que , par suite, c'était son allié naturel, tandis que Tévéque Actard n'était qu'un serviteur dévoué de Gharles-le-Ghauve , et conséquemment un ennemi de l'émancipation bretonne ; aussi revint-il à ses anciennes rela* tiens. Blentêt une nouvelle armée de Gharles-le-Ghauve, ayant pénétré en Bretagne, ces deux princes se réunirent pour la combattre : en vain Rennes et Nantes se déclarèrent-ils en faveur des Français, les Bretons triomphèrent sous la conduite de leur chef habile, et démolirent les murs de leurs deux principales villes pour les punir de leur lâche défection.

Fier de ses victoires , Nominoë voulut donner une nouvelle consécration â son autorité , en se faisant sacrer ; mais les évéqnes de la province*, qui appartenaient tous, comme Actard, au parti Français, se refusèrent à ce qu'il demandait d'eux. Vivement contrarié, Fiominoë ne garda plus aucun ménagement à leur égard. Instruit par Saint-Convoyon , abbé de Redon, qu'ils trafiquaient des choses saintes, le duc de Bretagne les accusa de simonie , les évéques répondirent qne l'argent qu'ils avaient reçu , n'était pas le prix des choses saintes , nais bien un témoignage de reconnaissance. Fort de cette défense , qui était un aveu véritable de leur faute , Nominoë s'adressa au pape. Le Saint - Père blâma vivement les évëques , mais en même temps il leur fournit des armes pour résister è Nominoë , en leur faisan^

aax églises et de nombreuses fondations; ne pouvant aller luimême à Rome , il envoya au pape une statue d'or enrichie de pierreries. L'importance de ce présent força le S >*Siége à reconnaître la vérité de son repentir et à lui accorder Tabsolution.

Voici la lettre que ce prince écrivit au pape et la réponse du pontife , ce sont des monuments de Fépoqne , bien dignes d'être conservés :

a Av seigneur et bien-heureux pape du siège apostolique romain, Adrien Sàlomon , boy dbs Brbtoits , les genoux en terre et la teste baissée , désire vue longue et perdurable paix en Jesus-Ghrist. Gonnoissans par plusieurs signes éuidens y et les fréquentes calamitez qui surviennent, que la fin du monde approche; nous auions fait vœu d'aller à Rome pour y faire nos prières , et aussi vous présenter nosrequestes, d'autant que vostre prédécesseur Nicolas I (d'heureuse mémoire) auroit osté le Pàllium à Fbstiniàh euesque de Dol , parce que nous auions préféré (innœemtnent ioutesfaii) nostre nom au sien , el Iny auions enuoyé nos lettres sans approbation de uostre grand sceau, et par un ambassadeur peu capable ; mais ayant pris conseil de nos sujets sur le fait de nostre dit voyage^ ils n*ont voulu consentir que nous sortissions de nostre royaume pour aller visiter les sepulchres des bien-heureux apostres et autres saints lieux , parce que les payens rôdent nostre coste , et ranagent les limites de nostre pays ; c'est pourquoy considerans la griefveté de nos offences , et la grandeur de la miséricorde de Dieu , nous supplions la toute-puissance de vostre dignité, qu'elle veuille agréer ce petit présent que nous luy envoyons («i ie$ sainU apoitres le daignent regarder) sçavoir vue statué d'or de vostre grandeur , tant en hauteur qu'en largeur, vue mule richement enhamachée et caparaçonnée , trente paires d'accoustremens , vne tente de tapis9erie de trente pièces en broderie de laine dediuerses couleurs , trente peaux de cerfo, et trente pièces de draps, pour l'vsage de vos seruitenrs, et trente sols que doresnanant on vous payera tous les ans; et encore que nous estimons ces presens peu de chose , égard à vostre dignité , souvenez-vous de la pauvre vefve laquelle offrit deux deniers au temple , et cependant vous entendrez par ces deux nostres ambassadeurs, l'euesque HABSHHàetrardildiaGre Fblix, et nos autres domestiques , que nous faisons construire vu monastère qui n'est encore dédié à aucun saint ; partant vous supplions de nous envoyer

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