‹ Histoire de NapoleonChapitre 5 sur 33 · NAPOLÉON EMPEREUR · texte numérisé non relu

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mutilées par la congélation ; partout , en un mot , la consternation , la douleur, la famine et la mort.

< Pour supporter les atteintes de ces affreuses calamités qui pesaient sur nos tètes , il fallait être doué d’une âme pleine d’énergie et d’un courage inébranlable. H était indispensable que la force morale s’accrût à mesure que les circonstances devenaient plus périlleuses. Se laisser àffecter par la considération des scènes déplorables dont on était témoin , c'était se condamner soi-même : ofo devait donc fermer son cœur à tout sentiment de pitié. Ceux qui furent assez heureux pour trouver, au-dedans d’euxmêmes, une force de réaction suffisante pour résistera tant de maux , développèrent la plus froide insensibilité et la fermeté la plus imperturbable.

« Au milieu des horreurs dont ils étaient environnés , on les voyait , calmes et intrépides , supporter toutes les vicissitudes , braver tous les dangers , et, à force de voir la mort se présenter devant eux sous les formes les plus hideuses , s’accoutumer, pour ainsi dire , à l’envisager sans effroi;

'< Sourds aux cris de la douleur qui , de toutes parts , retentissaient à leurs oreilles, si quelque infortuné succombait sous leurs yeux ils les détournaient froidement , et , sans éprouver la moindre émotion , continuaient leur chemin.

€ Ainsi , ces malheureuses victimes restaient abandonnées sur les neiges , se soulevant tant qu’elles avaient de force , puis retombant insensiblement , sans recevoir de qui que ce fût un mot de consolation , sans que personne *e mit en devoir de leur porter le plus petit secours. Nous

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marchions constamment à grands pas, silencieux et la tête baissée , et nous ne nous arrêtions qu’à la nuit fermée.

c Excédé de fatigue et de besoin , il fallait encore que chacun de nous alors s’occupât avec ardeur de trouver, sinon un logement , du moins un abri contre l’àpreté de la bise. On se précipitait dans les maisons , les granges , les

hangars et ious les bâtiments que l’on rencontrait. Au bout de quelques instants , on y était entassé de manière à ne pouvoir plus ni entrer ni sortir. Ceux qui ne pouvaient s’y introduire s’établissaient en dehors , derrière les murailles, et à proximité. Leur premier soin était de se procurer du ' bois et de la paille pour leur bivouac : à cet effet , ils escaladaient toutes les maisons environnantes , et enlevaient d'abord les toitures; puis, quand elles ne suffisaient pas, ils arrachaient les solives des greniers, les cloisons, et finissaient par démolir le bâtiment de toutes pièces , par le raser entièrement, malgré l’opposition de ceux qui s’y étaient réfugiés et qui le défendaient de tous leurs moyens. Si l’on n’était pas chassé de cette manière des chaumières où l’on cherchait un asile, on courait risque d’y être dévoré par les flammes : car très-souvent , quand on ne pouvait entrer dans les maisons , on y mettait le feu pour en faire sortir ceux qui s’y trouvaient. C’est surtout ce qui • arrivait quand des officiers généraux s’en étaient emparés, après en avoir expulsé les premiers occupants.

c II fallait donc se résoudre à se mettre au bivouac^ Aussi , au lieu de se loger dans les maisons , on avait pivV

l'habitude de les démolir de fond en comble , et d’eiüjis-

perser les matériaux au milieu des champs,* pour sjen^

MA , NÀPOLÉON EÜPERËÜft#

construire des abris isolés. Dèè qu'on s'était pourvu , <1

autant que le permettaient les localités* de ce qui était d

nécessaire pour établir ses bivouacs , on allumait du feu , &

et chacun des membres de là coterie S'empressait de cou- a.

courir à la préparation du repas.

i Pendant que les uns s’occupaient de la confection d’uné bouillie , les autres pétrissaient des galettes que l’on m

faisait cuire sous la cendre. Chacun tirait de son bissac a

les tranches de viande de cheval qu’il avait conservées, et k

les jetait sur leè charbons pour les faire rôtir. it

t La bouillie était la nourriture la plus ordinaire. Or %

voici cé que c'était que cette bouillie. Comme il était îm- «

possible de se procurer de l’eau * parce que la glace cou- «

vrait toutes les sources et tous les marais, on faisait fondre

dans une marmite Une quantité suffisante de neige pour j*

% produire le volume d’eaü dont oh avait besoin : on délayait

ensuite dans cette eau , qui était noire et bourbeuse, une ;ii

portion de la iàrihe plus ou moins grossière dont On était ^

pourvu, et l'on faisait épaissir ce mélange jusqu’à la con- ^

sistance de la bouillie : ensuite on l'assaisonnait avec du sèl , ou , à son défaut, on y jetait deux ou trois cartouches,

qui , en lui donnant le goût de la poudre , lui ôtaient son

extrême fadeur, et là coloraient d'une teinte foncée qui la ù faisait ressembler beaucoup au brouet noir des Spartiates.

:f . * * « Pendant qu'on préparait ce potage , on surchargeait ’ (

les charbons de chair de cheval , coupée en filets , qu’on saupoudrait également de poudre à canon. Le repas achevé , chacun s’endormait bientôt , accablé de fatigue et affaissé sous le poids de ses maux , pour recommencer le lendemain le même genre de vie.

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« A la pointe du jour , sans qu'aucun instrument militaire donnât le signal du départ , la masse entière levait spontanément son bivouac et reprenait son mouvement... 1 »

Vingt jours s'écoulèrent ainsi. Pendant ces vingt jours, l'armée sema sur sa route 200,000 hommes , 500 pièces de canon ; puis elle vint aboutir à la Jlérésina , comme un torrent à un gouffre.

Le 5 décembre , tandis que les restes de l'armée agonisaient à Wilna, Napoléon, sur les instances du roi de Naples , du vice-roi d'Italie et de ses principaux capitaines, partit en traîneau, de Smorgoni pour la France. Le froid avait alors atteint 27 degrés au-dessous de zéro»

Le 18 au soir, Napoléon se présentait dans une mauvaise calèche aux portes des Tuileries, qu'on refusa d’abord de lui ouvrir. Tout le monde le croyait encore à Wilna.

Le surlendemain , les grands corps de l’État vinrent le féliciter sur son arrivée.

Le 12 janvier 18J3 , un sénatus-consulte mit à la disposition du ministre de la guerre 350,000 conscrits.

Le 10 mars, on apprit la défection (Je la Prusse,

Pendant quatre mois , la France tout entière fut une place d’armes.

Le 15 avril , Napoléon quittait de nouveau Paris, à la tête de ses jeunes légions.

Le 1 er mai, il était à Lutzen , prêt à attaquer l’armée combinée , russe et prussienne , avec 250,000 hommes ,

1 Relation du sieur René Bourgeois.

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dont 200,000 appartenaient à la France , et dont 50,000 étaient Saxons , Bavarois , Westphaliens , Wurtembergeois , et du grand-duché de Berg. Le géant que Ton croyait abattu , s'était relevé aussitôt : Àntée avait touché la terre.

Comme toujours , ses premiers coups furent terribles et décisifs. Le 9 armées combinées laissèrent sur le champ de bataille de Lutzen 15,000 hommes, tués ou blessés , et aux mains des vainqueurs 2,000 prisonniers. Les jeunes recrues s'étaient mises , du premier coup , au niveau des vieilles troupes. Napoléon s'était exposé comme un souslieutenant.

Le lendemain , il adressa à son armée la proclamation suivante.

« Soldats

« Je suis content de vous : vous avez rempli mon attente. La bataille de Lutzen sera mise au-dessus des batailles d'Austerlitz, d'Iéna , de Friedland et de la Moskowa. Dans une seule journée , vous avez déjoué tous les complots parricides de vos ennemis. Nous rejetterons les Tarlares

dans leurs affreux climats , qu’ils ne doivent pas franchir : qu’ils restent dans leurs déserts de glaces , séjour d'esclavage, de barbarie et de corruption , où l'homme est ravalé à l'égal de la brute. Vous avez bien mérité de l'Europe civilisée. Soldats, l'Italie, la France, l'Allemagne, vous rendent des actions de grâces. »

La victoire de Lutzen rouvre au roi de Saxe les portes de Dresde. Le 8 mai , l'armée française l’y précède ; le 9 ,

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l’empereur fait jeter un pont sur l’Elbe , derrière lequel s’est retiré l’ennemi ; le 20 , il l’atteint et le force dans la position retranchée de Bautzen ; le 21 , il continue la victoire de la veille , et dans ces deux jours , où Napoléon développe les plus savantes manœuvres de la stratégie , les Russes et les Prussiens perdent 18,000 hommes , tués ou blessés, et 5,000 prisonniers.

Le lendemain dans une mauvaise affaire d’arrière-garde, le général Bruyère a les deux jambes emportées , le général du génie Kirgener et Duroc sont tués du même coup de canon.

L’armée combinée est en pleine retraite : elle a traversé la Neisse , la Queiss et la Bober, fouettée encore par le combat de Sprotteau , où Sébastiani lui prend 22 canons , 80 caissons et 500 hommes. Napoléon la suit pied à pied, et ne lui donne pas un moment de relâche : ses camps de la veille sont nos bivouacs du lendemain.

Le 29, le comte Schuwalow, aide de camp de l’empereur de Russie , et le général prussien Kleist se présentent aux avant-postes pour demander un armistice.

Lé 30, une nouvelle conférence a lieu au château de ' -Liegnitz, mais sans amener de résultat.

. L’Autriche méditait un changement d’alliance. Afin de rester neutre le plus longtemps possible , elle se proposa comme médiatrice et fut acceptée : le résultat de sa méditation fut un armistice conclu à Plesswitz, le 4 juin.

Un congrès s’assemblaaussitôt à Prague, pour négocier la paix; mais la paix était impossible. Les puissances confédérées demandèrent que l’empire fût restreint à ses frontières du Rhin, des Alpes et de la Meuse. Napoléon regarda ces

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prétentions comme une insulte : tout fut rompu, Y Autriche passa à la coalition , et la guerre, qui pouvait seule vider ce grand procès, recommença.

Les adversaires se présentèrent de nouveau sur le champ de bataille; les Français avec 300,000 hommes , dont

40.000 de cavalerie , occupant le cœur de la Saxe , sur la rive droite de l’Elbe; les souverains alliés, avec 500,000 hommes, dont 100,000 de cavalerie, menaçantsur les trois directions de Berlin , de la Silésie et de la Bohême, Napoléon , sans s’arrêter a calculer cette énorme différence numérique, reprend l’offensive avec sa rapidité ordinaire : il divise son armée en trois masses, pousse l’une sur Berlin, où elle doit opérer contre les Prussiens et les Suédois , laisse la seconde stationnaire à Dresde , pour observer l’armée russe de Bohême , enfin , de sa personne, marche avec la troisième contre Blücher, en laissant une réserve à Littaw.

Blücher est atteint et culbuté; mais, au milieu de la chasse qu’il donne à son ennemi , Napoléon apprend que les 60,000 Français qu’il a laissés à Dresde sont attaqués par 180,000 alliés : il détache de son corps d’armée

35.000 hommes : tandis qu’on le croit à la poursuite de Blücher , il arrive , rapide comme l’éclair , mortel comme la foudre. Le 29 août , les alliés attaquent Dresde de nou*^ veau et sont repoussés ; le lendemaip ils reviennent à la charge avec toutes leurs masses ; leurs masses sent brisées, rompues , anéanties ; toute cette armée, qui combat sous les yeu* d’Alexandre, est un instant menacée d’une destruction totale , et ne parvient à se sauver qu’en laissant

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