‹ Histoire de Napoléon BonaparteChapitre 12 sur 24 · SACHE · texte numérisé non relu

SACHE

dînait seul et ne buvait que de l'eau . Dans les intervalles que ses occupations laissaient libres, il visitait les églises et les monuments publics , et partout sur son passage il trouvait une multitude nombreuse agenouillée pour recevoir ses bénédictions. On remarqua surtout qu'à l'exemple de notre divin maître , qui a prononcé cette parole : « Laissez venir à moi les petits enfants, • le pieux successeur de saint Pierre se plaisait à bénir et à caresser les enfants que leurs mères venaient lui présenter, ou qu'il distinguait lui-même dans la foule. Il était vêtu d'une soutane blanche et sans ornements. Comme il visitait l'imprimerie royale , le directeur de ce vaste établissement lui fit bommage d'un volume qu'il venait de faire imprimer en sa présence. Ce même jour, il se trouva dans la foule un jeune homme du peuple qui s'obstina à garder son chapeau sur la tête devant le saint père ; les spectateurs, indignés, se préparaient à faire justice de cette insolence ; mais Pie VII retint ce mouvement spontané, et, s' approchant de celui dont l'obstination causait ce scandale , il lui dit d'un ton paternel : « Découvrezvous , jeune homme , pour que je vous donne ma bénédiction ; la bénédiction d'un vieillard n'a jamais porté malheur à personne. > Et celui à qui s'adressaient ces paroles, vaincu par tant de charité, s'inclina avec respect.

Le 1 l frimaire an xm , sous les voûtes de la vieille cathédrale de Paris , étincelante de feux et d'or, eut lieu la cérémonie imposante du sacre. Dès neuf heures du matin, le pape sortit des Tuileries dans une voiture à huit chevaux , surmontée d'une tiare et des attributs de la papauté, pour se rendre à l'église Notre-Dame. Une heure après, l'empereur et l'impératrice suivirent la

m SACRE.

même route : le couple impérial occupait une Toiture éclatante d'or et de peintures précieuses , conduite par huit chevaux de couleur isabelle et richement caparaçonnés. Napoléon et Joséphine étaient revêtus d'ornements magnifiques et qui rappelaient le costume pittoresque du moyen âge. Le manteau du sacre était de velours cramoisi , parsemé d'abeilles d'or, doublé de satin blanc et d'hermine. Jamais , aux jours même des splendeurs de Louis XIV et de François I er , les yeux n'avaient été éblouis par une si grande pompe et par un si prodigieux amas d'or et de pierreries. Le nombre des spectateurs s'élevait à près de cinq cent mille, tant sur le passage du cortège que dans la cathédrale et sur le faite des toits. Le temps, qui avait été nébuleux toute la matinée, s'éclaircit tout à coup au moment où l'empereur parut sur le parvis de Notre-Dame , et la foule crut reconnaître à ce signe un présage favorable. . L'empereur et le peuple avaient déjà cru remarquer qu'un beau soleil avait coutume d'éclairer les fêtes données en l'honneur de Napoléon, et il attachait à cette circonstance une idée superstitieuse. Le pape sacra Napoléon et Joséphine en présence des princes de la maison impériale, des membres du sacré collège, des prélats français, de tous les ordres de l'Etat, du corps diplomatique et d'une députation de la république italienne. Après avoir fait la triple onction , il adressa au Ciel l'oraison suivante : « Dieu tout-puissant , qui avez « établi Azaël pour gouverner la Syrie , et Jehu roi d'Is- « raël , en leur manifestant vos volontés par l'organe « du prophète Élie ; qui avez également répandu l'onc- « tion sainte des rois sur la tète de Saûl et de David par « le ministère du prophète Samuel , répandez par mes « mains les trésors de vos grâces et de vos bénédictions

SACRE. t*S

« sur votre serviteur Napoléon , que, malgré notre indi- « gnité personnelle, nous consacrons aujourd'hui empe- « reur en votre nom. »

Prenant alors la couronne des mains du saint-père , Napoléon la posa sur sa tête , comme s'il voulait , par cette action, jeter un défi au sacerdoce et indiquer qu'il ne tenait son pouvoir que de lui-même, et non de Borne. Un moment après , l'impératrice s'étant mise à genoux devant lui, l'empereur la couronna de ses propres mains. Cette cérémonie du sacre frappa vivement les esprits : la multitude et l'armée demeurèrent saisies d'admiration au spectacle de ces pompes , dont , depuis Louis le Grand , la France avait perdu le souvenir. Les incrédules , et ils étaient nombreux, eurent cependant quelque peine à retenir leurs moqueries en présence des pieuses manifestations de l'Église ; ils souriaient au spectacle de la mule et au passage du porte-croix de Sa Sainteté ; et pourtant, de toutes les grandeurs de ce jour, l'humble croix est demeurée seule debout dans le monde.

Le lendemain , une grande solennité militaire , la distribution des aigles, réunit l'armée au Champ-de-Mars. Peu de jours après , le pape quitta Paris sans avoir rien pu obtenir pour l'Église de ce qu'il avait eu le droit d'attendre de la reconnaissance de Napoléon.

L'empereur poursuivait à pas de géant le terme où son ambition voulait atteindre. Ce n'était déjà plus assez pour lui de la couronne impériale de France ; la couronne des anciens rois lombards, qu'avait également portée Charlemagne , dut à son tour ceindre son front. Le 1 7 mars 1 805 , de nouveaux députés de la république italienne , ayant passé les monts , vinrent offrir à Napoléon le titre de roi d'Italie.

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