‹ Histoire de Napoléon BonaparteChapitre 13 sur 24 · SACRE · texte numérisé non relu

SACRE

• Depuis le moment — répondit l'empereur, sur son trône, dans tout l'appareil de la puissance suprême — où nous parvînmes pour la première fois dans vos contrées , nous ayons toujours eu la pensée de créer indépendante et libre la nation italienne. Nous avons poursuivi ce grand projet au milieu de l'incertitude des événements.

« Nous formâmes d'abord les peuples de la rive droite du Pô en république Cispadane, et ceux de la rive gauche en république Transpadane. Depuis , de plus heureuses circonstances nous permirent de réunir ces États et d'en former la république Cisalpine.

« Au milieu des soins de toute espèce qui nous occupaient alors , nos peuples d'Italie furent touchés de l'intérêt que nous portâmes à tout ce qui pouvait assurer leur prospérité et leur bonheur; et lorsque, quelques années après, nous apprîmes, au bord du Nil, que notre ouvrage était renversé , nous fûmes sensible aux malheurs auxquels vous étiez en proie. Grâce à l'invincible courage de nos armées, nous parvînmes dans Milan lorsque nos peuples d'Italie nous croyaient encore sur les bords de la mer Bouge.

« Notre première volooté, encore tout couvert du sang et de la poussière des batailles, fut la réorganisation de la patrie italienne...

« La séparation des couronnes de France et d'Italie, qui peut être utile pour assurer l'indépendance de vos descendants , serait dans ce moment funeste à votre existence et à votre tranquillité. Je la garderai , cette couronne , mais seulement tout le temps que vos intérêts l'exigeront... »

Napoléon partit pour Milan avec l'impératrice , et re-

sacre. m

vit avec elle le champ de bataille de Marengo , sur lequel il passa en revue une armée de trente mille hommes ; il avait revêtu ce jour-là. le vieil uniforme consulaire usé et troué qu'il portait dans cette mémorable action. Le 8 mai, il fit à Milan une entrée solennelle; le 26 eut lieu le second couronnement, et Napoléon fut sacré roi d'Italie par le cardinal Gaprara. Comme à Paris , il se couronna lui-même , et s'écria en prenant la couronne de fer sur l'autel : « Dieu me la donne , gare à qui la touche ! » Le prince Eugène de Beauharnais, fils de Joséphine, fut déclaré vice-roi d'Italie.

Le 4 juin suivant, la république LigUHenne( l'ancien territoire de Gênes) fut réunie à l'empire français , et forma les trois départements de Gênes , de Montenotte et des Apennins. Un mois après, les États de Parme furent également incorporés à la France , et la république de Lucques forma l'apanage d'Élisa Bonaparte , sœur de l'empereur et femme de Pascal Bacciochi , simple capitaine corse. Ce dernier reçut toutefois les titres dé prince de Piombino et d'Altesse Sérénissime.

Ainsi l'empereur en était venu à réunir sous sa domi-

nation l'immense territoire des anciennes Gaules cisalpine et transalpine. L'Europe continentale , justement effrayée de ces envahissements successifs», qui révélaient une tendance à la domination universelle, ne pouvait tarder davantage à se lever à la voix de l'Angleterre , pour y opposer une digue ; une nouvelle coalition se forma contre la France. Le ministre Pitt détermina la Suède, la Russie et l'Autriche à se réunir sous le drapeau de la haine commune.

L'empereur était de retour en France; il se rendit au camp de Boulogne , où se trouvait rassemblée la grande

armée d'Angleterre. Le port de Boulogne contenait, à lui seul, neuf cents bâtiments de guerre; depuis deux ans les côtes de la Manche étaient couvertes de nos vaisseaux ; et la flotte se préparait chaque jonr par de nouvelles escarmouches navales à la mission que l'empereur lui avait assignée, celle d'attaquer la Grande-Bretagne jusque dans son propre sein , et de renouveler la merveilleuse expédition de Guillaume de Normandie.

Divers présages, que Napoléon acceptait avec empressement, semblaient annoncer le succès de la descente : en creusant la terre pour élever la tente de l'empereur, les ouvriers avaieift découvert une bâche d'armes romaine ; plus loin , à Ambleteuse , on trouva des médailles de Guillaume le Conquérant ; un autre jour enfin , près de la tour de César, on voyait apparaître, en fouillant le sol , les ruines d'un camp romain , et l'armée saluait avec enthousiasme cette espérance de victoire.

Mais déjà une carrière nou moins digne de l'armée française et de son capitaine s'est ouverte pour eux. Voilà que les légions de l'empereur d'Autriche ont passé l'Inn et envahi le territoire allié de l'électeur de Bavière.

Pendant que quatre-vingt-dix mille hommes, aux ordres de l'archiduc Ferdinand et du général Mack , envahissaient ainsi l'électorat, trente mille autres, commandés par l'archiduc Jean , prenaient position dans le Tv roi, et cent mille combattants marchaient sur l'Adige, sous

la conduite de l'archiduc Charles; deux armées russes

accouraient à marches forcées des steppes de la Lithuanie et de la Pologne pour se joindre à la grande armée autrichienne. Cette troisième coalition était prévue; Napoléon avait reconnu la politique de Pitt et la longue persévérance de l'Angleterre : de sa barraque du camp de

Boulogne , il dicta à ses secrétaires le plan d'une nouvelle campagne en Allemagne , et régla le départ de tous les corps d'armée depuis le Hanovre et la Hollande jusqu'aux Pyrénées et aux Alpes; il prescrivit d'avance l'ordre des marches, leur durée , les points de campement , les lieux où l'ennemi devait être attiré, refoulé et vaincu ; puis , avec la rapidité de F aigle , qu'il avait pris pour emblème de son empire , il transporta de Boulogne sur le Rhin l'armée d'Angleterre, qui avait pris le nom de grande armée. Le 27 septembre l'empereur était à Strasbourg; déjà le prince Murât, son beau- frère, et le marcehal Lannes avaient passé le Rhin et opéré le mouvement à l'aide duquel l'empereur cherchait à faire croire au général Mack que nous voulions pénétrer en Souabe par les défilés de la forêt Noire , et gagner la tête des eaux du Danube pour agir sur la rive droite : en même temps , et d'un autre côté , Ney marchait sur Stuttgard; Soult , sur Heilborn, et Davout , sur ÛEttingen , au delà du Necker ; les autres corps suivaient la direction qui leur avait été assignée , et Masséna défendait TTtalie contre l'archiduc Charles. Le général Mfcck, trompé parles habiles conceptions de l'empereur , concentrait toutes ses forces autour de la ville d'Ulm : le 6 et le 7 octobre, cent mille hommes de l'armée française avaient franchi le Danube et occupé une partie de la Bavière. Le 9 , Napoléon entrait à Augsbourg; le 12, à la suite de plusieurs combats glorieux , il s'emparait de Munich , et chassait les Autrichiens de l'électorat; le 20, trente mille hommes, commandés par Mack et enfermés dans la ville d'Ulm , se rendaient aux Français sans même oser les combattre. Le 26 , l'armée passe l'Iser ; le 27 , elle franchit l'Inn à son tour ; le 23 , elle entre à Braunau ; le 30 , à Salzbourg , elle remporte m

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