‹ Histoire de Napoléon BonaparteChapitre 8 sur 24 · TREIZE VENDÉMIAIRE · texte numérisé non relu

TREIZE VENDÉMIAIRE

une confiance et une audace qu'ils n'avaient point encore ressenties. Ils se préparèrent à attaquer le lendemain lés Tuileries, où siégeait la Convention, et à se rendre maîtres du pouvoir. On était au 1 2 vendémiaire an iv ( 4 octobre 1795 ).

La Convention Nationale avait compris le danger qui la menaçait. Elle ordonna l'arrestation du général Menou, et confia au représentant du peuple Barras le commandement des forces militaires de Paris. Barras , inhabile aux soins de la guerre , s'adjoignit le général Bonaparte, et lui prescrivit de prendre les dispositions que les circonstances réclamaient. I) était minuit.

Bonaparte , sans perdre un seul moment , ordonne au chef d'escadron Murât de s'assurer du parc d'artillerie établi dans la plaine des Sablons , aux abords de Paris ; Murât s'élance avec trois cents cavaliers, et ramène quelques heures après quarante pièces de canon , dont les royalistes n'ont point songé à se rendre maîtres, et que Bonaparte fait placer autour des Tuileries. Pendant que les ennemis de la Convention employaient la matinée du 1 3 vendémiaire à se concerter et à s'armer, il portait a huit mille hommes le nombre des soldats armés pour la défense du gouvernement, et disposait tout pour recevoir les assaillants. A la fin , ceux-ci s'ébranlent par grandes masses et débouchent à la fois par les deux quais , par le pont Royal et par la rue Saiut-Honoré. Bonaparte dirige contre eux plusieurs pièces de canon chargées a mitraille, et les prend par le front et par le flanc ; les insurgés sarrètent et hésitent : ce moment est décisif. Les grenadiers républicains s'élancent en avant et achèvent l'œuvre de la mitraille Vainement les royalistes se sont-il s retranchés à la butte Saint -Roch et sur le portail de l'église de ce

Treize vendémiaire. *û

nom ; ils sont foudroyés après une résistance meurtrière, et les débris de l'armée insurrectionnelle cherchent leur salut dans la fuite. Il était six heures : la Convention Nationale avait vaincu. Le nombre des morts s'élevait à près detj uatrfe cents , la plupart tués dans les rangs de la population parisienne , sur laquelle , pendant le combat , Bonaparte avait fait tirer avec une impitoyable énergie. Quand les sections eurent été mises en fuite , ou se contenta de charger les canons à poudre , aûu d'effrayer ceux qui auraient, été tentés de se rallier. Le lendemain on procéda au désarmement des sections; mais la Convention , contre ses habitudes , usa avec modération de sa victoire. Pour en assurer les effets , le commandement de l'armée de l'intérieur fut confirmé à Barras, et le commandement en second à Bonaparte. Quelques jours après, le 4 brumaire an îv ( 26 octobre 1 795 ) , la Convention Nationale abdiqua ses pouvoirs, elle gouvernement directorial fut installé.

C'est peu de temps après la journée du 1 3 vendémiaire

qu'eut lieu le mariage de Bonaparte avec Joséphine Tas-

cherdela Pageric, veuve du général Beauharnais , mort

sur l'écbafaud pendant la Terreur. Comme on venait de

désarmer les sections , un jeune homme de quatorze ans

se présente à Bonaparte et réclame l'épée de son père ;

c'était Eugène Beauharnais. Le général , charmé de cette

démarche qui révélait de la part de son auteur un noble

sentiment filial , ordonna que l'épée fût restituée à celui

qui la revendiquait ainsi. Madame de Beauharnais vint

remercier Bonaparte, et ce fut cette circonstance qui

amena plus tard leur union. Madame de Beauharnais était

une femme d'une conduite équivoque; elle avait, pour

ainsi dire , abaissé son malheur par la légèreté coupable

80 TREIZE VENDEMIAIRE.

de ses mœurs et par ses liaisons avec d'anciens conventionnels devenus chefs du Directoire , particulièrement avec Barras. Outre son fils Eugène, elle avait une fille nommée Hortcnse. C'était d'ailleurs une femme crédule ; elle racontait souvent , avec une naïveté puérile , que , dans sa jeunesse, une prétendue magicienne lui avait annoncé qu'elle porterait un jour la couronne de France. Dans son élévation elle n'oublia point ses amis , et distribua beaucoup de bienfaits , trop souvent donnés sans discernement à l'importun ité ou à l'intrigue. Le peuple , dont les jugements sont si fragiles , a conservé le nom de Joséphine comme un type de cette générosité gracieuse qui rehausse encore l'éclat du pouvoir; une opinion superstitieuse rattachait à la prospérité de cette femme celle de Napoléon.

Onze jours s'étaient à peine écoulés depuis le mariage de Bonaparte , que le jeune général reçut du Directoire Tordre d'aller prendre le commandement de l'armée d'Italie (1796).

Page 1