LIVRE X XIV
Le prince Eugène prend le commandement de Tarmée française.—Entrevue de l'empereur de Russie ei du roi (h Prusse.-— Proclamation de S. M. P.— Combat de Mockero. -—Les français se portent vers TEIbe et évacuent Berlin. —Napoléon se met à la tête de son armée.— Combat de Po' serna. — Bataille de Lut zen.— -Proclamation de Buonaparte.
. —Bataille de Bautzen et "Wurtzchei»,— Combat de Haynau; —Armistice. — Congrès de Prague. •^-L'^-u^ riche se déclare contre Napoléon.— La Suède fait aussi causo commune avec les alliés. — Le Danemarck resserre les nœuds de son alliance avec Buonaparte.— Reprise des hostilités. -^Actions diverses.— Attaque de Dresde par les alliés.— Combat de Kulm. — Bataille du Katzbach.— Af&ire de Dennewitz. — Bataille de Wachau.— Batailles de l^eipsick.— ^Défection de la Bavière et bataille de Hanaii.— Dissolution de la confédération du Rhin .-^Opérations mili' taires en Italie.-->Suite des opérations militaires en Espagne.
Les malheureux débris de la grande armée avaient été poursuivis par les russes , aussi vivement que Pavait permis la rigueur de la saison- Le comte de Witgenstein était entré à Kœnis-
berg, le 6 janvier i8i3 ; et le général Platow s'était emparé d*Elbîng , dix jours après. Ces mouvemens contraignirent Murât à porter son quartier-général à Posen. Dégoûté dun commandement qu'il n'avait accepté qu'à regret , il s'en démit et partit pour l'Italie. Napoléon ne fut pas plutôt instruit de ce départ , que la ^te suivante fat publiée pair son ordre : « Le roi de Naple$ » étant indisposé , a dû quitter le commande- * ment de Tarmée qu'il a remis entre les mains » du vice-roi. Ce dernier a plus d'habitude d'une » grande administration ; il a la confiance d^ » Tempereur. » Le fond de vérité contenu dans ee sarcasme ne le rendait que plus indécent de la part de l'homme qui avait mis une couronne •ur la tête de Murât.
Eugène, dès qu'il eut pris le commandement en chef , s'empressa de mettre au complet les gar-* nisons et Tapprovisionnement des places de la Vistule ; puis il marcha vers l'Oder , passa ce fleuve , cantonna son armée et ravit^lla Cu$trin> Stettin, Gross-Glogaw et Spandao. Les troupes légères des russes le suivirent de près. Quinze cents cosaqnes ayant passé l'Oder sur la glace , marchèrent , à la faveur de la nuit, vers Berlifi , dont ils surprirent une-porte. Ils pénétrèrent dans quelques mes adjacentes , et le peuple parut disposé à se joindre à eux. Quelques coups de canon
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et la vue des bataillons français qui formaient la i garnison de cette capitale, dissipèrent Tattroupement et mirent en fuite les cosaques.
Le roi de Prusse, à son arrivée à Breslau, a^^it ordonné à ses sujets de prendre les armes pour la défense de la patrie et du trône ; mais il n'avait pas encore ^é dire contre qui elles devaient être tournées. Ensuite, il fit proposera Buonaparte, par une note du i5 février , une trêve, d'après laquelle les russes se seraient retirés derrière la Vistule , et les français derrière TElbe. Ce n était là , très-probablement , qu^une vaine démonstration de neutralité ; car , le 28 du même mois , un traité d'alliance offensive et défensive fut conclu h Kalisch , entre la Prusse et la Russie (i). L'empereur Alexandre , qui sMtait mis à la lête de ses troupes, visita, le i5 mars, Frédéric-Guillaume à Breslau. Le roi de Prusse versa des larmes de joie en embrassant son auguste allié , qui, attribuant son émotion au souvenir de ses malheurs , lui dit : « Gonsolesfi-vous , mon fi:ère. Ces » larmes sont les dernières que l'empereur Napo-
(1) I^ Russie 9 par ce traité , garantit à la Prusse des dé* âommageinens proportiontiés aux pertes quelle avait faites. La première de ces puissances prit iVngageioent de mettra sur pied cent cinquante mille hommes, et la seconde quitre-vingt mille.
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W Won VOUS aura fait répandre. Je jure de ne poi> ser les armes que lorsque l'Allemagne sera * délivrée du joug des français ! » Frédéric-Guillaame , encouragé par cette promesse d^un prince magnanime 9 adressa, le 17 mars, à ses sujets, une proclamation où il dévoila ses sentimens : « Nous avons été obligés de nous courber sous » la puissance supérieure de la France , Ie^r di- » sait-il ; il n'en est résulté que hauteur et per- 9» fidie. Il n'est plus possible de nous£aire illusion » sur notre propre situation .... Souvenez-vous » du grand Frédéric ; souvenez-vous des avanta- » ges pour lesquels nos ancêtres ont combattu : » la liberté de conscience , Thonneur, Tindé- » pendance , le commerce , Tindustrie et les n sciences. Songez aux russes, aux espagnols et » aux portugais. Il n^est point de milieu entre une » paix honorable ou une chute glorieuse. Si nous 9 devons succomber ^ ce sera du moins avec hon- » neur. Mais notre cause est juste ; Dieu don- » nera la victoire à nos armes , et nous verrons n enfin des tems plus heureux (i). »
(1) Frédéric-Guillaume avait institué , le 10 mars , la décoration de la Croix de Fer. Elle deyait être accordée à ceux qui se distingueraient , soit en combattant Tennemî , aoit de toute autre manière , durant la lutte qui allait s'ou-^
Ce touchant appel obtint Ic'saccès que le mo-' narqae avait droit d*en attendre. Toos les habitans en état de porter les armes se présentèrent pour la défense de la pairie , et formèrent ces nombreux bataillons de landsturm, ou de levée en masse , qui ont rendu de si grands services à la cause de la Prusse (i).
' vrir. Dans le préambale de son ordoniiance, S. M. P. avait, non sans raison | appelé tenu dejer, celui où Ton vivait alors.
(i) Il paraît que le gouvernement prussien se préparait < depuis loDg-tems à saisir la première occasion qui s'*o(Frîrait i de secouer le joug. L'armée prussienne , d*après les traités, ne pouvait eicéder quarante-deux mille hommes ; mais on trouva le moyen d'éluder cet engagement. Outre que cette 1 armée fut composée de et qu'il y afait de mieux dans la na- I lion , on exerça au maniement des armes un si grand nombre de jeûnes gens ^ que le roi pouvait k tout instant disposer de cent cinquante mille hommes. Par des achats faits en Autriche et par rétai)lissement de nouvelles manufactures, on réunit cent cinquante mille fusils. Pour remplacer l'artillerie perdue , on refondit les can<^s de bronze qui ctaient dans les forteresses , et on mit en leur place des canons de fer. Jcin conséquence , lorsque ta guerre éclata , il y avait une ahillerie de campagne suffisante pour cent vingt mille hommes. Huit places fortes avaient été mises en état de défense; et on avait répandu des projets dé levée en masse pour pré-* parer la nation à l'idée d^un armement général. ( M. Schoell, JSistoire ahnrgée des tmités de paix y tom. X , pag. 190. )
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Eugène apnt appris que les russes quittaient les rives de la Vîstule , lie crut pas qu'il fût prudent de les attendre sur rOder. En conséquence^. il se portai^ ers TElbe , au-devant des nombreux renforts que Buonaparte envoyait à son armée ; et cette retraite se fit en bon ordre. Le 3 mars\ les français ëvacuèrenl Berlin , où, le lo du même mois, le comte de Wîtgenstein fit son entrée atik acclamations des habitans , transportés de joie à la vue de leur libérateur. Les troupes françaises sV'tant aussi retirées de Hambourg , le colonel Tettenborn y entra avec quatre mille cosaques ; inats là délivrance des malheureux hamboùrgèois ne fat que momentanée, fis étaient réservés à des maux plus grands que ceux qu'ils avaient déjà soufferts. *
L'armée française , au i^'. avril , était déjà plrfs nombreuse que celle des alliés (i). dépendant
Ces détails nous semblent prouver que Buonaparte et ses ageos étaient plus oçcppés à pressurer la Prusse , qu'à Tempêcher de se relever.
(0 L'armée russe qui avait poursuivi léâ français depuis Moskou, avait fait des pertes considériitités' et n'avait reçu ftvctiti renfort. Elle avait éié obligée ^ afu contraire^ dé Ifeii^^ ser dos gàrnisonsHen Pologne, des*cor0Ss de. «blocus devait Dantzick , Thom y Modlin^ S^mosky Czenstpcliai» et Ç«t^« tria, et un corps d'observation sur lé» frontières 4«:U.. Gailicie.