IV. ï
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Eugène fit évacuer Dresde , et établit Sts principales forces sur la Saaie , la gauche appuyée sur Magdebourg , le centre sur Hall , et la droite sur Weîssenfelds et Naumbourg. Le corps du maréchal Davoust était dans les environs de Zell , et le général Vandamme occupait Brème.
Dans les premiers jours du mois d^avri! , le général Blikher , qui , vers la fin de mars , était sorti de la Silésie à la tête d'une armée de vingtcinq mille hommes , avait passé FElbc à Dresde. Il avait été précédé parle général Winzingerode, qui avait été mis sous son commandement avec une armée de même force. Le comte de Witgenstein et les généraux d' Yorck et Borstel ^.ayaot ea* semble environ vingt-cinq mille hommes^ se trou^ , vaient sur la rive droite de TElbe , devant Magdebourg. Au-dessous de cette place et sur les deux ' liyes du flieuve , étaient les détachemens russes de Tettenbom , de Dœsenberg et de Tchertnitcheff, qui , réunis , formaient six à sept mille hommes.
Une armée russe y forte de trente mille hommes» dite improprement alors la grande armée ^ et dont Tavant-garde était commandée parlege'- ,néral Miloradov^itsch , était à Kalisch et sur 1^^ frontières de la Silésie. Enfin ^ un autre corps tusse observait , en Pologne , celui du prince Ponîatowsky,
Les forcée des alliés postées sur UËlbe, depuis
TJNGT-QtlAtRlfcME. igS ,
les Érontîères de la Bohême jusqu à remboùchurè de ce fleuve , formaient donc environ quatrevingt mille hommes , et elles n^àvaient d^autre point d^ap^ui que Dresde , ville qui n'était pas encore mise en état de défense.
Le 2 avril , le général Morand fut attaqué y à Lunebourg , par le général Dorenberg , qui commandait un corps de russes et de prussiens. Le corps français fut battu et fait prisonnier ; et Morand fut blessé à mort. Le succès de ce combat ,> le premier qui fut livré dans la campagne de 18 13, enflamma le courage des alliés.
Il y eut 9 le 5 avril , à Mockern , entre Eugène de Beauharnais , qui menaçait d'envahir les mar-* ches de Brandebourg , à la tête de quarante mille hommes . et Witgenstein , qui n'en avait que dix-sept mille , une action où , malgré la supériorité de ses forces , le premier fut défait. Il se retira sur Magdebourg.
Napoléon , parti de Paris le i5 aVril, arriva le 16 à Maïence , où il passa huit jours , livré aux travaux relatifs à l'organisation de ses armées* U se remit en route ^ le 24 9 et arriva le 28 k Naumbourg. Ce jour, Ney passa la Saale près de cette ville avec quarante mille hommes. Eugène y <iui commandait l'aile gauche , dont la force était la même, débouchait alors par Hall et Naumbourg. La droite > composée aussi de quarante
mille hqmmes , occupait les deux bords de la Saalc , entre Naumbourg et Icna. Le 29 , l'avantgarde de Ney , aux ordres du général Souham , marcha vers Weissenfelds , qui était occupé par une division russe. Après une vive canonnade, cette division se retira sur Leipsick , en bon ordre, ce qu^elle dut à la supériorité de sa cavalclie ; et sa retraite entraîna celle des prussiens , qui étaient restés sur la Saale^ près de Mersebourg.. •
Ney, manœuvra , le i*'. mai , pour franchir le défilé de Poserria! Il forma son infanterie en carrés , soutenus , entre eux , par de rartillerie ; et la cavalerie se tint en réserve. Le général Winzingerode s'était porté vers la Saale pour reconnaître Tarmée française et sonder les intentions de Buonaparte. Le corps qu'ail commandait, fort de dix mille chevaujt , garnissait les hauteurs qui Jbordent le défilé et canonna les colonnes fran- .çaises ; mais , dès que ce général eut fait ses observations, il se retira veçs Leipsick, sans être pourjSuivi*
. Le combat de Poserna ne fui guère qu'une vive escarmouche, où, de chaque côté, îl n'y eut que tro^s cents hommes tant tués que blessés ; mais Jes français y perdirent dn de leurs mjiréchaux, le duc d'Istrie ( Bessières ) , qui commandait eu chef la cavalerie.
VINGT-QUATilEME. 1 g"^
Les alli& avaient éprouvé une grande perte trois jours auparavant. Le feld-marcchal KoutouzoflP, que son souverain avait créé prince de Smolensk , était mort à Buntzlau , le 28 avril , à Page de so4xante-dix ans. Depuis quelque tems il avait quitté le commandement suprême. Le comte de Witgenstein » qui l'avait remplacé; porta /dans la nuit du i*"'. au 2 mai , son armée sur la rive gauche de TElster. Le généraUrYork côrùmandait Taile droite , Bliicher le centre , et W^inzîngerode Taile gauche. L^armée Ç9mbinée se montait tout au plus à soixante et dix mille combattans. Les français en avaient cent quin^ mille, parmi lesquels, il est vrai , il y en ^vait beaucoup de nouvellement levés. L^ur aile gauche était appuyée sur TEIster y ayant sa droite dans la direction du villa|;jede Kaya, ou ét^t le centré , aux ordres dé Ney. Marmont , qvii .cpiun^^n^ait une réserve , avait été plaqé à la droite. I^ corps d'Oudinot n'était pas encore arrivé ; et celui de Bertrand , qui venait d^Italie , devait pianœuvrer pour tourner la gauche des .alliés. Lé corps de Marmont touchait au cei^tre p^r sa gauche , et il avait sa droite à Poserna. La garde impériale , postée en avant de Lutzen , ville qui a donné son- nom à la bataille (i) livrée squs ses murs , formait ]a
Çi) Les aUiéslui pnt donné le nom de Gross^Gœrschen.
réserve du centre , en remplacement du corps de Marmont , devenu la droite. Les alliés commencèrent Tattaque en s' emparant du village de Kaya. Malgré tous les efforts que Ney fit pour le reprendre, ils'le conservèrent jusqu'à la fin du jour , et il fut le pivot de leurs opérations. Winzingerode s'avança pour attaquer la droite de l'armée française et tenter de se rendre maître du chemin de Weissenfelds. Marmont le repoussa et maintint' sa position. Buonaparte ayant deviné le projet des alliés , qui était de frapper un grand coup avec leur centre , où ils avaient réuni l'élite de leurs trouves , ordonna au prince Eugène de Soutenir le centre de l'armée française , dont la position devenait toujours plus critique. Macdonald attaquait la droite ^.^t Ûertrand la gauclie des alliés , lorsque leur centre , animé par la présence d'Alexandre et de JFrédéric-Guillaume , culbuta Ney. Jugeant qu'il faut opposer l'audace à l'audace 4 Napoléon se met. à la tête dé sa garde ; et, soutenu par une batterie de quatre-vingts pièces de canons , il arrête la marche victorieuse des ennemis. Dès que Bertrand avait paru , Marmont avait appuyé sur le centre , etMacdonald avait aussi manœuvré par sa droite. Ces mouvemens concentriques des deux ailes de larmée française ôtèrent aux alliés tout espoir de se maintenir contre des forces si nombreuses , et leur retraite fut résolue.
YINGT-QUATRIÊME. 1^9
Les 4cux armées sMtaient ^attues avec fureur ; mais les français remportèrent réellement la yicr toire. Ils Tachetèrent par la perte de quinze mille hommes qui furent mis hors de combat (i). Celle des alliés fut au moins de vingt mille hommes. Le général Blucher fut blessé. Ce vieux guerrier ^ quoique baigné dans son sang, ne voulut pas quitter son poste , et se fit panser sur le champ de bataille méme^
On reproche deux fautes capitales au comte dé Witgenslein. La première, de n'avoir plas attendu Farmée française dans les vastes plaines de Leip** sick j où sa belle cavalerie lui aurait rendu de si grands services , tandis qu^il la fit écraser ,' sâxis aucune utilité , dans un terrain coupé ok elle ne pouvait se défendre ; la seconde feate /fiit d'avoir laissé , à Zeist , le corps de Miloradowitch ; qiti aurait pu l'aider à frapper un grand coup lorsque le centre de l'armée française avait plié. Quant à Napoléon, on ne peut, dît-cm, lui adresser qu^un seul reproche; c'est d'avoir, contre sa éoutume, affaibli son centre par une trop grande êsttension de sa gauche ; mais son champ de bataille avait été paifaitement choisi.
J^e vainqueur ne négligea pas de célébrer son
(i) Le bulletin français n*eo avoua q^ue dix milte^
aOO LIVRE
triomphe. Il adressa , le 3 mai , à son arm^e^ une proclamation remplie d 'emphase. <c Soldyt^» tli- ^ » sait-il , je s^iis contç^t de vous! Yous pvez r^pi- » pli mon attente ! Vous avez suppjl^eë à tout p^r ->> votre bonne volonté et par votre bravoure. .. . y> Vous avez ajouté un npyveau lustre à la gloire » 4e mes aigles; vous ave^j pipn,tré tout ce dont » esjt capable le sang français. L^ bataille de Jmtp zen sera mise au-dessUs des l^ajl^ijOles d^Auster- » Jitz, d'Iéna, de Fnedl9n4 ^t de la Moskowa ». ( On voit que c'était tôiijours s^ def njère victoire qui était Ja plus éclatapte ). « D^jp^ 1# campaf gpe passée , rennpmi n'a tpouvé dfe r^fu^e cpn- » (re nos armes qu'ep suivant la n^étjio^e fé- » roce de$ barb^i;es ses ancêtres. ,I)es ^i^méesde ai tartares ont incendié ses villages .i s.es yilies; la n sainte Moskou elle-ipéme (i) ! Aujourd'hui , ils » arrivaient daigis no$ contrées , précédés 4e tout P^ ce qne rAlljei)[^giie , la France et Tlt^^e qnt » de .mauv;|is sujets et «^e déserteurs ^ pour jr prê- » cher }a révollç , Vanarchie, la guerre civile et P le nieu^^tre.iJUs se $on(i!iite les apôtres de tou^
(i). La brocbare qae vient de publier i Paris Iccpmt^ i^ Rostopchine, ancien gouverneur de Moskou^ témoigné que rincendie de celle ville n'eut pas d'aube cause que les Tirconstances imprévues de la guerre^
VINGt-^QUAXBIElIE. ^OI
» Ic?.criflie5. C>^t qn i^cep4ie moral ,qu ils vou- » iaient filluiner exitp::e la Yisi^ule et le Rhin, pour, » 3elmi Tubage des gouyerneoxens despotiques , » melti^e /des désjert^ exttre nops et eux. Les in- » sensc3 ! ^^ con^^is^aiejoit pe.u IV^a^^ljl^^^icnt à » Jews sQuyerains , la sagesae » V^sprit d' ordure et » le bpoAens des ^liepiands : ils coQnaissaieixt peu ^ la pui^aoce et la brayojji^ 4c3 français !
» Dans |]iie seule journée, v.qus ^.vez dcJQué » tous ces complots parricides. • . . Nous rejeté-, » rons ces taftarie^ d[ans lejurç .affreux clioiftts » qu'ils ne doivent plus fraqchk*. Qu*ils restent "^ daos leur^ 4^sert9 glacés , «éjogr d'esclavage , » de barbacie et ^e cornoptiqn , Qi^ Thomme est » rayalé à î'éjgal de la brute. Vous avc^ bien mé- » rite de TËorope civifia^ ^(f^^ ^'^^^ donc montrée bien peu reçonnavisfitlii ). « Soldats ! ^Italie ^ ^ la France^ rA^Heq^g^e , vpQs rqident de$ ac- ^ tiou de grâcjOs 1 1»
V^ll^gre^ae li^t extrême p^r^i les part^is^ns de Buonapart^ , 1^ J^ npuyelle de la victoire qu'il avait remportée dans les cl^amps de Lutzen. On ctaïUa le Te Dfiuxn dans toutes les églises d« Frapce y diaprés J'iavîtatîon que Marie-Louise jen fit, en sa qualité de régente. Elle même se rendit, dans toute la pompe de la^souverainc puissance, à la métropole de Paris. Elle fut reçue par Ifi cardinal Maury , archevêque nom^mé , qui ve-
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nait de publier un mandement , où ; déserteur de la cause de rhumanité (i), il n^ avait pas eu honte de faire le panégyrique du plus sanguinaire de tous les hommes. Cette nouvelle apostasie , toutefois , devait peu surprendre. Celui qui s^en ren* dait coupable , n^avait-il pas abandonné la cause de son roi dans le malheur, et prouvé par là que son intérêt personnel avait été Tunique motif de cette conduite qui lui avait concilié Testime de toute l'Europe?
Cependant le comte de Witgenstein s^était retiré en bon ordre vers la rive droite dé la Muldte ; mais l'approche de Tarmée française , tout entière , le contraignit de passer TElbe , le 4 n^aî. Il fit couvrir sa marche par les prussiens , qui ; en conséquence , ijestèrent sur la Malde. Ils furent attaqués, le 5 , par Tavànt-garde dès français aux ordres d*£ugène , qui tourna leur droite. Leur position n'étant plus tenable , ils se retirèrent vers Gçrsdorf , oùils furent renforcés par le corps de Miloradowitch. Alors ib firent volte-face , et attendirent l'ennemi de pied ferme. L'attaque fut faite avec vivacité et soutenue avec courage , et la nuit seule sépara les combattans. Cette arrière-
(i) L'abbé Maury a dû sa première célébrité à. son panégy* tique de Saint-Vincent de Paule. Personne n^ignore que c# laint a été un des plus grands bienfaiteurs de rhumanlté%
tingt-quatwème: " ao3
garde dçs alliés continua sa route vers Dresde , qu'elle ne fit que tra verser., Bûonapartc y arriva , le 8 , en même tems que son avant-gafrde. Aussitôt il fit le tour de. la nouvelle ville , et ordonna d'en réparer les fortifications. De là il se rendit au village.de Priesnitz , sur l'Elbe , pqur y faire jeter un pont. Le ro, les français passèretit ce fleuve et se mirent à la poursuite des alliés. VHtgen&tein,' avec la grande armée , avait pris position , le 8 , àBishofswerde/ét son arrière-garde, aux ordres de Miloradowitcli, était restée sur les hauteurs de Fishbach. Le'généralTîuïôw couvrait Berlin,
Le roi de SaxèVétait réfugié dans la Bohême ; à l'approche des alliés. Après là journée de Lutzen , il sortit de cette retraite ; et Buohaparte alla, le II , à sa rencontré , hors de la yillè de Dresde, où ils rentrèrent en Iriomplîe.
Pour né pas cônipromettrè la supériorité que la bataille de Lutzeh lui avait acquise , Bûôriaparte fut forcé de concentrer son armée, dont plus de cinquante rhiriè hoinmës h^ëtkient pas fencore in ligne, le 2 mai '(1). 'Eugène partit, le i5,
(0 L'armée française reçut uri renfort d'environ Vingt-mille VoTBines , après la bat^Ue de Lutzen. Quant aux alliés , il leur en arriva vingt-cinq mifle ; et plusieurs autres corps étaient en marche pour les rejoindre. £n outre, ils attendaient la Rfande armée de réserve tusAe^ commandée par le général
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de Dre&de , pour marcher en avant. Il trouva les alliés en position. Leur gauche s^appuyait contre les montagnes qui séparent la Lusace de la Bo*héme ; leijir centre contre Bautzen (i); et leur droite contre le village de DobershMtz. Tout leur front était couvert par la Sprée. Sur le ^rappqrt qui lai fut fait, Buonaparte résolut de diriger, contre la grande armée combinée » tputesi ses forces disponibles. Le 19 , il arriva devant Bautzen , et ordonna, pour le lendemain, une attaque générale. Macdonald et Oudinot paient à la droite ; Marmo^t et Bertrand au centre ; et Ney ?i la gauche , avec Reynier et Lauriston. Soult avait le commandement sppérieur du ce^itre , dont I9 garde impériale formait la réserve.
3uonaparte détacha Ney et Lauristpn poup tourner les alliés. Barclay de Tolly et York , marchèrent à leur rencontre et leur livrèrent^^ le 13 mai f les combats de Konigswartha , qu'iU perdirent.
I^ 2p , à liuit hl^ures du matin , Buonaparte ordonna le passage de Ja Sprée , p^ssa^e qui , à midi, était exécuté sur tout le front de Farmée
(i) Les alliés, dans leur relraîle, s'étaient diriges vers ce point , pour empêcher que les français ne se missent entre eux et les états autrichiens.
VINGT-QUATRIÈME. 2o5
combinée. Uaction fut vivement disputée. Miloradowitch réussit à maintenir son poste ; mais Barclay de Tolly et York , a la droite , et Blûcher et Witgensteîn à la gauche ^ perdirent du terrain. Ils se retirèrent dans liné position retranchée , près de Wurtzen et à une lieue de Bautzen ; et Miloradovitch se vit forcé de suivre leur mouvement.
Les français commencèrent Fattaque , le 21 , à la pointe du jour. Macdonald et Oudinot eurent Tordre de presser vivement la gauche des alliés , afin qii^ils ne pussent la dégarnir pour soutenir leur aile droite contre laquelle Buonaparte avait résolu de diriger tous ses efforts.
Marmont engagea une vive canonnade contre le centre , qui était couvert par. des retranchemens. Ney , en même tems , attaqua Taile gauche et s^crapara du village de Preilitz. Soult , avec la réserve de Tarmée , infanterie et cavalerie , attendait dans un bas-fond , hors de la vue des alliés, qu'il fût tems de se porter vers le point le plus convenable pour décider Faction. Il commença son mouvement à une heure de l'après-midi. Ney avait été assailli par les corps de réserve des alliés et obligé d'abandonner Preilitz. Ce succès momentané , mais brillant , fut dû à Bliicher , qu^, ason tour, se vit forcé par la garde et les corps de
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réserve comraanclés par Soult , de se replier sur Wurtzen , ce qu'il fit dans le plus bel ordre. Barclay de Tolly , attaqué de fiouveau par Ney , s'était porté sur la droite de ce village et avait occupé un mamelon qui le sépare de Rackel. Buonaparte , maître des hauteurs ^e Kreckvrita, dominait lé centre et la gauche des alliés, dont la droite était en même (ems débordée par le mouvement de ses corps de réserve. Dans celle position critique , Witgenstein ordonna la retraite vers les cinq heures. Ses colonnes se dirigèrent du côté de Weissemberg , et les corps de Kleist et de Miloradowitch firent rarrière-garde. Les français couchèrent sur le champ de bataille ; et le lendemain ^ 22 , à quatre heures du > matin, Buonaparte mit de nouveau son armée en mouvement. Les alliés avaient quitté Weissemberg à minuH et marché du côté de Gorlitz. Leur arrière-garde fut atteinte par les troupes légères des français , aux environs de Reichenbach. Miloradowitch prit position sur les hauteurs qui avoisinent celte ville. La cavalerie des deux arméps en vint aux mains dans la plaine de Reichenbach ; et les français , soutenus par une artillerie légère très-nombreuse, eurent encore Tavantage. Les alliés se retirèrent sur Gorlitz , où ils firent halte i^ns être serrés de trop près. Buonaparte , jugeant
TINGT-QUATRIEME. ^O^
jqu^fl était trop tard pour attaquer cette place , fit bivouaquer son armëe à portée de icanon des ennemis. Il évalua la perte qu^elle fit , dans les journées des 20 y' 21 et 22 , à douze mille hommes , tués ou blessés ; et Ton peut » sans craindre d'exa« gérer » la porter au double. Quant à pelle des alËés, il est très-probable qu^elle fiit au moins égale à la perte des français ; mais Buonaparte en fit particulièrement une qui aurait été très-sensible pour un homme moins habitué à sacrifier à son amKtion des générations entières et ses plus intimes amis. Duroc» son favori , était sur une éminence , lorsqu^un des derniers boulets de Ten-; nemi lui enleva les entrailles. Il est vraisembla-^ ble qu'il ne put proférer un seul mot , et Ig bulletin n'en rapporta pas moins ses adieux à Napoléon , qui ^ pour réponse , lui aurait dit : « Duroc , il est une autre vie ! c^est-là que vous » irez m'attendre , et que nous nous retrouve- » rops un jour. — Oui , sire , aurait repris le mori- > bood ; mais ce sera dans trente ans , quand vous » aurez tiiomphé de vos ennemis et réalisé toutes » les espérances de notre patrie. » Nous nous abs« tiendrons de tout commentaire sur ce dialogue , dont le ridicule a été senti généralement ; ce qui n'a' pas empêché que les flatteurs de Buonaparte i^'en aient fait le texte de divers discours pror
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ïioncés soit dans la chaire , soit au|^rès des tonbeaux (ï).
Le 23 maî , leâ alliés contîiiuèréhf leur retraite vefs Schwéidnitz, faiblement poursuivis par Tarmée française, dont Tavaint-gardéfut attaquée, le 26 , à Haynau , par rarriëre-garde dé Blûcher, qui lui fit envîiroh quatre cents j^Ksôn'nîèrs et lui enleva onze pièces de canon. Bubhà^artë ayamt envoyé des rehfôrts , Peûfnéxtiîi cctotihua sa( retraité. Le 2^ , lés- deux armées étaîeiit aux eûvirohs de JaWer , lorsque le comté de Schoowalbff, aide dé-camp de Tènipèreur de RussSie ; ei le général prussien dé Kleist , se présentèrent aux avantpostes français, pout* parleiil^pter. Lé doc de Vicénce fut envoyé pour conféf et- aVec eux ; et , le 4 juin , on sigiïà ùti armistice qdi devait durer jusqu'au 20 juillet suivant. Bûôn^parte était alors sur le point de voir s'acci*oître le hdmbte dé ses ennemis ; et coctiirie il aVaît résolu dfe né cédir sur ^ucûn point, il avait besoin de qu^elqtie teids pour recevoir deô reilft^rts q[dî le missent en état de soutenir une nouvelle lutté.
\ L'Autriche , que des circorisfâhces impérieu-
(1) \oyei le discours de M. le cdnofte de Lacépède en présenUnt, au clergé de Sainte-Geneviève j le corps du sénateur Jacqueminot.
VINGT-QUATBIEME. 209
ses avaient forcée de prendre une [tart active à la guerre contre la Russie , ayant vu ses états à découvert par la retraite de Tarméé française» avait conclu, au commencement de février i8i3 , une trêve illimitée avec celte puissance. Ce n^était pas, toutefois y qu'elle en eÀt rien à craindre. Son amitié devenait trop importante pour qu'on ne cherchât pas à se la concilier ; et les cours alliéf s y firent de bonne-heure tous leurs efforts^ Dès le mois de décembre précédent, l'Angleterre avait envoyé , à Vienne , un ministre plénipotentiaire » dont la mission ne réussit pas ( du moins pour U moment ), s'il faut en croire une note insérée au Moniteur du 3 1 de ce même mois : <c Votre lord » Walpole n'est plus à Vienne , disait-elle ; on » ne l'a pas écouté. » Quoi qu'il en soit , l'Autri-^ chc, qui désirait le rétablissement de l'équilibre de l'Europe , pressa Buonaparte d'entrer en nér gociatioiu Toutes ses instances furent vaines. £llç ne fut pas plus heureuse près* des alliés, qui lui opposèrent les déclarations publiques de l'empereur des français 9 comme des preuves de son éloignement pour la paix.
Napoléon ayant reconnu qu'il fallait renoncer à enlever auculie de ses provinces à la Russie , et voulant s'en indemniser aux dépens de la Prusse ^ de laquelle il brûlait de se yengîer^ déclara à la cour de Vienne , en ouvrant la campagne d# IV. 14
210 LTVliE
de i8i3 9 qall avait résola ranéantissenient de la monarchie prussienne , etqall ne dépendrait que de rÀutriche elle-même de réunir la Silésie à ses états. Cette puissance ^ à qui le partage des états prussiens eût été plus nuisible qu^avantagenx ^ puisque! eût encore accru la prépondérance de Fempire français, et qui, d'ailleurs, avait trop de raison de se défier des offres de Buonaparte , rejeta la proposition ; et comme elle ne voulait ni ne devait rester simple spectatrice de la lotte qui allait recommenter, elle pressa, de plus en plus , les préparatifs de guerre qu^elle faisait da consentement de Buonapajte lai-méme, qui se flattait encore d'en profiter.
Peu de tems après la bataille de Lutzen , Napoléon avait annoncé qu^il avait proposé la formation d^un congrès à Prague. Toutefois , la manière dont il s était exprimé n'avait laissé aux homnaes ciairvoyans, aucune espérance sur le succès de cette prétendue proposition : « D'un côté , arri- >> veraieht à ce congrès, avait-il dit, les piénipo-^ > .teritiaires de la France, ceux des Etats-Unis » d^ Amérique, du Danemarck, du roi d'Espagne » (Joseph ), et de tous les princes alliés ; et du » côté opposé , ceux de l'Angleterre , de la Rus- » sie, de la Prusse , des insurgés espagnols et des » autres alliés de cette masse belligérante. Dans ^ ce congrès seraient posées les bases d'une Ion:*:
YINGT-QUÂTRIÉME. 211
x^ gae paix. Mais il est douteux que PAngleterre » veuille soumettre ses principes ëgoïstes et in- » justes à la censure et à Topinion de Tunirers; » car il n^est aucune puissance , si petite qu'elle » soit, qui ne réclame, au préalable, les privi* » léges adhérents à sa souveraineté, et qui dont » coQsacrëft par Its articles du traité d'Utrechtsnr » la nâvigaAion maritime.
> Si FAngleterre , par le sentiment d^égo'iusme' » sur lequel est fondéesa politique , refuse de coo- » pérer k ce grand oeuvre de Ja paix du mondf^ , » parce qu'elle veut exclure Funivers de Vélé- » ment qui forme les trois quarts de notre globe* B Tempereur n'en propose pas moins la réunioti « à Prague de tous les plénipotentiaires des puis- » sances belligérantes , pour régler la paix du » continent. S. M. offre méihe de stipuler, au » moment où le congrès sera formé , un armis'* » tice entre les différentes armées , afin de faire » cesser Teffusion du sang humain.
» Ces principes sont conformes, aux vues de> » rAutriche. Reste à voir, actuellement, ce que, > feront les cours d'Angleterre» de Russie et de » Prusse. »
Il suffît d'un mot pour renverser tout cet étalage de modération et d'humanité. La fpr<rlaation d'un congrès n'avait été proposée à aucune puissance; et la cour de Vienne, dessçnr
tîmcns de laquelle Buonaparie se disait assur^^ a déclare solennellement qu'elle n'avait eu connaissance de la proposition' que par les feuilles publiques. ^
Cependant cette cour, qui parait avoir parfaitement connu l^avantage de sa position , rté- ^gociait de toutes parts. Elle obtint, sans peine ^ le consentement de la Russie et de la Prusse pour la tenue d*un congrès de paix sous sa médiation. Ce premier pas fait , elle envoya, vers la fin ) de juin , le comte de Metternich à Dresde. Le résultat dé cette démarche fut une convention signe'e , le 3o de ce même mois , par laquelle Bupnaparte accepta la médiation de TAutriche pour la conclusion d'une paix générale , ou dti moins d'une paix continentale préparatoire. Ce fut seulement alors que la ville de Prague fut désignée pour la tenue du congrus , dont l'ouverture fbt fixée au 5 juillet suivant , afin de donner le tems nécessaire potier les négociations préliminaires. II fut stipulé parle même acte que Buonaparte ne dénoncerait pas, avant le lo août, l'armistice qut devait expirer au 20 juillet. De leur côté , la Russie et la Prusse consentirent à cette prolongalidiï; niais l'ouverture du congrès fut renlise au 12 du même mois.
L'Autriche avait , dès le mois de mars /envoyé un ambassadeur à Londres^ pour inviter l'Aa-*
gleterre à prendre part à une négociation de paix geneVale. On lui avait aussi répondu , que les déclarations faites récemment par Buonaparte ne laissaient aucun espoir d^ob tenir un pareil résultat. Après l'armistice, la cour de Vienne crut devoir faire une nouvelle tentative près de la cour de Londres. Buonaparte parut, dit-on , applaudir à cette résolution ; il offrit même le passage , par la France , pour les personnes qu'on devait envoyer en Angleterre ; mais , lorsqu^on en vint à rcxécution, il fit des difficultés , et finit par refuiser les passe-ports nécessaires.
Le comte de Mettemich , ministre de la puissance médiatrice , et les plénipotentiaires de la Russie et de la Prusse, arrivèrent à Prague le la juillet, époque fixée pour T ouverture du congrès. Buonaparte avait nommé deux plénipotentiaires ; le comte de Narbonne , et M. de Caulaincoiirt. Le premier se rendit aussi à Prague le 12 juillet; mais il avait ordre de ne rien faire avant l'arrivée de son collègue , qui jouissait plus particulièrement de la confiance de Buonaparte, près duquel il se trouvait encore. On l'attendit de jour en jour jusqu'au 2 1 juillet , qu'on apprit qu'une difficulté qui s'était présentée lors de la conclusion de l'armistice , et qui pouvait être levée sur-lechamp par la médiation de rAulrichc , était alléguée pour justifier ce retard surprenant, auquel
!2ï4 ' LIVRE.
on avait même donné précédemment an motif encore plas étrange.
Le duc de Bassano avait mandé, le i6 juillet, au cocnte de Mettei-nich , que M. le duc de Vicence , ayant réuni provisoirement à son service de grand-écuyer celui de grand-maréchal du palais , les arrangemens qu'il devait prendre au moment de son départ exigeaient qu'il fît encore quelque séjour à Dresde. Si Texcuse avait été réelle, des soins domestiques l'auraient emporté sur dea travaux dont la paix à riendre au conti* nent de l'Europe était 1^ objet.
Seize jours après 1 époque fixée pour l'ouver- ' ture du congrès , M. de Caulaincourt arriva enfin ^ Prague ( le 28 juillet ) ; mais ses instructions ne se trouvèrent pas suffisantes. U en résulta un nouveau délai qui dura jusqu'au 6 du mois d août, que les deux ministres de Napoléon remirent une note où ils disaient que la convention du 3o juin , par laquelle la France avait accepté la médiation de FAutriche , n^avait été signée qu'après qu'on était tombé d'accord des deux points suivans :
!•♦ Que le médiateur serait impartial , et qu'il n'aurait conclu ni ne concluerait aucune convention , même éventuelle, avec une puissance belligérante , pendant tout le tems que dureraient les négociations ;
a^ Que le médiateur »e $e présenterait pa&
TINGT-QUATRÏEME. 2 I 5
comme arbitre , mais comme conciliateur pour arranger les différends et rapprocher les parties. La note semblait annoncer aussi que la forme* des négociations avait été réglée d'avance par le comte de Metternich etie duc de Êassano, et qu'on avait jugé convenable de s'entendre ,. à cçt égard , parce que la Russie avait donné à connaître qu'elle ne s'était proposé de négocier que dans la vue de compromettre l'Autriche et d'étendre les malheurs de la guerre. Les plénipotentiaires français prétendaient ensuite qu'on avait arrêté la forme des conférences. Ils demandaient que chaque jour on en tînt une ou deux , où l'on traiterait soit par des notes remises en séance , soit par des explications veirbales : « £t si le plenipo- » tentiaire russe (i) , dbaient-ils en finissant y per*
(0 Ce ministre était M. d^Anstett , qui avait déjà été grièvement insulté dans un journal français, semi -officiel , \6 Journal de l'empire ( 3 août i8i3 ) , où Ton avait inséré une prétendue lettre , datée des bains de Tœplitz , en Bohême. Nous ne répéterons pas les reproches qui lui étaient prodigués et dont le choix de Teoipereur Alexandre l'avait disculpé d'avance. Cependant il en est un que nous ne pouvons passer sous silence. L'auteur de la lettre trouvait que H. d'Ânstett , qui était fils d'un commis de l'intendance de Strasbourg , n'était pas d'une naissance assez relevée pour ^trcle ministre plénipotentiaire d'un puissant souverain. Et quelle était donc Torigine de Napoléon Buonaparte , et de presque tous ceux qui composaient sa cour f
» sislajt à vouloir négocier ]a paix sans parler,
» il en serait le maître^ et pourrait faire con-
» naître, par des notes, 'les intentions de sa
» cour. »
Les plénipotentiaires de la Russie et de la Prusse ne manquèrent pas de relever ce qu^unc telle note contenait d'injurieuX' pour Ja puissance médiatrice , dont le ministre , de son côté , nia formellement les allégations des plénipotentiaires français. 11 eut été , dit-il , contraire à la dîjgnité de sa cour de prendre rengagement d'être impartiale» et de ne se lier , durant la négociation, par aucune convention , miémc éventuelle. Il ne convint pas non plus qu'il eût réglé , avec le duc de Bassano , la forme des conférences pout les négociations; et il soutint, non sans raison, que le droit de le faire ne pouvait appartenir à la puissance médiatrice , ni à Tune des parties , à Texclusion des autres.
La discution éleyée sur ce sujet ayant conduit au lO août, jour fixé pour l'expiration de l'armistice , les ministres de Russie et de Prusse déclarèrent ne pouvoir passer ce terme , et le congrès fut dissous. Il >est probable que , de part et d'autre, on n'avait voulu que gagner du tems; mais les cours alliées obtinrent un plus grand avantage, par la coopération de l'Autriche, qui 9
VINGT- QUATIIIÈME. - 21 7
faisant cause commune avec elles, déclara la guerre, à Buonapartc; (i)«
(i)La cour de Vienne publia à cette époque (12 août i8i3)* un manifeste composé par M. de Gentz, qui est à la ibis un litlérateur et un homme d'état distingué, qualités que, de nos jours, on trouve rarement réunies. Buonaparte a extrêmement tronqué ou plutôt entièrement dénaturé cet acte important , auquel il a donné te titre de décUiration. Les passages que nous allons extraire du manifeste véritable ^ indiqoeront suffisamment les causes de cette altération. I/au« leur, après âvoîr retracé les pertes que la guerre de iBog'a fait essuyer à l'Autriche , poursuit ainsi :
« La marche et les résultats de cette guerre avaient plei^
> nement convaincu S. M. que , dans ^impossibilité évi« » dente de remédier immédiatement, et radicalement k U » détresse dans laquelle se trouvait r£urope , les efforts que » les états tenteraient isolément par les armes pour opérer » leur salut , au lieu de mettre un terme aux calamités coin^ » iDunes, ne produiraient d'autre effet que d'oser sans fruit » les ressources qui restaient encore, d'accélérer la chute de
> tout, et d^anéantir même l'espérance d'un avenir plus » heureux. Guidée par cette conviction , S. M. reconnut » qu'il était essentiellement nécessaire d'arrêter , au moins
* par une pait assurée pour quelques années , le torrent jus^- '^ qn'alers indompté d'une puissarice énorme , qui prenait
> chaque jour des accroissemeos nouveaux* ••••••
» Dans la conjonture critique où se trouvait l'État, une » paix de ce genre ne pouvait être obtenue que par une ré-
* solution extraordinaire ; l'empereur le sentit, il prit cette
* résolution, S. M. donûa pour la monarchie , pour rintérct
nS LIVRE I
On ne peut nier que , dans cette conjoncture importante , la cour de Vienne n*ait mis la plus
9 le iplus sacré de Thumanité , pour écarter des xnattx iàcal- 9 culables, epfin , pour gage d'un meilleur ordre de choses, » S. M. donna ce qui était le plus cher k sou cœur. » (!•« traducteur dit , dans une note , que Texpression donner ne rend pas^ dans toute sa force , le mot hingeben que porte Toriginal ; que sacrifier serait trop fort , et que /^V/vr approcherait peut-être du sens véritable* ) « Ce fut dans ces M sentimens élevés au-dessus des considérations ordinaires , » ce fut en sWmant contre les &usses interprétations da » moment^ qu'on serra tin nœud qui, après les désastres j» résultant d'une lutte inégale , devait relever la (Partie la » plus faible, la partie souffrante, en lui inspiran't la con- M fiance de la sécurité , porter la partie la plus forte, la par^ » tie victorieuse i la modération et à la justice, et préparer » ainsi , des deux cdtés à la fois , la voie au retour d'un équi- » libre de forces , sans lequel runion des états ne serait » qu'une communauté de misères. *
» L'empereur était d'autant plus fondé à concevoir do » pareilles espérances , qu'à l'époque où ce lien fut formé , » l'empereur Napoléon avait atteint ce point de sa carrière » où Paffermbsement de ce qu'on a acquis devient plus dé- » sirable' que des efforts continuels pour acquérir encore. » Toute nouvelle extension de sa domination, qui déjâ^pas^ » sait toute mesure , était liée k un danger évident, non-' » seulement pour la France accablée sous le poids de ses con-* j» quêtes , mais aussi pour Tintérét bien entendu de Napo- » léon. Tout ce que cette domination gagnait en étendue,' 9 çUe devait nécessairement le perdre en solidité» Le l^^"*
VINGT-QUATmiÈME. 2 1 9
grande habileté dans sa conduite. Par des négociations avec toutes les puissances , elle en devint en
» formé avec la plus ancienne maison impériale de la chr^* » tienté, donna , abx .yeux de la nation fr»nçaise et du
> inonde entier , un tel degré de solidité et de perfection à » rédifice de sa grandeur, que des nouveaux projets d'agran- » dissement ne pouvaient dorénavant ^ue l'affaibli r^et Té- » branler. Ce que la France , ce que toute l'Europe , ^ que
> tant de nalions foulées et réduites au désespoir deman-
* daient au ciel en suppliant , une saine politique le près-
> crivait comme loi de sa propre conservation y au monar- " que couvert des lauriers de la victoire. Il était permis » d'espérer que des motifs si nombreux et si puissansse réa« » niraient pour triompher d'une seule passion.
* • • • • • Les peuples germaniques avaient à peine
» eu le tems de respirer , après les ravages des deux demie- » res guerres , lorsque dans une heure fatale , l'empereur « Napoléon résolut de réunir à cette masse de pays qu'il ap- » pelait l'empire français, une portion considérable de l'Al- » lemagpe septentrionale , et de priver les anciennes villes » libres de Hambourg, de Brème et de Lubeck , d'abord de » leur existence politique , et bientôt après de leur existence » commerciale et des derniers moyens de subsistance qui » leur restaient* Cet acte de violence s'exécuta sans aucun » motif de droit , même apparent , sans avis préalable , sans
* négociation avec un cabinet quelconque , et sous le pré^ » texte arbitraire et futile qull était commapdé par la guerre
* conlre l'Angleterre. En même tems, on poursuivit avec ' wae rigueur inexorable ce système cruel ( le système con-
quelque sorte Tarbitre. L'offre de sa médiation dot flatter autant la Russie et la Prusse que choquer
» lînental ) , qui , aux dépens de Vindëpendance , du bien- » êtr<e, des droits, delà dignité de tous les états du conti-* 1» nent , et par la violation de toutes les propriétés publi- » ques et particulières, devait anéantir le commerce du i> m(^nde, dans Iç vain espoir d'arracher un résultat qui , si » heureusement il n^eût pas été impossible , eût i pour de » longues années , plongé l'Europe dans la misère , la fai- » blesse et la barbarie.
» Le décret qui établissait sur les côtes de rAllemagne n une nouvelle domination française , était par lui— même >» assez inquiétant pour les puissances voisines ; mais il le » fut surtout, parce qu'on le regardait avec raison comme le » présage de dangers futurs bien plus imminens. Ce décret »» renversait un système établi par la force , violé, à la vérité, » dans plus d'une occasion ; mais qiie Ton proclamait ce- » pendant comme toujours subsistant , le système des soi-
» disant limites naturelles de la France L'empereur
» Napoléon , par cet acte arbitraire et sans exemple , anéantit » même ses propres créations. Mi les états de la confédéra* » tion du Rhin , ni le royaume de Westphalie , ni quel- » qu'autre territoire que ce fût , ne se vit à l'abri de cette
» marche usurpatrice. • La nouvelle ligne des fron-
» tières traversa les pays et les rivières , enleva aux provîn- » ces du centre et du sud de l'Allemagne toute communin cation avec là mer du nord , passa l'Elbe , sépara le j » Danemarck de l'Allemagne, se fixa même si#la Balti- | » que , et parut tendre à rejoindre la ligne des forteresses \ »> prussiennes sur TOder, que la France occupait encore.» i
VINGT-QVATRiiME. 221
Torgueil de Buonaparte qui , après les avantages qu'il venait de remporter , ne doutait plus de recouvrer son premier ascendant , et qui fut peut-
Après avoir retracé les înquiëludes que la réuniop des villes anséatiques causait à la Russie , à la Prusse et même à ^Autriche , ie manifeste rappelle les impuissans efforts que^ ttia cour de Vienne pour opérer une conciliation. « Au- » cune. prévoyance humaine ne pouvait deviner , poursuis » Tait-on y que le mauvais succès de ces démarches bienveil- » lantes devait devenir plus funeste h Tempereur Napoléon
* qu'à ses ennemis. Ainsi le voulait le grand ordonnateur de » l'univers. »
la guerre étant devenue inévitable, il ne resta à TAutriche, dans la position où elle était réduite , d'autre parti à frendre ensuite , dit le manifeste, que d'entrer en lice comme alliée delà France. Ëa signant le traité du 4ni^rf 1812 , elle le proposa deux buts , Tuo , de ne renoncer à aucun moyen par lequel elle pourrait , tôt ou tard , influer sur le rétablisscmeatdela paix ; l'autre, de se mettre en mesure au-dedans fit au dehors , d'agir d'une manière iodépendanle , si l'impossibilité d^amener la paix , ou si les événemens de la guerre exigeaient des démarches décisives*
Nous terminerons cet extrait par le passage suivant : « La^
* campagne de 1812 prouve , par un exemple mémorable , > comment une entreprise commencée avec des forces gi- » gantesques , peut échouer entre les mains d^un général du
* premier ordre , lorsque , plein de confiance dans ses grands « talens militaires , il veut franchir les bornes de la nature
* et heurter tous les préceptes de la sagesse. • « • • •!
Û22 , lIVRÈ
être charme de s^attirerun nouvel éhnemî, dans l'espoir de s'en app^oprierles dépouilles; peut-être prononça-t-il , au fond de son cœur la dissolution de la monarchie autrichienne > comme il avait prononcé celle de la monarchie prussienne,. L^alliance de famille qu'il avait contractée avec la maison d'Autriche , ne l'aurait pas arrêté. Il avait cru faire assez pour elle en lui laissant un peu de repos ; maii il s^en dédommageait en là tenant dans un état d'humiliation et de dépendance , par la privation de ces provinces maritimes ^qu^il aurait du' s'empresser de lui rendre à son retour de Moskou. Un mot qui lui échappa ^ peu de tems après son mariage , fit connaître ses dispositions à l'égard de rîUustre maison à laquelle il venait de s^allier. On lui proposait de renvoyer à l'empereur François quelques objets d'art qu'il avait enlevés à Vienne, ce Moi ! répondit-il, je ne lui rendrais pas une * métairie (i). »
Le prince de Holsteîn ne jouit pas long-temps de l'expectative de la couronne de Suède. Le 39
(i) Une très-jeune orpheline le Suppliait-un jour de lui faire rendre les biens de ses parens dont il avait ordonné la saisie : «Je prends , je prends , répondit-il en s'éloigoant, M mais je ne rends pas. » L'homme qui ne rougissait pas àe faire une telle réponse , méritait bien d'être dépouillé de tout, (
VlHGT-QtJATRIÈM2. H2Z
mal 1810, passant des rëgimensen revue, ilfut attaqué d'un mal soudain , tomba de cheval et expira bientôt. Le peuple , ayant soupçonné , quoiqui sans fondement , le comte de Fersen , maréchal du royaume » d'être Fauteur de cette mort , le massacra de la manière la plus cruelle.
Les états s'étaient assemblés à GErébro pour la nomination d'un autre successeur au trène ; leur choix tomba sur le maréchal Bemadotte , prince de Ponte-Gorvo ^ qui s'était concilié l'estime des peuples par la manière dont il avait exercé les commandemens que Buonaparte lui avait conférés. Loin que cette nomination fut due à l'influeoce du chef du gouvernement français , on a tout lieu de croire qu'elle lui déplut infiniment. Le nouveau prince royal s'empressa de se rendre i Stockholm , et il y fit son entrée le i". nov-eml>re suivant.
Il paraît cependant qu^il ne prit aucune part aux délibérations d'après, lesquelles , le gouvernement suédois déclara , le 17 de ce même mois, la guerre à la Grande-Bretagne , k peu près sans aucun moyen de la soutenir. La déclaration ne Hpas plutôt publiée, que Buonaparte déroula le plan par lequel il se proposait de tenir la Suède dans sa dépendance. Il la requit de lui fournir un ^orps considérable de matelots pour équiper la flotte de Brest ; de mettre à la solde de la France
un corps de troupes suédoises ; dlétablir un droit de cinquante pour cent sur les denrées coloniales^ et de- recevoir une, troupe de douaniers français dansvle port de Gotlienbourg.
Tontes ces dematidés étaient trop contraires , soit aux intérêts ^ soit aux lois du royaume , pour être accordées ; elles furent donc rejetéeâ.
Buonaparte avait aosl^i fait proposer à la Suède , une alliance plus étroite avec la Fralice. On y répondit d^une manière évasive. Une alliance entre la Sîiède, le Dannemarck et lé grand duché it Varsovie , sous la protection de l'eraperear des françaisS fut mise ensuite en avant. La cour.de Stockholm n^ayant pas répondu assez affirmativement , la première proposition fat renouvelée. Elle se iit verbalement ; et cependant on demanda une réponse par écrit » que y selon toute apparence ^ on voulait montrera la cour de Saint- Pétersbourg , afin de prouver que la Suède était entièremeiit dépendante du cabinet des Tuileries. On céda en partie , et Ton remit une note" où Ton exprimait les dispositions de S. M. S. à établir des rapports plus intimes avec la France , dans lespoir que les conditions en seraient compatibles avec la dignité et le véritable intérêt du royaume. L'ambassadeur de Buonaparte , AIqnier ^ déclara sur-le-champ que cette réponse nnnonçait la résolurtion déjà prise par le gou'
verpement suédois , de demeurer indépendaiit de la politique continentale. On lui demanda ce que son maître exigeait de la Suède et ce que la Suède devait attendre de lui. ^ambassadeur fit cette réponse remarquable, qui prouve avec quelle hau* teur Buonaparte et ses agens traitaient les cours les mieux disposées en sa faveur ; il dit : « Que » l'empereur exigeait d'abord des faits conformes » à son système ; après quoi ,41 était possible quHl » fût question de ce que S. M. voudrait bien » faire en faveur de la Suède, i^ Ce que Buonaparte voulut bien faire pour cette puissance, ce fut de permettre aux corsaires français de courir sur les bâtimens suédois , dont un grand nombre furent saisis et condamnés. Les matelots pris sur ces bàtimens furent traités coomie prisonniers de guerre , puis envoyés dans les ports d'Anvers et de Toulon , pour servir sur les flottes françaises. Dans le même tems , l'Angleterre à qui ,* avons-nous dit , la Suède avait été forcée de déclarer la guerre , tenait envers elle une conduite tout opposée à celle de la France; et ce fut, pour Buonaparte , un nouveau grief contre le gouvernement suèdpis.
La mésintelligence ne fit que s'accroître de jour en jour par différentes causes de la nature de ceUes qu'on vient de retracer. Enfin, le 12 janvier 181 2, un corps de troupes françaises entra IV. i5
;226 LIVKE
dans la Poméranie suédoise. Cet acte d^tfttlité porta ]a cotir de Stockholm à se rapproMIr de la Russie et de TAngleterre. Elle conclut, avec la première de ces puissances , un traité par lequel elle s^engagea à fournir une armée de vingtcinq ou trente mille hommes , pour opérer une descente sur les côtes d'Alleniagne ; et, de son côté, la Rifssielui promit la Norwège. L'Angleterre , par un autre traité , confirma cette promesse, à laquelle elle ajouta la cession de Tile française de la Guadeloupe. La colère de Buonaparte dut être extrême à la nouvelle de cet acte, qui semblait annoncer que désormais on pouvait le dépouiller impunément. Cependant il attendit quelques mois pour la faire éclî^er publiquement. ,Le sénat rendit , le i4 octobre , un décret portant qu'aucun traité de paix ne serait conclu entre Tempire français et la Suède , qu'au ^éalable elle n'eût renoncé à la possession de la Guadeloupe (i) y et qu'il était défendu, sous peine de
(i) Par une convention signée à Abo, le 3oaoût 1812, le cc^rps auxiliaire suédois fut porté à trente-cinq mille hommes. L'empereur Alexandre et le prince royal de Suède curent à la même époque une entrevue dans cette ville. Sir Robert .Wilson , dans son Tableau de la puissance politique et militaire de la Russie en 1817 , pag. 3i y prête au premier k discours suivant : « Si Boonaparte ne réussit point dans loa
VINGT-QITATRIÈMJE. !1%^
déshonneur , à tout français, habitant de cette île, de prêter aucun serment au gouvememenjt suédois et d^accepter de lui aucun emploi. Il est vrai que , selon les anciens usages dç l'Europe , on ne devait pas disposer d'une province conquise avant que Tancien souverain l'eût cédée par un traité ; mais Buon aparté avait lui-même donné tant de fois l'exemple d'une telle violation , qu'on crut pouvoir se la permettre à son égard.
Ce fut seulement vers la fin du mois de mai i8i3 , que le prince royal de Suède arriva à Straliund , place que , par différents ouvrages , il mit à l'abri d'un coup de main. Après s'être occupe de l'organisation de son -armée , il profita du loisir que lui laissait l'armistice , e^ alla visiter l'empereur Alexandre et le roi de Prusse ^ dont le quartier-général était à Beichenbach. On prétend qu'il les y affermit danià la résolution de ne pas signer la paix tant qu'il resterait un seul soldat français sur la rive droite du Rhin. •
La cour de Copenhague n'avait pu voir, sans inquiétude, les desseins de la Suède surlaNor-
attaque contre mon empire, et qu'en conséquence dosa défaite , le trône de France devienne vacant , je ne vois personne-plus susceptible que vous d'y ponter. « Mots importans ( ajoute ce mêjq^e auteur ) , qui servent de clé pour expliquer un grand non^bre de choses^ qu'on a vues depuis.
^28 LIVHÏ
wège. D'accord avec Buonaparte, elle avait «rvoyé à Londres, M. de Bernstorff, pour demander de xrester neutre et de conserver i'inte'grite die sca états. On répondit qu'il fallait que le Danemarck fît cause commune avec les alliés et qu^il cédât la Norvège à la Suède, cession de laquelle on rîndejfnniscrait par celle de quelques provinces situées dans le voisinage du Holstein. Ces conditions ayant été trouvées trop dures , la cour de Copenhague se rattacha de reçhef à la France p ou plut&t à Buonaparte. Le lo juillet 181 3, il fut conclu un nouveau traité par lequel les deux parties contractantes confirmèrent leur alliance et se gSLrantirent rédproquement rîntégritc de leurs états. Les \actoîres remportées à Lutzen et 3i 'Bautzen avaient sans doute ébloui la CQur de Copenhague , qui tomba ainsi dans rinconvénient qu^elle voulait éviter. Elle jugea le présent par )e passé ; mais tout était changé;
Quelques jours après la conclusion de Tarmislice , l^apoléon revint à Dresde » eu il donna des fêtes et des spectacles.. Cependant les plaisirs ne lui firent pas négliger les travaux militaires. Il parcourut y plusieurs fois , les environs de Dresde ^ passant des revues et ordonnant toutes les dispoaitions nécessaires pour la prochaine reprise des hostilités. Tendre époux , il fit venir à Maïence , , Marie-Louise , et U s*y rendit hû-même. 11 der
meura quelques jours près d'elle , puis il retourna à Dresde pour y faire célébrer, le lo du mois d^août , Tannirersaire de sa naissance et sa fête / qui furent ainsi devancés de cinq jours. Enfin , le i5, il quitta cette ville pour se mettre à la télé de ses troupes , l'armistice ayant été dénoncé pour le 17, L'armée française, à cette époque, était divisée en quatorze corps d'infanterie.
Le' i". corps était à Dresde.
Le 2^ corps était à Zittau.
Le 3^ corps était près de Ligoitz , sur la rivé gauche du Katzbach.
Le 4*. corps était en position à Dahmcu sur la route de Berlin.
Le 5®. corps était à Goldberg.
Le 6*. corps était en position sur le Bober , près de Buntzlau.
Le 7^ corps était aux environs de Dahme. *
Le S"", corps était aussi à Zittau.
Le 9®. corps se formait à Wurtzbourg , et était composé de renforts arrivés de l'armée d'Espagne.
Le 10^. corps formait la garnison de Dantzick.
Le 1 1*. corps était à Lowenberg , sur le Bober.
Le 12'. corps était aux environs de Luckau*
Le 1 3*. corps, auquel les troupes danoises étaient réunies, campait en avant ^e Hambourg, ou les français étaient rentrés à la fin du mois de mai«
33o ' LIVRE
Le i4*« corps était sur les îrontièrcs de la Saxe et de la Bohême ^ dont il gardait les défilés.
Enfin , la garde impériale arrivar , le 18 > à Gorlitz , sur la Neisse. '
Les commandans de ces corps , en suivant leur ordre numérique , étaient l|s maréchaux et généraux Vandamme , Victor , Ney , Oudinot , Lauriston , Marmônt , Reynier , Poniâtowsky , Àugereau, Rapp , Macdoïiald, Bertrand, Davoust, Gouvion Saint-Cyr et Mortier,
Les corps d^infanterie avaient de la cavalerie légère composée derégimens de hussards, de lanciers et ^e chasseurs à cheval. Les cuirassiers et les dragons formaient les réserves de grosse cavalerie , qui étaient aux ordres de Murât , récemment arrivé de sa capitale , malgré la manière injurieuse dont l'avait traité Buonaparte. Le comte Sébastiani et Arrighi , duc de Padoue , commanr daient les dragons. Les cuirassiers avaient pour commandans les comtes Nansouty et LatourrMaubôurg.
Tous cesdifférens corps portaient l'armée fi^ançaise k trois cent soixante-deux mille hommes , dont plus de quatre-vingt mille étaient en garnison dans les places situées sur TElbe , sur TOder et sur la Vistule. Les forces que les deux partis avaient à présenter sur le champ de bataille étaient à peu près égales ; mais la victoire devait apparte-^
VINGT-QUATRiiME. 23 1
nir aux alliés , à cause de la supériorité de leur cavalerie et de la fermeté de leur infanterie. Yoici quelle était la position de ceux-ci, à la reprise des hosâlités.
Uarmée de Silésie, que commandait le feld-' maréchal Blîîcher , était forte de quatre-vingt mille hommes , et se trouvait sur la rive gauche du Katzbach.
La grande armée , ou Tarmée de Bohême qui était composée de troupes autrichiennes , russes et prussiennes , et avait pour généralissime , le prince de Schwartzenberg , se montait à cent quarante mille hommes. £lle occupait les rives de TÉger et de TElbe , la droite étant à Melnick , le centre à Laun , et la gauche à Gommotau. L^empereur Alexandre et le roi de Prusse échauffaient ; par leur présence , le courage de cettç armée.
Le prince royal de Suède , dont Tarmée , forte de cent dix mille hommes , était destinée à couvrir Berlin , avait son quartier-général àPostdaœ: Cette armée avait reçu le nom d^armée combinée du nord de T Allemagne. Quarante mille prussiens en formaient Faile droite , vingt-cinq mîUc russes Taile gauche , et trente mille suédois en composaient le centre. De plus , quinze mille homme^ d'élite observaient le maréchal Davoust et couvraient Schwerin , Rostock et Stralsund.
Plusieurs corps , qui se montaient à environ
âSa LIVRE
trente mille hommes , servaient â Unir entr^elles les trois armées combinées , à éclairer leurs flancs et à maintenir leurs communications. Ainsi v les forces des alliés se montaient 4 trois cent soixante mille hommes , soutenus ou recrutés perpétuellement par les levées en masse de la Prusse , et pouvant être accrues d'un moment à Tautre par les troupes qui bloquaient les places de TOder et de la Vistule.
Jamais plus noble cause n'avait toîs à des peuples les armes à la main. Les alliés combattaient ppur se soustraire au joug d'un tyran qui employait tour-à-tour la force et la ruse pour les soutnettre à sa domination ; et les français voulaient conserver Fempire que d'innombrables victoires leur avaient acquis.
Ney , craignant d'être attaqué par des forces supérieures, quitta Lignitz dans la nuit du 16 au 17 août, et se replia derrière le Bobér , à la gauche de Marmont. Lauriston suivit ce mouvement et alla prendre position près de Lowenberg , à la droite de Màcdonald. Les alKés arrivèrent sur le Bober en» même tems que tes français. Bliicher avait Tordre de harceler continuellement l'ennemi, en évitant, toutefois, d'engager une action générale contre des forces trop inégales. Le 18, Màcdonald fit attaquer la ville de Lahn , qui fut emportée à la baïonnette. Le 19, le comte de Lan:
geron , g(fnéral français au service de Russie , porta une dirision de douze mille hommes sut la ritre gauche du Bober , entre Lowenberg et Lahn. Lauriston marcha incontinent a sa rencontre avec tout son corps, fort de vingt- cinq mille hommes , et le contraignit a rentrer dans èon camp de Zdbten.
Le même jour , 19 , Buonaparte se porta à Zittau, ville située sur la route la plus praticable pour se rendre de la Lusacedâns la Bohême. Ensuite il passa les défilés du Riesengeburg , que forjnent des montagnes très-escarpées , et il entra , avec le 8*. corps , à Gabel. Les habitans de ce bourg lui confirmèrent les rapports que ses espions lui avaient faits sur les mouvements des alliés pour Tattaque de Dresde. Jugeant qu'il n'a que le tems nécessaire pour repousser Tarmëe de Silésîe et voler ensuite à la défense de cette place d'armes importante , il quitte Gabel le 20, et arrive le 21 à Lowenberg , a la pointe du jour. Il ordonne sur-le- champ le paswsage du Bober. La première division qui l'effectua était commandée par Maison. Soutenue par les 5*. ei II*. corps d'armée, cette division mena l'ennemi battant jusqu'auprès de Goldberg, Ne y attaqua le comte de Sacken , qui commandait IVile droite de Blucher ; et en même tems Marmont se porta contre le général d'York , qui avait le commandement de l'aile droite. Ceâ deux alla-
ques furent appuyées par la garde impériale. Le« alliés ne pouvant résister à tant de forces réunies, Blucher ordonna la retraite qu'il fit protéger" si efficacement par toute sa cavalerie , qu'oa ne put lui rompre aucune de ses colonnes.^
Le ^3, il y eut une autre affaire devant Gold- ' berg. Les 5*. et 1 1*. coi^^ps furent engagés contre la gauche et le centre des alliés. La cavalerie prussienne fit des prodiges de valeur ; mais Blucher, craignant un revers s'il engageait plus vivement Taction , se replia derrière le Katzbach et dans les environs de Jawer. Buonaparte partit alors pour Dresde. Dès le 22 , il avait fait marcher sa garde vers cette place ; et le 23 ', après le combat de Goldberg, il y avait envoyé le 6*. corps. Il dpnna à Macdonald le commandement des 3*. 5^. et 1 1^ corps et des dragons aux ordres de Sébastiani.
Enfin , il emmena Ney pour le seconder dans la lutte qu'il allait soutenir contre la grande armée des alliés ; 'mais avant d'en retracer les détails , jetons un coup-d'oeil sur ce qui se passait sur un autre point.
Le 18 août, l'armée combinée du nord de l'Allemagne s'était concentrée entre Berlin et ^ Spandau. Le 21 , on y eut avis qu'Oudinotse disposait à marcher contre cette capitale de la Prusse, avec trois corps d'infanterie et les dragons que commandait le duc de Padoue. Le 22 , Thumen
VINGT-^UATWÈME. 235
fut attaqué à Trebbin par les français. Il évacua ce poste et se replia sur le gros de Tarmée. Le 23 , Bertrand attaqua Tauerizien , près de Blankenfeld. Il fut repoussé. Les français furent plus heureux à l'attaque de Gross-Beeren. Par l'occupation dé ce village , qui est à cinq lieues de Berlin., ils menaçaient le centre des alliés , et en même tems Oudinot marchait contre leur droite par Ahrendorf. Le prince royal de Suède jugeant le moment fevorable pour prendre Tofiensive , donna l'ordre à Bulow d^attaquer Gross-Beeren; et les prussiens lerilevèrent avec la plus grande intrépidité. Ce mouvement hardi imposa aux français. Le 7*. corps, qui s'était déjà déployé dans la plaine , fut assailli à la baïonnette et forcé de se replier. Oudinot ne voulant pas engager une action générale chercha à gagner du tems par une vive canonnade ; et , à la nuit , il ordonna la retraite sur Luckenwalde par Trebbin. Cette pointe , comme disent les gens de guerre , lui coûta vingt- ^ pièces de canon et quinze cents hommes qui forent faits prisonniers.
La grande armée des alliés avait quitté ses can- ^onnemensde Bohême, le 20 août. La plupart de ses colonnes furent réunies , le 25 , devant Dresde *^ sur la rive gauche de l'Elbe. Le 26 , la droite ^t le centre passèrent le Kaytzbach , ruisseau qui couvrait le^r front, La gauche Suivit ce mouve-
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ment. Les français ne crurent pas deroir attend dre hors des murs Fattaque d'une armée si formidable ; ils évacuèrent le Grossen-Garten ( le grand jardin ) qui est situé sur la droite du Kaytzbach, à cinq cents toises en avant de Dresde. Le maréchal Saint-Cyr fit rentrer dans la place le 4®. corps , qui en éleva la garnison à trente mille hommes. A quatre heures de Taprès-midi , neuf colonnes ennemies descendirent dans la plaine et marchèrent vers les redoutes. Les russes étaient à droite , les autrichiens à gauche , et les prussiens au centre. En peu d'instans , Tartillerie et la mousqueterie firent un feu terrible. Napoléon venait alors d'arriver à Dresde avec sa garde.
Les autrichiens réussirent à s'emparer d^une redoute armée de huit pièces de canon. Ils s'a* vancèrent ensuite contre le corps de la place ; dont les épaises murailles résistèrent à tOHS les ef« forts dé l'artillerie. Sur les cinq heures du soir ^ Murât , soutenu par la gardé impériale et par l'in* fanterie aux ordres de Saint-Cyr, fit, à la tête des cuirassiers , une sortie contre les colonnes de la droite. Tictor marcha contre celles de la gauche. Les deux ailes de Tennemi furent repoussées. Ses colonnes du centre se virent alors forcées d'en suivre le mouvement rétrograde et de se replier devant des forces supérieures. Les alliés, tontefois, rentrèrent dans leur camp sans être poursuivis.
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Le lendemain 27 , les français devinrent assaillans à leur tour. La pluie tombait par torrens. Les ennemis occupaient une position étendue sur les hauteurs qui environnent la ville de Dresde. Un talion très -profond séparait les autrichiens du reste de Tarmée. Murat eut ordre de les attaquer avec le corps de Victor et les divisions de cuirassiers. Marmont, arrivé de Silésie pendant la nuit, combattit au centre , et Saint-Cyr à la gauche , avec son corps et la cavalerie aux ordres de Nàn- «outy. L'attention des alliés était attirée , vers Tun et Tautre point, par une canonnade très-vive et par les manœvres de plusieurs colonnes d'infanterie et de cavalerie , tandis que la ^droite culbutait les aatrichiens , qui furent obligés de faire retraite. Tous les efforts du chef de l'armée française se dirigèrent ensuite contre le centre et la droite des alliés ; mais il lui. fut impossible de les entamer.
Bi^onaparte a , selon sa coutume , porté au double la perte de l'armée ennemie et diminué de inoitié , au moins, sa propre perte, dans les deux journées des 26 et 27. On croit que les alliés ,. depuis leur départ de Bohême jusqu'à leur rentrée dans ce pays , perdirent réellement trente mille hommes , tant tués que blessés ou faits prisonniers. Quant aux français, il est très-vraisemblable qu'ils eurent dix mille hommes mis hors de com* i)at. Doit-on^ ne doit-on pas compter parmi ceux
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qu'ils perdirent , le général Moreau , venu récemment d'Amérique, sur l'invitation de Tempereur de Russie ( nous désirerions pouvoir dire sur Kinvîtalion du roi de France qui , seul , aurait pu légitimer entièrement une telle démarche ), dans le dessein de seconder, du moins de ses conseils, les efforts de PEurope , contre le tyran qui Tavaît banni ? Moreau venait de s'entretenir avec l'empereur Alexandre , et s'avançait pour observer les mouvemens des troupes françaises , lorsqu'un boulet lui fracassa le genou de la jambe droite et lui emporta le mollet de la jambe gauche; On fut obligé de lui faire une double amputation, aux suites de laquelle il ne put résister. Il mourut à Lahn en Bohême, dans la nuit du i^. au 2, septembre. Alexandre daigna lui promettre de protéger sa famille ; ce monarque a rempli noblement sa promesse (i).
Buonaparte fut transporté de joie à la nouvelle de la mort de Moreau (2). Il voulut faire croire
(i) Malgré son extrême faiblesse, Moreau écrivît à 'sa femme une lettre qui commençait ainsi : « Ma chère amie , ^ à la bataille de Dresde j'ai eu les deux jambes emportées. » Ce coquin de Buonaparte est toujours heureux. »
(2) On trouve dans l'ouvrage de M. O'Méara f Napoléon en exil) , le passage suivant , quHl met dans la bouche de Buonaparte : « Les deux jambes de Moreau furent amputées
que le ciel combattait en sa fayeiir. S'il 1 avait cru réellement lui-même , les événemens que nous allons retracer auraient suffi pour le détromper.
Les allies apprirent , dans la soirée du 27 , que le général Vandamme marchait avec des forces considérables contre Pirna. Craignant de voir couper leur ligne d'opérations et manquant de vi\Tes, ils se décidèrent à rentrer en Bohêmç. Leur mouvement d^ retraite commença dans la nuit même. L'armée française les suivit durant les journées des 28 , 29 et 3o août.
non loin du lieu où il avait parlé à l'empereur Alexandre. IJn de ses pieds que le chirurgien avait laissé sur la place ' avec la botte qui le couvrait , fut apporté par un paysan 3u roi de Saxe , avec la nouvelle que quelque officier de grande distinction avait été frappé par un boulet. Le roi pensant que l'on pourrait découvrir le nom de l'individu à "botte , me l'envoya. Elle fut examinée à mon quartier~gé- Q^ral; mais tout ce dont on put s'assurer , c^est que la botte l'était ni de manufacture anglaise , ni de manufacture française. Le lendemain nous apprîmes que cette jambe (et non plus un pied ), était celle de Moreau. » Si M. O'Méara est véridique dans son rapport , Buonaparte ne Tétait pas dans *on récit, dont les invraisemblances sautent aux yeux. L'amputation des deux jambes fut faite dans une maison voisine <Iq lieu où Moreau fut atteint ; et il est très-probable qu'on lie les aura pas jetées à la porte , comme si on eût voulu ^^ faire dévorer par les chiens.
Vanclammc avait franchi la grande chaîne de montagnes, appelée Erzegeburg , qui sépare la Bohême de la Saxe. Le 29 , il livra un combat aux russes et les poursuivit sur la route de Kùlm.i Le grand duc Constantin ét^nt arrivé avec plusieurs corps de la garde de Tempereur Alexandre , Taction devint très-vive. Vandamme fit alors' venir les réserves qu'il avait placées sur les montagnes pour la garde du défilé. Il resta maître du champ de bataille et crut pouvoir se maintenir dans cette position. Il fut attaqué le lendemain par les autrichiens et les russes , contre lesquels il se défendit avec courage ; mais au plus fort de Taction , les français virent , sur leurs derrières , une formidable colonne prussienne au lieu du corps de Saint-Cyr, qu^ils attendaient. Vandamme marcha contre les prussiens avec Télite de ses troupes , dont Tattaque fut terrible. Les français s'ouvrirent un passage ; mais ils furent forcés d'abandonner toute leur artillerie et leurs bagages. Ils eurent dix mille hommes tués , blessés ou faits prisonniers. Vandamme fut du nombre des der-^ nîers , après avoir fait les plus grands efforts ,1 comme général et comme soldat. Il n'en fut pas moins abreuvé d'outrages, parce qu'étant né à Gissel , les allemands le considéraient comme un transfuge, et que, d'ailleurs , sa conduite révolu-
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tionnaii:e avait laissé dans toute l'Europe les souvenirs les plus fâcheux.
Blûcher , ayant appris que Napoléon s'était porté vers Dresde avec sa garde et le 4*. corps, fit sies dispositions pour attaquer Macdonald. Le 26 août , ses colonnes étaient en marche pour passer le Katzbach , lorsqu'on vint lui annqncer que les avant-gardes des corps de.Langeron et d'York en étaient aux mains avec les français. A Imstant il fait faire halte à son armée et la range en bataille. Les finançais avaient cru surprendre l^s allie's et en avoir bon marché ; mais bientôt les russes et les prussiens s'avancèrent au pas de charge et dans le plus bel ordre. L'hqmldité empêchant les fusils de partir , on se battit à la baïonnette ; et les allies , étant plus nombreux et moins fatigués que leurs ennemis , les culbutèrent promptement surtout le front de leqr ligne. Un grand nombre de ces derniers furent précipités dans ]a Neisse , rivière dont une grosse pluie venait de gonfler les eaux. Les français perdirent plus de cent pièces de canon , et on leur fit dix mille prisonniers (i). Ce ne fîit pas tout ; une division commandée par le général Puthod , avait été détachée pour em-
(1) Les bulletins de la grande armée , insérés au Moniteur, ne firent aucune mention de l'affaire du Katzbach.