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siiltant plus son droît que ses forces , avait refusé de séparer ses intériîts dé ceux de TAngletcrre. Une telle perte excita , toutefois , un vif mécontentement en Suède ; et il se trama , dans l'armée, un complot contre le roi qui, le 29 mars 1809, fut forcé de signer un acte d'abdication^ La couronne fut platée sur la télé de son oncle , le duc de Sildèrkiianie , qui prît le nom de Gustave IV ; et un prince de la maison de Holslein fut désigné pour être son successeur. Par le traité de paix , qbi fut conclu à Fredrishamn , le 17 septembre suivant, entre la Russie et la Suède , cette dernière puissance renonça an grand duciié de Finlande , aux îles d^Aland et à une partie de la Westrd-Bothnie. Elle prit aussi Tengagetneiiit de faire \ le plutôt qu'il serait posisible^ là paix avec Buônaparte. En conséquence , le 6 janvier i8io, fut signé ^ à Paris, un traité par lequel le roi de Suède iidopta pleinement le système dit continental. Ce prince promit de fermer ses ports au commerce anglais , et renonça même à là faculté que le traité de Frodrishamn lui laissait de recevoir des dèftrées coloniales; il se réservait uniquement l'importation du sel nécessaire a la consommation du pays. Buônaparte restitua à la Suède la Poméranie ainsi que la principauté de Rugen et leurs dépendances ; mais S. M. S. rc-
TINGT-fJNliME. Ij)
connut les dotations en terres ou en revenus qu*il j avait faites.
Un sénatus-consulte , dont l'objet était de confirmer l'usurpation des états du Saint-Siège , fut rendu le 17 février. 11 était ainsi conçu :
« Li'état de Rome est réuni à l'empire français et en fait partie intégrante. Il formera deux départemens , le département de Rome et le département de Trasimène. Il sera établi une sénatorerie dans chacun dç ces départemens. La ville de Rome est la seconde ville de Tempire. Le maire de Rome est présent au serment de l'empereur , à son avènement. Il prend rang , ainsi que les députations de la ville de Rome, dans toutes les occasions , immédiatement après les maires et les députations de la ville de Paris. Le prince impérial porte le titre et reçoit les honneurs de roi de Rome. Il y aura à Rome un prince du sang ou un grand dignitaire de l'em^ pire, qui tiendra la cour de l'empereur. Après avoir été couronnés dans l'église de Notre-Dame de Paris, les empereurs seront couronnés dans 1 église de Saint-*Pierre de Rome , avant la dixième année de leur règne. La ville de Rome jouira de pririlëges et d'immunités qui seront déterminés par l'empereur Napoléon, Lors de leur exaltation , les papes prêteront serment de ne rien faire contre les quatre propositions de l'églbe galli-
cane, arrété(*s dans rassemblée du cicrgc en 1682. Ces propositions sont déclarées communes^à lou* tes les églises catholiques de Tempire. Jl sera préparé pour le pape des palais dans les difTérens lieux de l'empire où il voudrait résider. Il en aura nécessairement un à Paris et un à Rome. Deux millions de revenus en biens ruraux , francs de toute imposition, et sis dans les différentes parties de l'empire, seront assignés au pape. Les dépenses du sacré colléjge «t de la propagande sont déclarées impériales. »
Lorsque toutes les négociations , que toutes les discussions relatives aux conventions matrimoniales furent terminées , Napoléon annonça au sénat , par un message en date du 27 février 18 ro, qu'il avait choisi pour épouse Tarchi- duchesse Marie-Louise, fille de Tempereur d'Autriche (i). « Nous ayons voulu , dît-il , contribuer éminem- » ment au bonheur de la présente génération. Les * ennemis du continent ont fondé leurs prospé-
(i) Ce fut le maréchal Berthier que Buonaparte chargea d'aller à Vienne faire la demande en forme. On est lou)oui's dans le doute de savoir de quel' côté vint primUivcmcnt la proposilion de mariage.
Quant aux conventions malrîmoniales , elles furent les mêmes que celles qui furent faites pour Louis XVI et Marie- Antoinette, que, toutefois, on n'osa pas nommer*
» rites sur ses dissensions et son clJcliii omoal ; i> ils ne pourront plus alimenter, la guerre, en 9 nous supposant des projets incompatibles avec » les liens et les devoirs de parenté que nous ve- • nons de contracter avec la maison impériale., » régnant en Autriche. »
Le plus grand ennemi du continent, c^était Buonaparte lui-même , qui en sacrifiait la pros* périté au système le plus extravagant qui ait jamais été <^onçu. .
Le sénat parut enchanté de la communicalion qui lui fut faite. Cependant nombr^e de sqs menir brcs , principalement ceux qui avaient trempé dans les crimes de la révolution , étaient Irc^mtcontens. On prétendait qu une des conJdiUpn$ du mariage était la djestitution de tous les régicides-; mais TAutriche nVtait pas en position de dicter des lois de ce genre.
Le mariage de Napoléon et de Marie-Louise fut célébré à Vienne, le ii mars 1810. Peu de jours après , celte, princesse partit pour Brauaau,. ville que son auguste père venait d'être forcé dtî céder, et près de laquelle la remise devait être faite. Celle qui n'est plus a,ujpui;d'tiui que la veuve Murât, mais qui alors était reine de Naples, sinon de droit , du inojos de fait, s'était aussi rendue à Braunau par oidre de Napoléon , pouK accompagner Fauguste épouse pendant le voyag«.
Marîe-Louisc fut reçue avec les plus grands bon--* neurs , ou plutôt comme leur souveraine , par tous les princes de la confédëration du Rhin , dont elle traversa les états. Les hommages extérieurs ne pouvaient être moindres en France , où il n'y avait alors d'autre volonté que celle de Buonaparte. Quant à ceux qui parlent du coeur , ils furent peu vifs, lorsque la jeune princesse, eut quitté les départemens formes de l'Alsace etâe Ik Lorraine , où d'anciens souvenirs s'étaient réveillés ; et à mesure qu'elle approcha de la capitale , on put remarquer plus de Curiosité que de témoignages de cotiièrilement' fle la part de la foule rassemblée pour la voir.
Une tente avait été dressée aux environs de Soissons,, pour la première entrevue des deux époux. Cependant le fils du juge d'Ajacciô eut assez de pudeur pour dispenser la fille des Césars de l'aborder avec tes marques de profond respect que prescrivait l'étiquette. Napoléon alfa au-dcr vaut de son épouse , à la distancé de quatorze lieues. II voulait, dit-on, jgarder Tincognîto; mais l'écuyer l'ayant reconnu , fit arrêter les chevaux , cria : V Empereur ! et ouvrit la voiture dans laîquelle Buonaparte s*élança. On se rendit ensuite à.Compîègne. Le i". avril, la cour partit pour Saint- Cioud , où se fit l'acte civil ; et , le lendemain , la bénédiction nuptiale fut donnée à Napoléon et à
VIKGT-UNIEMB* - . , 2^
Itfâtie-Louise , par le cardinal Fcsch son oncle , dans une des salle3 du Loi;iYre, transformée plutô); fn salle de spectacle qu^en chapelle. Une foule 4c personoes dçs, deux sexes, et d'un ordre au7des<sus du commua » avaient aollicité et obtenu l^ faveur .d'^re admise^ dans la galerie que le cortège impérial devait traverser pour se rendra à TauteU Les deux époux étaient suivis de tpu^ .les. rpiç ?i reines éphémère;» de ,1a famille Buoi\ap2^r.te « et même du prince ISugène , qu'on fit. rpyenir. une seconde fois. d'Italie, pour etf e téinpiQid*ptte ce* r^mopie à ^quelle il ne. pouvait assjsti^r qu'à r^ gret Cependant on avait acheté; $pi|;iqutile.aQ*' çuiescein.ent par, .Uc^xpectative )lu gr^d duché de Francfort. Des illuwii]i^^tions;,,des^n€erts et d'autres réjouissances publiques remplirent le reste de la journée , dans le cours de laquelle Napoléon , du balcon de son palais , présenta deux fois son épouse à la foule , qui ne lui témoigna que de rindifférencç. .
Le toi que Buonaparte avait donné à la Hollande , était y quoique son frère , d'qn caractère entièrement opposé au sien. Ne voulant pas sacrifier tout-à-fait au systcrae continental le pays sur lequel il régnait, ^et a qui le commerce maritime est auçsi nécessaire qqe l'agriculture Test auK autres états, Louis ne faisait. point exécuter à I» lettre les prohibitions ordonnées par Napoléon.
l4 LIVRE
Ce dernier Payant mandé à Paris , à Tépoque de 80n mariage avec Marie-Louise, le traita de \sl manière la plus dure , et porta Foubli de toutes les convenances jusqu'à l'appeler contrebandier. Louis , inlimîdé'V Consentit à signer un traité par lequel le territoire que la Hollande possédait sur la rive gauche du Rhin, ou plutôt du Wahal » fut cédé h la France. Buonaparte s'empressa de visiter cette nouvelle acquisition. Vers la fin da preihîer mois de son mariage , il partit de Compicgne, emmenant avec lui sa jeune épouse. Il visitaHVIiddlebourg et Flessingue ; et il commanda divers ouvrages pour k défense de cette dernière place. Il se rendit aussi à Bréda , où , en présence de toute sa cour, et du clergé protestant » il se livra contre le clergé catholique (i), à toute
(i) Nous nous bornerons à rapporter la péroraison de celle harangue insensée. .
« Vous ne voulez pas prier pour moî , pour vôtre souverain , parce qu^un prêtre de Rome ra'a excommunié ! Qui est-ce qui a donné au pape le droit d^cxcommunier un sou* Ycrain ? Pourquoi Lulber et Calvin se sont-ils sépares de réglise ? C'est Tinfamie de vos indulgences qui les a soulevés. Ce n'était ni Luther ni Calvin , c'étaient les princes allemands qui ne voulaient pas se soumettre à votre joug fanal iqne. Les anglais ont bien eu raison de se séparer de vous. Ce sont les papes qui». par leur hiérarchie, ont mis V Europe à feu et k sang. Yous^ voudriez bien Je nouveau cle-
VINGT-imtÊME. . 25
la fougue , à toute la fureur de son caractère , qui Je portait si souvent à dès actes que la démence seule pourrait faire excuser.
ytt des ëchafâucis èl des bûchers ; niaiis je saurai y mettre ordre (c'était faire ^Tobject ion pour la combaUre ). Êtes-^ TOUS de la religion, de Grégoire Yll ?. Vous ne le savez pasJ Étes-vous de la religion de Boniface, de Benoît XIX, de Clément XIÏ , ou d'un autre pape ? Je n'en siiîs pas. Je suis de la rcligioii de Jésps-Christ , quia, dit : Rende2; à César ce qui est à César ; et suivant le même Évangile , )e rends à. Dieu ce qui est à Dieu. Je tiens, mon sceptre de Dieu. Je; porte le glaive temporel (fn frappant sur son épée ).. Je. Murai le maintenir. C'est Dieu qui élève les trônes r ce n'est pas moi , c'^est Dieu qui m'a. placé sur mon trône ( et qui l'en ^ renversé). Et vous, vermisseaux de terre, vou^ voudriez vons^ y opposer. Je ne dois rendre compte dé ma bondiiite qu'à Dieu et à Jésus-Christ. Croyez-vous que je sois hpmipie a baiser la mule d'un pape ? Si cela ne dépendait que de vous, TOUS me couperiez le nez-, vous me couperiez les cheveux^, vous me tondriez , et me ieteriez dans un couvent , comme Louis-Ie-'Débonnaire , et vous me relégueriez en Afric|ue., Ignorans ! imbécilles ! prouvez- moi par l'Evangile que Jésusx Christ a établi un pape pour son vicaire, comme sujçcesp seur de Sain^t-Pierre ^ et qu'il a le droit d'exqommvnierles; souverains. Ne savez-vous pas que .Routes les puisjances viennent de Dieu ? Si vous voulez espérer ma protection , suives la doctrine de TEvangile , selon la manière dont les Apôirrs. font préchée. Si vous êtes de bons citoyens, je vous protégerai , sinon je, vous chasserai de mon empire , je voas disperserai comme les juifs. Vous êtes sous l'évéché de Malines;
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Le retour de Napoléon à Paris fut signalé par la disgrâce de Fouché, duc d'Otrante , à .qui le ininisière de la police générale fut enlevé pour être remis au duc de Rovigo. Lors de la descente des anglais dans File de Walcheren , Fouchç' , qui tenait par mierim\\e porte*feuille du miaisr tère de Tintérieur » avait voulu organiser la garde
présentez-vous devant votre ëvêque^ faJtes-y voire confession, signez -y le Concordat, il vous fera connaître mes intentions. » (Cet évoque était alors Tabbé de Pradt. )
Recueil de Pièces officielles, etc. , par M. Schoell , qui ne donne pas lé' morceau comme tel , mais qui déclare que des personnes dignes de foi en ont garanti Tauthenticité. Tome ly , pag. si^y.
(i) C'est seulement à cette même époque que furent données les fêtes pour le second mariajge de Buonaparte. Quelque brillantes' quelles aient été, lious pourrions nous dis^ penser d^en faire mention , si ce n'était révénement funeste arrivé à celle que donna Tambassadeur d^Àùtriché, prince de Schwartzenberg. Le feu ayant pris à une draperie de la'salle de bal , la flamme se propagea rapidement. Buonaparte , qui était â ^extrémité opposée de cette salle , courut vers Marie- Louise et sortit aussitôt avec elle. Dans la confusion qu'ôccasiona Tincendie , la princesse Pauline de Schwartzenberg , belle-sœur deTambassadeur, fut séparée de sa fille, qui était tombée et qu*un homme avait relevée et emportée ; Tayant appelée vainement, cette mère éploree rentre dans la salle pour Py chercher , et elle y périt Nombre de personnes furent blessées grièvement.
VINGT-UNIEME. il;/
nationale de Paris , sans en avoir reçu Torçlre de Buonaparte. Il avait, en conséquence, adressé aux maires de cette ville une lettre où il disait : « Prouvons à ITEurope que si le génie dç Napo- » léon peut donner de Téclat à la France par les » victoires , sa présence n^est pas nécessaire pour » repousser nos ennemis, >> Et la phrase et U mesure (i) firent ombrage à Buonaparte; mais il paraît qu^il renferma quelque tems en lui-inémeson mécontentement , que redoubla le fait suivant. Durant le voyage don^ nous venons de rendre compte , un nomme intimement lié avec Fouché, M- Ouvrard, p^ssa en Angleterre , chargé par ce ministre de sonder le mmistère britannique, rela^ tivement aux conditions auxquelles il voudrait faire la paix. Comme cet agent n^ayait pas^de pouvoirs véritables , il ne fut pas écouté. Buonaparte , ii^struit de. cette mission . ' demanda en plein ÇQUr seîl a JFouçhé , ce que M,. Ouvrard était allé faire en Angleterre. La. réponse fut Féquivalent d^un aye'u; et Napoléon reprit tranquillement : « Ainsi » vous iaites la guerre et la paix sans; nia parliçi- • pation. » Le lendemain .. Foucbe fut nomme gouverneur des: états romains ; mais avant soi)
w^mM
{i) Celle-ci n^alU pas plas loin ^ue la norniuàtion des officicri' " '
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départ , Buonaparte lui fît i-edemandcr les ordres et les instructions émanes de son cabinet. Fpuché répondit que ces pièces étaient sa garantie , et qu'il ne pouvait s'en dessaisir. Il fut exilé dans sa sénatorerie d'Aix ; mais \h, soit crainte , soit espérance de rentrer en grâce, il livra tous ses papiers.
Le traité par lequel Buonaparte s'était fait céder les possessions hollandaises situées sur la rive gauche du Rhin , n'était que le prdluçle de l'envahissement complet de la Hollande. Louis avait été également forcé, tant par promesses que par menaces , de consentir à l'occupation de ses états par une armée française, et à l'introduction d'une troupe nombreuse de douaniers.' Il avait été stipulé , toutefois ,' que les troupes ne ppurraienjt entrer dans la Ville d^Amstérdam ; maïs.,. dès. lé ":2g juin, Louis apprit 'que «et te condition allait être violée. Réduit à cette extrémité , il prit un parti qui , s'il né pouvait' sauver la 'Holland^ , lui conservait î'îiônnëur à lui-nàêihq.' II abdiqua en f^î^êiir dé son' fils aîné, /et , au défaut de .çelui-ci ,
qda celte' rêsôrutiori au corps legisl ^.iîicre , quoique très^^exaspéré contr enaftot ,f ne* » Test pas contre mes enfans ; certaioemeat il ne » détruira pas ce qu^il a institué pour eux^ ; il nt
\INGT-UNIEME. ag
» leur enlèvera pas leur héritage , puisqu^il ne » trouvera jamais roccasîon de se plaindre d'un » enfanl qui ne pourra parvenir, qu'après tant » d années, à gouverner par lui-même. La reine, » appelée à la régence , fera tout ce qui pourra » être agréable àrempereur, mon frère. Elle y » sera plus heureuse que moi , dont les efforts » n^ont jamais réussi... Et qui sait », est-il dit plus loin » , peut-être scrais-je le seul obstacle d'une •^ réconciliation entre la France et la Hollande. Si » cela était , oh ! je trouverais ma consolation à » passer , loin des premiers objets de ma plus » vive affection , les restes d'une vie errante et » souffrante. » A peine ce message fut-il envoyé, que Louis quitta en secret la Hollande. Il se retira dans les états autrichiens, à Gratz en Styrie , où il vécut d'une chétive pension , dont il avait luimême fixé la quotité. Napoléon , toutefois , fit décréter, en sa faveur, une rente apanagèrc de deux millions que s'appropria sa femme , qui était loin de partager sa modestie et son désintéressement. L'abdication de Louis parut surprendre Buonaparte(i). Peut-être désirait-il qu'on lui oppo-
(i) Quelque tems après cet événement, Buonaparte fit venir le fils de Louis , qu'il avait créé grand duc de Berg. Ce n'éuit encore qu^un enfant , ce qui n'exnpôcba pas qu'il n«
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sât une résistance qui eût pu justifier , aux yeux cVun public complaisant , la conquête de la Hollande ; mais il avait l'esprit trop fécond en expédiens , pour ne pas en inventer quelqu'un^ à Taide duquel il pût exécuter son dessein. D'ailleurs , il était toujours entouré d'hommes occupés, sans relâche , à colorer ses invasions. Son ministre des relations extérieures, M. de Champagny, alors duc de Cadoré , prétendit , dans un rapport qu'il lui adressa , que l'acte d*abdication de Louis n a-^ vait pu se faire sans le consentement de Napoléon , et que par conséquent il était nul. La UoW lande devait donc être considérée comme conquîsé, et être réunie à l'empire. La convenance de cette miesure fut exprimée de la manière la plus naïve par le même ministre. « La Hollande , dit-
lui adressât ce discours inconvenant sous tant de rapports : « 'Venez, mon fils , je serai votre père , vous n*y perdrez » rîen.
n La conduite de votre père afflige mon cœur , sa mala- » die seulo peut l'expliquer. Quand vous serez grand vous >» paierez sa dette et la vôtre. N'oubliez jamais , dans quel* » que position que vous placent ma politique et Tintérét de M mon empire , que vos premiers devoirs sont envers moi , «• les seconds envers la France. Tous vos autres devoirs, « même envers les peuples qM^ je pourrais vous confier, ne > viennent qu'après. »
VINGT-UmÈME. 3l
» il, est comme une émanation du territoire de » la France ; elle est le complément de l'empire. » Pour posséder le Rhin tout entier , votre ma- » jesté doit aller jusqu'au Zuyderzée. Alors tous » les cours d'eau qui naissent dans la France , ou » qui en baignent la frontière , lui appartiennent » jusqu'à la mer. Laisser dans des mains étrange- » res le débouché de nos rivières , c'est , sire , bor- » ner votre puissance à une monarchie mal limi- » tée, au lieu d'élever un trône impérial. » Pour mvoqu<;r de pareilles maximes au milieu de TEurope , il fallait en croire les peuples tombés dans le dernier abrutissement;
Le rapport de M. le duc de Cadore fut suivi d'an décret qui porte la date du 9 juillet 1810, et par lequel la Hollande fut déclarée réunie à l'empire français. Quelques mois plus tard , c'està-dire, le 10 décembre suivant, ce décret fut con?pris dans un projet de «sénalus-consulte que nous rapporterons ci-dessous , et qui était accompagné de plusieurs autres projets de ce genre , que nous ferons connaître également. La communication qui en fut faite au sénat , fut précédée d'un message en date du 10 décembre , et par lequel Buonaparte disait :
tf Sénateurs , m J'ordonne à mon ministre des relations cxtë^-
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» Heures de vous faire connaître les différentes « circonstances qui nécessitent la réunion de la » Hollande à rempire.
» JjCs arrêtés publiés par le conseil britanni- » que en 1806 et en 1807 , ont déchiré le droit » public de TEurope. Un nouvel ordre de choses » régit l'univers. De nouvelles garanties m'étant » devenues nécessaires, la réunion des cmbou- » chures de l'Escaut, de la Meuse, du Rhin, de » TEms, du "Weser et de TElbe à 1 empire , l'é- » tablissement d'une navigation intérieure avec » la Baltique , m'ont garu être: les premières et » les plus importantes.
» J'ai fait dresser le plan d'un canal qui sera » exécuté avant cinq ans , et qui joindra la Balti^ » que à la Seine»
^ » Des indemnités seront données aux princes » qui pourront se trouver froissés par cette grande » mesure que commande la nécessité , et qui ap- » piiife sur la Baltique la droite dés frontières de • mon empire.
» Avant' de prendre ces déterminations , j'ai » fait pressentir l'Angleterre ; elle a su que le » seul moyen de maintenir l'indépendance de la » Hollande, était de rapporter ses arrêtés du con- » seil de 1806 et de 1807 , ou de revenir enfin à » des sentimens pacifiques ; mais cette puissance
VîK&T*tTNlÈMB. 33
i a elé sourde à la voîx de ses interdis comme au * cri de TEurôpe.
^ J'espërais pouvoir <^abllr uA cartel d^échangie » des prisonïiiei's , entre la t'rancé et FÀnglej» terre, et par suite profiter du séjour des deux » commissaires à Paris et à Londres , pour arri- » Ter à uil rapprochement entre les deux nations* » Mes espérances ont été déçues, ie n*ai reconnu » dans la manière de négocier du gouvernement » anglais iqù^astûce et que mauvaise foi.
» La réunion du Valais est nnd conséquence » prévue des immenses travaux que je fais faire A depuis dix ans dans cette partie des ÂlpeS. Lors » de mon acte de médiation je séparai le Valàîs » de la confédération helvétique , prévoyant dès » lors une mesure si utile à la France et à Tltaliè.
» Tant que la guerre durera avec ^Angleterre, » le peuple frai^çais ne doit t>as poser les armei
» Mes finances sont dans Tétat le plus proâH > père. Je finis fournir à toutes les dépenses (|ue
• nécessite cet immense empire , sans demander
• à nies peuples dé nouveaux sacrifices!. »
Aux deux projeta de àénatus- consulte , potîrled réunions qu^indiquait le message, on en avait joint deux autres , qui mettaient à la disposition du ministre dé ta mariné , dix mille hommes pris dans trente départemens maritimes , et à celle du ministre de là guei^re , eerit*vîrigt mille homme» lY. i
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de la conscription de 1811. Les divers projets furent , selon Tusage , renvoyés à des commissions spéciales» et, selon Tusage également, ils furent approuvés, dans» la séance du i3 décembre. Les rapporteurs épuisèrent la louange et le blâme , l'une en faveur de Buonaparte , et l'autre contre rAngletérre^. M. le comte de Sémonville, après avoir prétendu que c'était cette puissance qui avait forcé la France à s'enrichir des ports et des arsenaux de la Hollande , que sans cette même cause , l'Ëms, le Weser et l'Elbe ne couleraient pas sous la domination française , et qu*on ne verrait pas l'ancienne patrie des gaulois réunie , par une navigation intérieure , à des mers qui leur étaient inconnues , s'exprima ainsi: « Où sont en- » core les bornes du possible ? C'est à l'Angle- » terre à répondre. Qu'elle médite le passé , elle » apprendra l'avenir. La France et Napoléon ne » changeront point. » Ce serait outrager le lecteur , que de faire une seule observation sur une telle assertion. *
Le premier sénatus-consulte portait que la Hollande , les villes anséatiques , le Lawenbourg et le.^ pays situés entre la mer du Nord et une ligne tirée depuis le confluent de la Lippe dans le Rhin , jusqu'à Halteren , de Halteren à l'Ems audessus de Telget , de l'Ems au coi^fluent de la Verra dans le Weser, et de Stolzenau sur le
TXNGT-UNIÊME. 35
Weser à TElbe , au-dessus du confluent de la 5teckenitz , feraient partie intégrante de Tempire français ; qu'ils formeraient dix départemens , savoir: du Zuyderzée , des Bouches de la Meuse , dé ITTssel supe'rieur, des Bouches de TYssel, de la Frise, de l'Ënis occidental , de TËms oriental , de TËms supérieur , des Bouches du Weser , et des Bouches de TEIbe (i); qu'Amsterdam , Rot-r terdam , Hambourg , Brème et Lubeck , seraient comprises dans les bonnes villes dont les maires étaient présens au serment de l'empereur, à son avènement; enfin, que la jonction de la mer Baltique aurait lieu par un canal qui , partant de celui de Hambourg à Lubeck , communiquerait de l'Elbe au Weser , du Weser à l'Ems , tt de l'Ems au Rhin.
Depuis la révolution helvétique , le Valais avait, à la demande de la France , formé une république indépendante. Cette contrée était divisée en deux parties , Tune haute , l'autre basse. Celle-ci était soumise à la souveraineté de celle-là. On prétendit qu'il en résultait des troubles. On accusa aussi la république valaisienne de n'avoir pas rempli les engagemens qu'elle avait contrac-
(i) Un sénat us- consulte du 27 avril 181 1, créa un département de la Lippe ,'doot le cheF-Ucu fut Muii&ter.
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tes au sujet de là route du Simplou ; et pour obvier à ces inconvéniens ^ réels ou supposés , Buo^aparte ne tvouva pas de xneUleur poy€^ quf 4e s'emparer du pays.
Parmi les princes que dépouilla le &é^i»tas-CQasuite du i3 déçemb;*e , se trouva le duc d^Ql^ dftobourg , qui réclama la protection de l^eoipc-^ reur de Russie , comme chef de la m^soa d.^ HolstemrGoitorp , dont ils s^ortent Tun ej: Vmiv^. 11 s'ouvrit à ce sujet une négociation entre la cour de Saint-Pétersbourg et le cabinet des Tuileries. Buonaparte ofirit au duc, à titre d'indemnité , la viUe et le territoire d'Erfurt , avec la seigneur j^ie de Blankenhéim, dont il avait conservé Tadministration , depuis la paix de Tilsitt. Cette offre fut hautement rejetée ; et Alexandre mit en rér ^ervfe les droits de Sja piajspn » par m\e protççtalion formelle que ses niiniçtres purent ordre de présenter au?: diverses cours , près desquelles il? étaient accréditéi?. Qn y dpclarait , toutefois , quç le grand intérêt poUtiqup, qui avait proçlnit l'alliance entre les dp^x^, efnpires , suljsistait tôujoui^.
Si Buonaparte enlev^m sans hésjler , ses étaU à un prince qpe tquj l'jnyitait à ménager , op conçoit facilement qu'il n'était pas plus scrupi^leux à regard de ceux qui ne devaient leur existence politique qu*à lui-méine. Le royaume dp We§f pha^lie et le grand duché de Berg , perdirent \ un cinq cent
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Wng^neuf mille habitans, et Taulfe cehlsoixanteciirq niille. Le Haiiovré avait été réuni au premier' de ces^^ étais ,.^àr un traité du i4 janvier précér dent ; mais le sénatus-consulte ne lui en laissa plus que le tiers.
Le gouvernement bHtànnique , considci^ant comme contraire au droit des* gens , le décret par leqbel Bdoiiapai^e avait fait arrêter toiis les . anglais qui voyageaient' en France, avait jusqu'à^ . lors logé qdé c'eût été légitimer une mesure sii odieuse , qu^ de conclure un cartel d^écfaangfi ; : le cri des famille^ qui redemandaient de^ des frères , dies enfons , le pbrtèrent » ^ mois de septémbi-e i8og^^, à entrer en négocia* lion à* <îe sujet. Il s'éleva dieux difficultés. Legou-. Témèmeiit britannique ne voulut rcoohnaitre comme prisonniers à sa charge , que les nationaux : anglais , tandis que Buonaparte demandait que les allemands, les espagnols et les portugais qui faisaient partie des armées de la Grande^^Bl^etàghé où dës'arîrié'es ctonibinées avec cellesde celte puissance , f*us$ëht' compris dàrts rechange. SoûV le rapport du droit , celte prétention était fondéié à regard des troupes qui , ét^nt directement à la solde de TAti^eterre , devaient être c(Misidérées conmie anglaises v mais il n'en était pas de méihè'dèstroupes'des simples' alliés; qui faisaient la guerre en leur propre nbm;
La seconde difficulté était relative à la capitù* lation de Suhlingen par le général hanovrien Walmoden (i). Affectant de considérer la Hanovre comme une province d'Angleterre, Buona-' parte exigeait que le cabinet britannique reconnût le corps de ce général comme anglais. L'une et l'autre prétention furent repoussées et la né* gociation fut rompue ; mais les efforts de Topposition qui lésa souvent employés plus mal, la firent renouer. Un commissaire anglais , M. Mackensie , arriva , au mois d'avriliSio , à Morlaix, où Buonaparte envoya M. Dumôustier. Il serait f^tidieux pour le lecteur de mettre sous ses yeux rek projets, et les contre-projets que les deux négociateurs soumirent Tun à Tautre , et qui n'aboutirent à rien (2). M. Mackensie se rembarqua le 6 novembre.
^i) Voyez tome II , page ^84.
(2) On a supposé dans le lems, et non sans fondement peut-être , que la négociation pour rechange des prisonniers, en couvrait une pour la paix maritime. Le gouvernement anglais , dit-on , lahsa le choix à Buonaparte entre trois manières de traiter: Pétat de possession avant les hostilités , l'étal de possession présent , et enfin des compensations réciproques. Aucune de ces manières ne pouvait con^ venir au chef du gouvernement français , qui , plus que jamais, enivré de ses^sucçès| ne voulait de paix que çelk dont
Louis Buonaparte, dans le séjour quHl fît à Paris en 1810, écrivit à ses n^inistres qu'il s^était assuré que Napoléon était décidé a réunir la Hollande à la France , et que le seul moyen de Tempécher était de négocier la paix maritime. II leÀ invitait en même temsàfaire partir pour l'Angleterre un agent qui exposerait au gouvernement britannique Tihconvénient qui résulterait pour lui d'une telle mesure. Louis ajoutait qu'il fallaitxjue ses ministres agissent comme d'eux mêmes et sans qu'il fil t questîoti de lui. Cette trop grande précaution suffirait seule pour prouver qu'cïi ciette colijoncture Louis était d'accord avec son frère , si le message que nous venons de rapporter iie levait pas tout doute à cet égard. •
Le choix d un agent tomba sur M. Labouchère , négocîantd'Amsterdam, qui se rendit à Londres dans les premiers jours de février , et obtint une audience de lord Wellesley , secrétaire d'état pour les affaires étrangères. Soit que le ministère britailnique considérât le niaintien restrictifdu commerce comme Tunique moyen d affaiblir lies ressources de la France et d'en détruire
il dicterait les conditions ; et c^est seulement sous ce point de vue qu'il faut consid^rçr les diverses démaiclies qu^il fit pour parvenir k uns pacliicaiion* )|^'
40 LIVRIÇ
I^influence sux le. continent, &oit qu^il fut convaincu que tant que r.égn.erait Buonaparte , il se^ rait impossible ^'assurer riqdépendançq 4q la Hollande 9 il refusa d'enti:er eq négociation*
Ne pouvant forcer TAngleierre à.flpçhir squs sa volonté , l!cspjritde vengeance suggéra à Bupanâparte upe mesure d^autant plus insensée qu'elle ne pouvait en aucune manière nuire à la puissance contre laquelle elle était dirigée ; et qu'elle fut trèsfuaeste à un grand non^bre de français : il ordonna par un. décret du 19 octobre i8io,. que toutes les marchandises anglaises qui existaient dans les lieux soumis à sa domination ou conquis par ses armes , fussent brûlées publiquement , ce qui fut. exécuté ponctuellement.
Une autre mesure qui fut prise vers le ,ménve tems, n'était guère moins extravagante. Convaincu que tous ses moyens pour remplacer les. denrées coloniales par des productions indigènes (i) , ttaient insuffisans , Buonaparte étendit le système des licences , inventé par les anglais (2). H accor-
(x) Telles que le siicre de beUeraves , )e café 4e chicorée vi le pastel.
(2) La disette des vivres avait forcé PAngleterre , au moîi de novembre 1808, à donner à des vaisseaux étrangers la licence d'importer des grains durant une d^ntïée. On imposa ensuite à ceux qui obtinrent des penqis^ipns de ce genre 1 1 obligation d'exportu des n^rcbandisefi ^n^laiaei 00. dw
àak, à prix d'argent, la permission d^iiKrodaire en France une certaine quantité de denrëes cd« loniales , à condition d'en exporter la valeur en marchandises de fabiîque française. Connne Tintroduction en Angleterre de la- plupart de celles-ci éprouTaitde grandes difficultës ou même qu'elles étaient entièren»ent prohibées , on les jetait le plus souTentalanier, lorsqu'on ne W abandonnait pat aur douanes anglaises^ pour les droits (i).
Une année ne s'était pas encore écoulée depuis leur mariage, que Marie-Liouise donna un fils à
denrëes coloniales. Les conditions varièrent selon les tems; mais elles eurent toujours* pour objet une exportation réeHe et avantageuse, aux marchaoïilîses anglaises^ tondis que dans le système français^ toutétait .fictif , eicepté les droiis énor* me^s qu'en retirait Buonaparte, (M. I^chofell » Histoire abrrgff des traités de Pûix^ tom. IX , pag. 54, note).
Buonaparte fut accusé, dans le tems , d^avoir vendu luimême de» grains aux anglais.
(i) I.a'pUpart des livres di^prix qui se trouvaient dans la librairie de Paris, passèrent alors en Angleterre , etdes-ëditioiu emiiresL d'Quvr9gf& eitimés ^ . mais .d*un débit Iflnt., furent détruites. La valevir nominale des dlvres exportés par licence , fut.de pliais de 20,000,000 de francs ; et la douane de Londres ep fit vendr*e Les quatre cinquièmes à la ram&i, aa défaut de paiement dès droits d'entrée: Ickm. p. 87. .
On .sait que les livres jetés à la mer par les propriétaires' de licence, étakat- appehsfUisaBjmeDt, ad tsmm'dtipfuni:
Napoléon ( 20 mars 181 1 ), Cet enfant, ainsi qoe le portait le décret de réunion des états romain» à Fempire , fut qualifié de roi de Rome. Le titre de prince bérédkaire n'eût pais été suffisant : le fils de Buonaparte devait naître roi. >
Une salve de cent el un coups de canon annonça cet événement à la capitale ; et tous le& corps constitués se mirent bientôt en marche pour aller porter leurs fastidieux complimens au pied du trône , où des députations arrivèrent aussi de toutes parts. On vit plus. Le roi d'Ëspiagne , Ch^irles IV et la reine son épouse, se rendirent à Rambouillet pour féliciter, sur la naissance de leur fds , Buonaparte ainsi que Marie-Louise qui était alors rétablie. LL. MM. CC. vinrent ensuite à Paris, où elles reçurent les hommages des grands dignitaires et de tous ceux qui exerçaient des fonctions publiques. Il paraît, toutefois, qu'il n'y. eut qu'une simple présentation sans harangue. Dans la position où se trouvaient le roi et la reine d'Espagne , le silence convenait mieux que tout discours.
L'infortuné Ferdinand VII et les autres princes espagnols étaient toujours à Valençay , d'où le gouvernement britannique avait tenté vainement de les tirer. Un piémontais , nommé le baron de Kolly, à qui l'on avait remis deux lettres autogra* phes du roi d'Angleterre pour ce prince, avait
été, dans la nuit du 9 au 10 mars 1810, débarqué à Quiberon baie , devant laquelle plusieurs navires devaient lattendre. Il s'était rendu d'abord à Paris pour y préparer ses moyens d'exécution. Arrêté , le 24 mars , à Tinstant même ou il allait partir pour Valençay , il avait été mené devant le ministre de la police générale , qui s'était efTorcé vainement de l'engager à feindre de remplir sa mission. N'ayant pu le séduire , Fouché l'avait fait conduire au château de Vincennes. On n'en résolut pas moins d'éprouver Ferdinand. On trouva un homme qui avait quelque ressemblance avec le baron de Kolly. On lui en remit les lettres de créance et les autres papiers, et on le fit partir pour Valençay (i). Ferdinand, soit qu'il se tînt sur ses gardes , soit quil eût perdu jusqu'à l'espérance de voir briser ses fers , ne voulut avoir aucune communication avec Tagent. Il empêcha même qu'il n'approchât des infans don Antonio et don Carlos y et il fit connaître , par son chambellan , M. Damezaga , ce qui se passait , â M. Berlhemy , gouverpeur du château. Le faux Kolly fut renvoyé à ceux qui l'avaient employé. Quant au véri-
(1) Si le roi Ferdinand Vil eût donné dans le piège , le faux baron de Kolly avait ordre de Tamener à la prison de Vincennes , en lui faisant croire que c^éuit vers la flotte anglaise qu'il le dirigeait.
44 LIVBÊ
fafble , il resta prisoiini<>r dams les cadhots de Vin* cennes^d'où il ne sortit qu'à la restaoï^ation. Une ^omme considérable « c|uilirî avait été donnée par le gouvernemetit anglais^, fot déclarée de bonne prise , et elle ne lui a^as niéme été rèridue après Ta- restanratîon , lorsqu^il a été rendu à la liberté. Le sort que Buonaparte fit éprouver à la reine' d^Etrurîe peut faire jtiger* de celui qu'il réservât à* Ferdinand , s'il a%*ait donné dans le piégfe qui lui avait été tendu. Celte princesse avait suivi ses parens à Compiégne. Soit qu'elle vécût en mauvaise intelligence avec eu3t, soit toute autre cause;- Diiroc vint, à lafin de mai^' iSôg^ lui signifier' de' se rendre à' Parme, où' sa pensions delairtbdicité de laquelle elle s'était plainte plusieurs fois , serait portée à cinquante mille francs- par mois. Elle fut fbrcée de se mettre en routé , le 5 avril', laîsslarit à Gotrtpiégnè son fils , qui était dàttgei^ù-^ sèment malade^ A Pinstant de son dépat^ elle rîéçut' une lettre de Napoléon, qui lui ténxoignait le désir qa'elle fût agréablement dans lîe pàys^ qu'elle allait habiter; mfais'il ne le désignait pas. Ce fut àLyo|i qu'elle apprit que c'était à Nice et non à^ Parme qu'elle devait se rendre. Cette princesse y arriva le i8 avril, et fut soumise à la surveillance la plus rigoureuse. Pour s'y soustraire , elle conçut le dessein de passer en Angleterre. Deux de pes gentilshommes furent à cet effet successivement envoyés
Vingt- UKièME, 4^^
en HoU^^^ ; i^jûs le projet fut découvert. Lç comxniâsaire de police €t le capitpiae de la gendar* mi^rieyaccoRipagpés de soldats munis de menottes et de jdeuqf: siac^ ,â'ifitrQduisirenJt , le 6 avrrl iSn ^ dans Ja^deaieufie de la reine , &ous prétexte qu'un aoglaiç y ét^t .C9^l^é. On lit une exacte perquUîr tion y et tous les papiers jEuriepjt sâûsîs. Celte aflair^ sep^blait oubliée , lofsqu ^u bout de deux mois la priflces^^ fi^t ipfproiéa ^u>lle dçvaiîtfêtjrf JMgé^ par uni! çâini9Jfi$io|i milU^irfi ( (&(# le 2 aojkt, le com-* fnis^e de poliçç Jpi notifia une sentence qni la conda^utait Mire r^i^ferinée d?«9 un monastère, àRopap , ^vçc 89l fille. 11 n'y eut que vingt-quatre heures eii^re 1» notification ?t le départ
Qiiaat aux genti|^hofl[l|ne^ qgi avaient été envoyés en Hollande , ils furent arrêtés, l'un a Ham-^ bourg , et raqtre à Aoiaterdam > ^t conduite à Vms. Le preipi^r fwt fusiUé d$ins la plaine dç Grenelle ; le second obtint M gr^eç h Tinstant d» suppKce; mais il avait cpropvé un t^l effroi que quelques jours après il mouriit.
Ce fut d#M ce ten3^-12> que Napoléon et Marie-* Louise partirent 4$ R^^il^oMiUet pour aller visiter Cherbourg . onib^^rrivèreiit Iç 1^6 mai. fiuonaparte y &)^t oQQtinuQiT ^^4 travaux çonmienccs etpous^ m trèarloîïï spw Low XVJ , entreprise dont Vtx^ lurpatew dç sim trr^na aurait toqIai lui dérober la gloire, hn ùw^ épouji furent 4e vetouf ^ Saint-
Cloud , le 4 juin 9 pour assister au baptême de leur fils, qui se fit, avec la plus grande solennité , le 2 , à la métropole de Paris. Le grand duc de Wurtzbourg, oncle de Marie -Louise , fut le parrain , et la mère de Buonaparte la marraine. Après la cérémonie , Napoléon prit son fils entre ses bras- et Féleva pour le montrer aux assistans, c*est-à-dire , aux membres des difîcrens corps de rétat , qui ne manquèrent pas de pousser de grandes acclamations. Tout semblait annoncer à cet enfant les destinées les plus brillantes : qui eût pu présumer que dans le court espace de trois ans , cette puissance colossale , que de grands succès , joints aux conjonctures les plus favorables, avaient élevées , n'existerait plus que dans le souvenir des hommes? ^
Des fêtes eurent lieu dans toutes les parties de la France à l'occasion du baptême du prétendu roi de Rome ; et des vaisseaux furent lancés dans les ports d' Aûvers et de Toulon. Buonaparte en faisait construire constamment, mais c'était travailler pour ses ennemis ; car tout vaisseau français mis en mer , était pour les anglais une prise assurée. Ils ne s'en tenaient pas là. Le général Beckwitz débarqua , vers la fin du mois de janvier i8io, à la Guadeloupe , soutenu parlamiral Cochrane. Le général Ërnouf , qui commandait dans cette île , ayant été battu , le 3 février , conclut , le 8 ,
VINGT-UmEMR. 47
nnetrapitulation en vertu de laquelle la seule possession qui restât à la France , dans les Antilles , fut remise aux troupes britanniques. Immédiatement après j celles-ci s^emparèrent aussi des colonies hollandaises de St.-£ustache et de St.-Martin.
Dans r Archipiel indien , les anglais soumirent , le 17 février de la même année 1810, Amboine^ avec les îles qui en dépendent. Sept vaisseaux de guerre et quarante-sept vaisseaux marchands tombèrent en même tems en leur puissance.
Le 6 juillet , un corps parti de Madras , et composé de dix-huit cents européens, et d^autant de cipayes , que renforcèrent mille hommes de la garnison de File de Rodriguez , parut devant Saint-Denis ^ capitale de Tîle de Bourbon , que le colonel de Sainte Suzanne , gouverneur de cet établissement y rendit le lendemain^ diaprés une capitulation.
Un^ flotte de soixante et dix voiles se présenta sur la fin de novembre devant rile-de-France. Elle portait environ dix mille hommes de troupes de débarquement , qui prirent terre le 2g. Le gouverneur général Decaen signa, le 2 décembre, une capitulation , d'après laquelle la garnison dut être transportée en France. Cinq frégates tombèrent aussi au pouvoir des anglais.
La flotte de Toulon, sous le commandement de Tamiral TAUcmand , avait été portée à dix-huit
vaisseaux de ligne, Cbllingwood, qui en ataît vingt et un et trente-sept frégates , était posté depuis le cap Saint-^ébastiiQn jusqU^è Mahe. La âotte française fit qiiel<p]es e£brts pour sortir de sa station ; mais les aïEa^es auxquelles ils donnèrent (ieu n^rent que des résultats in8i^(nifiàns.
X.es anglais Bravaient plus qu'une seule con« quête à faire poôr être maîtres de toutes les côtonies françaises et hollandaises : cVtait celte de Java. Lord Minto ^ géuvemeur général dés pos* sessions britanniques dans Tlnde , envoya une expédition , commandée parle générai sir Samuel Auchmuty et Tamiral Brougthon, s'emparer de cette importante possession. Le débarquement s'effectua le 4 août 18 1 1. Prévenu de l'arrivée des anglais y Je général Jansens , gouverneur de Tile « avait détruit les magasins de Batavia et quitté cette ville, que les ennemis occupèrent, le 9 , sans coup férir. Jansens se renferma dans un fort que les anglais emportèrent le 26 août. II se i'ctita ensuite! de poste en poste, avec quelque cavalerie, seul reste d unearmée de dix mille hommes; mais', le rS septembre, il se vit réduit à capituler.
Buonaparte fit, le 16 juin, l'ouverture de }\ session do corps légi^tif pour l'année 181 r.
« La paix éoncltte avec Pempire d'Autriche , n dit -il, a été depuis cimentée p^ar rheuï'cuse M alUance que )'ai^ conta'actéc ; la naissance du
^ roi de Borne a i^mpH mes vœux et satiofait à » l'avenir de mes peuplc$ ».
Après avoir parlé de ia réunion des états ro« mains , jde la Hollande , des villes anséaliqaes et du Valais/ après avoir annoncé que les Étatstlnis d'Amérique faisaient des efforts pour que rAngleterre reconnût la liberté de leur pavillon, et avoir dit qu'il les seconderait , après avoir déclaré qu'il n'avait qu'à se louer dfs princes de la con£edératioB du Rhin , Buonaparte poursuivit
« Les anglais mettent en jeu toutes les pas^ 9 sions. Tantôt ils supposent à la France tous » les projets qui peuvent alarmer les autres puis- » Siances ; projets qu^elie aurait pu mettre à exé- » cution , s'ils étaient entrés dans sa politique ; » tantôt ils font un appel à l'amour-proprc des > nations^ pour exciter leur jalousie ; ils saisis- » sent toutes les occasions que font naître les » événemens inattendus des tems où npus vivons: » c'est la guerre sur toutes les parties du continent * qui peut seule assurer leur prospérité. Je ne » veux rien qui ne soit dans les traités que j'ai con- » dus. Je ne sacrifierai jams^is le sang de mes peu- » pies pour des intérêts qui ne sont pas immédia- » tement ceux de rooq empire^Je me flatte que » ia paix du continent ne sera p^s troublée. *) Ce ne devait pas être pour de longues années.
iv; 4
S6 wvnB
Passant ensuite aux affaire» d'Espagne, fitrcr* naparle dit : « Les insurgeas ont été battus danji » un grand nombre de batailles rangées. L'An- » gleterre a compris que cette guerre tournait à ?> sa fin , et que les intrigues et l'or notaient plu» » désormais sufflsans pour là nourrir. Elfe s'est » trouvée contrainte d'en changer la nature ; et i> d'auxiliaire, elle est devenue paHie principale. » Tout ce qu'elle a de troupes de ligne a. été enji vôyé dans la péninsule : l'Angleterre, rÉcosse»' » rirlande sont dégarnies. Le sang anglais a enfinr « coulé à grand flots dans plusieurs actions glo-
» rieuses pour les armes françaises Cette lutte
» contre Carthage *, qui paraissait devoir se ter- » miner sur les champs de bataille de l'Océan oii » au-delà des mers , le sera donc désormais dans » les plaines d'Espagne! Lorsque l'Angleterre sera i> épuisée , qu'elle aura enfin ressenti les maux »> qu'avec tant de cruauté elle verse depuis vingt « ans sur le continent, que la moitié de ses fa- » milles sera couverte du voile funèbre, uti coup » de tonnerre mettra fin aux affaires de la pénin- *> suie , aux destins de ses armées , et vengera » l'Europe et l'Asie en terminant cette sccondç » guerre punique. »
Biionaparle éliit loin de supposer que ce serait contre lui que serait dirigée la foudre. L'horizon politique , il est vrai, commençait à s'bbs-
VINGT-UMIÈME. '5l
^UFCir de nouveau; mais ce n^ était pas du côté de TEspagne que s-amassait l'orage.» .♦
Dans le cours de raùtomne j Napoléon , ab^ compagne de Marie- Louise , visita 1^ Hollàndur; et ils firent à Amsterdam une entrée solennelle. Louis avait institué un ojrdre de l'union / qu'oui! décret du 1 8 octobre remplaça par Fbrdre d« k' réunion , dont Buonaparte réserva la. grande maîtrise à lui et à ses successeurs , et auquel il assigna une rente annuelle de neuf cent tniliefranés.
On aurait pu croire que le regret d'avoir perdu leur indépendance préviendrait Teiçnpressemeitt des hollandais pour Buonaparte , mais il n'en'fot pas ainsi : tous les peuples sont les mêmes ; la force et l'éclat attirent toujours leurs hommages. Cependant Napoléon ne trouva pas tous ceux auxquels il adressa la parole , dans la dispoçitidn d'/applaudir à ses idées. Parlant avec chaleur de $es projets contre* l'Angleterre , il prétendit qite tous peu d'années il aurait trois cents vaisseaux de ligne à lui opposer. Un négociant lui répondit avec un mouvement d'impatience : « Et quand . 9 vous aurez trois, cents vaisseaux , lès anglais an » auront cinq cents. » Buonaparte tourna le dôs à rinterlocuteur trop'véïidiique.
L'Angleterre n'était pas alors le seul objet des' pensées de Napoléon. L'empereur Alexandre avait rendu, le 3i décembre i8io, un oukase destiné à tir^r la Russie de rembarra$ ou la jetaient
Ci rengagement quelle avait pris. de mainteflhr le système continental , et l'impossibilité où elle ^it de renoncer plus long-tems au commerce maritime , qu'on peut dire être de première nécessité pour elle. Cet acte restreignait aux ports d'Archangel) de Pctersbourg, de Riga, de Keval, de Libau , d'Odessa , de Feodosia et de Taganrock , «t aux bureaux de Polangen , de Radoivviloffet de Dubostany , Vimportation des marchandises. Celles qui viendraient d'un pays ennemi ou qui seraient prohibées devaient être détruites, et celles dont l'introduction serait permise', mais qui seraient recoilifîu es appartenir à une puissance en guerre arec la Russie , devaient être confisquées* Dans les marchandises permises on ne trouvait aucun article fabriqué en France. De plus, les vins étaient soumis à un impôt trèsfort , et l'importation des eaux-de-vic était défendue. Celle des denrées coloniales , au contraire , cUit permise , ce qui était renoncer formellement au système continental.
Buonsqparte , qôi devrait que le vulgaire le crât toujours dispose à traiter de la paix, fit adresser, le lâ avril c8i2, par M. Mar^, duc de Bassano, alors ministre des relations extérieures, une lettre au lord Castlereagh , lettre qui contenait les propositionssuiv^ntes :
« L'intégrité de TEspagne serait garantie ; ia^ .France renoocerait à toute extension du cote des
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Pyrénées; la dynastie actuelle serait déclarée in* dépendante , et TEspagne régie par une constitua tioQ nationale dés cortès ; Tindépenâance et Tintégnté ^\x Portugal seraient également garantie» et la maison de Bragance en occuperait le trône;* le royaume de Naples resterait au roi Joachim , et le royaume de Sicile serait laissé au monarque qui le possédait. Quant aux autres objets de discussion > ils pourraient être négociés sur cette base , que chaque puissance garderait ce que Faur tre ne pourrait lui enlever par la guerre. »
I^rd Castlereagh répondit, le 23, que le prince rcgent , avant de Tautoriser à entrer en explication , avait senti qu'il devait a son honneur de Fixer le sens précis attaché par le gouvernement de France à ce passage : « La dynastie actuelle 1» serait déclarée indépendante , et TEspagne ré« » gie par une constitution nationale des cortès. » Si, comnâe on le craignait , poursuivait le minis* tre , îl était question du frère du chef du gouvernement français , et non de Ferdinand Yll , et s'il s'agissait de cortès formes sous Tautoritc du pre« mier et non sous celle du second , il lui était or« donné de déclarer franchement et explicitement que ses engagemens ne permettaient pas à sadite À. R. de recevoir une proposition de paix étahlie sar de telles bases. La correspondance finit là.
Les griefs de Bu onaparte contré la Russie étaient au nombre de trois et spécifiés dans une lettre que
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M. Maret écrivit , le 25 avril de la même année ' 1812, au comte de RomanzofT. Jls étaient relatifs , le J)remier , à Toukase dont nous avons donné la substance , et qui, disait-on , avait annulé le traité de Tilsitt et les conventions qui l'avaient suivi ; le deuxième , à la prostestatîpn de l'empereur Alexandre contre la réunion du duché d'Oldenbourg; la Russie; selon le ministre français , n'avait pas le droit de s'immiscer dans ce qui cçncernait un/prince de la confédération du Rhin ; le troisième grief, enfin , était relatif à Tordre que l'enapereur Alexandre avait, dès le commencement de 181 1, donné à son armée de Moldavie,, de se porter sur les confins du duché de Varsovie.
On voit par la même lettre que Buonaparte avait, en 181 1 , proposé à l'empereur de Russie de faire, passer à son embassadeur , le prince Kourakin , dés pouvoirs pour entrer en négociation sur ces trois points ; mais Alexandre , qui avait enfin ouvert les yeux sur les suites de son alliance, éluda la proposition, en promettant d^envoyer le comte de Nesselrode à Paris. Il était loin cependant de refuser tout moyen de conciliation. Le prince Kourakin fit connaître au gouvernement français les bases d'un arrangement que son souverain consentait de conclure : c'étaient la délivrance de la Prusse , une diminu-*
TiKGTrUNlÈME. 55
tion de la garnison de Dantzick , l'évacuation de la Poméjanîe » suédoise , et un arrangement à Cairç avec la Suède , queBuonaparte £ atiguait de ses prétentions. Alexandre s'engageait , en ou-tre , à n^apporter aucun changement aux mesures prohibitives contre le commerce direct avec l'Angleterre , et à ccucertef avec la France un système de licencea à établir en Russie. Il promettait encore de faire négocier une convention de commerce et d'inviter le duc d'Oldenbourg à accepter un équivalent convenable pour la perte de son duché,
La note demeura quinze jours âans réponse. Enfin , le g mai , M * Maret demanda au prince Kourakin , s'il avait des pleins pouvoirs pour traiter. Le prince lui répondit que le caractère d'ambassadeur dont il était revêtu devait suffire. On ighore quelle fut la réplique du gouvernement français ; mais on peut supposer qu'elle ne fut pas satisfaisante, puisque^ deux jours après, le prince Kourakin demanda ses passe-ports (t).
Buonaparte, à son retour de Hollande, s'occupa des préparatifs immenses qu il jugeait né-
(i) Les passe-ports <]u prince Kourakin ne lui furent ' expédiés que de Thorn « et sous la date du 20 juin. On avait feint de croiro qu'il avait beaucoup pris sur lui de les de* Aajuder. * * • •
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cessaires pouf porter la guerre en Russie. Le 20 décembre 181 1 , un sénatus-consulte mit à sa dis-po&itioii cent vingt mille hommes de la conscrip* lion de Fannée iBia. Les discours des orateurs du gouvernement , et le rapport de la commiafiion "du sénat , ne furent pas rendus publics.
Des députations vinrent dans le cours de l'fan ver présenter les hommages de tous les corps électoraux à Napoléon, La flatterie la plus outrée dicta leurs discoui^. Quelque grossier que fat Tencens, Buonaparte en respirait toujours avec volupté la vapeur. Mais le tems s'approchait où il ne devait plus fumer en son honneur.
La France soutirait alors de la disette de grains, occasion ce par une mauvaise récolte et par des exportation^ multipliées. Il y eut des soulàvemcns en diVers lieux ; mais Buonaparte ne savait que trop bien les comprimer. Des commissions militaires firent fusilier nombre de malheureux ; el ce ne fut pas sans horreur qu'on apprit que parrtii ceux qui furent exécutés dans la ville de Gten-, se trouvait une femme.
Dans les derniers ^ems de son séjour dans la capitale, Buonaparte en visiu les divers quartiers, exaà:iinant les travaux publics et jouant le plus souvent des scènes préparées. Il alla fréquemment aussi à la chasse ; et il paraissait plus occupé de pUisirs que de la grande et dangereuse
VINGT-tJNIÈME. S;
entreprise qu il méditait. Mais lorsqu'il jugea que les dispositions quUI avait ordonnées étaient faîtes, il partit pour l' Allemagne. Avant de le suivre, nous retracerons la suite des opérations militaires dans la péninsule espagnole , où de puissans ren* forts , composés non-seulement de français , mais encore de troupes des nations sur qui Buonaparte exerçait son influence , avaient, été envoyés.
La conquête de TAndaloirsici fut le premier événement important de Tannée 1810. Joseph Biionaparte , qui voulut en avoir toute la gloire , eut poar licutenans Mortier , Victor , Dessoles et Sébastiani. L*armée d'Arezagafut dispersée. Le 1 7 janvier , Joseph fît son entrée à. Cordoue , et le 1*% février suivant, à Scvîlle , d'oùja junte centrale se relira dans Tile de Léon. Le maréchal Soult, général en chef de l'armée française, fit alors des dispositions pour former le siège de Cadix , place qui , outre l'avantage de sa position , était défendue par une garnison de plus de vingt mille hommes » anglais, espagnols et portugais, et comni^ndée par le général Graham.
Les retranchemens des français embrassèrent les deux baies de Cadix et de Tîle de Léon. Iie2i avril, les assiégeaqs s'emparèrent du fort de Matagarda qui , situé sur le con|;inent en face de lis^ place, dominait Tentrée du port intérieur. Ce^ pendant ils né purent ni couper aux assiégés leurs
58 tivM
communications avec la mer, ni atteindre Cadix avec leurs bombes. Graham embarqua même unc> partie de la garnison qui fut conduite à Âlgesi* ras ^ où , réunie aux insurgens , elle inquiéta les français. Ce fut à cette époque que la junte invita S. A. S. le duc d'Orléans, qui e'taità Palerme; à venir prendre le commandement de Tarmce d'Espagne. Ce prince débarqua au mois de juin à Gibraltar^, mais il paraît que son arrivée déplut aux anglais , qui le conduisirent eh Angleterre. Vers la fin de Tannée , la junte elle-même fut remplacée par une régence composée de trois personnes seulement : le président Agar , le général Blake et le chevalier Ciscar.
En Portugal , Wellington se trouvait à fa tête d'une armée de trente mille anglais et de quarante mille portugais bien exercés , sans compter cinquante mille hommes de milice. Au commencement de l'année 1810, il occupa^ daasla province de Beira , le long de la Coa , une position que protégeaient les deux places de Ciudad-Rodrigo et d'Almeida. Masséna , qui prit le commaffdement de l'armée française , ouvrit la campagne en formant, le 25 juin, le siège de Qudad-Rodrigo, "Wellington n'ayant pas voulu quitter sa position pour secourir cette place , elle se rendit le lo juillet, après avoir éprouvé un bombardement affreux. Les français investirent ensuite Almeida qui , par
VINGT-UNIEME. 5q
Vexplosion de son principal magasin à poudre , fut forcé de capituler le 27 août. Wellington se retira dans la vallée du Mondego , après avoir dévaste tout le pays qu'il quittait, mesure qui retarda les progrès de Masséna. Après avoir attendu tout un mois les vivres dont il avait le plus pressant besoin , le général français passa le Mondego j le i5 septembre. Wellington, à son approche , se replia de position en position; et, enfin , au mois d'octobre , il en prit une inexpugnable entre Alhandra sur le Tage et Torres-Vedras , et à^eu de;distance de l'embouchure du Sizandro. Cent sept bastions garnis de quatre cent cinquante- quatre pièces de canon, et défendus par trente mille hommes d'infanterie, y formaient trois lignes de retranchemens. .
Ayan t cherché long-tems et sans succès un point ouil put attaquer une position si formidable, Mas- 5^*na se décida , le i4 novembre , à occuper une ligne entre Santarem et Alcanède. Plusieurs mois s'e'coulèrent sans qu'il arrivât rien d'important. Enfin , le i^'. mars, le manque de vivres força le général français à opérer sa retraite. Wellington le suivit en harcelant son arrière-garde. Le 7 avril , legénéral anglais investit Almeida. Masséna, pour dégager cette place, lui livra , les 3 et 4 niai, deux combats où il eut le dessous. Le commandant d' Almeida , le général Brenier,,eii fit sau-
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ter les fortifications et se fraya un chemin , lé sabre à la main , à travers les lignes desassicgeans.
Tandis que Wellington se tenait renfermé dam la position que nous venons d Indiquer, Soult forma le projet de s'emparer de cette partie du Portugal, qui seHrouve sur la gauche du Tage. Ce général, après avoir pris Olivença , le ^^ janvier , mit le siège devant Badajoz, Ville q6i était protégée par un corps de troupes espagnoles , posté sur la rive droite de la Guadiana. Les français ayant paisse le fleuve , tournèrent ce corps et le défirent le 20 février ; cette défaite entraîna la chute de Badajoz , qui capitula le 10 mars.
Dans^le tems où Soult se trouvait dans TEstremadouré , il se fit une tentative pour débloquer Cadix. Trois mille anglais et sept mille espagnob , commandés par Graham et la Pena , montèrent sur des vaisseaux qui les débarquèrent à Tarifa. Ils sV réunirent , le 28 février , aux troupes de Sari-Roqué , et marchèrent conln*e Victor qui se concentra h Chiclana où il fut battu, le 5 mars , ce qui n^empécha pas les français de continuer le blocus de Cadix , où les troupes de l'expédition retournèrent cependant par terre. Soult , ayant quitté TEstremadoure pour marcher au secours de Victor , Beresford et Castanos passèrent la Guadiana , investirent Badajoz et se portèrent contre Séville. Soult retourna sur ses pas
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cl attfîîgnît les ennemis à Albuera, où il leur livra bataitte , k i6 mai. Blake ayant rejoint le corp» de Beresford avant le commencement de Taclion , elle fut indécise. "Wellington , laissant sur la Coa , Crawford et Spencer , pour observer l'armée française f dans le commandement de laquelle Marmont avait remplace Massëna , vint lui-même prendre position Rêvant Badajoz. SouU , après avoir attiré à lui des renforts , revînt de la Sîerra- Morena , au pied de laquelle il s'ëtait arrêté , tandis que iMfarmont allait à sa, rencontre. Leur jonction se fit à Merida, le 17 juin. Wellington leva ' alors le siège de Badajoz , se retira dans l'Aient- , tcjo et prit une crcellente position à Portalègre. Après avoir ot^anisé la levée des milices et donné ^ iofis les ordres nécessaires pour qu*en cas d'invasion le pays fût dévasté et que les habitans se retirassent à Li^onne, il repassa le.Tage et se tint sur la défensive tout le reste de Tannée.
Les provinces du royaume , d^'Aragon furent aussi, en 1811 , le théâtre d'événemens împortans. Sucbetf qui commandait les forcer françaises sur FÈbre^ piit Tortosc, te a janvier, après tm êié|^ meurtrier. Le 3 mai, il attaqua Tarragone , la ville d'Espagne qui , api'ès Saragossc , se défendit avec le plus de vigueur. Elle fut prise d'assaut, le 38 juin. Ce succès valut le bâton de maréchal à Suchct qui , le 25 juillet , emporta^
de mêpie Mont-Serral. 11 travailla ensuite à soumettre lé royaume de Valence , où il entra le i4 septembre, et assiégea Tancienne Sagunte, aujourd'hui Murviedro. Blake ^ cfui vint lui offrir la bataille, fut défait, le 25 octobre , et obligé de se retirer dans Valence. Morviedro se* rendit le 27. Valence, que Ton considérait comme le principal foyer de rinsui^rection espagnole , capitula , le 9 janvier 1812, .après un bombardement de plusieurs jours. Quinze mille hommes , Blake à leur tête, furent faits prisonniers de guerre.
Le duché d'Albufera fut. la récoinpense que Biionaparte décerna à Suchet. '
D'un autre côté , Wellington ayant , à Timproviste, passé TAgueda , s empara , par surprise , dans la nuit du ^ au 10 janvier , d^une redoute de Ciudad-Rodri^a, ville dont il se rendit maître, le ig > avant que Marmont eût pu Venir à son secours. Le général anglais rentra ensaite ^n Portugal , où il préj^ara les opérations de la campa- ]gne suivante. : • ! . :
Ainsi commença par un échec pjour • Buocaparte, cette même année 1812 ,.qiii se.tern[iina par la catastrophe la plus épouTanlable queY>ré* sentent les tems anciens et modernes.
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