LIVRE XXIII
Conspiration du génërat Mallet. — Retour de Buonaparte à Paris. — Hominages du sénat et du con«éil d'état:— Des^ tittttion du préfet de la Seine.—- Défection du corps auiiliaire'prus$ien*<^S^atus-TConsulte qui ordonne an« Wée de trois .cent cinquante. mille hontes.— Discours de Na-poléon à l'ouverture de la session du corps législatif. — {«e Pape est transféré de Savone à Fontainebleau.— Entrevue de Buonaparte et de Sa Sainteté. — Clôturé de la session du corps législatif. ^^ La régence est déférée à Marieïiouîsc.— .NouTelle levée de cent qutlre-vîngtrniinô hom-* mes.i-«DépftTt de Boonaparte pour je .rendre à la tête de «on année d'Ailemagne.
UarmiCe française avait à peine quitté les rui-; ned encore fu^^aptes de Moskou , qu^une conspi* ratioa, tx-amëe dans Tombre d^une prison , fut sur le point de renverser le gouvernement de Buonapcrte , dans le . court espace de deux heures. Le général Mallet , qui en était l'auteur, ayant montré de l'opposition, à ce même gouvernement , avait été arrêté dans le cours de Tannée iSo8. il obtiiit , en juio x8ia , sa translation dans une
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maison de santé , où il forma difTérentes liaisons 7 à Taide desquelles il se flatta d'opërer une r£- Tolutionl Ayant alors gagné, plusieurs officiers tant de la dixième cohorte du premier ban de la garde nationale » que de divers régimens de la garde dé Paris , il s'échappa de sa retraite , dans^ la nuit du 2a aii 23, octobre , se pr^ésenta aux casernes , et dit aux soldats que Tarmée avait fait justice de Napoléon. U tira ensuite de la prison de la Force y les généraux Guidai et Lahorie, renfermés également pour cause d'opinion , et il fit prendre les armes à un bataillon de la garde de Paris , dont le commandant lui était dévoué. Mallet partagea cette troupe en plusieurs pelotons , en dirige^ une partie vers le ministère de la police générale , puis se rendit lui-même à Tétat-major ' de la place , pour s'emparer de la personne du général Hullin , qui en était le chef. Il lui annonça la prétendue mort de Buonaparte , et la création 'supposée d'un gouvernement provisoire. Hullin ayant témoigné quelque défiance, Mallet, pour qui les instans étaient précieux , lui tira un coup de pistolet , et il en armait un second, lorsqu'il fut saisi par l'adjudant Laborde , qui suivait tous ses mouvemens dans une glace. Mallet fut arrêté et conduit en prison par les troupes mêmes qu*îl avait amenées.
Dqrant cette scène, les généraux Lahorîe e|
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JGuidal , conduisaient à la Force , dans des voitures de place , M. Savary , duc de Rovigo , ministre de la police générale , et M. Pasquier, préfet de police, qui, toutefob , n^y demeurèrent pas long-tenis.
Les conspirateurs avaient eu soin de fabriquer un sénalus-consulte , portant abolition du gouvernement impérial. Munis de cette pièce , deux émissaires de Mallct vont trouver le préfet du département de la Seine , M. Frochot , et Tinvitent a faire préparer, à Thôtel-rde-ville , une salle pour les séiainces d^un gouvernement provisoire. Il paraît que M. Frochot eut le malheur ' de ne pas se rappeler que la couronne était alors héréditaire dans la famille de Napoléon ; il donna les ordres qui lui avaient été demandés.
Mallet et ses amis avaient fait une grande faute en négligeant de s assurer de la personne du duc de Feltre , ministre de la guerre , et de celle de rarchi-'chancelier Cambacérès, qui firent prendre les armes à la garde de Marie-Louise. On releva les postes occupés. par les troupes que les conspirateurs avaient séduites , et ils furent tous arrêtés et conduits en prison. On les jugea promptement(i); et, le 29 octobre, on les fusilla au
(0 L'un des condamner, M. Rabbe, qui était colonel de
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nombre de douze. Mallét ; Lahorie et (Guidai moururent avec un courage héroïque (i)«
Aucun ëvénement politique n*a peut-être famais été appri3 avec une indifférence égale h celle que témoigna le public , lorsque le - bruit de la mort de Buonaparte se répandit. L'iropradence de sa conduite frappait alors les esprits les moins éclairés ; et Ton pensait assez généralement qu^elle lui attirerait quelque catastrophe. On ne vit donc ii 'effrayés que les suppôts du gouvernement , et leur inquiétude fut une véritable jouissance pour ses nombreux ennemis. ' ' ' '
Quoique Tentreprise du général Mallet ait été qualifiée d^équipée , par ceux qui avaient dû le plus en redouter le succès , il n'est pas improbable qu^elle eut pu réussir. Elle aurait trouvé du
premier régiment de la garde de Paris , obtint d^abord un sursis à rexécution de sa sentence , puis une commutation delapeînede^mort en une détention perpétuelle. La cause de cette grâce était déplorable ; maïs elle ne pouvait manquer son effet sur Buonaparte. M. Rabbe avait été un des jUges de Tinfortuné duc d^£ngbien. Par une singularité bien digne de remarque , la restauration a mis un terme à sa détention, (i). LVxécution ayant eu lieu à la plaine de Grenelle , les condamnés passèrent devant Phôtel des invalides , dont alors on dorait le dôme. Mallet , qui conservait toute sa pré* sence d'esprit , remarqua cette opération et Tapprouva d'une voix' assez haute pour être entendu des spectateurs.
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mbiiis de puissans coopératéurs dans les cent raille hommes du premier ban de la garde nationale , qui , arrachés à leurs familles et à leurs travaux 9 par Tusurpateur, eussent concouru avec joie au renversement de son àutoiîté. . Les désastres de la retraite de Moskou venant à être connus sur les entrefiiitest il n^ eût pas été difficile d^ exciter la haine publique; tant au*dedans qu^a^u-dehôrs , contre celui qui en était Fauteur, et qui, dès ce momeiit même , eût eupeut-èlre de la peine à trouver un asile en Europe.
Mais , que se proposait le général Mallet ? Quel gouvernement eût^il institué , si Fautorité suprême avait été déposée momentanément entre ses mains? Selon toute apparence , ce sera toujours un mystère , quoique depuis la restauration , on ait pré^ tendu que Mallet avait le dessein de rétablir sur son trône, le souverain légitime. La sagesse Teut conseillé , sans doute ; mais , dans le tems où nous vivons, ce n'est pas un motif suffisant pour juger qu'on Teûtfoit. D^ailleurs, on ne voit parmi les complices , ou, si Ion veut ^ les coopératéurs de Mallet , aucun des anciens et fidèles serviteurs du roi , et Ton y compte , au contraire , des hommes bien connus par leur attachement aux principes du gouvernement républicain (i). S^il est
(i) Cétait Pesprit d^égalité qui animait les troupes qu'on
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donc quelque conjecture à former sur le résal probable , qu^en cas de succès , aurait eu la con| piration , c^est qu^elle aurait produit le rétabli sèment de cette sorte de gouyernement , ne pouvant se maintenir en France , n'y condu jamais qu'au despotisme ou à Tanarchie. Au mo; d'une modération que les circonstances auraie commandée, cette conspiration aurait pu av aussi rinconvénient de changer la direction affaires de l'Europe , et par conséquent de reta 4er , sinon de prévenir totalement la restauc tion. *
Napoléon apprit en même tems l'entreprise e< le supplice de Mallet et de ses complices. Il paraît que ce fut à Smolensk , où il arriva le i3 novem-i bre , qu'il en reçut la nouvelle; et Ton croit qu'elle fut au nombre des causes qui le^firent presser soii départ II jugea , dit-on « qu'il ne devait poini perdre de tems pour se rendre dans sa capitale ^ et contenir les malveillans dont les revers de son armée allaient augmenter le nombre. Quoi qu'il en soit, parti de Smolensk, le 5 décembre , iJ
avait gagnées. Réal , Tun des quatre conseillers d'état attachés 4 la police , s'étant présenté , rkuissier le désigna pai ton nom et ses titres. Le factionnaire , placé à la porte dt cabinet où se tenait i4aIiorie , qui s'était emparé du minisr tère y répondit sèchement : « 11 n'y a plus de comtç. a.
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arriva le lo à Varsovie (i), le i4 à Dresde , et le 18 au soir à Paris , où Fimpression fâcheuse
(i) Buona parie, à son paissage à Yarsovie, eut avec son ambassadeur , M. de Pradr , et avec quelques polonais , un entretien où il a si bien développé son caractère et ses pro-« jets , tant ^,ur le passé que pour l'avenir, que nous ne pouvons nous dispenser d'en citer quelques traits : « 11 faut le- » ver dix mille cosaques polonais , dit-il. Uiï cheval et une > lance suffiront; on arrêtera les russes avec cela. » Les polonais qui étaient présens , ayant félicité Napoléon d'être arrivé sain et sauf après avoir couru tant de dangers, il re-: prit : « Des dangers ! pas le moindre. Je vis dans l'agitation; » plus je tracasse, mieux je vaux; il n'y a que les rois fai- » ncans qui engraissent dans les palais. Du sublime au ridi- » cule il n'y a qu'un pas* Je vous trouve bien alarmés ici. B L'armée est superbe ( on ne pouvait mentir plus impu- » demment ). J*ai cent vingt mille hommes ( il en avait em- » mené cinq cent mille, et il n'en restait que trente mille). » J'ai toujours battu les russes ; ils n'osent pas tenir devant
! » nous Je vais chercher trois cent mille hommes Le
I » succès rendra les russes audacieux. Je leur livrerai deux ou » trois batailles sur l'Oder , et dans six mois je serai encore I » sur le Niémen. Je pèse plus sur mon tréne qu'à la tête de » mon armée. Sûrement je la quitte à f egret ; mais il faut » surveiller V Autriche etda Prusse. Tout ce qui arrive n'est » rien ; c'est un malheur ; c'est l'effet du climat : l'ennemi » n'y est pour rien. Je l'ai battu partout. On voulait , me » couper à la Bérézina. Je me moquai de cet imbécille d'à- » mirai. J'avais dé bonnes troupes et du canon. La position » était superbe; i,^oq toises de n^arais et une rivière.......^
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produite par le 29* bulletin , ^ui était connu seulement depub deu?^ jours, ne pouvait être encore
» Je ,ne puis empêcher qu'il gèle. On vieal me dire tous les »> ihatîns que j'ai perdu dix mille chevaux dans la nuit. £h » bien ! bon voyage'. Nos chevaux sont moins durs que ceux » des russes : ils ne résistent pas passé neuf degrés déglace. 11 » en est de même des hommes. Allez voir les bavarois ; il » n'en reste pas un. ( A-t-on jamais poussé- plus loin IMn- » sensibilité ?) Peut-être dirait on que |e suis resté trop long- » tems à Moskou. Cela peut être ; mais il faisait si beau. La » saison a devancé Tépoque ordinaire ; j'y attendais la paix. >» Le 5 octobre , j'ai envoyé Laiiriston pour en parler. J'ai » pensé aller à Pétersbourg ; j'en avais le tems ; dans les prc- •» vinces méridionales de la Russie ; à passer l'hiver à Smo- » lensk. On tiendra â Wilna. J'y ai laissé le roi de Naples. » Ah ! ah ! c'est uiie grande scène politique. Qui ne hasarde » rien n'a rien. Du sublime au ridicule , il n'y a qu'un pas. » Les russes se sont montrés. L'empereur Alexandre est » aimé. Us ont des nuées de cosaques. C'est quelque chose » que cette nation. Les paysans de la couronne aiment leur » gouvernement. La noblesse est montée à cheval. On m'a » proprosé d'affranchir les esclaves ; je ne l'ai pas voulu ; ils » auraient tout massacré : cela eût été horrible. » ( Les es* -claves, ou pour mieux dire les serfc, n'étaient pas moins furieux contre les français que les aulres habitans de la Russie; et quelque peu éclairés qu'on veuille les supposer , la liberté donnée par Buonâp,arte leur eût paru un contre-sens). «Je » faisais une guerre réglée à l'empereur Alexandre. Mais » aussi qui aurait cru qu'on frappât jamais un coup comme »' criai de la brûlure de Moskou ? Maintenant ils nous Tat-î
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affaiblie. Buonaparte n^en fut pas moins compU* meotéi ^le surlendemain y par le sénat , dont le comte de Lacépède fut de nouveau Torgane : « L'absence de votre majesté , sire , dit-il , est » toujours une calamité nationale ; sa pr&ence » est un bienfait qui remplit de joie St de con- » fiance tout le peuple français. ^> La première partie de cette phrase était parfaitement conforme à la vérité, si M. de Lacépède entendait parler "" du fléau de la guerre, dont les opérations étaient ordinairement sur le point de commencer^ lorsque Napoléon quittait la capitale ; mais pour la jcne dont sa présence avait rempli le peuple français y oa peut assurer que c*était un jeu de Timagina* tioQ de Torateur (i). Le passage .suivant du même discours pourrait en fournir la preuve : « Dans- > les comméncemens de nos anciennes dyn^si î» lies. Sire ( poursuivit M. de Lacépède ), on vit I > plus d^une fois le monarque ordonner qu^un ser- I > ment solennel liât d^arance les français de tons ^ les rangs à Théritier du trône ; et quelquefois ^
* tribuent ; mais ce sont bien eux : cela eût fait honneur à
* Rome. » H nous semble difficile de nier , -après cet aveu , ^ue l'incendie de Moskou ait sauvé la Russie.
(i) il est même connu que tous ses ministres et agens ^eot dans ta terreur ^ loisqti^il fevenait après uoa longue
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» lorsque Tàge du jeune prince le permît , une » couronde fut placée sur sa tétë, comme le gage » de son autorité future et le symbole de la per- » pétuité du gouvernement. » Si lés français , et surtout les habitans de Paris , avaient montré une froideur moins marquée au bruit de la mort de Buohaparte , on n^aurait certainement pas songé à une précaution qui n^a guère été^ prisé que lors^ que la succession au trône a paru menacée.
Napoléon dit , entre autres choses , au sénat, dans la réponse qu^il lui adressa : « Des soldats' tî- » mides et lâches perdent Tindépendance des na- » tlons ; mais des magistrats pusiltanimes détrui- » sent Tempire des lois , les droits du trâne et » Tordre social même.
» La plus belle .mort serait celle d^un soldat » qui périt au champ d^hqnneur , si la mort d^un :» .magistrat qui périt en défendant le souverain , » le trône et les lois , n'était plus glorieuse en- » core
» Nos pères avaient pour cri de ralliement : i » le roi est mort i piçele roi/ Ce peude.mpts con- » tient les principaux avantages de la monar- » chie »
C'était évidemment la conduite 4u préfet de la Seine qui avait suggéré ceS: réflexions , dont la justesse , il est vrai , ne peut ét^e contestée^ Buonaparte y en les fais^t y se proposait sans doute
àilssî d'^altiî'er l'attention pubKque sur les conspirateurs et leurs adhcrens, pour Tempêcher de se. porter tout entière sur les désastres de sa retraite» 11 fallut en parler cependant ; mai$ la fnatière était si délicate, que , pour se tirer dVmbari^aSi Buonaparte fut forcé de se mettre , jusqu^à un certain point , en contradiction aVec lui-même , en déclarant que les pertes essayées par son armée n'élaient dues qu'à la rigueur prématurée de ia saison (i), quoiqu'il eût dit dans le 36?. WUetin , daté de Borrowsk eft du 23 octobre : « Les habitans » delà Russie ne reviennent pàsdutems qu'il fait » depuis vingt Jours. C^est ie Éàl^l et tes l>elles » journées du voyage de Fontainebleau. »
Le coïisôil d'état ne pouvait se dispenser âon plus de pt-ésenter ses hommages. Le dis^cours de son orateur roula sur la conspiration et sur les malheurs de la grande armée. Nous n'en ferions
(i) Il aurait fallu n'aîvoir aucune cohhâifssân'ce du dhnàt de la Russie , ou ît n^y a ordiiraif^em^nt ni priAtèius ni au^ tomne y pùUT croirp que L'hiver y aurait été prématuré le 6 novembre ^ |our où il comoleuça de «e faiire isentir, et où 1^ neige tcfmba à ,gro$ floc0^s. BUonaparte avait même é{é prévenu plutôt de son approche ; car upe lettre de Moskou 9 en date du 3 octobre , annonçait qu'on y avait déjà ressenti un f'oid de troi^ degré^. ( P^Cj^ez le Journal de l^empitc , du âo ociobre 181a. )