‹ Histoire de Napoléon d'après lui-memeChapitre 19 sur 52 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Traité de Campo-Formio.

La journée du i8 fructidor changea aussi- ^^^^'

*l !•• iT-v- • 1111 1 ^* Directoire

tôt la politique du Directoire; cite i aveugla change sur ses propres forces. Dès lors , au lieu **" p"'""*"' d'applanir les difficultés qui se présentaient pour le traité de paix avec l'Autriche, il en créa lui-même de nouvelles. C'est ainsi qu'à cette même époque , il refusa de ratifier le traité conclu avec le roi de Sardaigne, et qu'il parvint à éloigner du continent Je plénipotentiaire anglais , lord Malmesbury, qui s'était rendu à Lille pour y négocier, de bonne foi , la paix entre la Grande-Bretagne et la république française ; c'est ainsi qu'il faisait insinuer à Napoléon de rompre les négociations, et de recommencer les hostilités.

Lorsque le Directoire s'aperçut que cette marche ne réussissait pas , il envoya son uhimatwn, en date du 29 septembre. La France ne voulait plus céder à l'Autriche

ni Venise, ni la ligne de FAdige. C'était l'équivalent d'une déclaration de guerre.

^ Napoléon jugea que cet ultimatum, si diffé-

rent des bases posées à Montebello , et approuvées par le gouvei"nement avant la journée de fructidor, ne serait point accepté par l'Autriche ; il sentit dès lors combien sa position était difficile, puisque, en sa qualité de plénipotentiaire , il devait déclarer la guerre, en même temps que, comme général en chef, il se démettrait de son commandement , pour ne pas exécuter un plan de campagne contraire à son opinion. Pendant qu'il méditait sur cet état des choses, une dépêche du ministre àes affaires étrangères lui apprit qu'en arrêtant son ultim,atum, le Directoire avait été dans l'opinion que le général en chef était en mesure de le faire agréer par la force des armes. Cette communication lui prouva que le sort de la France était entre ses mains, et qu'il dépendait du parti qu'il choisirait: il se décida pour la paix.

Conférences Déjà,ron était d'accord sur les principes;

d'udme. jjiais on était bien loin de l'être sur le mode d'exécution. De nouvelles conférences eurent lieu à Udine: le comte de Cobcnlzel se

( -63) débattait contre \ ultimatum posé par Napoléon , et assurait que l'empereur était irrévocablement résolu à s'exposer à toutes les chances de la guerre, à fuir même de sa capitale , plutôt que de consentir à une paix aussi désavantageuse. En même temps, il menaçait du secours des troupes russes ; il fmit par dire qu'il partirait dans la nuit , et que tout le sang qui coulerait dans cette nouvelle lutte retomberait sur le négociateur français.

Napoléon, vivement piqué de celte sortie, se leva avec beaucoup de sang-froid , prit sur le guéridon un petit cabaret de porcelaine que le comte de Cobentzel affectionnait et s'écria: « La trêve est donc rompue et « la guerre déclarée : mais souvenez-vous « qu'avant la fin de l'automne je briserai « votre monarchie comme je brise celte « porcelaine. >» En prononçant ces derniers mots, il la jeta à terre avec vivacité, salua le congrès , et sortit. Les plénipotentiaires aulrichicns restèrent interdits. Peu après , ils apprirent que le général français, en montant à cheval, avait expédié un officier à l'archiduc Charles pour le prévenir que , les négociations élant rompues, les hostilités

ï 7 octohrr

Paix de

Campo-Formio.

( "64 ) recommenceraient sous vingl-cjuatre heures. Le comte de Cobentzel, e.lTrayé, envoya aussitôt le marquis de Gallo près de Napo- !e'on , avec la déclaration signée cpi il adhérait à Xultbnatum de la France. Le lendemain, 17 octobre, la paix fut signée à cinq heures du soir.

Par ce traité , l'empereur reconnut à la république française ses limites naturelles , le Rhin , les Alpes , la Méditerranée , les Pyrénées, l'Océan ; il consentit à ce que la république cisalpine fût formée de la Lomhardie, des duchés de Reggio, Modène , la Mirandoîe ; des trois légations (de Bologne, de Ferrarc et de la Romagne) ; de la Valteline et de la partie des États vénitiens sur la rive droite de l'Adige. Il céda encore le Brisgaw, ce qui éloignait les Etats héréditaires des frontières françaises. Il fut convenu , en outre , que le boulevard important de Maycnce serait remis aux troupes de la république, d'après une convenlion militaire cpii serait faite à Rastadt, on le plénipotentiaire français et le comte de Cobentzel se donnèrent rendez-vous.

C'cvSt dans ce fameux traité que le rédacteur avait mis pour premier article: « L'em-

pereur d'Allemagne reconnaît la république française. » — « Effacez cela, lui ditNapo- « léon , la république française est comme « le soleil : est aveugle celui qui ne la voit « pas. n

Napoléon avait envoyé successivement tous ses généraux porter des drapeaux à Paris, ce qui mettait le gouvernement à même de les connaître et de se les attacher par des récompenses : il chargea le général Berlhier de porter le traité de Campo- Formio; et , voulant donner une preuve d'estime et de considération aux sciences, il lui adjoignit le célèbre Monge , membre de la commission des sciences et des arts en Italie.

Le traité de Campo-Formio surprit le Directoire, qui était loin de s'y attendre ; il laissa percer son mécontentement : on assure même qu'il pensa un instant à ne pas le ratifier; mais Topinion publique était trop prononcée, et les avantages que cette paix assurait à la France étaient trop évidens.

Aussitôt après la signature de la paix, Napoléon retourna à Milan , pour mettre la dernière main a l'organisation de la république cisalpine, el compléter les mesures

Napuléon jiiilte l'ilalir

( -66 ) administratives de son armée. Il prit alors congé du peuple italien et de ses soldats ., en leur adressant des proclamations touchantes.

Arrivé à Turin , le roi de Sardaigne désirait le voir et lui témoigner publiquement sa reconnaissance; mais les circonstances étaient déjà telles qu'il ne crut pas devoir se complaire à des démonstrations de cour. Il continua sa route vers Rastadt.

Réuni au Congrès, Napoléon s'empressa de signer la convention pour la remise de Mayence aux troupes françaises, en échange de Yenise et de Palma Nuova, qui devaient être livrées le même jour aux troupes autrichiennes. A Rastadt comme à Turin , Napoléon se déroba aux témoignages d'admiration que les princes allemands lui prodiguaient; et aussitôt que les troupes françaises eurent occupé Mayence , il quitta le Congrès , traversa la France incognito , arriva à Paris , et alla descendre dans sa petite maison, rue Ghantereine, à laquelle la municipalité donna spontanément le nom de rue de la J^ictoire.

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