CHAPITRE XYII
Campagnes dEgyjiie et de Syrie.
ToTiT-A-coup la France apprend que quarante mille hommes de bonnes troupes sont réunis dans les ports de la Méditerranée, et qu'un armement immense se prépare dans celui de Toulon. Treize vaisseaux de ligne, quatorze frégates, quatre cents bâtimens de transport sont prêts à recevoir et à escorter cette armée , dont les principaux généraux sont Berthier , CaflFarelli , Kléber, Desaix, Régnier, Lannes, Dumas, Murât, Andréossi, Belliard , Menou et Zayonsclieck ; mais ce qui étonne encore davantage, ce sont les cent membres que la commission des sciences et des arts détache de son sein pour adjoindre à cette expédition mystérieuse. Est-ce un nouvel Etat que la France veut fonder Où va-l-elle porter sa liberté et sa civilivsation ? est-ce dans l'Inde , en Grèce , en Egypte? Le secret est ganlé.
La première opinion que (onçul le cabinet de Sainl-James, lut que tous ces préparatifs se dirigeaienl contre l'Angleterre et rirlandc, et que la France voulait profiter de la paix du continent pour terminer cette longue lutte par une guerre corps à corps. L'amirauté anglaise se contenta d'équiper à la hâte une nouvelle escadre, afin de renforcer celles qui bloquaient Cadix et Brest ; un renfort de dix vaisseaux de ligne fut aussi envoyé à Nelson , qui croisait dans la Méditerranée : tout avait été prévu dans les instructions données à cet amiral , excepté une expédition en Egypte.
Enfin , le moment du départ est arrivé. Les escadres de Gênes , de Civitaveciiia , de Bastia, se réunissent à celle de Toulon. Napoléon a contposé son état-major , et l'on remanpie parmi sesaides-de-campson frère Louis, Duroc , Eugène Beauharnais, le fils du directeur Merlin, et le Polonais Sulkowsky. Tout est prêt pour mettre à la voile.
Dans la nuit du 19 mai 1798, un coup de '9 "i*'
-1 1 ' . I Départ
vent endommage les vaisseaux de Nelson , je lexpédiiion et le force d'aller se l'éparer Aaiis le golfe ' ^^^^^ d'Osland , en Sardaigne. Le général en chef
( i8o ) profite de cette tirconstance et fait appareiller.
Au moment du départ , Napoléon adresse à son armée une proclamation brusque, énergique , dans laquelle on remarque les phrases suivantes : « Soldats ! vous avez fait « la guerre des montagnes , des plaines « et des sièges ; il vous reste à faire la guerre « maritime. Les légions romaines , que vous « avez quelquefois imitées , luais pas encore « égalées, combattaient Carthage tour-à-tour « sur cette même mer, et aux plaines de « Zama. La victoire ne les abandonna ja- « mais , parce que constamment elles furent « braves , patientes à supporter la fatigue ,
« disciplinées et unies entre elles Soldats,
« matelots! vous avez été jusqu'à ce jour « négligés ; aujourd hui la plus grande sol- « licitude de la république est pour vous. « Le génie de la liberté , qui a rendu dès sa « naissance la république arbitre de l'Eu- <f rope , veut qu'elle le soit des mers et des « nations les plus lointaines » Cette proclamation était terminée par la promesse à chaque soldat , qu'au retour de cette expédition il serait possesseur de sept arpens de terre.
Ce soleil , qu'on appela tant de fois depuis le soleil de Bonapaiie , éclaira le majestueux dépari de la flotte expéditionnaire.
Le lo juin 1798, l'escadre française était devant Malte. Le général en chef voulant compléter la conquête de la Méditerranée, ordonna un débarquement. La descente eut lieu sous le canon de la ville et des forts qui la protègent ; mais les chevaliers de Saint - Jean de Jésusalem défendirent mal leur inexpugnable rocher. Une courte et honteuse négociation eut lieu le lendemain , et les Français occupèrent la ville et les fortifications. Ainsi tomba Tordre de Malte , deux cent soixante-huit ans après la donation de l'île par Charles-Quint. Le pavillon tricolore affranchit ce dernier asile de la chevalerie religieuse. Au reste , l'ordre de Malte était depuis long-temps dans une décadence complète ; il n'avait plus d'escadre , si ce n'est quatre à cinq galères destinées à faire annuellement quelques promenades dans la Méditerranée , en évitant les Barbaresques. Ces ridicules parades avaient pour résultat des fêtes et des bals donnés dans les ports de Livourne , Naples et de Sardaigne. On ne trouva à Malic aucun chantier de
1 1 jdin.
Prise de Malle.
( «8^ ) ronstruction : un vaisseau de 64 et deux frégates pourrissaient dans le port, sans jamais sortir. Les jeunes chevaliers avaientfait leurs caravanes, sans avoir jamais tiré un seul coup de canon ni de fusil , et sans avoir vu un ennemi.
Le général en chef laissa une bonne garnison dans cette île , et fit continuer la roule pour l'EgypIe.
Cependant l'amiral Nelson étant retourné croiser devant Toulon , reconnut queTescadre française en était sortie. Il courut aussitôt reconnaître tous les lieux qu'il supposait devoir être le rendez-vous de l'expédition française. Le 20 juin, il était devant Naples: là seulement il sut que l'escadre française avait débarqué à Malte , cl que l'ambassadeur de la républi([uc avait donné à entendre que rex})édition était destinée pour l'Egypte. Nelson fit voile vers Alexandrie , oh il arriva le 29 juin.
Napoléon apprit sur les côtes de Candie l'existence d'une escadre anglaise dans ces parages ; il ordonna alors qu'au lieu de se diriger directement sur Alexandrie, on ma-^ nœuvrât pour reconnaître le cap d'Azé , en Afrique , et de ne se présenter devant
( -83) Alexandrie que lorsqu'on en aurait reçu des nouvelles. Ces dispositions furent favorables au débarquement ; car le même jour où la flotte française atterrait sur la rôle d'Afrique, Nelson arrivait devant Alexandrie. N'y ayant appris aucune nouvelle de l'escadre expéditionnaire, l'amiral anglais se dirigea sur Rhodes , sur Syracuse et sur la Morée. Ce fut là seulement que Nelson apprit le débarquement des Français à Alexandrie , deux jours après qu'il eut quitté celte rade.
A peine le débarquement des deux divi- i^juiiiet. sions fut-il opéré, que le général en chef se met en marche vers Alexandrie , qui se disposait à une défense. Trois colonnes se pré-
ciî5)ilent contre les murailles de la ville ; elles
sont emportées avec une impétuosité qui étonne le nouvel ennemi. La ville n'a pas le temps de capituler: elle se rend au vainqueur.
Avant de débarquer, Napoléon avait dit aux soldats français dans une de ses plus belles proclamations: Les peuples avec les- « quels nous allons vivre sont mahométans ; i< leur premier article de foi est celui-ci : «< Il n y a d'autre Dieu (jiie Dieu, et Maho- M met est son prophète.. Ne les contredites pas;
Débarquement
el prise d'Alexandrie.
( i84 ) )i agissez avec eux comme vous avez agi avec " les Juifs et avec les Italiens. Ayez des « égards pour leurs muphtis et pour leurs « imans , comme vous en avez eu pour les « rabbins et les évêques,.... Les légions ro- « maines protégeaient toutes les religions. M Vous trouverez ici des usages differens « de ceux de l'Europe ; il faut vous y accou- « tumer. Les peuples chez lesquels nous al- « Ions traitent leurs femmes différemment <( que nous ; mais dans tous les pays , celui « qui viole est un monstre ; le pillage n 'en- <i richit qu'un petit nombre d'hommes , il « nous déshonore, il détruit nos ressources ; M il nous rend ennemis des peuples qu'il est « de notre intérêt d'avoir pour amis. »
Après avoir parlé ainsi à l'armée française, le général en chef adresse une autre proclamation aux fanatiques Musulmans d'Alexandrie. « Peuple de l'Egypte, on vous M dira que je viens pour détruire votre re- « ligion : ne le croyez pas ; répondez que je « viens vous restituer vos droits , punir les « usurpateurs , et que je respecte plus que « les Mameluks , Dieu , son prophète et le
« Koran Qadhys , cheiks, imans, tchor-
" badys , dites au peuple que nous sommes
( -85 ) « aussi de vrais Musulmans. N'est-ce pas « nous qui avons détruit le pape , qui disait u qu'il fallait faire la guerre aux Musul- « mans ? N'est-ce pas nous qui avons détruit « les chevaliers de Malte? Trois fois heureux « ceux qui seront avec nous !.... Malheur à « ceux qui s'armeront pour les Mameluks, « et combattront contre nous! Il n'y aura « pas d'espérance pour eux ; ils périront ! »
A peine maître d'Alexandrie, le général en chef donne au débarquement toute l'activité qui lui est propre. L'amiral Brueys reçoit l'ordre de conduire la flotte au mouillage d'Aboukir, d'où elle communique avec Rosette et Alexandrie. Quant à l'escadre , elle doit entrer dans le vieux port d'Alexandrie, ou se rendre à Corfou.
Avant de partir , pour aller à la rencontre des Mameluks , Napoléon réitéra à l'amiral l'ordre d'entrer dans le port d'Alexandrie ; malheureusement les pilotes turcs déclarèrent que les vaisseaux de 74 ne pourraient pas entrer dans le port, et à plus forte raison ceux de 80 et de 120 canons. Il aurait fallu alléger ou employer des chameaux , et d'ailleurs l'amiral craignait , une fois entré, de ne plus pouvoir sortir. Le rapport de ces in-
Mardic
elincronlciuetit
«le l'armée.
( 186 ) convénicns fut fait au général en chef ; mais déjà il sVtait avancé vers le Caire , et les Arabes avaient coupé les communications entre l'armée et l'escadre. L'amiral Brueys aurait dû se rendre à Corfou ; il se contenta d'embosser son escadre à Aboukir, oii il la croyait inattaquable.
Le 7 juillet, l'armée partit d'Alexandrie, et arriva le lendemain au soir à Damanhour , souffrant beaucoup dans ce désert de l'excessive chaleur et du manque d'eau. Aucune armée dans le monde n'était moins propre à l'expédition d'Egypte que celle que Napoléon y conduisait. C'était l'armée d'Italie. Il serait difficile d'exprimer le dégoût , le mécontentement , la mélancolie , le désespoir de cette armée lors de ses premiers momens en Egypte. On avait vu deux dragons sortir des rangs pour se précipiter dans le Nil. Les généraux les plus distingués, Lannes , Murât , avaient souvent jeté , dans des momens de rage, leurs chapeaux bordés sur le sable, et les avaient foulés aux pieds en présence des soldats. On y complota plus d'une fois d'enlever les drapeaux, et de les ramènera Alexandrie. L'influence, la gloire de leur chef, son caractère , }mrenl
( '^^7 ) seuk retenir les mcronlens. Les soldais en voulaient principalement au général CafFarelli , qu'ils croyaient être un des moleurs de l'expédition. Heureusement l'humeur des Français finit par s'exhaler en mauvaises plaisanteries. Caffarelli avait une jambe de bois , ayant perdu la sienne sur les bords du Rhin ; toutes les fois que les soldats le voyaient passer , ils s'écriaient aussitôt : <■< Celui-là se moque bien de ce c[ui arrivera ; « il est toujours bien sûr d'avoir un pied en « France. « Les savans étaient aussi l'objet de leurs brocards. Les ânes étaient fort communs en Egypte , et presque tous les soldats en avaient à leur disposition ; ils les nommaient toujours leurs derni-saçans. La première fois que l'armée traversa le désert , les soldats se rappelant la proclamation du général en chef, par laquelle il leur promettait à chacun sept arpens de terre : « Si « c'est ici que doivent être situés nos do- « maines , disaient-ils, le gaillaid pouvait M bien assurément nous promettre du ter- « rain à discrétion , nous n'en aurions pa.s K abusé. » C'est par ces sortes de plaisanteries que les Français oubliaient leurs fatigues en Egypte. Quant à la conduite de
Conibal lie Rciiianiali.
l'armée devant l'ennemi , elle a toujours été admirable.
Le lo juillet, la division Desaix fut attaquée à Remaniah , par un corps de sept à huit cents Mameluks qui , après une canonnade assez vive , et la perte de quelques hommes , se retirèrent.
Cependant Mourad-Bey, à la tête de son armée , ayant huit à dix grosses chaloupes canonnières et plusieurs batteries sur leNil, attendait l'armée française au village de Chebrheis. Les Mameluks avaient un magnifique corps de cavalerie , couvert d'or et d'argent , armé des meilleures carabines et pistolets de Londres , et monté sur les meilleurs chevaux du continent. L'armée française n'avait que deux cents cavaliers , écloi3 juillet, pés et harassés de la traversée. Le i3 juillet,
Combat 11 ' c t ' T
de ci.ebri.eis l^s dcux armccs turent en présence. Le combat fut opiniâtre entre la flotille française, commandée par le chef de division Ferrée, et celle de l'ennemi: on fit enfin sauter leur amiral, et on leur prit une demi-galère.
La cavalerie des Mamelucks inonda toute la plaine , déborda toutes nos ailes , et chercha, de tous les côtés, le point faible des lignes françaises pour pénétrer ; mais par-
( ,89 ) tout on lui opposait un double feu do flanc et de front. Ils essayèrent plusieurs fois de charger , mais sans s'y déterminer. Enfin , après être reste's une partie de la journée à demi-portée de canon , ils opérèrent leur retraite , et disparurent. Leur perte fut de trois cents hommes , tués ou blessés.
Après sept jours de marche, privée de tout , et dans un des climats les plus brûlans du monde , Tarmée française aperçut les pyramides , et campa à six lieues du Caire. Là , le général en chef apprit que vingt-trois beys , avec toutes leurs forces , s'étaient retranchés à Embabeh , et qu'ils y avaient garni leurs retranchemens d'une soixantaine de pièces de canon.
Le 21 juillet , l'armée française partit d'O- 21 juiiiet. medinar , à une heure du matin. Cette journée devait être décisive. A la pointe du jour, on rencontra une avant-garde de Mameluks, qui se retira en bon ordre sans rien tenter. A dix heures , les Français aperçurent l'armée ennemie rangée en bataille. Sa droite était appuyée au Nil et à un grand camp retranché, armé de quarante pièces de canon, défendu par une vingtaine de mille hommes d'infanterie. La ligne de cavalerie des Ma-
Balalile dos PviMiiiiJes.
( i9<^ ) meluks appuyait sa droite au camp relranrhé, et étendait sa gauche dans la direction des Pyramides. Il y avait environ huit à neuf mille chevaux. L'armée entière était de soixante mille hommes, tout compris. Deux ou trois mille Arabes tenaient l'extrême gauche , et remplissaient l'intervalle des Mameluks aux Pyramides. Ces dispositions étaient formidables. Les Français ignoraient ({uelle serait la contenance des Janissaires et des Saphis du Caire , mais ils connaissaient et redoutaient l'habileté et l'impétueuse bravoure des Mameluks.
L'armée française se rangea en bataille. Desaix commandait la droite. Le général en chef aperçut alors, avec de bonnes lunettes, que le camp ennemi était à peine ébauché , et que les canons n étaient pas sur des affûts de campagne ; c'était de grosses pièces en fer, tirées des bâtimens , et servies par les équipages de la flotille. Les dispositions de la bataille devaient être une conséquence de ces données.
Napoléon prit aussitôt le parlide prolon gerla droite, el de suivre le mouvement de celle aile avec toute l'armée, en passant hors de la portée du canon du camp reIran-
( ^9' ) rhc. Parce mouvcmenl, les Français iVauraicnt eu affaire qu'aux Mameluks et à la cavalerie , l'infanlerie et l'arlillefie de Tounemi ne pouvant plus lui être d'aucun secours
Mourad-Bey , qui commandait en chef toute l'armée ennemie , vit nos colonnes s'ébranler , et ne tarda pas à deviner notre but. Il sentit que le destin de la journée consistait à ne pas nous laisser exécuter notre mouvement. Il partit aussitôt à la tête de sept à huit mille cavaliers , et vint aborder la division Desaix, qui s'avançait par l'extrémité de notre droite. Cette division fut un instant compromise ; heureusement la masse des Mameluks n'arriva que quelques minutes après : les carrés étaient parfaitement formés , et reçurent la charge avec sang-froid. Napoléon , qiii était dans Je carré du général Dugua , marcha aussitôt sur le gros des Mameluks , et se plaça entre le Nil et le général Régnier. Au milieu de la mitraille, de la poussière , des cris et de la fumée , une partie des Mameluks rentra dans le camp d'Embabeh ; la cavalerie se jeta sur l'infanterie, et celle-ci se précipita dans les bateaux pour repasser le Nil. Mourad-Bey et les plus ha-
biles des siens s'étaient retirés sur Gizeh ; les autres Mameluks s'apercevant de la fausse direction qu'ils avaient donnée à leur retraite , voulurent reprendre la route de Gizeh : il n'en était plus temps; placés entre ces deux feux , ils voulurent essayer de traverser le Nil , qui les engloutit.
Retranchemens , artillerie , pontons , bagages, tout tomba au pouvoir des vainqueur. Plus de dix mille Mameluks ou fantassins se noyèrent ou restèrent sur le champde bataille. Les Mameluks avaient sur le Nil une soixantaine de bâtimens chargés de toutes leurs richesses , ils furent obligés d'y mettre le feu. Durant plusieurs jours, toute l'armée française ne fut occupée qu'à pêcher les cadavres des Mameluks; leurs armes, qui étaientprécieuses , la quantité d'or qu'ils étaient accoutumés à porter avec eux , rendait le soldat très-zélépour cette recherche. Ce fut au commencement de cette bataille , à laquelle Napoléon donna le nom de bataille des Pyramides , qu'il adressa à l'armée la célèbre proclamation commençant par ces mots : « Soldats ! du haut de ces py- « ramides , quarante siècles vous contem- » plent! ! ! »
Sur les 9 heures du soir, Napoléon entra dans la maison de campaj^ne de Mourad-Bcy, à Gizeh. La plus grande abondance régna dès lors dans le camp français , el l'armée commença à se réconcilier avec l'Egypte. Le lendemain, à la pointe du jour, Napoléon fit passer la division Vial dans l'île de Rodah. Cependant la flotille française n'arrivait pas ; le Nil était bas , el le contre-amiral Perrée faisait dire qu'il ne pouvait désigner le jour de son arrivée. Cette contrariété était extrême , car il fallait s'emparer du Caire dans le premier moment de stupeur. Heureusement que la consternation régnait dans cette grande ville.
Les proclamations que Napoléon avait publiées à son entrée en Egypte furent envoyées au Caire, ainsi qu'un drogman chargé de faire connaître les intentions des Français au cadi-scheick, iman de la grande mosquée. Le pacha avait quitté le Caire ; mais son kiaya vint conférer avec Napoléon. Le lendemain , une dépulation des scheiks du Caire arriva à Gizeh , pour annoncer qu'Ibraïm-Bey était allé camper loin de la ville, et que les Janissaires avaient décidé de se rendre. Le général Dupuy fut
r.oinbal
<le Salahié.
1 aoui.
Bataille navale
d'AlHiukJr.
envoyé au Caire, comme commandant d'armes, et prit possession de la citadelle. Les troupes françaises passèrent le canal , et occupèrent le Vieux-Caire et Boulac. Le général en chef fit son entrée au Caire le 26 juillet ; il alla loger sur la place El-Bekir, dans la maison d'Elfy-Bey, et y transporta son quartier-général.
Cependant , les deux principaux beys Ibraïm et Mourad , se retiraient lentement, l'un vers la Syrie, et l'autre sur la Haute- Egypte. Le général en chef se met à la poursuite d'IbraVra ; il rencontre à Belbeis les débris de la caravane de la Mecque, que les troupes de ce bey avaient pillée , délivre les marchands arabes , et leur donne une escorte française pour les conduire au Caire.
Bientôt après , les Français retrouvent Ibraïm-bey et les restes de son armée à Salahié; quelques heures de combat suffisent pour rejeter Ibraïm en Syrie.
Délivré de son plus dangereux ennemi ," Napoléon revient au Caire, ou il apprend la bataille navale d'Aboukir et les désastres de la flotte française. 11 se trouve ainsi prisonnier dans sa propre conquête ; mais il ne dénSespère de rien : « Nous n'avons plus
Cércinonifs religieuses
( 19-'^ ) « de flotte, (lit -il à ses soldats : eh bien! il « faut rester ici, ou en sortir grands comme « les anciens. »
La destruction de l'escadre française avait produit une fermentation sourde dans la ville .lès ï^piîrns. du Caire ; le général en chef habile à profiter de toutes les occasions qui pouvaient lui concilier famitié des habitans , saisit la première qui se présenta de rendre hommage à Tune des institutions politiques et religieuses du pays: c'était Fépoque de cette opération de la nature qui, chaque année, épanche le Nil sur le sol de l'Egypte, et de l'antique cérémonie que les Egyptiens célèbrent tous les ans en mémoire de ce bienfait. Le général français préside à cette fête, dont le pacha lui abandonne tout l'honneur. Au signal donné par Napoléon , la statue de la fiancée du Nil est précipitée dans les flots , la digue est rompue , et le peuple fait retentir et confond les noms de Bonaparte et de Mahomet.
Bientôt après , le général français célèbre la naissance de Mahomet, chez le scheik; les évolutions militaires qui eurent Heu en cette occasion furent commandées par le général même. 11 répandit de grandes au-
Sysicme d'adininistraliop.
mones , el son nom fut encore confondu avec celui d'Ali.
Enfin Tépoque non moins religieuse du départ de la caravane du Caire pour la Mecque, vint compléter la naturalisation du général et de l'armée , et ajouter encore a la confiance cjue les Français avaient déjà inspirée au peuple. Napoléon donne des ordres pour que la caravane soit protégée, et écrit lui-même au schérif de la Mecque.
La situation morale , résultant des dilTérens intérêts, des diiYérentes races qui habitent l'Egypte, n'échappa pas à Napoléon, et c'est sur elle qu'il bâlit son système de gouvernement.
Peu curieux d'administrer la justice dans le pays, les Français ne l'eussent pas pu quand même ils auraient voulu le faire. Napoléon en investit les Arabes, c'est-àdire les scheiks , et leur donna toute la prépondérance. Il créa un divan, composé de quarante grands scheiks; dès lors, il parla au peuple par le canal de ces hommes , qui étaient tout-à-la-fois les nobles et les docteurs de la loi; il intéressa ainsi à son gouvernement l'esprit national arabe et la religion du Koran. Par la même politique il
( '97 ) clierclia à s'emparer des Cophles : ceux-ci avaient de plus avec les Français les liens de la religion , et seuls ils étaient verses dans l'administration du pays. Les Cophtes qui voyaient les mamelucks détruits n'eurent d'autre parti à prendre que de s'attacher aux Français; et, par là, l'armée eut dans toutes les parties de l'Egypte, des espions , des observateurs , des contrôleurs , des financiers indépendans et opposés aux nationaux. Quant aux janissaires et Ottomans, la politique voulait que l'on ménageât en eux le grand-seigneur; l'étendard du sultan flottait en Egypte, et Napoléon était persuadé que le ministre Talleyrand s'était rendu à Constantinople et que des négociations sur l'Egypte devaient être entamées avec la Porte.
Après avoir organisé l'administration du EiaLiissement
Tv^ If •'iii'ii" ••, . T»Tr^ . de l'insliliil
pays, JNapoIeon établit l mstitut a Egypte : dEgypie. il fut composé des membres de l'institut de France et des savans et artistes de la commission , étrangers à ce corps ; ils s'adjoignirent plusieurs officiers d'artillerie et d'état-major, qui avaient cultivé les sciences ou les lettres.
L'institut fut placé dans im des palais
( '98) des beys : la grande salle du harem , au moyen de quelques changemens qu'on y fit, devint le lieu des séances, et le reste du palais servit d'habitation aux savans. Le jardin fut métamorphosé en jardin de botanique. On avait apporté de France un grand nombre de machines et d'instrumens de physique , d'astronomie et de chimie ; ils furent distribués dans les diverses salles qui se remplirent successivement de toutes les curiosités du pays , des trois règnes de la nature.
Jwcs habitans du Caire , instruits que ces assemblées n'avaient pour objet aucune affaire religieuse, se persuadèrent que c'étaient des réunions d'alchimistes, où l'on cherchait les moyens de faire de l'or. Les mœurs simples des savans, leurs constantes occupations, les égards que leur témoignait Farmée, leur utilité pour les objets d'art et de manufacture , pour lesquels ils se trouvaient en relation avec les artistes du pays, leur acquirent bientôt la considération et le respect de toute la population. Plusieurs des membres de l'institut furent aussi employés dans fadministralion civile , et d'autres furent chargés de missions parti-
( ^99 ) culièrcs. Lorsque la Haute-Egypte fut conquise , ce qui n'eut lieu que dans la seconde année , toute la conimission des savans s'y rendit pour s'occuper de la recherche des antiquités. Ces divers travaux ont donné lieu au magnifique ouvrage sur l'Egypte , rédigé et gravé dans les quinze premières années de ce siècle, et qui a coûté plusieurs millions.
Quoique les fortifications et les bâtimens Travaux
.,., . . ,1 I .A faiU en Egypte.
militaires eussent occupe, dans la première année, tous les bras et toute l'activité de l'armée, le général en chef trouva encore les moyens de faire construire une chaussée de communication du Caire à Bculac , qui pouvait servir même pendant les inondations. On éleva un théâtre ; une manutention fut établie, et l'on bâtit plusieurs moulins à vent pour faire de la farine.
Mais pendant que Napoléon ne négligeait aucun moyen pour s'attacher la population, les émissaires de Mourad-bey et d'ibraïmbey parvinrent à soulever plusieurs contrées, OLi toutes les forces et toute la valeur française durent être employées. D'un autre côté, un manifeste du grand-seigneur, répandu par les Anglais dans toute l'Egypte,
23 octobre.
HevolleiliiCafrc.
annonçait de grandes aimëes pour anéantir les Français , et ordonnait de les traiter rorame des infidèles. Napoléon sentit tout le danger de sa position, recruta son armée, enrégimenta les marins échappés au désastre d'Aboukir, et prit toutes les mesures que sa prévoyance lui dicta.
Néanmoins , le 22 octobre , pendant que le général en chef était au Vieux-Caire, des rassemblemens séditieux et armés se formèrent dans la ville. Le général Dupuy, commandant de la place , y fut massacré , ainsi qu'un grand nombre de Français isolés. L'immense population du Caire, soulevée par les scheiks , a juré par Mahomet d'exterminer les Français. Le général accourt, mais les portes de la ville lui sont fermées : repoussé à celle du Caire , il est obligé d'entrer par celle de Boulac ; jamais moment plus critique n'avait atteint un conquérant ; jamais Napoléon n'avait eu plus de besoin de toute sa résolution. Il entre au Caire avec ses braves , repousse les Arabes dans le désert, dirige ses colonnes dans les rues , entoure de canons la ville et les mosquées , et offre aux rebelles un pardon qu'ils refusent. Alors farlillerie
foudroie la grande mosquée, les liaches en brisent les portes , et les rebelles sont abandonnés à la fureur des Français qui ont à venger leurs camarades lâchement assas-' sincs. Quelques scheiks , plusieurs Turcs et Egyptiens furent jugés et exécutés après cette terrible journée. Pour punir la ville , le général français abolit le divan , le remplaça par un gouvernement militaire, et imposa une contribution extraordinaire.
L'exemple qu'il fit de cette ville fut rigoureux ; mais la responsabilité qui pesait sur lui était trop grande pour ménager les coupables : aussi , la sédition ne se réveilla plus au Caire pendant tout le temps du séjour des Français.
Sorti de ce péril , Napoléon put enfin exécuter son projet d'aller résoudre à Suez le problême de la jonction de la mer Rouge avec la Méditerranée , et de rechercher les traces du canal de Sésostris. Il part accompagné de plusieurs membres de l'institut , et, en trois jours de marche dans le désert, l'expédition arrive à Suez. Après avoir ordonné de compléter les ouvrages de la place, et établi une nouvelle douane plus favorable au commerce de l'Arabie , Napo-
Voyage à la mer Ronge.
léon, profitant de la marée basse , traversa la mer Rouge à sec et gagna la rive opposée ; mais au retour il fut surpris par la nuit et par la mer montante : il courut le plus grand danger, et faillit à périr précisément de la même manière que Pharaon.
Pendant son séjour à Suez le général en chef reçut ufie députation des cénobites du mont Sinaï , qui venaient implorer sa protection et le supplier de vouloir bien s'inscrire sur l'antique registre de leurs garanties : Napoléon écrivit son nom à la suite de ceux d'Ali , de Saladin , d'Ibraïm et de quelques autres. Dans la même année , il avait reçu des lettres de Rome et de la Mecque : le pape l'appelait son très-cher fils, et le schérif, le proîecleur de la sainte Kaba.
T)ecouv-rie ^ forcc dc rcclierches , l'on découvrit
du ranal
jese»0£ins cufin , à dcux lieues de Suez, les traces de l'ancien canal, assez bien conservées pendant près de quatre lieues, et se perdant ensuite dans les sables. Il suffisait à Napoléon d'avoir reconnu l'existence de ce canal ; c'était un grand exemple qu'il avait sous les yeux, et dont il voulait lirer un parli bien avantageux pour l'Egyple; mais
il apprend aussitôt que Djezzar, pacha de Syrie, s'avance avec une tjrande armée, et que déjà son avant-garde occupe le lorl d'EI-Arish , qui défend les frontières de TEgypie. La guerre entre la Porte et la république française n'est plus douteuse. Le général en chef retourne au Caire.
Le principal but de l'expédition des '■^'^■
. Expédition
Français en Orient était d'abaisser la puis- je syrie. sance anglaise : c'était du Nil que devait partir l'armée qui allait donner de nouvelles destinées aux Indes. L'Egypte devait remplacer Saint-Domingue et les Antilles, et concilier la hberté des noirs avec les intérêts de nos manufactures : la conquête de cette province entraînait la perte de tous les établissemens anglais en Amérique et dans la presqu'île du Gange. La France une fois maîtresse des ports d'Italie, de Cor- , fou, de Malte et d'Alexandrie, la Méditerranée devenait un lac français. La révolution des Indes devait être plus ou moins prochaine, selon les chances plus ou moins heureuses de la guerre, et les dispositions des habilans de l'Arabie et de l'Egypte plus ou moins favorables, suivant la politique (juaurait adoptée la Porte dans ces nou-
velles circonstances ; le seul objet dont on dut s'occuper immédialement était de conquérir l'Egypte, et d'y former un établissement solide : aussi, les moyens pour y réussir étaient-ils les seuls prévus ; tout le reste était considéré comme une conséquence nécessaire, on n'en avait que pressenti l'exécution. L'heureuse issue de la bataille des Pyramides , la conquête de l'Egypte sans essuyer aucune perte sensible, les bonnes dispositions des habitans , le dévouement des chefs de la loi, semblaient d'abord assurer la prompte exécution de ces grands projets ; mais bientôt la destruction de Fescadre française à Aboukir , le contre ordre donné par le Directoire à l'expédition d'Irlande , et l'influence des ennemis de la France sur la Porte rendirent tout plus difficile.
En effet, deux armées turques se réunis saient, l'une à Rhodes , l'autre en Syrie, pour attaquer les Français en Egypte. Il paraît qu'elles devaient agir simultanément dans le courant de mai 1799, la première en débarquant à Aboukir, et la seconde en traversant le désert qui sépare la Syrie de l'Egypte. Si les Français restaient tran-
quilles en Egypte, ils allaient y être ;it laqués à la fois par les deux armées ; de plus il était à craindre qu'un corps de troupes européennes ne se joignît à elles, et que le moment de l'agression ne coïncidât avec des troubles intérieurs. Les règles de la guerre prescrivaient donc au général français de prévenir ses ennemis , de traverser le grand désert pendant Fliiver, de s'emparer de tous les magasins que l'ennemi avait formés sur les côtes de la Syrie , d'attaquer et de détruire les troupes au fur et à mesure qu'elles se rassembleraient. D'après ce plan, les divisions de l'armée de Pihodes étaient obligées d'accourir au secours de la Syrie , et l'Egypte restait tranquille , ce qui aurait permis aux Français d'appeler successivement la plus grande partie de leurs forces en Syrie.
Napoléon quitte le Caire à la tête de dix mille hommes, et part pour la Syrie. Les généraux Kléber, Bon , Régnier commandent l'infanterie ; le général Murât la cavalerie ; Dammarlin l'artillerie, et Caffarelli l'arme du génie. Le contre-amiral Perrée doit, avec trois frégates, croiser devant Jaffa, et apporter l'artillerie de siège.
Prise d FI- En peu de jours, Régnier arrive à Eleuiejaffa " Ansli , s'cuipare de la ville, détruit une partie de la garnison et force l'autre à se renfermer dans le château. Quelques jours après, le chaleau capitule , et l'armée se remet en route. Après soixante lieues d'une marche pénible dans le désert , l'armée aperçoit les belles montagnes de la Syrie et les riches plaines de Gaza. Cette ville, que les troupes de Djezzar venaient d'abandonner, envoie une députation au général en chef Deux jours de repos suffisent à l'armée française, qui ne tarde pas à arriver devant Jaffa : une forte garnison la défend. L'importance de cette place, qui offre un port à l'escadre , ne permet pas d'en retarder le siège. Trois jours suffisent pour battre en brèche. La place de Tassant est marquée, et, malgré la résistance acharnée de la garnison , JaiTa est emportée. Le massacre devient général , et peu de Turcs échappent à la mort.
symp'/imes Cepcudaut, des symptômes de peste s'é-
àe^tsie. taient manifestés dans le camp français dès le commencement du siège: Napoléon fait aussitôt établir l'hôpital des pestiférés, dans lequel eut lieu cette mémorable scène dont
M. Gros a fait run des chcfs-d'œuvro de la peinture française, il fallait relever le moral des soldats malades ; le général en chef entre dans toutes les salles des pestiférés, il leur parle, il les touche, et les rassure: dès cet instant, le soldat semble ne plus redouter ce terrible fléau.
Maîtres de Jalfa, les Français se dirigent sië-e a*- s^imsur Saint-Jean-d'Acre : constamment atta- ""' '^'^' qués en route par des forces nombreuses , ils chassent partout leurs ennemis , comme le vent chasse la poussière du désert. Kléber. Murât, Junot, Régnier, rivalisent de zèle , d'ardeur et de talent. La prise de Kaiffa , oii Farmée trouve des munitions et des approvisionnemens en tous genres, achève de faire oublier aux soldats toutes leurs fatigues et toutes leurs privations.
Enfin , les Français sont sous les murs de Saint-Jean-d'Acre , et en font le siège. Le 20 mars , la tranchée fut ouverte , on n'avait alors pour toute artillerie de siège qu'une caronadede 32 sans affût, et quatre pièces de 12, et Ton manquait de boulets. Néanmoins, cinq jours après, on jugea la brèche praticable, et l'on se flattait de prendre la ville d'assaut ; mais les sapeurs
envoyés pour déblayer le pied de la brêclie, furent arrêtés par une contrescarpe et un fossé de plusieurs toises. La plupart furent blessés ; le reste , en butte à une épouvantable fusillade , rentra précipitamment dans la tranchée.
Il fallut miner et faire sauter la contrescarpe ; la mine fit mal son effet. Le second assaut ne fut pas plus heureux que le premier; les grenadiers qui furent envoyés à la brèche la trouvèrent trop haute de plusieurs pieds. Néanmoins , les Turcs avaient été tellement effrayés de Faudace des grenadiers français qu'ils s'étaient enfuis au port, et que Djezzar pacha même s'était embarqué. La retraite des Français rendit le courage aux assiégés , qui , depuis cette époque, ne cessèrent de recevoir des renforts. On s'occupa alors de creuser un puits de mine afin de faire sauter toute une tour; il n'y avait plus moyen de s'introduire par la brèche, l'ennemi fayant remplie de toute espèce d'artifices. Durant ces travaux, l'armée turque fit une sortie générale, mais les colonnes de Djezzar furent bientôt repoussées dans les murs de la place , après avoir éprouvé de grandes pertes.
»799- 16 avril.
Ealaille ont-Tliabor.
Le gcncral en chef profita de l'avantage qu'il venait de remporter sur les assiégés , pour aller à la rencontre de Kléber, dont la division était presque cernée par la grande armée de Damas. Dans sa course, il livre les combats de Canaam, de Nazareth et de Saffet ; partout il met l'ennemi en fuite. 11 découvre enfin Kléber, qui, retranché dans des ruines avec quatre mille hommes, bravait les vingt mille Turcs qui l'entouraient. En un moment le général en chef improvise la victoire du mont Thabor. L'armée de Damas , attaquée sur tous les points , coupée m dans ses retraites , laisse cinq mille hommes sur le champ de bataille, perd ses chameaux , ses tentes , ses provisions. L'abondance règne dans le camp français. Le lendemain, le général en chef apprend que l'amiral Perrée a débarqué des canons de siège près de Saint-Jean-d'Acre, et l'armée reprend la route de cette place.
Le 25 avril, on mit le feu à la mine ; mais 35 avr.i
, • •■'••■ Il I Cdiiliniialion
un souterrain qui était sous la tour trompa d„ ,;, ..^ .j^ ^i. encore tous les calculs, il ne sauta que la •'"" ''^^'^"-• partie de la tour qui était du côté des Français, et tout l'effet de la mine se borna à enterrer deux à trois cents Turcs et quelle