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j 1 a rrusse serait conquise en SIX desRusses
semaines, arrivaient au secours des Prus- <3ans la Pologne siens, après leurs désastres. Ils envahirent la Pologne prussienne dans le mois de novembre, et le général Benigsen en Ira dans Varsovie.
Napoléon, jugeant qu'une nouvelle campagne était inévitable, quitta Berlin , le 25 novembre , et porla le quartier-général de la Grande- Armée à Posen, oii les divers corps se réunissaient. Murât , Davoust, Lannes et Augereau chassèrent les Russes de Varsovie : après un léger engagement, Benigsen s'était empressé d'évacuer la ville en apprenant que l'armée française venait à lui , et voulait tenter une affaire.
Enlrée des Français i Varsovie,
Paix avec la Saxe et le duc de
Saxe-Weimar.
L'entrée des Français dans cette grande ville fut un triomphe. L'amour de la patrie était non - seulement conservé en entier dans le cœur de toutes les classes , mais il s'était retrempé par le malheur. La première passion du peuple polonais , son premier désir, était de redevenii" nation. Les plus riches sortaient de leurs châteaux pour venir demander à grands cris le rétablissement de la nation , et offrir leurs enfans , leur fortune , leur influence : déjà ils avaient partout repris leur ancien costume, leurs anciennes habitudes.
Le trône de Pologne se rétablira-t-il, et cette grande nation reprendra-t-elle son existence et son indépendance ? Du fond du tombeau renaîtra-t-elle à la vie? Dieu seul , qui tient dans ses mains les combinaisons de tous les événemens , est l'arbitre de ce grand problême politique
Pendant que les corps d'armée français passaient successivement la Yistule , et que l'on mettait Varsovie dans un formidable état de défense , Napoléon signait à Posen la paix avec le vénérable électeur de Saxe, qu'il créait Roi, et avec le duc de Saxe- Weimar : tous les princes de Saxe étaient
conlr les Russes.
( 3-3 ) admis dans la Confédéralioii du Khin , ci la Grande-Armée se recrutait des conlingens <lc troupes de tous ces princes : des renforts arrivaient aussi de France; tout faisait espérer une heureuse issue de la campagne.
Elle s'ouvrit par divers combats sur le ouvenure Bui* où les Français eurent constamment deUcampagn
c -5 conlre
l'avantage. Bientôt l'armée passa l'Urna et la Sonna, et culbuta partout les Russes. Dès le 25 décembre, toutes les colonnes russes étaient coupées, errant à l'aventure, dans un désordre difficile à imaginer. Le général russe avait fait la faute de cantonner son armée, ayant sur ses flancs l'armée française. Si la saison eût été belle l'armée russe n'aurait pu se retirer, et aurait été perdue sans bataille; mais dans une saison où il fait nuit à quatre heures , l'ennemi qu'on poursuit a des chances pour se sauver, surtout dans un pays difficile , et coupé de bois.
L'année i8o6 se termina par les combats de Pultusk et de Golymin. A Pultusk, les Puisses avaient formé un camp où se trouvaient toutes les troupes sous les ordres du général Benigsen. 11 fut attaqué, le 26 dé-
Combals de Pullusk et de Golymin.
( 374) cernbre, par le maréchal Lannes, ayant la division Sucliet en première ligne , la division Gazan , en deuxième, el la division Gudin, sur sa gauche : le combat fut vif, mais il ne fut pas un instant douteux. L'ennemi, culbuté, dut battre en retraite pour gagner Ostrolenka. Le cinquième corps d'armée montra au combat de Pultusk ce que peuvent des braves, et l'immense supériorité de l'infanterie française sur celle des autres nations. Les généraux Vedel , Claparède , Treillard et Broussard furent blessés dans cette glorieuse affaire : le maréchal Lannes fut touché d'une balle.
Tandis que le général Benigscn était battu à Pultusk , les corps russes commandés par Buxhowden étaient également engagés à Golymin , dans leur camp. Les maréchaux Davoust et Augereau l'attaquèrent avec impétuosité ; le feu devint des plus vifs ; le combat continua jusqu'à onze heures du soir ; les Russes firent alors leur retraite en désordre sur Ostrolenka, laissant leur artillerie, leurs bagages et lems sacs.
Les destins de l'armée de Benigsen et de (elle de Buxhowden , devaient se terminer en-deça de la petite livièrc d'Orcye ; mais
( ^7^ ) tous les Tnouvemens des corps français furent (ontrariés par TefFel du dégel, au point que Tartillerie mit deux jours pour faire trois lieues. Toutefois , les Russes av.aicnt déjà perdu dans ces divers combats vingt -cinq à trente mille honimes, cent pièces de canon, et beaucoup de bagages.
Quelques jours après,rarmée russe quitta Oslrolenka, et toutle territoire de la Pologne prussienne se trouva évacué. L'armée française fut mise en quartiers d'hiver.
A cette époque, la Perse et la Porte-Ottomane venaient de déclarer la guerre à la Russie , ce qui produisit une grande diversion favorable à la France.
Cependant, le corps du général Essen , 1807. accouru du fond de la Moldavie, où il était offenTif" d'abord destiné à servir contre les Turcs, de» Russe* et plusieurs régimens qui étaient en Russie, mis en marclie depuis quelque temps des extrémités de ce vaste empire, avaient rejoint les corps d'armée , qui se mirent alors en marche pour porter le théâtre delà guerre sur le bas de la Vistule. Napoléon donna ordre à ses généraux de battre en retraite , et de favoriser les opérations offensives des.
R,usses, enles attirant sur le bas de la Vis- ^ule. ][l ordonna en même temps la levée di^squartjers d'hiver. L'Empereur partit de Y^rv^ovie^f^pt a^rj^ya le 3i janvier à Yillenberg. .';
Le i" février, Tannée française se mit en marche, et rencontra à Passenheim favantgarde russe, qui prenait TofFensive, et se dirigeait déjà sur Villenberg. Murât la fil charger par plusieurs colonnes de cavalerie, et la repoussa. Deux jours après, l'armée russe, qui avait rétrogradé en toute hâte, se voyant tournée par son flanc gauche , et jetée sur cette Vistule qu'elle s'était tant vantée de vouloir passer, parut rangée en bataille, ce qui donna lieu au combat de Bergfried , 011 les Russes furent mis en déroute. Leur armée se mit en retraite dans la nuit, et fut poursuivie pendant quatre jours par les divers corps français. Plusieurs combats eurent encore lieu jusqu'à Preussich-Eylau , qui fut enlevé de vive force par les troupes françaises , dans la soirée du 7 février.
Lelendemain,eut lieu la sanglante bataille d'Eylau. A la pointe du jour, les Russes comd'Eyiaii mcncèrent l'attaque par une vive canonnade sur la ville dËylau. Napoléon se porta à
8 février Bataille
(377 ) la position de l'église, que les Russes avaient tant défendue la veille. Il fit avancer le corps du maréchal Augereau et canonner le monticule par quarante pièces d'artillerie de sa garde. Une épouvantable canonnade s'engagea de part et d'autre. L'armée russe, rangée en colonnes, était à demi-portée de canon; tout coup portait. Impatientée de tan t souffrir , elle voulut déborder la gauche des Français. Au même moment les tirailleurs du maréchal Davoust se firent entendre sur les derrières de l'armée russe. Augereau déboucha en même temps sur le centre, et le général Sl.-Hilaire,sur la droite. L'un et l'autre devaient manœuvrer pour se réunir à Davoust ; mais à peine eurent-ils débouché, qu'une neige épaisse , et telle qu'on ne distinguait pas à deux pas, couvrit les deux armées. Dans cette obscurité, le point de direction fut perdu , et les colonnes , s appuyant trop à gauche, flottèrent incertaines. Le temps s'élant éclairci au bout d'une demi-heure, Murât, à la tète de la cavalerie, tourna la division St.-Hilaire, et tomba sur l'armée ennemie : manœuvre audacieuse s'il en fut jamais, cl (|ui était devenue nécessaire dans les ciiconstances où se trou-
valent les colonnes françaises. Cette charge inouie, qui avait culbuté plus de vingt mille hommes d'infanterie , et les avait obligés à abandonner leurs pièces, aurait décidé surle-champ la journée, sans le bois et quelques difficultés de terrain. La victoire, long-temps incertaine, fut enfin décidée lorsque le maréchal Davoust déboucha sur le plateau , et déborda les Russes, qui, après avoir fait de vains efforts pour le reprendre, battirent en retraite. Trois cents bouches à feu avaient vomi la mort de part et d'autre pendant douze heures. Si la bataille d'Eylau fut sanglante pour les Français , elle le fut bien plus pour les Russes : ils y firent pourtant (]es prodiges de valeur. La perle du côté des Français fut de douze à treize mille hommes hors de combat ; celle des Russes pouvait être évaluée à plus de vingt mille. Seize pièces de canon sont restées sur le champ de bataille.
Le lendemain, l'armée russe fut poursuivie jusqu'à la rivière de Frischling : elle se retira au-delà de la Prégel.
Ainsi, l'expédition offensive des Russes, qui avait pour but de se porler surThorn,en débordant la gauche de la Grande-Armée,
Mai
,e el ]
deDanliick.
(379) lui avail clé funeste. Douze à quinze mille prisonniers , vingt mille hommes iiors de combat, dix-huit drapeaux, cinquante-cintj pièces de canon , furent les trophées trop chèrement payés sans doute par le sang de tant de braves. Les Russes battus et rejetés à cent lieues de la Vistule, Taimée française reprit ses cantonnemens, et rentra dans ses quartiers d'hiver
La bataille d'Eylau , ayant fait échouer «so; tous les projets que les Russes avaient for- siev ei prise mes contre la Basse-Yistule, mit les Français à mesure d'investir Dantzick , et de commencer le siège de cette place. Le maréchal Lefèvre fut chargé de cette opération importante, et eut la gloire de faire capituler la garnison, le 26 mai. La prise de Dantzick fut un grand événement. Pendant la durée de ce siège l'armée française resta dans ses cantonnemens , et n'eut à soutenir que quelques combats d'avant-postes ; excepté toutefois l'affaire qui eut lieu sous les murs de Dantzick, lorsque les alliés voulurent ravitailler cette place par mer.
Cependant, l'empereur Alexandre était arrivé à son armée avec sa garde cl d'autres renforts. On savait (ju'il tenait souvent des
iSoy.
Juin.
MouTcment
offensif det Russes.
conseils de guerre avec le roi de Prusse, le grand duc Constantin et les principaux généraux. De son côté, la Grande-Armée avait aussi reçu des renforts des dépôts : tout an^ nonçait une nouvelle campagne sanglante.
En effet, dès le 5 juin , l'armée russe se mit en mouvement; ses divisions de droite atlacfuèrent le pont de Spandau ; mais ce fut vainement qu'elles retournèrent sept fois à la charge contre les retranchemens , elles furent repoussées avec une perte de douze cents hommes. Au même moment , deux divisions russes du centre attaquèrent la tête du pont de Lomitten ; elles furent également repoussées pendant tout le jour, et perdirent onze cents hommes. Enfin , le général en chef russe , avec la garde impériale et trois divisions , attaqua , le même jour et au même instant , les positions du maréchal Ney, qui dut se retirer sur Ackendorf, suivant les ordres de l'Empereur.
Le lendemain, les Russes attaquèrent encore le 6^ corps ; mais les manœuvres du maréchal Neyet son intrépidité, déjouèrent les projets des Russes : ils furent culbutés, eurent deux mille hommes tués et trois mille blessés.
Napoléon arriva Je 8 au camp de Ney : le c), il se porta sur Gutistadt, avec les corps de Ney, Davoust et Laniies , avec sa garde et la cavalerie de réserve. Le lo, la Grande- Armée se dirigea sur Heilsberg, enlevant partout les camps russes : elle atteignit l'arrière-garde russe en avant d'Heilsberg, et la culbuta. Toute l'armée russe se trouvait alors à Heilsberg : elle fit de nombreux efforts pour se maintenir dans ses positions ; mais , à la nuit , une division française la déborda, et l'obligea à se retirer. L'empereur Napoléon passa la journée du 1 1 sur le champ de bataille. Le 12 , tous les corps de la Grande-Armée s ébranlèrent , et prirent différentes directions. I-^e i3, un régiment de hussards entra à Friedland , mais il en fut chassé.
Enfin, le i4, les Russes débouchèrent sur le pont de Friedland. A trois heures du Bauiiie matin, des coups de canon se firent entendre. « C'est un jour de bonheur, dit l'Empereur: c'est Fanniversaire de Marengo I » Croyant qu'ils n'avaient devant eux qu'une quinzaine de mille hommes, les Russes continuèrent leur mouvement pour filer sur Kœnigsberg ; mais, à cinq heures du soir.
. juin.
(le Friedland.
les dilTérens corps d'armée étaient à leur place. Les Russes déployèrent alors toutes leurs forces, la gauche appuyée à la ville de Friedland , et leur droite se prolongeant à une lieue et demie. Napoléon , après avoir reconnu les positions , décida sur-le-champ d'enlever la ville de Friedland , en faisant ÎDrusquement un changement de front. Il fit commencer l'attaque par rextréuiilé de sa droite. A cinq heures et demie , le maréchal Ney commença le mouvement. Au même moment, la division Marchand .s'avança vers les Russes l'arme au bras. Dès l'instant ou le général Benigsen s'aperçut que Ney avait quitté le bois, il le fit déborder par des régimcns de cavalerie et une nuée de cosaques; les dragons de Latour-Maubourg partirent au galop et repoussèrent celte charge. Une batterie de trente canons fut alors placée au centre , et fit éprouver une perte horrible à l'armée russe. Les démonstrations que fit ensuite le général Benigsen pour opérer une diversion furent inutiles. Plusieurs colonnes d'infanterie russe , qui attaquèrent la droite du maréchal Ney, furent chargées à la bayonnctle et, précipitées dans l'Aile, où plusieurs milliers de sol-
dats trouvèrent la mort. La garde impériale russe, embusquée au ravin qui entoure Fridiand, débou( lia avec intrépidité, et fit une charge sur la gauche de Ney , qui fut un moment ébranlée ; mais la division Dupont marcha sur la garde impériale, la cubulta, et en fit un horrible carnage. L'effort que venaient de faire les Russes sur la droite ayant échoué, ils voultirent en essayer un autre sur le centre. C'était Lan nés qui le commandait; ils furent reçus comme on devait l'attendre des braves sous ses ordres. Les charges de finfanterie et de la cavalerie russes ne purent pas retarder la marche des colonnes françaises ; tous les efforts de la bravoure des Russes furent inutiles: ils ne purent rien entamer et trouvèrent la mort sous les bayonnettes françaises. Le maréchal Mortier, (pii , pendant loute la journée , avait mainlenu la gauche avec le plus grand sang-froid , marcha alors en avant, et culbuta tout ce qui lui était opposé ; la victoire ne fut pas un instant indécise. liC champ de bataille fut un des plus horribles à voir i les Russes y laissèrent quinze à dix-huit mille hommes, tandis qu'il n'y avait que quatre à cinq mille Fran-
( 384 ) çais. Cent vingt pièces de canon, vingt mille prisonniers, un grand nombre de drapeaux restèrent au pouvoir des Français.
Les restes de l'armée vaincue coururent se mettre à couvert en passant la Prégel, et en détruisant tous les ponts. Kœnigsberg fut abandonné après que Murât eut pris en flanc l'armée prussiennedu généralLestocq. L'empereur de Russie et le roi de Prusse se trouvaient depuis quelques jours à Tilsitt.
Les généraux russes, Bagralion et Benigsen, demandèrent alors un armistice,
rapereurs. q^iJ fyt COUclu Ic 22 juiu.
Le 25, eut lieu la première entrevue entre les deux Empereurs. Un large radeau , sur lequel on avait élevé un pavillon , fut placé au milieu du Niémen pour cetfe entrevue. Napoléon , Murât , Berthier, Bessières , Duroc et Caulincourt s'embarquèrent d'un côlé, en même temps qu'Alexandre, le grand duc Constantin, Benigsen , Ouvaroff, LabanoflT et le convie Liéven s'embarquaient de l'autre. Les deux bateaux arrivèrent en même temps ; les deux Empereurs .s'embrassèrent, et entrèrent
Armistice, et entrevue des deux
dans le pavillon , on ils curent une conférence de deux heures. Le lendemain, eut lieu une seconde entrevue, à laquelle le roi de Prusse assista.
Dès cet instant , on s'occupa , au milieu des fêtes et des manœuvres militaires , de la conclusion de la paix, qui fut signée le 8 juillet, et ratifiée le lendemain. La paix de Tilsitt fut glorieuse pour la France : il devenait probable que le blocus continental ne serait pas un vain mot.
A Tilsitt , les deux empereurs de France et de Russie se d»onnèrent des marques sincères d'estime et d'affection : on pouvait espérer que la paix de l'Europe ne serait pas troublée de long-temps ; mais ces heureux présages ne tardèrent pas à être détruits.
8 juillet.
Paix de Tilsitl.
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