CHAPITRE X
tléçohilion de Suède ; élection du rnarpclud 3ernadotte.
Deux grands evenemens avaient eu lieu en Europe depuis la campagne de Wagrani , sans qu'ils eussent été remarqués, tant Xt^ regards étaient fixés sur la France. Le premier fut la révolution de la Suède; le second, l'incorporation de Piome à l'empire français. Gustave IV s'était annoncé comme un héros , sa carrière avait été marquée de bonne heure par des traits fort remarquables ; encore enfant , on l'avait vu insulter Catherine par le refus de sa petile-fdle , au moment oi*i cette grande impératrice sur son trône , et au milieu de sa cour, n'attendait plus que lui pour la cérémonie du mariage. Plus tard , il n'avait pas moins insulté Alexandre , en refusant , après la catastrophe de Paul , l'entrée de ses Etals à un ^qs
6 juin.
Guslave IV
est déchu
«la Irône.
Il août.
Election du maréclial Bernadolle.
officiers du nouvel empereur. Il se déclara ensuite grand antagoniste de Napoléon , et l'on eût dit qu'il ne voulait rien moins que recommencer le grand Gustave-Adolphe.
Mais bientôt il ne fut plus que l'aveugle instrument des Anglais, auxquels il sacrifiait les revenus de sa couronne. Enfin , il acheva de se rendre odieux par un acte de violence qui lui fit tourner son épée contre des conseillers courageux et patriotes. On lui ôta cette épée , qui lui avait été donnée pour la patrie et non contre elle. Une conspiration peu commune l'arracha du trône et le déporta. L'unanimité contre lui prouve sans doute ses torts : toutefois est-il extraordinaire et sans exemple que dans cette crise il ne se soit pas tiré une seule épée pour sa défense.
Quelque temps après l'expulsion de Gustave , et la surcession au trône étant vacante, les Suédois voulant être agréables à Napoléon , et s'assurer la protection de la France, lui demandèrent un roi. Il fut question un moment du prince Eugène ; mais il eût fallu qu'il changeât de religion, ce que l'Empereur trouvait au-dessous de sa dignité et de celle de tous les vsiens. Puis
il ne jugeait pas le résultat politique assez grand pour excuser un acte si contraire aux mœurs. Toutefois, Napoléon attacha trop de prix, peut-être, à voir un Français occuper le trône de Suède. Dans sa position, ce fut un sentiment puérile; le véritable roi de sa politique, celui des vrais intérêts de la France, c'était le roi de Dannemarck.
Bernadotte fut élu , et il le dut à ce que sa femme était sœur de celle de Joseph , frère de Napoléon , régnant alors à Madrid. Voulant afficher une grande dépendance , il alla demander l'agrément de Napoléon , protestant, avec une inquiétude trop visible , qu'il n'accepterait c{u'autant que cela lui serait agréable. Napoléon , monarque élu du peuple , avait à répondre qu'il ne savait pas s'opposer aux élections des autres peuples. C'est ce qu'il dit à Bernadotte , dont toute l'altitude trahissait l'anxiété , ajoutant qu'il n'avait qu'à profiter de la bienveillance dont il était l'objet; que lui, Napoléon , ne vonlait avoir été pour rien dans son élection , mais qu'elle avait son assentiment et ses vœux.
Néanmoins, Napoléon éprouva alors un Reg"'» •«r<ii<i arrière instinct qui lui rendait la chose de^-
agréable et pénible. En eflel, Bernadotte s été le serpent nourri clans le sein de la France ; à peine il Teut quittée , qu'il était déjà dans le système de ses ennemis , et qu'il fallut le surveiller et le craindre. Plus tard , il a été une des grandes causes actives des malheurs de la France: c'est lui qui a donné aux ennemis de Napoléon la clé de sa politique, la tactique de ses armées ; c'est lui c^ui leur a montré les chemins du sol sacré. Vainement dira-t-il pour excuse cpi'en acceptant le trône de Suède il n'a dû être que Suédois : excuse banale , bonne tout au plus pour la multitude et le vulgaire des ambitieux. Pour prendre femme, on ne renonce point à sa mère , encore moins eston tenu à lui percer le sein.
Si Bernadotte avait eu le jugement et l'ame à la hauteur de sa situation, s'il eut été bon Suédois , ainsi qu'il l'a prétendu , il pouvait rétablir le lustre de sa nouvelle patrie , reprendre la Finlande, être sur Pétersbourg avant cjue Napoléon eut atteint Moscou ; mais il a cédé à des resscntimens personnels, à de toute petites passions. La tète lui a tourné de se voir recherché, encensé par des légi limes. Dans son enivre-
ment , il sacrifia s^^ nouvelle patrie cl l'ancienne , sa propre gloire , sa véritable puissance, la cause des peuples, le sort du monde: c'est une faute ([u'il paiera chèrement.
On assure qu'il s'en est repenti plus tard, c'est-à-dire lorsqu'il n'était plus temps, et que le mal était accompli. Le fait est qu'en se retrouvant au milieu des Français , il a vu que l'opinion en faisait justice ; il s'est senti frappé de mort. Alors ses yeux se sont dessillés. On ne sait pas , dans son aveuglement, à quels rêves n'auront pas pu le porter sa présomption et sa vanité!...