CHAPITRE XV
Traité de Catnpo- Formio.
1-97- La. journée du T 8 fructidor changea aussitôt ’c~' la politique du Directoire; elle l’aveugla sur de politique. ses propres forces. Dès lors, au lieu d’aplanir les difficultés qui se présentaient pour le traité de paix avec l’Autriche, il en créa lui-même de nouvelles. C’est ainsi qu’à cette même époque , il refusa de ratifier le traité conclu avec le roi de Sardaigne, et qu’il parvint à éloigner du continent le plénipotentiaire anglais, lord Malmesbury, qui s’était rendu à Lille pour y négocier, de bonne foi, la paix entre la Grande- Rretagne et la république française; c’est ainsi qu’il faisait insinuer à Napoléon de rompre les négociations, et de recommencer les hostilités.
Lorsque le Directoire s’aperçut que cette marche ne réussissait pas, il envoya son ultimatum , en date du 29 septembre. La France ne voulait plus céder à l’Autriche ni Venise , ni la ligne de l’Adige. C’était l'équivalent d’une déclaration de guerre. Napoléon jugea que
cet ultimatum , si différent des bases posées à Montebello, et approuvées par le Gouvernement avant la journée de fructidor, ne serait point accepté par l’Autriche; il sentit dès lors combien sa position était difficile, puisque, en sa qualité de plénipotentiaire , il devait déclarer la guerre , en même temps que , comme général en chef, il se démettrait de son commandement, pour ne pas exécuter un plan de campagne contraire à son opinion. Pendant qu’il méditait sur cet état des choses , une dépêche du ministre des affaires étrangères lui apprit qu’en arrêtant son ultimatum , le Directoire avait été dans l’opinion que le général en chef était en mesure de le faire agréer par la force des armes. Cette communication lui prouva que le sort de la France était entre ses mains, et qu’il dépendait du parti qu’il choisirait : il se décida pour la paix.
Déjà, l’on était d’accord sur les principes; mais on était bien loin de l’être sur le mode d’exécution. De nouvelles conférences eurent lieu à Udine : le comte de Cobentzel se débattait contre F ultimatum posé par Napoléon, et assurait que l’empereur était irrévocablement résolu à s’exposer à toutes les chances de la guerre, à fuir même de sa capitale , plutôt que de consentir à une paix aussi désa-
Conférences
ti’Udine.
vantageusc. En même temps, il menaçait du secours des troupes russes; il finit par dire qu’il partirait dans la nuit, et que tout le sang qui coulerait dans cette nouvelle lutte retomberait sur le négociateur français.
Napoléon , vivement piqué de cette sortie, se leva avec beaucoup de sang-froid , prit sur le guéridon un petit cabaret de porcelaine que le comte de Cobentzel affectionnait, et s’écria : « La trêve est donc rompue et la » guerre déclarée; mais souvenez-vous qu’a- » vaut la fin de l’automne je briserai votre » monarchie comme je brise cette porcelai- « ne. » En prononçant ces derniers mots, il la jeta à terre avec vivacité , salua le congrès et sortit. Les plénipotentiaires autrichiens restèrent interdits. Peu après, ils apprirent que le général français, en montant à cheval, avait expédié un officier à l’archiduc Charles pour le prévenir que, les négociations étant rompues, les hostilités recommenceraient sous vingt-quatre heures. Le comte de Cobentzel , effrayé , envoya aussitôt le marquis de Gallo près de Napoléon , avec la déclaration signée qu’il adhérait à Y ultimatum de la France. Le lendemain, 17 octobre, la paix fut signée à cinq heures du soir.
Parce traité, l’empereur reconnut à la ré- *7 octobre, publique française ses limites naturelles lecampoForaio. Rhin , les Alpes , la Méditerranée , les Pyrénées , l’Océan; il consentit à ce que la république cisalpine fut formée de la Lombardie, des duchés de Reggio , de Modène , de la Mirandole ; des trois légations (de Bologne, de Ferrare et de la Romagne); de la Valteline et de la partie des Etats vénitiens sur la rive droite de l’Adige. Il céda encore le Brisgaw, ce qui éloignait les États héréditaires des frontières françaises. 11 fut convenu, en outre, que le boulevard important de Mayence serait remis aux troupes de la république , d’après une convention militaire qui serait faite à Rastadt, où le plénipotentiare français et le comte de Cobentzel se donnèrent rendez-vous.
C’est dans ce fameux traité que le rédacteur avait mis pour premier article: «L'empereur d’Allemagne reconnaît la république française.» — « Effacez cela, lui dit Napoléon; la » république française est comme le soleil : est * aveugle celui qui ne la voit pas. »
Napoléon avait envoyé successivement tous ses généraux porter des drapeaux à Paris, ce qui mettait le gouvernement à même de les connaître et de se les attacher par des récompenses : il chargea le général Bcrthicr de por-
Napoléon quitta l’Italie.
ter le traité de Campo-Formio; et, voulant donner une preuve d’estime et de considération aux sciences, il lui adjoignit le célèbre Monge, membre de la commission des sciences et des arts en Italie.
Le traité deCampo-Formio surprit le Directoire, qui était loin de s’y attendre; il laissa percer son mécontentement : on assure même qu’il pensa un instant à ne pas le ratifier; mais l'opinion publique était trop prononcée, et les avantages que cette paix assurait à la France étaient trop évidens.
Aussitôt après la signature de la paix, Napoléon retourna à Milan , pour mettre la dernière main à l’organisation de la république cisalpine, et compléter les mesures administratives de son armée. 11 prit alors congé du peuple italien et de ses soldats, en leur adressant des proclamations touchantes.
Arrivé à Turin, le roi de Sardaigne désirait le voir et lui témoigner publiquement sa reconnaissance; mais les circonstances étaient déjà telles qu’il ne crut pas devoir se complaire à des démonstrations de cour. Il continua sa route vers Rastadt.
Réuni au congrès, Napoléon s’empressa de signer la convention pour la remise de Mayence aux troupes françaises, en échange de Venise
et de Palma Nuova, qui devaient être livrées le même jour aux troupes autrichiennes. A Ras tadt comme à Turin, Napoléon se déroba aux témoignages d’admiration que les princes allemands lui prodiguaient; et aussitôt que les troupes françaises eurent occupé Mayence, il quitta le congrès, traversa la France incognito, arriva à Paris, et alla descendre dans sa petite maison , rue Chantereine , à laquelle la municipalité donna spontanément le nom de rue de la Victoire.