‹ Histoire de Napoléon d'après lui-même, publiéeChapitre 23 sur 54 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Retour de Napoléon à Paris.

1798- Pendant les deux ans que Napoléon venait c','mp!,nt, de commander en Italie, il avait rempli le d Italie, yuonjg jg l’éclat de ses victoires : la coalition en avait été divisée. L’empereur et les princes de l’empire avaient reconnu la république. L’Italie tout entière était soumise à ses lois. Deux nouvelles républiques y avaient été créées dans le système français. L’Angleterre seule restait armée; mais elle avait manifesté le désir de la paix, et si le traité n’avait point été signé, il fallait en accuser la folie du Directoire après le 18 fuctidor.

A ces résultats si grands, obtenus sous le rapport des relations extérieures de la république , se joignaien t tous les avantages qu’elle avait recueillis dans son administration intérieure, et dans sa puissance militaire. A aucune époque de sqiA histoire, le soldat français n’avait éprouvé plus vivement le sentiment de sa supériorité sur tous les soldats de

l’Europe. C’était à l’influence des victoires d’Italie que les armées du Rhin et de Sambreet-Meuse devaient d’avoir pu reporter les couleurs françaises sur les bords du Lach, où Turenne, le premier, les avait arborées. Au commencement de 1796, l’empereur avait cent quatre-vingt mille hommes sur le Rhin, il voulait porter la guerre en France. Les armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin n’avaient point de forces suffisantes pour lui résister. Les journées de Montenotte, de Lodi, etc. , portèrent l’alarme à Vienne; elles obligèrent le Conseil aulique à rappeler successivement de ses armées d’Allemagne, le maréchal Wurmser, l’archiduc Charles et plus de soixante mille hommes, ce qui rétablit l’équilibre de ce côté, et permit à Moreau et à Jourdan de prendre l’offensive. v **

Plus de cent vingt millions de£fl|gributions extraordinaires avaient été Italie; la

moitié avait servi à payer, nonn’l* et réorganiser l’armée dans tous ses serakes ; les autres soixante millions envoyés ai^trÊSor de Paris, l’avaient aidé à pourvoir aux Trains de l’intérieur et aux services de l’arïftée du Rhin. Mais le système des finaniNfci’alors était si vicieux, l’administration si corrompue, la trésorerie si mal gouvernée, que les armées en

Fortuit*

de

Napoléon à ton retour d'Italie.

éprouvèrent peu de soulagement. Le Muséum national s’était enrichi des chefs-d’œuvre des arts qui embellissaient Parme, Florence et Rome , et qu’on évaluait à plus de deux cents millions. Les bâtimens conquis à Gènes , à Livourne et à Venise, avaient relevé la marine française. Les escadres de Toulon dominaient dans la Méditerranée, l’Adriatique et le Levant. Le commerce de Lyon , de la Provence et du Dauphiné commençait à renaître du moment où le grand débouché des Alpes lui était ouvert. De beaux jours paraissaient assurés à la France; et c’était aux vainqueurs d’Italie qu’elle se plaisait à les devoir.

Cependant* le général auquel la France devait tant d’avantages et de richesses, retournait en Jp ànpe aussi pauvre qu’il en était sorti. Il aurait^ù accepter les millions qui lui furent offerts ei^ahje, iLaurait pu s’approprier des sommes nmiicudSs, et il revenait avec les économies faïu^^ir ses appointemens, économies qui ijW^cvaient pas à cent mille écus. On avait instant que la nation allait

lui déçern ü^#fque grande récompense; le conseil des Ci^q-Cents avait même rédigé l’acte pour lui donn^fe terre de Chambord et un grand hôtel dfl^Wr capitale; mais le Directoire s’alarma, on ne soit pourquoi, de cette propo-

sition, ses affidés l’écartèrent. Ainsi Napoléon resta avec ses faibles économies, qu’il employa à l’achat de la Malmaison au nom de sa femme.

Dès l’arrivée de Napoléon, les chefs de tous les partis se présentaient chez lui : il refusa de les accueillir. Le public était extrêmement avide de le voir : les rues, les places par où l’on croyait qu’il passerait étaient pleines de monde; il ne se montra nulle part. 11 n’allait au spectacle qu’en loge grillée, et rejeta la proposition des administrateurs de l’Opéra qui voulaient luidonner une représentation d’apparat.

Le Directoire lui moutrait les plus grands égards; quand il croyait devoir le consulter, il envoyait un des ministres l’inviter à venir assister au conseil ; il y prenait place entre deux directeurs, et donnait son avis sur les objets du moment.

La proscription de Carnot avant laissé une '’S8-

r 1 ! J N.potràn

place vacante à l’Institut, ce corps s empressa ro,mb« de la donner au général Bonaparte, qui, dès d,lI,,“lutlors, en adopta le costume.

Le Directoire, voulant témoigner la recon- Bemi.*

. . . . , .. f , i 1 if solennelle du

naissance de la république au general de 1 ar- Uhïi< de mée d’Italie, lui donna une fête magnifique, dont le prétexte était la remise du traité de Campo-I’ormio. Des échafaudages furent élevés dans la place du Luxembourg, et les dra-

peaux, conquis en Italie, étaient groupés en dais au-dessus des cinq directeurs. Le discours de Napoléon fut simple; il évita de parler de fructidor, des affaires du temps et de l’expédition d’Angleterre; mais on remarquales phrases suivantes : « Le peuple français, pour être li- » bre, avait les rois à combattre; pour obte- » nir une constitution fondée sur la raison, il » avait dix-huit siècles de préjugés à vaincre : » la religion, la féodalité, le despotisme, ont » successivement gouverné l’Europe; mais de » la paix que vous venez de conclure, date » l’ère des gouvernemens représentatifs. Je » vous remets le traité de Campo-Formio, ra- » tifié par l’empereur. Cette paix assure la li- » berté, la prospérité et la gloire de la répu- » blique. Lorsque le bonheur du peuple fran- » çais sera assis sur les meilleures lois orga- » niques, l’Europe entière deviendra libre. » Barras, chargé de répondre au nom du Directoire, dit «que la nature avait épuisé toutes » ses richesses pour créer Bonaparte. »

Les conseils, et le ministre des affaires étrangères, Talleyrand, lui donnèrent aussi des fêtes. Il parut à toutes, mais y resta peu de temps. C’est dans une de ces fêtes qu’une femme célèbre (madame de Staël), déterminée à lutter avec le vainqueur de l’Italie, l’in-

terpella, au milieu d’un grand cercle, lui demandant quelle était, à ses yeux, la première femme du monde, morte ou vivante : « C’est , » lui répondit, en souriant, Napoléon, celle » quia fait le plus cl’enfans. »

Malgré tous les égards et toute la franchise que les directeurs affectaient envers Napoléon , on apercevait aisément la peine qu’ils éprouvaient de sa grande popularité. Les troupes, en rentrant en France, le portaient aux nues dans leurs chansons : elles proclamaient qu’il fallait chasser les avocats, et le faire roi. L’administration marchait mal; beaucoup d’espérances se tournaient vers le vainqueur d’Italie. Napoléon sentait toute la délicatesse et l’embarras de sa situation ; il refusa néanmoins de retourner à Itastadt, mais il consentit à accepter le commandement de l’armée d’Angleterre, pour en imposer à l’Europe.

C’est alors qu’il fit part au gouvernement d’un projet qu’il avait nourri secrètement au milieu de ses triomphes, et dont le savant Monge eut peut - être seul la confidence à Milan. Ce projet , qui devait affranchir Napoléon de la méfiance du Directoire et de la nullité du commandement dans lequel on prétendait l’exiler, était la mémorable expédition d'Égypte. Le plan de cette expédition , dont

Jalouiie

Directoire.

Projet

rexpe'dilioa

d’Égypte.

Soulèvement

de

1a Suisie.

le succès , démontré infaillible , ouvrait la route de l’Inde à la gloire française, fixa toute l’attention du Directoire, et lui parut satisfaire tous ses intérêts , dont le moindre , sans doute, était l’éloignement de l’homme qui lui portait ombrage.

Les troupes qui composaient la prétendue expédition d’Angleterre, étaient cantonnées en Normandie, en Picardie et en Belgique. Leur nouveau général fut les inspecter sur tous les points; mais il voulut parcourir les départemens incognito. Ces courses mystérieuses inquiétaient d’autant plus à Londres, et masquaient davantage les préparatifs dans le Midi. C’est en faisant ces courses que Napoléon conçut les grands projets d’établisscmens maritimes qu’il fit exécuter à Anvers, sous l’empire, et qu’il reconnut les avantages que Saint-Quentin retirerait du canal, ouvert depuis, sous le consulat; c’est aussi dans ce voyage qu’il fixa ses idées sur la supériorité que la marée donnait à Boulogne sur Calais , pour tenter, avec de simples péniches, une entreprise contre l'Angleterre.

Pendaht que l’on s’occupait en secret de l’expédition d’Egypte, l’aristocratie delaSuisse faisait des efforts pour conserver la prépondérance que le Directoire voulait lui ravir, en

donnant à cette république fédérative, une constitution unique, semblable à celle de la France. Les petits cantons se soulevèrent à l’aspect d’u n bouleversement qui froissait leurs intérêts : il fallut faire intervenir les troupes françaises ; le sang coula, l’Europe fut alarmée.

D’un autre côté, la cour de Rome, plutôt .aigrie que corrigée par le traité de Tolentino, r<PuMiq».

. , « , . romaine.

persistait dans son système d aversion contre la France. Ce cabinet de faibles vieillards sans sagesse , fit fermenter autour de lui l’opinion.

Des scènes tumultueuses eurent lieu dans cette capitale : le jeune Duphot, général de la plus belle espérance, qui devait épouser une des sœurs de Napoléon , fut assassiné en cherchant à empêcher le désordre : l’embassadeur dut se retirer à Florence. Napoléon, consulté sur cette affaire, répondit qu’il fallait corriger la cour de Rome, et non pas renverser le Saint- Siège; mais La Reveillère, entouré de ses théophilanthropes, fit décider qu’on détrônerait le pape. Berthier reçut l’ordre de marcher sur Rome avec une armée, et de rétablir la république romaine; ce qui fut exécuté. Le Capitole vit de nouveau des consuls, un sénat, un tribunàt. Le peuple, enivré par l’idée de l’indépendance, entraîna la plus grande partie du elergé. . ,

Bernadotle insulte à Vienne.

Napoléon m décide ) partir pour

rêljple.

Enfin , pour mettre le comble aux embarras du moment, une imprudence du général Bernadotte, ambassadeur à Vienne, qui arbora le drapeau tricolore au haut de son hôtel, faillit à compromettre la paix entre l’Autriche et la république française. La population de Vienne avait arraché le drapeau tricolore, et insulté Bernadotte. Le Directoire voulut déclarer la guerre à l’Autriche ; mais l’empereur donna des satisfactions.

Cependant, Napoléon commençait à craindre qu’au milieu de ces orages , une entreprise en Orient ne fût devenue contraire aux vrais intérêts de la patrie. Il demanda au Gouvernement d’ajourner l’expédition d’Egypte. Le Directoire, alarmé, craignant qu’il ne voulût se mettre à la tête des affaires, n’en fut que plus ardent à presser cette expédition.

Un parti, composé des députés influens dans les deux conseils , les fructidoriens qui cherchaient un protecteur, les généraux les plus marquans et les plus éclairés, pressèrent longtemps Napoléon de faire un mouvement, et de se mettre à la tête de la république. Il s’y refusa; il ne se croyait pàs encore assez populaire pour marcher seul : il craignait de compromettre son caractère. Il se détermina à partir pour l’Égypte ; mais avec la résolution

de reparaître dès que les circonstances viendraient à rendre sa présence nécessaire : il sentait que pour qu’il fut maître de la France, il fallait que le Directoire éprouvât des revers en son absence , et que son retour rappelât la victoire sous les drapeaux de la république.

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