‹ Histoire de Napoléon d'après lui-même, publiéeChapitre 33 sur 54 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Campagne d'Austerlitx.

La. nouvelle coalition contre la France était «»■ formée de l’Angleterre, de la Russie, de ja de u ‘o*11119»' Suède et de l’Autriche.

L’Angleterre devait attaquer les côtes de France ; la Suède aurait débarqué des troupes pour affranchir la Hollande , et reprendre le Hanovre; la Russie promettait cent quatrevingt mille hommes en Allemagne pour combattre Napoléon , et l’Autriche devait avoir quatre-vingt mille hommes sur Flnn , et cent mille hommes sur l’Adige. La Prusse devait garder une neutralité armée, garantie par cent cinquante mdle hommes prêts à entrer en ligne; mais, dès le commencement des hostilités , pendant que l’armée française marchait d’Ulm survienne, le roi de Prusse avait adhéré à la coalition par le fameux traité de Postdam, où il avait juré haine à la France sur le tombeau du grand Frédéric : ainsi la Prusse n’attendait que le moment favorable pour se déclarer.

Eanhimm.nl L’armée française était encore an camp de Boulogne , que déjà les troupes autrichiennes avaient envahi les Etats de l’électeur de Bavière, allié de la France. Aussitôt le camp est levé; cette armée reçoit de Napoléon le nom de Grande- Armée , et les aigles françaises se montrent, pour la première fois, sur les bords du Rhin. En peu de jours, cent quatre-vingt mille Français entrent en Allemagne, ayant à leur tète leur Empereur. D’un autre côté, Masséua, avec quatre-vingt mille hommes, doit combattre l’archiduc Charles.

r «tobr.. Le général Mack , commandant l’armée aua» ko.rn.io. trichienne d Allemagne, croyait encore Napoléon dans les dunes, lorsqu’il apprit son arrivée sur le Danube. Le 8 octobre i8o5, les hostilités commencent par le combat de Wertingen, où Lannes, Murat et Oudinot détruisent une division autrichienne. Le lendemain, Ney attaqua, à Guntzbourg, l’archiduc Ferdinand , et le mit en fuite. Soult entra le même jour à Augsbourg , et Bernadotte délivra Munich le ia. Ainsi, en quatre jours, la Grande- Armée avait reconquis la Bavière et rejeté les Autrichiens au-delà du Danube.

joo«toi.r.. Deux jours après, Ney forçait le pont d’El- C*d*oîmtlon chingen , que défendaient quinze mille Autrichiens , et passait le fleuve. Le général Mack ,

forcé de se jeter clam la place d’Ulm , capitula le ao : trente mille hommes et leur vieux général furent faits prisonniers de guerre. Déjà , les divers corps de la Grande- Armée avaient pris plus de vingt mille hommes de l’armée de Mack.

Le prince Ferdinand , ramenant à peine la moitié de l’armée autrichienne , opérait la plus prompte retraite. Atteint clans sa marche par la cavalerie de Murat, ce jeune prince perdit encore k Nuremberg dix-huit mille hommes, plusieurs généraux,cinquante canons et quinze cents caissons. Enfin, le n novembre, Mortier rencontra l’arrière-garde russe, forte de vingt-cinq mille hommes, avec laquelle il soutint avantageusement le combat pendant plusieurs heures , n’ayant avec lui que cinq mille Français. Le surlendemain, les habitans de Vienne, que l’empereur d’Autriche avait abandonnés, ouvrirent les portes de cette capitale à l’Empereur des Français.

Cependant, l’Autriche avait porté ailleurs son champ de bataille ; ses forces dispersées se rassemblaient dans la Bohème. Des troupes de l’armée du prince Chartes avaient été rappelées en toute hâte, et ce prince se trouvait réduit à se tenir sur la défensive ; Masséna saisit cette occasion pour se porter en avant.

l3 novembre.

Entrée dea Français à Vienne.

S décembre.

Bataille

d'AujterUt*.

( 3ao )

L’armée française d’Italie passa successivement l’Adige, la Piave, le Tagliamento, et acheva de mettre en déroute les troupes autrichiennes à Castel-Franco. Àugereau obtenait en même temps des succès dans la forêt Noire, et restaitmaître de toutle Voralberg. Par la plus glorieuse et la plus savante combinaison , les deux armées française d’Allemagne et d’Italie firent leur jonction à Clagenfurt, le 29 novembre.

Mais pendant ce temps, une seconde armée russe avait rejoint celle du général Kutusow, ce qui rendait la position de l’armée française d’autant plus critique, que la Prusse était au moment de lever le masque, et d’agir de concert avec la Russie et l’Autriche. Déjà le comte de Haugwitz , premier ministre du roi de Prusse, était arrivé à Briin; il allait sans doute signifier la déclaration de guerre de la Prusse; mais les avant-postes russes et français étaient aux mains; Napoléon dit alors au ministre de Prusse : « C’est une bataille qui s’annonce, je les battrai : ne me dites rien aujourd’hui, je ne veux rien savoir; allez attendre à Vienne l’issue de l’affaire. » Haugwitz, qui n’était pas novice, ne se le fit pas dire deux fois.

Les alliés présentaient en ligne cent mille combattans; Napoléon n’en avait que soixante

et dix mille; mais il reconnut d’un coup d’œil la faute qu’ils avaient faite de concentrer leurs forces sur le village d’ Austerlitz pour tourner la droite des Français, et s’écria en inspiré : « Avant demain au soir, cette armée est à moi.»

Le a décembre, au lever d’un beau soleil, l’ennemi attaqua. Kutusow, voulant isoler les deux ailes de l’armée française de son centre, dirige une forte colonne contre les corps de Lannes et de Murat : elle est anéantie. Soult, à la droite, renverse tout ce qui lui est opposé. Pratzen, Telnitz et Sokolnitz sont enlevés par les Français, qui cuibuttent six mille hommes dans l’étang de Sokolnitz. Les Russes veulent effectuer leur retraite sur les lacs glacés d’Augezd et de Monitz, deux fortes colonnes précipitent leurs pas sur ces lacs; la glace se brise , et vingt mille hommes, cinquante pièces de canon et un immense matériel sont engloutis L’humanité frémit au souvenir

d’un tel désastre. La garde impériale russe voulut donner contre le centre français commandé par Bernadotte; elle fut enfoncée et mise en déroute, sans qu’il fut nécessaire de faire agir la réserve française.

L’ennemi opéra sa retraite dans un épouvantable désordre, et les débris des armées autri-

ai

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chienne et russe ne purent se rallier qu’à Hadiegitz, à la faveur de la nuit.

La bataille d’Austerlitz, à laquelle assistèrent les trois empereurs, coûta aux alliés soixante et dix mille hommes, dont quarante mille noyés ou tués, et trente mille prisonniers. Cent cinquante pièces de canon, quarante-cinq drapeaux, les étendards de la garde impériale russe, et une grande quantité de bagages, parmi lesquels se trouvaient rangés en file les sacs des soldats russes, restèrent au pouvoir des Français. Quinze officiers-généraux russes ou autrichiens avaient été pris ou tués. A Austerlitz, les Russes se montrèrent des troupes excellentes , qu’on n’a jamais retrouvées depuis : l’armée russe d’Austerlitz n'aurait pas perdu la bataille de la Moscowa.

Aussitôt après la bataille, les divers corps de l’armée française manœuvrèrent de manière à cerner les débris des Russes et des Autrichiens, et y parvinrent complètement: les deux empereurs auraient pu être faits pri- . sonnicrs; mais celui d’Autriche vint lui-mème demander la paix à Napoléon dans son bivouac ; et l’empereur Alexandre, Cerné à Hœlich, lui fit demander une trêve, qui lui fut généreusement accordée : il s’engagea à évacuer la Hongrie par la route d’étape, indiquée

par l’armistice ; il partit lui-même dans la nuit suivante.

Deux jours après, le ministre de Prusse,

Haugwitz , vint féliciter Napoléon sur le gain de la bataille, et protester de l’amitié de la Prusse. «Voilà, dit Napoléon en riant, un compliment dont la fortune a changé l’adresse.» Quoiqu’on ne pût douter de la duplicité de la Prusse, un nouveau traité entre cette puissance et l’empire français fut signé à V ienne , le 5 décembre. Par ce traité, la Prusse cédait le pays d’Anspach, Bareuth, Clèves, et le grand-duché de Berg, que Napoléon donna en apanage à son beau-frère Murat. En indemnité, ce royaume reçut l’électorat de Hanovre.

La paix de Presbourg entre l’empire fran- *6 admire, çais et l’Autriche , fut signée le a6 du même ac PrcLourg. mois. L’Autriche y reconnaissait Napoléon pour roi d’Italie ; et lui cédait les Etats de Venise, la Dalmatie et l’Albanie. La principauté d’Augsbourg, le Tyrol, la Souabe autrichienne furent partagés entre l’électeur de Bavière , les ducs de Wirtemberg et de Bade, érection Pour récompenser la fidélité de ces princes, d'*n Napoléon créa rois les deux premiers. EndeW‘rl*,nl,'r*même temps , un décret dévoila ses desseins sur Naples, et apprenait à l’Europe qu’il en

destinait la couronne à son frère Joseph. Enfin , le prince Eugène reçut la main de la fille du nouveau roi de Bavière; l’Empereur le dé clara vice -roi d’Italie, et son successeur au trône, s’il mourait sans postérité.

La campagne d’Austerlitz n’avait duré que six mois, mais ses résultats furent immenses. Elle détruisit l’empire germanique, pour y substituer cette réunion de petits souverains qui , sous le nom de Confédération du Rhin , était destinée à étendre la frontière armée de la France jusqu’aux bords de l’Elbe.

Après avoir ainsi puni l’Autriche, et humilié les Russes, Napoléon revint à Paris, et la Grande- Armée repassa le Danuble et l’Inn.

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