‹ Histoire de Napoléon: d'après m. de Norvins, m. le comte de Las-Cases, le général Gourgaud, etcChapitre 19 sur 21 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Campagne de Saxe. — U ennemi en France, — Première restauration» — Les Cent- Jours.

Après les désastres de Russie , il fallait un grand effort. Le sénat fournit des hommes , de l'argent , des chevaux. Napoléon alla vaincre en

(1) Voyci rhûtoir« de la Campagne de Russie en 181 a.

iPH^v^i 1^ ^1 IV wm

Smxt les Prussiens et les Autrickiens ^ qui se tour* Baient contre lui ( i8t3 ). La^ Moreau Succomba avec la honte de. combattre contre, sa patrie ( i ). Néanmoins Napoléon ne put résister .a la défection de l'Europe entière , des rois mêiùe qu'il avait faifs. Il pouvait encore conclure une paix glorieuse ; mais il ne voulait céder rien : il perdit tout. Sa campagne de France révéla l'énergie , la <k)nstance et la supériorité de soh génie (2 ). Lk, luttant avec une poignée d'honunes contre des forces immenses , il répondit 4 ceux qui prétendraient qu'il n'a jamais vaincu qu'aveb des masses. Mais l France asservie et bâillonnée l'avait presqu'abandcmné; ses vieux soldats et les paysans de l'Est lui étaient presque seuls restés fidèles ^ les muets du corps législatif avaient recouvré la parole ^ eux qui , Cl} tant d'occasions , avaient gardé un lâche silence , alors qu'une seule tnanifcstation de leur part eut pu prévenir des fautes I Un cri de liberté retentissait dans l'Allemagne ; les rois semblaient Tappronver ^ et ils acceptaient alors lo secours des iaée$ libérales qu'ils ont reniées depuis.

Les -Anglais et les Portugais^ unis aux Espagnols , avaient repoussé jusqu'en France le peu dd forces qu'on leur opposait. La bataille de Toulouse laissait la gloire incertaine entre le succès du nombre et la Insistance des vaincus ( i8i4)« Un maire

(1) Voyez rbistoire. des Campagnes de Saxo en idi9,t[fu appartient à la bibUothèque populaire.

(a) Voyes l'histoire de la Campagne de France en qni fait également partie de notre coUecUon.

livra Bordeaux aux Anglais. Paris , défendu par ses habitans , des invalides et TEcole polytechnique , cette Ecole dont tous les tuyaux et toutes les pense'es sont pour la patrie ^ fut ouvert aux étrangers. On apprit que l'empereur de la veille allait le lendemain dans une petite Sic. Quelques personnes promenant un drapeau blanc proclamèrent les Bourbons ^ qui s'approcbaient en promettant l'abolition de la conscription et des droits réunis^ Dirigés par un homme nabile^ TaUeyrahd, les sénateurs ârent un projet de constitution ou'on retrouve à peu près dans la Charte,' et rappelèrent Louis XVlll , à condition qu'il leur conserverait leurs places ; puis ils signèrent la déchéance motivéd de Napoléon, Les monarques alliés approuvèrent* La France fut réduite à ses anciennes limites ) le reste de la marine anéantie à Trafalgar en i8o5 > et par les brûlots à Roshefort , fut livré ^ ainsi qu une partie de l'artillerie ^ par le comte d'Artois (depuis Charles X).

La France ^ fatiguée de tant de guerres , conçut quelques espérances de la paix. Là déclaration de paint-Ouen^ qui tenfermait plusieurs principes fondamentaux delà révolution, rassura les esjpnts« Les sénateurs , auxquels Louis XYIII adjoignit des membres de Tancienne noblesse, foimèrent une chambre des Pairs. Le roi les convoqua, ainsi que le Corps-Législatif de l'empire , dont on fit la chambre des Députés. Louis XVIII ^ qui, dans sa déclaration f avait parlé d'adopter une constitution li* bënde y ocirojra la Charte constitutionnelle. Malgré des omissions et quelques imperfections ;

on y trouva y pour le moment , des garanties suffît santés y si elle était exécutée francnement : mais c'était diflGcile. Les institutions impériales subsistaient , et les institutions seules ont un effet réel. La Charte promettait , mais n'exécutait pas. La constitution de Tan VIII restait en contact avec le peuple y et la Charte était appliquée sur la constitution de Tan VIII et sur les décrets de Napoléon (i).

Il fallait plus que cela; mais les ministres se Contentèrent de déployer la Charte sans l'exécuter. Ils firent des arguties sur son texte. On avait besoin d'économies , il se fit des prodigalités. Les partis, qui n'avaient pas été fondus , mais comprimés sous Napoléon^ se relevèrent. Des prétentions grotesques montrèrent une exigence insatiable : des satellites du despotisme iUégkime vinrent afficher la trahison pour se réhabiliter. Des préfets , qui avaient exploité la cotiscriptioa.comme une traite de blancs , n'avaient songé qu'à servir la légitimité. Les acqué* reurs des biens nationaux étaient inquiétés par des espérances ou* par des menaces. L'armée mécontente d'avoir perdu son ascendant politique faisait déjà un mouvement. Tout-à-c^p (181Ô) on apprend que Napoléon a débarqué sur le rivage français.

En 181!^, Napoléon avait abdiqué, maïs sa grande ame n'était pas abattue. On ignora alors ,

(1) Ce qni précède est entrait dn Résumé de Vhistobtde France^ por F^ix Boditi. Voyez , pour avoir une idée complète de cette époque , l'histoire de France sous la restauration ^ f* otrc histoire de la campagne <fe 1 8 1 5.

mais 00 a su depuis, qvte Napoléon aV^icoostam* ment porté sur son sein, pendant Jka* retraite de Moscou, un poison inventé par Gabanisrpour soustraire ses amis aux supplices de la terreur. Il se souvint de ce poison lorsqu'on lui apporta lé traité de Paris ; la vigueur seule de sa constitution la fit triompher après une longue agonie : la mort ne t'eut pas de moi , dit Napoléon. — Par le traite' signé à Paris et à Fontainebleau , l'empereur Na-* poléon , l'Impératrice et tous les membres de la famille impériale , conservent leurs titres et leurs qualités. L'île d'Elbe est accordée en toute souvc-

)ropnete

pératrice les ducbés de Parme, Plaisance et Guastalla; ces duchés passeront à son ûls, qui en prendra, le titre. Le traité affecte en outre deux millions cinq cent-mille francs de revenu, comme propriété et transmissibles à leurs héritiers , aux membres de la £unille impériale , indépendamment de leur fortune particulière; il assigne un million pour le traitement de l'impératrice Jos^hine , et un établissement convenable est assuré hors de la Frcmce au prince vice-roi*. Sur les fonds que l'em-

Sereur abandonne à la couronne , un capital de eux millions est réservé pour des graliucations aux généraux de sa garde , à ses aides de camp , à sa maison. L'article 1 3 porte v que les obligations » du Monte-Napoléone de Milan envers tons les » créanciers de Napoléon , soit français , soit étran- 9 gers , seront exactement remplies. » ( CétaUla

seuUcmdéiUm qiw Jfapéléon as^àUndSeà Vàh^ dùgaiion du^âme i^ Italie; ti*à pas été rempUe,) L'article j*j^Gft/e s * S. M. rempereùr'Nà|>61é(m » pourra emiiiâtie^ at^c lui et cpnsemr pour $a » gsfrde ({ùatre c^b boidiiies de iïonne yolontë. n Bientôt TEufop^ et la France àppi*ehdront ce ({ue peut Napoléon ayeé ces quatre cents hommes.

Enfin ^ le ao avril, Napoléon va se séparer de sa fidèle armée ^ de sa garde. — La garde! elle ^Èt rangée dans les cours du palais pour la scène des adieux. S^ vieux soldats, noircis par tous les climats, cicatrisés par la guerre, flétris par ladou* leur, ne lèvent point les yeux vers l'astre qui les guidait à la victoire ; cet astre est à son déclin : ils suivent sa triste foltime; ils tiennent leurs regards baissés, ils les fixent sur la terre que leur général va quitter. — 3£n traversant les ran^s de ses brâtes, If apoléoti retbit toute sa gloire : il reconnaît tous sda exploits. — ^Ën contemplant ces téinoms, c^ auteurs de tant de travaux émeux , il était permis à Napoléon de céder à une impression qtie les plus in^ranlàbles caractères auraient eu peine à suribonter; inais, puisant des forces nouvelles dans la grandeur même du sàcrifîcequ'il venait de consom< mer par la signature du traité, après avoir embrassé ses amis , il atait descendu les degrés du palais avec autant d'assurance que s'il eût monté les marcbes dti Irdné; puis jetant un regdrd tout à la fois calme et attendn sur ses vieux guerriers, il leur dit d'une voix ferme eotnme ""•* "^'^

« Je vous fais m '^^ ans que

I» nous somméstnsf '^ous. Je

» Y€S[)9 ai ireuTés au Êliemin de la gloire. Toutes a l^s piussaiices de FËurope se sont armées co|itre D moi, guelques-UDS de mes généraux ont trahi leur » devoir etû Frajace; elle-même a voulu d'autres » destinées.. Avec vous et les brav^ qui me sont 9 restes iidèksy j'aurais pu entretenir la guerre » civile: mais la France eûtëtéifLailLeureuse. Soyei: » fidèles à votre nouyeau roi^ soyez soumis à vos » chefs etit'abandtmnes^pointnotre chère patrie. Ife » plaignez pas mon sort; je serai heureux lorsque je p saurai que vous Fêtes Tous^mémes. J'aurais pu » mourir|; si j'ai consenti à survivre, c'est pour » servir eneore à votre gloire. J'ëcrirai les gran« » des choses que nous avons faites. Je ne puis vous » embrasser tous , mais j'embrasse votre glanerait » venez , général Petit, que je vous presse sur mon » ocBur! Qu'on m'appwte Faigle^ que jeFembrasse » aussi! Ahl chère aigle, puisise le baiser que je » te donne retentir dans la postéribé I Aâiou, mes »«• » fims ) mes tœux tous accompagneront totijoura ^ » gardez mon souvenir. v-^Cette scène mémorable eut ^çlque chose de déchirant par Fénotion qui, pour la première fois , attendrit devant ses compa^ gnons d'armes le visage de Napoléon. Celui-ci monta en voiture avec le général Bertrand; une faible escorte les suivit. Partout sur son passage , Napoléon fut accueilli aux cris de wVe VempereurflSvllt part les témoignages d'amour et de regret n'éclatèrent plus -vivement qu'à Lyon. Le reste du Toyage ne fqt pas exempt à^ dangers; ils augmentèrent à mesure qu'on avançait vers les provinces fanatisées du midi. Napolécni édiappa aux émeutes semées

fious ses pas, et ^'embarqua enfin au poft de Saint- Rapheau. Une firëgate anglaise le transporta à File d'Eîfae.,

Le 3 mai 7 l'Empereur entra k Porto-Ferrajo; il j fut reçu par le général Dahesme y conunandant français. Le maire lui remit les clefs de la ville; la mairie devint le. palais; un Te Deum^ où assista l'Empereur, futcnantë dans la cathédrale : ainsi se tériaina l'inaugaration de cette souveraineté si restreinte. L'exercice de son gauvernement ne fut pour Napcdéon qu'une administration de famille pendant les dix mois qu'iL régna sur les Elbois. Il étendit le travail des mines ^fU des plantations , des ccmstructions y répandit des bienfaits. Sa mère et sasœur^ la princesse Pauline , vinrent adoucir son exil.

JS^apoIéon n'était tombé pour perscmne, encore moins pour lui-même. Les espérances de la France humiliée se tombaient toujours sur l'île d'Elbe : au congrès de Vienne on s'occupait des msyeas de surprendre l'empereur et de le transporter à Sainte-Hélène : il fut instruit par. Murât et par deux nobles anglais du dapger qui le menaçait fil connaissait aussi le yéritable .état de la France, sur lequel un au-diteur au conseils d'état, Fleury de Ghaboulon^ était venu lui donner les détails les plus précis. Enfin TËmpereur résolut de se montrer sur le territoire français..

Des munitions de guerre avaient été acketées a Naples^ dos armes à Alger ^ des transports à Gênes. Tout se trouva bientôt prêt ppur ie: départ; une troupe de mille homme* ^-^\

garde, deux cents chasse)

fantassins, et cent cbeyau-legers polonais , reçut Tordre d'embarquement par un coup de canon, le 26 février, à huit heures du soir. Napoléon choisit ce jour où le commandant de la station an- ■ glaise était parti pour Liyoùme^ et, afin d'éloigner tout soupçon , il donnait lui-jnême une fête dont sa mère et sa sœur Pauline faisaient les honneurs. II s'y déroba. (( Le sort en est jeté' ! » dit-il en mettant le pied sur le brick Y Inconstant. Ce bâtiment, armé de vingt-six pièces de canon, portait quatre cents grenadiers ; six autres petits bâtimens légers composaient^la flottille impériale. Bientôt on perdit Tile de vue. Excepté les généraux Bertrand et Drouot, personne ne savait où l'on allait. Cependant l'opinion commune sur la flottille était que Napoléon de'barquerait en Italie : on s'en inquiétait peu ; il était là. « Grenadiers , dit- il, après une heure de route , nous allons en France , nous allons à Paris. ^ Le cri de yiva la France! vive Napoléon! s'éleva dans les airs; et une joie patriotique reparut sur le front des vieux guerriers de Fontainebleau.

Ainsi, la Méditerranée allait rapporter encore en France , pour détrôner la famille royale , celui «ye vingt afis plus tôt elle avait ramené d'Egypte pour* renverser le Directoire. Le vent devint contraire après qu'on eut doublé le cap Saint- André. Ala pointe du jour, on n'avait fait que six lieues, et la mer était gardée par les croisières anglaise et française. Les marins conseillaient de retourner à Porto-Ferrajo ; mais , comme au retour d'Egypte , Napoléon voulait arris^er en France , et Ton

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