‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 103 sur 310 · AS DS NAPOLÉON · texte numérisé non relu

AS DS NAPOLÉON

HT rapporteriez que les dénonciations \ .. vit» la malveillance*. »

e :^itf assigné aux membres de cette cham- ^' .^^.^ee Sénat. Par l'avilissement des hom- Avupaient la place la plus élevée dans la *^^v»M p^ilitique et sociale, on peut juger de cejë^ lux^rieurs. Si de ces institutions systématiyi,j£rt annulées, per\'erties ou transformées en ^ veit* »to P^^^^^» ^° passe à ces forces spontanées qui -Kiî ivipression intime et plus nécessaire encore de "1 ^w intellectuelle et momie d*un peuple, telles que *H tfM^i la littérature, les arts, on les voit soumises jtta même pensée d'exploitation, au proGt de la per- «ynnalité qui absorbe tout; et ils en reçoivent une atteinte qui n'est pas moins mortelle. Bonaparte qui le flattait d'improviser, en quelques années, dans le monde moderne le miracle de la domination romaine, 51 lentement et si laborieusement réalisé dans le monde antique, s'imaginait renouveler les men'cilles des grands siècles littéraires aussi facilement que ce simulacre d'empire universel. Pourquoi ne fonderaitil pas une sorte de monarchie intellectuelle comme il avait fondé une monarchie politique? II ne s'agissait que d'appliquer aux choses de l'esprit les procédés qui lui avaient si bien réussi dans les affaires de l'État; intimider les uns, gagner les autres par l'appât des faveurs dont il pouvait disposer, attirer tout à soi et finalement se faire le dictateur des intelligences, comme il était celui des intérêts. 11 n'était alors nulle-

1. Correspondance de Napoléon. Vo/.- pnnr U secrétaire d'État, 28mirs 1805.

^ LES PRIX DiCENNAUX. 253

ment question d*ériger des principautés en faveur de grands poètes; cette inspiration était réservée à ses jours d'exil ; tant qu'il fut sur le trône il ne trouva rien de mieux, comme moyen d'encourager le génie» que celui qui consistait à lui offrir des sommes d'argent. Le CarmiUe prince est d'aiileurs un non-sens du même genre que le Washington couronné; ce sont là des formules fûtes pour les badauds et qui ne méritent pas d'être discutées. Quant aux hommes que l'argent ne tenterait pas, il avait à leur offirir des perse** cutioDs variées. Le problème n'étiit pas autrement compliqué à ses yeux ; c'était pour lui l'affaire d'un décret, et il fit ce décret. U se plut à le dater d'Aix-la- Chapelle, la ville gardienne de la mémoire de Charlemagne :

€ Désirant, disait-il, non-seulement que la France conserve la supériorité qu'elle a acquise dans le& sciences, les lettres et les arts, mais encore que le sièclô qui commence l'emporte sur ceux qui l'ont précédé^ » il instituait, pour être distribués de dix ans en dix ans,, de grands prix, les uns de dix mille, les autres de cinq mille francs, destinés aux auteurs des meilleurs ouvrages dans les sciences physiques, mathématiques» historiques, à l'auteur de la meilleure pièce de théâtre, du meilleur opéra, du meilleur poème, à l'inventeur de la meilleure machine industrielle, aux meilleurs peintres et sculpteurs, etc. Pour porter au comble Tentiiousiasme et l'émulation des concurrents. Napoléon ajoutait dans son décret que ces prix seraient distribués de sa propre main, et, en outre, le jour anniversaire du dix-huit brumaire, tentation irrésistible qui faisait encore mieux ressortir la bienfai-

ni. 2*

sroiRS DE KAPOLhb» :

V saute intention de ce coup d'État intellectuel. Au moyen de tutlti mesure, qui n'ariiit coûté de graoïls frais, ni à son im agi nation, niïi sea tioances, il te luttait d'anneier pour toujours à sou empire les libres domaines de l'esprit, de devenir l'inspirateur deg ioleUigeuces, l'initialeur des idées, une sorts d'empereur de la pensée.

Pour réaliser complétiimeDt ce bean rêve, ii iollait joindre à l'jittrsit des prix de dix mllk Itndcs le stimulant d'une crainte salutaire, et il crut foire merveille en s'adjoignant la collaboration de Fouché comme moyen de féconder les encouragements décennaux. Ce ministre de la police devint en tfTet «eus la haute direction de NapoléAn le re^Uteur suprême du mourement intellectuel. Il eut pour mission d'appliifueràla presse, & la littérature, auK arts, les procédés txfédibifs de son administration. Maie cette méthode de faire procréer des chefs-d'œuvre, en accouplant la crainte avec la cupidité, ne donna pas les résultats qu'on en attendait; râpo<iue inifiériale resta d'une rare stérilité : il n'y eut de vigueur intellectuelle que chez les écrivains quisurentse déroberàTignominie de ses récompenses, tels que Mme de Staël, Benjamin Constant, Chateaubriand. C'est que le despotisme ne peut produire que ce qu'il porte en lui-même, c'esl-àdire l'uniformité , l'immobilité et le néant. Les grandes époques littéraires et artistiques que les historiens ont fort improprement dénommées le siècle de Louis XIV et le siècle de Léon X, entretiennent i

Lcet égard une cojifusion d'idées qu'il importe de faire cesser. En ce qui concerne l'Italie de Léon X, il est facile de démontrer qu'elle possédait, iudépeodam-

LBS: Pi^IK DECENNAUX. 255

BQf Dt4'iHie liberté întelkeelmetie presque illimitée, une variAM de ëéveloppemeat, une- multiplicité de formes pditîquM dut les centristes, les agitations et les incesiaotea Baétomorpboses i^*6Bt rien de commun avec Ui ftilinufiîerae immebilité des temps de servitude. Il y smii heaMeoup de tyramues Ibcales, mais des tyranaies qpi a'Gj^fXMaienilee unes aux autres, qui laissaient snbrifitair vm snaiid nombre d^existences libres et indépendantea, d'îndividliaHtès brillantes et hardies. Le ûicle- de Low» XIV est phis propre à feire illusion ; mais ai Fon veut y regarder de pris, on s'aperçoit d'abord: ^pie tous }es homofies qai ont fait Tittustnation ds ee règne se sont formés sous: Tépoque précédente et lui ont appertrê leur ^énia iijk éprouvé ou leur gloire acquise; la génération de Rtcine le fils, de Massittony de» écrirains orthodoxes formés à Tombre de la bulle vmgtmtus appartient seule à Louis XIV; on reeonaait eneufite que durant toute la première périodie de ee règne, la littérature a joui d'une liberté relative incomparablement plus grande que celle qui lui a été laissée sous Napoléon, si Ton se place, bien entendu, au point de vue des idées admises et des préjugés dominant dans ces cteux sociétés si différentes. L'empereur a déclaré lui-même en plus d'une occasion qu'il n'eût jamai? toléré les hardiesses de Molière: cette déclaration parait fort superflue lorsqu'on voit à quelle inquisition mesquine et vexatoire il soumit les tristes productions dramati({ues qui virent le jour flous son règne. L'histoire a cons€r?é le souvenir de certains régimes, tyrannîques qui laissaient subsister dons te apécirlation la liberté qu'ils étouffaient paitout alIeiDSLÎcL rien de semblable ; il feUait servir

25'i ,^^P P5 NAPOLÉON r^

su ! ^^^^^^ j^ns Jf sens du gouvernement ou

m - rfu tout. Le résultat inévitable d'un

"Ijfcrft c'est en toute chose le règne de l'of-

"^^ ^^ ^ ronrenu, de la formule. La poésie

^ ^ ^^ ji versification, la philosophie de-

" ^^-<,ijf d'abstractions vides ou de subti-

^^•r8$ ixc simple exercice logique, ITiîstoire

^-w^ îj^:':, le théâtre une école de courti-

î irtrîijre tout ei.tière un pur jeu d'esprit.

^^pfee des arrangeurs de mots. On voit,

;.^,«t les époques de compression, s'élever

im> littérature exclusivement descriptive,

> jrfts. rfose factieuse, sont remplacées par des

^ • ,tr* couleurs, les sentiments par des sensa-

^ 1 ."^^epar le lieu commun. Delille avait failli

-> ,*f«r*sonné pour avoir chanté la Piiié en souve-

^. ;4$ :iMux de la Terreur, il s'amende et chante

^^gs^té^MS champs ou Vlmaginationj Esménard chante

j^ \fy ^jnitioHy Millevoye chante V Amour maternel, Le-

.^i^-\ier« le vigoureux auteur de PintOy chante V Homme

^nitiV, Chènedollé va chanter le Génie de Chomme,

^, » dont le vague, l'abstraction, la généralité ne

.««lient porter ombrage à personne. Tout ce qui peut

j.siVt»*erde réfléchir, de sentir, de raisonner, est sûr

^«uv bien accueilli. On s'efforce d'étouffer les viriles

^B^irirations de Mme de Staël, mais on encourage les

^v^lures de Parny et de Pigault-Lebrun. Le théâtre,

^it sur le public une action plus immédiate , est

^^«miis à des lois encore plus dures et plus exi-

Mntos. Ici il ne s'agit plus d'éviter tout sujet scabreux,

it hvtt louer le mai tre ou renoncer à la scène. On était

en loin du temps où Ton discutait la question

de savoir s'il y ayait des allusions dans les Vakts de rantidumbre de Dupaty. Duval, (}ui avait été menacé en 1802 pour les allusions qu'on avait cru trouver dans son Edouard en Ecosse^ se voyait maintenant interdit et supprimé pour les louanges qu'on ne trouvait pas dans son Guillaume le Conquérant^ pièce faite à l'occasion de la descente en Angleterre. Le ton avait été donné à cet égard dès le début de FEmpire par les flagorneries immodérées du Pierre-le-Grand, de Carnon de NisaSy tragédie maintenue quelque temps & la scène malgré les protestations du public qui la siffla oofa-ageusement. Il fallut imiter ce triste modèloi sous peine de ne plus aborder le théâtre; et Ton vit Marieloseph Chénier démentir sa co,urageuse conduite au Tribunal par les flatteries de son Cyrus, acte de fsdblesse qni fut le remords de ses dernières années. Chénier releva à la fois son talent et son caractère en évoquant la sombre figure de Tibère. Cette pièce ne fut connue qu'après la mort du poète, mais elle n'en fut pas moins inspirée par le spectacle des mœurs qu'il tTaît sous les yeux. Était-ce au Sénat de Tibère ou à celui de Bonaparte que pensait Chénier, lorsqu'il s'écriait :

« 0 lÂcbes descerdants de Dèce et de Camille I

EnfaDts de QuintiuSi postérité d'Emile !

Esclayes accablés du nom de leurs aïeux,

Ils cherchent tous les jours leurs avis dans mes yeux

Bésenrant aux proscrits leur vénale insolence,

Flattent par leurs discours, flattent par leur silence,

Et craignant de penser, de parler et d'agir

Me font rougir pour eux, sans même oser rougiri »

les Templiers de Raynouard, qui furent représentés ^ers la même époque, durent eux-mêmes fournir le\iT

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. .^r- ^cji de plus séduisant qu'une l**lle

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;: 13 dans des temps trop près d<î tious. •

:'. -■: ^Liiient de faire penser à trop de clio-

A.<.r.t pas lui, par exemple à des dynasties

^, •- .:r::itjs, à des héros qui avaiuni compris

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