INCORPORATION DE GÈNES
rope, encouragé d'ailleurs par les jeunes gens pleins de générosité et d'illusion qui dirigeaient la politique russe, ce prince avait conçu des plans magniflques où se révélait longtemps à l'avance l'imagination du mystique ami de Mme de Krudner. Il avait en vue, non pins seulement de réprimer les empiétements de la France, mais d'assurer déflnitivement le bonheur et la r^énération des États européens, par une répartition plus équitable des territoires, et par l'adoption d'un droit public efficace et sanctionné.
Le plan d'Alexandre fut porté en Angleterre par l'un des membres les plus zélés de cet apostolat humanitaire, H. de NowosiltzofT, qui arriva à Londres dans les premiers jours de Tannée 1805. Pitt écouta gravement Texposé de cette idylle diplomatique décorée du nom d'alliance de médiation, mais il ne tarda pas à faire comprendre au jeune ambassadeur la convenance d'ajourner encore quelque peu la félicité du genre humain, pour s'en tenir au nécessaire et au possible. Faire reculer l'ambition de Napoléon et créer des barrières assez fortes pour la contenir désormais dans de justes limites, lui semblait une besogne suffisante pour l'instant. Tous les autres objets étaient, selon lui, secondaires auprès de celui-là, ils ne pouvaient que créer des difQcultés pour le moins inopportunes; une fois ce grand but atteint on aurait toujours le temps de discuter les utopies d'Alexandre. Il écarta donc les unes après les autres toutes les innovations du plan russe, et n'en laissa subsister à peu de chose prèi que les stipulations qui avaient formé le fond du programme de Lunéville et d'Amiens. Aux termes du traité signé à Saint-Pétersbourg, le il avril 1805, pur
M. de Nowosiltzoff et lord Lewison Gower, les deux puissaBcos cooiractantes s'engageaient à aider dans la mesure de leurs forces à la formation d'une grande ligue européenne, destinée à assurer l'évacuation du Haaovre et du nord de l'Allemagne, l'indépendance efiective de la Hollande at de la Suisse, le rétablissement da roi de Piémont, la consolidation du royaume de Na^es, enfin la complète évacuation de l'Italie, y cemprise l'ile d'Elbe, tu article spécial stipulait qu'on ne se mêlerait en rien du gouvernement intérieur de la France, qu'on ne s'approprierait aucune conquête, et qu'à la lin de la guerre un congrès général réglerait la situation de l'Europe. L'Angleterre s'étantre^ fusée à promettre révacuatioB de Malte» l'empereur Alexandre ne w>ulut signer ce traité que conditionnellement. H ajourna la ratification. Il se réservaen outre la faculté de faire auprès de Tempereur NapoWon de Bouvelles ouvertures de médiation afin d'éviter la guerre; il se promettait un grand eflfet de cet arbitrage proposé cette fois au nom de toute l'Europe; il était sûr en effet de la voir se ranger tout entière derrière lui, la Prusse exceptée. Son envoyé Winzengeroîie s'rtait vainement efforcé d'entraîner cette puissance hésitante et versatile qui voulait plaire à tout le monde à la fois. Elle se flattait encore de s'enrichir sans rien exposer, et ne sentit la nécessité de se prononcer que lorsque ce parti ne pouvait plus lai être que funeste. Winzengerode fut plus heureux avec l'Autriche qui, après quelques tergiversations, se décida en principe, à la nouvelle des changement! qm' 8*0|)éraient en Italie, sauf à débattre ultérieurement avec ses alliés, et particulièrement avec rAngletorre,
ISiCOBPCHlATION DE GÊ..BS. 175
le grand finanrier de la coalition, les conditions de son acqnieseement au traité. On était certain d'sraiice du concours de la Suède et de Naples, et Ton garda l'espérance d'emporter an dernier moment l'adhésion de la Prusse en rhitimidant par une démoBstratîoB menaçante opérée sur sa frontière.
Ainsi tout S3 préparait en Europe pour le renouvellement d'une coalition contre la France. Quelle qu'eût été la réserve apportée dans ces négodatâons, ce secret étiit devenu celui de tout le monde, tant la chose paraissait logiqne et rationneHe. Napoléon qui disait démentir le brait dans ses journaux, savait mieux que personne combien il était fondé ; tes ennemis eux-mêmes avaient pris soin de le prévenir comme sMls avaient voulu avertir avant de frapper. Dès le mois de janvier 1805, dans la note qu'il adressa à Napoléon en réponse à sa lettre au roi d'Angleterre, le cabinet anglais lui avait feit savoir qull étaft en pourparlers pour une entente avec les principales puissances du continent et < particulièrement avec l'empereur de Russie, auquel le liaient des rapports très-confidentiels ^ » Une foule de symptômes des plus clairs, les allées et venues des envoyés extraordinaires d'une capitale à une autre, les avis de ncsdiplomates, les rapports des gazettes étrangères, mén>e des mouvements de troupes inusités avaient confirmé l'exactitude de cette afGrmation. Cependant bien que le projet fût très-avancé, rien n'était encore irrémédiable. L'Autriche, la première exposée au coups de Napoléon et à demi ruinée par les. campagnes précédentes, ne