INCORPORATION DB GÊNES
Napoléon les ménagements les plus délicats et éviter arec soin tout ce qui pourrait blesser sa susceptibilité ; il avait ordre de ne pas faire même une allusion qui pût impliquer la participation de TAngleterre ou de TAutriche à la démarche tentée par Alexandre. M. de Nowosiltzoff partit pour Berlin où il devait demander des passe-ports au gouvernement prussien par suite de la rupture de nos rapports diplomatiques avec la Russie, et dans les premiers jours du mois de mai 1805, Napoléon reçut à Milan une lettre du roi de Prusse, qui lui notifiait la mission du représentant d*Alezandre.
Combien ses dispositions étaient éloignées de celles qu*on lui supposait! Quand on liL sa réponse au roi de Prusse et la note de Talleyrand qui raccompagnait, on se demande s'il n'avait pas l'idée arrêtée de pousser TEuropeà la guerre à force de défis et de provocations. A la vérité il ne refuse pas les passe-ports demandés pour Nowosiltzoff, mais il ne pourra le recevoir qu'au mois de juillet, c'est-à-dire plus de deux mois plus tard ! Deux mois de retard dans un moment si critique où les heures comptent pour des jours ! Et dans l'intervalle il allait faire des choses qui devaient rendre toute conciliation impossible. < Il n'attend rien de cette médiation, écrit-ii au roi de Prusse ; Alexandre est trop incertain et trop faible ; il n'en espère rien de bon pour la paix générale.... Monsieur mon frère, ajoute-t-il, je veux la paix.... Jt riai point d'ambiiim; j'ai évacué deux fois le tiers de l'Europe sans y être contraint, je ne dois à la Russie sur les affaires d'Italie que le compte qu'elle me doit sur celles de la Turquie et de la Perse. Toute paix avec l'AngleteTfe
pour être sâre doit oontenr la clause dt ceaser de donner asile aux Bourbons, aui émigrés et de caitienir leurs misérables écrivains^ 1 > Ces )uroles n'élaieal pas encourageantes pour les négoci» leurs, L'n historien a écrit que dans le cas d'une pais solitie Napoléon n'aurait pas eu d'objection à évacuer le Hanovre, Naples, la Hollande el même la Suisse ; que sur tout cela il ne devait pas opposer de difUcullé sérieuse'. Sa corresl>ondance démontre su contraire jusqu'à l'évidence qu'il était fort éloigné de l'idée décéder quoi que celât, sur tous ces points à l'exception du Hanovre, et même au dernier :iioment lorsqu'il était pour lui d'un inté* rôt si capital d'entraîner ta Prusse, il dt^fendit à Talleyrand de prendre aucun engagement avec cette puissance au sujet dtlalloUande, dcia Sutsacct desèiau de Naples '.
La lettre du roi de Prusse le surprit au milieu de préoccupations qui ne ressemblaient guère au désintéressement qu'il lui plaisait parfais d'alfecter. Uepuifi qu'il avait pris le titre de roi d'Italie, la tentation, déjà fort ancienne, de faire concorder les choses avec les mots, et de mettre la main sur toute la Péninsule, avait acquis sur son esprit un empire irrésistible. Kien ne semblait plus facile que ce dernier changement, grflce à la résignation apparente de l'Europe et à tout ce qu'il avait déjà fait poui" le préparer. Le* Ëtats, encore indépendants de nom qui subsistaient en Italie, étaient de fait complètement livrés k sa discrétion. Gènes, Lucques, l'Ktrurie n'avaient plus mftme
I. Kapuléoii au Hoi de Pru3«e , 9 uni i4(i.'>. !. Thiers, llittniri du Ccniiilat H de frwjiirr. I. K«polton 1 tWl^yrajui, 55 loùl 1SC&.
INCORPORATION DE GÊKES. 279
semblaDt d*«D(onomie; quant au royaonie de HdfAeSf il en oocupait uoe partie avec ses i4?oupefl, et il loi suffisait de souffler sur cette monardiie pour la ftâre disparaître. SeloB sa méthode cooetaate a^ec les ïtets qu'il voulait perdra, il sMagérait sans cesse dans lea a£blr€B îDtérieares de ce royaume, afEectait d^y déeeuvrir chaque jour de nouveUea conspirations centre son arofiée, d'attribuer, par exemple^ k TinfluaBce de la rdna Fenvoi des troupes russes à Carfou; il faisait étalage de ses grieEs, blâmait, eonseiltait, menaçait tour à tour. Les prétextes ne pouvaient, d'aîllours, lui faire défaut; h supposer que la coar de Naples eût jamais été bien disposée en notre faveur, il était impossible cpu'elle vit d'un bon œil la présence de nos troupes au cœur de ses provinces, l'impôt forcé que nous prélevions sur son trésor épuisé, la situar tien de plus en plus menaçante pour elle que prenait notre domination en Italie; mais trop impuissante pour agir die se servait de l'arme des faibles, l'intrigue, et assiégeait de ses plaintes les cabinets euro* péens. Il n'y avait rien là dont on pût s'étonner, ou qui fût nouveau dans sa conduite; mais Napoléon qui depuis longtemps avait ses vues sur le royaume de Kaples, ne se contentait pas de prendre acte de toutes ces imprudences, il se plaisait à les provoquer par la dureté de son langage, il signiGait à la cour de Naples ses volontés en s'arrogeant le ton et les droits du maître le plus impérieux : « Que Votre Majesté écoute cette prophétie, écrivait-il à la reine de Naples dès le 2 janvier 1805, à la première guerre dont elle serait cause, elle et sa postérité auraient cessé de régner; ses enfants errants mendieraienl dans les di/férenles conr
.;t*„^ ai flw.*w^ i» ittrr parents. Par une .^..^mcmiM ''ile lunit causé la ruine de sa ..ittt 'i ^TTrîtl^nre e( ma modération Vc
» B 0 terminait œtte singulière
j. uiwM» ^M)Mi«* en faisant connaître à la reine
i^ii'ifitiitiaKrs qui lui semblaient propres à
. ?uew 16 :ette sinistre prophétie, le reuToî
vcloq. Texpulsion d'EIIictt, Tambassadeur
u :es^ tmi^vès français, le rappel deTambas-
«iMiiuuiu 1 Saint-Pétersbourg, le licenre-
«.:tiAiic«9>. et enfin l'adoption d'un système de
: ^&4-À-4ire de complète sujétion vis-à-vis la
•^«».?* V >î* cvnditions la reine de Naples pouvait
^o4> j^u^iJr son royaume; cela équivalait en effet à
^ .wMfew^iN absolument dans les mains de Napoléon
^ • cUi :>lUs eu aucune raison pour le lui prendre.
.«^a«:->à» toutefois, il avait été retenu par la crainte
« jaw^^r les puissances, et n'avail fait en quelque
siàwî ;ue préparer, pour une époque plus ou moins
*tf*é^»**.'*> îw considérants d'une complète annexion des
Nti** Uiiens à l'Empire français; mais lorsqu'il se
>»r\m«a sur ce premier théâtre de sa gloire, au milieu
ûe .>'^ populations à la fois si dociles et si enthou-
»4j94!fs« rivresse du pouvoir et de l'ambition ne tarda
pu^ À remporter sur les inspirations de la prudence.
U trctott pas homme à se faire illusion sur la solidité
Jc> sieiUitnents qu'on lui témoignait, mais les empres-
M:.iWii<a^ l'admiration, l'immense curiosité dont il
«Uit ^^^Vt> avaient toujours le don de surexciter en
tUt :^ besoin d'étonner et d'éblouir dont il était dé-
lor^ Les bons Italiens ne trouvèrent plus en lui le
I modeste et réservé, aux dehors austères, au
INCORPORATIUN DE GÂNES. 881
langage sentencieux et laconique, qu'ils avaient connu à la tête de l'armée républicaine. Combien les temps étaient changés! Le rôle avait été mis de côté comme le costume, cette défroque empruntée à Plutarque avait été jetée au vent» et l'homme se montrait au* jourd'bui sans contrainte sous son véritable aspect, toujours impérieux, mais intempérant, inquiet, excessif, parlant avec une volubilité extrême dans le geste et la parole, tranchant avec une assurance imperturbable les questions qu'il connaissait le moins, dogmatisant sur la médecine, la peinture, la musique S étalant enfln un faste de mauvais goût au milieu de quelques brusques retours de simplicité, vrai personnage de théâtre visant sans cesse à l'effet. On le vit dans la plaine de Marengo revêtu de Tuniforme et du chapeau qu'il avait portés le jour de la bataille, donner à ses troupes une grande représentation de cette victoire fameuse. Il avait fait venir de Paris ces oripeaux démodés pour frapper plus vivement l'esprit du soldat; mais cette exhumation ne produisit que de l'étonnement. Il se décerna ensuite les honneurs du triomphe en défilant sous un arc magnifique érigé à la porte d'Alexandrie. Les fêtes du couronnement à Milan dépassèrent en splendeur tout ce que les contemporains avaient vu dans ce genre. Il profita de la circonstance pour échanger les insignes de son ordre de la Légion d'honneur avec ceux des ordres des principaux souverains de l'Europe, cérémonie qui devait démontrer péremptoirement que l'Empire marchait de pair avec les plus vieilles monarchies.