CHAPITRE VU
CAFITULATION D'ULM. — NAPOLioN A VIBNNB.
Ce brusque changement de résolution donnait à Napoléon sur les coalisés un avantage immense : il connaissait leurs projets, eux ne savaient encore rien des siens; il avait Tarmée la plus belle, la mieux exercée, la plus compacte que la France eût jamais possédée; leurs troupes étaient d'une valeur très-inégalei dispersées aux quatre coins de TEurope, et l'Autriche qui devait fournir Tavant-garde, n'était prête qu'en Italie, où Tarchiduc Charles allait avoir sous ses ordres environ cent mille hommes. Elle n'avait sur sa frontière de Bavière qu'une armée de soixantedix à quatre-vingt mille hommes', commandée par un général déjà célèbre par ses mésaventures, Hack, l'ancien adversaire de Championnet dans le royaume de Naples. Des deux corps russes qui devaient
1. Les états orficicls autrichiens cités par le général Danilewski, {relation de la campagne de 180S) évaluent 1 armée de Mack i H0)0;)0 hommes. Cependant Mural qui était alors sur les lieax De l'estimait qu*à 72,000 hommes (lettre du 10 septembre à Napoléon. Mifmorial du dépôt de la guerre) et c'est aussi le chiffre indiqué ptr 1 arohiiluc Ferdinand dans une lettre à KutuzofT, à la date du 8 OGtohre.
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appuyer celte armée , le plus rapproché n*avait pas encore atteint la frontière de Gallicie, l'autre se concentrait dans les environs de Varsovie; it leur fallait plus d'un mois de marche pour rejoindre Hack, à supposer qu'ils ne perdissent pas un instant, tandis que Napoléon pouvait Tatteindre en vingt ou vingt-cinq jours. Mais la sécurité des coalisés était d'autant plus entière que, malgré. l'aigreor croissante des rapports diplomatiques entre la France et l'Autriche, la guerre n'était nullement déclarée et qu'ils pensaient avoir tout le temps nécessaire pour réunir leurs forces. Us méditaient donc deux attaques principales, l'une en Italie sur TAdige, où Masséna n'avait guère que cinquante mille hom« mes à opposer à l'armée de l'archiduc Charles, l'autre par la vallée du Danube et la Souabe, avec les forces combinées de la Russie, de l'Autriche et, s'il se pouvait, de la Bavière. Cet État était devenu hostile àTAutriche depuis le partage des indemnités germaniques, mais on se flattait de l'entraîner de gré ou de force au dernier moment. Deux autres attaques, mais secondaires, devaient être dirigées, l'une contre notre armée du Hanovre, au moyen d*un débarquement de troupes anglaises, russes et suédoises, Tautre contre notre corps d'occupation du golfe de Tarente, au moyen d'un corps anglo-russe qui dégagerait le royaume de Naples, l'entraînerait dans la coalition et menacerait ainsi les derrières de Hasséna.
Telle est la situation militaire sur laquelle Napoléon eut à établir ses calculs lorsqu'à la fin du mois d'août 1805 il se vit forcé de renoncer à ses projets contre l'Angleterre. Il porta aussitôt ses troupes à
À NAPOLEON 1"
^ ^^ V. e Hbîn en ca:hant avec aoiD .^vc^t.>. >3a pan général, tant commenté . s;^ résumer ainsi : négliger les attaques T>«i borner en Italie àr la défensive jus- . ^.i^ivUb où nos victoires en Allemagne force- ... dixiiiduc à rétrograder, concentrer toutes ses *..> SOI* le Danube, y devancer les Russes , afin AadMi-, »vant leur jonction avec Mack, la faible 4-tii«»e '\\ii était le seul rempart de la monarchie auiiciii^ane. G*est par une fiction dont sa gloire milijiie n'a nul besoin, qu'on lui a fait concevoir, dès Ik>ulogne et dès le mois d'août, l'idée sublime de « cerner les Autrichiens dans Ulm et de les y prendre',' attendu que ilack n'avait pas encore passé rinn, et n'occupa cette place que beaucoup plus tard| le 18 septembre '. Napoléon y pensait si peu alors que sa principale crainte était de voir les Autrichiens pénétrer en Bavière. « Il s'agit, écrivait-il à Talleyrand le 25 août, de me gagner vingt jours, et (Tempùctier les Autrichiens de passer Vlnn^ pendant que je me porterai sur le Rhin. • Si son projet avait été dès lors de les couper de leur base d'opération, il avait tout intérêt à les laisser non -seulement passer l'Inn, mais s'avancer en Souabe : mais loin de leur supposer l'intention d'occu|>er Ulm, il écrivait ce même jour ' à l'électeur de Bavière « de lui faire préparer dans cette place cinq cent mille rations de biscuit. » 11 ne songeait encore qu'à prendre le chemin à la fois le plus direct et le plus facile pour pénétrer au cœur de
1. Tliiers, Histoire du Consulat et (te l'Ei.\j}ir 3. La date est prcoisén par uAo lelire de Murât qui éUit altn en Bavière sous un déguisement.
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b monarchie autrichienne, à r&ttaquer arec uneannëe teUement supérieure eu nomln^ et en qualité aux tnmpes de Haclc qu'elle n'aurait pour ainsi dire qu'à le joindre pour l'anéànfir. L'extefnslan qu'avaient prise nos conquêtes lui donnait pour parvenir à ce but des facilités inappréciables. Ayant en sa possession tous les passagtss du Rhin, il n'avait plus à se préoccuper de cette banièra autrefois si difficile* à franchir ; il avait pour alliés secrets ou avoués tous ces Ëtats dont nous avions eu jusque-lit à ménager la neutralité ou à combattre les forces, les électoratïde Kesse-Dannstadt, de Bade, de Wurtemberg, de Bavière; il avait en un, en Hanovre et en Hollande, deux corps d'armée considérables qui pouvaient arriver sur le Danube en quinze à vingt marches, en tournant le Rhin et tous ces défilés de la Forêt Noire dont l'occupation nous coûtait autrefois tant de sang.
Napoléon faisant sa volte-face contre l'Autriche avec une armée de près de deux cent mille hommes *, dans un moment ob elle en avait à peine quatre-vingt
1. L*ftniiét de Nipolten s*élevait à peu près i ce chiffre, aans compter le contingent de la Bavière et des autres petits états allemands. Il résulte en effet, soit de la Correspondance de Napoléon, soit de celle de Berthier, de Marmont et des autres généraux, que sur ke ■•ptoerpk dont ae composait la grande armée, trois comptaient 30,000 bomoies (Soult, Ney, Lannes), trois autres comptaient 2S,000 hommes (Marmont, Davout, Bernadotte). Augereau seul b'#b eompuut que 1*2,000. Hais il faut ajouter k ce total la garde et la cafalerie de Mural, qui formaient i elles deux environ 20,000 hom^ mes. Avec les contingents allemands, la grande armée montait à au moins demmceM tfingucinq fjwi(e Aoeimsi, ehlffi^ qui a toujours été trèft-auénué. Les états publiés sur ce point par le Mémorial du dépôt de ia guerre (tome Vlll), soitt d'une inexactitude insoutenable, ils avsient été préparés par Napoléon lui-même ainsi que les relations qui j fCBljoiates, arec sa véracité babituelieyet en Tue d'étlmtrer l'Histoire.
.^ iiSrOlRB DE NIPOLÉOS i".
• i opposer en Allemagne, devait donc se . ..int tout d'une chose, c'était de prendre >urt chemin, pour gagner le Danube et dé- ' ù>.t iivant l'arrivée des Russes. Ce chemii
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Uju'k à^ni l'arrivée des Russes. Ce chemin
■ "' l^.jij^nt tracé, c'était la liesse, la paitie nord
■ KaJe et du Wurtemberg. L'obligation où il était T .. lier en Franconie, aux corps que Bernadotte - iiuenait du Hanovre par Gœttingue, etMarmont {• Hollande par Mayence, lui faisait de cet itinéraire ^no nécessité. Il est donc souverainement puéril de le Ii)uer à ce propos, de n*avoir pas songé à opérer par la ^ j^çgetlelacdeConstmce, et à recommencer la camlainiede Moreau en 180G, c'est-à-dire de n'avoir pas fait un détour de cent cinquante lieues par des contrées en partie impraticables, pour cerner en Souabe un ennemi qui n'y était p s ! Tout étiit changé depuis lors» et dans les positions et dans le nombre des armées; au lieu de Kray sur le Uliin nous avions h combattre Mack sur Tliin, à près de cent lieues en arrière; au lieu de commander à une armée à peine {.Taie aux foies autiicliit^nîies, obligée à faire un détjL-hi nient duipiarl de son etieclif, sut)ordonnéeaux iflouvemerils de reîle d'iuilie, Napoléon avait une année plus que dou.Je de celle de son adversaire, il était libre de ses mouvenienls, il disposait en mal- Ire de toutes les ressources d'un vaste empire; rien, enfin, n*éUiit resté dans le même état, pas même cette fameuse position d'L'lm, naguère la clef de h vallée du Danube, et dans laquelle Kray avait pu s mtenir un si long siège, grâce aux instructions qui paralysaient Moreau. Aujourl'liui, la place avatt encore des fortifications, mais celles de s n cump retranché avaient
été rasées et ne poiiTaîent plus ofTrir aucune protection i l'armée autrichienne, dans le cas où Mack au* rait l'idée de s'y établir.
Pendant que ses soldats exécutaient cette marche hardie» Napoléon multipliait les stratagèmes et les démonstrations pacifiques pour prolonger l'erreur des coalisés. Il continuait h résider à Boulogne pour faire croire que rien n'était changé dans ses déterminations. Sa diplomatie, jusque-là si arrogante, avait prfs le ton le plus doux et le plus conciliant : < Ce n'est plus de l'audace qu'il faut, écrivait-il à Talleyrand, mais de la pusUlanimitéf afin que j'aie le temps de me préparer*. » Eugène, le vice-roi d'Italie, recevait, de son côté pour instruction, l'avis de « parler paix, mais d'agir guerre. • Dans sa marche du Hanovre au Danube, Bernadette avait ordre de dire à tout le monde qu'il faisait ce léger détour, dans le seul but de ramener son corps en France *. Le Moniteur d'ordinaire si provoquant change brusquement de ton. II ne dit plus un mot de politique ; il parle des publications nouvelles, des éruptions du Vésuve, de la pluie et du beau temps. Il annonce gravement • que les Russes continuent à faire des préparatifs contre les Perses >; mais de ceux qui se font partout contre la France pas un mot. A le lire on dirait que jamais TEurope n'a été plus tranquille ; et ce n'est que le 22 septembre qu'il se décide à apprendre au public que les Autrichiens ont passé rinn le 7 du même mois. Comme on ne pouvait pourtant pas dissimuler absolument ce vaste